Points de vues du Gers Carnets

Légitimité politique

Le feuilleton de l' UMP nous consterne tous, car il se résume à une sordide bataille d'egos et d'ambitions, renvoyant une image de la politique encore plus dégradée que de coutume.

Au-delà, se pose un problème grave de légitimité pour celui, ou pour celle, qui parviendra à s'imposer comme le Président incontestable de cette formation.

Car enfin, on peut accéder à ce poste de patron de l'un des plus importants partis politiques de notre pays avec seulement quelques 87.000 voix de militants, puisque c'est là le nombre de suffrages recueillis par Jean-François Copé, si on se fie à la proclamation des résultats faite récemment par la Commission des recours de l'UMP !

A comparer par exemple avec les 46 millions de citoyens français inscrits sur les listes électorales pour l'élection du Président de la République en mai dernier !

Ce qui veut dire qu'on peut être Président de l'UMP , avec tous les pouvoirs, les privilèges et l'autorité qui s'y attachent, en ne recueillant que 0,001% desdits inscrits ! On peut se demander si la démocratie y trouve son compte...

C'est la même question qui m'est venue à l'esprit en prenant connaissance, dans « Le Monde » du 27 novembre* , de la teneur d'une note du sociologue Eric Keslassy, publiée par l'Institut Diderot – www.institutdiderot.fr – sous le titre : « Une Assemblée Nationale plus représentative ».

On y apprend entre autres que 0,35% des députés ont moins de 30 ans lorque les 20/30 ans représentent 12,4% de la population française.Il y a par ailleurs 26,5% de femmes dans l'hémicycle du Palais Bourbon quand elles sont 51,5% dans le pays.

Plus préoccupant encore : 2,6% des députés sont issus du monde des ouvriers et des employés, alors que ceux-ci représentent 50,2% de notre population...

Enfin, 55% des députés sont issus de la fonction publique contre 45% issus du privé. Pourquoi pas ? Mais il en résulte une injustice de statut qui devrait être corrigée, car un député issu de la fonction publique peut récupérer son emploi après le temps de la politique, alors que le parlementaire venu du privé aura plus de difficultés à réintégrer une entreprise, au même poste et avec le même salaire qu'auparavant.

La démocratie à l'UMP comme à l'Assemblée Nationale a donc encore beaucoup de progrès à faire...

Winston Churchill avait raison d'écrire : "La démocratie est le pire de tous les régimes, à l'exception de tous les autres."



* C'est aussi le 27 novembre que pris d'un malaise à son bureau, le Directeur du « Monde », Eric Izraelewicz,58 ans,est décédé brutalement.Lecteur de ce journal depuis 48 ans, ne manquant que rarement un numéro, j'ai partagé la profonde émotion exprimée par le monde de la presse.L'homme a été salué unanimement par ses pairs comme un modèle de journaliste, et ce qu'il avait entrepris depuis près de deux ans pour redresser la situation du journal était remarquable à tous points de vue.

"Le sermon sur la chute de Rome" de Jérôme Ferrari, Prix Goncourt 2012

Je n'avais pas encore lu Jérôme Ferrari, même si cet auteur, professeur de philosophie, né en 1968 en région parisienne dans une famille corse, a déjà derrière lui quelques sept romans publiés entre 2001 et 2012, et parus successivement chez Albiana (éditeur corse), puis chez Actes Sud.

Je l'avais croisé lors d'un forum littéraire organisé par le quotidien « Le Monde » en ses murs, Boulevard Auguste Blanqui à Paris, où il participait à une table ronde au moment de la sortie, en 2010, de son avant-dernier livre, « Où j'ai laissé mon âme », très bien accueilli par la critique – c'est l'analyse des tourments de deux militaires français tortionnaires durant la guerre d'Algérie –, prix France Télévisions cette année là. L'homme, bien que timide, m'avait séduit par la densité de ses interventions.

Je viens d'achever la lecture de son dernier ouvrage, «  Le sermon sur la chute de Rome », consacré Prix Goncourt 2012.Les avis semblent partagés sur ce livre, et l'auteur lui-même doutait de son succès: « Je pensais que le roman serait un échec, mais j'étais prêt à l'affronter » disait-il au « Monde » dans une interview du 9 novembre.

L'histoire racontée est en elle-même de peu d'intérêt, quoique sordide  : la reprise d'un bistrot corse par deux amis, Mathieu et Libéro, qui laissent tomber à cet effet leurs études de philosophie . Les débuts sont prometteurs, vu l'affluence de la clientèle, mais très vite tout va déraper, alcool, sexe, argent aidant. Le comptoir devient enfer, les espérances sont terriblement déçues, l'abîme inévitable, et l'avenir tragiquement vaincu et annihilé par la bêtise, la médiocrité et la jalousie des hommes .

En réalité, le livre est une invitation faite au lecteur d'engager une profonde méditation autour du conte philosophique qui structure le récit de Jérôme Ferrari.

Il y a au départ l'idée de l'auteur de suggérer que ce bar est comme un                 « laboratoire » des enseignements de Leibniz, philosophe allemand des XVII/XVIIIèmes siècles, pour qui, grâce à Dieu, l'harmonie entre les êtres est universelle - « Tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles « ,dit Pangloss, le personnage de Voltaire dans« Candide ».Pour sa part, l'auteur écrit à propos du bistrot : « On aurait dit que c'était le lieu choisi par Dieu pour expérimenter l'amour sur terre ».

En toile de fond permanente du roman, Jérôme Ferrari oppose à cette vision idéale du monde et des relations humaines, le sermon de Saint Augustin, philosophe et théologien chrétien, prononcé en 410 à Rome (d'où le titre du roman), au moment où la ville est mise à sac, et la civilisation romaine avec, par Alaric, roi des Wisigoths. Il s'agissait pour l'évêque d'Hippone de proclamer la suprématie de la cité céleste quand la cité terrestre, la taverne en l'occurrence, est naturellement un monde funeste, fugace, et grotesque, où toute entreprise humaine est promise à la malédiction et à la décadence : « Ce que l'homme fait, l'homme le détruit. », ou « Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt. ».

Le livre est ainsi un rapprochement qui questionne entre l'effondrement d'une civilisation ancienne et celui du monde d'aujourd'hui (l'histoire comme un perpétuel recommencement). Saint Augustin à nouveau : « Depuis quand crois-tu que les hommes ont le pouvoir de bâtir des choses éternelles ? L'homme bâtit sur du sable.Si tu veux étreindre ce qu'il a bâti, tu n'étreins que le vent. Tes mains sont vides et ton coeur affligé. Et si tu aimes le monde, tu périras avec lui. ».

Seules lueurs d'espoir dans le roman au milieu d'une déroute générale, : d'une part, la soeur de Mathieu, Aurélie, personnage qui demeure de bout en bout lucide et positif, et, d'autre part, le retour de son frère sur le continent, toutes désillusions bues, pour reprendre avec Judith une histoire à peine commencée dans le monde d'avant, celui dans lequel il avait refusé de s'enfermer avec elle pour vivre "autre chose" avec son ami Libéro,  « sans savoir que des années plus tard, la chute du monde qu'il allait bientôt choisir de faire exister le ramènerait vers Judith comme vers un foyer perdu , et qu'il se reprocherait alors de s'être si cruellement trompé de destin. ».

Ce conte philosophique est servi par une puissante, profonde et exigeante écriture, très travaillée, parfois étirée en des phrases d'une longueur exceptionnelle pour creuser le propos, parfois ramassée comme pour acérer le trait.

J'ai aimé ce livre et j'apprécie que le jury du Goncourt l'ait honoré. Une reconnaissance solennelle pour l' auteur, mais aussi pour la maison d'éditions Actes Sud, et pour son fondateur, Hubert Nyssen, disparu il y a tout juste un an (voir mon billet ci-dessous).

A Hubert Nyssen

Il y a juste un an, le 12 novembre 2011, disparaissait Hubert Nyssen,à l'âge de 86 ans.

Belge de naissance, naturalisé français, il fut écrivain et le fondateur en 1978 d' Actes Sud (www.actes-sud.fr) , maison d'éditions qu'il installa, avec 20.000 francs en poche, dans la bergerie d'un mas, au Paradou , un petit village au pied des Alpilles, près des Baux de Provence. Le début d'une belle aventure, qui suscita les moqueries et railleries des éditeurs parisiens, mais aussi leurs menaces - l'un d'entre eux, un important personnage du quartier « germano-pratin »,qui faisait les réputations et les prix, ira jusqu'à lui dire : « Vous n'aurez jamais de prix, et toi, comme écrivain, tu n'en auras plus... », bien qu' Hubert Nyssen se disait aussi de la rive gauche, mais la rive gauche du Rhône... 

L'attribution du Prix Femina étranger 1986 au suédois Torgny Lindgren (pour « Betsabée »), du Prix Nobel de Littérature 2002 à Imre Kertész, auteur hongrois, pour l'ensemble de son oeuvre, du Prix Goncourt 2004 à Laurent Gaudé (pour « Le soleil des Scorta ») - qui fut aussi Prix Goncourt des lycéens en 2002 avec « La mort du roi Tsongor » -, du Prix Goncourt des lycéens en 1996 (pour «  Instruments des ténèbres ») et du Prix Femina en 2006 (pour « Lignes de faille ») à Nancy Huston, auront été dans l'histoire d'Actes Sud , avec quelques autres consécrations littéraires, autant de « coups de canif » aiguisés portés à cette prétentieuse malédiction. Malheureusement, Hubert Nyssen n'aura pas pu fêter avec l'équipe le deuxième Goncourt attribué à Actes Sud, celui de 2012, avec« Le sermon sur la chute de Rome », de Jérôme Ferrari -dont j'ai commencé la lecture -, curieusement annoncé ce 7 novembre dernier devant les médias par le Président du jury, Didier Decoin, sous le titre « Le sermon sur la montagne de Rome »...Mais je suis sûr que depuis cette éternité où il se trouve, avec ses amis de toujours, Max-Pol Fouchet, Albert Cohen, et tant d'autres, Hubert Nyssen aura partagé la joie et la fierté des siens.

Il a beaucoup publié lui-même (j'évoquerai son oeuvre, romans, essais, poésie, dans un autre billet), et avait toujous été hanté par l'édition, qui fait le lien, « presque religieusement » disait-il, « entre qui écrit, et qui lit ce qui a été écrit »,( une sorte d' « éveilleur des livres », disait de lui Anne-Marie Garat, romancière éditée par Actes Sud), concevant son métier comme « l'accompagnement d'un auteur dans tout ce qu'il cherche à dire et pas seulement dans ce qu'il écrit ».

Privilégiant dès le départ la recherche d'auteurs étrangers (pas forcément encore édités en France car jusque là peu connus), Hubert Nyssen « dégota » très vite de précieuses pépites littéraires, à commencer par Nina Berberova et Paul Auster (« Sans ces deux là, aurions-nous pu faire leur place aux autres ? », s'interrogeait-il), pour aller jusqu'à la trilogie du « Millénium » du suédois Stieg Larrson, un succès littéraire et financier considérable.

Grâce à son fondateur et à ceux qui l'ont entouré ( notamment, sa femme, Christine Le Boeuf, traductrice, et sa fille, Françoise, Présidente du Directoire depuis quelques années), Actes Sud, dont le siège a été transféré à Arles en 1983, Place Nina Berberova, se porte bien (65 millions € de chiffre d'affaires en 2011, un catalogue de 10.000 titres).Le lieu compte aussi une librairie, un cinéma, un restaurant , un hammam, avec juste à côté la chapelle Saint-Martin du Méjan dédiée aux lectures publiques, concerts et expositions. Preuve que les défis les plus fous trouvent à se réaliser quand la passion d'entreprendre (plaisir et nécessité sont les deux mots d'ordre de la maison) et l'amour de la littérature s'en mêlent.Ce qui n'empêchait pas Hubert Nyssen de dire au tout début de la saga, comme pour tromper la jalouse concurrence : « Si je publie dix livres, ce serait un plaisir ; cent, ce serait un succès ; deux cents, ce serait inimaginable... ».

Qui ne connaît pas le style inimitable des ouvrages édités par Actes Sud : format allongé inédit ,beau papier vergé, graphisme de couverture très soigné – « mais pas une illustration pour dire que le graphiste a du talent, mais pour éclairer le titre » faisait observer Hubert Nyssen -, toutes qualités qui frappaient l'oeil, donnant envie de prendre le livre, de le « caresser » et de l'entrouvrir ?

J'ai appris à mieux connaître l'homme, à davantage l'approcher,lui et son oeuvre, à la suite d'un article d'une page entière qui lui avait été consacrée dans le quotidien « Le Monde » du 3 avril 2008, sous la signature de Josyane Savigneau.Celle-ci faisait état, entre autres, des « Carnets » qu'Hubert Nyssen publiait sur le net (www.hubertnyssen.com) , sorte de journal au quotidien, toujours consultable à ce jour, pour raconter ses rencontres,ses projets, ses bonheurs, ses lectures, ses émotions, ses mauvaises humeurs (le mistral en prenait souvent pour son grade...mais pas que lui !).

Je n'ai plus quitté depuis ce journal, dont j'attendais impatiemment les nouvelles chroniques, jusqu'à ce jour du 24 janvier 2011, date de parution du dernier billet ,qui pour cause de maladie ne fut suivi d'aucun autre, juqu'à une triste et touchante conclusion de la famille : » Hubert Nyssen nous a quittés le 12 novembre 2011, chez lui, au milieu de ses livres et entouré des siens. Le mistral ne soufflait pas. »

J'ai beaucoup appris de ces lectures, découvrant un être merveilleux, humaniste, attachant, curieux et profondément cultivé.Elles ont grandement inspiré mon existence autour de cette gourmandise qu'Hubert Nyssen avait de connaître et d'aimer les autres, avec ce que cela supposait de richesse à donner et à recevoir dans le partage et l'échange.

La cuisine gersoise "sous les feux de la rampe"

Le feuilleton médiatique de la semaine dernière sur la cuisine gersoise a commencé dimanche 4 novembre avec l'émission « Les Escapades de Petitrenaud », sur France 5 (voir mon billet de septembre).

Il y a été question du château de Projan, hôtel-restaurant 3 étoiles (www.chateau-de-projan.com), installé dans le sud-ouest du département,presque mitoyen avec les Pyrénées-Atlantiques, au coeur des vignobles du Madiran et de l'Armagnac.Aux fourneaux, un chef placide, Richard Poullain, un ancien de chez André Daguin à Auch – grand chef gascon, ardent promoteur du magret de canard -, qui concocta sous l'oeil de la caméra un magret justement, mariné au vin rouge de Saint-Mont, mais aussi un pigeonneau (cuisses et ailes confites dans la graisse de canard), avec une sauce aux raisins, un foie gras aux coings, et encore une poêlée de figues du jardin.

Papilles en éveil, le truculent Jean-Luc Petitrenaud nous a ensuite transportés, à l'heure des vendanges, dans les vignobles de Saint-Mont (www.vins-saintmont.com) , situés sur les premiers côteaux du piémont pyrénéen.Sur 46 communes, 200 vignerons produisent là des vins blanc (cépages Arrufiac, Petit Courbu, Petit et Gros Manseng – des noms savoureux et poétiques !), rouge (cépages Tannat, Pinenc, Cabernet) et rosé, des vins « discrets », dit notre chroniqueur épicurien, qui cependant « chuchotent l'histoire », et « se racontent doucement ».

Au casse-croûte, tenu devant le beau château de Sabazan, l'un des fleurons de l'appellation, on croise une éleveuse de canards mulard (préférés pour la production de foie gras aux canards maigres de Barbarie), et que Jean-Luc Petit-Renaud s'amuse à qualifier de « dame aux canards, un seul mari et 500 canards ».

Feu d'artifice et d 'audience en faveur de la cuisine gasconne : une série de petis sujets, chaque jour de la semaine du 5 au 9 novembre, au Journal de 13 heures de TF1 (jusqu'à 6 millions de téléspectateurs), sur des lieux où dans le Gers on se tient bien à table.Ont été passés en revue la Table d'Oste à Auch – www.table-oste-restaurant.com - ( ah ! son fameux « HamburGers » – un magret de canard coupé en deux pour y déposer en son sein deux escalopes de foie gras, qu'on vient  déguster de toute la France... ),   deux restaurants proches de Toulouse :« L'Echappée Belle » à L'Isle-Jourdain – www.echappee-belle.fr , « Le Puits Saint-Jacques » à Pujaudran – www.lepuitssaintjacques.fr (2 étoiles au Guide Michelin), l'auberge « La Baquère », à Préneron, près de Vic-Fezensac – www.aubergelabaquere.com ,et « Les Caprices d'Antan » à Lannepax – www.aubergelescapricesdantan.com (on n'est pas loin non plus de Vic-Fezensac), auberge tenue par Laurence et Brigitte,deux femmes autodidactes , qui passent indifféremment du « four au moulin ».J'apprécie l'atmosphère, la qualité de l'assiette et le professionnalisme de ce dernier établissement (vérifié, ô combien, par le fait qu'il est le seul à avoir fait un lien sur son site avec la séquence de TF1 le concernant). On y est bien, c'est si bon et le service très efficace .Et il est tellement rare de voir s'asseoir quelques instants à votre table, le temps d'une conversation, l'une des maîtresses des lieux, désireuse de faire connaissance en vous accordant ainsi une attention fort appréciable .

Les chefs ont présenté tour à tour des recettes tirées de leur « botte secrète » (n'est-ce pas d'Artagnan ?) : qui un velouté de potiron avec des aiguillettes de canard au foie gras poêlé ( « La Baquère »), qui une tatin de foie gras, ou une noix de veau du Gers ( élevé sous la mère, bien sûr), rôtie en cocotte, et servi avec une raviole de cèpes et de poireaux fondants à la crème (« L'Echappée Belle »), qui encore (photo ci-dessus) une longe de porc noir de Bigorre à la « sauce du Bon Dieu », à base de vin rouge local (« Les Caprices d'Antan »).

Ces mini-reportages ont séduit, non seulement par l'évocation des mets narrés par les chefs, mais aussi par la beauté des images des plats préparés. L'envie de s'en emparer nous prenait ! Mais l'intérêt des sujets a tenu également à la présence devant la caméra des producteurs locaux et des clients attablés .Je retiens de ceux-ci quelques bons mots consacrant la cuisine, le bien-manger et la convivialité d'ici, (de ce Gers, dont Thibault Lagoutte, chef de « La «Baquère », dit qu'il est « simple, honnête, franc et sincère ») : «  Une « magret party », « Il suffit de se laisser aller », « Les découvertes de la région, ça passe d'abord par la table », «  C'est très goûteux, très tendre, les saveurs remontent », » « C'est divin ! », « C'est fabuleux ! »...

« Cerise sur le gâteau », la presse quotidienne régionale a relayé pendant la même période deux autres informations mettant là aussi à l'honneur la cuisine du Gers : le Prix du meilleur restaurant d'Amérique Latine décerné par le Guide Michelin de là-bas au chef du Sofitel Arroyo de Buenos-Aires, Olivier Falchi, un Gersois, formé à la section hôtelière du lycée Pardailhan d'Auch ! Et enfin la commande passée par deux navigateurs gourmands du Vendée Globe (course à la voile en solitaire de plusieurs mois autour du monde, partie des Sables d'Olonne ce 10 novembre) à la PME SAAG de Seissan de 130 plats issus du terroir gersois, traités en conserves molles (sachets à longue conservation) – pas étonnant lorsqu'on sait que le patron de cette entreprise en pleine expansion fut auparavant à la tête d'un restaurant gastronomique dans le Lot...

N.B. J'ai moi-même toujours eu un bon "coup de fourchette".Dans mes carnets, au fil du temps, j'aurai l'occasion d'évoquer d'autres adresses et d'autres acteurs liés à la gastronomie gersoise.

Amour

Vu le film bouleversant et ravageant de Michael Haneke, « Amour », Palme d'Or du Festival de Cannes 2012, avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva et Isabelle Huppert, tous trois comédiens remarquables et tellement vrais.

Il met en scène, dans un bel appartement bourgeois parisien, dont on ne sortira pas, un couple octogénaire de professeurs de piano à la retraite, dont la femme va connaître un lent et pénible dépérissement physique et psychique, consécutif à des accidents vasculaires répétés.

Nous assistons à la progression inexorable de la maladie, montrée plutôt crûment, presque cliniquement, et accompagnée par un mari tendre, aimant, dévoué, lucide néanmoins, et désireux de réserver à eux deux seulement le poids de cette souffrance et de ce déclin, qui s'accélèrent par étapes, tel un chemin de croix.

« Rien de tout cela ne mérite d'être montré », dit Jean-Louis Trintignant à sa fille, d'autant que les personnages « environnants » (la fille bien sûr,son compagnon, mais aussi les concierges de l'immeuble et le jeune pianiste , formé par Emmanuelle Riva et déjà gagné par le succès), se montrent d'une maladresse insigne face au pire.Le mari les tient à distance, les exclut du « scénario », au point de fermer la chambre à clef et de conserver précieusement celle-ci dans la poche de sa robe de chambre (« Vous n'avez pas à vous en occuper, c'est mon affaire »). Ils n'ont pas de toutes façons d'autres solutions à opposer à celle que le mari a choisi à la demande expresse de son épouse : le maintien coûte que coûte dans les lieux et le refus de l'hôpital ou de la maison de retraite médicalisée. L'appartement devient huis clos, les extérieurs ne sont pas vus, à peine entendus - seul un pigeon, venu de nulle part,vient rompre à deux reprises le pacte de l'enfermement.

Même la musique produite à différents moments du film (« Impromptus » de Schubert, « Bagatelle » de Beethoven, « Choral » de Bach...) est interrompue avant son terme, preuve qu'il est impossible de prolonger la phase culturelle d'avant, qui faisait la richesse identitaire du couple, et dont témoignent la présence dans l'appartement du piano -qui fut l'outil de travail de l'un et de l'autre -, de bibliothèques imposantes et d'oeuvres d'art aux murs.

« Amour » est un immense film d'amour, d'émotion, de douceur,mais aussi de douleur, unissant deux êtres ensemble depuis plus de 50 ans, et qui, malgré la maladie, poursuivent jusqu'au bout leur magnifique histoire (la belle réplique d'Emmanuelle Riva à Jean-Louis Trintignant : « Tu es un monstre parfois, mais tu es gentil »).

Haneke ne cache pas pour autant, et les images sont fortes et difficiles, combien la fin de vie peut être un parcours humiliant et dégradant, rendant d'autant plus lumineux et admirables les gestes et les attentions de l'autre.

La fin du film ne peut être dite, mais elle est à mes yeux comme un vibrant et ultime acte d'amour. 

Mise à jour : le film a raflé cinq Oscars en février 2013 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleure actrice, Meilleur acteur et Meilleur scénario original. Une moisson à le mesure de la grandeur de ce film.

Ma mère

La fête de tous les saints, le 1er novembre, et la Commémoration des fidèles défunts, le lendemain, sont des moments de recueillement à l'égard des êtres disparus.Je ne cours pas pour autant fleurir les cimetières, mes tombes à moi se trouvant trop éloignées de mon lieu de vie.Mais je n'en pense pas moins avec émotion à celles et ceux qui ne sont plus et qui à un titre ou un autre m'ont été chers : relations professionnelles, amis, parents...

Au firmament du souvenir : ma mère, Rose, partie le 24 mai 1956 dans sa 31ème année, emportée par une leucémie, et laissant derrière elle six enfants en bas âge, dont moi le second, qui n'avais pas encore huit ans...

N'y a t'il pas pire injustice, pire frustration, que d'être privé aussi tôt, aussi brutalement, de cette affection maternelle, si indispensable à la construction et à l'épanouissement d'un individu ? Et que dire de ce que j'ai toujours éprouvé : le sentiment malheureux, presque honteux, de n'avoir jamais connu ma mère, de n'avoir conservé dans ma mémoire aucune image d'elle, pourtant si belle, aucun son de voix, pourtant si douce, aucun toucher (ses caresses, ses baisers aimants n'ont pas dû manquer cependant), aucune odeur (et pourtant qu'une mère est odorante pour un enfant, ne serait-ce qu'en raison de sa proximité charnelle), rien, rien d'elle, sinon ce qu'on m'en a rapporté et ce que les photos d'elle veulent bien m'en dire ( voir ci-dessus).

« Avec l'amour d'une mère, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais...On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. », écrivait Romain Gary ( «  La promesse de l'aube » - Gallimard, 1960). C'est si vrai...

Bien sûr, j'étais très, trop, jeune, et incapable de comprendre et de« mesurer » cette disparition . Bien sûr, sa vie fut courte, encore abrégée par des absences fréquentes, maladie oblige.Bien sûr, l'interdiction faite par le père à ses enfants (il n'a pas été à une erreur près...) d'être présents à l'église puis au cimetière d'Amiens avait rendu encore plus irréelle et hypothétique pour eux cette absence pourtant considérable.Bien sûr,ma famille maternelle sut m'entourer d'une affection telle qu'elle dissimula longtemps à mes yeux, à mon coeur, le tragique de cette perte.

Ma mère fut en quelque sorte une « morte idéale » puisqu'elle n'a suscité chez moi pendant longtemps aucun chagrin, aucune souffrance, aucun regret, et je viens d'expliquer pourquoi.

Peu à peu, mais beaucoup plus tard, l'absence « prit chair », au gré notamment des évènements que je traversais, heureux ou malheureux, où j'aurais tellement souhaité sa « résurrection » : mes deux mariages successifs, la naissance de mon fils, mes réussites ou mes déboires professionnels.....Au demeurant, je pris conscience, qu'à défaut de réapparaître, et tout mysticisme mis à part, ma mère, depuis l'au-delà, me protégeait du pire et me conseillait dans les choix de vie à faire.

Sa présence "revit" aussi par les « reliques » recueillies auprès de la famille et qui parlent d'elle : un cahier de classe de l'année 1935, si émouvant, où ma mère, qui avait dix ans, excellait en orthographe, en collectionnant les dix points sur dix et les « Très Bien ».L'écriture était déjà belle, déliée, soignée, comme celle que j'ai retrouvée dans quelques lettres récupérées, écrites au cours de ses trois dernières années (1953/1956), où elle demande des nouvelles des uns et des autres, en donnant de sa santé et de ses enfants    (« Les grands sont à dresser. Changeront-ils bientôt, espérons-le ! », écrit-elle...), avec cette générosité, cette gentillesse, cette attention aux autres, qui la faisaient considérer comme une « sainte » par tous ceux qui l'avaient approchée.Les photos de Rose en ma possession , petite ou adulte, témoigne également de cette attitude rayonnante et disponible qu'on lui prêtait.

Que n'en ai-je profité, et même abusé ! Elle me manque rétroactivement terriblement, cruellement...Elle aurait aujourd'hui 87 ans, et je l'imagine parfois à mes côtés, vieille et fatiguée sans nul doute, mais heureuse d'être là , au milieu des siens, rattrapant avec nous le temps perdu des 56 dernières années...

 

« La mort n'est jamais complète

Il y a toujours

Au bout du chagrin

Une fenêtre ouverte

Une vie, la vie à se partager. »

Paul Eluard

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marie Perdreau de Perthuis | Réponse 24.11.2013 18.00

Quel talent! Merci pour ce moment d'émotion intense...

Thierry Decrock 29.11.2013 14.52

Je n'avais pas prêté attention jusqu'alors aux messages liés à mon blog.
Ayant découvert le vôtre aujourd'hui, je voulais vous en remercier. Bien à vous.

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

...
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