Points de vues du Gers Carnets

100.000 pages

Le  compteur de mon blog, créé en septembre 2012, vient d’atteindre le chiffre des 100.000 pages ouvertes.

Je ne suis ni fier de ce score ni indifférent à ce résultat.

J’écris  d’abord pour le plaisir que j’ai à tenir la plume,  à faire état de mes rencontres, de mes sorties, de mes coups de cœur ou de gueule, de mes lectures, et à illustrer ainsi  ma vie de retraité dans ce beau pays du Gers.

Je ne me prétends pas particulièrement doué pour l’écriture, mais cette occupation me plaît beaucoup, et je mets du soin et de la rigueur dans ma rédaction. Je  suis bien sûr  ravi de la fréquentation que connaissent mes carnets. Je sais que parmi les lecteurs de mon blog, il y a des fidèles, et je les en remercie, d’autres qui le consultent une fois de temps en temps, et d’autres encore qui  s’y retrouvent par le hasard d’une recherche sur un mot, un lieu, un évènement, que sais-je encore. Je sais également que je décourage certains (à commencer par mes proches) qui trouvent mes papiers très longs, trop longs, mais j’en démordrai pas : j’ai besoin de longueur pour raconter.

Ainsi, sur 33 mois de tenue de ce blog, ce sont en  moyenne 3.000 pages qui sont vues par mois, soit une centaine par jour. J’ai rédigé à ce jour 161 billets, celui-ci inclus, ce qui représente une moyenne de 5 billets par mois, avec des variations mensuelles  qui sont liées à ma disponibilité, à l’actualité et à mon inspiration (le mois le plus fécond : octobre 2012 avec 11 billets ; le mois le plus pauvre : février 2014, avec un seul billet, pour cause de déménagement).

Voici  mois par mois, de septembre 2012 à maintenant, les thèmes abordés sur mon blog  « Points de vues du Gers » :

 

2012 (28 billets)

 

Septembre (2)

 

Rose

Petit Renaud et le Gers

 

Octobre (11)

 

Marche

Makila

En colère : trop, c’est trop

Fleurance

Domaine d’Arton

Un livre (« Pour seul cortège », de Laurent Gaudé)

Le Bourgeois Gentilhomme

Un film (« Quelques heures de printemps »)

Le Gers en allemand

D’Artagnan

Le Gers à pied

 

Novembre (6)

 

Légitimité politique

« Le Sermon sur la chute de Rome », de Jérôme Ferrari

A Hubert Nyssen

La cuisine gersoise sous les feux de la rampe

« Amour »

Ma mère

 

Décembre (9)

 

Le Gers dans « Le Monde »

Poème

Inégalités

La Ronde des crèches du canton de Miradoux

Jubeau

Jacques Rigaud

Influences

Armagnac à Paris

Escapade à Paris

 

2013 (72 billets)

 

Janvier (10)

 

Le Musée de l’Ecole Publique à Saint-Clar

Dérives journalistiques

La garbure sur TF1 au journal de 13 heures

« Django Unchained » - Quentin Tarantino

« Des Racines et des Ailes » : le Gers sur France3

Le mariage pour tous

« Renoir »

France2 sur le marché de Fleurance

Labyrinthique hôpital

Vœux 2013

 

Février (6)

 

Les photos de Pierre-Paul Feyte : le coup de « foudre »

« Shadow Dancer »

Foie gras de canard du Gers sur TF1

« Lincoln »

Le Gers à nouveau sur TF1 : maison médicale à Mauvezin

« Plaisirs du Gers »

 

Mars (5)

 

« Au bout du conte », film d’Agnès Jaoui

Le Gers à l’honneur au Concours général agricole 2013

Gramont : château, auberge « Le Petit Feuillant », musée du miel

La femme du « Monde » : Natalie Nougayrède

Alain Schrotter : un peintre de nos amis

 

Avril (7)

 

« Carnets de campagne » France Inter 1 et 2

Tristram dans « Le Monde »

Spécial Gers sur FR3 Midi-Pyrénées

5.000 pages

Romain Gary

Verdi/Nabucco/Muti

Poisson d’avril

 

Mai (7)

 

1er mai : la fête du muguet et du Travail

Petitrenaud à Saint-Mont

1967-1973 : des années studieuses, malgré tout…

Théâtre amateur

« Elévation », Baudelaire

« Le Pouvoir »

Lény Escudero

 

 Juin (5)

 

L’auberge de Bardigues

Le Floc de Gascogne

Publicité TV

Le Festival « Eclats de voix »

Corruption politique en France : Assez !

 

Juillet (6)

 

« Plaisirs du Gers » n°9 – Pleins feux sur Pierre Barouh

« Plaisirs du Gers » n°9 

« Le Questionnaire » de Proust

Chemins et pèlerins de Compostelle

« La Beauté », Charles Baudelaire

« Bienvenue chez nous »

 

Août (5)

 

« Harmonie du Soir »

10.000 pages

D’une halle à l’autre

Glosek Gourmet

Je viens d’avoir 65 ans

 

Septembre (6)

 

“Clefs”, “ Vanity Fair”

Amélie-les-Crayons / Matthew Weinberg

Anniversaires en septembre : Gers, marche, blog

Journées du Patrimoine / Flamarens, château, église…

Tournesols

La Table d’Oste à Auch

 

Octobre (6)

 

Séjour à Arles (1)

Séjour à Arles et dans les environs – Suite

Séjour à Arles et dans les environs – Fin

Jacques Brel

Antoine de Saint-Exupéry / « Le Petit Prince »

« Les Carnets de Julie » - FR 3 – Honneur au Gers

 

Novembre (4)

 

Les Frères Léotard, Philippe et François

De la photographie contemporaine à l’art contemporain en général

J’enrage…

Sorties et rencontres récentes

 

Décembre (5)

 

« Yves Saint-Laurent, Pierre Bergé : l’amour fou »

La poule de Gascogne à l’honneur sur TF1

Du coq à l’âne

La gastronomie du Gers à nouveau à l’honneur chez Petitrenaud

Crèche à Brugnens

 

2014 (40 billets)

 

Janvier (3)

 

Vœux 2014

La Ronde des Crèches du canton de Miradoux / Autour de Jules Verne

Déménagement

 

Février (1)

 

90 jours après

 

Mars (3)

 

Le Gers, terre féconde

Premiers pas ici

Lettres de ma mère

 

Avril (4)

 

L’auberge de Fourcès sur TF1 / Le château de Camille

Le tango

Rencontre au Musée de l’Ecole Publique de Saint-Clar

Chèvres, chevrettes, chevreaux et bouc

 

Mai (5)

 

Amitié

Chacun pour soi…

Le Festival Philosophia à Saint-Emilion

Cinéma : « Dans la cour », « Homesman »

La marche et l’écriture

 

Juin (5)

 

D’Artagnan et les Mousquetaires

Impressions en vrac

Colère froide

Les poulets de Mathieu

« Hi-Han » à Hitton

 

Juillet (2)

 

Connais- toi toi-même

Une longue parenthèse

 

Septembre (4)

 

Fin de la parenthèse

L’Indonésie en général

Climat, pollution, hygiène en Indonésie

Musique et crémaillère

 

Octobre (4)

 

Circulation et transport en Indonésie

Une belle initiative d’information dans le Gers

Erri de Luca

Le bois d’Auch

 

Novembre (5)

 

Quarante-huit heures à Bordeaux

Concert en l’église de Bonas

« Le Casque et la Plume » à Lannemezan – Hommages à nos « poilus »

Airbus et les convois de l’A380

« Gilda » - Rita Hayworth

 

Décembre (4)

 

2014 dans le rétroviseur

Fermes du Gers sur TF1

Armagnacs et vins du Gers récompensés

Patrick Modiano, de « La Place de l’Etoile » au Prix Nobel de Littérature

 

2015

 

Janvier (4)

 

« Même pas peur »

« Je suis Charlie »

Bach au piano

Vœux 2015

 

Février (4)

 

Recensement, Cinéma

« Danser les ombres », de Laurent Gaudé

Paul Eluard

Quand Jacques Chancel « radioscopiait » Jacques Brel…

 

Mars (3)

 

Coups de gueule

Escapade à Albi et ses environs

Rodez, Soulages, Conques

 

Avril (3)

 

Dordogne, Haute-Vienne, Limoges, souvenirs, souvenirs…

Visite au Portugal – Impressions

Portugal, suite et fin

 

Mai (5)

 

Katia Guerreiro , Billie Holiday : des voix sublimes

Le football dans ma vie

Musique, Théâtre

Brel, la beauté de ses textes, de la musique, « Amsterdam », un bel exemple

Vincent Lindon, « La loi du marché », Cannes

Jean Moulin au Panthéon en 1964, accueilli par André Malraux

100.000 pages

 

Rendez-vous aux 200.000 pages ouvertes, c'est-à-dire dans 33 mois à nouveau si je demeure sur les mêmes moyennes, soit début 2018…J’approcherai alors les 70 ans…

 

Fait le 30 mai

 

 

Jean Moulin au Panthéon en 1964, accueilli par André Malraux

Ce mercredi 27 mai, quatre héros de la Résistance, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon, Pierre Brossolette et Jean  Zay, ont fait leur entrée au Panthéon (au passage, dommage que les cercueils des deux femmes étaient sans corps, leurs familles ayant refusé l’ouverture de leurs caveaux).

Il y a 51 ans, en 1964, c’était Jean Moulin qui y fut accueilli. J’avais alors 16 ans, et je me souviens de l’émotion qui m’a submergée en écoutant le discours solennel  d’accueil  des cendres du chef du Conseil national de la Résistance, prononcé par André Malraux, Ministre des Affaires Culturelles (photo ci-dessus) ,en présence du Général de Gaulle, Président de la République,  et de Georges Pompidou, Premier Ministre. Quel souffle, quel lyrisme, quelle grandeur dans ce vibrant hommage au gaullisme et à celles et ceux  de nos aïeux qui au nom de la France et de la liberté combattirent la tyrannie nazie au péril de leur vie !

En voici le texte :

« Voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans la cérémonie d'aujourd'hui, combien d'enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué ; et depuis, sont nés seize millions d'enfants...

Puissent les commémorations des deux guerres s'achever par la résurrection du peuple d'ombres que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l'organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son accent de légende, voici comment je l'ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l'aube. Il est d'usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts français.

Comment organiser cette fraternité pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Résistance, au moment où il partit pour Londres : « Il serait fou et criminel de ne pas utiliser, en cas d'action alliée sur le continent, ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd'hui, mais pouvant constituer demain une armée cohérente de parachutistes déjà en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et déterminé leur objectif. » C'était bien l'opinion du général de Gaulle. Néanmoins, lorsque, le 1 janvier 1942, Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n'était encore qu'un désordre de courage : une presse clandestine, une source d'informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n'existaient pas encore. Or, ces informations étaient destinées à tel ou tel allié, ces troupes se lèveraient lorsque les Alliés débarqueraient. Certes, les résistants étaient des combattants fidèles aux Alliés. Mais ils voulaient cesser d'être des Français résistants, et devenir la Résistance française.

C'est pourquoi Jean Moulin est allé à Londres. Pas seulement parce que s'y trouvaient des combattants français (qui eussent pu n'être qu'une légion), pas seulement parce qu'une partie de l'empire avait rallié la France libre. S'il venait demander au général de Gaulle de l'argent et des armes, il venait aussi lui demander « une approbation morale, des liaisons fréquentes, rapides et sûres avec lui ». Le Général assumait alors le Non du premier jour ; le maintien du combat, quel qu'en fût le lieu, quelle qu'en fût la forme ; enfin, le destin de la France. La force des appels de juin 40 tenait moins aux « forces immenses qui n'avaient pas encore donné », qu'à : « Il faut que la France soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. » La France, et non telle légion de combattants français. C'était par la France libre que les résistants de Bir Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restée au combat. Chaque groupe de résistants pouvait se légitimer par l'allié qui l'armait et le soutenait, voire par son seul courage ; le général de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Résistance à l'union entre eux et avec tous les autres combats, car c'était à travers lui seul que la France livrait un seul combat. C'est pourquoi - même lorsque le président Roosevelt croira assister à une rivalité de généraux ou de partis - l'armée d'Afrique, depuis la Provence jusqu'aux Vosges, combattra au nom du gaullisme comme feront les troupes du Parti communiste. C'est pourouoi Jean Moulin avait emporté, dans le double fond d'une boîte d'allumettes, la microphoto du très simple ordre suivant : « M. Moulin a pour mission de réaliser, dans la zone non directement occupée de la métropole, l'unité d'action de tous les éléments qui résistent à l'ennemi et à ses collaborateurs. » Inépuisablement, il montre aux chefs des groupements le danger qu'entraîne le déchirement de la Résistance entre des tuteurs différents. Chaque événement capital - entrée en guerre de la Russie, puis des États-Unis, débarquement en Afrique du Nord - renforce sa position. A partir du débarquement, il apparaît que la France va redevenir un théâtre d'opérations. Mais la presse clandestine, les renseignements (même enrichis par l'action du noyautage des administrations publiques) sont à l'échelle de l'Occupation, non de la guerre. Si la Résistance sait qu'elle ne délivrera pas la France sans les Alliés, elle n'ignore plus l'aide militaire que son unité pourrait leur apporter. Elle a peu à peu appris que s'il est relativement facile de faire sauter un pont, il n'est pas moins facile de le réparer ; alors que s'il est facile à la Résistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les réparer à la fois. En un mot, elle sait qu'une aide efficace aux armées de débarquement est inséparable d'un plan d'ensemble. Il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrées de France, les combattants clandestins désorganisent méthodiquement la concentration des divisions cuirassées allemandes. Et un tel plan d'ensemble ne peut être conçu, et exécuté, que par l'unité de la Résistance.

C'est à quoi Jean Moulin s'emploie jour après jour, peine après peine, un mouvement de Résistance après l'autre : « Et maintenant, essayons de calmer les colères d'en face... » Il y a, inévitablement, des problèmes de personnes ; et bien davantage, la misère de la France combattante, l'exaspérante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc, d'être spolié au bénéfice d'un autre maquis ou d'un autre groupe, qu'indignent, au même moment, les mêmes illusions... Qui donc sait encore ce qu'il fallut d'acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour de Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison ; ce qu'il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien « préfet de gauche », chassé par Vichy, pour exiger d'accueillir dans le combat commun tels rescapés de la Cagoule !

Jean Moulin n'a nul besoin d'une gloire usurpée : ce n'est pas lui qui a créé Combat, Libération, Franc-tireur, c'est Frenay, d'Astier, Jean-Pierre Lévy. Ce n'est pas lui qui a créé les nombreux mouvements de la zone Nord dont l'histoire recueillera tous les noms. Ce n'est pas lui qui a fait les régiments mais c'est lui qui a fait l'armée. Il a été le Carnot de la Résistance.

Attribuer peu d'importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en péril de mort - la nation, non pas un nationalisme alors écrasé sous les chars hitlériens, mais la donnée invincible et mystérieuse qui allait emplir le siècle ; penser qu'elle dominerait bientôt les doctrines totalitaires dont retentissait l'Europe ; voir dans l'unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l'unité de la nation, c'était peut-être affirmer ce qu'on a, depuis, appelé le gaullisme. C'était certainement proclamer la survie de la France.

En février, ce laïc passionné avait établi sa liaison par radio avec Londres, dans le grenier d'un presbytère. En avril, le Service d'information et de propagande, puis le Comité général d'études étaient formés ; en septembre, le noyautage des administrations publiques. Enfin, le général de Gaulle décidait la création d'un Comité de coordination que présiderait Jean Moulin, assisté du chef de l'Armée secrète unifiée. La préhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Résistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef. En janvier 1943, le Comité directeur des Mouvements unis de la Résistance (ce que, jusqu'à la Libération, nous appellerions les Murs) était créé sous sa présidence. En février, il repartait pour Londres avec le général Delestraint, chef de l'Armée secrète, et Jacques Dalsace. De ce séjour, le témoignage le plus émouvant a été donné par le colonel Passy. « Je revois Moulin, blême, saisi par l'émotion qui nous étreignait tous, se tenant à quelques pas devant le Général et celui-ci disant, presque à voix basse : "Mettez-vous au garde-à-vous", puis : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la libération de la France, danl'honneur et par la victoire". Et pendant que de Gaulle lui donnait l'accolade, une larme, lourde de reconnaissance, de fierté, et de farouche volonté, coulait doucement le long de la joue pâle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tête levée, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu'il s'était donné, en 1940, pour éviter de céder sous les tortures de l'ennemi. » Les tortures de l'ennemi... En mars, chargé de constituer et de présider le Conseil national de la Résistance, Jean Moulin monte dans l'avion qui va le parachuter au nord de Roanne.

Ce Conseil national de la Résistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c'est l'unité précairement conquise, mais aussi la certitude qu'au jour du débarquement, I'armée en haillons de la Résistance attendra les divisions blindées de la Libération.

Jean Moulin en retrouve les membres, qu'il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Résistance tragiquement transformée. Jusque-là, elle avait combattu comme une armée, en face de la victoire, de la mort ou de la captivité. Elle commence à découvrir l'univers concentrationnaire, la certitude de la torture. C'est alors qu'elle commence à combattre en face de l'enfer. Ayant reçu un rapport sur les camps de concentration, il dit à son agent de liaison, Suzette Olivier : « J'espère qu'ils nous fusillerons avant. » Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller.

La Résistance grandit, les réfractaires du travail obligatoire vont bientôt emplir nos maquis ; la Gestapo grandit aussi, la Milice est partout. C'est le temps où, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit ; le temps où les parachutes multicolores, chargés d'armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairières ou des causses ; le temps des caves, et de ces cris désespérés que poussent les torturés avec des voix d'enfants... La grande lutte des ténèbres a commencé.

Le 27 mai 1943, a lieu à Paris, rue du Four, la première réunion du Conseil national de la Résistance.

Jean Moulin rappelle les buts de la France libre : « Faire la guerre ; rendre la parole au peuple français ; rétablir les libertés républicaines dans un Etat d'où la justice sociale ne sera pas exclue et qui aura le sens de la grandeur ; travailler avec les Alliés à l'établissement d'une collaboration internationale réelle sur le plan économique et social, dans un monde où la France aura regagné son prestige. »

Puis il donne lecture d'un message du général de Gaulle, qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Résistance, le maintien de l'unité de cette Résistance qu'il représente.

Au péril quotidien de la vie de chacun de ses membres. Le 9 juin, le général Delestraint, chef de l'Armée secrète enfin unifiée, est pris à Paris.

Aucun successeur ne s'impose. Ce qui est fréquent dans la clandestinité : Jean Moulin aura dit maintes fois avant l'arrivée de Serreules : « Si j'étais pris, je n'aurais pas même eu le temps de mettre un adjoint au courant... » Il veut donc désigner ce successeur avec l'accord des mouvements, notamment de ceux de la zone Sud. Il rencontrera leurs délégués le 21, à Caluire.

Ils l'y attendent, en effet.

La Gestapo aussi.

La trahison joue son rôle - et le destin, qui veut qu'aux trois quarts d'heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu'elle tient le chef de la Résistance.

En vain. Le jour où, au fort Montluc à Lyon, après l'avoir fait torturer, l'agent de la Gestapo lui tend de quoi écrire puisqu'il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, écoutons seulement les mots si simples de sa soeur : « Son rôle est joué, et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous. »

Comprenons bien que, pendant les quelques jours où il pourrait encore parler ou écrire, le destin de la Résistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit M Moulin, il savait tout.

Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payé : le destin bascule. Chef de la Résistance martyrisé dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons : elles portent le deuil de la France, et le tien. Regarde glisser sous les chênes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousselines nouées, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu'elle ne croit qu'aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains - il n'a pas encore entendu parler de la baignoire. Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d'ombres se lever dans la nuit de juin constellée de tortures.

Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie à travers les longues plaintes des bestiaux réveillés : grâce à toi, les chars n'arriveront pas à temps. Et quand la trouée des Alliés commence, regarde, préfet, surgir dans toutes les villes de France les commissaires de la République - sauf lorsqu'on les a tués. Tu as envié, comme nous, les clochards épiques de Leclerc : regarde, combattant, tes clochards sortir à quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter avec leurs mains paysannes formées aux bazookas l'une des premières divisions cuirassées de l'empire hitlérien, la division Das Reich.

Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit...  Commémorant l'anniversaire de la Libération de Paris, je disais : « Ecoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi. »

L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Ecoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France... ».
 

Fait le 28 mai 

Vincent Lindon, "La loi du marché", Cannes

Vincent Lindon , 56 ans, surfe sur le haut de la vague médiatique, grâce au Prix d’Interprétation Masculine qui vient de lui être attribué par le Jury du Festival de Cannes 2015 (la première consécration de sa carrière !) pour son rôle dans le film de Stéphane Brizé, « La loi du marché ».

Lindon fait partie de mon Panthéon des acteurs français. J’apprécie beaucoup  son jeu à fleur de peau, qui mêle dans un équilibre savant pondération et tension, passion, émotion. Il a au cinéma un naturel,  une crédibilité, une densité  remarquables, qui confèrent  à  chacun de ses rôles une force particulière. Pas étonnant qu’il  ait une admiration sans borne pour Jean Gabin et Lino Ventura, il leur ressemble.

Il a déjà tourné dans une soixantaine de films, soit une carrière pleine, dense, mais sans esbroufe, et j’ai aimé, parmi les derniers,

-           « Welcome » (2009), de Philippe Lioret, l’histoire d’un maître-nageur à  Calais qui apprend la natation à un jeune réfugié kurde sans papier pour lui permette de traverser la Manche et de rejoindre l’Angleterre.

-          la même année, « Mademoiselle Chambon », de Stéphane Brizé  (première collaboration de Vincent Lindon avec ce jeune  metteur en scène) qui conte le récit d’une rencontre amoureuse entre une institutrice (Sandrine Kimberlain) et un maçon.

-          en 2012, « Quelques heures de printemps » (de Stéphane Brizé à nouveau), un film d’une bouleversante pudeur : un homme à sa sortie de prison retourne vivre chez sa mère le temps de se réinsérer. La cohabitation forcée entre les deux êtres fait ressurgir la violence de leur relation passée, incapables qu’ils sont de se parler et d’exprimer leurs sentiments autrement qu’à travers le conflit. Ce fils mutique va néanmoins aider sa mère, condamnée par une maladie incurable, à mettre un terme à ses souffrances,  le  voyage en Suisse et l’acte de fin de vie déclenchant, malgré la mort, un rapprochement ultime de l’un et de l’autre, s’achevant dans la quiétude d’un aboutissement salvateur.

-          en 2015, « Journal d’une femme de chambre », de Benoît Jacquot, qui adapte, après Renoir et Bunuel, le livre cruel et sombre d’Octave Mirbeau. Ou le parcours d’une domestique (Léa Seydoux) qui passe d’une maison bourgeoise  à l’autre, de Paris à la morne province,  haïe et jalousée pour sa beauté et son insolence par les maîtresses qui l’emploient, et que les maris tentent de lutiner. Le film décrit la servitude et la solitude  de Célestine, et les dessous nauséabonds du « beau monde », qui feront dire à la soubrette : « Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens ».Pour fuir sa condition d’esclave, elle se rapprochera du majordome Joseph (Vincent Lindon), une brute taiseuse qui n’ouvre la bouche que pour vomir des torrents d’ordures antisémites (on est à la fin du XIXème/début XXème, quand l’affaire Dreyfus  s’achève).

L’acteur est connu pour son refus des concessions, du confort, et son choix pour l’intranquillité (« Je suis comme à la voile, tendu, à chercher le maximum de vent, de vitesse, en ciré, avec les fesses dehors  à prendre l’eau.. », dit-il).

L’acteur est engagé même s’il se méfie des étiquettes (à propos de sa participation au film primé à Cannes, il dira : « C’est ma manière de faire de la politique », et il dédiera sa Palme aux « citoyens laissés pour compte »).Il adopte une lecture très humaine des situations, aimant fédérer autour de lui. Il faut que l’histoire à raconter le remue, le prenne aux tripes. Il  n’aime pas le cynisme et la familiarité, ce qui le tient éloigné des médias, et de la télévision en particulier.

Sur un tournage, il est d’un tempérament angoissé, se mêle de tout, presque obsessionnellement, et ne laisse rien passer. Il fait tout à fond, il fonce, c’est une vraie nature.  Les metteurs en scène qui le dirigent ne s’en plaignent pas,  car son interventionnisme est souvent riche de suggestions d’améliorations pour le film en train de se faire. « Dans la vie, il ne faut pas être timide. Il faut s’imposer, ne pas avoir peur de dire les choses ».A Cannes, il citera William Faulkner : "Il faut avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue quand on les poursuit".

Hier lundi, je suis donc allé voir « La loi du marché » au Ciné32 d’Auch. C’était la première séance donnée depuis la proclamation à peine vingt-quatre heures avant des résultats du Festival de Cannes, et le public était là nombreux, manière de rendre à son tour hommage « à chaud »  à Vincent  Lindon.

Le film est juste et dur, et porte une violence sociale décrite selon un mode très documentaire. Thierry, 51 ans, marié, et père d’un adolescent handicapé mental, est viré de son entreprise pour cause de licenciement économique. Au bout de 20 mois de chômage, il finit par accepter un poste de vigile dans une grande surface où il traque les voleurs des rayons et les caissières indélicates.

Le descriptif du parcours de combattant d’un sans emploi est rendu  avec un réalisme saisissant : les formations  suivies sur les conseils de Pôle Emploi qui ne débouchent sur rien, des séances de coaching qui ne servent qu’à humilier et à marginaliser, les impasses économiques du couple, toutes les situations ainsi filmées nous poussent à éprouver presque physiquement le calvaire de ces gens,  et à nous révolter contre un système et une société qui se montrent si  indifférents au sort des plus précaires.

Le message de Stéphane Brizé est clair : il vise à dénoncer la férocité extrême du libéralisme, ses excès, ses cruautés, qui écrasent les plus faibles et les plus fragiles d’entre nous. Et ce message est d’autant plus fort qu’il apparaît à l’écran comme  imprégné de la vraie vie et émanant de vrais gens. Cette sincérité et cette  vérité des comportements  sont  d’autant mieux traduites que les acteurs  sont tous des non-professionnels qui jouent dans le film leurs propres métiers. Ce parti pris confine parfois trop à l’amateurisme, mais au prix d’un tel naturel et d’une telle authenticité qu’on ne s’en formalise pas trop. Et puis, il faut souligner le tour de force de Vincent Lindon, seul acteur professionnel donc, qui a su s’intégrer avec aisance dans ce casting, sans éclabousser de son talent ses partenaires de jeu. « Je faisais en calcul et professionnellement ce qu’eux font à l’instinct, et sans s’en rendre compte », dira-t-il dans une interview, ajoutant : « J’ai passé tellement de temps à m’occuper d’eux que je ne pensais plus à moi. C’est ça la grande leçon : plus tu donnes, plus tu reçois ». Belle leçon d’humilité et d’attention aux autres.

Le film n’est pas gai, et on sort du cinéma ébranlé . Il ya cependant quelques moments joyeux qui viennent illuminer un instant le gris de l’existence : les cours de rock ‘n’ roll pris par Lindon et son épouse, puis  la soirée à la maison pour tester en famille et en musique  les progrès faits dans la pratique de cette danse, père et mère entraînant dans la ronde leur fils handicapé.

En regard de ces rares intermèdes heureux, que de situations difficiles et éprouvantes, comme habiller le garçon, lui donner son bain, ou s’entendre dire par le Proviseur du lycée que le fils est en train de dévisser dans sa Terminale (son état n’est pas tel qu’il ne puisse pas entreprendre des études), et que cela peut compromettre son entrée en IUT l’an prochain si des efforts importants ne sont pas faits pour redresser la situation.

Le couple n’en est pas moins à la hauteur grâce à l’amour qu’il porte à sa progéniture. Il l’est tout autant dans la scène du mobil home lorsqu’il refuse de brader la vente de celui-ci  bien qu’ils aient un besoin crucial d’argent. De même avec la banquière, dont il rejette la proposition de céder l’appartement qu’ils ont en propriété afin de se constituer une épargne sécurisante. Il y va de la dignité, de la fierté de ces gens, qui n’entendent pas détruire ce qu’ils ont eut tant de mal à construire.

Il y a aussi le grave dilemme moral que traverse Vincent  Lindon  dans son travail de flic de grand magasin. S’en prendre, par caméras interposés,  aux vols commis par de petits voyous, passe encore. Mais dénoncer les larcins des petites gens qui n’ayant plus un sou pour finir le mois mettent dans la poche une barquette ou deux de bons beefsteaks,  c’est autrement plus douloureux pour quelqu’un de bon et de généreux comme l’est ce vigile.

Et puis il y a les collègues  caissières qui sont prises en flagrant délit de détournements de bons de réduction ou de points-cadeaux. L’une d’entre elles, révoquée, viendra mettre fin à ses jours  sur son lieu de travail. Une scène hallucinante raconte le discours  du Directeur des Ressources Humaines du groupe, dépêché en urgence sur place,  en vue d’exorciser l’évènement, et de déculpabiliser les équipes, au motif que la disparue avait bien des problèmes dans sa vie personnelle, dont un fils drogué, et que c’est là que se trouvaient les vraies raisons de son suicide. Un cynisme digne de ce capitalisme commercial sauvage et inhumain !

Vincent Lindon ne résistera pas à cette impitoyable chasse à l’homme qu’il est tenu de conduire et quittera l’entreprise avec perte et fracas, là aussi pour ne pas avoir honte de lui-même et de ses convictions. Il tient ce rôle avec cette retenue qui lui est coutumière pour rendre compte de l’individu assommé et  soumis qu’il interprète et  qui n’a pas d’autre choix que de continuer à avancer, à espérer, même si les vents sont contraires. Il sait néanmoins traduire par un regard intense et une posture puissante cette révolte intérieure qui, on le sent bien, peut à tout moment exploser et ravager son existence, et celle de ses proches. Bravo l’artiste !

Fait le 26 mai

 

Brel, la beauté de ses textes, de sa musique. "Amsterdam", un bel exemple

Dans un billet posté sur mon blog en octobre 2013, j’avais dit toute la place qu’a occupée Jacques Brel dans ma vie. Je voue au chanteur une indéfectible passion, tant ses textes et ses musiques ont accompagné sans discontinuer toute mon existence. Voilà plus de cinquante ans maintenant, que je l’écoute, et j’éprouve toujours la même émotion à l’entendre.

Je compte d’ailleurs balayer un jour ou l’autre toutes ses chansons pour en extraire les plus beaux passages et les livrer dans un billet futur. Me viennent à l’esprit : « ils se tiennent par les yeux », pour évoquer le couple qui se sépare dans « Orly », ou « dix pieds sou terre, tu frères encore » lorsque Brel évoque devant sa tombe, « Jojo », son ami de toujours, disparu en 1974, quatre ans avant le Grand Jacques.

En attendant de mener à bien ce travail, je reproduis ci-après « Amsterdam », une des chansons de Brel qui a ma préférence, tant il y a de la puissance, de l’éloquence, du réalisme ,du lyrisme et de la poésie dans les mots et dans la musique. C’est un vrai tableau qui est peint pour nous, et la scène des marins dans le port est d’une force d’expression à nulle autre pareille. J’ai tours été impressionné par l’interprétation exceptionnelle qu’il en a donnée sur scène (voir https://www.youtube.com/watch?v=REKfgS1_A5I )

 

Dans le port d'Amsterdam

Y a des marins qui chantent

Les rêves qui les hantent

Au large d'Amsterdam

Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes

Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui meurent
Pleins de bière et de drames
Aux premières lueurs
Mais dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes

Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruisselants
Ils vous montrent des dents
A croquer la fortune
A décroisser la Lune
A bouffer des haubans
Et ça sent la morue
Jusque dans le coeur des frites
Que leurs grosses mains invitent
A revenir en plus
Puis se lèvent en riant
Dans un bruit de tempête
Referment leur braguette
Et sortent en rotant

Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes
Et ils tournent et ils dansent
Comme des soleils crachés
Dans le son déchiré
D'un accordéon rance
Ils se tordent le cou
Pour mieux s'entendre rire
Jusqu'à ce que tout à coup
L'accordéon expire
Alors le geste grave
Alors le regard fier
Ils ramènent leur batave
Jusqu'en pleine lumière

Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui boivent
Et qui boivent et reboivent
Et qui reboivent encore
Ils boivent à la santé
Des putains d'Amsterdam
De Hambourg et d'ailleurs
Enfin ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps
Qui leur donnent leur vertu
Pour une pièce en or
Et quand ils ont bien bu
Se plantent le nez au ciel
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles

Dans le port d'Amsterdam
Dans le port d'Amsterdam."

Fait le 23 mai

Musique, Théâtre

Deux  récentes sorties qui m’ont procuré beaucoup de plaisir.

La clarinette à l’honneur avec l’Orchestre de Chambre de Toulouse

Un rendez-vous  musical d’abord : le 12 mai dernier à l’Escale de Tounefeuille, à côté de Toulouse, avec l’Orchestre de Chambre de la ville rose, et son Directeur, Gilles Colliard, formation  que nous suivons avec bonheur et fidélité.

Dans cette avant-dernière représentation de la saison 2014-2015, Gilles Colliard a voulu mettre à l’honneur la clarinette, instrument à vent de la famille des bois. Le « chalumeau », apparu au Moyen-Age, fut l’ancêtre de la clarinette, qui, elle, fut inventée vers 1690.De tous les instruments, c’est elle qui offre la plus grande échelle de tessitures et de nuances. Et son timbre grave et chaleureux dans les registres de basse et de medium ont su séduire compositeurs et mélomanes depuis la fin du XVIIème siècle.

Au programme de la soirée : le Quintette avec clarinette en Si mineur opus 115, de Johannes Brahms  - 1833/1897(le musicien a aussi composé un Trio opus 114 pour clarinette, violoncelle et piano).Et le Concerto pour clarinette en La majeur KV 622, de Wolfgang AmadeusMozart – 1756/1791 (la seule œuvre à la clarinette du virtuose).

Brahms et Mozart ont écrit ces œuvres tard dans leur vie : le premier en 1891, soit peu d’années avant sa mort,  le second quelques mois avant de s’éteindre (il n’avait que 35 ans quand il fut emporté par la maladie, en laissant derrière lui 626 œuvres répertoriées !).

Johannes Brahms était un compositeur, pianiste et chef d’orchestre allemand, un des plus importants musiciens de la période romantique (en fait, il était à la charnière entre le classicisme et le romantisme), connu pour son perfectionnisme et son intransigeance, et considéré comme un éternel grincheux. Son oeuvre couvrira tous les genres, à l’exception de l’opéra, subissant les influences fortes de Bach, Beethoven et Mozart (comme justement dans ce Quintette).

C’est en écoutant un concert à Meiningen, à la Cour de Georges II, duc de Saxe-Meiningen, dont le musicien était l’ami, que Brahms eut un coup de foudre pour la clarinette jouée par un célèbre instrumentiste de l’époque .L’inspiration fut alors fulgurante et donna  lieu à cette magnifique œuvre, une pièce maîtresse de la musique de chambre, qui connut le triomphe dès les premières représentations.

Le Quintette comporte quatre mouvements :

-          un Allegro, qui a la forme d’une sonate, à l’atmosphère mélodique captivante. Il ya de l’intensité  lyrique, avec une grande pudeur d’émotion néanmoins. La clarinette est d’un moelleux harmonique charmant, et on se détend vraiment dans le 3ème thème totalement dédié à l’instrument à vent.

-          un adagio, mouvement lent qui  exprime un véritable chant d’amour, grâce notamment au jeu dépouillé de la clarinette que les cordes soutiennent et enveloppent. Au cœur de l’adagio, un épisode de caractère tzigane  (Brahms a été très influencé aussi par la musique hongroise, cf les célèbres « Danses Hongroises »), où la clarinette s’appuie sur un trémolo de cordes pour émettre une musique gracieuse, lyrique et même parfois pathétique

-          un andantino, moins intéressant

-          et un final, avec à un moment un dialogue d’amoureux entre la clarinette et le premier violon, et une conclusion sur le thème du 1er mouvement, où la douleur, le mal-être,  se fondent dans le calme, la sérénité,  et la résignation. Comme un magnifique adieu, sans trop de résistance,  à la vie. ll se dégage de cette œuvre mélancolique,  sans emphase,  qui mêle aux sanglots d’amour, de la joie, de la gravité, un sentiment de paix, de plénitude, d’éternité, qui donne envie, après avoir entendu « Le Quinquette » , de s’isoler pour écouter le silence…

Le Concerto que Mozart a consacré à la clarinette est sans doute la pièce classique la plus célèbre qui ait été écrite pour cet instrument. Le petit prodige avait composé et dédié cette œuvre pour la clarinette de basset d’Anton Stadler (1753-1812), un musicien de grand talent, ami de Mozart (y compris pour l’accompagner, dit-on, dans des beuveries interminables). Cette clarinette était d’ailleurs la seule du genre, fabriquée par Stadler lui-même, qui se différenciait de la clarinette traditionnelle par sa capacité à émettre des notes beaucoup plus graves et basses (un musicien contemporain dit volontiers qu’avec elle on descend  vraiment « à la cave »).

L’Allegro, l’Adagio et le Rondo proposent  une musique messagère de beauté, d’humanité, de fraternité, de bonheur, de mélancolie, de sérénité et de joie, un peu comme dans « Le Quintette » de Brahms, en conjuguant l’intensité des émotions avec la pudeur que doit prendre leur expression pour mieux nous toucher. Il règne dans ce Concerto, qui alterne régulièrement des parties d’orchestre et de clarinette dans un dialogue intime,  une simplicité tranquille, une quiétude permanente, seulement troublée modestement par des passages d’ombre et de doute. Car derrière l’oeuvre, c’est l’histoire de quelqu’un, homme ou femme, épris de liberté, qui cherche la lumière, la rédemption, et qui dans le rondo final, séquence d’une légèreté quasi aérienne, a surmonté ses craintes et dit son enthousiasme  et sa confiance dans la vie.

L’Adagio, une musique qui coule pure et sereine,  est le mouvement le plus connu car il a servi de thème à de nombreux films, dont le fameux « Out of Africa », adapté du roman autobiographique de Karen Blixen, réalisé en 1985 par Sydney Pollack, avec pour têtes d’affiche Robert Redford et Meryl Streep. J’aime beaucoup ce film, que je revois régulièrement sur mon lecteur, et l’Adagio du Concerto pour clarinette de Mozart l’habille à ravir.

Ces pièces de Brahms et de Mozart nous ont conquis d’autant plus facilement qu’elles étaient exécutées par l’excellent Orchestre de Chambre de Toulouse et son talentueux violoniste et Directeur. Lesquels étaient accompagnés  par le jeu admirable du clarinettiste Florent Héau, 47 ans, formé au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, auréolé de plusieurs Premiers Prix de concours internationaux, dont Gilles Colliard dira en le présentant qu’il comptait désormais parmi les meilleurs clarinettistes au monde. Un compliment éloquent et non usurpé  (voir son site et son blog ) !

« Le Malade imaginaire »,  Molière

Le lendemain soir, nous étions à Tarbes, au "Parvis" pour un rendez-vous théâtral cette fois (« Le Parvis » est une scène nationale qui offre chaque année une belle et riche programmation – c’est là que nous irons aussi le 28 mai prochain afin d’écouter le grand pianiste Alexandre Tharaud qui jouera du Scarlatti , compositeur baroque italien, et accompagnera le « cantaor » Alberto Garcia dans des chants flamenco).

On donnait ce soir là « Le Malade imaginaire » de Molière (1622-1673). Un classique parmi les classiques, mais un chef d’œuvre absolu, quintessence de la comédie bourgeoise du XVIIème siècle, inspiré de la comedia dell’arte italienne. Ce fut la dernière comédie écrite  par ce brillant dramaturge, peintre féroce des moeurs de son temps. La pièce fut jouée en 1673 au Théâtre du Palais Royal par la troupe même de Molière, qui pour sa part incarnait sur scène l’affreux Argan. Mais au cours de la quatrième représentation, il fallut reconduire l’homme de théâtre à son domicile où il mourut très vite d’une hémorragie pulmonaire. Il n’avait que 51 ans.

Le fauteuil  dans lequel  il joua Argan (il y a donc 342 ans !) est exposé sous vitre dans la salle Richelieu de la Comédie Française. Et la tradition veut que chaque année, pour l’anniversaire du « saint » homme, ledit fauteuil « descend des cintres » pour prendre place au milieu de la troupe au grand complet de cette  prestigieuse institution créée sept ans après la mort de Molière.

Il nous a laissé une œuvre considérable, et je cite de mémoire « L’Ecole des Maris », « L’Ecole des Femmes », « Dom Juan », « Le Médecin malgré lui », « Le Misanthrope », « L’Avare », « Les Fourberies de Scapin », « Les Femmes savantes », et donc « Le Malade imaginaire ».

Le thème du Malade nous est familier, ne serait-ce que parce qu’il a fait partie de nos programmes scolaires de français au collège (en 4ème, il me semble) : Argan, donc, riche bourgeois, s’est remarié après le décès de sa première femme, avec Béline qui simule auprès de lui des soins attentifs, mais qui n’attend en réalité que sa mort pour hériter de sa fortune. Argan est hypocondre au dernier degré (un hypocondre est un malade imaginaire qui s’invente ou exagère des symptômes bénins, au point d’ailleurs de se rendre vraiment malade…), et multiplie les saignées, les purges, les prises de remèdes et de potions, dispensés par des médecins vaniteux et davantage soucieux de complaire à leur patient que de s’intéresser à leur santé. Angélique, l’une de ses filles, aime Cléante au grand dam de son père, qui préférerait égoïstement lui faire épouser…un médecin ! Toinette, la servante, d’humeur légère, ne manque pas de culot et de bon sens pour dire au maître de maison ses quatre vérités. Elle dénouera ainsi la situation en organisant une subtile mise en scène et en convainquant Argan de feindre la mort. Tout finit donc bien : le père rejetant son  épouse,  acceptant le mariage de sa fille et de Cléante, et se voyant intronisé docteur à l’occasion d’une cérémonie finale un peu trop loufoque.  

Sous des apparences burlesques, la pièce développe en filigrane un discours d’une remarquable profondeur sur la mort, souvent à travers le rire, et sur les rapports au savoir. Molière éreinte tout à la fois le bourgeois crédule, et le médecin ignorant et fat, le premier étant le dupe du second. La pièce dénonce le mélange du vrai et du faux, les intrigues et les farces nés des  cupidités humaines. On devine combien le thème central  de cette comédie est d’une grande actualité : il y a une vraie tendance aujourd’hui à être souvent malade, et à culpabiliser son entourage et la société. Ce spectacle nous invite en quelque sorte à nous  demander : qu’est ce qui rend malade, et à réfléchir sur les raisons de nos propres « maladies ».

Le metteur en scène est Michel Didym (57 ans), également comédien, et Directeur depuis 2010 du Théâtre de la Manufacture, Centre Dramatique National de Nancy. Il a à son actif une quarantaine de mises en scène au théâtre, très tournés en règle générale vers la création contemporaine. C’est d’ailleurs la première fois de sa carrière qu’il explore un texte classique, en s’appuyant sur une coproduction  entre le CDN de Nancy, le Théâtre national de Strasbourg, le Théâtre de Liège, et le Théâtre des Célestins de Lyon.

Et c’est plutôt réussi. C’est drôle, enlevé, alerte et on rit beaucoup,sans perdre de vue toutefois  la morale de cette histoire. Dommage que le décor soit à ce point minimaliste. La reconstitution d’une maison bourgeoise de l’époque, mobilier à l’appui, n’aurait pas manqué d’intérêt.

Argan est interprété par André Marcon, un comédien de 67 ans, qui fait une belle carrière au théâtre et tient de beaux seconds rôles au cinéma (il fut à l’affiche en 2013 dans « Les Garçons et Guillaume à table ! » de Guillaume Gallienne, et en 2014 dans « Trois cœurs », de Benoît Jacquot).

Revers de la médaille : il n’a plus grand chose à prouver ; il joue trop dans l’acquis, dans l’expérience et ne surprend plus. ll fait plutôt bien le job, mais n’étonne plus, car il n’a plus de fraîcheur, plus de spontanéité dans son jeu. Il est trop rôdé, et sans doute un peu blasé.C’est en tout cas l’image qu’il m’a renvoyée.Et je ne sais pas pourquoi j'ai pensé à lui, mais j'aurais bien imaginé Jean Yanne (1933-2003) dans ce rôle. Il aurait adopté un jeu bien moins académique,plus instinctif, sans effet de manches (d'autant que l'acteur na fait que très peu de théâtre,et n'aurait donc pas été "gangrené" par le métier), ce qui aurait mieux convenu pour l'interprétation de ce malade imaginaire.

A l’inverse, Norah Krief, la Toinette de la pièce, est magnifique d’énergie, de drôlerie  et de tempérament dans son rôle de servante. D’origine tunisienne, la comédienne singulière et  inclassable a commencé par entreprendre des études de biologie, avant de découvrir le théâtre sur le tard, où d’ailleurs elle excelle par un jeu engagé et parfois ravageur. Entre 2011 et 2015, elle a joué dans « Tartuffe », « Le Misanthrop e » et ce « Malade Imaginaire ».Son talent ne passe pas inaperçu puisqu’elle obtint en 2005 un Molière de la meilleure comédienne pour un second rôle dans « Hedda Gabler », du norvégien Henrik Ibsen. Elle fut nominée en 2008 au Molière de la meilleure comédienne  pour un second rôle à nouveau dans « Le roi Lear », de William Shakespeare, et en 2010 en tant que meilleure comédienne pour le rôle de la môme Crevette dans « La Dame de chez Maxim », de Georges Feydeau. Un homme du métier s’extasiait sur la capacité exceptionnelle de Norah Krief à se sentir pleinement, puissamment,  dans l’instant présent sur un plateau. Ce que j’ai moi-même pensé d’elle en la voyant évoluer sur la scène du « Parvis », à Tarbes. Elle crevait la scène, comme d’autres crèvent l’écran. Et je ne me fais pas de souci pour sa carrière.

Elle est aussi chanteuse, et a déjà enregistré. Elle se produit également dans ce registre sur des scènes de théâtre : dans « Henri IV » de Shakespeare au Festival d’Avignon en 2000, et dans « Irrégulière », en 2008, un spectacle musical et théâtral mis en scène par Michel Didym (qu’elle a donc retrouvé avec « Le Malade imaginaire »), et le dramaturge Pascal Collin, où elle chante des textes de Louise Labé, une poétesse du XVIème siècle.

Les autres comédiens ne m’ont pas séduit, et certains ont même forcé le trait, trop à mon goût, comme Jean-Marie Frin-fils du médecin Diafoirus , dans la scène où il se rend chez Argan pour solliciter la main de sa fille Angélique, mais il est vrai que Molière avait poussé loin la caricature pour brocarder et ridiculiser ces médecins du « Malade imaginaire ».

Fait le 22 mai 

Le football dans ma vie

J’ai fait état très brièvement de ma passion pour le football dans un des billets que j’ai consacrés sur mon blog  en avril  à mon voyage au Portugal (« Visite au Portugal – Impressions »).

C’est une passion née très jeune, comme chez beaucoup de garçons.

Mes premiers pas footballistiques

Mes premiers souvenirs de ballon rond ont pour cadre Amiens, chef-lieu de la Somme. Nous habitions une grande maison, qui restera à jamais dans ma mémoire comme un  lieu tragique : celui où ma mère rendit les armes, à l’âge de 31 ans, après avoir lutté des années durant contre la leucémie qui l’avait prise et jamais lâchée.

Nous nous sommes retrouvés alors, mon frère aîné et moi seuls avec notre père (mes autres frères et soeurs étant déjà recueillis par ma famille maternelle).

A huit-dix ans, nous n’avions pas pris bien entendu l’exacte mesure de cette disparition, qui allait tant perturber plus tard nos existences, cette absence de mère ayant provoqué par la suite en nous une douleur indicible et profonde, qui perdurera évidemment jusqu’à notre mort.

Il n’empêche : la période amiénoise nous offrit une liberté rare pour des enfants de notre âge, et le football fit partie de nos domaines d’évasion.

Nous avions une cour intérieure  qui fut notre terrain de jeu, malgré notre chienne qui cherchait à tout prix à s’emparer de notre ballon.

Et quand le temps ne se prêtait pas à ces évolutions « outside », nous jouions dans l’un de nos salons, confectionnant à cet effet des petites balles en papier-journal ,serré fort par des élastiques, ce qui limitait le risque de casse, qui se serait davantage produit si nous avions tapé dans un vrai ballon (il y avait toutefois peu d’objets fragiles et de valeur dans ce stade « in door », vu le modeste niveau de  vie qui était le nôtre, et seules finalement les vitres de nos fenêtres auraient pu souffrir de nos ardeurs footballistiques.…).

Il y avait par ailleurs près de notre domicile un square public où balle au pied, nous nous défoulions mieux qu’à la maison, d’autant que nous avions à affronter dans des matches improvisés les autres loupiots du quartier.

Le chemin de l’école (Saint-Jean Baptiste de la Salle), long de plusieurs kilomètres, que nous parcourions à pied par tous les temps, nous donnait l’occasion aussi de jouer à la ba-balle (cette fois une balle de tennis)  avec un copain d’école qui se joignait à nous en cours de route. Fils de dentiste, il nous offrait quotidiennement son sandwich au roquefort car il n'aimait pas ce fromage. Nous avions par ailleurs l’insigne honneur, mon frère et moi, d’appartenir à l’équipe des benjamins (9 à 11 ans) de l'établissement, et nous en étions fiers.

Le football était alors au cœur de nos loisirs enfantins. Nous allions voir jouer  le Stade Amiénois, club amateur mais de bon niveau. Nous suivions  à la radio les reportages de Jacques de Ryswick, célèbre journaliste sportif  de l’époque. Nous entendions parler d’un frère de notre père qui fut un excellent joueur du Club Olympique Roubaix-Tourcoing (CORT), et nous lisions toutes les semaines  le magazine « France Football ».Je me souviens aussi d’une soirée au cirque Jean Richard où se produisait  Julien Darui (1916-1987), un grand gardien de but qui joua en équipe de France (25 sélections) entre 1939 et 1951, et fut consacré en 1999 meilleur joueur du siècle par le journal « L’Equipe ». Je crois que c’est ce  soir là, pendant qu’on tirait en rafales des penaltys  à ce goal prestigieux, sous mes yeux émerveillés, que ma vocation à tenir moi aussi ce poste s’est affirmée.

Mes 18-20 ans

Au gré des déménagements successifs et des écoles fréquentées (notamment Saint-Joseph, à Pont-Sainte-Maxence), je continuais à jouer, moi dans les « cages », sans être toujours titulaire,  mon frère aîné en milieu de terrain ou sur les ailes, où il excellait grâce à sa vison du jeu et à ses qualités de dribbleur (un petit Kopa en quelque sorte).

Au lycée de Quimper, où j’ai terminé ma scolarité secondaire, j’ai pu approcher de près un jeunet et brillant joueur, lycéen comme nous et vedette de notre établissement : Raymond Kéruzoré (il a 66 ans aujourd’hui). Il fit une belle carrière (Rennes, Marseille entre autres), avant d’être entraîneur, et joua en équipe de France à deux reprises (pas davantage car la route lui était barrée par le roi Platini). Son caractère rebelle, et sa tête de mule de breton,  lui joua cependant bien des tours, et il se brouilla souvent avec ses dirigeants et ses coéquipiers.

C’est à l’âge de 20 ans, que je m’engageais dans le  club de la commune où j’habitais alors : les Lapins de la Fleur de Genêt de Bannalec. Les lapins car le club d’origine, d’où naîtra une section football, s’appelait la Société d’Education Physique et de Tir. Elle a eu cent ans en 2008.La fleur de genêt, car il s’agit là d’un arbuste qui donne de jolies fleurs jaunes et qui s’épanouit fort bien en Bretagne. Bannalec étant la commune du Finistère (5.000 habitants, à 40 kms environ de Quimper) où j’ai atterri à mes 17 ans, en provenance de l’Oise. J’ai souffert un moment de cette « transplantation » forcée (mon père déménageait pour des raisons professionnelles)  car je laissais là-bas de nombreux  camarades, et surtout m’éloignais d’une amourette naissante,  que je prenais très au sérieux, mais qui ne résista pas à la distance et au temps.J'épouserai d'ailleurs une bannalécoise dès mes 21 ans, l'âge à l'époque de la majorité.

Cette mélancolie d’adolescent fut sans nul doute à l’origine de mon inscription dans ce club. Il fallait m’échapper de mon milieu familial, nouer des relations avec d’autres garçons de mon âge, et rien de mieux que le football pour y parvenir. J’ai ainsi gardé les buts de l’équipe fanion de 1968 à 1972, qui évoluait alors en Division 1 de District (voir photo ci-dessus où une flèche indique où je suis, avec mes 1,85 m.et ma coupe de cheveux à la Beatles). On m’appelait le « kamikaze », car je n’hésitais pas à sortir de mes « bois » pour plonger dans les pieds de mes adversaires et  leur subtiliser le ballon. Le public du stade était friand de mes audaces, et j’en tirais une certaine gloire au plan local.

Ces saisons à Bannalec ont été heureuses au plan sportif. Nous engrangions beaucoup de victoires et la presse locale en rendait compte très largement, à coup de photos et de commentaires (j’ai conservé bien des articles de cette période). Mais surtout, j’ai aimé cet esprit de fraternité, de solidarité et de convivialité, qui prévalait entre les joueurs, aussi bien sur le terrain, que lors des fêtes, bien arrosées, qui  célébraient nos succès. C’est à ce moment là que j’ai compris combien le collectif est une valeur forte au plan humain, prenant conscience alors que les plus belles réussites sont obtenues en groupe. Une équipe de football ne peut espérer gagner que si  les onze joueurs évoluent soudés et disciplinés, dans le partage, dans le respect mutuel, et en faisant fi de leurs égos et de leurs individualismes (les meilleurs entraîneurs sont d’ailleurs ceux qui créent cette alchimie).

Devenu étudiant à Rennes, je n’hésitais pas à faire chaque week-end les quelques 180 kms nécessaires pour rejoindre Bannalec et prendre part aux matches du championnat. Après quatre saisons, il m’a bien fallu toutefois renoncer, à mon grand regret,  à ces allers et retours hebdomadaires épuisants. Je le fis avec la satisfaction du devoir accompli car l’année de mon départ les Lapins de la Fleur de Genêt de Bannalec grimpèrent en Division d’Honneur (DH).

Je m’inscrivis ensuite dans un club rennais. Non pas le Stade Rennais, club professionnel de Première Division, inaccessible pour moi au regard de mon niveau, mais un autre dont j’ai oublié le nom (il s’agissait peut-être de La Tour d’Auvergne). L’expérience fut de courte durée, car il y avait meilleur  dans les buts,  et de surcroît je devins myope, ce qui est difficilement compatible avec le poste de « keeper » (où la vision de loin du ballon est essentielle), d’autant que les lentilles de contact n’étaient pas encore assez performantes pour être portées par les gardiens, soumis plus que les autres joueurs aux chocs et aux télescopages.

Mon éloignement des stades

Ma carrière, bien que prometteuse, s’arrêta net, et je me muais alors en spectateur plus ou moins assidu des matches du Stade Rennais (j’étais admiratif du gardien de l’époque, Marcel Aubour, « le grand Marcel », qui fut plusieurs fois sélectionné en équipe de France), puis, plus tard, des rencontres internationales au Parc des Princes, lorsque ma vie professionnelle me conduisit à Paris.

En réalité, je prenais peu à peu mes distances avec le monde du football (sauf par le truchement de la télévision), mon métier et mes occupations personnelles (j’étais père d’un fils né en 1970) m’accaparant beaucoup trop. J’ai en outre vécu dans des villes (Mâcon, Limoges, Dijon..) où le football ne régnait pas en maître, avec des stades fort peu remplis et des matches sans grand intérêt. Ma seule exception à cette distanciation : ma fonction de Secrétaire du Football-Club de Mâcon (FCM), que j’ai exercée dans les années 75-77, juste avant de partir pour la capitale, et qui s’achèvera  dans la déconfiture (descente dans une division inférieure de l’équipe première,  et démission des  dirigeants).

Ma retraite dans le Gers depuis bientôt six ans n’a fait que confirmer mon éloignement de la réalité footballistique, car ici, comme dans tout le sud-ouest, le rugby est le sport-roi, et il n’y a guère de place pour le ballon rond.

Le foot anglais

Et si désormais la marche, la tenue de mon blog, les voyages, les sorties culturelles, les rencontres avec les amis, font partie des moments forts de ma vie de retraité,  je me distrais aussi en suivant fidèlement sur Canal+ Sport le championnat anglais de football, la fameuse « Premier League », et les matches internationaux de haut niveau.

Le football anglais est basé sur un engagement physique de tous instants durant les 90 minutes que dure un match. C’est  un vrai combat que mènent  les 22 protagonistes, sans trop cependant de brutalités  car le fair-play britannique est de mise sur les pelouses, comme ailleurs. Cela n’empêche pas les empoignades homériques et les confrontations viriles. A la différence d’autres pays comme la France, l’arbitre, très respecté par les joueurs,  laisse  en Angleterre davantage jouer, considérant qu’il ne faut siffler une faute et la sanctionner que lorsque l’engagement est devenu agression délibérée  sur un  adversaire. Il y a dans ce football un courage, une envie, une détermination, qu’on voudrait bien retrouver dans nos clubs français…

Les tribunes  sont toujours pleines car le football là-bas est une religion à part entière (les footballeurs sont les dieux du stade), où hommes et femmes de tous âges, de toutes conditions sociales, avec une large dominante populaire, communient ensemble, avec souvent leurs enfants, à la messe de leur équipe. Avec le club, c'est un pacte à la vie, à la mort, et on va jusqu'à se tatouer sur le corps le logo de l'équipe. Quelle ferveur, quelle ambiance ! On chante à tue-tête, on crie, on siffle, on exulte, on vibre, on applaudit, bref on supporte ses poulains, avec hargne et frénésie. Des poulains qui ont des noms bien singuliers  : les « gunners » (Arsenal), les « toffies » (Everton), les « tigers » (Hull  City), les « spurs » (Tottenham), les « eagles » (Crystal Palace), les "magpies" (Newcastle), les "baggies" (West Bromwich Albion FC), ou d’autres,plus communs, en rapport avec les couleurs du maillot (les « reds » pour Liverpool, , les « red devils » pour Manchester City, les « blues » pour Chelsea…).

Chaque rendez-vous est  joyeux, festif, et bon enfant (les hooligans ont été chassés des stades il y a quelques années, grâce à une politique conjointe fort bien avisée des clubs et des autorités pour les éliminer). L’attachement et la fidélité  du public à sa formation et à son histoire sont fantastiques. Les anniversaires d’évènements heureux ou malheureux liés à la vie du club sont célébrés comme il faut, et   les « héros » du passé « déifiés ». Mais le public sait dire aussi ses colères lorsque survient un naufrage, houspillant les responsables,  affichant alors des banderoles hostiles, prononçant des oukases définitives,  et  réclamant la tête, selon le cas, d’un dirigeant, d’un entraîneur, d’un joueur…Un supporter peut vite devenir un ingrat quand rien ne va plus…

Le chauvinisme

Le football  fait partie intégrante de ma vie depuis l’âge de mes huit ans, avec des éclipses et des renaissances, comme je viens de l’écrire. Pour autant, je n’ai jamais été un supporter inconditionnel qui par ses excès tombe souvent dans le caricatural et la "beaufitude". Je déteste en effet le chauvinisme des publics, comme celui d’ailleurs de beaucoup de reporters, car il est trop dans la démesure et l’outrance, et ne laisse pas place à l’objectivité et à la retenue. Les arbitres et les joueurs adverses en font les frais sans cesse.  Je n’aime pas non plus les accoutrements, les  déguisements clownesques  et ridicules de certains (chez les français, port sur la tête de crêtes de coq –pourquoi pas des plumes du volatile dans les fesses ?- , casques à la manière d’Astérix, peintures de guerre bleu-blanc-rouge  sur le visage et le front…). Passe encore pour le drapeau brandi et agité au nom du pays qu’on représente. Soutenir une nation, un club, suppose pour moi de la dignité et de l’exemplarité dans le comportement. Les irlandais qui supportent leur équipe nationale de rugby sont à cet égard un modèle du genre. Pour avoir assisté il y a quelques années à un match contre l’équipe de France à Dublin, chez eux donc, je fus impressionné par leur fair-play qui allait jusqu’à  faire silence quand l’équipe adverse tentait une pénalité. En France, dans ce genre de circonstance, on préfère beugler, en croyant déstabiliser le tireur.

Le football, hier, aujourd’hui

J’ai vu en près de soixante ans combien le football s’est transformé. Les foules sont toujours  nombreuses dans les stades, et c’est tant mieux,  mais le prix des places a flambé. Le football s’est mondialisé, comme le reste, et les joueurs quittent désormais leur pays d’origine pour se vendre au meilleur offrant, car les salaires sont mirobolants. Leur montant me scandalise. A titre d’exemple, Lionel Messi, qu’on dit être le meilleur joueur du monde et qui évolue à Barcelone, perçoit un salaire de 1,7 million € par mois, net d'impôt, soit 55.000 € par jour (l’équivalent de 48 SMIC mensuels), auquel il convient d’ajouter  17 millions € de revenus publicitaires par an. Les clubs français ne peuvent plus suivre, sauf à être racheté comme le Paris-Saint-Germain par des fonds étrangers, quatariens en l’occurrence. Dans les clubs anglais, espagnols, italiens,  il n’est pas rare que soit alignée une équipe ne disposant d’aucun joueur du pays considéré ! Peut-on préserver encore longtemps dans ces conditions l’intégrité de ce sport et continuer à le donner en exemple aux jeunes générations ? C’est la question que je me pose, même si j’ai conservé intact à ce jour, et grâce aux clubs anglais, le plaisir de voir de superbes rencontres de football, où les joueurs me paraissent être toujours sincères dans leurs efforts et leur amour du beau jeu.

 

Fait le 7 mai

Katia Guerreiro, Billie Holiday : des voix sublimes

 En ce jour du 1er mai, Fête du Travail, gris et pluvieux,  j’écoute sur CD et sur internet deux voix sublimes.

 Celle d’abord de Katia Guerreiro, chanteuse portugaise de fado, dont j’ai parlé dans mon dernier billet d’avril, en relatant le concert qu’elle a donné à Lisbonne récemment, et auquel nous avons eu le bonheur de participer.

 Quelle voix magnifique possède cette jeune femme de 39 ans, qui se trouve être par ailleurs Docteur en médecine ! 

 A peine rentré de notre voyage au Portugal, j’ai commandé et reçu un double CD de cette reine du fado, soit 25 chansons que je ne cesse de puis notre retour  de mettre en boucle.

 Et si le fado est le blues du Portugal, le vrai blues, lui, est issu du sud des Etats-Unis. L’une de ses plus grandes interprètes fut Billie Holiday (1915-1959), dont on vient de fêter le centième anniversaire de sa naissance (photo ci-dessus de la chanteuse, avec ses éternels gardénias dans les cheveux). C’est cette autre voix qui m’accompagne en ce vendredi férié, une voix rocailleuse et déchirante.

 Jacques-Bernard Hess (1926-2001), un grand spécialiste français du jazz, lui-même musicien, disait d’elle : « Elle avait choisi de vivre à vif, comme une plaie ». Sa vie fut en effet une continuelle descente aux enfers.

 Née d’un père qui n’était pas encore un homme à proprement parler (17 ans), et  qui n’était jamais là (c’était un guitariste et un banjoïste de talent qui courait les cachetons dans les clubs la nuit ) et d’une mère adolescente (15 ans), qui se prostituait à l’occasion pour arrondir les fins de mois, Billie Holiday eut une existence chaotique. Violée à 11 ans par un voisin, elle se prêta elle aussi très jeune à la prostitution et commit divers délits, avant d’être placée en maison de redressement puis en famille d’accueil. Elle sombra très vite dans l’alcool et la drogue (opium, cocaïne, héroïne), ce qui lui valut de faire de la prison en 1947, et de perdre à cette occasion sa carte de travail. Ce qui lui interdisait de se produire dans les clubs de jazz new-yorkais, là où tout se passait,  et l’obligea alors à trouver dans d’autres lieux (les grandes salles, comme Carnegie Hall) et ailleurs (par les tournées)  des opportunités de chanter.

 Elle fut à l’évidence victime de l’influence néfaste  des hommes qu’elle eut à ses côtés (elle en consomma beaucoup, et quelques femmes également),  souvent de petits escrocs  qui  la frappaient et qui remplissaient leurs poches de l’argent gagné par la chanteuse. Elle disait à ce sujet : « Je suis rapidement devenue  une des esclaves les mieux payées de la région. Je gagnais mille dollars par semaine, mais je n’avais pas plus de liberté que si j’avais cueilli le coton en Virginie ».

 Très tôt repérée par les milieux de la profession,  Billie Holiday eut beaucoup de succès avant de disparaître à l’âge de 44 ans, usée par ses excès et  ses turpitudes. Elle n’avait pas pourtant la plus belle voix du monde, mais elle avait la voix la plus engagée, et une force d’expressivité inégalable. Il faut dire que ses complaintes (elle en écrivait parfois la musique) portaient avec émotion les stigmates de ses souffrances et de ses malheurs. Le racisme qui sévissait dans le sud du pays, et dont elle fut elle-même l’objet (elle fut notamment interdite de chanter dans certains Etats, et on lui refusa l’accès des hôtels ou des restaurants), la conduisit en 1938 à mettre à son répertoire la chanson « Strange Fruit », écrite par Abeel Meeropol, enseignant, membre du parti communiste américain, en réaction aux lynchages et pendaisons que subissaient les populations noires.

 « Strange Fruit », c’est en français le « fruit étrange », celui du corps d’un noir pendu à un arbre. On peut lire notamment dans le texte de la chanson : « Scène pastorale du vaillant Sud. Les yeux exorbités et la bouche tordue. Parfum du magnolia doux et frais. Puis une soudaine odeur de chair brûlée ».

 Billie Holiday en donna une interprétation douloureuse(à  écouter ici, une version qui se situe vers la fin de sa vie :

https://www.youtube.com/watch?v=pD2evtQP8ps 

, au point que certains disaient que lorsqu’elle entonnait cette chanson, on avait l’impression d’être au pied de l’arbre…Elle en fit d’ailleurs un moment fort et emblématique de son tour de chant. Et grâce à « Strange Fruit », qui causa d’ailleurs beaucoup de grabuges, elle prit davantage d’ « épaisseur » intellectuelle alors qu’elle n’était considérée jusqu’alors que comme une simple chanteuse de variétés.

 Véritable « Marseillaise noire », cette chanson est désormais intimement liée, avec quelques autres, au combat politique des Noirs pour l’égalité.

 Je suis personnellement subjugué par la voix traînante, nonchalante, mélancolique,  de Billie Holiday, qui s’accompagne d’un  sens inné du rythme et de l’improvisation mélodique, grâce à un instinct musical exceptionnel. Elle a cette élégance des bouleversés, des  grands brûlés, dont Claude Nougaro disait : « Eux seuls répandent cette odeur des fraîcheurs primordiales ».

 Elle a traversé la vie de façon rapide et étincelante, telle un météore, telle un « passant considérable », comme Rimbaud. Le blues lui doit beaucoup. Sa réussite fut fracassante comme son existence. Une preuve de plus de son immense talent : les meilleurs musiciens  de jazz de l’époque, Louis Armstrong , Benny Goodman, Teddy Wilson,  Artie Shaw,  Dizzy Gillespie, Lionel Hampton, Oscar Bennett, Art Tatum , Oscar Peterson, Duke Ellington,  Count Basie , Roy Eldridge , Benny Carter…ont cherché à tout prix à être à ses côtés sur la scène et dans les studios d’enregistrement, sans oublier Lester Young, merveilleux saxophoniste, qui eut avec Billie Holiday, qu’il appelait « Lady Day », une très longue et très riche complicité amicale et musicale. Lui aussi mourut de ses excès de boisson et de drogue, la même année que Billie (1959), quatre  mois avant elle, à l’âge de 49 ans. Bouleversée par  la disparition de celui qu’elle considérait comme son grand frère, elle dira devant sa tombe « Je serai la suivante »… Elle ne s’était pas trompée, puisqu’elle décèdera  le 17 juillet dans un lit d’un sinistre hôpital d’Harlem, encadré par deux policiers, car elle devait  comparaître à nouveau devant le juge pour détention de stupéfiants. La mort lui aura épargné ce rendez-vous….  

 Et puis le legs de la chanteuse est éternel. J’écoute ainsi aujourd’hui, comme bien d’autres fois, les quatre  CD que j’ai d’elle  et les soixante chansons qu’ils contiennent, et je me balade souvent sur le net pour la voir ou lire ce qu’on dit d’elle. Elle aurait maintenant cent ans, un anniversaire fictif que n’ont pas manqué néanmoins de fêter comme il se doit  les médias TV, radio  et papier, avec, entre autres un excellent article d’une page entière dans « Le Monde » du 30 avril qui raconte les conditions difficiles dans lesquelles Billie Holiday a enregistré en février 1958 son ultime album, « Lady in Satin ». Malgré l’état de santé très dégradé de la chanteuse et l’ivresse qui l’a tenue durant trois nuits, Ray Ellis, l’arrangeur, finira par dire,  à l’issue du « calvaire » : « Dingue ! Je n’avais rien compris…Le résultat était exceptionnel, bouleversant, d’une tristesse infinie. Les fausses notes de Billie, Dieu sait si elle les accumulait, n’avaient aucune importance. Elle laissait parler son âme… ».

 Fait le 1er mai

 

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Nestour B | Réponse 16.01.2016 07.49

Bonjour, j'ai découvert par hasard votre blog, en tapant fleur de Genet bannalec. COnsultez notre site footeo rubrique actualités. La gazette n 4.ecrivez moi

Pascale Cabon | Réponse 11.05.2015 09.03

J'ai appris beaucoup de choses sur toi sur cette page de ton blog!

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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