Points de vues du Gers Carnets

Escapade à Limoges

Nous venons de passer quelques jours à Limoges, une ville où nous comptons de bons amis et où nous avons vécu une dizaine d’années.

En quatre jours, je n’ai pas manqué d’occupations : deux restaurants, un déjeuner et deux dîners amicaux, plusieurs rendez-vous de santé  liés aux relations privilégiées que nous avons sur place avec  des médecins et spécialistes, un cinéma, et la visite de trois musées ou centres d’art.

Le soleil était de la partie et nous a accompagné sans discontinuer  dans un cheminement empreint d’une profonde  nostalgie, tant les souvenirs ont émergé au gré des parcours effectués.

Un premier restaurant

Sur l’invitation de  quelqu’un qui m’est cher, et que j’ai côtoyé de près pendant une partie de ma vie professionnelle à Limoges, nous avons déjeuné à l’Auberge hôtel-restaurant  Dupuytren  (du nom d’un grand médecin-chirurgien du XIXème, issu de la région Limousin) à Pierre-Buffière, au sud de Limoges. A l’ordre du jour, une bonne et copieuse omelette  arrosée d’un excellent vin rouge du coin : les Mille et Une Pierres, un vignoble de 30 ha situé en Haute-Corrèze, à Branceilles (www.vindebranceilles.com ).Elevé avec des cépages Cabernet Franc (80%) et Merlot (20%), ce vin offre d'élégants tanins fins et soyeux, une touche vanillée, et en bouche des arômes de bois et de fruité. Au menu aussi des conversations sympathiques  liées notamment à  notre passé commun.  Dommage que le patron soit si peu chaleureux. L’auberge possède par ailleurs une « Annexe » (quel qualificatif au rabais s’agissant d’une  maison  bourgeoise imposante !), où sont proposées en plus de l’hôtel Dupuytren quatre chambres d’hôtes. Et dire qu'à l'époque où nous vivions en Limousin nous avions failli acquérir cette charmante propriété, que nous avions d’ailleurs visitée à cet effet sans toutefois donner suite.

Un second restaurant

Autre restaurant fréquenté durant notre étape limousine : celui du Golf de la Porcelaine de Limoges  (18 trous). Le repas, d’un rapport qualité-prix parfait, fut partagé avec l’un de nos couples d’amis, lui golfeur  émérite, et grand professeur chirurgien en ophtalmologie. C’est  eux qui  le temps de notre escale nous ont offert leur hospitalité avec cette grande gentillesse  qui les caractérise.

« Belles Familles » au cinéma

Côté film, une vive déception ressentie en regardant  au « Grand Ecran », en centre-ville, « Belles Familles » de Jean-Paul  Rappeneau. Le magazine « Télérama » avait pourtant souligné la qualité de la huitième réalisation de ce cinéaste. J’ai eu tort de me fier à la critique plutôt enthousiaste de Jacques Morice. Ce n’est qu’un médiocre vaudeville . Et pourtant Jean-Paul Rappeneau avait commis jusqu’alors un certain nombre de films réussis : « La Vie de Château » (1966), « Les Mariés de l’An II » (1971), « Le Sauvage » (1975) « Cyrano de Bergerac » (1990).

Sur fond de nœud de vipères familial, le récit est abracadabrantesque et les comédiens jouent rarement vrai. Mathieu Amalric traverse l’histoire du film comme ahuri par ce qui lui arrive ; la jeune et jolie Marine Vatcht, annoncée par les médias comme une révélation, manque sérieusement de talent ; Karin Viard est à contre-emploi ;  Nicole Garcia, que j’ai tant appréciée dans le passé derrière et devant la caméra, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Quant à Gilles Lelouche, je l’ai toujours trouvé quelconque dans  son jeu.  Seul André Dussolier, qui n’a qu’un petit rôle, s’en sort mieux. On est dans un Feydeau sans fantaisie, très conventionnelle, et on s’ennuie beaucoup pendant 1h50.

Après la séance, nous avons déambulé nuitamment dans le cœur de Limoges. Nous nous sommes aperçus que la ville avait conservé le charme que nous lui connaissions, et elle nous est même apparue plus séduisante encore.

Maison d’avant

A un autre moment, nous sommes allés revoir de près la dernière propriété que nous avons eue près de Limoges. L’occasion le long de la route et sur place de retrouver des campagnes sauvages aux paysages typiques de la région : des prés d’un vert cru, parsemés de taches brunes  (les belles  vaches limousines), des forêts denses où règnent les châtaigniers et les chênes. Les arbres sont omniprésents et en cette période automnale leurs feuilles affichent des couleurs chaudes, flamboyantes et mordorées, le jaune le disputant au roux et au vert. Il y a aussi  des étangs un peu partout. Ils créent un décor merveilleux qui n’est pas sans rappeler les lacs canadiens (on dit d’ailleurs de cette région qu’elle est le pays aux mille étangs).  Il  s’en trouve un sur nos anciennes terres où nous nous sommes rendus  avec plaisir, et qui nous a rappelé les bons moments passés là, tels les  parties de pêche mémorables avec les hôtes de notre maison. Notre étang étant très riche en poissons, même le plus maladroit d’entre nous sortait carpes et gros brochets sans crier gare.  

Le Musée Cécile Sabourdy

Autre étape au programme : le musée Cécile Sabourdy  de Vicq-sur-Breuilh, commune au sud de Limoges. Cécile Sabourdy était une peintre relevant du courant de l’art naïf, qui a vécu toute sa vie, de 1873 à 1970, en Haute-Vienne, à Saint Priest- Ligoure. Ses toiles qui constituent un fonds permanent et important du Musée avaient toutes pour sujet les paysages et le quotidien de la ruralité du Limousin.

J’ai déjà évoqué ce lieu  dans un billet d’avril dernier (« Dordogne, Haute-Vienne, Limoges, souvenirs, souvenirs… »).Lors de notre passage, il  s’y déroulait une nouvelle exposition sur le thème  « André Bauchant et ses contemporains : Georges Braque, Le Corbusier, Raoul Dufy, Jean Lurçat… », qui retrace une amitié de trente ans entre André Bauchant (1873-1958), reconnu aujourd’hui comme l’un des grands maîtres français de l’Art Naïf, et ses galeristes parisiennes Jeanne Bucher (1872-1946) et  Dina Vierny (1919-2009), qui fut pendant dix ans la muse et le modèle du sculpteur Aristide Maillol et d’autres peintres célèbres. Ces deux femmes, collectionneuses hors-norme, ont su révéler le talent d’André Bauchant et associer sa peinture aux créations des artistes d’avant-garde dans la première moitié du 20ème siècle. Le Corbusier lui aussi, en tant qu’ami, mécène, puis légataire d’André Bauchant, a contribué au succès et à la carrière de l’artiste en France et à l’international. Cette exposition rend hommage à cet esprit novateur, commun à Jeanne Bucher, Dina Vierny ou Le Corbusier, qui a élevé Bauchant au rang des grands Primitifs Modernes.

Le Musée s’emploie à restituer l’ambiance des expositions et des galeries de l’époque où les Cubistes, les Surréalistes et les peintres de l’ Abstraction en tous genres, tels Georges Braque, Le Corbusier, Raoul Dufy, Jean Lurçat, cohabitaient avec les toiles profondément naïves de Bauchant. Le rapprochement visuel de ces sensibilités artistiques reste encore insolite pour le public d’aujourd’hui. Le Musée réactive donc les dialogues possibles entre des créations d’apparence si différente que Jeanne Bucher et Dina Vierny avaient à cœur de rapprocher sur les murs de leurs galeries.

Pépiniériste de métier (d’où son surnom de « peintre jardinier »), André Bauchant s’engage tardivement mais résolument dans la voie artistique à l’âge de 46 ans. Autodidacte, il peint des bouquets, des paysages bucoliques et des sujets historiques, religieux ou mythologiques inspirés par la peinture Renaissance et Classique, mais aussi par le souvenir vivace de son passage en Grèce pendant la Première Guerre Mondiale. Présenté au Salon d'Automne à Paris en 1921, il est remarqué par des artistes, collectionneurs et critiques d’art qui l’accompagnent jusqu’à la fin de sa vie (Kandinsky, Le Corbusier, André Breton, Diaghilev, Amédée Ozenfant…).

Dans l’imaginaire de Bauchant, la Nature est reine, et c’est elle bien sûr qui sert de fil conducteur aux œuvres exposées.

Cette visite m’a enchanté, et une fois encore j’ai apprécié vivement ce Musée et ce qui se fait autour.  Il foisonne d’initiatives diverses (causeries culturelles, moments musicaux, théâtre, ateliers pour enfants…), sans oublier en extérieur les  trois jardins et l’amphithéâtre qui se prêtent, eux, à des programmations spécifiques (animations et découvertes, activités pédagogiques notamment). A venir prochainement un espace multiservices qui abritera, entre autres, une épicerie fine liée aux produits du terroir et un salon de thé.

  Nous  sommes pourtant dans une petite commune qui ne compte qu’un peu plus  d’un millier d’habitants. Mais à sa tête, se trouve une femme entreprenante, que nous connaissons bien, qui est riche de projets, et sait surtout constituer autour d’elle des équipes qui partagent son enthousiasme. Ah !, s’il y avait des Christine de Neuville dans tous nos petits villages de France, nos territoires ruraux s’en porteraient sans doute mieux.

La chapelle Notre- Dame de  Chauveix

A la sortie de Vicq-sur-Breuilh, et sur les conseils de la personne du Musée, nous nous sommes arrêtés à la chapelle  Notre-Dame de Chauveix (XIème siècle).  Un artiste limousin, Roch Popelin, a peint là en  2005, sur des  murs tout blancs, de magnifiques fresques colorées et légères  qui racontent  en onze scènes, faites de représentations de la nature et animalières (beaucoup de colombes), la vie de Saint-François d’Assise. Roch Popelin a aussi  réalisé un Christ en bois et remis en état l’autel, en le dotant d’un liseré de 44 oiseaux blancs disposés en forme de croix et découpés dans de la pâte de porcelaine, une matière familière à l’artiste. Une halte épatante, d’autant qu’il n’est pas fréquent de voir des lieux de culte être ainsi investis de façon permanente par des expressions artistiques contemporaines. Ici,  au delà de l’intérêt de l’œuvre  proprement dite, il y a l’effet de modernité et de lumière que celle-ci  confère à  la chapelle.

Un autre jour, cap à l’est de Limoges, à Eymoutiers d’abord puis au lac de Vassivière.

L’Espace Rebeyrolle

A Eymoutiers, parce que se trouve dans cette commune de 2.000 habitants l’Espace Rebeyrolle , dédié  à l’œuvre de ce peintre, né ici en 1926 de parents instituteurs, et mort en 2005 à Bondreville, en Bourgogne, là où se trouvait son dernier atelier. Nous  sommes venus dans ce Centre  à plusieurs reprises, mais l’occasion du vingtième anniversaire de ce musée, qui affichait « Rebeyrolle vivant ! 60 ans d’une œuvre essentielle »,  nous a donné envie de le revisiter.

L’Espace, fort bien conçu,  regroupe 70 toiles de l’artiste, exécutées entre 1948 et 2005, et accueille 15.000 visiteurs par an. Il présente aussi périodiquement des expositions temporaires de qualité, telle « Hors les Murs »,  consacrée en 2014 à Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien, qui a été en France l’un des initiateurs de l’art urbain, célèbre pour les images éphémères qu’il a créé sur les murs des grandes villes (je pense à l’instant à un beau portrait d’Arthur Rimbaud « graffité » à Paris et à Charleville-Mézières, lieu de naissance du poète).

Bien qu’il ait toujours fui les modes, Rebeyrolle se rattache au courant de la Nouvelle Figuration et est considéré comme un peintre abstrait expressionniste et matiériste (on incorpore parfois à la toile des matériaux non traditionnels, comme du sable, du gravier, du plâtre, du bois, des morceaux de verre, de la ferraille, du crin…).

Rebelle parmi les rebelles, enragé, insurgé, Rebeyrolle est un peintre de la violence, de la brutalité, qui a produit une œuvre puissante, généreuse, qui se veut un appel à la liberté, une révolte face à l’oppression, à l’injustice, à l’intolérance, à l’asservissement de l’homme et de la nature.

Ses toiles, souvent de très grand format, sont hantées par des figures douloureuses, même si l’artiste a une compassion infinie pour les êtres, les choses et les mots. Jean-Paul Sartre disait à propos de son travail : « Alacrité et horreur, poésie et contestation ».

Lors d'une émission "Radioscopie", Jacques Chancel (1928-2014) demanda à Aimé Maeght (1906-1981) :"Quels sont les peintres d'aujourd'hui qui resteront demain ?". Rebeyrolle fut le premier nom qu'il donna.

La réponse est d'or venant d'un homme qui fut un célèbre marchand d'art et mécène, et qui créa la Fondation Maeght à Saint Paul de Vence, un remarquable centre d'art qui accueille chaque année 200.000 visiteurs (ah ! les sculptures de Miro dans les jardins !)

En tout état de cause, la peinture de Rebeyrolle, qui  recèle une force et une vérité considérables, un souffle dévastateur,  ne peut en aucun cas laisser indifférent. Je n’aime pas tout chez cet artiste, car il y a parfois dans certains de ses tableaux un rendu un peu trop « fruit de vos entrailles » qui me rebute.

Paul Audi, philosophe, a ainsi énuméré  dans sa préface qui ouvre le catalogue de cette rétrospective Rebeyrolle, comme un inventaire à la Prévert, les « stigmates » trouvés dans l’œuvre du peintre : «…tous ces chiens délavés, ces sangliers hirsutes, ces truites luisantes, ces pastèques éclatées, ces pépins dispersés, ces carrés de viande adipeuse, ces bidets blafards, ces chaussures endommagées, ces lambeaux de chair jouissante, ces trésors de bizarrerie, joyaux célestes et colonnes d’air pur, ces poussées telluriques, ces cascades matricielles, ces ampoules cadavériques, ces litières de fortune, ces yeux énucléés, ces dentiers saccagés, ces chattes ébouriffées, ces pisseurs indélicats, ces calamités calcifiées, ces fleurs meurtries, ces corps blanchis, ces pieds rougis, ces mains avides de se saisir ou de se dessaisir d’elles-mêmes, et combien d’autres choses dont les noms se bousculent… ». C’est dire !

Rebeyrolle avait une relation physique avec la peinture, synonyme pour lui de plaisir charnel. Il était d’ailleurs malheureux quand il ne peignait pas, et jusqu’à son dernier souffle il se consacra avec acharnement et jusqu’à l’épuisement  à son art.

« Le Cyclope »

Parmi  ses œuvres accrochées à Eymoutiers, j’ai beaucoup aimé « Le Cyclope » (photo ci-dessus, sachant que s’il est posé sur le mur en diagonale, c’est par volonté de l’artiste lui-même).Le tableau fait sur du bois est un hommage du peintre à Georges Guingouin (1913-2005), grande figure de la Résistance en Limousin, qu’on appelait le « Préfet du maquis ».

Dans la mythologie grecque, le cyclope est un géant doté d’une force exceptionnelle, n’ayant qu’un œil au milieu du front. C’est lui qui dans son antre  (symbolisé sur la peinture par un trou) forgea pour le dieu suprême Zeus la  foudre qui permit à celui-ci de terrasser ses adversaires. Guingouin, un autre géant,  forgea, lui,  une armée de l’ombre de 10.000 hommes pour combattre l’occupant  et libérer Limoges. On voit d’ailleurs sur l’œuvre  le cyclope chasser du pied droit la vermine  nazie et les collabos français. Le message de Rebeyrolle est clair : que ce soit par la peinture ou les armes à la main, l’important, l’essentiel, est de résister, de rester debout.

Le lac de Vassivière

Après Eymoutiers, Vassivière. S’y trouve un lac majestueux (une retenue d’eau d’une usine hydroélectrique d’EDF),  d’une superficie de 1.000 ha, avec 47 kms de rivages. Un lieu magique (on se croit à nouveau au Canada) et d’extrême paisibilité  qui invite tout naturellement à la méditation et au ressourcement. Combien de fois l’avons nous fréquenté lors de notre période limousine ! Nous avions même eu un instant l’idée folle de nous installer à Eymoutiers, qui est proche du lac, pour en profiter le plus possible. Mais la raison (éloignement de Limoges, de mon bureau,  et de tout, les  hivers trop rigoureux…) l’a fort heureusement emporté.

Le Centre International d’Art et de Paysage

Traversant le lac par un pont dédié, malheureusement très laid, nous avons gagné l’île de Vassivière, un endroit également charmant. Nous nous sommes rendus alors pour la nième fois au Centre International d’Art et du  Paysage, un bâtiment architecturalement très réussi, ouvert en 1991, et  consacré à l’art contemporain en Limousin.

Je n’ai jamais beaucoup apprécié ce qui était présenté ici au nom de l’art contemporain. Et ma déception fut énorme en parcourant l’exposition en cours : « Etre chose ». Voici comment dans son communiqué de presse le Centre déclinait le pourquoi et le comment de cette exposition : 

« Qu’est-ce qu’être chose ? Est-ce qu’être humain, c’est n’être qu’une chose parmi d’autres ? Une chose peut-elle être, sans pour autant être humaine ? L’exposition « Être chose » réunit des artistes qui tentent de donner corps à une expérience du bord de l’humain. Qu’advient-il du corps lorsque celui-ci s’aventure à la périphérie de lui-même, lorsqu’il se frotte à la frontière de sa propre définition ? Les œuvres rassemblées ici n’envisagent pas nécessairement la séparation entre humains et non humains en termes de discontinuité. Les corps en sont inéluctablement altérés, fragmentés et réassemblés. Ils se muent en figures indéfinissables, évoluant à la croisée de ces mondes. « Être chose », c’est aussi postuler que l’on ne puisse être nommé, que l’on ne puisse assigner un nom à chaque chose. C’est se garder d’un monde qui ne serait qu’humain. »

Quel langage abscons !

Il y avait peu d’œuvres à voir, et toutes m’ont indigné par leur contenu : là, au mur, un bout déchiré de ce qui ressemble à une combinaison de travail ; ailleurs, toujours au mur, un morceau de tissu quelconque ; plus loin, au sol, un ensemble hétéroclite de choses, comme un rébus à découvrir : une patte de cheval avec son sabot (sans doute en résine), un bout de chaîne logistique de transport de produits en usine , un emballage en plastique noir, et un grand débris de verre .

Lorsque je vois de telles représentations, je suis abasourdi, et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on est vraiment dans l’imposture et la provocation, et plus du tout dans l’art. Mon épouse a un regard plus conciliant que le mien, et considère que pour éviter de jeter trop vite l’anathème sur l’œuvre, il faudrait pouvoir disposer dans ces circonstances d’une information quant à ce que l’ « artiste » a voulu exprimer, avoir les codes, comme on dit. Elle a sans doute raison, mais je ne suis pas sûr que cette explication suffirait à lever mon emportement devant tant d’indigence culturelle.

J’aurais personnellement préféré que sur cette île soit bâti un projet d’envergure de parc ludique, pédagogique  et intelligent, à la mode Futuroscope, dédié, lui,  à l’eau, à l’arbre et à la forêt, un patrimoine qui est consubstantiel à Vassivière et au Limousin en général. Un tel projet porterait aussi, haut et fort, des ambitions écologiques et environnementales nouvelles et urgentes pour attaquer de front  les maux causés à notre planète. Et c’est tellement d’actualité !

Fait le 27 octobre

JAUME PLENSA

Sur mon blog en  Juillet-Août dernier (voir « Occupations estivales »), j’avais fait état de mes deux coups de cœurs artistiques de cet été, qui avaient trait à deux sculpteurs : Marc Petit, à qui j’ai consacré un texte en Septembre (« Marc Petit, sculpteur du paradoxe »), et Jaume Plensa , sujet de mon présent billet.

C’est lors d’un séjour en août à Perpignan, que visitant, comme chaque fois que nous nous rendons dans les Pyrénées-Orientales, le Musée d'Art Moderne  de Céret, nous avons découvert ce sculpteur catalan contemporain, qui y fait l’objet d’une exposition temporaire (jusqu’au 15 novembre)  de huit de ses œuvres (huit seulement car ses réalisations sont de très grand format et consomment donc beaucoup d’espace).

Je ne connaissais pas du tout cet artiste, et je fus  sous le charme.

Jaume  Plensa est né à Barcelone en 1955, ville où il effectua ses études d’art. Il a acquis depuis longtemps une notoriété internationale, exposant dans de nombreux pays et laissant derrière lui dans le monde entier des sculptures permanentes monumentales.

Son travail peut prendre différentes formes, utilisant des supports  divers (bronze, fer, aluminium, verre, résine, basalte, albâtre, lumière, son, eau, image numérique…), mis au service d’un thème de prédilection : la représentation de la figure humaine et les langages qui lient les hommes entre eux. La langue n’est pas seulement pour Plensa un moyen de communiquer, mais elle est aussi comme l’enveloppe de la matière, de l’énergie, de l’être. L’artiste emploie ainsi souvent un matériau de lettres qui peut être assimilé à un organisme cellulaire en pleine croissance, gagnant du terrain dans l’espace et y projetant son ombre. C’est comme si cette énergie linguistique avait créé l’homme….

Au Musée d’Art Moderne de Céret

A  Céret, j’ai été d’entrée impressionné par la puissante créativité des œuvres présentées et par la forte présence qu’elles dégageaient

 Lou, Laura, Chloé, Sanna, Rui-Rui

Il y avait là d’abord, sur deux mètres de haut, des visages de femmes magnifiques (photo de l’une d’entre elles ci-dessus), en  bronze ou en basalte, procédant de personnes  remarquées par l’artiste pour leur beauté et leur personnalité. Elles m’ont beaucoup ému  car leur  expression est d’une pureté et d’une simplicité remarquables. Les yeux sont toujours clos, invitant au songe, à la méditation. L’intériorité affichée de Lou, de Laura, de Chloé, de Sanna  et de Rui Rui crée chez celui qui les regarde un sentiment  de quiétude extrême, de bien-être. On n’a plus envie de les quitter, tant elles sont attirantes par leur douceur et la confiance qu’elles inspirent.

« Silhouettes »

Autre œuvre présentée : « Silhouettes », 16 en l’occurrence, grandeur nature, en acier découpé,  assises ou debout, seule ou en couple, qui flottent dans l’espace comme des ombres,  et qui se confondent avec les visiteurs qui circulent entre elles à  leur gré. Elles sont accompagnées par des oriflammes porteuses de  vers tirés de poètes chers à Jaume PLensa, comme celui de William Blake (1757-1827), « Une pensée remplit l’immensité », qu’on retrouve d’ailleurs dans un beau texte de l’artiste sur le silence qui ouvre le catalogue de l’exposition (laquelle d’ailleurs a pour titre « Le silence de la pensée »), et que voici :

« Le silence est désir, songe, aspiration, quelque chose de si inconnue et si inaccessible que nous ne pouvons que l’imaginer.
Nous parlons beaucoup du silence : une maison silencieuse, la quiétude et le silence d’un paysage, le silence d’un hôpital ou d’une église, le silence de la nuit…
Pourtant, ces silences-là ne sont pas réels.
Notre silence est un murmure.
Des murmures comme des ponts entre le son et le silence, entre ce que nous connaissons et ce que nous désirons.
Aussitôt que tout est calme et silencieux, quand nous croyons avoir atteint le silence, nous découvrons que quelque chose s’interpose, quelque chose d’aussi proche et familier que notre propre corps. Notre corps bruyant.
Pour William Blake, « une pensée remplit l’immensité ».
Peut-être qu’une pensée n’est qu’un autre des murmures de notre corps, et que notre corps n’est qu’un autre des murmures de la vie.
Je vous invite à écouter ces murmures.
Je vous invite à imaginer le silence. »

"Talking Continents"  

Après « Silhouettes », « Talking Continents », où 19 éléments de format variable sont faits de lettres issues de différents  alphabets, soudées entre elles, et formant de gros galets ronds transparents. Sur certains d’entre eux, sont posées des silhouettes humaines, également recouvertes de lettres d’alphabets divers, le tout se voulant un dialogue muet entre des planètes, des univers, des hommes, qui se côtoient sans se rencontrer, et qui sont constitués (là est le message de l’artiste) de la matière de leur langage, laissée à leur possible utilisation poétique.

« Air, Water, Void »

Et pour terminer cette exposition, une installation monumentale, « Air, Water, Void » (void voulant dire vide), faite en résine époxy, lumineuse et changeant de couleur, représentant 3 figures d’hommes assis (2,15 m. de haut), les mains couvrant leurs bouches, engagés dans une conversation muette. Le calme qui émane de cette rencontre est une invitation à tenter de percevoir ce langage muet et ses mystères. Jaume Pensa a fait référence au sujet de cette œuvre à quelques lignes écrites par Rabelais dans son « Quart Livre » (1552) :

« En pleine mer nous banquetant, grignotant, devisant et faisant beaux et courts discours, Pantagruel se leva et tint en pieds pour découvrir l’environ. Puis nous dit : " Compagnons, oyez vous rien ? Me semble que j’ouïs quelques gens parlant en l’air, je n’y vois toutefois personne. Écoutez." A son commandement nous fûmes tous attentifs, et à pleines oreilles humions l’air, comme belles huîtres en écaille, pour entendre si voix ou son aucun y serait épars (......) "Seigneur, de rien ne vous effrayez ! "dit le pilote. "Ici est le confin de la mer Glaciale, sur laquelle fut, au commencement de l’hiver dernier passé, grosse et félonne bataille entre les Arismapiens et les Nephelibares. Lors gelèrent en l’air les paroles et cris des hommes et femmes, les chaplis des masses, les hurrys des harnais, des bardes, des hennissements des chevaux et tout autre effroi de combat. A cette heure, la rigueur de l’hiver passée, advenant la sérénité et temperie du bon temps, elles fondent et sont ouïes." "Par Dieu", dit Panurge, "je l’en crois. - Mais en pourrions-nous voir quelqu’une ? Me souvient avoir lu que, l’orée de la montagne en laquelle Moïse reçut la loi des Juifs, le peuple voyait les voix sensiblement." "Tenez, tenez, dit Pantagruel, voyez-en ci qui encore ne sont dégelées" Lors nous jeta sus le tillac pleines mains de paroles gelées, et semblaient dragées perlées de diverses couleurs. Nous y vîmes des mots d’azur, des mots de sable, des mots dorés. Lesquels, être quelque peu échauffés entre nos mains fondaient comme neige, et les oyons réellement, mais ne les entendions car c’était langage barbare. »

Conquis par ce sculpteur, je pris le temps avant de quitter le musée de regarder une vidéo  d’une heure produite par la télévision espagnole, qui retraçait le parcours de Jaume PLensa. Un régal d’images et de commentaires, qui confortait mon coup de foudre pour cet artiste !

J’ai voulu ensuite en savoir davantage sur celui-ci, multipliant alors les recherches sur internet.

Plensa à Auch !

Une surprise de taille : Jaume Plensa avait travaillé en 1992 pour la ville d’Auch, la capitale du Gers, et je n’en savais rien ! Il avait alors 37 ans.

Je connais l’œuvre en question, « L’observatoire du Temps »,  mais le nom de son auteur ne m’avait pas interpellé jusqu’alors. Il s’agissait en l’occurrence d’évoquer les  terribles inondations du Gers survenues en 1977, qui ont vu les eaux monter jusqu’à 7,76 mètres. Pour ce faire, l’artiste réalisa en haut de l’escalier monumental de la cité auscitaine (qui relie la rive gauche du fleuve à la haute ville), à même le sol,  une gigantesque plaque de fonte sur laquelle est gravé le récit biblique du Déluge (auquel échappa Noë, sa famille, et les animaux embarqués sur l’arche). Et sur l’autre rive, la rive droite, Plensa compléta l’évocation du douloureux évènement par une installation, dite « L’Abri impossible », représentant 4 colonnes de fonte comme les piles d’un  pont, serrées les unes sur les autres à un point tel qu’on ne peut s’y réfugier, comme on ne peut le faire en nul endroit quand l’eau s’empare de tout…

Le caractère monumental des œuvres de Jaume Plensa se prête admirablement bien à des installations dans l’espace public, créant un lien fort de loin comme de près avec ceux qui les regardent.

Plensa à Nice,  Antibes, Bordeaux

En France, outre Auch, trois autres villes ont accueilli des sculptures permanentes de l’artiste catalan :

-          Nice en 2007, sur la place Masséna, avec « Conversation », soit 7 personnages  translucides assis ou accroupis à la manière des scribes de l’Antiquité, disposés sur des perches métalliques d’une dizaine de mètres de hauteur. Faits en résine blanche opaque, ces sages s’illuminent la nuit et troquent  leurs couleurs alternativement et progressivement, et de manière aléatoire.

Ils symbolisent les 7 continents et les variations des lumières incarnent les échanges entre eux, source d’enrichissements respectifs. Postés ainsi, ces veilleurs sont de véritables sentinelles qui protègent les habitants, en même temps qu’ils invitent ceux-ci à lever les yeux vers le ciel.

-          Antibes, en 2010, où « Le Nomade » (Jaume Plensa en est un vrai en l’occurrence) domine de ses 8 mètres de haut  le port et la cité depuis le bastion Saint Jaume, fortification à la Vauban (curieuse coïncidence entre le prénom de l’artiste et le nom du lieu, sachant que Jaume en français veut dire Jean). En acier inoxydable, les courbes de l’œuvre évoquent un corps humain assis, une jambe repliée, le visage tourné vers la mer. Il est tout entier en transparence, constitué de mailles de lettres majuscules peintes en blanc (encore le langage !), qui forment un treillis léger et enveloppant. La pièce est posée sur une roche non taillée, comme une référence au fait que l’homme est né, selon les grecs anciens, de la pierre. Acquis  500.000 € par la municipalité, « Le Nomade » a deux jumeaux, l’un installé à Barcelone, l’autre aux Etats-Unis.

-          Bordeaux,  où à la suite d’une exposition en 2013 de 11 œuvres monumentales dans la ville, l’une d’entre elles, « Sanna » , s’est tellement plu  Place de la Comédie qu’elle y est restée, moyennant une souscription  lancée auprès de la population et surtout un mécénat substantiel apporté par un bordelais d’origine qui a tenu à rester anonyme. « Sanna », en fonte de fer de 7 mètres de haut,  fait partie de ces visages féminins chers à l’artiste, dont une version plus réduite est exposée à Céret. Elle est maintenant une bordelaise à part entière, adoptée comme telle par les habitants de cette belle cité du sud-ouest.

Plensa à l’international

Jaume PLensa expose ou laisse derrière lui des œuvres pérennes dans le monde entier.

Quatre  d’entre elles ont retenu mon attention par leur originalité et leur histoire.

« Dream »

La première, découverte dans cette vidéo vue au Musée de Céret et  que j’ai évoquée plus haut, porte le nom de "Dream" (Rêve). C’est encore un visage féminin, celui-là  en dolomite, espèce minérale  d’Espagne. Gigantesque (20 mètres de haut et un poids de  500 tonnes), il est depuis 2009 installé sur une hauteur de Saint- Helens, une commune  située dans le Merseyside , au nord-ouest de l’Angleterre, entre Liverpool et Manchester. Ce pays est celui des mineurs (il y en eut jusqu’à  1.400 qui extrayaient 1.500 tonnes de charbon par semaine) auxquels cette  sculpture rend hommage. Elle représente une jeune fille de 9 ans qui, comme la couleur blanche retenue et voulue comme telle par les ouvriers de la mine (en opposition au noir du charbon)  incarne l’avenir et la jeunesse d’une région qui a tourné définitivement dans les années soixante la page de l’industrie minière. En contrebas, 100.000 véhicules  empruntent quotidiennement l’autoroute qui s’y trouve, conférant à l’œuvre une présence et une visibilité colossales à la mesure de la sculpture.

« Crown Fountain »

A Chicago, c’est un travail d’une autre nature  que l’artiste espagnol a réalisé. « Crown Fountain » (du nom du principal mécène), au Millennium Park, a été inaugurée en 2004.Deux tours en briques de verre,  de 15 mètres de haut chacune, se regardent.  Des fontaines en miroir d’eau de granit noir  tombent du haut d’une face  de chaque  immeuble, alternativement avec la projection  de visages d’habitants de la ville (près de 1.000 clichés ont été sélectionnés à cet effet, et le choix fait a veillé à traduire  la diversité ethnique, de sexe  et d’âge des citoyens de Chicago). Chaque visage apparaît 5 minutes. Lui succède pendant 15 secondes la bouche grimaçante dudit visage, avant que ne coule durant 30 secondes un jet d’eau en cascade  qui donne l’impression de sortir de la bouche humaine, telle une gargouille. L’eau cesse  ensuite de jaillir, remplacée par le retour du visage, souriant cette fois,  pendant 15 secondes. Ce face-à-face entre les deux tours symbolise bien le principe du dualisme que Plensa intègre souvent dans ses œuvres. Ici, il veut symboliquement faire converser chaque visage montré sur une tour avec celui projeté sur la seconde tour  (le langage, toujours le langage).Cerise sur le gâteau, l’installation est aussi pour les enfants un terrain de jeu aquatique idéal (il n’y  a plus d’eau bien sûr l’hiver, ce qui change alors  les scénarios projetés et les rythmes de défilé des visages). Et la nuit, l’éclairage des tours est superbe.

« Where ? », « The Heart of Trees »

Une troisième œuvre diffusée à l’international m’a beaucoup séduit : il s’agit d’un autoportrait de l’artiste où il est assis sur un tertre funéraire avec entre ses bras son arbre de vie calé entre ses genoux La sculpture est en aluminium, parsemée, comme autant de tatouages, de lettres formant des mots précis d’auteurs qui comptent  pour l’artiste (le langage, encore, encore et toujours !). J’ai pu voir sur le net une œuvre reproduisant une seule fois cet autoportrait, « Where ? », exposée à Milan en 2008, et une autre, répétant 7 fois ledit autoportrait, intitulée « The Heart of Trees », présentée à la Biennale de Shanghai en 2012.  Magnifique !

« Together »

Enfin, dans la basilique de San Giorgio Maggiore, pendant la Biennale de Venise (mai-novembre 2015) est exposé « Together », une œuvre de l’artiste catalan fort remarquée. Il y a là posée au sol une tête géante d’une femme aux yeux clos (toujours chez Plensa) en résine d’inox, dessinant ainsi une forme quasi transparente (92 m3 de vide !).En accompagnement, suspendue sous la coupole, une main formée d’une multitude de caractères empruntés à huit alphabets (le langage, je vous dis !), qui semble donner la bénédiction. Il se dégage des images de ces deux œuvres, telles que j’ai pu les voir sur mon ordinateur, une forte sérénité, preuve que l’objectif de Plensa de « produire, de fabriquer du silence afin de laisser le visiteur seul avec lui-même » est atteint. L’artiste conclut dans cet esprit : « J’aime à penser que peuvent se retrouver dans ce temple tous les hommes en quête de spiritualité, quels  qu’ils soient. »

Dessins, costumes et décors

Mon billet a été consacré au Plensa sculpteur. Mais l’artiste est polyvalent : il a à son actif beaucoup de dessins, certains de dimension monumentale comme ses sculptures. Il confectionne aussi des costumes et des décors  de théâtre ou d’opéra, et a entrepris de nombreuses collaborations avec l’Opéra Garnier ou l’Opéra-Bastille.  Et je recommande de parcourir le site de celui-ci (il est en lien avec le nom de Jaume PLensa  dans mon 1er paragraphe), car il s’y trouve une belle variété de son travail (voir notamment la rubrique « Works and Projects » et les sous-rubriques « Sculptures », « Public Space »  et « Drawing » -dessin).

Chapeau l’artiste !

 

NB Les livreurs de chansons

Une belle initiative rapportée pendant toute cette  semaine par France 2, dans le 13 heures d’Elise Lucet, sous forme de feuilleton quotidien, dont j’ai vu celui  d’hier mardi   : une équipe d'amis sillonne la France pour livrer des chansons. Ils étaient lors du reportage à Valenciennes, dans ce Nord dont je suis issu et dont je connais le caractère chaleureux. C’est Mireille, comédienne de son état, qui prend les commandes sous un stand en centre-ville, à partir d’un catalogue très fourni. Un texte écrit par celui qui offre la chanson (pour un anniversaire de mariage, pour une fête, pour une déclaration d’amour…) accompagne le choix fait. Ensuite, un livreur se rend en mobylette ou en vélo chez le bénéficiaire de ce geste et lui chante de belle manière l’air choisi. Ainsi, voit-on Béatha, qui tient un bar-restaurant appelé drôlement « Le Camel de Léon », recevoir en cadeau « Imagine » de John Lennon, un hymne d’espoir pour une vie meilleure. Cette jolie femme polonaise arrivée en France il y a quarante ans, laisse couler ses larmes, le message rédigé à son attention ajoutant à son émotion : « A Béatha, une figure de Valenciennes, qu’on a plaisir à retrouver dans un lieu qui a une âme et où on se sent comme chez soi. »Et sa cuisine maison doit être excellente car les images filmées montrent un restaurant plein à craquer à l’heure du déjeuner. Il y a aussi René qui à l’occasion de ses vingt-huit ans de mariage avec Michèle («je l’aime comme au premier jour ») lui offre une chanson qui a bercé leur jeunesse, « Mexico » de Luis Mariano, chanté par le livreur dans la gare, avant que ce couple de seniors heureux  ne prenne le train pour aller fêter l’évènement en famille. Ah !, s’il y avait de tels livreurs un peu partout pour apporter des chansons et de la joie, plutôt que des mauvaises nouvelles !

Fait le 14 octobre

A Leny Escudero

Après Jacques Brel en 1978, Georges Brassens en 1981, Léo Ferré en 1993, Jean Ferrat en 2010, c’est au tour de Leny Escudéro de disparaître. Il allait bientôt avoir 83 ans.

Je suis triste, car le chanteur a fait partie, comme les quatre autres, de mon Panthéon de la chanson de texte (je pourrais aussi mentionner Félix Leclerc, Serge Reggiani, Barbara, Guy  Béart parti il y a peu, Juliette Gréco).

L’homme était  un tendre rebelle, qui se fit connaître par de belles chansons d’amour (musique et paroles étant presque toujours de sa seule composition) : « Ballade à Sylvie », « A Malypense », « Pour une amourette », « Parce que tu lui ressembles », « Tu te reconnaîtras », « Quand on cesse d’aimer »…

Depuis l’annonce de sa disparition hier, je n’ai cessé de lire sur le net les hommages qui lui étaient rendus  et de réécouter ses grands succès.

Il fut aussi un homme engagé, proche des sans-grades, révolté par les inégalités et les injutices, comme par la lâcheté et les mauvaises manières. et la seconde moitié de sa carrière sera davantage que la première consacrée à des chansons militantes.Il éditera d'ailleurs un CD regroupant des "Chants de la Liberté" qui sont autant d'hymnes à caractère révolutionnaire, contestataire et populaire, comme "L'affiche rouge", "Le déserteur", "Le chant de la LIbération", "La complainte du partisan"... 

Fuyant le franquisme avec ses parents, il vint se réfugier en France. Mal accepté en tant que pauvre et étranger, il n’eut de cesse, par rage de revanche, de vouloir apprendre et de se cultiver. Il raconte ainsi  dans un documentaire chaleureux, que j’ai découvert en cette circonstance, qu’il volait dans une librairie les livres qu’il ne pouvait acheter. Il lut ainsi très jeune « Mort à Crédit » de Louis-Ferdinand Céline, un récit noir qui met en scène une galerie de ratés et d’inadaptés. Leny  Escudero  trouva des similitudes entre sa révolte intérieure et le nihilisme de l’écrivain, fait de désespoir, d’humour, de  violence mais aussi de tendresse, avec un langage souvent argotique. Fort de cette communion avec l’écrivain, il tenta ensuite de subtiliser « Voyage au bout de la nuit ». Pris la main dans le sac, il dut s’expliquer sur sa conduite. Séduit par son discours,  le libraire lui pardonna ce vol et le précédent, et l’autorisa à emprunter, sous réserve de restitution, les livres qui mis en vitrine n’étaient plus en état d’être vendus.  Et en guise de punition, il obligea le chenapan à apprendre avec lui le jeu d’échecs ! Ce que Leny  Escudero accepta bien volontiers.

L'occasion m'avait été donnée en 1997 de le voir sur scène à Dijon, et le souvenir de cette soirée demeure inoubliable.

Puis je l'ai revu y a un peu moins de trois ans sur un Salon du Livre à Villeneuve- sur- Lot, où il présentait le premier  tome de sa biographie, « Ma vie n’a pas commencé » (Editions du Cherche Midi), dont j'ai offert un exemplaire dédicacé à mon frère aîné en le lui adressant en Indonésie, là où il vit - à noter que le second tome, « Le début…la suite…la fin… » vient de  paraître en auto-édition.

Il avait alors un peu plus de 80 ans (ci-dessus la photo qu’il m’a autorisé à prendre) et je fus submergé d’émotion de me trouver en face de cet homme qui a tant compté pour moi depuis les années soixante (j’avais treize-quatorze  ans). Malgré son âge, je l’avais trouvé serein, malicieux, et notre conversation est gravée à jamais dans ma mémoire. Et je l’écouterai jusqu’à ce que vienne mon tour…

J’ai rendu compte de cette rencontre et de l’histoire de Lény Escudero dans un long billet de mon blog en mai 2013.

Dans le documentaire  que j’ai évoqué plus haut, Leny Escudero disait combien la vie est trop courte, ajoutant qu’il faudrait trouver le temps, entre autres, de « gratter le cul des étoiles ». Brel chantait, lui, dans "La Quête" : "...Tenter, sans force  et sans armure, D'atteindre l'inaccessible étoile..."  

Salut Lény !

Fait le 10 octobre

Une actualité révoltante à divers titres

Ces dernières semaines nous ont donné maints exemples d’une  actualité qui m’accable et me désespère, car y triomphent les travers de l’être humain, des institutions, de la société.

A commencer par la mort récente d’un individu, en Haute-Garonne, dans une résidence dite de Séniors, dont le corps a été retrouvé en état de décomposition avancée. Dans un monde où l’heure est trop souvent à l’individualisme, à l’égoïsme, au repli sur soi, à l’inattention aux autres, c’est une fois de plus « grâce » aux odeurs que le décès d’un homme est remarqué. Et s’il n’y avait pas d’odeurs issues de la putréfaction, combien de temps en plus faudrait-il pour repérer une disparition ? Circonstance aggravante de la situation : le lieu où cet évènement malheureux s’est produit. Car qui dit résidence Séniors, dit normalement solidarité, échanges, écoute, proximité, partage de services… Je suis effrayé par cette extrême solitude qui affecte désormais de plus en plus de gens, à la ville comme à la campagne d’ailleurs.

Autre fait qui me révolte, et  qui, une fois de plus, démontre le laxisme et l’irresponsabilité de la justice : en Seine-Saint-Denis, à la suite d’un vol de bijoux dans un hangar , un jeune policier (36 ans) est  abattu par l’un des deux voyous  et se trouve  aujourd’hui entre la vie et la mort. L’auteur du crime ? Un jeune de 24 ans, condamné en 2013 à six ans de prison et qui avait  fait l’objet d’une permission de sortie provisoire en mai dernier, soit deux ans seulement après sa condamnation. L’homme et son complice étaient  connus depuis longtemps des services de police pour une vingtaine  d’affaires de droit commun (vols à main armée, violences, vols aggravés). Plus grave, le meurtrier était fiché pour son radicalisme islamique en prison !! Et la justice lui offre sur un plateau d’argent une perm’ !!! Ce n’est certes pas la première bévue judiciaire, car nombreux sont les prisonniers que la justice  libère avant le terme de leur peine pour bonne conduite et qui dès qu’ils sont sortis plongent à nouveau dans la délinquance. Sans compter tous ceux qui ne sont pas envoyés derrière les barreaux malgré la gravité des actes commis, bénéficiant en la circonstance  d’une justice clémente (trop ?), et du nombre de places notoirement  insuffisant dans les maisons d’arrêt…Au moins ce fait divers tragique a fait réfléchir notre Garde des Sceaux qui a décidé que désormais un prisonnier permissionnaire serait accompagné par une escorte policière !!! Mais qui protégera le policier qui sera désigné pour surveiller le voyou prêt à tout ???

Je suis par ailleurs ulcéré par la lâcheté de certaines formes de délinquance, notamment celles qui visent les personnes âgées, qui sont par nature particulièrement  vulnérables et  fragiles. Et les juges devraient se montrer impitoyables face aux auteurs, aux monstres devrais-je dire, qui  agressent  ces personnes sans défense. Comme ces jours derniers à Agen (chef-lieu du Lot-et-Garonne), où deux petites frappes ont voulu « dévaliser » successivement  deux vieilles dames (l’une nonagénaire) dans le quartier de la gare. Tout cela pour quelques dizaines d’euros !  Les vidéos ont permis d’identifier les ignobles individus. Espérons maintenant qu’ils seront vite retrouvés et lourdement sanctionnés par le tribunal…Je n’en suis pourtant pas si sûr…

Autre délinquance, celle-là situées davantage dans les « hautes sphères », mais qui n’en est pas moins impardonnable, et qui me scandalise  terriblement :

- la tricherie du constructeur automobile allemand Volkswagen, une honteuse et coupable manipulation sur le  niveau de pollution des moteurs de la marque par logiciel interposé

- les combines inadmissibles des patrons des Fédérations  internationale et européenne  de football, qui viennent d’être condamnés à trois  mois de suspension de leurs mandats de dirigeants par la Commission d’Ethique de la FIFA. Je n’aurais jamais pensé que Michel  Platini, joueur français de légende, que je prenais pour un honnête homme, puisse en « croquer », en se faisant  remettre en 2011 par son Président à l’international, le si  corrompu Sepp Blatter, une somme de 1 ,8 millions € pour de prétendus  travaux réalisés entre janvier 199 et juin 2002….

Cette soif d’argent, qui conduit à tant de déviances, a même touché un curé de l’Eure, jugé récemment pour avoir détourné à son profit 100.000 €, produit de la quête ces dernières années dans sa paroisse !

Et voilà que le Maire de Rome, en qui la population avait placé tant d’espoir, démissionne,  pris la main dans le sac : il utilisait la carte de crédit  de la Ville pour régler ses notes de frais personnels, principalement  de restaurant ! Il a remboursé 20.000 € à la municipalité. C’est dire l’importance du détournement !

Je suis choqué également par les traitements de faveur souvent accordés aux puissants et aux stars du showbiz. Tel Christophe Dechavanne, animateur de télé notoire, qui pris en flagrant délit d’excès de vitesse (218 km/h au lieu de 130 sur autoroute !) n’a écopé que de 4 mois de suspension de permis de conduire ! Un quelconque quidam  (il est vrai cependant que celui-là ne possèderait  pas une voiture de même gamme que l’homme de télé, et ne pourrait donc pas atteindre des vitesses aussi vertigineuses) se serait vu retirer sur le champ son permis de conduire…

Sur une autre échelle de consternation, que dire par ailleurs de cette frappe aérienne américaine qui, en Afghanistan, a touché « par erreur », à Kunduz, un hôpital de « Médecins sans Frontières », tuant 12 employés de l’ONG et 10 patients ! Effroyable guerre qui, une fois encore, agit aveuglément, en ne faisant aucune distinction entre  innocents et  belligérants. Et pourtant, ce n’est pas faute pour les responsables  de l’hôpital d’avoir fait connaître à toutes les autorités concernées les coordonnées géographiques de l’établissement au moment de son ouverture. Et de leur avoir signalé de surcroît à l’issue du premier bombardement  qu’il y avait maldonne quant à la cible visée, sans que pour autant il soit mis un terme à celui-ci ! Une confusion qui mérite la qualification de crime de guerre.

Et malgré la leçon que l’humanité devrait tirer une fois pour toutes des deux guerres mondiales qui ont si ensanglanté  la première moitié du XXème siècle, les conflits armés et le terrorisme sévissent un peu partout dans le monde (Syrie, Irak, Afghanistan, Palestine, Ukraine, Afrique noire…), procédant la plupart du temps d’intolérances religieuses et identitaires.

Dans un autre ordre d’idées, la « saillie » sur la race blanche de Nadine Morano, députée européenne, soutien de la première heure de Nicolas Sarkozy  (mais pas de la dernière), ancienne Ministre de celui-ci,  n’aurait pas dû  lui valoir un « assassinat »  politico-médiatique d’une telle ampleur. Elle n’a fait après tout que rapporter des propos qui auraient été tenus en son temps par le Général de Gaulle, et dont je restitue ici les termes exacts : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne. »

Il est consternant de constater combien la pensée unique, conformiste et moraliste,  nous contraint, en nous interdisant de penser autrement qu’elle. Je partage sans réserve le point de vue exprimé sur un plateau de télévision  par l’un de nos grands avocats, M° Dupont-Moretti (homme de gauche, qui qualifia un jour la justice d’ « institution de faux-culs, de petit monde de  l’entre-soi et de l’irresponsabilité ») : ce qui importe, et  qui doit être défendu bec  et ongles, c’est la liberté d’expression, une valeur fondamentale de notre République. Libre donc à chacun d’exprimer ce qu’il pense, dans le respect toutefois pour moi des personnes, quitte à subir les ripostes des autres, et éventuellement des poursuites judiciaires si la loi est enfreinte. Et si Nadine Morano est blâmable pour certains, à commencer par ses « amis » du Parti des Républicains, que dire alors de la dernière une de « Charlie Hebdo » , qui vient de titrer : « Morano, la fille trisomique cachée du Général De Gaulle », avec un dessin la représentant  en bébé colérique dans les bras du Général ? On n’a entendu personne s’en plaindre, ni la caste des médias, ni  la gente politique, encore moins les gaullistes de  toujours, à quelques exceptions près (dont Valérie Pécresse, candidate des Républicains aux régionales d’Ile de France, qui a qualifié cette « une » de « honteuse »), alors  que le « grand Charles » avait lui-même une fille, Anne, atteinte d’une anomalie chromosomique, qui lui vaudra de décéder à l’âge de 20 ans. Et seuls des parents d’enfants atteints de cette terrible maladie se sont sentis gravement offensés et ont considéré cette caricature blessante et putride.

La crise économique et les difficultés à sauvegarder les emplois, ou à en créer d’autres, sont source de réelle inquiétude dans les entreprises. Et je comprends  la colère des salariés menacés par le chômage. Pour autant, rien ne peut justifier le comportement violent des employés de la Compagnie Air France à  l’égard de leurs dirigeants (photo ci-dessus du Directeur des Ressources Humaines qui  franchit une clôture pour échapper à la meute « enragée »). Pourtant, je ne porte pas particulièrement ceux-ci dans mon coeur. J'ai eu à les côtoyer de près dans l'exercice de l'une de mes responsabilités professionnelles, tant au plan régional que national. Ils montraient beaucoup d'arrogance et faisaient les beaux. Il faut dire que c'était à la belle époque d'Air France. Il n'empêche que ce jusqu’auboutisme  est fort inquiétant pour notre démocratie. Là aussi, des sanctions lourdes s’imposent.

Il est vrai que les hommes politiques sont aujourd’hui déconsidérés. Ils n’apportent pas les réponses attendues par les français sur les peurs qui sont les leurs : le chômage justement, l’immigration (la crise migratoire aggravant  les choses), l’insécurité. Et ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes sur les conséquences de leur inertie : discrédit de la parole publique et  montée préoccupante du Front national. A eux d’agir en connaissance de cause plutôt que de passer leur temps à vilipender l’extrême droite qui n’existe et ne progresse d’ailleurs  qu’en raison de leurs propres carences.

Je voudrais pouvoir faire confiance aux jeunes générations afin qu’elles  construisent  un monde meilleur. La tâche est immense et presque insurmontable.

Leur plongée radicale dans le virtuel de l’internet, qui leur fait miroiter une société où l’argent et la gloire sont roi,  ne risque t’elle pas de les rende insensibles aux misères humaines et aux combats à mener pour l’éradiquer ?

En parlant de sa fille qui est en classe de seconde, mon coiffeur  me disait hier que les jeunes d’aujourd’hui veulent être tout de suite « en haut de l’affiche », sans passer donc par les cases intermédiaires qui sont pourtant indispensables pour se construire une existence réussie. Ce schéma qui a été le nôtre est  sans doute éculé, mais que de déconvenues et d’illusions perdues à venir pour celles et ceux qui pensent que sans effort, sans expérience, on peut atteindre sans coup férir et en toute facilité les sommets !

Et  il y a aussi d’autres catégories de jeunes, j’en connais,  qui se «complaisent »  dans le chômage, en menant une vie de rien, se satisfaisant des allocations de Pôle Emploi et d’autres aides sociales  pour subvenir à leurs besoins élémentaires. Je me dis parfois que le système de l’assistanat, dans lequel notre pays excelle et qui coûte très cher, encourage peut-être un peu trop ces comportements de  paresse et de laisser-aller, qui sont surtout inexcusables chez ceux qui ont l’âge et la santé pour travailler, ou en tout cas pour chercher assidûment un emploi, ou à tout le moins une formation qui les qualifierait avantageusement, et qui leur ouvrirait les portes de la vie professionnelle .

Mais je demeure résolument optimiste car entre ces extrêmes, je suis sûr qu’il y a une jeunesse active et responsable qui ne restera pas indifférente aux sombres perspectives  qui guettent notre planète et ceux qui y vivent, et dont j’ai témoigné dans ce billet au travers d’exemples   qui  mettent en évidence quelques « dérapages »  humains, parmi  tant d’autres,  éminemment condamnables.

 Je rêve peut-être car tous les siècles écoulés ont eu à connaître de tels errements, et le sceptique dira qu’il n’ y  a aucune raison que cela s’arrête.

L’écrivain français Paul Valéry (1870-1945) écrivait : « La meilleure façon de réaliser ses rêves, c’est de se réveiller. »

Fait le 9 octobre

 

 

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Pascale Cabon | Réponse 20.10.2015 09.34

Merci de m'avoir fait découvrir cet artiste Jaume Plensa; j'aime ce qu'il fait!

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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