Points de vues du Gers Carnets

Hommage aux victimes du 13 novembre

Intense émotion en regardant ce vendredi matin  sur mon écran TV la cérémonie solennelle d’hommage aux victimes des attentats du 13 novembre qui s’est déroulée dans la Cour d’Honneur des Invalides.Absolue tristesse, profond recueillement, immense gravité.

Après l’énumération des noms et des âges (la plus jeune avait 17 ans) des 130 personnes décédées (un instant de "pure piété", selon le philosophe Alain Finkielkraut), discours bref, sobre, mais fort, du Président de la République.

Auparavant, deux chansons de circonstance.

« Quand on n’a que l’amour » de Jacques Brel, chantée par un trio de jeunes chanteuses, Camelia Jordana, Yael Naim et Nolwenn Leroy, en même temps que défilaient les photos des disparus.

« Perlimpinpin » de Barbara interprétée par Nathalie Dessay, accompagnée au piano par Alexandre Tharaud.

J’en reproduis ci-après les paroles.Elles me semblent bien adaptées à ce moment où il nous faut trouver ensemble suffisamment de force, d'amour ("donner avec ivresse", chante Barbara), de fraternité, d'espoir, pour surmonter cette terrible épreuve.

« Quand on n'a que l'amour 
A s'offrir en partage 
Au jour du grand voyage 
Qu'est notre grand amour 

Quand on n'a que l'amour 
Mon amour toi et moi 
Pour qu'éclatent de joie 
Chaque heure et chaque jour 

Quand on n'a que l'amour 
Pour vivre nos promesses 
Sans nulle autre richesse 
Que d'y croire toujours 

Quand on n'a que l'amour 
Pour meubler de merveilles 
Et couvrir de soleil 
La laideur des faubourgs 

Quand on n'a que l'amour 
Pour unique raison 
Pour unique chanson 
Et unique secours 

 Quand on a que l'amour 

Pour habiller matin

Pauvres et malandrins 

De manteaux de velours 

Quand on n'a que l'amour 

A offrir en prière 

Pour les maux de la terre 
En simple troubadour 

Quand on n'a que l'amour 
A offrir à ceux là 
Dont l'unique combat 
Est de chercher le jour 

Quand on n'a que l'amour 
Pour tracer un chemin 
Et forcer le destin 
A chaque carrefour 

Quand on n'a que l'amour 
Pour parler aux canons 
Et rien qu'une chanson 
Pour convaincre un tambour 

Alors sans avoir rien 
Que la force d'aimer 
Nous aurons dans nos mains 
Amis, le monde entier. »

 

« Pour qui, comment, quand et pourquoi ? 
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ? 
C'en est assez de vos violences. 
D'où venez-vous ? 
Où allez-vous ? 
Qui êtes-vous ? 
Qui priez-vous ? 
Je vous prie de faire silence. 

Pour qui, comment, quand et pourquoi ? 
S'il faut absolument qu'on soit 
Contre quelqu'un ou quelque chose, 
Je suis pour le soleil couchant 
En haut des collines désertes. 
Je suis pour les forêts profondes, 
Car un enfant qui pleure, 
Qu'il soit de n'importe où, 
Est un enfant qui pleure, 
Car un enfant qui meurt 
Au bout de vos fusils 
Est un enfant qui meurt. 
Que c'est abominable d'avoir à choisir 
Entre deux innocences ! 
Que c'est abominable d'avoir pour ennemis 
Les rires de l'enfance ! 

Pour qui, comment, quand et combien ? 
Contre qui ? Comment et combien ? 
À en perdre le goût de vivre, 
Le goût de l'eau, le goût du pain 
Et celui du Perlimpinpin 
Dans le square des Batignolles ! 
Mais pour rien, mais pour presque rien, 
Pour être avec vous et c'est bien ! 
Et pour une rose entr'ouverte, 
Et pour une respiration, 
Et pour un souffle d'abandon, 
Et pour un jardin qui frissonne ! 
Rien avoir, mais passionnément, 
Ne rien se dire éperdument, 
Mais tout donner avec ivresse

 

Et riche de dépossession, 
N'avoir que sa vérité, 
Posséder toutes les richesses, 
Ne pas parler de poésie,  

En écrasant les fleurs sauvages 
Et faire jouer la transparence 
Au fond d'une cour aux murs gris 
Où l'aube n'a jamais sa chance. 

Contre qui, comment, contre quoi ? 
Pour qui, comment, quand et pourquoi ? 
Pour retrouver le goût de vivre, 
Le goût de l'eau, le goût du pain 
Et celui du Perlimpinpin 
Dans le square des Batignolles. 
Contre personne et contre rien, 
Contre personne et contre rien, 
Mais pour toutes les fleurs ouvertes, 
Mais pour une respiration, 
Mais pour un souffle d'abandon 
Et pour ce jardin qui frissonne ! 
Et vivre passionnément, 
Et ne se battre seulement 
Qu'avec les feux de la tendresse 
Et, riche de dépossession, 
N'avoir que sa vérité, 
Posséder toutes les richesses, 
Ne plus parler de poésie, 
Mais laisser vivre les fleurs sauvages 
Et faire jouer la transparence 
Au fond d'une cour aux murs gris 
Où l'aube aurait enfin sa chance, 
Vivre, 
Vivre 
Avec tendresse, 
Vivre 
Et donner 
Avec ivresse ! »

Fait le 27 novembre

 

Luz Serrano-Val, peintre de l'exil

Dans le Gers, certains musées, les galeries d’art, une Artothèque  (à Gondrin), et d’autres lieux d’exposition (par exemple l'Abbaye de Flaran à Valence-sur-Baïse ou l’ancienne église Saint-Michel à Condom) ouvrent leurs portes à des artistes dignes d’intérêt, sans compter un Festival, les Chemins d'Art en Armagnac, qui en plusieurs lieux patrimoniaux nous propose chaque année une rencontre avec des créateurs contemporains.

Un certain nombre de ces artistes vit ici, et nous en comptons d’ailleurs dans notre cercle de relations.

En mars 2013, j’avais consacré un billet à l’un d’entre eux sous le titre « Alain Schrotter, un peintre de nos amis ».

Depuis longtemps, je voulais aussi écrire un texte sur une femme peintre, Luz  Serrano-Valentini, (Serrano-Val de son nom d’artiste) qui vit près de Condom, et qui fait partie de notre environnement amical.

Le message de Luz

Son œuvre m’interpelle et me séduit (voir ci-dessus un tableau d’elle que nous possédons). On devine aussitôt que l’artiste transmet par ses toiles un message fort, qui lui vient du plus profond d’elle-même et de son histoire. 

Elle peint la plupart du temps des personnages, des silhouettes devrait-on dire, seuls, ou en groupe serré, ou en couple, avec ou sans enfant. Ils cheminent et ont tous une allure « fantomatique », accusée par des visages non dessinés, et ils nous donnent ainsi  l’impression de ne plus savoir où ils sont, d’être perdus. Dans certains tableaux, une tête quelque peu surdimensionnée domine la scène. C’est sans doute un guetteur, une vigie, un témoin, qui aide peut-être les ces pèlerins à trouver leur route. On est manifestement dans le thème de l’exil, du départ, de la fuite, rendu encore plus obsédant par le flou, le vaporeux, des cieux et des sols, qui constituent le seul environnement des exilés car il n’y a pas de paysages. On aperçoit fort heureusement des points de lumière, de la douceur dans les tableaux, preuve qu’il y a de l’espoir et que la vie n’est pas tout à fait compromise, même si elle est mise entre parenthèse. Luz fait en l’occurrence un travail de mémoire, d’histoire, où se croisent des destins individuels, familiaux, collectifs.

Il y a donc chez ces gens errants une perte évidente d’identité, celle de la terre natale, qu’il faut quitter sans crier gare pour échapper aux méchants. D’ou ces « frêles apparitions » venues de nulle part, ces visages effacés, ces horizons en clair-obscur, informes, qui participent de la fragilité du moment et des personnages.

Luz écrit : « …parce que la force des sentiments que je veux illustrer n’accepte aucune forme de regard, parce que sur un visage il y a toutes sortes d’expressions. Et la passion d’un regard est souvent démentie par le pli d’une bouche. L’être est si multiple que je ne peux le décrire dans son entier. Ce que je dis est issu d’une émotion précise, celle d’une vie concentrée dans un éclair. Je ne peux la démentir avec l’arête d’un nez ou la commissure des lèvres. Ce serait alors un « portrait » avec tout ce qu’il a d’invraisemblable. »

Elle dit encore : "Puis revient l’évidence des émotions intérieures. J’efface. Je gomme. Mes personnages sont intemporels. Comme leurs vêtements. Leur mémoire est millénaire. Elle se mêle à la mienne, mais la révélation est lente". 

L’exil

L’exil raconté par Luz, c’est le sien et celui de ses parents. Son père, espagnol de l’Aragon, de Caspe précisément (à une centaine de kms de Saragosse), homme de gauche, s’est engagé très jeune dans l’action politique et syndicale au moment où la guerre civile sévissait. Luz dit au sujet de son père qu’il n’a jamais participé à des opérations militaires, préférant mener le combat au niveau des idées, car, comme elle, il détestait l’embrigadement et le militantisme, la violence et les armes. Elle s’enorgueillit aussi d’avoir hérité de son père l’esprit d’indépendance, le respect des autres, l’amour de la liberté, et aussi cette fierté et cette fougue propre aux aragonais.

Le père de Luz fut néanmoins arrêté et emprisonné. On l’aida à s’évader, mais il n’eut plus alors comme seule issue que  de quitter sa région, c’était au début de l’année 1939, avec femme et petite fille (Luz) pour gagner Barcelone, ville encore aux mains de républicains. Pas pour longtemps, hélas !, et il fallut cette fois fuir vers la France, en abandonnant la voiture à Camprodon, près de la frontière, pour traverser la montagne à pied et dans la neige.

Arrivés à Argelès-sur-Mer, Luz et ses parents eurent à subir alors des conditions de vie déplorables dans un camp d’accueil des réfugiés espagnols, en même temps que la méfiance et la peur des populations locales face à l’arrivée massive de ces migrants, ce qui n’est pas sans faire écho avec l’ actualité de ces mois derniers

Pour dire haut et fort combien ces réfugiés n’étaient pas des traîne-savates, Luz les peindra parfois symboliquement en infantes d’Espagne (les enfants des familles royales), manière de redonner à ces  exilés un rang social, de la noblesse, et de tirer vers le haut une population regardée avec tant de suspicion par nos compatriotes de l’époque.

Je me souviens d’un vernissage il y a quelques années à Perpignan d’une exposition sur la « Retirada » (c’est ainsi qu’on appelle l’exode des espagnols). Le Maire Adjoint de la Ville, chargé de la Culture, fit part dans son allocution, avec une sincérité poignante qui l’honorait, de sa propre honte rétrospective concernant la piteuse hospitalité que nous autorités françaises avions réservée aux réfugiés républicains dans les camps de fortune d’Argelès et d’ailleurs.

Luz a pu surmonter les épreuves grâce à l’amour rayonnant que lui portaient sa mère et son père, des gens ayant tout perdu mais riches de leur curiosité et de leur culture. Luz en espagnol signifie lumière, et elle était justement la petite lumière de ses parents, leur bouée, leur espoir. Ce qui  fait dire à Luz que c’est la raison pour laquelle il n’y a pas de pathos dans sa peinture. « Le fond est sombre, dit-elle, mais il y a de la lumière », celle du bonheur et de la bonté qu’ils lui prodiguaient.

Ses parents lui parlèrent souvent de cette  sombre période.

Ainsi, ce moment fort qu’a été l’arrivée surprise dans le camp du frère de sa maman. Dernier maire républicain à Caspe, il avait été envoyé en France pour recueillir des fonds afin de mieux résister aux assauts franquistes. Mais ne pouvant plus  rentrer en Espagne, il s’était basé à Toulouse et de là partit à la recherche de sa sœur et de sa famille. On imagine fort bien l’immense émotion qui s’empara des uns et des autres à l’instant des retrouvailles !

Luz a peint dans un tableau un jeune garçon assis un peu à l’écart, pas loin cependant de deux femmes qui semblent se demander ce qu’elles vont faire de cet enfant. C’est sa mère qui lui avait raconté l’histoire de ce garçon qui avait une douzaine d’années. Il se trouve que dans le camp on avait séparé les hommes et les femmes en leur assignant des destinations différentes selon notamment les offres de placement présentées par les villes. Ce garçon, qui était seul (peut-être avait-il perdu sa maman), refusait de suivre les réfugiés hommes et entendait rester avec les femmes. Luz s’est souvenu de ce récit et sa peinture en rend compte. Ce n’est d’ailleurs pas la seule œuvre où l’artiste inclut des réminiscences de son passé.

Son père ne cessera tout au long de sa vie de témoigner, et de témoigner encore. Luz l’encouragera d’ailleurs à consigner son histoire dans un livre, ce qu’il fera (écrit en espagnol, Luz a bien voulu me traduire son titre, qui est plein d’humilité : « Mémoires d’un homme ordinaire ». Ainsi « imprégnée », Luz comprend peu à peu combien ces évènements l’ont formée, lui faisant acquérir un haut niveau de prise de conscience de ses origines et de son parcours. Au point qu’un jour, elle avait 5/6 ans, elle répondit à l’instituteur qui interrogeait la classe sur la notion de frontière que pour elle une frontière c’est une montagne avec de grands ravins dans lesquels les gens jetaient des valises et des voitures. L’exil, c’était cela en effet : se débarrasser de tout pour être mieux à même de passer de « l’autre côté » et de « réussir » sa fuite. Restait pour Luz à savoir comment rapporter un jour ou l’autre le vécu enfoui en elle.

Luz, sa peinture, sa vie, interactions

Depuis son plus jeune âge, Luz a dessiné. Elle voulait d’ailleurs être peintre ou écrivain. Et pendant longtemps  c’est l’écriture qui l’a emporté. La peinture prend néanmoins le dessus lorsque Luz a 17/18 ans. Ses parents l’inscrivent alors dans une école de dessin et son parrain lui offre sa première boîte de peintures. Elle peint à l’huile sur papier (la toile est trop chère) des visages et des portraits qui proviennent de ses rêves, de son monde imaginaire.

Mariée à vingt ans, Luz n’en continue pas moins à peindre même si elle est accaparée par sa vie de fille (elle suit toujours de près ses parents), d’épouse et de mère de deux enfants, posant ses bagages dans différents pays du monde en raison des activités de son mari. Elle est belle, profondément heureuse,  jusqu’à la mort tragique et soudaine en 1966 de son époux, tué lors d’un coup d’Etat dans un pays d’Afrique. Elle a alors une trentaine d’années et sa vie s’écroule. A la suite de ce grave  traumatisme, Luz ne peindra plus pendant quinze ans.

Elle rencontre huit ans après le drame André, l’homme qui est toujours à ses côtés, et qui va lui permettre de revivre, la « guérissant » peu à peu de son passé douloureux  en l’entourant d’amour et de sollicitude, et lui libérant l’esprit par la découverte de nouveaux horizons. Car André va de poste en poste,  au gré de sa carrière de haut fonctionnaire, ici aux Nouvelles Hébrides, là en Nouvelle-Calédonie, quelques années à Condom (1974-1979), avant de repartir ailleurs.

Luz reprend son pinceau , s’étant d’ailleurs rendu compte qu’elle n’avait jamais cessé de peindre dans sa tête, au point de constater que sa peinture durant toutes ces années d’abstinence  avait eu néanmoins  le temps, cérébralement, de mûrir et de s’améliorer techniquement. Ses thèmes, empreints de gravité, sont peuplés de personnages, dont Luz elle-même ne sait pas qui ils sont.

La vie publique d’André, avec la réserve qui en découle, oblige Luz à une certaine discrétion. En tant que peintre, elle ne peut donc pas donner sa juste mesure, réprimant son envie d’art pour se consacrer davantage à l’exercice de fonctions protocolaires ou d’activités associatives. Elle s’investit notamment dans des actions de restauration du beau village gersois de Fourcès, et crée à cet effet en 1975 l’association au nom gascon chantant d’ «Arrebiscoula » (ce qui veut dire « Regain de vie »).Même si la renaissance de Fourcès a beaucoup avancé, l’association n’en poursuit pas moins aujourd’hui  les missions que Luz et quelques autres s’étaient assignées il y a maintenant quarante ans. .

Une peinture de mémoire

Une très chère amie de Luz, Françoise Hoddé, trop tôt emportée par la maladie (Luz lui dédiera un émouvant tableau, « Mon amie s’en va »), professeur d’arts plastiques au lycée Bossuet de Condom, passionnée d’art contemporain, une grande figure de la vie culturelle locale qui écrira de belles choses sur la peinture de Luz, sera la seule à comprendre que le moment était venu pour Luz de raconter sur la toile  son histoire personnelle.

Ne manquait plus alors que l’évènement déclencheur. Il se produira en 2000 avec la tenue à Caspe, la patrie du père de Luz,  d’un colloque consacré à la Retirada, avec à l’appui des témoignages d’enfants d’exilés. Luz n’hésite pas : elle s’y rend,  rencontre là-bas des historiens et des universitaires (l’un d’entre eux viendra même plus tard voir Luz chez elle dans le Gers), lit des extraits du livre de son père, répond depuis l’estrade à des questions du public, des questions parfois difficiles car des gens restés là aux pires heures du franquisme soulignent au micro leur vie sacrificielle, pour l’opposer à celles des exilés qui ont pu profiter, malgré leur malheur, de la liberté, de l’école et d’un certain confort de vie. En tout état de cause, Luz suscitera autour d’elle pendant ces journées le plus grand intérêt.

De retour à Condom, elle se jette alors à corps perdu dans la peinture de son destin, peinture qui lui colle désormais à la peau. Elle y voit aussi un moyen d’entretenir le souvenir de ses parents, qu’elle chérissait tant, et de faire œuvre de transmission auprès de ses enfants et petits-enfants. Son inspiration est de tous instants, de jour comme de nuit, et elle pourrait  sans nul doute se tenir dans son atelier devant son chevalet 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, si elle n’avait pas à vaquer à d’autres occupations.

Depuis peu, Luz se demande si elle n’a pas fait le tour pictural de son passé, et s’il n’est pas temps de mettre un point final à celui-ci, de passer à autre chose, et cesser ainsi de se faire mal. D’ailleurs, elle compose sur d’autres thèmes (« par pure fantaisie », dit-elle), avec d’autres applications, tels des pastels représentant des visages saisissants (j’apprécie beaucoup ce traité), ceux-là très dessinés, (une série, appelée « La Rumeur », montre des personnages qui ne se regardent pas, qui ne se rencontrent pas), tels encore des encres, de la pyrogravure sur bambou, ou un bestiaire.

Mais Luz est continuellement rattrapée par son histoire.

Elle travaille actuellement avec le Centre Toulousain de Documentation sur l’Exil Espagnol en vue d’une prochaine exposition.

Et puis cet été elle reçoit un appel téléphonique du petit-fils de sa tante Sébastiana, la soeur aînée de son père. Son mari franquiste fut exécuté sommairement par les républicains là même où vivait le papa de Luz qui n’avait d’ailleurs jamais parlé de l’évènement à sa fille, et qui pour autant était totalement étranger à cette mise à mort (les périodes troubles ont toujours été propices à des règlements de compte sans rapport avec les circonstances en cours).   

Le petit-fils en question fut bouleversé par la lecture du livre du père de Luz au point de refaire avec son épouse et leurs deux enfants chinois adoptés son itinéraire de vie, de marcher sur ses pas, et d’aller s’incliner sur sa tombe. Il avait besoin d’en savoir plus sur cette histoire de famille occultée. Luz l’invita alors chez elle avec une dizaine de cousins de là-bas, et la rencontre, on l’imagine, a dû être un grand moment de réappropriation collective d’une mémoire familiale reconstituée. Luz a déjà à l’esprit le tableau qu’elle peindra pour dire son émotion à ce sujet. Il s’appellera « Sébastiana ».

Je sais gré à Luz de s’être confiée à moi en vue de ce billet. Cela me permet de mieux appréhender sa peinture et désormais, chaque fois que l’occasion me sera donnée de voir des œuvres signées par elle, je serai mieux en mesure d’en apprécier le pourquoi et le comment. Cette approche me paraît d’ailleurs indispensable pour tout artiste car ce qu’il est, et l’histoire qu’il traverse, la grande et la sienne, sont des clés nécessaires pour la compréhension de ce qu’il exprime.

Hommage

En conclusion, cet hommage à Luz et à sa peinture écrit par l'un de ses amis :

« Ouvrir le cœur et l’âme à la traversée du vide. Elle a franchi le seuil sans refermer la porte et se laisse envahir par sa présence. Elle se tient noble et droite et sait qu’elle n’est qu’une interprète, qu’elle est là pour transmettre. Des bribes de nuages se glissent par des brèches-brisures grâce à l’effritement du monde de la nuit.

Porteuse de l’amoncellement des jours évanouis, de cicatrices et de blessures, elle s’offre pour accueillir ces formes, suggérer les contours d’une silhouette ou d’un visage et leur donner une miette de vie par cette intrusion dans un monde aveuglé de certitudes. Elle laisse venir à elle ces frêles apparitions dont le perceptible tremblement est source possible de récits, d’évocations, de rêves qui sont autant de témoins ou de guides.

Elle sait accompagner cette intuition du vide par la silencieuse et intérieure musique d’un frémissement sidéral qui introduit le doute sur l’absence. Il ne s’agit pas de la vaincre, mais seulement de mettre à l’abri de la mort ces frôlements fugaces et mystérieux. »

« Le néant parti, reste seul le château de la pureté » (Stéphane Mallarmé – 1842-1898).

Fait le 25 novembre

La tragédie du 13 novembre

Je n’ai rien écrit jusqu’à maintenant sur mon blog à propos des lâches (dans le mot kalachnikov, il y a d’ailleurs les quatre lettres « lach »…) et barbares attentats parisiens du vendredi 13 novembre dernier.

D’autres s’en sont chargés, et j’ai partagé l’émotion et la gravité de leurs propos, de leurs  écrits et des images qui ont circulé.

J’ai beaucoup pleuré, et ai personnellement préféré le silence et le recueillement en hommage aux 130 victimes et aux centaines de blessés, dont certains sont encore entre la vie et la mort.

Mes pensées, mes larmes, sont allées aussi aux familles, aux amis, aux proches de celles et ceux qui ont été fauchés par les balles des fous d’Allah en cette soirée funeste, la plupart des jeunes, de toutes origines, de toutes classes sociales, de toutes religions.

Je me contenterai de citer ci-après un appel attribué à l’Abbé Pierre (1912-2007) à ne renoncer à rien de ce qui fait la grandeur de l’homme éclairé et de ses valeurs face aux circonstances les plus contraires. Je l’ai trouvé affiché à Auch parmi d’autres mots de compassion et de résistance.

Je ne suis pas croyant mais ce curé fut le héraut toute sa vie d’un message universel d’espoir inébranlable en une humanité aimante et généreuse, et je lui porte une admiration et une reconnaissance à nulles autres pareilles.Il me manque aujourd'hui.

Puisse ce texte nous aider à tenir bon demain, même si rien ne sera plus comme avant.Etant entendu qu'il appartient aux autorités publiques d'agir vite et fort, dans un esprit de concorde nationale, pour assurer notre sécurité et préserver nos libertés fondamentales.Il y va de notre bonheur de vivre ensemble, c'est à dire démocratiquement, fraternellement, dans le partage et le respect mutuel.   

«Je continuerai à croire, même si tout le monde perd espoir.
Je continuerai à aimer, même si les autres distillent la haine.
Je continuerai à construire, même si les autres détruisent.
Je continuerai à parler de paix, même au milieu d’une guerre.
Je continuerai à illuminer, même au milieu de l’obscurité.
Je continuerai à semer, même si les autres piétinent la récolte.
Et je continuerai à crier, même si les autres se taisent.
Et je dessinerai des sourires sur des visages en larmes.
Et j’apporterai le soulagement, quand on verra la douleur.
Et j’offrirai des motifs de joie là où il n’y a que tristesse.
J’inviterai à marcher celui qui a décidé de s’arrêter…
Et je tendrai les bras à ceux qui se sentent épuisés.»

Fait le 20 novembre

A côté de chez nous, un beau et enthousiasmant projet

La ferme du Hitton de Manu et Cécile

Dans un long billet de juin 2014 (« Hi-han à Hitton »), j’avais raconté la belle aventure de Cécile et Manu, qui il y a quatre ans ont acquis 45 ha de prairies et de bois, sur un lieu enchanteur (de là les paysages sont époustouflants) tout près de chez nous, la ferme du Hitton, et y ont développé une activité d’élevage d’ânesses et de culture de la lavande.

Ce jeune et charmant couple (la quarantaine), qui a passé plusieurs années à sillonner le monde en globe-trotters, est venu poser ensuite ici ses bagages, avec, dès le départ, une vision claire de leurs intentions, nées au départ de leurs rêves et d’un coup de foudre : créer une ferme écologique fondée sur une harmonie étroite avec la nature et les animaux, et sur le respect qui leur est dû.

Manu et Cécile ne sont pas cependant des « babacools », et ils ont conduit ce projet en véritable chef d’entreprise, avec une énergie, une volonté, un courage, qui leur ont valu mon admiration et ma sympathie. J’ai d’ailleurs été un témoin attentif de par ma proximité (nous sommes à 3 minutes de chez eux) de la progression régulière et spectaculaire de leur parcours d’agriculteur et d’éleveur. J’ai vite compris qu’ils étaient habités par une passion extraordinaire, passion accompagnée chez eux d’une rare intelligence stratégique et prospective, d’un professionnalisme rigoureux, et d’une recherche exigeante de qualité. Ils ont également un sens affirmé de la communication comme en témoignent leur site internet et leur page Facebook . Ils ont rapidement « domestiqué » le site, plantations à l’appui, et ont édifié en peu de temps un hangar nécessaire à l’exploitation,  couvert de panneaux photovoltaïques, et équipé d’un système de récupération des eaux de pluie en vue de constituer une réserve de 40.000 litres. Ils vont par ailleurs pouvoir enfin demeurer sur place avec leurs deux jeunes enfants, ayant restauré avec soin, là aussi dans un esprit écologique, une ancienne grange qui va donc devenir leur habitation. Manu, qui a conservé un mi-temps d’enseignant (avec toutefois le secret espoir à terme de se consacrer pleinement à la ferme), a mené ce chantier de main de maître. Sur une avancée de la maison, a été construit un laboratoire,  depuis peu en service, où Cécile met au point les produits issus de la ferme.

Les ânesses

Côté animaux, il y a dans les prés 20 ânesses et sept ânons, des bêtes de type gascon, petites et trapues,  issues de la belle race des ânes des Pyrénées, Cécile considérant que le parc sera optimal lorsqu’il atteindra 30 ânesses. Le dernier né de la bande : Forrest, du nom d’une ville canadienne (chaque animal porte le nom d’un coin de la planète), mais aussi en référence à « Forrest Gump », ce personnage d’un film américain de 1994, interprété par Tom Hanks, qui simple d’esprit va néanmoins réaliser des choses exceptionnelles et devenir l’instigateur d’évènements importants pour son pays. L’ânon avait lui aussi peu de chances de s’en sortir à sa naissance. Il survivra cependant grâce à Cécile, sa garde-malade, qui passera trois jours et trois nuits d’affilée à ses côtés pour le sauver. Une abnégation tout à son honneur qui donne l’exacte mesure de l’amour qu’elle porte à ses animaux.

Le lait, les savons

Les femelles produisent un lait très bénéfique au plan nutritionnel (il a des vertus revitalisantes et thérapeutiques)  et dermatologique. Après congélation et lyophilisation, les deux tiers de la traite, qui a lieu de juillet à décembre sont vendus à des laboratoires cosmétiques  (chaque ânesse donne, entre 2 à 6/7 mois, 2 litres de lait par jour). Le dernier tiers est conservé sur place, et Cécile, diplômée savonnière professionnelle (s’il vous plaît !) le transforme pour produire douze variétés de savons parfumés aux huiles essentielles issues de l’agriculture biologique, ou pas parfumés pour les peaux les plus sensibles. Il y a même maintenant un savon pour la toilette des toutous. Plus tard, seront aussi fabriqués « made in Hitton » du lait corporel et de la crème de jour. En perspective : des ateliers de savonnerie dans le laboratoire de la ferme pour apprendre à fabriquer le savon à lait d’ânesse (ce lait intervient pour 30 %  dans la confection du produit, un taux exceptionnel peu souvent trouvé dans les fabrications concurrentes, mais qui est indispensable si on veut retrouver dans le savon toutes les propriétés bienfaitrices de celui-ci).

Les visites à la ferme

Animés par le sens du partage, Cécile et Manu proposent des visites de découverte pédagogique des animaux (la ferme reçoit en moyenne 2.000 curieux par an, un nombre en augmentation régulière). L’âne est un quadrupède adorable qui aime la compagnie des hommes. Les visiteurs peuvent ainsi caresser les ânesses (c’est si doux au toucher), participer à leur brossage, assister à la traite, goûter leur lait. Les enfants des écoles sont ravis, comme les grandes personnes. Parmi elles, les gens âgés, ou handicapés (ont été accueillis aussi les pensionnaires d’un hôpital psychiatrique) ont vécu ici un moment de fort apaisement au contact de ces animaux paisibles.

La culture de la lavande

Autre  investissement de nos fermiers : la culture sur 3 ha de 35.000 plants de lavande, une culture peu développée jusqu’alors dans le Gers, et qui exige beaucoup de travail à tous les stades de sa production. Elle requiert notamment un désherbage manuel régulier (même si 15 moutons y contribuent significativement), et un préfanage qui n’est pas de tout repos puisqu’il faut retourner la récolte en train de sécher sous le hangar toutes les 2-3 heures.

Comme pour le lait des ânesses, la lavande est vendue aux laboratoires en vue de leur transformation après distillation en huile essentielle (pour faire un litre d’huile essentielle, il faut environ 100 kilos de fleurs séchées). Une huile qui, outre ses qualités aromatiques, est très appréciée pour ses vertus calmantes, anxiolytiques, sédatives, antalgiques, anti-inflammatoires,  anti-infectieuses, que sais-je encore. 

Tout est bon dans la distillation. Ainsi, l’eau florale, qui en est le résidu, possède également des propriétés voisines de celles de l’huile essentielle, et peut s’avérer plus adaptée aux enfants, aux convalescents, aux personnes âgées, ou à celles présentant des troubles cutanés (eczéma, psoriasis..) ou des irritations du cuir chevelu.

Vers une distillation de la lavande à la ferme

Mais pourquoi, se disent Cécile et Manu, ne pas assurer nous-mêmes cette distillation de la lavande, et éventuellement d’autres plantes médicinales et aromatiques que nous envisagerions de cultiver aussi, en se passant d’intermédiaires ? Cette envie d’autonomie est certes dictée par des considérations de prix de revient, mais elle s’inspire également beaucoup de la volonté de nos voisins de maîtriser la filière d’un bout à l’autre, au plus près de la nature, et ainsi d’offrir aux consommateurs des huiles essentielles de grande qualité, « made in sud-ouest », issues à 100% de végétaux bio.

Un alambic à acquérir en financement participatif. Appel à contributions

D’où l’idée de disposer de son propre alambic, une petite structure qui pourrait distiller 100 kilos de fleurs bio par passe ! Ce serait une première dans le Gers (il s’en trouve certes un certain nombre ici mais affecté à la distillation de l’armagnac…) ! Il serait mû en énergie renouvelable puisqu’alimenté avec les réserves d’eau de pluie du hangar et chauffé avec le bois de la propriété ou les résidus de paille de lavande, lesquels pourraient aussi être compostés. Avec toujours cet esprit tourné vers les autres qui la caractérise, Cécile imagine déjà les possibilités d’ateliers pédagogiques et de visites qui en résulteraient.

Elle et son mari Manu ont lancé un appel à financement participatif (en anglais crowfunding) pour lever des fonds (à hauteur de 9.800 € en l’espèce) qui aideraient pour partie à l’acquisition de cet alambic. Tous ceux qui seraient séduits par leur saga et voudraient leur permettre de franchir une nouvelle étape dans l’histoire de la ferme du Hitton peuvent y contribuer. J’ai moi-même répondu à cet appel à générosité partagée.

Rendez-vous pour souscrire sur le site Miimosa, exclusivement tourné vers des projets de développement liés à l’agriculture et à l’alimentation.

La page alambic de Manu et Cécile est accessible en cliquant sur l’adresse suivante : www.miimosa.com/un-alambic-a-energie-renouvelable-pour-la-ferme-du-hitton-1

Vous pouvez verser de 10 € à 1.000 € ou plus. A chaque fois une contrepartie, une récompense en quelque sorte, vous est offerte. Cela va de lots ou de coffrets de savon, à un assortiment de produits liés à la lavande, en passant par un hébergement en studio d’une semaine à Sarlat, au cœur du Périgord noir, un stage d’une journée de découverte des secrets de la distillation ou de la fabrication de savons. Pour 1.000 €, vous devenez propriétaire d’un âne des Pyrénées issu de l’élevage de Cécile et Manu !

Au moment où j’écris, 52 contributeurs de tous les coins de France ont financé 3.340 €, sachant que les participations versées doivent atteindre au moins 60 % de la somme espérée, soit près de 6.000 €  sur les 9.800 € affichés en objectif final (on peut bien sûr aller plus loin). Dans le cas contraire, les contributions ne seront pas prélevées.

Il reste 33 jours jusqu’au terme de cette recherche de fonds.

A vot’ bon cœur…

NB Depuis 3 ans que je tiens ce blog, je n’ai jamais utilisé celui-ci pour appeler au financement de telle ou telle action. Je fais une exception avec ce billet (ce sera d’ailleurs la seule), car Cécile et Manu  méritent d’être aidés pour la valeur de leur projet. Un projet qui n’est pas seulement marchand, mais aussi plein d’altérité et de proximité attachante avec la nature et les animaux, s’inscrivant en outre dans une dynamique de revalorisation de notre territoire rural qui en a tant besoin. 

Fait le 6 novembre

Du château de Malliac à la Salle des Fêtes de Biran...

Deux soirées contrastées auxquelles  nous avons participé la semaine dernière.

L’une, jeudi 29 octobre, au château de Malliac , près de Montréal-du-Gers, où était présentée l’audition de jeunes musiciens, principalement des violonistes,  qui achevaient  là une Masterclass de trois jours.

Ce château est un bijou du patrimoine gascon, qui appartient depuis 1923 à la même famille. Le maître des lieux actuel, Jacques Bertholon, règne sur ce domaine qui propose, autour d’un parc de 4 ha,  cinq jolies chambres d’hôtes et 3 gîtes très confortables. L’aménagement, la  décoration, l’ameublement, sont de très haut de gamme, à la mesure du cachet exceptionnel  de ce lieu. Deux   chais de fort belle allure : Le « Verger des Jalousies » de 300 m2 et la « Salle des Mariés de Venise » de 180 m2, offrent de grandes capacités de réception pour toutes sortes d’occasions de rassemblements festifs ou studieux (mariages, stages, séminaires, retraites spirituelles…).Le château dans son ensemble peut aussi être loué, pour des séjours à thème par exemple.    

La propriété produit des vins blanc et rouge, tirés des « vignes de Victoire », ainsi qu’une eau de vie issue du vin blanc, la blanche, étiquetée sur les bouteilles  « Une nuit bl…au Château », et qui sont réservés à la clientèle de Malliac. Comme les confitures du verger, faites avec  les fruits ou les mûres sauvages d’ici.

Le business ainsi déployé depuis les années 80 n’interdit pas, bien au contraire, que la culture et la musique prennent une part substantielle à l’animation et au rayonnement du château, qui compte d’ailleurs une superbe bibliothèque de 3.000 volumes, et une « DVthèque » de 800 films. Avec une arrière grand-mère et une grand-mère musiciennes (l’aïeule donnait même des cours de chant), Jacques Bertholon ne pouvait pas ne pas dédier le lieu à la tenue de concerts et autres moments musicaux. C’est l’objet de ce qu’il a appelé « Le Petit Salon de Musique en Gascogne » que d’ouvrir ces lieux à de tels évènements. Il signe d’ailleurs ses documents d’un propos de circonstance  du compositeur français Ernest Reyer (1823-1909) : « Je voudrais que la musique fut la langue universelle et qu’elle parlât à toutes les oreilles, comme la peinture parle à tous les yeux. »

D’où ce concert-audition de fin de Masterclass de l’autre soir. Nous fûmes enchantés dès notre arrivée dans la cour du château,  car avec la tombée de la nuit la façade de la demeure, éclairée, renvoyait tout à la fois majesté et intimité. Et je me suis senti bien dans le grand salon jaune  avec son feu de cheminée et son atmosphère chaleureuse (on se croyait revenu  au XVIIIème, le siècle des Lumières), même si  le grand nombre d’invités (une cinquantaine) ne permettait pas du fond de la salle où j’étais de bien voir les musiciens.

C’est Marie Cantagrill (photo couverture CD ci-dessus), une jeune (36 ans) et belle violoniste, lauréate de Concours nationaux et internationaux, qui avait dirigé cette Masterclass, la troisième du genre à Malliac, mais la première à être entièrement consacrée à la musique de chambre. L’artiste a déjà une riche discographie :  Sonate n°1 et partita n°1 pour violon seul de Bach (2011), deux ans avant (2009),de Bach encore, les Partitas n° 2 et 3 pour violon seul (CD enregistré dans le chais du château de Malliac), « Récital slave » en 2005  (Danses hongroises de Brahms, Rachmaninov…), Concerto pour violon de Tchaïkovsky et Fantaisie sur des thèmes russes de Rimsky-Korsakov (2007), « Romantique et Virtuose » en 2003 (Berlioz, Paganini, Weber..).

Marie Cantagrill est par ailleurs une femme généreuse qui donne des concerts caritatifs au profit notamment des Restos du Coeur, de la Ligue contre le Cancer, ou de la lutte contre l’illettrisme.

Beaucoup tournée vers l’Ariège, la  violoniste est depuis 2011 Directrice artistique de l’Orchestre de Chambre de ce département (OCA). Elle travaille beaucoup par ailleurs avec l’association Musique et Partage en Couserans (territoire de la partie occidentale de l’Ariège), avec laquelle elle a créé en 2013 un Concours international annuel de violon. Musique et Partage entend aider et soutenir l’épanouissement de talentueux artistes, contribuer à la promotion et à la diffusion de la musique classique par tous les moyens nécessaires, et également organiser des manifestations visant à développer l’accès à la culture et à la musique.

C’est avec cette association aussi qu’elle organise ses masterclass, et notamment celle au château de Malliac. La violoniste virtuose a pu compter aussi sur la collaboration en cette occasion de Susan Edward, une violoncelliste anglaise installée dans le Gers, où elle a créé l’association « Musique de chambre dans le Gers » (nous avons eu l’occasion de l’entendre en l’église de Bonas, près de Jegun, et j’avais consacré un billet à ce concert en novembre 2014).

Nous avons donc entendu pendant 1h30 les élèves de Marie Cantagrill, seuls, ou en duo, ou en trio, ou en quatuor, interpréter au violon principalement, des œuvres exigeantes de Mendelsohn (un magnifique mouvement lent, mais je ne sais pas de quel morceau il était tiré), Debussy, Bartok, Bach, Massenet (la superbe « Méditation de Thaïs »), Tchaïkowsky, Vivaldi…En clôture, s’est présentée une jeune fille d’origine asiatique, qui a joué « Csardas » de Vittorio Monti (compositeur italien -1868-1922), une musique proche des Danses hongroises de Brahms. Remarquable ! Mais on n’est plus étonné du tout par le talent, en musique comme tant d’autres domaines, de celles et ceux qui nous arrivent de ce continent lointain. Une pianiste confirmée (elle n’a pourtant que 39 ans), Véronique Bracco, une habituée des collaborations avec Marie Cantagrill sur scène ou en studio, a accompagné magistralement cette audition de masterclass, avec le concours parfois de deux assistants violon, Sébastien Lopez et Romuald Toïgo, tous deux membres de l’Orchestre de Chambre de l’Ariège.  

Il y eut bien sûr des couacs de temps en temps. Mais rien de plus normal pour des musiciens en herbe, d’autant que comme le notait leur professeur, les apprentissages et les répétitions n’eurent lieu que sur trois jours.

J’avais à mes côtés un couple de Montélimar venu là pour écouter leur fille de 10 ans et demi, la plus jeune des participantes. J’ai senti leur fierté de parents, et encore plus celle du papa, qui n’est sans doute pas pour rien dans l’éclosion de sa fille à la musique, car il est chanteur-guitariste de métier (je n’en sais pas plus).Un autre élève, celui-là déjà adulte, est ébéniste de profession et s’est mis tard au violon, violon qu’il a lui-même fabriqué, tel un luthier, de même d’ailleurs que son bateau !

Une bien belle soirée donc, qui se termina par un sympathique cocktail dans la salle à manger du seigneur des lieux !

Samedi soir 31 octobre, changement de décor, de genre et d’objet. Nous nous sommes rendus à la soirée de la société de chasse locale. Le repas était servi à la salle des fêtes de Biran, petite commune de 400 habitants, limitrophe à la nôtre, Ordan-Larroque.

Il se trouve que notre plus proche voisin, agriculteur biranais né ici, et avec lequel nous entretenons d’excellentes relations, nous fait passer une invitation à chaque fois que les chasseurs font ripaille. Nous n’avions pas pu jusqu’alors répondre favorablement à l’une d’entre elles. D’où notre plaisir de donner suite à ce rendez-vous. Outre notre voisin fermier, nous y retrouvions Cécile et Manu, un jeune couple à la tête depuis quatre ans de la ferme du Hitton dédiée à l’élevage d’ânesses et à la culture de la lavande. J’ai longuement évoqué leur projet dans un billet de juin 2014 («Hi-han à Hitton »), et je reviendrai prochainement sur leur aventure qui ne cesse d’enregistrer de brillantes progressions.

Accompagnés de leurs deux enfants, et de Flore, une « woofeuse » québécoise (est woofer celui ou celle qui aide bénévolement dans une ferme biologique en échange du gîte et du couvert, s’offrant ainsi des opportunités de découvrir des pays et des modes de vie différents du sien), ils ont partagé un bout de table avec nous, et nous étions ravis de passer ainsi quelques heures avec eux, moment propice pour mieux faire connaissance, même s’il a fallu lutter contre la résonance de la salle pour parvenir à s'entendre.

L’ambiance était conviviale (les gascons savent s’amuser), et la centaine de convives présents (Maire de Biran en tête) ne s’est pas fait prier pour honorer le menu campagnard proposé, à raison de 12 € tout compris par personne : saucisson et pâté de sanglier pour commencer (excellent !), puis une saucisse grillée de cette même bête (le sanglier est un des animaux, avec le chevreuil, le plus chassé ici), accompagnée d’une belle poignée de frites (un plat savoureux), des châtaignes, grillées aussi. Et en dessert une bonne tarte aux pommes.  Pour arroser le tout, et échauffer un peu les esprits, un pousse rapière du château de Monluc en guise d’apéritif (de la liqueur d’Armagnac mélangée à du vin blanc brut dit sauvage) , du vin nouveau et du vin bourru, dit aussi bourret, un moût de raisin en fermentation typiquement du coin.

Une séquence de vraie vie et d'authenticité rurale !

NB Une bien belle histoire l’autre jour à l’issue de la finale de la Coupe du monde de rugby qui a vu les All Blacks de Nouvelle-Zélande l’emporter avec panache et talent sur les Australiens : alors que les vainqueurs étaient encore sur la pelouse à savourer leur victoire, un jeune garçon s’est précipité vers l’un des joueurs de l’équipe gagnante, son idole. Plaqué sévèrement sur le terrain de jeu par un homme de la sécurité, le gamin fut remarqué par son héros qui le reconduisit en tribune, en lui offrant la Médaille d’Or pendue à son cou (de l’or massif de surcroît !) qui venait de lui être remise, comme à ses coéquipiers, par les autorités de la Fédération internationale de rugby Il fallait voir le sourire radieux et les yeux écarquillés du garçon, face au géant au grand cœur lui confiant son trophée ! Un moment qui restera pour lui  inoubliable à tout jamais.

Fait le 3 novembre

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decrock | Réponse 12.12.2015 16.48

Tu as parfaitement raison Joëlle.Quant à créer une amicale des Gars du Nord ici, on en reparlera...Bien à toi.

Joëlle | Réponse 03.12.2015 14.25

Tendresses ...
Et maintenant que l'on a beaucoup pleuré, passons à l'action. Finalement je n'ai pas trouvé d'asso des gens du nord dans le 32 ........

thierry decrock | Réponse 23.11.2015 14.37

Merci, Pascale, pour cette gentille appréciation.

Cabon Pascale | Réponse 23.11.2015 14.22

Beau et sobre témoignage d'émotions ressenties après ces actes barbares! Merci pour ces belles paroles de l'abbé Pierre!

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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