Points de vues du Gers Carnets

Occupations estivales

L’été  dans le Gers  est propice aux escapades gourmandes et culturelles.

Nous n’avons pas failli cette année à la tradition, fréquentant  ici des concerts et autres moments musicaux, là  des expositions, ou encore ailleurs de bonnes tables.

Avec seulement deux échappées hors du département, courtes en durée, mais intenses en impressions laissées.

Bagnères-de-Luchon, et ses environs

Bagnères- de- Luchon d’abord (on dit plus souvent Luchon), une petite ville thermale des Pyrénées. Une cité fort agréable, envahie certes par les vacanciers  mode congés payés, mais c’est à peine si on se cognait à ces flux, tant le lieu dégageait  une imperturbable sérénité. Autour, les montagnes, qui montrent en  approchant leurs sommets des points de vue incomparables. Ce fut le cas notamment en se rendant à la station de ski Superbagnères qui offre à 1.800 mètres un panorama exceptionnel à 360 degrés, avec notamment en figures de proue du cirque supérieur de la vallée le pic d’Aneto (3.404 m.) et  le pic de la Maladeta (3.312 m.).

Sur un autre site pastoral majestueux, dit « Hospice de France », une rencontre avec un « commando » associatif qui plaide pour la réimplantation de l’ours de Slovénie  dans les Pyrénées. La  discussion engagée  ne m’a pas permis de bien comprendre l’intérêt de cette réimplantation. Les propos concernant l’éventuelle dangerosité de l’animal se veulent en tout cas rassurant : l’ours est timide et craint plutôt  l’homme (mais la maman peut être agressive si elle est avec ses petits et qu’elle se sent menacée), et le nombre de brebis victimes de ce plantigrade solitaire est infime au regard du parc total de ces mammifères bêlants (les éleveurs et les bergers ne semblent pas toutefois être du même avis).Pour tenter de séduire et de convaincre ses  interlocuteurs et les enfants qui les accompagnaient, l’une des militantes avait même endossé une pelisse d’ours de la tête au pied du plus bel effet !

Dommage que mes actuels ennuis articulaires m’aient empêché de randonner dans un environnement si propice à l’activité pédestre. Je jalousais terriblement tous ces vacanciers sportifs, mollets à l’air,  venus  là  justement pour grimper vers les estives en empruntant les chemins de muletier.

Perpignan

Nous avons séjourné ensuite à Perpignan, une ville que nous aimons beaucoup, et où nous comptons de bons  amis. Nous nous sommes amusés de constater qu’en plein été les feuilles mortes continuent à jalonner les rues et les places de la cité, ce qui laisserait croire que les agents du service concerné de la municipalité sont en nombre insuffisant pour les ramasser, alors que chacun sait que cette  Mairie a des dans tous ses domaines d’activité des effectifs particulièrement  pléthoriques. De surcroît, je crois que ce travail de ramassage n’est plus aussi laborieux que dans les temps passés car largement mécanisé.

« La cuisine des sentiments »

Parmi les bons  moments  durant ce séjour : un dîner  dans un restaurant digne d’être découvert, "La cuisine des sentiments".  Vu de l’extérieur, l’endroit ne paie pas forcément de mine, et nous n’aurions sans doute pas poussé la porte de cet établissement s’il ne nous avait pas été recommandé par les amis que nous invitions là.

A l’intérieur, une décoration qui ne retient pas l’attention, sauf pour le  florilège  de cartes de visite  punaisés aux murs et qui disent sur leurs faces verso la satisfaction unanime  des clients.

Tenu par une jeune couple depuis 2012, elle, Floriane, aux fourneaux (avec déjà une expérience à l’international –Suisse, Hong-Kong, Australie), lui , Loïc, en salle, le restaurant propose, en dehors de la « Formule du Midi » (13,50 € 3 plats !),  une déclinaison « sentimentale » de son offre en produits frais et de saison (normal, vu le nom de baptême du lieu) : menus « Bonheur », « Passion » et « Tendresse », et une carte avec des  entrées comme « L’équilibre » (Panna Cotta au chorizo), « L’excitation » (Cheese cake au munster), « L’envie » (Rouleau de choux chinois au bœuf), des plats tels que « La joie » (poisson du jour grillé, sauce fruits de passion), « La gaieté » (wok de poisson), « L’attirance » (wok  de sot- l’y- laisse à la citronnelle), « Le plaisir » ( joue de porc rôtie au saté, un condiment asiatique en poudre) – le wok évoqué ici à deux reprises désigne toute cuisine asiatique préparée dans une grande et profonde poêle, qui a la forme d’une calotte sphérique en métal ou en céramique, appelé « wok ». Les  desserts portent également des noms évocateurs : « L’enchantement » pour un gâteau tout chocolat, « L’exotisme » pour un dôme chocolat blanc et mousse combava (agrume), « La stabilité » pour une tartelette croustillante aux fruits.

Les vins, issus de vignerons indépendants, étaient présentés, eux,  avec originalité sur deux bouteilles vides, avec des étiquettes de circonstance. 

Pour ma part, j’ai pris en ouverture une crème brûlée aux cèpes, puis une « insouciance », soit un « hot pot » (fondue chinoise) de poisson, et enfin une « gourmandise », soit un dessert façon Irish Coffee. Ce dernier  n’était pas extraordinaire (ce qui m’a fait penser que la chef n’était pas une pâtissière avertie), mais par contre quel plaisir de bouche que les deux plats, bien conforme à la réputation acquise par ce restaurant pour sa cuisine sans frontières, remplie de saveurs et d’épices ! Ce n’est pas par hasard que « La cuisine des sentiments » se classe sur le site Trip Advisor 3ème restaurant de Perpignan sur les 362 référencés, fort des 228 avis recueillis, avec des commentaires souvent très élogieux. J’ai retenu celui-ci : « Ne pas y manger est blasphématoire »…Je fus tellement ravi de ce moment de table que j’ai tenu à me rendre à l’entrée de la cuisine pour féliciter la talentueuse Floriane.

Bien entendu, je n’ai pas pu m’empêcher dans la conversation avec Loïc de préciser que nous vivions dans le Gers. Et celui-ci de me confier qu’il y avait des amis très chers, en l’occurrence des éleveurs de bœufs charolais situés à Bajonnette, une commune que nous connaissons bien car s’y trouve aussi une ferme d’élevage de canards , la ferme Laoueillée, qui rafle régulièrement de belles médailles pour la qualité de son foie gras, de ses confits et d’autres plats cuisinés liés au volatile. Loïc est à chaque fois enchanté de s’y rendre, et me dit beaucoup de bien de notre région et des ses habitants.

Le Centre d’Art Contemporain, « Narcisse, Pouvoir de l’autoportrait »

A Perpignan, nous avons visité pour la première fois le Centre d’Art Contemporain Walter Benjamin (philosophe, essayiste, poète, historien de l’art, né à Berlin en 1892, mort en 1940).Le lieu, ouvert récemment, se déploie sur deux étages et a le mérite d’être en centre ville. Cet établissement, qui  a coûté  en aménagements 800.000 €, n’accueillera que des expositions  temporaires, à raison de 3 par an en moyenne.

Celle en cours, « Narcisse, Pouvoir de l’autoportrait », est programmé  du 27 juin au 27 septembre 2015.Très peu de monde lorsque nous y étions.

L’histoire de Narcisse relève de la mythologie grecque. La version la plus courue est celle d’Ovide, poète latin (43 av. JC/ 17 ap. JC). Narcisse est un être d’une beauté éblouissante qui, un jour, après une journée de chasse harassante, se désaltère à une source. Il voit alors son reflet dans l’eau et en tombe amoureux. Il  ne cesse ensuite de se contempler et de vouloir rattraper sa propre image. Il n’y parviendra jamais et mourra de cette passion inassouvie. A l’endroit où son corps est retiré, le sol est recouvert de fleurs blanches, les fameux narcisses.

A partir de ce mythe, l’exposition met en exergue comment, au fil du temps, les différents modes d’expression (photographie, peinture, médias, numérique…) ont rendu compte de ce goût névrotique pour  l’affirmation et la dilatation de soi,  mettant ainsi en valeur un exhibitionnisme de façade et les crises identitaires qu’il laisse deviner. Le  syndrome de notre époque folle d’images et de beaux contes de fée « people » ne peut d’ailleurs qu’encourager encore davantage, hélas !,  ce phénomène narcissique.

Modèle du genre : le cliché ci-dessus, un portrait d’Urs Lüthi, daté de 1974 et intitulé « Tell me who stole your smile » (« Dis-moi qui a volé ton sourire »).  L’artiste est plasticien et photographe de grand renom (né à Lucerne,  Suisse, en 1947), et  n’a de cesse dans ses œuvres d’interroger les questions d’identité  et de genre. Ce  jeune homme est une belle image de narcisse ténébreux et trouble, à l’allure bohême et baudelairienne.

Le Musée d’Art Moderne de Céret, Jaume PLensa

Le plus beau rendez-vous culturel que nous ayons eu en terre catalane fut avec le Musée d'Art Moderne de Céret. Nous y retournons chaque fois que nous venons à Perpignan. Notre agréable rencontre ne fut donc pas avec les collections permanentes d’art moderne et d’art contemporain de ce Musée (Picasso, Matisse, Soutine, Chagall, Dufy…), bien connues de nous. Le coup de foudre est né d’une exposition temporaire présentée  là autour de quelques œuvres monumentales du sculpteur espagnol  Jaume Plensa. Quelle découverte extraordinaire ! A telle enseigne que je me réserve d’évoquer à part et  en détail  cet artiste et son travail.

Marc Petit, galerie Paschos à Pauilhac

De même pour le sculpteur français Marc Petit, dont  la galerie Paschos a présenté cet été un certain nombre de créations emblématiques de l’expression de la déchéance physique de l’être humain. Cette galerie, dite Maison d’Art Contemporain, porte le nom de son propriétaire, Philippe Paschos, qui fut durant trente ans galeriste sur la Côte d’Azur, avant de venir s’installer à l’automne 2012 dans le Gers, à Pauilhac, en pleine campagne, près de Lectoure. Le site internet définit bien le projet porté par ce lieu : « Aujourd’hui, loin des circuits touristiques, et fort de son expérience, Philippe Paschos choisit de promouvoir les démarches authentiques ouvrant sur l’émotionnel, hors des courants, modes et tendances, et d’accueillir chez lui les amateurs sensibles à la subtile fragilité de la création artistique. »J’aime beaucoup de le travail de Marc Petit, et il mérite, lui aussi, comme Jaume Plensa, qu’on s’y attarde. Tous deux partageront donc mon prochain billet.

Chez des amis

Nous avons occupé durant l’été la maison d’un couple d’amis parti une semaine à Paris, située près de Condom. Je devrais écrire plutôt domaine car tant les jardins que le logis, un ancien chai, ont de belles dimensions. L’homme est un peintre qui se situe entre l’expressionnisme et le symbolisme (je lui avais consacré un billet en mars 2013), et il a son atelier sur place. Le lieu respire l’art, avec des livres partout, des tableaux sur tous les murs, majoritairement de sa production, et des sculptures géantes ici et là, à l’intérieur comme  à l’extérieur. Un plaisir intellectuel que de séjourner dans un tel univers ! Nous ne sommes guère sortis durant ces quelques jours car le lieu nous ravissait et nous retenait.

La Romieu et ses chats, la galerie Va Bene

Une visite toutefois à La Romieu, un charmant petit village fondé par des moines pèlerins au XIème siècle (un chemin de Saint-Jacques de Compostelle passe par ici), avec  notamment une superbe collégiale construite entre 1312 et 1318, et inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998. Doté d’une tour octogonale  et d’un donjon-clocher de 33 mètres, l’édifice comporte aussi un cloître majestueux  aux  arcades de style gothique rayonnant.

On voit des sculptures de chats  ici et là, notamment aux fenêtres des maisons. La légende fait remonter  le culte de ce félin  au XIVème siècle, période où avait sévi  à La Romieu une terrible disette. Il fallut  manger du chat pour survivre. Mais une fois tous les chats consommés, les rats proliférèrent au point de menacer la récolte à venir. Une pauvre et belle orpheline, Angéline,  avait toutefois caché un couple de félins et ses  petits. En les lâchant dans le village, ils eurent raison des rats et sauvèrent ainsi la récolte et la vie des habitants. Légende ou pas, l’histoire est belle, et  en reconnaissance éternelle, la commune  a  édifié sur la place une statue d’Angéline aux oreilles de…chat. 

Nous avions déjà visité La Romieu, mais pas la galerie "Va Bene", ouverte au cœur du village depuis 2000, de mai à septembre chaque année. En cours, au moment où nous étions là, une exposition appelée « Nature Humaine », qui présentait des photographies de Philippe Assalit (né dans le Tarn en 1965), faites de visages humains refaçonnés numériquement  à l’aide de matières végétales, minérales, florales…A nous d’interpréter le rendu, qui à coup sûr crée un rapport fort entre l’homme et la nature. L’artiste a dans le même esprit réalisé d’autres séries, comme celle dite « Monnaie », où pour chaque pays retenu un visage affiche sur lui en filigrane les billets de banque  dudit pays… Manière de dire que partout dans le monde le lien à l’argent est obsédant. Ce travail sur le portrait ou l’autoportrait permet à l’artiste une introspection sur la condition d’humain, sur l’humanité influencée par son environnement et qui l’a aussi influencé. A l’étage de la galerie, un tout autre genre d’œuvres d’Assalit, et notamment de beaux clichés   qui montrent des femmes japonaises nues , ou élégamment vêtues, dans des poses gracieuses et légères, au milieu de sites insolites et mystérieux (lac, rocher, sous-bois..)umaine »HHhH

J’ai pu bavarder un moment avec le galeriste, Denis Beaugé, qui fut avant la retraite Directeur du Théâtre  La Coupole, à Saint-Louis, dans le Haut-Rhin. Pas étonnant de le retrouver ici à la tête d’une galerie avec son épouse,  poursuivi s l’un et l’autre  sans nul doute par une passion commune depuis toujours pour l’art et la culture. Et dans ce pays du Gers, où les « expatriés » sont un peu tenus à distance par les gascons, mon interlocuteur a réussi à siéger depuis l’an dernier au Conseil municipal de la commune,  à la demande expresse d’ailleurs du Maire ! Un véritable tour de force ! Il doit par ailleurs être agréable de séjourner dans l’une des deux chambres d’hôtes de la maison bleue du couple, car sa demeure du XVIIIème, flanquée de deux jardins médiévaux, semble  ne pas manquer de charme, et les conversations avec les Beaugé doivent  être particulièrement enrichissantes.

Une belle  rencontre, comme celle avec Philippe Paschos.

« Flop » à Marciac

Notre été dans le Gers aura été aussi musical, avec d’abord une déconvenue : une soirée à Marciac dans le cadre du Festival de Jazz (« Jazz in Marciac ») pour écouter Yaron Herman,  un jeune pianiste de génie, au jeu ébouriffant, que nous avions découvert il ya longtemps, lorsque nous habitions à Limoges. Il venait présenter sa nouvelle création mise en musique en duo avec Ziv Ravist, un des meilleurs batteurs de sa génération, qu’il considère comme son frère musical. Un massacre, dans la mesure où le son du piano était souvent inaudible, couvert par le « bruit » des cymbales et des tambours de son partenaire ! Le talent de Yaron Herman s’en est trouvé gravement pénalisé ! Nous avons quitté la salle en cours de spectacle, franchement navrés, et nous n’avons pas été les seuls à le faire. Il n’empêche  que plusieurs amis qui avaient assisté avec nous  à cette représentation ont été enchantés par la prestation qu’ils ont suivie jusqu’à son terme, comme la grande majorité du public. Question de goût musical bien sûr…le mien étant plutôt classique.

Les « Nuits musicales en Armagnac »

Il y eut fort heureusement dans le cadre des "Nuits Musicales en Armagnac"  deux soirées réussies :

-          l’une dans la cathédrale de Lectoure, pleine à craquer, où la belle et célèbre cantatrice Béatrice Uria-Monzon  chanta des extraits de divers opéras, excellant dans ce récital qui mit en valeur les différentes facettes de sa personnalité vocale et artistique. A ses côtés, le pianiste  Jean-Marc Bouget, accompagnateur privilégié de la chanteuse, et  un jeune baryton, Philippe Estèphe, formé par la Compagnie « Les Chants de Garonne », dont le talent est fort prometteur. La chanteuse est attachée à la ville de Lectoure où elle revient régulièrement. C’est ici en effet, au lycée Saint-Jean, que naquit sa vocation, fort de l’enseignement reçu  de son professeur de chant, et des encouragements du Directeur de l’établissement, qui lui enseigna aussi  la philosophie

-          la seconde dans le magnifique cloître de la cathédrale de Condom, pour une représentation de « Don Giovanni », opéra en deux actes créé par Mozart à Prague en 1787. Ce fut l'un des opéras qui a eu le plus d'influence sur les compositeurs romantiques. L'action se déroule à Séville en Espagne autour du thème du séducteur puni .Que de belles voix féminines et masculines, issues de jeunes professionnels de la région,  (dont celle du baryton Philippe Estèphe, présent la veille à Lectoure au côté de Béatrice Uria-Monzon), et quel  cadre exceptionnel, même s’il a dû comporter quelques contraintes pour la mise en scène de la Compagnie des Chants de Garonne, mise en scène elle aussi de grande qualité !

 Aux manettes de la réalisation de « Don Giovanni », Emmanuel Gardeil , le fils de Jean- François Gardeil, Directeur artistique des Nuits musicales en Armagnac. Ce dernier, qui fut aussi un baryton à la riche carrière, est également  fondateur et Directeur artistique des « Chants de Garonne » (une compagnie qui enseigne le chant, crée et diffuse des spectacles et des concerts lyriques) , et metteur en scène .Excusez du peu…Il a de qui tenir puisque le père de Jean-François, Pierre Gardeil , écrivain, philosophe, chanteur lyrique, musicien, décédé en 2010,  fut quelques années le Président de ces Nuits Musicales , et c’est lui le professeur de philosophie et le Directeur du lycée Saint-Jean de Lectoure qui aida à l’éclosion du  talent de Béatrice Uria-Monzon.

Deux adresses gastronomiques

A signaler également la découverte pendant l’été de deux belles adresses gastronomiques en Gascogne.

Moirax, prieuré et auberge

L’une, exceptionnelle, à Moirax, un petit village de 1.200 âmes, en Lot-et-Garonne, aux confins du Gers. Se trouve là  L'Auberge Le Prieuré, au pied, comme son nom l’indique, d’un monastère clunisien  dont il ne reste que l’église abbatiale Notre-Dame, construite entre 1049 et 1140. La visite de cet édifice roman fut en quelque sorte notre « amuse-bouche ». Sur le flanc de l’église, une insolite collection de bâtons  plantés ici et  là, avec sur leurs bouts, taillées dans le bois, et colorées, des  reproductions de têtes d’animaux fort réussies (chevreuil, cygne, coq…). L’église  a  belle allure, avec une nef de 54 mètres, des chapiteaux  sculptés, un chœur en forme d’abside voûtée en cul-de-four, et sur les murs des restes de stalles  et de boiseries du  XVIIème siècles, joliment ouvragées. Nous sommes d’autant plus  sensibles à l’art roman, illustré ici par cette église,  que nous avons vécu en Bourgogne où sa représentation est partout : abbaye bénédictine de Cluny, basiliques de Vézelay, de Paray-le-Monial, cathédrale d’Autun, abbatiale de Tournus, avec aussi une ribambelle de petites églises rurales, notamment en Saöne-et-Loire, dans le Brionnais et le Mâconnais (Chapaize, Blanot, Berzé-la-Ville, Brancion…). Nous aimons la sobriété, l’élégance et la sérénité de ces lieux.

Il était temps alors de rejoindre l’auberge et les amis qui partageaient notre table. L’établissement est « blasonné » d’une étoile au Michelin et de Trois Toques au Gault et Millau. C’est dire son rang et l’affluence de clientèle qu’il connaît, d’autant que la salle ne peut accueillir qu’une vingtaine de convives (une réservation est indispensable). Originaires du nord de la France, les ch’timis Agathe et Benjamin Toursel (lui aux fourneaux)  sont arrivés là il  y a onze ans pour proposer dans une charmante bâtisse à colombages une cuisine inventive, raffinée, à la recherche sans cesse d’innovations. Leur site évoque une « gastronomie sensible et lumineuse », et nous avons beaucoup apprécié au travers d’un menu du Marché des plats très élaborés, avec un jeu subtil d’arômes et de saveurs. Le tout accompagné d’un très bon vin de terroir, un AOC Côtes du Marmandais , "Vignoble d'Elian", issu d’un domaine viticole de 22 ha situé près de Moirax,  sur la rive gauche de la Garonne. Elian Da Ros y élève des vignes en culture biologique depuis 2000 et depuis 2002 en biodynamie (système de production qui  cherche à comprendre les lois de la nature et à les respecter au mieux dans les pratiques agricoles et viticoles), avec des vendanges faites à la main à 95 %. Ses vins, rouge et blanc, portent des noms curieux : « Outre-Rouge », « Le vin est une fête », « Abouriou » (cépage français de raisins rouges), « Chant Coucou », « Sua Sponte » (expression latine signifiant « de son propre gré »)…Tout un programme !

Marciac, « L’Arrière-Cuisine », « L’Espace Eqart », « L’Ane bleu », Anne Pourny

Une autre adresse gustative :  "L'Arrière-Cuisine", à Marciac, fréquentée avant de nous rendre au concert décevant de Yaron Herman (voir plus haut). Le restaurant arbore une fière devise : « Maison de tradition gasconne et d’inspiration asiatique » (du fait de la présence aux fourneaux d’une jeune chef vietnamienne). Excellent repas, avec notamment en entrée des inoubliables nems au foie gras de canard. Le n° 11 du magazine « Plaisirs du Gers », sorti en juillet, avait consacré un bon article à cet établissement, et j’en avais rendu compte dans un  récent billet qui passait en revue le contenu de cette publication (voir « Plaisirs du Gers  - N° 11 » dans la présente rubrique). Inutile donc d’en dire davantage ici, sauf à recommander sans hésiter  cette table à qui passe par Marciac.

Quelle ambiance et que de monde ce  jour où nous étions à Marciac, car le Festival de Jazz battait son plein ! Avec des amis, nous nous sommes attardés sur la place du village où se déroulait le « off », un moment fort agréable, prolongé par la visite des deux galeries que compte cette petite commune à la résonance internationale si considérable.

 L'Espace Eqart, d’une part, où était présenté « L’Arbre en lumière », une exposition de photographies d’André Hemelrjik  et de dessins de David Dellas. Les arbres du photographe hollandais  sont magnifiques car on a le sentiment que leurs branches et leurs feuilles sont  étonnamment « dentellisées », ciselées à l’extrême, un effet obtenu par l’usage de l’infrarouge qui révèle la face cachée du végétal et du paysage, invisible à l’œil nu. L’exposition visait aussi à capter l’attention et la curiosité du public pour le sensibiliser aux enjeux environnementaux, économiques et sociaux, dont l’arbre constitue justement  la clef de voûte. La galerie  présentera  à la rentrée (25/09 – 7/11) une exposition consacrée sous le thème « Le rêve des figures »  aux photographies de Philippe Assalit, celui-là même que la  galerie Va Bene de La Romieu  a accueilli pendant l’été (voir plus haut).

Et L'Ane bleu, d’autre part, qui présentait des peintures  d’Anne Pourny. J’ai  aimé ses grands formats faits d’abstractions vibrantes, bouillonnantes, denses, suggestives,  où la couleur (le rouge surtout) et la lumière jouent un rôle essentiel pour rendre compte des mystères des forces de la nature.

Influencée par le peintre anglais Turner, par Rembrandt, et pas ses nombreux voyages en Chine et au Japon, l’artiste dit vouloir « se mettre à l’écoute de la nature, de l’intime et de l’immense à la fois ». « Ce qui m’intéresse , dit-elle encore, : la pulsion originelle qui met en route le mouvement de l’Univers. Quel mystère ! Tenter de montrer la présence manifeste de la vie intérieure en chaque chose, et de réveiller la conscience de notre existence, comme étant partie de l’Univers ».

Une lecture

Enfin parmi mes lectures de cet été, un grand roman : « Au revoir là-haut », de Pierre Lemaitre, Prix Goncourt et Prix France- Télévisions 2013 (Editions « Le Livre de Poche »). Une histoire invraisemblable qui tient en haleine tout au long des 600 pages du livre : sur les ruines de la guerre 14/18, le plus grand carnage du XXème siècle, deux rescapés, passablement abîmés (l’un est même « gueule cassée »), prennent leur revanche en réalisant une escroquerie spectaculaire, d’une audace inouïe et d’un cynisme absolu, qui défie la société, l’Etat et la morale patriotique. L’écriture est efficace, le récit plein de rebondissements, avec chez cet écrivain un sens aigu de l’humour et du tragique. On ne lâche pas le bouquin ! Moi qui jusqu’alors orientait  toujours mes choix littéraires vers des écrivains  à style  (j’aime tellement notre langue), je  me suis réconcilié grâce à Pierre Lemaitre  avec le genre des  auteurs à histoire, mais il faut dire qu’il mêle dans son roman une belle écriture à  un scénario fort bien conduit, remarquable par sa solide architecture et sa puissance d’évocation.  

 NB Dans les derniers jours d’août mon père est mort. Il avait 90 ans. Je n’ai pas éprouvé de chagrin. Je m’étais éloigné de lui définitivement il y a longtemps. Il ne m’a rien apporté : ni  affection, ni aide à mon éducation et à ma construction. Echec et mat…Paix à son âme néanmoins.

 Fait le 31 août

La maison de famille

Lorsque nous organisons  un dîner à la maison, nous avons l’habitude, un peu comme tout le monde, d’inviter à cette soirée quelques amis de notre réseau.

La dernière fois cependant, j’ai élargi le cercle de nos invitations, de manière d’ailleurs un peu audacieuse.

Ayant une relation cordiale avec mon médecin traitant (au point que lorsque je suis dans son cabinet nous abordons  bien des sujets autres que celui de ma santé, nous découvrant notamment des passions communes), je décidais de lui proposer de se joindre à nous pour la circonstance, accompagné de son épouse.

Il accepta mon invitation, et j’en fus très flatté.

J’avais aussi invité un jeune commerçant d’Auch qui  avait passé une grande partie de son enfance et de son adolescence (de 7 à 20 ans) dans notre maison, à l’époque où elle était la propriété de ses parents.

Il n’avait jamais remis les pieds ici (sauf à s’en approcher de près lors de ses randonnées cyclistes) , et le connaissant un peu pour avoir fréquenté son point de vente, il m’avait confié lors de notre première rencontre combien cette maison avait beaucoup compté pour lui, me racontant aussi ses relations privilégiées avec les deux frères agriculteurs du voisinage, se rappelant entre autres qu’il se dépêchait de rentrer de l’école pour aller chercher les vaches au pré avec l’un d’entre eux. Et j’ai donc pensé qu’il prendrait plaisir à revoir l’habitation.

Je lui proposais donc de partager notre dîner. Il fut surpris et en même temps ravi de cette proposition qui lui permettait  vint cinq ans après de revenir dans l’environnement où il vécut  sans doute de belles années, avec plein de souvenirs à la clef.

Et je ne m’étais pas trompé quant aux effets que ne manqueraient pas de lui  procurer ce retour dans le passé.

Mon invité fut « assommé » d’émotions, d’autant que je lui fis visiter toutes les pièces de la maison, retrouvant ainsi « sa » chambre, et une pièce de jeux où il me montra l’endroit précis où se trouvaient le flipper et le baby-foot de l’époque. Son épouse a dû d’ailleurs partager l’intensité de ce moment, elle qui n’avait jamais vu  les lieux. Son mari  m’exprima d’ailleurs une profonde gratitude pour lui avoir offert cette belle opportunité.

Je vérifiais en cette occasion combien la maison familiale a d’importance dans le parcours d’un individu. C’est là qu’il grandit, entouré de l’affection de ses père et mère, de ses frères et sœurs, et  parfois de ses grands- parents. C’est là qu’il passe les années les plus insouciantes et les plus innocentes de son existence. C’est là qu’il se construit au gré de ses découvertes, de ses curiosités, de ses jeux, de ses complicités, de ses aventures et de ses bagarres avec la bande de copains, des bêtises commises avec celle-ci, de ses premiers émois amoureux, de ses premières révoltes contre l’ordre et l’autorité parentale. Quand on quitte le nid aimé, on emporte avec soi des odeurs (de cuisine notamment), des images, des sons, et mille autres souvenirs heureux.

C’est seulement vrai toutefois pour les maisons familiales où le bonheur a régné et où un certain confort de vie s’offrait à l’enfant, aidant à son épanouissement.

Et l’idéal est alors que la maison de son enfance soit conservé en héritage, de génération en génération, permettant soit d’y vivre à son tour, soit d’y effectuer des escapades régulières. Le lien est fort dans ce cas  avec le lieu, car ressurgissent les agréables fantômes du passé, inscrits dans l’histoire inaliénable des hommes et des femmes qui ont habité là avant vous, et aussi dans  celle des pierres et des arbres de la propriété.

Les gascons ici ont un fort attachement à leurs origines et à leurs terres, et la conservation  par la transmission de la maison de famille est pour eux une évidence. Ainsi, dans les fermes et les vignobles du Gers, les restaurants aussi, les fils et/ou les filles, après des études appropriées,  viennent rejoindre les parents et se préparent à la succession, héritant de leur savoir-faire, mais se préparant toutefois à  faire évoluer les méthodes d’exploitation et de gestion, modernité oblige. 

Dans d’autres milieux, où tout a manqué, y compris l’affection des siens, où les disputes, les violences, les haines, étaient coutumières, le logis de l’enfance est synonyme de rejet. On le quitte alors dès que possible, et on n’y revient jamais.

Beaucoup d’écrivains et de cinéastes se sont faits l’écho de la maison de famille dans leurs oeuvres, et je pense notamment à Claude Sautet qui dans certains de ses films a bien rendu l’atmosphère chaleureuse qui y régnait lors des retrouvailles d’été. Le cercle familial s’élargissait aux amis, et les discussions à table n’en finissaient pas, prenant parfois un tour orageux, avec les réconciliations qui s’en suivaient, ou pas.

Pour ma part, je n’ai pas eu la chance de bénéficier des bienfaits d’une maison de famille. D’abord parce que mon père changeait régulièrement d’emploi, et nous passions donc d’un domicile à l’autre, avec parfois les changements géographiques qui en résultaient. Il n’y a donc eu guère de stabilité d’hébergement dans ma vie d’enfant et d’adolescent, et ce nomadisme  a empêché la constitution d’un vrai et durable foyer familial.

Mais il y eut pire avec le décès en 1956  de ma mère, à 31 ans, emportée par une leucémie et laissant derrière elle six enfants. J’ai déjà évoqué dans mon blog cette disparition, qui me laissera jusqu’à ma mort une profonde et douloureuse blessure impossible à cicatriser.

L’absence de cette maman, incarnation de l’amour et de la bonté, n’a bien entendu pas permis que je prenne  plaisir à vivre sous un toit familial ou un autre. Mes frères et sœurs furent dispersés dans notre merveilleuse famille maternelle, et je fus l’un des seuls, avec mon frère aîné, à demeurer avec mon père. Vivre avec lui fut peu réjouissant, d’autant qu’il n’avait guère d’affection à donner, et que l’homme était autoritaire et souvent taciturne. Il faut dire à sa décharge qu’il était jeune, 34 ans, et ne savait guère comment s’y prendre avec ses enfants, issu de surcroît d’un milieu familial desséché du cœur.

Les choses ne changèrent guère avec son remariage, même si en cette circonstance les six frères et sœurs que nous étions furent regroupés au sein du giron familial (ce ne fut toutefois pas sans  certains déchirements car il fallut parfois arracher au sens propre du mot tel ou tel de son cocon adoptif). Nous considérions cette « mère » de substitution comme une intruse, et le manifestions de manière insolente. Les tensions ne manquèrent pas, et notre esprit frondeur trouvait là  de quoi s’épanouir, d’autant que l’arrivée d’un demi-frère puis d’une demi- sœur, avec l’affection possessive que leurs parents leur portèrent, nous donnèrent le sentiment d’être exclus du jeu familial, et d’être encore plus délaissés qu’avant, au profit de ces deux enfants « légitimes », mais après tout nous l’avions bien cherché avec nos guérillas incessantes contre celle qui voulait nous imposer une autorité « maternelle » contre nature .Mais je ne lui en ai jamais tenu grief, car comment pouvait-elle agir autrement, face à une telle marmaille rebelle et indisciplinée ? Il lui a fallu même parfois quérir le père à l’usine pour remettre de l’ordre…

Comment dans ces conditions aurais-je pu être heureux dans les maisons de « famille »  où j’ai habité ? Je n’ai eu de cesse, l’âge avançant, de rêver à ma fuite. Un mariage précoce et des études universitaires m’ont permis de m’échapper à tout jamais.

Il y a quand même deux maisons qui résonnent encore en moi pour ce qu’elles ont représenté dans ma vie.

Celle d’Amiens d’abord, dans la Somme, rue Blin de Bourdon (homme politique et infatigable voyageur – 1837-1940), dans le quartier de la gare Saint-Roch . C’est là que ma mère, Rose, nous quitta. Et il est donc normal que ce lieu ait pour moi un impact sentimental tout particulier. Et lorsque je me rends dans cette ville picarde pour m’incliner sur sa tombe, je tiens toujours à revoir cette maison, et je  suis à chaque fois bouleversé par cette confrontation avec le passé douloureux qu’elle incarne. Je me rappelle que tous les dimanches, nous faisions à pied, père en tête, les quelques kms qui séparaient notre domicile du cimetière. J’avais alors une dizaine d’années et je n’avais pas encore pris la juste mesure des conséquences de cette perte irréparable pour mon existence. Mais cette maison recèle aussi de bons souvenirs liés notamment aux jeux grandeur nature (football, tennis) que nous pouvions y pratiquer tant ses pièces étaient vastes et hautes de plafond. Mais nous étions parfois si désoeuvrés qu’avec mon frère nous nous mettions à la fenêtre, et choisissions chacun une marque précise de voitures. Gagnait celui qui en dénombrait le plus roulant sur le boulevard. Depuis cette fenêtre, nous organisions aussi des concours de grimaces envers les passants, et une dame outrée avait sonné à la porte, en vain, puisque nous étions seuls dans la maison…

Nous nous faisions peur en imaginant que des fantômes hantaient les lieux, ce qui provoquait notre frayeur quand des bruits divers à l’heure de nous coucher nous semblaient annoncer leur présence.

Il y avait aussi des moments où le père pouvait se montrer généreux à notre égard, nous emmenant assister à des matchs de football de l’équipe locale , à des courses de moto-cross, à des représentations du cirque Jean Richard , ou nous offrant de temps en temps une séance de cinéma à la maison, en projetant sur un drap tendu, avec un vieil appareil au bout du rouleau et de grandes bobines, un western muet en noir et blanc qui nous ravissait. Au retour du cimetière chaque dimanche, nous étions gratifiés de pâtisseries, et grâce à un voisin courtier d’assurances, nous avions la chance de séjourner de temps en temps au Tréport, une station de bord de mer, en Seine Maritime. Ces plaisirs nous étaient toujours accordés avec la mention paternelle « parce que vous avez été sages », selon la stratégie de la carotte et du bâton.

A proximité de la maison, un square  nous permettait de faire les quatre cent coups  avec les enfants du quartier, et l’hiver quel plaisir de glisser avec eux sur le plan d’eau  gelé, enchaînant ou les prouesses ou les chutes spectaculaires !

L’autorité du pater familias ne s’en exerçait pas moins  avec dureté, et il suffisait de ne nous être pas montrés à la hauteur de ses attentes et des situations  pour subir le martinet (nous coupions d’ailleurs une à une les lanières de cet instrument de torture). Nous avions ainsi la responsabilité (à notre si jeune âge !) de cuire à l’eau les pommes de terre pour le repas à venir. Et s’il s’avérait qu’elles n’étaient pas prêtes à son arrivée, gare à nos abattis ! Lui et les fantômes : que d’effroi  pour les pioupious que nous étions !

Une autre maison qui a été chère à mon cœur : celle de ma grand-mère maternelle, qui a eu quatre filles, dont ma mère (mes tantes étaient adorables et nous ont été si précieuses pour nous aider à surmonter notre chagrin). La demeure (photos ci-dessus) était grande, de belle allure, donnant sur la rue d’un petit village du Pas-de-Calais, avec une ferme en arrière. C’était une noble femme, courageuse, qui vivait seule depuis longtemps (son mari s’était tué en tombant d’une échelle), et portait à ses enfants et petits-enfants un amour et une attention exceptionnels.

Nous avions pour elle une affection sans borne, et passions chez elle des séjours de vacances mémorables. J’ai même été inscrit à l’école communale, à un moment sans doute où il n’y avait pas d’autre solution pour moi que d’être confié un temps à ma grand-mère. L’instituteur en blouse grise, Monsieur Legros, a su m’éveiller et m’intéresser aux matières enseignées, et je lui en voue une profonde reconnaissance car il a été sans doute un catalyseur dans mon désir d’apprendre. Il avait dit à ma « mémé » que l’élève espiègle que j’étais pouvait mieux faire, car il avait senti en moi des capacités que je ne mettais pas en œuvre.

A la ferme, dans les derniers temps de son activité, nous avons participé aux travaux des moissons et à la fête qui d’en suivait, au binage des betteraves, au ramassage des pommes de terre, à la conduite des vaches dans les prés, et avons assisté,  apeurés, à la cérémonie de la mise à mort du cochon en vue de la confection du boudin noir et autres charcuteries délicieuses, comme à celle de l’exécution de la poule dominicale par Léopold, un ouvrier agricole d’un autre temps, vivant au fond des bois.

Et quand la ferme cessa d’être exploitée, nous avons pu disposer alors  d’un royaume pour nous tout seuls, et nous nous inventions toutes sortes de  jeux et d’aventures avec les écuries, les étables, les granges, et les remises. Jouer à cache-cache était une parfaite aubaine tant les endroits pour se dissimuler étaient foison, et il était presque impossible de nous trouver. La ferme n’était pas sans danger pour les jeunes inconscients que nous étions, car il y avait partout des obstacles, des machines agricoles entreposées, de vieilles ferrailles entassées, des sols en pavé glissants, des trous dans les planchers des granges,  que de la paille de surcroît pouvait recouvrir… Et le garnement que j’étais est revenu une fin de journée auprès de sa grand-mère avec le dessus du genou entrouvert profondément, sans même qu’il s’en soit  aperçu. A  67 ans, je vois encore très nettement la cicatrice et les emplacements des deux agrafes posées (il faut dire qu’à l’époque la médecine ne s’embarrassait pas de considérations esthétiques pour refermer une plaie ouverte).

Je garde un souvenir ébloui des plats dont ma grand-mère nous gâtait et nous gavait, comme la fameuse poule à la sauce blanche et au riz, et le pain perdu ! Incomparable ce pain perdu ! Ma madeleine de Proust à moi !

Je me souviens d‘un dernier été là-bas avec mon frère aîné. Nous étions presque sortis de l’adolescence, et nous nous ennuyions quelque peu. Aussi, nous nous échappions avec discrétion pour fréquenter le bistrot de la gare, à l’autre bout du village, boire une bière ou deux, et tenter maladroitement d’approcher les jeunes filles qui pouvaient se trouver là.

Après notre jeunesse, je suis revenu de temps en temps voir ma grand-mère. Je lui  écrivais aussi, mes courriers étant parfois des appels à l’aide pour boucler les fins de mois de l’homme marié, étudiant et père de famille que j’étais, et j’ai toujours pu compter sur elle. Elle me manque beaucoup.

Jusqu’à l’arrivée dans ma vie de celle qui deviendra ma seconde épouse, les logements que j’ai occupés n’avaient pour moi aucune importance. Ils correspondaient à la nécessité du moment et à rien d’autre.

Celle qui est à mes côtés depuis 1988 m’a fait partager sa passion des belles maisons, ayant un goût sûr pour leur aménagement et leur décoration, avec un sens aigu du respect de ces  vieilles et augustes dames et de leurs charmantes « rides ». Nous avons eu beaucoup de maisons,  en raison de nos évolutions professionnelles, mais aussi parce qu’une fois une maison « finie », mon épouse était impatiente d’en investir une autre pour le plaisir de la rénover, et c’était toujours très réussi.

J’ai aimé ce que ces maisons exprimaient en termes d’histoire, de mémoire et de caractère. Elles avaient chacune une âme, une personnalité, des racines, et je rêvais que leurs murs me parlent pour me raconter le passé du lieu et de ses habitants. Elles ont compensé et remplacé la maison familiale que je n’ai pas eue, car j’avais le sentiment en entrant dans ces maisons anciennes de devenir peu à peu un descendant à part entière des générations qui s’étaient succédées là, parfois depuis des siècles. Comme  c’est encore le cas avec la maison que nous occupons aujourd’hui.

« La valeur d’une maison est liée à la quantité de temps qu’elle contient », écrivait le philosophe Gaston Bachelard (1884-1962).

 

Fait le 8 août 2015

" Plaisirs du Gers" n° 11, Suite et fin

Suite et fin de l’inventaire du contenu du n° 11 du magazine « Plaisirs du Gers », commencé dans le précédent billet.

Après la bonne chère, le vin, qui est l’autre  composante de la gastronomie.

Et d’abord, la belle histoire du domaine viticole de Pellehaut, une bonne adresse que nous nous sommes passée entre amis.

C’est Gaston Béraud qui est à l’origine de la saga. Fermier à Bidalère sur une exploitation de 60 ha, dont dix de vignes (il y en a aujourd’hui 250), transmise de génération en génération depuis le XVIème siècle, il décide en 1958, encouragé par son épouse, de racheter Pellehaut. S’inspirant alors de son voisin, le fameux domaine de Tariquet, il complète  ses cépages d’ugni blanc par du colombard et du gros manseng, et quitte la coopérative pour faire lui-même son vin. La marque Pellehaut est née.

Gaston Béraud est rejoint par ses deux fils, très complémentaires (l’un est œnologue, l’autre s’occupe des cultures et de la gestion du personnel), ce qui permet de marier avantageusement les méthodes traditionnelles d’élevage du vin à des techniques plus modernes. Des cépages Chardonnay et Sauvignon vont s’ajouter aux autres pour diversifier avec succès la production des vins blanc.

La famille est désormais à la tête de 500 ha  de terres, la moitié donc en vignes, 120 en céréales, 80 en prairies pour un troupeau de 60 vaches. Quinze cuvées différentes sont issues de quatorze cépages, pour deux millions de bouteilles proposées chaque année.

La qualité est au rendez-vous, au point que l’offre vineuse de Pellehaut est l’une des  plus appréciées du Gers, plusieurs médailles d’or attribuées au fil des ans par le concours général agricole de Paris consacrant cette réputation.

Les rouges du domaine font l’unanimité, et j’ai personnellement une préférence pour « Les Marcottes », un vin d’un excellent rapport qualité-prix, né de vieilles vignes (tannat, merlot et cabernet sauvignon). J’aime son fruité affirmé, ses notes épicées et sa finale poivrée. D’autres ne jurent que par l’ « Ampéloméryx rouge », néanmoins plus coûteux à l’achat.

L’Armagnac n’est pas en reste, avec 15 à 20.000 bouteilles de tous âges pour tous les goûts produites par la propriété chaque année.

Cinq pages sont ensuite consacrées à la Maison Gélas , installée depuis toujours à Vic-Fezensac.

Au départ de l’aventure, Baptiste Gélas, tonnelier de son état, comme son grand-père et son père. Il décide à un moment de lancer un négoce de vins et d’armagnacs, faisant vieillir ces derniers dans les locaux qu’il acquiert. Lorsque le phylloxéra ravage la vigne en 1878, l’affaire survit grâce aux stocks constitués.

Baptiste passe ensuite la main à son fils Louis, qui se porte propriétaire, lui, d’un domaine viticole. « Avalé » par la vie publique (il fut maire de Vic-Fezensac et Conseiller général), il transmet assez vite les clefs de Gélas à son fils Pierre. Celui-ci va proposer avec succès des armagnacs non réduits (on n’ajoute pas chez Gélas d’eau distillée ou les « petites eaux » résultant de la distillation en vue de réduire le titrage du breuvage), ce qui permet d’offrir aux grands amateurs un produit à 45°, voire 50°, contre 42 habituellement.

Pierre Gélas ne s’arrête pas là, et crée une filiale de distribution de vins et de champagne tournée vers tout le sud-ouest, qui prendra plus tard le nom de « Caves de Baptiste », en hommage au fondateur.

Son fils, Philippe, tient aujourd’hui les manettes de la maison. Il élargit l’activité de l’entreprise, en ouvrant une épicerie fine faite des produits du terroir gascon, et en accueillant non seulement les armagnacs et les vins de la propriété, mais aussi d’autres vins de Gascogne et d’ailleurs.

Il travaille beaucoup aussi à adapter l’armagnac aux nouveaux modes de  consommation, pour attirer notamment une clientèle plus jeune et plus féminine. A titre d’exemple, il lance la gamme « Single Cask », faite d’armagnacs plus jeunes (entre 6 à 12 ans), sans assemblage, qui achèvent leur élevage, durant 8 à 12 mois, dans des fûts dits « finisseurs », qui ont déjà servi à l’élaboration de grands vins, comme le sauternes ou le porto. La méthode confère ainsi aux armagnacs des arômes complémentaires fort judicieux.

Pierre Gélas peut s’enorgueillir d’incarner  150 ans d’histoire d’une maison qui a pour 25 ans de stock, qui produit 70.000 bouteilles par an, et en exporte 60 % vers la Russie, les Etats-Unis, la Belgique et le Royaume-Uni.

Entre en scène alors, page 96, Pierre Seillan, 60 ans, natif de Monstestruc, une commune située près de Fleurance.

L’homme a fait profiter de ses compétences quasi-innées de beaux domaines viticoles, l’un en appellation Saumur-Champigny, l’autre en Bordelais, où il restera vingt ans. Il croise alors la route des Jackson, richissimes américains, propriétaires de grands vignobles en Californie et au Chili. Il travaille pour eux et obtient des résultats exceptionnels, au point de décrocher de Robert Parker, célèbre critique américain de notoriété internationale, des notes de premier de la classe pour les vins californiens dont il a la charge (de 96 à 100/100).

Pierre Seillan s’associe par la suite aux Jackson pour racheter un domaine de Saint-Emilion, le château Lassègue, l’un des grands crus de ce vignoble. Là aussi, le vigneron hausse au sommet la qualité du vin produit.

La nostalgie de ses origines le conduit alors à revenir à Montestruc sur la propriété familiale qui compte 3,5 ha de vignes, avec plein de projets en tête (photo ci-dessus de l’homme taillant sa vigne). Il plante 5 ha en cépages cabernet-sauvignon et  malbec sur des terrains récupérés de l’autre côté de la vallée, puis 5 autres ha en merlot et cabernet franc. Il a déjà à son actif depuis trois millésimes un « Bellevue-Seillan », un vin rouge fruité qui constitue une première étape dans l’intention de ce grand expert de la vigne  de parvenir dans quelques années à la production à Montestruc d’un grand vin, à la mesure de ceux qu’il a concouru à faire éclore en Californie. Un territoire où il poursuit d’ailleurs la mission qui lui a été confiée par les Jackson, une famille qui peut se réjouir d’avoir rencontré cet homme d’exception. Nul doute que le Gers profitera aussi à terme des dons de ce magicien de la vigne.

Ultime sujet viticole abordé par la revue : la culture de l’armagnac chez les Ladevèze. C’est le grand-père qui reconvertit une partie des vignes du domaine de La Boubée en armagnac, suite aux terribles ravages causés par le phylloxéra. Jean Ladevèze, le maître des lieux actuellement, travaille sur la propriété dès l’âge de 18 ans, au côté de son grand-père et de son père.

L’homme est élégant et porte une belle moustache blanche à la D’Artagnan. Epris de liberté , il crée son propre apéritif gascon vieilli en fût, refusant de se soumettre aux contraintes d’élevage du Floc de Gascogne dont il avait pourtant contribué au lancement avec d’autres dans les années 70. Il imagine aussi le « porthos », une liqueur tirée de raisins rouge et d’armagnac.

Attaché aux traditions, Jean Ladevèze, rejoint par son fils Alexandre, oenologue, plante certes des cépages habituels pour l’armagnac (ugni blanc, baco, colombard et folle blanche), mais également des cépages plus anciens : plant de graisse, mauzac rose ou blanc, jurançon blanc, meslier Saint François, clairette de Gascogne. Il produit sans insecticide, ni pesticide, ni engrais, cultivant en l’occurrence de vieilles vignes à faible rendement. Et s’il n’a pas le label «bio », c’est « …que je n’aime pas la paperasse », dit-il dans le reportage.

Bien que le succès consacre tous ses efforts, Jean Ladevèze décide il y a dix ans de réduire la voilure du domaine d’un tiers, en retirant de la production l’entrée de gamme des armagnacs pour se consacrer au meilleur. Une boutique  sous les arcades de la bastide ronde de Fourcès met en valeur la production des armagnacs de La Boubée, qui ont atteint désormais une solide renommée , tant  les Ladevèze, de génération en génération, ont consacré un soin  rigoureux et passionné à leurs plantations.

« Plaisirs du Gers » consacre ensuite un dossier de près de cinquante pages ( !) à « l’agriculture vertueuse », celle qui entend s’écarter des modes intensifs de culture et d’élevage. Je ne détaille pas ici ce plaidoyer en faveur d’une agriculture plus proche de la nature et plus propre. Ce serait, d’une part, trop long, et d’autre part, ce plaidoyer ne me paraît guère convaincant, car, tel l’arbre qui cache la forêt, dans le Gers, comme ailleurs, les pesticides et les engrais chimiques demeurent malheureusement des pratiques majoritaires.

J’enchaîne donc avec la suite du magazine qui évoque d’abord le Trésor d’Eauze, une commune de l’ouest du Gers, où furent découverts en 1985, enfouis dans le sol depuis les années 261/262 de notre ère, plus de 28.000 monnaies romaines , la plupart en argent, et une cinquantaine de bijoux luxueux, des pièces d’orfèvrerie souvent en or et serties parfois de pierres précieuses. L’article raconte l’histoire de cette découverte, et le pourquoi de la présence de ces objets de grande valeur en ce lieu. La thèse qui l’emporte est celle qui laisse penser que c’est un grand aristocrate romain qui a voulu cacher là en des temps troublés une fortune qu’il comptait récupérer plus tard, lorsque des jours meilleurs seraient venus…  Ce ne fut pas le cas pour le malheureux, ce qui a permis de présenter cette « pêche » miraculeuse et merveilleuse dans un musée inauguré en 1995.

Les articles qui suivent m’ont moins intéressé et m’ont donné une impression de remplissage. Seules exceptions : la rénovation progressive, grâce à une association d’amis, d’une charmante église médiévale à Saint-Martin d’Heux ; le parcours d’une jeune restauratrice de tableaux, Erelle Davoli, formée à Florence dans une école considérée comme l’une des meilleures d’Italie. Après avoir travaillé chez un maître florentin, puis à Toulouse, elle s’est installée depuis cinq ans à Lectoure, commune du Gers riche d’histoire et de patrimoine. Elle ne manque pas de chantiers, à commencer par celui de la restauration des plafonds historiés de scènes mythologiques et guerrières de l’hôtel particulier lectourois Descamps ; l’interview fort riche de considérations, sur l’écriture et la littérature notamment, de Jean-Hubert Gaillot, cofondateur de la maison d’édition Tristram, située à Auch, et romancier de son état (prix Wepler en 2014 pour « Le Soleil » - ce prix a été créé en 1998 à l’initiative de la librairie parisienne Les Abbesses. Il est remis n novembre à la brasserie Wepler, place Clichy, et a le soutien de la Fondation La Poste) ; l’histoire d’un collectionneur d’art, riche homme d’affaires à la tête de plusieurs propriétés viticoles, qui accueillent en leurs jardins des sculptures d’artistes français contemporains, notamment au château de Laubade, dans le Gers, où ce mécène vit ; et en final un portrait d’un pépiniériste de grand renom, installé à Eugénie-les-Bains, dans les Landes. Michel Dufaut produit de superbes agrumes avec un savoir-faire exceptionnel, digne d’un grand scientifique, et une recherche forcenée de l’excellence.

Le n°11 de « Plaisirs du Gers » : une belle ode au Gers en 240 pages !

Je n’ai que des compliments à faire à ce magazine, d’autant qu’ayant une collection complète de celui-ci (du n° 1 au n° 11 donc), je  connais bien son contenu.

Je n’éprouve pas les mêmes sentiments pour son créateur et Directeur de la rédaction, Pierre Pérouchet. J’avais dit pourquoi dans un billet ancien. J’avais adressé à celui-ci un email pour solliciter quelques minutes d’entretien téléphonique afin qu’il me raconte la genèse de cette publication et les conditions de sa réalisation, toutes informations que j’aurais répercutées sur mon blog, dans la mesure où elles me paraissaient pouvoir intéresser mes « followers ». N’ayant pas de réponse, je lui faisais un nouveau courriel de relance. Pas de réponse non plus. De guerre lasse, je renonçais à ce contact. Il n’y a pas longtemps, j’appris qu’il agissait ainsi avec beaucoup de monde, se créant autant d’ennemis de plus. Je n’en suis pas néanmoins, me contentant de considérer que j’ai eu affaire à quelqu’un de mal élevé (il lui aurait suffi, par politesse, de me dire qu’il ne souhaitait pas donner suite à ma sollicitation).

Et dans cet esprit, il m’amuse de lire dans son éditorial du dernier n° une dénonciation assez farouche de l’intention du patron de Facebook de fabriquer sur le net un journal propre à chaque individu, et ceci à partir de l’examen de ses fréquentations sur internet.

Et il ajoute en parlant de ce projet de journal new-look et de son caractère « éthéré » : « Mais n’essayez jamais d’adresser un message de félicitations au rédacteur en chef de votre magazine numérique : il n’existe pas ». Et Pierre Pérouchet, existe-t-il lui ? Je me le suis demandé dès lors qu’il n’y eut aucune suite réservée à ma démarche, et que j’ai pensé avoir eu donc affaire à un fantôme…

Fait le 6 août

"Plaisirs du Gers" n° 11

Le magazine « Plaisirs du Gers » vint de publier son  11ème numéro.

Il ne paraît qu’une fois par an, début juillet. Voilà donc 11 ans que cette aventure éditoriale a commencé.

J’ai déjà évoqué dans mon blog en termes plutôt flatteurs cette publication (voir en février et juillet 2013).

La nouvelle livraison n’est pas différente des précédentes : même format, même élégance graphique, qualité de la photographie toujours aussi exceptionnelle…Seule innovation : un nombre de pages, 240, jamais atteint jusqu’à présent. Le n° 1 de la revue n’en comptait que 128. Le prix aussi a grimpé : de 5,90 €  au lancement du magazine € à 7,90 à aujourd’hui.

Mais ce n’est pas trop cher payé car la qualité est au rendez-vous.

Mon seul  regret : la part trop belle faite à Michel Legrand (un musicien et compositeur de renommée internationale, notamment au cinéma – la musique des « Parapluies de Cherbourg », c’est lui) et à Macha Méril  (comédienne, écrivain) qui à eux seuls confisquent la couverture et 16 pages du magazine !

Il y a à ce débordement journalistique plusieurs raisons. Il faut d’abord faire dans le « people » pour vendre , comme tous les confrères. D’où également de précédentes couvertures du même genre, avec à l’affiche des gens de télé, des acteurs, des chanteurs, des grands de la mode, certains n’ayant que peu de choses à voir avec le Gers : Claire Chazal, Ariane Massenet, Macha Méril (déjà ! ), Jean-Pierre Marielle,  Pierre Arditi,  Frédéric Diefenthal, Marc Lavoine, Jean-Charles de Castelbajac…Cette accroche « bling-bling » est tellement indispensable que le « Plaisirs du Gers »  qui s’est le moins vendu (le n° 4) avait pour une trois jeunes garçons en tenue de rugbyman en vue d’ illustrer un papier  sur les écoles de ballon ovale à Auch et Condom.    

Et puis, Macha Méril est une figure du Gers. Elle y possède depuis bien des années, près de Montréal- du- Gers, une propriété (une ancienne ferme), et s’y retrouve souvent pour se consacrer à l’écriture.

Enfin, son histoire d’amour avec Michel Legrand est un beau conte de fées qui ne peut qu’émouvoir les âmes sensibles friandes de telles épopées   : après avoir vécu  une brève idylle au Brésil, le duo s’est  retrouvé  cinquante ans après  pour ne plus se quitter, avec à la clef un mariage en septembre 2014 et pour le compositeur la découverte du Gers, qu’il apprécie désormais autant que sa nouvelle épouse. Mais ce rendez-vous de Michel Legrand avec la terre gasconne était un peu prédestiné, puisque son père, Raymond Legrand, lui aussi  un grand compositeur et un chef d’orchestre de talent (1908-1974), avait épousé ici la célèbre chanteuse de l’époque Colette Renard (1924-2010).

Ce onzième numéro  aborde fort heureusement dans ses pages bien d’autres sujets mettant en valeur le Gers et quelques uns de ses promoteurs.

La parole est ainsi donnée  à Eve de Castro, écrivain-scénariste, qui avec un père gascon a passé beaucoup d’étés et de vacances dans la maison familiale près de Lectoure. Cette  auteure compte  à son actif une douzaine de livres. Elle reçut le Prix des Libraires en 1992 pour « Ayez pitié du cœur des hommes » -Editions Jean-Claude Lattès, le Prix des Deux Magots et le Prix Maurice Genevoix en 1996 pour « Nous serons comme des dieux » -Editions Albin Michel (ouvrage que j’ai dans ma bibliothèque et qui nous plonge au cœur des passions qui dévorèrent Philippe d’Orléans et ses filles Elisabeth et Adélaïde), et l’an dernier le Prix Montesquieu pour son dernier livre, « Joujou » - Editions Robert Laffont. Eve de Castro a participé par ailleurs à l’écriture du film « Le Roi danse » (2000), de Gérard Corbiau,  film que j’avais fort apprécié (il met en scène la rencontre de Louis XIV avec le musicien Lully).

Le reportage suivant retrace le parcours d’un autre gascon de renom, né à Auch, d’un père qui fut Maire de Montaut-les- Créneaux, commune proche du chef-lieu du département : Jean-Paul Laborde, naguère 3ème ligne de rugby. Avocat, puis magistrat, l’homme est depuis 2013 Directeur exécutif du contre-terrorisme au Conseil de Sécurité des Nations Unies, un poste de responsabilités qu’on imagine ultra-sensible. Il n’est pas là par hasard car il accumulé dans divers emplois  antérieurs  une solide expérience professionnelle au sein de cette organisation internationale. Attaché à son terroir, il compte bien revenir en Gascogne à l’heure de la retraite.

Autre portrait : Claire Barrau, native de Mauvezin, productrice de cinéma et de télévision. Elle vit certes à Paris mais ne saurait se passer du Gers. « J’adore la puissance des gens de là-bas, leur caractère tranché qui tourne aussi vite à l’orage qu’au beau temps…Il n’y a rien d’artificiel dans cette région. L’authenticité, avec ses excès, gagne toujours. »

Elle fit très tôt une rencontre déterminante pour sa vie professionnelle, en croisant sur sa route le cinéaste Claude Miller et son épouse. C’est eux d’ailleurs qui produiront les deux CDROM qu’elle réalisera sur son pays natal : « Le Gers, la Gascogne » et « Balade et Gastronomie » avec dans le premier  rôle André Daguin qui fut ici un chef emblématique en son Hôtel de France à Auch. Aujourd’hui, Claire Barrau donne exclusivement dans la prod’ télé avec « Rendez-vous en terre inconnue », une émission de France 5 animée par Frédéric Lopez, et « Taxi Show », un rendez-vous de France 5 également autour de conversations échangées avec des chauffeurs de taxi, les meilleurs guides qui soient,  à Istanbul, Dakar, Montréal, Rio…Et en perspective à la rentrée, une série diffusée par France 3, « Partons pour un monde meilleur , qui mettra en lumière des gens qui travaillent sur le terrain à la conservation des espèces animales. »

Une idée originale du magazine : faire appel à Enrico Clarelli, réalisateur et metteur en scène italien, originaire de la Toscane, afin qu’il établisse une comparaison entre sa région de naissance et ce Gers, qu’on qualifie volontiers de « petite Toscane ».Il s’est baladé ici et là, son cadre de bois doré autour du cou (voir photo ci-dessus) pour "encadrer" symboliquement, telles des oeuvres d'art,les paysages rencontrés.

Il trouve bien sûr des points communs entre les deux territoires : des « espaces remplis d’élégance » qui lui font dire à leur sujet : « C’est la main du peintre qui a créé cela. Un peintre de la Renaissance ». Comme la Toscane, le Gers a sa « Méditerranée » : elle est dans « les vagues des herbes épaisses des champs vallonnés. » Autre ressemblance : la richesse du patrimoine née de seigneurs puissants et « de la fierté de l’homme », Enrico Clarelli ajoutant toutefois que les gascons n’ont pas conscience de cette richesse et ne savent pas la faire connaître.

Rapprochent encore le Gers et la Toscane italienne la présence des petits marchés, le goût de la fête, la musique, et le côté intemporel des lieux. Ce qui ne fait pas de ces deux  contrées « …des pays immobiles », dit-il,  car « …ils gardent tous les deux leur mémoire ».

Et les différences, où sont-elles ? Dans les caractères, répond Enrico Clarelli. Les Gersois sont des « sanguins attendrissants, sans méchanceté. » Il ajoute : « Ils ont la virilité des joueurs de rugby, pas celle des guerriers assoiffés de violence. »Ils accueillent les autres avec chaleur, ils viennent vers eux, alors que les toscans italiens sont davantage indifférents, et souvent prétentieux.

Autre contraste selon lui : les rues de Toscane sont toujours animées, ce qui n’est pas le cas de celles des petites villes et des villages du Gers. « Les moments de vide n’existent pas en Italie. Dans le Gers, en revanche, on se retrouve quelque fois confronté à soi-même. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais il faut assumer ce face-à-face. »

Et l’invité de « Plaisirs du Gers » de conclure sur ses investigations : « Si une Europe est à construire, elle doit se faire sur ce genre de correspondances intimes, sur les rêves et les récits que les peuples partagent ». Un bien bel espoir !

S’ouvre ensuite un chapître  Gastronomie , une valeur sûre du Gers.

On fait ainsi la connaissance de Denise Berna, à la tête de la ferme du Courdou, dans le sud du Gers, près de Marciac. Elle met en bocaux et en conserves les produits de l’exploitation : foie gras, morceaux de canard, fruits, légumes (asperges, haricots verts et blancs, tomates, cerises, prunes, cèpes…). Elle pratique ce qu’on appelle la stratégie de la fourmi  ou la cuisine « du placard », qui se transmet de génération en génération, fort de ce bon sens paysan qui attache beaucoup d’importance à l’autonomie et à la sécurité alimentaires (on ne sait jamais de quoi sera fait demain et après-demain…).La cuisinière a notamment remis à l’honneur pour ses saveurs particulières un légume ancien, le pois carré, un petit pois plus grand et plus cubique que l’autre, qu’on cultivait autrefois dans le Gers. Il ne reste aujourd’hui  qu’un seul producteur qui fait profiter de sa récolte notre cuisinière gasconne.

En annexe à l’article, quelques recettes de Denise  faites à partir de ses conserves : asperges grillées et œuf mollet, tarte fine aux cèpes, garbure (un bouillon de canard fait d’un mélange de carcasse du volatile avec un os de jambon, de  la couenne  et un pied de cochon, auquel  on ajoute cous, ailerons, manchons confits de canard, avec des  légumes d’hiver –carottes, chou, navets, haricots tarbais), alicuit aux macaronis (on retrouve dans le bocal le  même bouillon  et les mêmes morceaux de canard que pour la  garbure,  avec  carottes, thym et laurier, et à cette  conserve réchauffée on mêle macaronis, olives vertes et morceaux de tomates séchées), et cerises au sirop d’armagnac.

Côté restaurants, le magazine consacre quatre pages au bistrot ouvert il y a deux ans par la « Table des Cordeliers » , un restaurant étoilé de Condom. Le chef, Eric Sampietro, fait comme ses confrères : offrir le choix entre un rendez-vous de haute gastronomie et une cuisine plus simple, à prix raisonnable, dans une ambiance détendue. Le bistrot est tourné vers les jeunes qui veulent se faire plaisir sans toutefois trop dépenser, et aussi vers  les clients  pressés en raison de leurs contraintes professionnelles.

Le menu est établi en conséquence : 22 € pour trois plats, servi  en 45 minutes.

Voici  ce qui était proposé (au choix)  le jour où j’ai consulté le site (22 juillet) :

 

Entrées :

Gaspacho de tomates, tartine au jambon « Jabugo » sorbet poivron rouge

Crème brulée aux girolles Tartine de Saint Marcelin au piment fumé, salade

Salade de melon, féta, magret séché

 

Plats :

 Côtelette de porcelet, gratin de courgettes, jus de viande

Risotto crémeux aux girolles

Dos de cabillaud, fricassée de manges tout

Emincé de magret, pommes frites maison

 

Desserts :

 Nougat glacé à l’abricot

Tiramisu aux fruits rouges

Mousse au chocolat Macao (Brésil), sorbet abricot

 

Le lieu est certes moins noble que celui occupé par la grande table (chapelle du XVIIIème siècle, avec ses clefs de voûte sculptées, ses piliers en pierre et son parquet d’époque), mais il est bien dans l’esprit bistrot : cadre d’un chic épuré, verrière en plafond pour donner à l’espace toute la luminosité nécessaire, poutres apparentes, murs aux tons contemporains, le tout imaginé par la compagne du chef.

Autre restaurant à l’honneur dans « Plaisirs du Gers » : « L'Arrière-Cuisine» à Marciac. L’établissement est le troisième restaurant « blasonné » « J’Go », après celui de Toulouse, créé en 1995, et celui de Paris-Drouot ouvert en 2002 (il y avait aussi un « J’Go » au marché de Saint-Germain- des- Prés, que j’avais fréquenté en une occasion, et qui a fermé au début de cette année).

Le concept « J’Go » a été imaginé par un gascon Denis Méliet,  l’idée étant de faire naître sous ce sceau  un partenariat étroit entre le restaurateur et les paysans producteurs. L’objectif est de célébrer avec une vraie exigence la cuisine et les produits du sud-ouest. Les viandes (bœuf, mouton, agneau, porc) sont livrées en carcasses,  découpées et transformées sur place. Elles sont cuisinées avec des  légumes frais et de saison, dans un contexte de valorisation des métiers et des savoir-faire (bouchers, légumiers et cuisiniers se côtoient dans les « J’Go »).

La charte des « J’Go’ vante les mérites d’une « cuisine de produits, de famille, d’étable, d’estive (période où les troupeaux paissent sur les pâturages de montagne), de potager et de basse-cour ». Tout est dit. Et je partage cette philosophie, suivant d'ailleurs de près l'actualité du réseau grâce à la newsletter que je reçois chaque semaine sur ma messagerie internet.

Le « J’Go » de Marciac a d’abord ouvert  le temps du Festival international de Jazz (« Jazz in Marciac »), avant de proposer sa cuisine tous les jours durant l’été. Aux fourneaux, et c’est là la forte originalité de ce « J’Go », une jeune chef d’origine vietnamienne, Thu.

En résulte un mariage heureux entre la gastronomie gasconne et celle de l’Asie du Sud-Est, celle-ci apportant à celle-là une légèreté dans les préparations. Exemples  de cette influence réciproque  : le poulet paysan en croûte de  miel (mélange de salé et de sucré),  la salade « gaskong », aux nouilles chinoises, avec une part belle faite au canard :  magret fumé, cous et gésiers confits,  fritons de canard (sa recette est donnée dans la magazine, ainsi que celles des brochettes de porc noir de Bigorre et du pain perdu –arrosé, Gascogne oblige, de 4 cl d’armagnac).

« L’Arrière-Cuisine » est flanquée par ailleurs d’une boutique qui propose à la vente les produits maison, avec en « égérie » le porc noir de BIgorre. Et le temps de « Jazz in Marciac » (27 juillet-16 août), un autre restaurant est ouvert dans le jardin de « L’Arrière-Cuisine », celui-là dédié à la cuisine gersoise typique. Je découvrirai d’’ailleurs bientôt le lieu car nous y avons réservé une table avec des amis avant d’assister  à un concert d’un prodigieux  pianiste de jazz, Yaron Herman. De l’autre côté de la rue, « Marciac Café » accueille, lui,  les clients amateurs de « grignotages » de charcuterie et de bons vins de Gascogne.

Suite et fin de l’inventaire du n° 11 de « Plaisirs du Gers » dans un billet à venir.

Fait le 22 juillet

Flamenco à Mont-de-Marsan

Malgré mes ennuis de cartilage et d’articulation qui handicapent mes mouvements et ma marche depuis maintenant deux mois, je me suis rendu ce vendredi dernier au Festival de flamenco («  Arte Flamenco ») de Mont-de-Marsan.

L’occasion d’abord de découvrir cette ville chef-lieu du département des Landes que je ne connaissais pas encore.

La cité est malheureusement insignifiante au plan architectural et patrimonial, à l’exception d’un petit centre historique où se trouve  une charmante maison du Second Empire qui abrite depuis 1975 le Conseil départemental. Subsistent là par ailleurs quelques rares maisons fortes romanes. Deux d’entre elles, de belle hauteur, sont jumelées et dotées de créneaux sur leur partie supérieure. L’ensemble, daté du XVème, et inscrit aux Monuments Historiques, porte le nom de donjon Lacataye. Cet édifice, un des seuls survivants des fortifications de la ville,  fut la propriété à la fin du XIXème d’André Lacaze, Maire de Mont-de-Marsan. Celui-ci en fit don à sa commune, et le bâtiment connut diverses affectations avant de devenir en 1968 le Musée Despiau-Wlérick (15.000 visiteurs par an), du nom de deux sculpteurs d’origine montoise.

Nous l’avons parcouru presque au pas de course tant il est décevant. Il n’y a pas de parti pris scénographique, et les œuvres, qui ressortent de la sculpture figurative de la période 1880-1950, sont présentées en vrac, au gré des étages dédiés au Musée. Le lieu ajoute à la déconvenue, tant il est triste et sombre. En sous-sol, nous avons pu voir une exposition de l’artiste espagnol David Vaamonde, « Sentimentios », qui présente une série de figures de danseuses de flamenco, actualité évènementielle oblige, réalisées en aluminium, en bronze, en granit noir. Les femmes ainsi sculptées sont tout en élégance, en grâce, et en sensualité, et de ce point de vue le rendu est réussi.

La sculpture est d’ailleurs un fil rouge à Mont-de-Marsan, puisque depuis 1988 les parcs, les jardins (dont celui autour du donjon), les rues principales, sont agrémentés de statues, issues pour partie du Fonds du musée. Enfin, une manifestation, Mont-de-Marsan Sculptures, se déroule tous les trois ans et met à l’honneur cette discipline artistique.

Nous avons visité aussi le Centre d’art contemporain, installé dans une ancienne halle aux grains. L’endroit n’est guère pimpant, ni attractif, car il  n’y a pas eu, hélas !, de gros efforts d’aménagement et d’embellissement entrepris. L’exposition par contre ne laisse pas indifférent. Il s’agit de peintures abstraites de Stani Nitkowski (1949-2001), artiste français d’origine polonaise du côté de son père. Sa vie fut un terrible calvaire puisqu’il fut affecté très jeune de myopathie, et il mit fin à ses jours à 52 ans, n’ayant pas supporté la mort de son fils survenu un an avant son suicide. Son travail reflète bien sûr son chemin de croix, avec des rouges violents qui portent une œuvre sombre, forte, torturée, douloureuse et même effrayante. On ne sort pas de là indemne…

Le Festival Arte Flamenco, a marqué très fort son empreinte sur la ville, grâce au soutien du département. Connu pour être le plus grand festival de flamenco hors d’Espagne, sa 27ème édition s’est déroulée du 6 au 11 juillet, fidèle à sa marque de fabrique qui est de marier la tradition du flamenco « puro » avec les voies de la modernité. Il attire ici des artistes espagnols de premier plan, grâce à la notoriété qu’il a acquise, et à la qualité des échanges construits avec l’Andalousie, le berceau du flamenco.

Le flamenco, en tant que genre musical et danse, remonte au XVIIIème siècle. Il s’est nourri au fil des siècles des influences culturelles des populations juive, arabo-musulmane (du temps de l’occupation des maures) et surtout gitane, cette dernière arrivée d’Inde au début du XVème en apportant avec elle en Espagne la sémantique flamenca. Inscrit par l’UNESCO au Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité en 2010, le flamenco est une alchimie subtile faite d’un chant, parfois a cappella ou soutenu par une guitare, accompagné par le fameux claquement de mains (palmas) ou de doigts, et par une danse où le mouvement des bras, des pieds, par le  jeu de claquettes et les martèlements rythmés qu’ils produisent (zapateados),  ont une toute particulière résonance.

Je suis sensible au flamenco, comme je le suis au fado ou au tango, tous trois trouvant leurs racines dans les milieux populaires. La complainte et la danse expriment avec force  les drames de la vie, les sentiments les plus profonds, les émotions les plus fortes. Longtemps opprimé, le peuple gitan disait aussi dans le flamenco sa douleur et son malheur  A propos de Carmen Amaya, un très grand nom féminin du flamenco des années 50, Jean Cocteau écrira : « …c’est la grêle sur les vitres, un cri d’hirondelle, un cigare noir fumé par une femme rêveuse, un tonnerre d’applaudissements.. »

Durant une semaine, le Festival offre une gamme riche de propositions, souvent gratuites : des spectacles (malheureusement tous complets quand nous avons voulu nous procurer des billets), des flamencos de rue, des soirées bodega (lieu où on se rassemble pour discuter, danser, boire), des scènes amateurs où les compagnies, les écoles, les associations amateurs présentent leurs travaux de l’année et leurs dernières créations, un festival off dans les rues, les cafés, les restaurants…, des rencontres, des stages, des master classes, des films, et des initiatives en direction des écoles et du Centre hospitalier.

Nous ne sommes pas demeurés suffisamment longtemps à Mont-de-Marsan pour profiter de plusieurs de ces offres. Mais le seul spectacle auquel nous avons pu assister valait les quelques 230 kms aller-retour effectués pour venir ici.

Sur scène, un chanteur, un guitariste, et un couple de danseurs, formant la compagnie Carmen Gonzalez, du nom de la « bailaora » (la danseuse). Au programme, la dernière création de cette compagnie, « Quiero de cirte bailando », présentée pour la première fois à la Biennale de Malaga.

Beaucoup d’énergie, de rythme, d’élégance dans cette production sans artifice (« el arte por el arte ») où l’homme, Juan Amaya dit El Pelon, interpréta une danse sauvage, ethnique, viscéralement gitane, qui me subjugua. Sa parade « nuptiale » pour séduire Carmen Gonzalez fut d’une grande virtuosité technique et sentimentale. La partenaire féminine ne peut que « succomber » devant une telle ardeur et une telle virilité affichées ! « Son triomphe était le flamenco. Quelle danse, monsieur ! Quelle tragédie ! C’est toute la passion en trois actes : désir, séduction, jouissance » (dans « La Femme et le Pantin » de Pierre Louÿs, romancier français – 1870-1925).

Les animaux nous ont à ce sujet tout appris en matière de séduction amoureuse : le cerf brame, des poissons changent de couleur, le crapaud émet un croassement caractéristique, l’oiseau la frégate gonfle sa gorge, d’autres leurs plumages, chez certaines espèces d’invertébrés le mâle offre à la femelle une proie en cadeau, il en est qui dansent ou chantent des sérénades…

Ce moment de flamenco fut magique, et je me suis fait la promesse de revenir en festivalier plus assidu l’an prochain.

Sur la route du retour, nous avons dîné à « La Pièce de bœuf », à Labarrère, une petite commune du Gers d’un peu plus de 200 habitants. Nous nous sommes installés sur la terrasse ombragée du restaurant et avons passé là un excellent moment. Au menu, une pièce de bœuf parfaite en cuisson et en qualité, tendre et goûteuse, accompagnée de frites maison. Avec  pour entrée, offerte par la maison ( !) pour patienter, une salade enrichie de rillettes et de foie gras.  L’établissement  est tenu en famille (des gens charmants), dans une bonne humeur contagieuse. Amusant : une collection inouïe de peluches de vaches et de bœufs (quel hasard, n’est-ce pas ?). Je me suis promis quand je reviendrai  ici de contribuer à  l’étoffer en apportant la mienne….

Le lendemain, chez moi, l'envie m’a pris  de réécouter un vieux double CD de « Cante Flamenco » interprétés par les sœurs Fernanda (1923-2006) et Bernarda (1927-2009) de Utrera. L’aînée est considérée comme la meilleure chanteuse de tous les temps de soleas, une des formes du flamenco chanté. Un plaisir d’écoute !

Toutes deux sont nées à Utrera (d’où leurs noms de scène), une commune de la province de Séville, foyer incandescent de flamenco, où a lieu chaque année le plus ancien (1957) et l’un des plus célèbres rendez-vous de flamenco d’Espagne : « Le Ragoût du Gitan » ! Tout un programme !

N.B. Mort la semaine dernière à 83 ans d’Omar Sharif, un acteur talentueux. Son nom restera attaché à jamais à de grands moments de cinéma : « Lawrence d’Arabie » (1962), « Docteur Jivago » (1965), « Mayerling » (1968).

Fait le 13 juillet

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Decrock | Réponse 23.09.2015 20.45

J'ai corrigé en conséquence.
Merci pour la remarque.

martine | Réponse 23.09.2015 20.36

"cuisine des sentiments. Joli nom pour une réalité. NB: un wok n'est pas une hémisphère mais une calotte sphérique pour que les aliments cuits tiennent

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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