Points de vues du Gers Carnets

Choisir sa mort

Vendredi dernier, j’ai participé à Auch à une rencontre avec Jean-Luc Roméro, Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité  (ADMD).

L’association, créée en 1980, structurée en délégations départementales, compte aujourd’hui  63.000 adhérents (dont 12.000 sur les douze derniers mois), et milite pour que chacun puisse choisir les conditions de sa fin de vie, en accord avec ses convictions personnelles de dignité et de liberté. Une position que je partage depuis longtemps et qui m’a conduit à adhérer à mon tour à l’ADMD.

Jean-Luc Roméro est aussi  Adjoint à la Mairie du XIIème arrondissement de Paris et Conseiller régional d’Ile de France. Homosexuel, il est séropositif depuis 27 ans, et a vu un certain nombre de ses amis mourir du SIDA, dans des souffrances souvent atroces, qui lui ont fait prendre conscience de la nécessité de permettre à ces morts  en sursis d’abréger leur existence en toute légalité et en toute liberté.

La mort  est un sujet encore très tabou, beaucoup de personnes se refusant d’y penser ou d’en parler. Le poids de la religion et de l’autorité médicale empêchent par ailleurs les évolutions prônées par l’ADMD de se faire, alors que tous les sondages effectués ces dernières années indiquent que neuf  français sur dix sont favorables aux avancées demandées par l’association.

L’actuelle réglementation en France est définie par la loi dite « Léonetti » de 2005 (du nom du député, médecin de son état, qui en est à l’origine), qui s’est substituée à la loi Kouchner de 2002. Elle a constitué un progrès dans le traitement de ces enjeux de la fin de vie, en combattant d’une part l’acharnement thérapeutique (que d’aucuns appellent « l’obstination déraisonnable » de vouloir maintenir en vie un patient), et en promouvant d’autre part le double effet, soit la possibilité pour un médecin d’injecter un produit, de la morphine par exemple, afin de soulager la douleur et en augmentant la dose administrée d’entraîner la mort.

Cette loi  a également  permis la sédation terminale, c'est-à-dire l’utilisation de moyens  pharmacologiques  altérant la conscience dans le but de soulager un patient souffrant d’un symptôme très pénible et résistant aux traitements.

Le texte législatif  met en avant par ailleurs, comme une solution idéale,  la pratique des soins palliatifs, ainsi définie dans le Code de la Santé publique : « Les soins palliatifs sont des soins actifs et continus pratiqués par une équipe interdisciplinaire en institution ou à domicile. Ils visent  à soulager la douleur, apaiser la souffrance psychique, sauvegarder la dignité de la personne malade,  et soutenir son entourage ».

Pour autant, la loi Léonetti  est encore une loi faite par les médecins pour les médecins, dont l’ADMD souligne dix ans après les échecs :

-          échec des soins palliatifs d’abord, dans la mesure où 80% des patients qui en auraient besoin ne peuvent en bénéficier. En effet, 70%  des lits d’unités de soins palliatifs sont concentrés dans  les cinq régions les plus urbaines, les autres devant se contenter de « miettes », comme les Pays de Loire (0,36% de lits pour 100.000 habitants contre 5,45% par exemple pour le Nord Pas-de-Calais),  ou pire la Guyane (0% !!). Venant de tenir une réunion à Agen, Jean-Luc Roméro nous a cité le cas de cette ville qui compte en tout et pour tout cinq lits de soins palliatifs pour tout le département du Lot-et-Garonne ! Par ailleurs, seuls 1% des résidents en Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) décèdent en unités de soins palliatifs ! Face à ce constat alarmant, l’ADMD réclame solennellement l’universalité des soins palliatifs.

-          échec  de la lutte contre l’acharnement thérapeutique, qui est encore trop souvent pratiqué, comme sur ces personnes souffrant de cancers et qui subissent pour la moitié des chimiothérapies au cours des deux semaines précédant le décès (observé par la Mission d’évaluation de la Loi Léonetti) !

-          échec du combat contre les euthanasies illégales : selon une étude de l’Institut National des Etudes Démographiques (INED),  0,8% des décès annuels en France sont le fait de l’administration d’un produit létal (qui provoque la mort), soit 4.568 des 571.000 décès de l’année considérée, alors que seulement 0,2% des personnes ainsi décédées l’avaient souhaité. Les 0,6% autres peuvent donc être qualifiés  d’homicides (nonobstant la compassion qui peut expliquer dans certains de ces cas le geste fatal du médecin), puisque les malades n’avaient rien  demandé !

-          échec des directives anticipées, nées de la loi Kouchner, car seulement 2,5% des mourants en ont signé en France contre 14% en Allemagne, faute à coup sûr de campagnes de sensibilisation de la part des pouvoirs publics. Ce dispositif a pourtant de l’importance puisqu’il permet  à tout un chacun de rédiger une déclaration écrite (remise à son médecin ou à une personne de confiance désignée comme telle) concernant la prise en charge médicale de sa fin de vie (on est en fin de vie lorsqu’on est atteint d’une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale).Cette déclaration peut indiquer par exemple si le signataire souhaite ou pas bénéficier de soins palliatifs, même s’ils ont pour effet d’abréger sa vie, ou qu’on entreprenne des soins qui auraient pour objet de prolonger artificiellement sa vie. Un écueil de taille cependant à propos de cette déclaration : elle n’est toujours pas opposable au médecin qui, en dernier ressort, est seul à décider de la conduite  à tenir. L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité  recueille désormais auprès de ses adhérents  copies  de ces documents (pour celles et ceux qui bien sûr veulent bien l’adresser, et j’en serai prochainement), avec la perspective d’inciter les autorités à constituer un véritable  Fichier national des ces déclarations, comme il y en a un pour les permis de conduire, et à rendre obligatoire sa consultation et son application par les médecins.

A la loi Léonetti, loi du « laisser mourir », l’ADMD oppose une conception du « faire mourir ».

Le « laisser mourir » renvoie à la sédation terminale autorisée par la loi, et qui s’assimile à l’endormissement, en enlevant au patient tout ce qui le maintient artificiellement en vie, comme les sondes gastriques. On arrête de le nourrir, de l’hydrater. Mais on peut mettre beaucoup de temps à mourir, notamment quand que le patient est jeune, et dispose encore d’organes vitaux en état. Et rien ne permet d’affirmer  que les gens en sédation terminale ne souffrent pas. Sur le plan physique, sur le plan psychique, il n’est pas exclu que la douleur demeure et qu’elle soit inapaisée. On est bien certes dans une forme d’euthanasie, mais la mort est mise en œuvre à  petit feu (on ne sait pas quand elle surviendra), sans perte de souffrance.

Dans le « faire mourir », l’association du Président Romero (qui vient d’ailleurs de publier aux Editions Michalon « Ma Mort m’appartient », un titre significatif - photo de la couverture du livre ci-dessus) en appelle à une mort choisie par le patient et lui seul, avec une loi claire (comme en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg et dans certains Etats américains) pour établir la déclinaison de ce principe, au travers d’une euthanasie véritable (la « bonne mort » en grec), celle où le médecin injecte un produit à la personne, consciente et entourée des siens, puis qui part en quelques secondes. Ou  au travers du  suicide assisté, situation où le patient prend lui-même le produit, en présence là aussi de ses proches. A défaut de  trouver une solution en France, certains malades se rendent en Suisse où le suicide assisté est autorisé. Il en coûte 9 à 10.000 €, et seuls les gens aisés peuvent donc  y recourir.

Les nombreuses affaires qui ont bouleversé l’opinion tout au long de ces dernières années (Chantal Sébire, Vincent Humbert, Dr Bonnemaison, Vincent Lambert, Jean Mercier)avaient abouti à ce que François Hollande inscrive dans son programme de candidat à l’élection présidentielle de 2012 l’engagement 21 suivant : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. »Le mot euthanasie n’est pas prononcé mais c’est tout comme.

En prolongement de cet engagement, le Gouvernement a décidé récemment d’entreprendre une révision de la loi Léonetti, dont la préparation a été confiée à…Jean Léonetti  lui- même !!! Un texte va être rediscuté à l’Assemblée Nationale début octobre. Il ne faut donc rien en attendre. Certes, la sédation terminale deviendrait un droit, mais un droit qui serait toujours sous le contrôle des médecins. Certes, les « déclarations anticipées » seraient rendues  opposables. Mais  à deux exceptions près toutefois, qui vident de son sens le principe posé : en cas d’urgence vitale, et surtout lorsque le médecin estime que les directives du cas d’espèce sont manifestement « inappropriées ».Le pouvoir discrétionnaire du médecin resterait donc intact….

L’ADMD ne se retrouve pas bien entendu dans ce qui ressemble à la pose de quelques rustines sur la loi de 2005. Et elle entend poursuivre son combat, avec pour axe central à son action l’article 1er du projet de loi qu’elle a elle-même élaborée pour faire bouger les lignes sur ces enjeux considérables liés à la mort, sachant que chacun doit conserver  pleinement son libre arbitre face à cette échéance ultime de la vie :

 « Toute personne majeure et capable, en phase avancée ou terminale, même en l’absence de diagnostic de décès à brève échéance, atteinte d’au moins une affection accidentelle ou pathologique avérée, grave, incurable et/ou à tendance invalidante et incurable, infligeant une souffrance physique ou psychique constante et inapaisable ou qu’elle juge insupportable, peut demander à bénéficier, dans les conditions strictes prévues au présent titre, d’une aide active à mourir ou d’un suicide assisté. »

Et Jean-Luc Roméro écrit en conclusion de son livre : « La vie nous a été donnée, mais, aujourd’hui, notre mort nous est encore volée. »

Fait le 29 septembre

 

Un matin...

Vue magique, irréelle, sur les paysages qui entourent notre maison.

C’était un récent matin, en ouvrant mes volets, le soleil comme moi se levant.

Une  légère brume s’attardait.

Une image de poésie, de rêverie, d’éternité,  qui n’a pas besoin de plus de commentaires. Elle se suffit à elle-même.

Fait le 23 septembre

 

Trois ans de blog

En ce mois de septembre 2015, je boucle la troisième année de la tenue de mon blog, « Points de vues du Gers », puisque j’ai ouvert celui-ci en septembre 2012.

A mon compteur : 172 billets rédigés, y compris celui-ci, ce qui doit représenter  environ 700 pages écrites en format 21-29,7. C’est à dire l’équivalent de  deux, trois  livres.

A ce jour, 116.500 pages de mon blog ont été ouvertes depuis sa création, soit en moyenne 3.236 pages vues  par mois, donc  104 par jour, et je remercie celles et ceux qui me lisent.

J’ai abordé en 36 mois bien des sujets touchant à ma vie de retraité dans le Gers, à mes souvenirs personnels, à mes centres d’intérêt, souvent d’ordre culturel (lectures, concerts, théâtre, musées, expositions, films, émissions télévisées…), à mes réactions face à l’actualité, à mes escapades et voyages, à mes rendez-vous gastronomiques, que sais-je encore.

Je ne pensais pas m’inscrire dans la durée en lançant ce blog, craignant de manquer à terme d’inspiration ou de m’user à la tâche. Il est vrai que chaque billet me demande une huitaine d’heures de travail, la recherche d’informations et de documentation en constituant une large part.

J’ai tenu le coup néanmoins, et j’en suis le premier surpris. Je garde intacte ma fraîcheur du début, et ma veine de sujets ne semble pas se tarir.

Pour autant, je ne suis pas très moderne dans cette entreprise, c’est le moins qu’on puisse dire. A cause d’abord de la longueur de mes textes, qui en décourage plus d’un, même si  la lecture d’un billet de ma confection doit représenter seulement deux ou trois  minutes d’attention. IL est vrai que l’heure est à l’immédiateté, au zapping, à la vitesse et à la précipitation. Comme si on manquait de temps pour prendre parfois du recul ou se poser un instant.

Et puis la configuration graphique de mon blog n’a pas changé en trois ans. Elle est toujours aussi peu excitante, car j’avais choisi d’emblée  sur mon site hébergeur, la version la plus simple à mettre en œuvre, vu mes incompétences en la matière. Je n’ai même jamais réussi à introduire plus d’une photo par billet, ce qui appauvrit bien sûr la présentation,  alors que le « système » doit sans doute permettre d’ajouter d’autres clichés…

Il n’est pas exclu toutefois qu’à la faveur de la nouvelle année 2016, et avec l’aide d’un « qui sait », je revois de fond en comble la physionomie de mes carnets, afin de les rendre plus attrayants, plus séduisants.

Le but recherché est néanmoins  atteint : j’ai créé ce blog avant tout pour le plaisir qui est le mien d’écrire, un plaisir que j’éprouve depuis longtemps, et que j’ai matérialisé au travers de ce blog. Bien entendu, tant mieux si je peux faire partager ce bonheur de l’écriture et l’objet de mes réflexions à d’autres.

Alors, qui m’aime me lise !

Fait le 23 septembre

Journées du Patrimoine

Ce week-end écoulé dédié aux Journées du Patrimoine nous a donné l’occasion de visites  fort  intéressantes.

Le château de Sérillac, une « ruine douée d’avenir »

A commencer par le château de Sérillac (photo ci-dessus), situé en surplomb  à l’entrée de la commune de La Sauvetat,  village gascon de quelques 350 habitants, qui  tire son nom du terme sauveté,  désignant  dans le sud de la France une zone de refuge autour de l’église pour les gens pourchassés. J’avais suivi de loin  les améliorations spectaculaires apportées aux extérieurs de  cette imposante bâtisse, du fait que lorsque j’habitais Fleurance, je marchais souvent dans la campagne  environnante.

Cette fois,  c’est le dedans de ce  château féodal  de la fin du XIIIème siècle  qui était l’objet de notre curiosité. Nous fûmes accueillis par le propriétaire des lieux, un toulousain passionné par les vieilles pierres, ce qui rendit la visite extrêmement instructive.

Il acheta une demeure presque en ruines et s’emploie donc à lui restituer son caractère d’origine à coup d’années de travaux conduits par des artisans du Gers hautement qualifiés, et sans doute avec des budgets colossaux, car l’homme ne mésestime pas l’ampleur du chantier qui va être nécessaire et n’entend pas « mégoter » sur la qualité de la restauration. On le voit d’ailleurs très bien avec les poutres en chêne et les planchers en peupliers fraîchement posés,  qui à eux seuls représentent déjà des investissements considérables.

Il faut dire qu’il y a tout à faire tant les outrages naturels et le manque de moyens de ses propriétaires successifs ont mis ce château dans un état épouvantable .La mise hors d’eau est déjà faite, et bientôt sera effectuée la mise hors d’air avec la pose des fenêtres, certaines, murées, retrouvant  leurs emplacements d’origine.

Bien qu’encore vestige à l’intérieur, la demeure a fière allure, et nul doute qu’elle renaîtra de la pus belle manière. Il y faudra des dizaines d’années, mais le châtelain semble animé d’une volonté forte et inébranlable, puisant  probablement son énergie et sa ténacité dans le célèbre mot du poète René Char : « Des ruines douées d’avenir ». Les résultats sont déjà éloquents, et à terme le propriétaire, qui vit aujourd’hui dans des communs,  s’installera dans une des ailes du bâtiment  qui abrite des pièces majestueuses.

La bâtisse a été remaniée au fil des siècles et de l’histoire des riches aristocrates qui l’ont occupée, et surtout  au XVIIIème siècle, avec notamment  l’érection d’une grande façade de style classique, dont la  porte d’entrée est couronnée par un blason curviligne daté de 1744, malheureusement martelé par les révolutionnaires. Ladite façade  vient doubler la façade médiévale d’origine, où subsistent des fenêtres à meneaux et une fenêtre trilobée, créant ainsi entre les deux  un « vestibule » d’un volume  exceptionnel.  Le château a été construit selon un plan en U, encadré par  des tours qui ont été probablement arasées, et qui sont précédées d’une cour plutôt étroite. Ici et là, on retrouve des plafonds à la française, et sur des murs, autour de cheminées ou de fenêtres, des traces du style du Siècle des Lumières, dont de beaux restes de gypseries et de décors peints.

Rendez-vous donc dans dix ans pour apprécier les changements. Ils seront à coup sûr impressionnants !

Le retable de l’église de Biran

Cap ensuite sur la charmante petite commune de Biran (400 âmes), qui se trouve à cinq  minutes de la maison. C’est un castelnau, construit donc sur un éperon rocheux qui a fourni la pierre nécessaire à la construction de la fortification et des habitations. Du  château féodal,  il ne reste désormais que la tour de guet carrée de 20 m. de haut. Ce village pittoresque s’étire le long d’une rue unique, à laquelle on accède  par une tour-porte qui fait fonction de clocher depuis 1666.

Au bout de cette rue, l’église de la Piété (XVIIème),d’inspiration  jésuistique ,  restaurée en 1998,  qui s’ouvre sur un riche portail de style Renaissance et baroque. Elle est dédiée à Marie, dont l’image serait apparue sur un ormeau, à proximité immédiate de l’édifice. Après bien des débats entre les pour et les contre, tranchés par le pape lui-même, on abattra  l’arbre pour agrandir l’église, et réaliser en ses  lieu et place un sanctuaire qui abrite un superbe  retable en pierre calcaire du pays d’une belle blancheur (on dirait d’ailleurs du marbre) pour rendre hommage à la mère du Christ. On est époustouflé de trouver un tel trésor ici, au milieu de nulle part. Il n’est pas fréquent, en outre,  de le voir de près car l’église est la plupart du temps fermée, et on ne peut alors le regarder qu’au travers de la porte d’entrée qui à cet effet a été pour partie vitrée, une excellente initiative au demeurant de la municipalité.

De surcroît, nous avons été accueillis par une femme extraordinaire, Présidente des Amis du Vieux Biran (association à laquelle nous allons adhérer), 90 ans passés, qui en nous contant l’histoire du retable, a fait preuve d’une érudition et d’une mémoire hors du commun, même si à défaut d’avoir retrouvé dans les archives  ce qu’on appelait le « bail en besogne », on ne sait pas tout de cette réalisation.

Elle nous a passionnés,  et nous avons  appris beaucoup , grâce à elle, du pourquoi et du comment de ce retable. Réalisé par des artistes de l’Ecole Toulousaine du XVIIème (mais ce n’est qu’une hypothèse), le retable constitue un véritable mur-écran de 8 mètres de large, d’une beauté stupéfiante, érigé à partir du « nombre d’or » (1,61803398875), qui détermine à lui tout seul, selon des paramètres arrêtés une fois pour toutes, une parfaite symétrie dans le déploiement de l’œuvre.

Classé Monument historique en 1908, il est fait de hauts reliefs, qui représentent deux scènes de la mort du Christ (la descente de la croix et la mise au tombeau), et de diverses sculptures, deux d’entre elles incarnant  les parents de Marie, Joachim et Anne, une représentation qui est fort rare  dans le rendu visuel de l’histoire biblique. Au milieu du retable, une Pieta splendide, d’influence italienne dans la mesure o ù Marie porte le corps de son fils de façon verticale, manière de le tirer vers le ciel, et non pas, comme souvent, en le tenant  dans ses bras en position horizontale.

Un autre retable, plus petit, en bois doré, est posé au bord du retable principal. Il compte plusieurs statuettes, dont l’une de Notre Dame du Pilar (Pilier en français), rapportée de Saragosse en 1663, ville espagnole  où cette Vierge fait l’objet d’une profonde dévotion.

Retable, table…

Entre ces deux rendez-vous patrimoniaux, un arrêt dans un nouveau restaurant, « Le Tablo », ouvert il y a près de trois mois à Auch, dans la zone commerciale d’Endoumingue (une zone dynamique), soit en bordure de la RN124 qui mène à Toulouse ou à Dax, selon la direction empruntée, avec un double échangeur juste au niveau de l’établissement, ainsi accessible en quelques minutes.

A la manette les trois frères Casassus, Vincent, le chef, Fabien, le pâtissier, et Bruno, l’aîné, le maître d’hôtel. Bien que jeune, ce trio  a déjà une belle histoire derrière lui. Bruno est rentré de Malaisie, où il est resté dix ans, Fabien des Etats-Unis, avec une solide expérience  acquise chez les plus grands traiteurs et chocolatiers de New-York. Vincent, lui, formé à l’Ecole hôtelière de Lausanne, a tenu d’abord le piano du Relais du Pont à Gimont pour se « faire la main », avant d’ouvrir en 2006 son restaurant à  Auch, « La Cocotte ».

Le succès aidant, Vincent, qui avait toujours espéré rassembler les deux frangins et lui autour d’un même projet, s’intéresse alors à l’Hôtel-Restaurant Dupont, du nom de son grand-oncle, qui lui avait donné le virus des fourneaux (son père aussi d'ailleurs, professeur de cuisine au lycée hôtelier de Toulouse). Cette bonne et vieille maison se trouve à Castelnau-Magnoac, une cité des  Hautes-Pyrénées, aux confins du Gers et de la Haute-Garonne. Mais l’affaire ne se fera pas, et Vincent rachète alors en 2009 et en  famille l'Hôtel de France, une institution multiséculaire à Auch (relais de poste à l’origine), connu dans le monde entier grâce à son chef légendaire, promoteur infatigable du magret de canard, André Daguin, qui officiera là jusqu’en 1997, auréolé d’un deux étoiles au Guide Michelin. Revendu, l’établissement  dépérira au point de faire l’objet d’un redressement judiciaire au moment où les frères Casadessus en deviennent propriétaires.

L’hôtel de France retrouvera très vite ses lettres de noblesse et se développera avec l’adjonction au restaurant  gastronomique, d’une brasserie, « Le 9 ème », qui offre des préparations simples  dans un rapport qualité-prix très avantageux, comme une Formule du jour à 12,50 € pour deux plats et 15 € pour trois. Sera ouvert enfin dans la cave de l’hôtel, sous la houlette de Fabien, un lieu Pâtisserie –Chocolaterie-Epicerie et Vin fins.

« La Cocotte », elle, à défaut d’être vendue, sera convertie en 2012, sous le nom de « Lous Regalets » (« Les Petits Plaisirs »),  en  Salon de Thé –Pâtisserie, où il est possible aussi de déjeuner sur le pouce, tous les mets étant préparés à l’Hôtel de France. Notre gourmandise naturelle nous conduit de temps en temps à  venir prendre là  nos gâteaux préférés…

Et pour ne pas s’endormir sur ses lauriers, dans cet esprit d’entreprise qui caractérise la saga familiale ("Qui n'avance pas recule"), ouverture donc il y a peu par la bande Casassus du « Tablo ». Installé dans un immeuble flambant neuf, le lieu est fort moderne, très fonctionnel,  avec à l’entrée  la cave des vins exposée en vitrine, un salon pour une quinzaine de personnes, au centre la cuisine, et plus loin une terrasse extérieure abritée, avec vue sur la cathédrale d’Auch et le parc du Couloumé, le tout pouvant accueillir 120-130 convives. « Tablo » car il se trouve que Fabien le pâtissier peint, et quelques unes de ses œuvres (tableaux donc), flamboyantes de couleurs, sont présentées ici. Nos jeunes lascars ont voulu aussi que le nom de l’établissement fasse référence à  l’altitude du restaurant qui occupe le 2ème étage du bâtiment. Il est « haut », ce que le néologisme « Tablo » prend en compte également avec la lettre o. Un peu déroutante certes cette appellation, mais en même temps cette singularité fait parler…

La façade indique en grosses lettres, qui se voient de loin, « Restaurant panoramique toute la journée ». Une indication drôle aussi, car il faut comprendre non pas que le panorama est visible toute la journée, ce qui va de soi, mais que les heures  d’ouverture du « Tablo » sont de forte amplitude. On peut en effet venir manger un morceau de 12 à 20 heures sans discontinuer, 6 jours sur 7 (fermeture le dimanche). Une vraie révolution dans le monde de la restauration !

Le lieu ne désemplit pas, en tout cas le midi (nous ne sommes pas encore venus en soirée), offrant des produits locaux  frais et de qualité  à des prix très raisonnables. La clientèle du déjeuner opte souvent pour le menu du jour à 14 €, constitué en entrée de hors d’œuvre ou d’une soupe, puis d’un plat du jour ou d’une soupe chinoise, et pour finir en beauté d’une pâtisserie (de Fabien bien sûr), ou d’un fruit du moment, le tout accompagné d’un quart de vin pour un supplément de 1,50 €. C'est excellent, et le prix est très correct.

A la carte, on trouve le magret de canard en cocotte (beaucoup de plats sont d’ailleurs cuits avec cette petite marmite en fonte), une recette fameuse  créée en en 1973 à Castelnau-Magnoac par le grand-oncle Pierre Dupont (d’où aussi le nom du premier restaurant ouvert à Auch par Vincent). L’attachement du chef à son grand-oncle est tel qu’une des tables du restaurant  reproduit sous verre en format géant une carte postale ancienne représentant l’hôtel de l’aïeul. Dans d’autres plats, les champignons sont à l’honneur, ou l’agneau, ou le bœuf , ou le foie gras ou le jambon de porc noir, ou le bar. Clin d’œil à la mauvaise « bouffe » : un burger « Tablo » fait de pain brioché, avec steak hâché de boeuf bio du Gers et une sauce à l’armagnac.

Les fromages proposés à la carte, eux, ont une renommée exceptionnelle. Issus de  la fromagerie du Mont-Royal de Montréjeau (en Haute-Garonne), classée dans le top 10 des meilleures fromageries du pays par le Guide Gault-et-Millau, ils sont élevés par Dominique Bouchait, un Meilleur Ouvrier de France (MOF), Membre de l'Académie Culinaire de France, entouré d'une équipe de 28 personnes pour assurer, à l’aide d’une flotte de 15 camions,  une présence sur une quarantaine de marchés du sud-ouest (Auch et Mirande dans le Gers). Huit variétés de fromages de chèvre, de brebis, de vache, ou nées  de mélanges des uns avec les autres, sont proposées à la vente, les flux de commandes concernant 24 pays, de l’Europe à l’ Australie, en passant par le Japon et Honkong !  Un bar à fromages et une boutique ont été aussi ouverts récemment dans la galerie marchande du nouveau Leclerc de Saint-Gaudens ( on y trouve par exemple en plat du jour pour 11 à 13 € un Croustillant de reblochon et son fromage blanc aux mirabelles, ou une Fricassée de girolles et sa fourme d’Ambert).

Longue vie au « Tablo » !

 NB J’ai repris la marche  lundi dernier  une heure durant. C’est peu certes. Mais voilà quatre mois que je l’avais totalement interrompue en raison de mes problèmes articulaires aux hanches et aux genoux. J’ai pu forcer mon corps à reprendre du service. Mes pas n’avaient pas cependant  la même tonicité qu’auparavant. Mais j’ai ressenti  un bien fou à parcourir à nouveau mes chemins préférés au milieu des paysages magnifiques et baignés de soleil des hauteurs de Jegun.

Fait le 22 septembre

Marc Petit, sculpteur du paradoxe

J’ai  évoqué en quelques mots dans mon billet « Occupations estivales » de Juillet-Août dernier mes deux coups de cœur artistiques de cet été, qui vont d’ailleurs à deux sculpteurs, l’un français, l’autre espagnol.

Le premier est Marc Petit  (le second, Jaume Plenza, fera l’objet d’un billet ultérieurement), dont j’ai vu quelques œuvres à la galerie Paschos, près de Lectoure (voir aussi mon billet « Occupations estivales » à propos de cette galerie).

J’ai été fort séduit et impressionné par les bronzes de l’artiste (voir un exemple avec  la photo ci-dessus).

Les premières années

Marc Petit est né en 1961 à Saint-Céré dans le Lot. Il passera son enfance à Cahors et réalisera là ses premières sculptures à l’âge de 14 ans. « Par hasard, en grattant un caillou juste pour voir s’il était dur », dit-il. Bien qu’ayant depuis longtemps son atelier et sa maison en Haute-Vienne, à Bosmie l’Aiguille, il est depuis toujours viscéralement attaché à Cahors, ville qui a voulu témoigner de ses liens étroits avec Marc Petit, en accueillant  l’an dernier une de ses sculptures monumentales,  « L’Ange du Lazaret »,  installée place Clément Marot, face à la cathédrale (le lazaret désignait  un établissement où étaient mises en quarantaine les personnes susceptibles d’être atteintes de graves maladies contagieuses, telles la peste, la  lèpre, le  choléra). L’opération de Cahors a pu se faire grâce à la souscription (il fallait recueillir 150.000 €)  lancée par l’association "Les Gardiens de l'Ange" , à  la vente par celle-ci de petites reproductions en tirage limité de ladite sculpture, et grâce aussi au geste généreux de l’artiste qui a renoncé à  percevoir une quelconque rémunération pour son travail.

Les influences

Décidé à devenir sculpteur, Marc Petit quitte le lycée à 17 ans pour suivre un stage de taille de pierre auprès de René Fournier, qui  travaille beaucoup sur les Monuments historiques, sculpteur lui-même,  qui lui fait découvrir le modelage, technique plus adaptée à l’apprentissage que la taille. Dès lors, le jeune Petit se confronte à  la terre, au plâtre, à la cire, et il tirera un immense bénéfice artistique de ses échanges, qui se poursuivront longtemps, avec  ce professeur, qui lui aura enseigné les bases de la discipline et qui lui dira : « En sculpture, il faut faire venir la force à l’intérieur et qu’elle pousse vers  l’extérieur. Autrement, tu feras toujours une sculpture molle. »

Un autre homme comptera beaucoup dans sa vie artistique : Serge Lorquin, Grand Prix de Rome de sculpture en 1949, marié avec celle qui était en classe de seconde  le professeur d’histoire et de géographie  de Marc Petit. D’où la relative facilité pour l’élève d’entrer en contact avec  l’intéressé. La relation ne fut pas facile car le « maître » avait à l’égard de son protégé des jugements d’une sévérité et d’une rigueur impitoyables, qui seront toutefois déterminants pour le parcours du jeune sculpteur. Naîtra entre eux une longue amitié qui ne s’éteindra qu’avec la mort de Serge Lorquin en 1999 à 75 ans. 

A ces influences profitables, il faut ajouter celle de Germaine Richier (1902-1959), une sculptrice de grand talent à laquelle Marc Petit voue une véritable vénération depuis que l’occasion lui a été donnée, à  25 ans, de découvrir ses œuvres. Sous la plume de Bernard Heitz, Télérama disait d’elle en 1996 : « …derrière le paravent de ses bonnes manières, derrière son sourire de Joconde égarée dans un univers qui ne semblait pas être fait pour elle, Germaine Richier n'était que feu, tension, volcan toujours prêt à exploser. »

La mort de sa grand-mère en 1988, qu’il a tant aimé, constituera également un moment fort de son existence qui ne sera pas sans conséquences sur son travail : « Je souhaite figer dans ce court instant d’éternité tout l’absurde d’un  équilibre d’amour qui se rompt, tout l’absurde d’un vide dans lequel il faut encore aimer pour ne pas l’oublier. »

La galère, avant les premiers succès

Bien qu’il ait exposé ses oeuvres pour la première fois à 24 ans, en 1985, à Villeneuve-sur-Lot, Marc Petit « mangera » des années durant de la « vache enragée », et devra attendre 1996 pour connaître ses premiers succès (un galeriste lui dira que son travail est « trop dur »), même si entretemps il fut lauréat de La Fondation de France (1989), puis de la Fondation Charles Oulmont (1993), du nom d’un célèbre écrivain, compositeur, pianiste, critique d’art (1883-1984) – les Fondations sont des organismes mécènes qui soutiennent notamment des artistes qui le méritent.

La reconnaissance, espaces permanents

Aujourd’hui, le sculpteur est reconnu et son talent porté aux nues. Très sollicité, il va d’exposition en exposition (dont celle, en 2011, au Centre d’Art Contemporain de l’Abbaye d'Auberive , en Haute-Marne, qui regroupa pas moins de 420 sculptures !). Il dispose aussi d’espaces permanents à la galerie Arset de Limoges, tenu par Jean-Claude Hyvernaud, qui a toujours cru en lui, et à la galerie Le Clos des Cimaises à Saint-Georges-du-Bois, en Charente Maritime, qui héberge une centaine d’œuvres du sculpteur.

Musée

Le sculpteur  a même depuis 2008 à Ajaccio un Musée qui porte son nom  (c’est fort rare du vivant d’un artiste) : le Musée Marc  Petit  au Lazaret Ollandini , un lieu magnifique qui accueille donc dans ses jardins et ses allées une trentaine de bronzes du sculpteur, et où se déroulent aussi des expositions temporaires, des concerts, des conférences. François Ollandini (d’où le nom du lazaret), un pionnier du développement touristique en Corse, s’est pris de passion depuis longtemps pour l’œuvre de Marc Petit. La rencontre entre les deux hommes eut lieu sur un Salon en 2003, qui fera dire au mécène, amateur d’art et de philosophie,  dans des propos qui annoncent en filigrane la création du musée : « Un coin du stand, à ma gauche. Un homme tout de noir vêtu. Sombre et lumineux. Tout poilu de noir, avec les yeux de l’enfance, et une voix de velours. C’est Marc Petit. C’est avec une de ses créatures que je vis depuis  dix ans. Je sais déjà, d’un savoir non raisonné, d’un savoir « aimant », qu’il est et restera le premier mais je ne sais pas encore qu’il sera bientôt le seul. »

Bibliographie

De nombreux ouvrages lui ont déjà été consacrés, dont quelques uns édités par l’Abbaye d’Auberive (évoquée plus haut pour avoir eu pour cadre une belle exposition de l’artiste), tels  : « Marc Petit, Monographie » , 2006, 152 pages, 75 illustrations ; « Et dans leurs yeux la nuit », 2010, 162 pages, 111 illustrations ; « Marc Petit Rétrospective », 2011, 120 pages, 83 illustrations, que j’ai dans ma bibliothèque ; « Marc Petit, Le chemin se fait en marchant », 2013, 402 pages, 430 illustrations, peut-être le plus beau de tous, et que j’ai parcouru avant de l’offrir à des amis.

Le message de l’oeuvre

Marc Petit incarne une sorte de sculpture figurative, une expression artistique qui avait disparu au profit de l’abstraction, à quelques exceptions près (en témoigne par exemple  le succès considérable des  rétrospectives Giacometti). Ses réalisations en  bronze sont monumentales, même si l’artiste ne délaisse pas les moyens et petits formats (il dessine aussi, et dit se mettre plus en danger dans le dessin, qui demande du mouvement, qui est physique, que dans la sculpture. Preuve en est que pour une commande de 30 dessins, Marc Petit en avait réalisé 456 avant d’être satisfait !) . Ses figures sculptées sont la plupart du temps verticales, avec souvent des corps nus ou presque, sans cependant de grands détails anatomiques. Même les visages, de forme sphérique ou ovoïde, sont sommaires, sans chevelure, les yeux et la bouche prenant la forme de trous, ce qui n’empêche pas le tout de dégager une forte expressivité (« Je travaille sur l’humain car j’ai besoin du sentiment. »).

De prime abord, celle en l’occurrence du vieillissement, de la déchéance des corps, au point que lorsque je regarde ces hommes ou ces femmes, j’ai le sentiment d’avoir affaire à des cadavres (pourquoi pas sortant de leurs tombes comme dans les films d’horreur), à des momies, à des martyrs (je ne peux pas m’empêcher de penser aux victimes des camps de concentration nazis), qui manifestent intensément  leur douleur et leur peur, et traduisent le poids des épreuves et des souffrances qu’ils ont endurées. Les corps sont squelettiques, décharnés, en déshérence, et leur spectacle de dépouilles d’écorchés (ou de figures christiques) est macabre.

Ces bronzes sont en tout cas  féroces  et la pulsion de mort qui s’en dégage exprime peut-être l’image du monde actuel, dont l’actualité récente démontre d’ailleurs de quelles odieuses vilénies il est capable.

Au sujet de ces personnages de Marc Petit, Lydia Harambourg, Historienne et Critique d’art, écrit : « Anonymes, ces hommes et ces femmes regardent le monde, surpris, ou indifférents, à l’écoulement du temps, qui les conduit inexorablement dans l’abîme.»

L’artiste donne une toute autre  explication à  l’œuvre qui est la sienne, fort différente de celle que je retire personnellement de son travail. Il veut en fait montrer la beauté éternelle qu’i l oppose à cette esthétique lisse et jeune vantée par notre société, à cette « érotisation » publicitaire de la femme, qui l’une et l’autre sont de l’ordre de l’artifice et n’ont qu’un temps. Marc Petit  dit vouloir traquer les aspérités, les rides, les plis, les creux, tout ce qui va dire ce que cet homme ou cette femme a vécu, soit l’usure d’un corps tout au long d’une existence dédiée à la vie. « Les gens ne veulent pas voir, ne souhaitent pas devenir comme ça, et moi je leur dis que s’ils y arrivent ils seront beaux », dit-il, sans craindre de tomber dans le paradoxe. Car, ajoute t’il,  jusqu’au dernier moment, nous sommes effectivement beaux dans nos souffrances, dans nos désespoirs, comme dans nos rires. Il faut savoir conserver un peu de place pour pleurer. « Savoure quand tu pleures ! », conclut t’il.

Derrière des corps révoltés qui n’en finissent pas de mourir, ses sculptures se veulent donc un hymne  à la vie. Les êtres humains qu’il met en scène et en bronze sont terriblement vivants, empreints d’une profonde humanité. Et même s’ils dérangent, notre regard vers eux est plein de compassion et de tendresse.

Et l’artiste de dire aussi : l’expression de mes personnages  est  torturée comme pour mieux trouver l’essentiel. Leur souffrance voile quelque chose de plus important : le bonheur de vivre, l’envie de vivre. Et pour que le message soit plus fort, je préfère dire cela  avec  une image un peu plus sombre que nécessaire (et ça m’embête de le dire avec un sourire, fait-il remarquer). Je  veux éliminer le maquillage et un peu de peau pour rentrer dans la sculpture, dans ce que nous sommes.

Il précise encore : « Je sais, pour l’avoir entendu parfois, que certains trouvent ma sculpture très sombre. Elle l’est sans doute à la première vision, mais si l’on prend le temps de regarder encore, un nouveau sentiment peut naître. J’espère que mon travail invite à nous accepter tels que nous sommes et nous garde du désir trop grand de nous masquer à nous-mêmes. Il souligne la beauté des traces du temps. Chacun peut s’y reconnaître comme dans un  miroir s’il le désire, s’il est prêt à s’y voir. »

L’inspiration

Parlant de son inspiration, Marc Petit estime quelle vient pour partie de son enfance, comme son amour des personnes âgées, dont  celui qu’il portait  à sa grand-mère. Pour lui, le détachement qui arrive avec le grand âge donne une certitude, une puissance, une force. Le besoin de plaire disparaît, il n’y a plus le temps de jouir. L’immortalité comme la mortalité sont deux absurdités. Et la vérité, celle qu’il cherche, est plus issue de son ventre, de ses tripes. C’est donc selon lui une forme de bêtise que cette manière de chercher la vérité, mais il y voit là une façon d’atteindre une certaine beauté.

La technique

Sur la technique de son art, même s’il affirme que la sculpture a une grammaire, qu’elle doit être conjuguée, et déclinée avec des codes très précis, Marc Petit n’en considère pas moins  qu’il fabrique sa structure en l’interrogeant, en lui posant des questions. Et en fonction des réponses qu’il reçoit, il casse, il détruit, jusqu’à parvenir au résultat escompté qu’il ne connaît pas d’ailleurs à l’avance. Car si le chemin se fait en marchant, l’œuvre se fait en sculptant. Le prix à payer pour espérer arriver quelque part  c’est donc d’oser encore détruire. « Tant que je détruirai mon travail, j’aurais l’espoir de faire une sculpture ».

Un message qui ne peut laisser personne indifférent

Cette obsession de chercher et chercher encore avant de mettre un point final à l’œuvre force l’admiration. Et quelle que soit  l’interprétation qu’on donne à son travail - c’est d’ailleurs la liberté de chacun d’avoir sa  propre lecture au regard de ses sensibilités, de son histoire…-, on ne peut qu’être impressionné, ému, interpellé, bousculé, chaviré,  par  le rendu sculpté de Marc Petit. On ne peut  en effet être  indifférent à la puissance évocatrice formidable  de son message, qui nous touche au cœur d’une manière ou d’une autre. C’est au demeurant mon cas.

 

Guy Béart

 Guy Béart est mort récemment,  à 85 ans. En cet instant de recueillement, je pense aux refrains de ses succès que nous n’avons cessé de chantonner : « Bal chez Temporel », « L’eau vive », « Qu’on est bien », tous trois de 1958, « Le matin, je m’éveille en chantant » (1960), « Allo…tu m’entends ? » et  « Les Grands principes » en 1965, « Vive la rose » et « Aux marches du palais » en 1966, « Le grand chambardement » et « Il fait toujours beau quelque part », en 1967, « La vérité » et « A la claire fontaine » en 1968, « La vie va » et « A Amsterdam » en 1976, et tant d’autres. ..

Je me souviens avoir utilisé des extraits de la belle chanson « Les couleurs du temps » (1973) pour accompagner la manifestation de lancement de  la nouvelle communication, du nouveau logo et des nouvelles couleurs, à dominante bleue et verte, de l’organisme que je dirigeais dans les années 87/88 :

« Je voudrais changer les couleurs du temps

Changer les couleurs du monde

Le soleil levant, la rose des vents

Le sens où tournera ma ronde

Et l’eau d’une larme et de tout l’océan

Qui  gronde »

 Je me rappelle également d’une émission télévisée où il prit à partie Serge Gainsbourg qui venait de traiter la chanson d’art mineur. Il lui rétorqua avec force qu’il  la considérait, lui,  comme un art majeur, au même titre  que la peinture, la littérature, la musique, le cinéma, et même la cuisine. Je ne sais pas qui avait raison (Jacques Brel avait une opinion voisine de celle de Gainsbourg), mais sa manière ce jour là de défendre la chanson française fut tout à son honneur. Il l’incarnait d’ailleurs avec talent depuis  près de soixante ans ! Paix à ton âme Guy Béart.

Fait le 22 septembre

D'Artagnan à l'honneur cet été

Dans mon précédent billet (voir dans la rubrique Juillet-Août, « Occupations estivales »), qui relatait quelques unes de mes pérégrinations de cet été, j’ai omis  d’évoquer l’inauguration de la première statue équestre de d’Artagnan, à Lupiac, le village qui vit naître le vrai Mousquetaire, et où se trouve par ailleurs un musée à sa gloire (le lieu est toutefois un peu daté...). Quant au faux d'Artagnan, inspiré du vrai et qui rendit populaire ce dernier, il est né de l’imagination du romancier Alexandre Dumas, qui avec « Les Trois Mousquetaires » fit connaître dans le monde entier ce héros de la Gascogne.

J’ai déjà écrit dans mon blog sur d’Artagnan, d’une part, en octobre 2012, pour annoncer la tenue d’assises  qui lui avaient été consacrées à Auch avec pour objectif de réfléchir à la dynamisation et à la valorisation du territoire à partir de cette figure emblématique (rien ne s’est passé depuis…), et, d’autre part, en juin 2014 où je me suis attardé assez longuement sur  le personnage.

Nous nous sommes donc rendus le 9 août à Lupiac sur la place de ce petit  village gersois de 300 habitants pour assister au « dévoilage » de cette statue équestre en bronze (voir photo ci-dessus)  du gentilhomme Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan, homme de confiance du Cardinal  Mazarin et du jeune roi  Louis XIV.

Beaucoup de monde présent pour cet évènement  qui s’inscrivait dans le cadre du Festival qui chaque année commémore l’enfant du pays, avec  500 autochtones qui endossent pour la circonstance les costumes de l’époque.  Différentes animations sont proposées durant le week-end aux quelques 4 à 5.000 visiteurs présents : explications de la vie des Mousquetaires sur le champ de bataille ; bivouac de la Guerre de Trente Ans (conflit à l’échelle de l’Europe, qui dura de 1618 à 1648, et impliqua le France)  avec  tirs au mousquet, à l’arquebuse et au canon ; duels à la rapière (épée longue et fine)…

La statue est l’œuvre de Daphné Du Barry, une artiste née aux Pays-Bas,  et qui a des liens forts avec le Gers, même si elle a ses ateliers en Toscane. Ses sculptures sont d’un classicisme figuratif, et il s’en trouve deux autres à ma connaissance dans notre département : l’une  à la Cathédrale d’Auch (1990), une magnifique Pietà en cuir, l’autre à Marciac, un bronze de 1,80 m. représentant Wynton Marsalis,  trompettiste américain né en 1961, qui brille aussi bien en jazz qu’en musique classique, souvent invité à Jazz in Marciac.

Daphné Du Barry réalisa aussi une statue de Blaise de Monluc (1500-1577) pour la ville italienne de Sienne (2003). Maréchal de France, ce seigneur s’illustra dans les guerres de religion et  d’Italie, où il fut, entre autres, protecteur des habitants de Sienne (d’où la statue). Il fut le maître du château gersois de Monluc, aujourd’hui domaine viticole qui produit notamment le célèbre « Pousse-Rapière », mélange secret  d’Armagnac et de vin blanc sec, élevé selon la méthode champenoise.

Ce d’Artagnan de Lupiac a beaucoup d’allure sur son cheval cabré, incarnant à merveille les qualités de bravoure et de panache du Mousquetaire. Le bel ouvrage  fait au total 5 mètres de haut avec son socle de marbre, dont 3,50 m. pour la statue elle-même. Elle a couté 250.000 €, une dépense entièrement mécénée par le domaine viticole du Tariquet, la famille Grassa ayant voulu ainsi rendre hommage  à ce territoire gascon qui lui permit de s’établir et de développer un vin  blanc devenu prestigieux et connu dans le monde entier. Dommage que le panneau d’informations posé sur le socle de la statue ne mentionne pas le nom du bienfaiteur, mais peut-être était-ce là la volonté de celui-ci, ce qui confèrerait   à son geste de générosité encore plus de noblesse.

La journée fut aussi l’occasion de lancer  la route équestre Lupiac-Maastricht (commune hollandaise où d’Artagnan périt en 1673 lors d’une bataille contre les Provinces-Unies, région septentrionale de ce qui deviendra les Pays-Bas). Elle  traversera six pays et empruntera  4.000 kms de chemins balisés et sécurisés.

Un bon moment donc  passé avec d’Artagnan, qui a tant compté  au travers de nos lectures de jeunesse. Et dire que ce valeureux Mousquetaire n’a même pas de visage car aucun portrait ne nous est parvenu qui aurait permis de l’identifier avec précision. Seule une gravure en noir et blanc, sans preuve d’authenticité, laisse imaginer l’homme qu’il  a pu être…

Fait le 4 septembre

 

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...

martine | Réponse 21.09.2015 17.51

A mon avis, télescopage de 3 billets ! Fausse manoeuvre ou stratégie de d'Atagnan, pour s'imposer trois fois à la lecture. (sourire)

decrock 22.09.2015 00.27

Quel bug en effet. J'ai ainsi perdu deux billets qui ont représenté chacun une huitaine d'heures de travail ! Et je ne les réécrirai pas !

Voir tous les commentaires

Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

...
Vous aimez cette page