Points de vues du Gers Carnets

Marcher

Un jour de septembre 2011, mon médecin-traitant m'avisa que mes feux étaient au rouge, et qu'il me fallait les refaire passer au vert, par le retour notamment à une activité physique.

J'ai choisi la marche.

Mais pas la marche « gnangnan », ni le « train de sénateur ». Une marche sportive, soutenue, à la mesure toutefois des 64 ans que j'affiche désormais au compteur de la vie.

Et pas une marche en groupe, genre club de randonnée, mais une marche en solo, libre, où on se donne rendez-vous avec soi-même, et avec personne d'autre .

Il a fallu me familiariser avec le port vestimentaire spécifique du randonneur, décliné autour des vertus du confortable, du léger, du respirant et de l'imperméable, et que je complète de la bouteille d'eau,du podomètre porté à la ceinture, du portable, et du bâton, utile surtout à l'égard de chiens de ferme menaçants. Il faut absolument exclure de la panoplie les écouteurs de baladeurs CD ou MP3, car on se priverait alors du merveilleux contact sonore avec la nature, où le silence le dispute au chant des oiseaux, au bruit du vent...

Aujourd'hui, je totalise depuis 13 mois près de 2.500 kilomètres de marche à pied sur les petites routes et les chemins de terre du Gers, dispersés à coup de sorties quotidiennes de 2 heures/ 2 heures et demie, avec une douzaine d'itinéraires - histoire d'échapper à la routine et à la monotonie -, et une moyenne horaire de 6 kms. Rien à voir bien sûr avec les  randonneurs des altitudes ou de Compostelle, qui sont des géants au regard du nain que je suis.

Ma « salle de shoot » à moi est en extérieur,sans besoin d' accompagnement médical ou socio-psychologique, et je m'y « défonce » aux paysages, aux couleurs, aux odeurs, au soleil, à l'air, au ciel, ...

En marchant ainsi, j'ai recouvré une vraie sérénité, un équilibre bienfaisant, un regard beaucoup plus apaisé sur toutes choses, une sagesse nouvelle,une meilleure connaissance de moi-même, qui profitent aussi bien au corps qu'à l'esprit.

La marche, c'est le temps de la réflexion, de la conversation intérieure, du vagabondage intellectuel, de l'anticipation, de la mise en perspective, de la décision....

C'est aussi l'occasion pour moi d'entraîner ma mémoire, me récitant notamment à haute voix, avec les intonations voulues et le geste en rapport, les vingt-cinq quatrains et les cent vers du « Bateau Ivre » d'Arthur Rimbaud - « Comme je descendais des fleuves impassibles... »

Marcher c'est également se prêter à la découverte, au gré des mois, de la faune et de la flore, du rythme des saisons, des cultures, des différences de climat, de lumière.

Cette terre qu'on épouse de près, en toute humilité, nous réconcilie avec les valeurs sûres, le vrai, le sincère, le solide, l'authentique, nous éloignant d'autant de ce monde du paraître, du factice et du clinquant qui inspire trop aujourd'hui le comportement des individus.

"La vraie vie est ici" (encore Rimbaud).

Makila

Dans une émission de la chaîne de télévision Direct 8, « A vos régions »,consacrée cet été dernier au Gers, j'avais découvert un reportage sur le bâton gascon et le bâton basque, bâton de marche singulier, fabriqué dans un atelier à Vic-Fezensac par un certain Guy Lanartic.

Séduit par le travail de l'homme et par l'objet, je me suis précipité chez l'artiste-artisan, pour en savoir plus sur l'histoire de ce bâton et sur sa fabrication.Nous eûmes une conversation certes technique, mais surtout fort sympathique.

Et je commandais aussitôt un makila (ou makhila), un bâton qui appartient depuis longtemps à la culture et à la tradition basques puique son existence est attestée dès le XIIème siècle.Doté en son sein d'une courte dague effilée, le makila était utilisé par les bergers pour défendre leurs troupeaux contre les loups et les ours des Pyrénées.C'était aussi une arme de défense pour les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle à l'heure des bandits de grand chemin...

Et je viens d' obtenir livraison de « mon » makila (voir photo) – cadeau auquel a largement contribué mon fils et son épouse . Ce fut un moment d'une grande émotion, partagé avec Guy,car ce magnifique et honorifique objet mémoriel renvoie à une histoire tellement ancienne en même temps qu'il rentre à l'instant dans ma vie comme un futur et sans nul doute fidèle compagnon de randonnée.

Le makila est en bois de néflier sauvage, que Guy scarifie sur pied lorsqu'il a au moins une quinzaine d'années (par des incisions qui lui donneront un décor de belles nervures ) , s'y prenant à la lune montante quand grimpe la sève (en mars), et le coupant en lune descendante, quand la sève est en bas (janvier de l'année suivante). Commence ensuite un travail d'une longue, très longue patience : durant dix à quinze ans, Guy écorce, sèche et redresse les tiges cueillies, à coup notamment de bains d'eau chaude régulièrement renouvelées.

C'est seulement après que le bâton, long de 80/90 cm, d'une belle couleur brune, est doté de son aiguillon et de ses parures.Le mien est gainé, pour la poignée et la dragonne (cordon), de lanières de cuir tressé. Avec deux viroles (pièces cylindriques creuses) serties, une en haut, une en bas, que j'ai choisies en laiton, comme le pommeau, pour y graver les devises et citations propres à mon identité. Sur le pommeau, Guy a ainsi superbement reproduit un portrait en pied du poète Artur Rimbaud, cher à mon esprit,croqué par Verlaine, en l'accompagnant d'une citation attribuée à Mallarmé : « L'homme aux semelles de vent »...Sous le pommeau, une dédidace à celle qui partage ma vie - « A Léone, ma bien aimée ». Et sur la virole du bas, outre des dessins presque « cabalistiques », mes nom et prénom et ceux de l'artiste, ma date de naissance, le millésime de fabrication, et bien entendu, tradition oblige, les croix basque (lauburu) et occitane (crotz occitana).Enfin, pour boucher l'orifice du makila, une pièce de monnaie de l'année 1948, celle qui me vit naître,et sur laquelle vient se greffer un trèfle en acier, socle du bâton.

Et Guy dans tout cela ? Le quinquagénaire est fort attachant. Il vous raconte avec bonhomie la passion de son métier.Né dans les Hautes-Pyrénées, il découvre à 20 ans dans un guide touristique du pays basque l'histoire de ce bâton . Elle ne le quittera plus, et 18 ans après, muni d'un début d'expérience avec un maître ès makila, le voilà à son tour à l'ouvrage, quittant une carrière de dessinateur industriel dans l'aéronautique pour ouvrir son propre atelier breveté bâton gascon et makila dans le Gers, où les commandes aujourd'hui affluent. Ses formations initiales de fraiseur, d'ajusteur et de tourneur lui auront été en l'occurrence bénéfiques pour travailler ce bois, ce métal et ce cuir, qui font l'habit et la signature du bâton basque. Bravo à Guy, ce "faiseur de bâtons", pour cette success story !

Voirwww.guylanarticmakila.blogspot.fr/

En colère : trop, c'est trop !

Malgré ses élégances, qui font la réputation de notre pays dans le monde entier, le milieu de la mode et du luxe ne sait pas se tenir !

Dernier dérapage en date : l'interview que vient de donner Karl Lagerfeld, directeur artistique de la maison Chanel,au « Marie-Claire » espagnol . Il y traite François Hollande d' « imbécile », au motif que le Président de la République « n'aime pas les riches ». Le propos est injurieux et inadmissibe. En outre, si François Hollande a bien affirmé qu'il n'aime pas les riches, on peut penser qu'il visait ces milliardaires qui ont la morgue et l'arrogance affichées, et font fi de leur patrie, préférant l'exil en Suisse ou sur d'autres terres tout aussi hospitalières au plan fiscal.

Les remous provoqués par le départ (la fuite ?) en Belgique de Bernard Arnault, le patron de LVMH,première fortune de France, et par la fermeture en 2014 de l'usine Peugeot d'Aulnay-sous-Bois (3.000 emplois), et la suppression à terme dans le groupe de 8.000 emplois, alors que plusieurs membres de la famille dirigeante coulent des jours heureux en Helvétie, témoignent de cette provocation dédaigneuse propre aux plus aisés.

Cela me rappelle les mots de Marie-Antoinette,épouse de Louis XVI, qui vivait à la Cour dans un luxe effréné, à qui on rapportait que le peuple avait faim car il n'y avait plus de pain : «  Eh bien ! Qu'il mange de la brioche ! ».

Il ne s'agit pas bien entendu de clouer tous les gens fortunés au pilori car un certain nombre ont conduit de belles et florissantes aventures industrielles, qui ont créé de l'emploi et de la richesse économique, et qui réinvestissent une grande part des bénéfices dans l'entreprise. Leur réussite mérite d'être saluée et encouragée.

Mais il y en a d'autres qui s'enrichissent en dormant, ces actionnaires qui spéculent à qui mieux mieux sur les marchés, en exigeant notamment, sans considérations humaines, la fermeture d'entreprises au simple motif qu'elles ne gonflent pas assez leurs portefeuilles, pourtant déjà si épais...

Lu de Christian Bobin, dans "La folle allure" (Gallimard,1995) : "Ce n'est pas qu'il y ait deux mondes, celui des riches et celui des pauvres. C'est bien plus fort que çà : il n'y a qu'un seul monde, celui des riches, et, à côté ou en arrière, le bloc informe de ses déchets."

Avant Lagerfeld, et en un mode plus grave encore, d'autres éminents représentants du luxe français ont démontré leurs capacités remarquables dans la nuisance verbale : en 2010, c'est le parfumeur Jean-Paul Guerlain qui, sur France 2, pour souligner sa forte implication personnelle dans la mise au point d'une fragrance, indique qu'il a « travaillé comme un nègre », ajoutant qu'il ne savait pas toutefois ... « si les nègres ont toujours tellement travaillé »... Soit un relent nauséabond de racisme colonial. En 2011, c'est John Galliano, directeur artistique chez Dior, qui à la terrasse d'un café parisien, dans un état aviné, tint des propos antisémites à l'encontre des clients de la table voisine, allant jusqu'à proférer cette odieuse "déclaration d'amour" : « I love Hitler » ! Les Guignols de Canal+ s'emparèrent de cette lamentable histoire, détournant le fameux slogan publicitaire «  Dior, j'adore », en un sinistre « Dior, je collabore »...

Alors, trop c'est trop...Que ces gens des affaires et du luxe, qui heureusement sont des exceptions, se reprennent, en se consacrant exclusivement à l'exercice de leur talent, et en s'inspirant davantage dans leurs propos et leurs comportements de nos valeurs républicaines de respect des autres, d'égalité, de fraternité, ...et de patriotisme économique.

N.B. Dans le journal télévisé de France 2, hier 21 octobre, Karl Lagerfeld a nié avoir traité François Hollande d' "imbécile", invoquant un problème de traduction...Qui a raison ? Le journaliste ou le couturier ? En tout cas, le mal est fait.

Fleurance

Nous habitons à quelques kilomètres du centre de Fleurance, chef-lieu de canton de 6.500 habitants, lieu de nos approvivionnements alimentaires et domestiques.

Il s'y trouve aussi tous les services utiles : administrations, hôpital, médecins et spécialistes, pharmaciens , banques, presse,bibliothèque municipale, théâtre,cinéma, restaurants, cafés...

Et entre autres, le « Café du Centre », une véritable institution, qui ne désemplit pas, fort de ses fidèles clients, les habitués du zinc, et des gens de passage. Je n'ai jamais vu ailleurs un tel lieu, où se côtoient sans façon, dans la bonne humeur, le notaire, le chef d'entreprise, l'artisan, l'ouvrier, l'employé, l'agriculteur, le retraité..., les uns et les autres se connaissant depuis toujours, et trouvant plaisir à se saluer et à échanger sur tout et rien.

La formule du déjeuner, servi sous les arcades,est très prisé, car c'est bon, d'un excellent rapport qualité-prix, et le service, malgré le monde, jamais débordé, souriant et efficace.Et quelle ambiance chaleureuse aux heures de pointe !

La ville connaît sept jours sur sept une animation sans relâche, liée à une activité économique soutenue.

Point d'orgue : le mardi matin, jour de marché (photo ci-dessus), moment de vraie vie ,où se pressent de nombreux chalands. Un marché typique et animé, sans doute l'un des plus renommés et fréquentés du Gers, qui s'installe tout autour de la halle centrale et de l'église Saint-Laurent.

Tandis que les uns vaquent à leurs emplettes, d'autres, plutôt les anciens, se retrouvent pour la sortie de la semaine, « stationnant » debout, en groupe (parfois si nombreux qu'ils obstruent le passage !), au hasard des rencontres, se racontant, avec l'accent gascon, leur vie de tous les jours – et cà dure, car la conversation est ici une occupation quasi-liturgique ! 

Bien sûr, l'été, la fréquentation n'est plus tout à fait la même : on y voit, aux côtés des "autochtones" , davantage de touristes, français ou étrangers, amusés et ravis d'être mêlés à ces rendez-vous marchands immémoriaux, tout en authenticité et tradition.

A compter de mi-octobre, et jusqu'à mi-mars, s'ouvre également chaque mardi matin le marché au gras, dit « Matin' halle » ( il y en a 5 dans le Gers – outre Fleurance : Samatan,Gimont, Eauze et Seissan)), où les fermes d'alentour proposent foie gras et carcasses de canard ( le canard sans son foie). Restaurateurs et particuliers s'y « ruent » avant même l'ouverture des portes, tant le produit est convoité et apprécié.

Enfin, chaque samedi matin, les producteurs locaux ( légumes, fruits,fleurs, fromage, canard sous toutes ses déclinaisons – foie gras, confits, magret, pâtés, rillettes, saucissons...) réinvestissent la halle pour le plus grand bonheur des inconditionnels des produits frais issus du terroir de proximité.

Ainsi, vérifie-t-on, à Fleurance comme ailleurs, la réputation de gourmandise et de bien-vivre du Gers, un pays qui aime la fête pour ce qu'elle est : la joie d'être ensemble et de partager.

Domaine d'Arton

La culture du vin dans le Gers est ancestrale et se localise aujourd'hui plutôt dans l'ouest du département – Armagnac (la plus ancienne eau de vie), Floc de Gascogne, Madiran, Saint-Mont, Côtes de Gascogne,Côtes de Condomois....

Il n'empêche : le nord-est gersois,où je demeure, a aussi ses lettres « vineuses » de noblesse.

Domaine d'Arton, près de Lectoure, en direction d'Agen, en est un bel exemple                  ( www.arton.fr)

J'aime bien l'histoire de ce domaine et l'aventure humaine qui s'y attache : acquis dans les années 80 à partir d'une chartreuse abandonnée qui ne demandait qu'à revivre, replanté en vignes dès 1990, il s'étend désormais sur 50 hectares de sol argilo-calcaire, au milieu d'une nature enchanteresse, ravie du réveil d'une belle endormie.

Quant aux entreprenants propriétaires, ils sont tous deux originaires du Gers : Patrick de Montal et son épouse , née de Montesquiou, fille de duc, descendante de d'Artagnan, par ailleurs cuisinière émérite, journaliste et écrivain ( « L'art de vivre au fil des jours » - Editions Robert Laffont ,1996 ; « Je suis née un dimanche » - Editions J.C. Lattès, 1990 ; « Vivre à la campagne en Gascogne » - Editions du Chêne, 1989).Après une vie parisienne bien remplie, tous deux ont eu le désir de revenir ici et d'y « cultiver l'authentique » (voir l'article qui leur a été consacré dans « Plaisirs du Gers »,     n°6, 2010).

Témoignage d'amour dans cette commune odyssée : le prénom Victoire de l'épouse donnée à l'un des vins de la propriété, un blanc moelleux, élevé en fûts de chêne, et qui se distingue par des notes de fruits confits, de vanille et de café torréifié.

Et il paraît qu'à la belle saison, on peut voir Patrick de Montal, posé quelque part dans son domaine, pour y lire un de ses auteurs préférés – Péguy, Bernanos, Camus...-, car l'homme est un passionné de beaux textes autant que de bon vin. Belle communion de l'esprit et de la terre.

Les vins Arton - blanc, rouge, rosé -, issus de cépages traditionnels,sont de très bonne qualité, ainsi que le haut armagnac,les eaux-de-vie, sans oublier la fine blanche, devenue en 2005 Appellation d' Origine Contrôlée (A.O.C.).Et je peux en témoigner moi-même, car ils font tour à tour (avec modération, bien sûr) le bonheur de mon palais et de celui de mes amis.

Preuve en est aussi qu'ils font les honneurs de la presse, française, comme étrangère (en mai dernier, le « Herald Tribune », quotidien américain), et raflent dans les concours de nombreux prix d'excellence - cette année encore avec une Médaille de bronze au Concours général agricole de Paris pour La Croix d'Arton 2010 (Réserve rouge), sans compter les bonnes notes récoltées chaque année dans le « Guide des Meilleurs Vins à Petits Prix ».

D'aucuns trouveront ce billet peut-être un peu trop « publicitaire »...

Mais quand je me rends en client au Domaine Arton, j'ai le sentiment, en arrivant par une noble allée cavalière, au milieu des vignes,d'entrer davantage dans un monde de poésie, d'histoire, de patrimoine et de savoir-faire, qu'en un lieu strictement commercial.

Un livre

Lu le dernier roman de Laurent Gaudé, « Pour seul cortège » (Editions Actes Sud - www.actes-sud.fr).

Je suis un inconditionnel de cet auteur à l'écriture si lyrique, et ses précédents ouvrages ( «  La mort du roi Tsongor », Prix des Libraires 2002, «  Le soleil des Scorta », Prix Goncourt 2004, «  Ouragan ») m'avaient autant enthousiasmé que celui que je viens d'achever.

Le livre s'organise autour de l'agonie et de la mort d'Alexandre le Grand, roi de Macédoine, et conquérant insatiable de territoires qui le conduiront à constituer un vaste empire jusqu'aux confins de l'Inde - on est 300 ans avant notre ère.

A partir de cette disparition, des funérailles et des enjeux de pouvoir et d'héritage qui s'en suivent, Laurent Gaudé raconte un mythe, une légende (nous ne sommes pas dans la rigueur de l'histoire) , avec ce souffle épique qui le caractérise si bien.

Trois itinéraires, trois voix, tressées les unes aux autres, portant un seul et même chant,comme une polyphonie :

-celle bien sûr d'Alexandre,

-celle de Dryptéis, princesse perse vaincue, fille de Darius, ennemi terrassé par Alexandre, veuve d'Héphaistion, ami du roi de Macédoine, convoquée par celui-ci pour accompagner ses derniers instants et son cortège funéraire – et au nom d'une loyauté et d'une fidélité éprouvées, elle va quitter le temple où elle vit en recluse pour le rejoindre, laissant derrière elle un enfant qu'elle veut à tout prix protéger des fureurs de l'histoire

- et celle d'Ericléops, cavalier sans tête, qui revient de la mort avec l'envie de raconter au souverain ce qu'il a vu.

Eux trois ont en commun, dans leur ultime chevauchée, de vouloir échapper désormais à l'histoire, de s'affranchir de leur propre personnage, de tendre au dépouillement et à la disparition, bref de recouvrir enfin cette liberté de l'entre-deux, au bord de la mort.

Laurent Gaudé accorde beaucoup d'importance dans son récit au monologue, à la voix, à la parole,en tant qu'incarnation d'une « force » pouvant être tour à tour « curative, destructrice, émotionnelle... »( mots de l'auteur dans l'émission de France Culture « Pas la peine de crier »,du 11 octobre).

Et cette intention donne à ce livre une résonance admirable, à la mesure de la tragédie antique qu'il raconte.

Le Bourgeois gentilhomme

Nous comptons d'excellents amis (depuis plus de trente ans) près de Lannemezan.

Ensemble, nous faisons quelques incursions au « Parvis » de Tarbes (www.parvis.net) , une scène culturelle nationale d'envergure, installée au coeur d'une grande surface.Elle doit son succès à Marc Bélit, fondateur du lieu dans les années 70 et Directeur pendant près de 30 ans, avant d'en devenir le Président.L'homme, un visionnaire pétri de philosophie et de culture, a réussi là son pari car la qualité et le nombre sont au rendez-vous des spectacles proposés. Marie-Claire Riou, la nouvelle directrice du lieu, et toute son équipe méritent d'être associés à cet hommage.

Cette réussite s'est vérifiée ce mercredi soir 10 octobre, avec la représentation du « Bourgeois gentilhomme » de Molière, une comédie-ballet, où le dramaturge se gausse d'un riche bourgeois, marchand drapier( le père de Molière fit fortune à la tête d'une boutique de tapisserie), qui se ridiculise à vouloir à tout prix s'élever à la condition de la noblesse, en tentant d'apprendre le savoir de l'honnête homme – qui en réalité ne s' apprend pas ! En toile de fond aussi de la pièce, une vengeance de Louis XIV, dont Molière était proche, à l'égard de l'Empire Ottoman, pour avoir subi les vexations de cet Etat par ambassadeur interposé (ah ! la scène du « Mamamouchi » !).

Le metteur en scène , Denis Podalydès, un brillant touche-à-tout (également acteur, scénariste, sociétaire de la Comédie Française), mêle dans une composition époustouflante, et parfois extravagante, texte, musique et danse, rehaussée par les costumes somptueux du fameux couturier Christian Lacroix.

Côté musique ( celle principalement de Lully), il a été fait appel aux musiciens de l'Ensemble baroque de Limoges et à leur Directeur artistique, Christophe Coin, célèbre violoncelliste.J'ai pu saluer celui-ci avant que le fête ne commence, non sans émotion je dois dire, car je fus lors de ma vie en Limousin le Président quelque temps de l'association des Amis de l'Ensemble baroque de Limoges (voir www.fondationlaborie.com ).

Durant trois heures, nous avons assisté à une représentation très enlevée et très divertissante , où le burlesque l'a disputé à l'humour, à la dérision, à la poésie et au comique de situation, un vent de folie nous emportant de temps en temps encore plus loin, ce parti pris se faisant peut-être parfois au détriment du texte de Molière.

Tous les comédiens sans exception, de Monsieur Jourdain au moindre valet,sont à féliciter, avec une mention particulière à la jeune et pétulante Manon Combes,qui incarnait Nicole,la servante impertinente du bourgeois gentilhomme.J'ai cependant un peu moins aimé la partie chorégraphique de la pièce.

Un film

Vu à Auch , dans le nouveau complexe cinématographique de Ciné32 (séance de midi, 4 € !), le film de Stéphane Brizé, « Quelques heures de printemps », avec Hélène Vincent et Vincent Lindon, qui sont tous les deux prodigieux.

L'histoire : un fils qui ,après être passé par la case prison pour un petit délit lié à la drogue, revient vivre chez sa mère, économiquement contraint de le faire, dans un pavillon où tout respire l'ennui (ah! la toile cirée de la table...) et l'immobilité (il n'y a que la télévision, et sans doute quelque part une pendule, pour laisser penser que le temps n'est pas totalement suspendu...).

Dans un de ses plus beaux textes, Jacques Brel chantait : » Chez ces gens là, on ne cause pas, Monsieur, on ne cause pas... ».

Nous y sommes : le film traite de l'incommunicabilité entre deux êtres, deux taiseux, de vrais gens, qui ne savent pas dire les mots, les choses, sauf quand émerge une dispute violente, née toujours de broutilles mesquines : le fils, un raté pour sa mère, qui fume dans sa chambre, qui n'essuie pas ses pieds en entrant...

Le seul à profiter de la situation : le chien, objet d'une affection concurrente , celle que la mère et le fils sont incapables de se donner mutuellement, et qu'ils reportent sur l'animal.

Entre une mère gravement malade, mais digne, et désireuse d'abréger le moment venu ses souffrances, et un fils en rage contre la société, presque en rupture de ban, peu de sentiments, même s'ils sont dans l'attention, mais plutôt au sens de s'épier l'un l'autre. L'heure viendra , c'est la fin du film, de dire, main dans la main, qu'on s'aime, dans cette chambre, « froide » et lugubre, d'une institution suisse qui pratique le suicide assisté, mais c'est si tard (trop tard ?) et si vain - le mal est fait.

Je suis sorti de la séance ébranlé par la dureté de cette histoire - on a envie de crier aux protagonistes : « dégelez-vous, fendez l'armure, lâchez-vous, aimez-vous... ».Quelle bêtise monstrueuse que cette indifférence à l'autre, cette incompréhension muette de mère à fils ! J'étais d'autant plus bouleversé que je n'ai pas pu donner cet amour à ma mère ni en recevoir beaucoup, car elle fut emportée par une leucémie à 31 ans... J'avais 8 ans.

Je pense à cet instant à Romain Gary : "Avec l'amour d'une mère, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais" ("La Promesse de l'aube" - Editions Gallimard, 1960).

Le Gers en allemand

Le magazine allemand GéoSaison, l'équivalent de notre Géo français, a publié 12 pages sur le Gers dans son n° de début d'été ( photo ci-contre).

De quoi rendre jaloux beaucoup d'autres départements de notre pays, d'autant que le reportage est accompagné de belles photos, notamment sur Eauze, Marsolan, Blaziert....

Egalement, un cliché très réussi de la chapelle dans laquelle est installé, à Condom, le restaurant étoilé d'Eric Sampietro, une des grandes tables du Gers (beauté des voûtes , des piliers, de la pierre..., de quoi inciter à la méditation...gastronomique).

Les touristes allemands ne sont pas, loin s'en faut, la première population étrangère à fréquenter notre beau pays gascon.

Nul doute que cet article, dans une revue de voyages à grand tirage, devrait donner envie à nos compatriotes allemands de frapper plus nombreux à notre porte....

D'Artagnan

Tout le monde, ou presque, a entendu parler de d'Artagnan, grâce à Alexandre Dumas, qui l'a immortalisé dans son roman "Les Trois Mousquetaires" (1844), puis dans "Vingt ans après", et enfin dans "Le Vicomte de Bragelonne".

Mais beaucoup néanmoins ne savent pas que le vrai d'Artagnan est né dans le Gers, à Lupiac, (vers 1611/1615), servant plus de trente années le roi Louis XIV, mourant à Maastricht en 1673 pendant la guerre de Hollande.

Le Gers a peu exploité jusqu'ici la notoriété de ce héros intemporel, hormis quelques statues ici et là (Auch, Condom -ci-contre), un musée dans sa commune natale,et à son nom un circuit à vélo, un réseau oeno-touristique, un guide des vacances en famille ("Le Petit d'Artagnan)...

Jusqu'à ce que se tiennent le 1er septembre dernier les Assises d'Artagnan, destinées justement à dégager un projet de valorisation du territoire à partir de cette figure emblématique, symbole de fierté, de persévérance, de bravoure, à l'image des gascons eux-mêmes.

A suivre donc...

Et pour en savoir plus sur notre homme de cape et d'épée : www.lemondededartagnan.fr

Le Gers à pied

Le Gers se découvre à pied, et je le vérifie par mes marches quotidiennes de 12 à 15 kms. Chaque petite route empruntée, chaque chemin parcouru, est l'occasion de régaler le regard : douces collines (le Gers "bossu", dit-on), symphonie somptueuse de couleurs, qui, selon les saisons et les cultures, s'expriment en jaune vif ou pâle (tournesol, colza), en blond doré (blé), en vert tendre ou foncé (maïs, vignoble, bosquets, haies, petits bois), en ocre clair ou brun soutenu au gré du labour des sols...

L'agriculture, et les fermes qui vont avec, ont façonné l'habitat, épars souvent, ou concentré en lieuxdits restés authentiques, faisant surgir ici et là de belles et cossues maisons de maître, de plus en plus occupées par les néo-ruraux.

Ce qui frappe le plus est l'ordonnancement parfait de la nature, comme "tirée au cordeau", tant les agriculteurs prennent un soin quasi-amoureux de leurs terres.

Et quand les chevreuils s'invitent dans le tableau, l'oeil est en ravissement.La bête s'immobilise en même temps que vous, mais quelques rares secondes, comme pour vous toiser, sinon vous narguer. Puis elle reprend sa course bondissante, presqu'ailée, avec cette élégance et cette gracilité si touchantes.

L'homme n'est bien sûr pas absent du panorama, et en se croisant, on se salue d'un geste fraternel de la main, conscients d'être "complices de jours heureux"....

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olivier | Réponse 11.12.2013 06.02

Bonjour Tonton,

Je me souviens avec un brin de nostalgie de tes citations poétiques et je t imagine bien dans la campagne en récitant Rimbaud...je t embrasse

thierry Decrock 11.12.2013 19.50

J'aimerais en savoir un peu plus sur ce que tu es devenu. Tu as mon email dans la 1ère rubrique de mon blog "Entrée en matière".

Severine | Réponse 10.12.2013 21.51

Www.thebridgewoodford.co.uk Bises

Severine Kefford | Réponse 10.12.2013 21.49

Bonsoir Thierry, c' est Severine, je t'ecris pour te souhaiter du Bon temps en retraite dans le Gers. Voici nos pubs www.theshipburcombe.co.uk

thierry decrock 11.12.2013 19.52

J'aimerais en savoir un peu plus sur ce que tu es devenue. Tu as mon email dans la 1ère rubrique de mon blog "Entrée en matière".

Pascale Cabon | Réponse 05.12.2013 16.01

Je crois que la souffrance est telle que nous n'avons pas pu la dépasser et encore aujourd'hui, personne n'ose parler de sa douleur. On a appris à se taire!

decrock thierry | Réponse 29.11.2013 14.48

Merci pour ton message.
Dommage que le souvenir de notre mère n'ait pas constitué le ciment des frères et soeurs que nous sommes.

Pascale Cabon | Réponse 27.11.2013 20.39

Maman est décédée à 30 ans le 24/05/1956 et elle nous manque à tous et elle nous manquera jusqu'à notre mort.
Quel plaisir de partager ta vie avec ce journal!

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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