Points de vues du Gers Carnets

Le Gers dans "Le Monde"

Dans son édition du 27 décembre, page 18, le quotidien "Le Monde" suggère, dans un article signé Martine Picouët, "Cinq endroits pas comme les autres pour basculer vers 2013".

 Soit saluer la nouvelle année sous le phare du Creach sur l'île d'Ouessant, soit festoyer de 20 h. à 6 h. du matin (!)  dans la grotte de Lombrives à Tarascon-sur-Ariège, la plus vaste d'Europe, soit danser la nuit entière dans la discothèque la plus haute du monde (2.100 m.), à Tignes en Savoie, soit prendre le bain de minuit rituel en Guadeloupe.

 Ou encore, participer à Viella, dans le sud-ouest du Gers, (voir www.plaimont.com) aux vendanges tardives du Pacherenc du Vic Bilh ( quel nom sympathique !), un vin liquoreux connu pour ses arômes de miel, d'épices et de fruits exotiques, dont l'onctuosité et la belle ampleur font merveille à l'heure de l'apéritif ou pour accompagner un foie gras.

 C'est un édit de 1745 qui a interdit de récolter le pacherenc avant le 4 novembre de l'année. Mais les vignerons ont reculé le calendrier encore plus loin en organisant la cueillette des raisins le 31 décembre, invitant les populations locales et les gens de passage à contribuer dans un esprit de fête à la vendange nocturne – même si la production attendue se borne à 5 hl par hectare.

 Jusqu'à l'heure dite, des filets et des messages sonores appropriés s'évertuent à protéger les précieux raisins confits (on dit aussi passerillés) des étourneaux, grives, merles et autres oiseaux gourmands.

 Avant comme après l'évènement, Viella vibre toute la journée d'animations, dans une ambiance éminemment populaire et chaleureuse : casse-croûte le matin, histoire de se "mettre en jambes", et "en bouche" aussi bien sûr, avec découverte et dégustation des vins du pays, échanges avec les vignerons, confection de croustades, une gourmandise incontournable du Gers (pâtes feuilletées aux pommes, dit aussi pastis gascon), exposition d'artistes locaux et d'artisans d'art, jeux, balades en calèche…Puis déjeuner vigneron, en attendant à 17 h., la Pastorale en l'honneur de la civilisation de la vigne -sur le thème "L'abus de Pacherenc peut donner des idées bizarres"...-, avec bénédiction des fruits du terroir dans l'église du village. A 19 h., retraite aux flambeaux, et dans la foulée, la fameuse vendange tardive, puis deux grands réveillons dansants, l'un sur la place de Viella, l'autre au château de Crouseilles, haut lieu de production du Madiran, avec des menus dignes de la gastronomie gersoise et de Pantagruel ! - par exemple, pressé de foie gras mi-cuit aux figues , tatin d'oie confite, granité d' Arrufiac (cépage de vin blanc du sud-ouest), mariés avec  les grands vins locaux (Pacherenc, Madiran, Saint-Mont, Armagnac...).

 Les places sont prises d'assaut, tout est très vite complet.

 A défaut d'y être cette année, nous nous sommes promis, mon épouse et moi, de ne pas rater le rendez-vous du 31décembre 2013 !

 Il faudra sans doute s'y prendre encore plus tôt que les autres années, car "Le Monde" aura donné à cette fête un vrai supplément de notoriété, d'autant que sur les trois photos qui accompagnent l'article, celle illustrant les vendanges du Pacherenc (jeune femme cueillant le raisin) occupe de manière éloquente la plus belle place ! 

Poème

La fin d'une année est l'occasion de classer des documents laissés en l'état depuis longtemps. On trie, on jette, ne retenant que l'utile et l'agréable. Cette opération "nettoyage" révèle son lot de surprises, car des souvenirs, des émotions, et non des moindres, resurgissent au gré des papiers exhumés.

 Par exemple, un poème, estampillé "Rennes /1973", le seul que j'ai écrit de ma vie – j'avais 25 ans – que j'ai redécouvert ces derniers jours.

 Le relisant attentivement, j'ai tenté de me rappeler ce qui avait pu provoquer ces quelques vers. Il a indubitablement pour origine la rencontre d'une femme, rencontre sans doute fugace puisqu'aujourd'hui, quarante ans après, je ne sais l'identifier (croisée ? vue ? entrevue ? entraperçue ?...). Elle suscita chez moi un trouble si fort et une menace pour mon "ordre établi" –  bien que jeune, j'étais déjà marié depuis quatre ans, père d'un garçon de 3 ans, et m'apprêtais à prendre mon premier emploi en Bourgogne après des études supérieures en Bretagne - que la fin du poème en appelle à la fuite et au renoncement.

 Je me souviens avoir "couché" ce texte sur le papier d'un seul jet, preuve que la brûlure m'incendiait de toutes parts, et qu'il me fallait l'exorciser.

Je l'ai ensuite "tapé à la machine" (la machine à écrire d'avant l'ordinateur, avec son fameux retour chariot...) pour l' "immortaliser".

Le voici ci-après, tel quel, sans prétention aucune, sauf celle de conserver trace d'une émotion particulière à un moment de l'existence :

 

"Je tutoierai mon rêve afin de mieux le caresser

Et bercerai de silence cette nuit d'été

Où va mon songe à la dérive

Noyé du parfum qui m'arrive

De ton souvenir

De mon délire

 

Reine d'un soir et d'hier retrouvé

Majesté de pensées remuées

Je sourcille à te voir paraître

Auprès de qui t'a vu naître

Heureuse d'une aventure

Hélas sans lendemain qui dure

 

Provoquer mon oubli ou le faire durer

Réveiller une année et l'interroger

Je me souviens et il me coûte

De chahuter mon doute

D'armer mon corps de fièvre

Comme pour te brûler la lèvre

 

Ressaisir ma mémoire pour ne plus la trahir

Retenir ma passion et la fuir

Muer ta voix et maquiller ton sourire

Ne plus m'y meurtrir

N'en plus souffrir

En mourir ! "

Inégalités

L'affaire Depardieu a fait rebondir, une fois de plus, le problème des écarts de situation entre riches et moins riches, et de leurs contributions fiscales respectives au budget de l'Etat .

 En soulevant aussi à nouveau la question des inégalités dans notre pays.

 Reconnaissons qu'elles demeurent criantes au plan des revenus hier comme aujourd'hui – comme aux plans de l'accès à l'éducation, à la formation, à l'emploi, au logement, aux soins…

 Quand on évoque les gains énormes et indécents de tel comédien ou de tel footballeur ( il reste quand même à Depardieu après impôts 8.000 € par jour sans compter la possession d'un très riche patrimoine –dont un hôtel particulier de 1800 m2, dans le chic arrondissement du 6ème à Paris, qu'il met en vente à hauteur de 50 millions € - quant à Zlatan Ibrahimovic, il perçoit de son club de football, le Paris Saint-Germain, une rémunération annuelle de 14 millions €, net d'impôts), leurs défenseurs vous répondent : "Mais c'est un comédien remarquable, un joueur exceptionnel, et il est normal que leur immense talent soit récompensé à leur juste mesure". Et alors, il y a aussi des ouvriers exceptionnels ou des employés remarquables, et leur talent à eux ne vaut pas plus qu'un SMIC, un SMIC et demi ?

 Le gouvernement vient justement d'entériner une augmentation "mécanique" et sans "coup de pouce" du SMIC, qui atteindra au 1er janvier prochain 1.430 € brut par mois pour 35 heures de travail – soit 466 € de plus que le seuil de pauvreté qui est à 964 € pour une personne seule…..Cette "revalorisation" dérisoire (+ 0,3%)  ne représente même pas 3 centimes d'euro brut par heure ! C'est aussi indécent que le montant des fortunes de certains. Comment un gouvernement qui se veut de gauche peut se satisfaire de l'aumône ainsi consenti aux plus petits salaires ?

 S'agissant de la pauvreté en France, la dernière enquête de l'INSEE – elle est de 2010, et la situation n'a pu depuis que s'aggraver – constate que notre pays compte 8,6 millions de pauvres, soit 20% des enfants et des jeunes de moins de 18 ans, 22% des 18-24 ans, 20% des non-diplômés, un tiers des habitants des zones urbaines défavorisées, un tiers aussi des familles monoparentales, et plus de 36% des chômeurs…Et le taux de pauvreté est plus élevé qu'il y a vingt-cinq ans !

 Dans sa chronique du "Monde " du 12 décembre dernier, Gérard Courtois, écrit sur le sujet : "Jean-Paul Delevoy, Président du Conseil économique, social et environnemental, était plus alarmant encore, il y a un an. En effectuant des rapprochements avec le nombre des exclus bancaires, les personnes traitées par les commissions de surendettement, celles qui font l'objet de retenues de salaires, etc, il estimait qu'il "y a aujourd'hui 12 à 15 millions de personnes pour qui les fins de mois se jouent à 50 ou 150 € près."

 En face, si j'ose dire, les patrons du CAC 40 (c'est l'indice boursier qui est établi à partir du cours des actions de 40 grandes sociétés – Total, LVMH, Sanofi-Aventis, Danone, L'Oréal…) affichaient en 2011 des rémunérations en hausse de 4% (à comparer avec le + 0,3% du SMIC…), se situant à 4,4 millions € annuels en moyenne, soit donc  plus de 360.000 € par mois et l'équivalent de 256 SMIC…Sans compter bien sûr les nombreux avantages matériels qui s'attachent aux hautes fonctions exercées…

 Quelques exemples des dirigeants les mieux payés – à couper le souffle ! - : Maillot jaune : Maurice Lévy, PDG de Publicis, près de 20 millions € annuels ; le Poulidor de la course, Carlos Ghosn, PDG de Renault, plus de 13 millions ; le troisième lauréat, Bernard Charles, PDG de Dassault Systèmes, près de 11 millions ; le quatrième, Bernard Arnault, PDG de LVMH, près de 11 millions € aussi, par ailleurs première fortune française (lui également, comme Depardieu, veut filer en Belgique), et cinquième du hit-parade, Jean-Paul Agon, PDG de L'Oréal, près de 8 millions €. Rappelons que le salaire moyen en France en 2010 était de 2.764 € brut.

 Et pourtant que lit-on sur le fronton de nos mairies et de tous les autres bâtiments officiels ? "Liberté, Egalité, Fraternité", des mots magiques, hérités de la Révolution française, devise officielle de la République française depuis la fin du XIXème.

 Sur l'égalité, il reste donc beaucoup à faire….

La Ronde des Crèches du canton de Miradoux

Après deux tristes billets, en voici un plus réjouissant.

 A une vingtaine de kilomètres au nord-est de Fleurance, se déroule en ce moment (du 8 décembre au 13 janvier) la 18ème édition de "La Ronde des Crèches" – www.larondedescreches.org - qui relie neuf communes du canton gersois de Miradoux, présentant chacune une crèche thématique, cette année autour de la bande dessinée (après les thèmes des capitales européennes et des films célèbres en 2010 et 2011).

 Inspirée de ce qui se fait à La Havane, cette ronde sympathique et populaire – le thème 2012 est particulièrement attractif pour les familles et les enfants - voit passer bon an mal an 25.000 visiteurs qui, en voiture ou en car (du 32, du 31, du 82, du 47,entre autres) font les soixante kilomètres du circuit fléché dans une ambiance très bon enfant.

 Pas moins de 200 bénévoles oeuvrent à la conception et à la réalisation des crèches, avec ce que cela suppose d'imagination et de talents techniques. Chapeau les artistes !

 A Sainte-Mère, crèche d'Astérix et Obélix (photo ci-dessus), c'est le Président de l'association locale qui réglait lui-même la circulation embouteillée en ce dimanche 16 décembre. Badge "So Gers" sur la poitrine, et béret rouge sur la tête, il "portait en bandoulière" cette bonhomie , cette gentillesse et cette jovialité propres aux gascons, affichant clairement sa satisfaction de recevoir autant de monde, et d'être au cœur de l'évènement.

 Autres héros de B.D.rencontrés : Gaston Lagaffe à Miradoux, Tintin à Saint-Antoine, les Schtroumpfs à Peyrecave, Lucky Luke à Sempesserre, Bécassine à Castet-Arrouy (prononcer "Casse-tête Arouille"), Boule et Bill à Gimbrède, le Marsupilami à Flamarens et Michel Vaillant à Plieux.

 Et puis quel esprit fédérateur et mobilisateur derrière cette Ronde ! Les églises des villages concernés ouvertes pour la circonstance (c'est si rare), les restaurateurs en première ligne, avec les producteurs de vin et les fermes de foie gras et de canards. Et toutes sortes d'animations programmées : expositions-ventes de produits artisanaux, marché de Noël, spectacles pour enfants, animations de rue ( danses folkloriques, défilé de voitures anciennes , démonstration de taille de pierre - le 6 janvier à Saint-Antoine), concerts…

 Enfin, quelle belle occasion pour découvrir ou re-découvrir ces villages authentiques de la Lomagne (certains situés sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle), ainsi que les superbes paysages environnants et le patrimoine des lieux traversés : à Flamarens, une cité qui a la chance de pouvoir compter sur une active association des Amis, château du XV°, église du XVI° ; à Miradoux , chef-lieu du canton, l'une des plus anciennes bastides du Gers (1253), église-forteresse des XIV/XV°- www.tourisme-miradoux.net   ; à Plieux, ancien village fortifié, château gascon  du XIV°, qui se visite de juin à septembre, www.renaud-camus.net/chateau-de-plieux/ ,lieu de vie de l'écrivain Renaud Camus , avec un fonds Marcheschi, artiste français contemporain bien connu pour sa technique picturale si particulière, à base d' usage extensif de la flamme, des flambeaux, de la bougie, de la cire et de la suie – www.marcheschi.fr ; à Sainte-Mère, château gascon du XIII°, résidence des évêques de Lectoure jusqu'à la Révolution, racheté par un anglais qui entreprend de le rénover, tout en proposant chaque été un festival musical de grande qualité – www.saintemerefestival.net  ; Saint-Antoine, peut-être le village de la Ronde des Crèches que je préfère,- www.saint-antoine-gers.com -car il porte une histoire transcrite plaisamment dans son bâti, avec la construction et la gestion par les moines antonins d'un "hospital" du XII° au XVIII° , avant que ne leur succèdent pour une douzaine d'années les Chevaliers de Malte . Prévoir aussi une légère incursion en Tarn-et-Garonne, à hauteur de Peyrecave, pour visiter l'église de La Chapelle (XII°-XIII°) , dotée d'un splendide intérieur de style baroque XVIII°, débordant de luxuriance et de boiseries remarquables.

 Ainsi, à partir d'une belle idée, et sans beaucoup de moyens, mais avec un fort volontarisme local, il est démontré qu'on peut "chaîner" et dynamiser un petit canton rural de 2.000 habitants.

 

N.B. A noter aussi, en cette période de fêtes, la formidable exposition-vente de 20.000 santons provençaux au château de Lavardens (à 20 minutes de Fleurance) – www.chateaulavardens.com

Jubeau

Notre chien, Jubeau, est mort ce 14 décembre.

Il avait 13 ans et demi, et partageait notre existence depuis un peu plus de huit ans.

 J'étais à l'étage de notre maison quand je l'ai entendu hurler à quatre ou cinq reprises, avec une intensité telle que j'ai tout de suite mesuré l'ampleur et la brutalité de la douleur qui l'assaillait – probablement une crise cardiaque, ou un AVC, ou une perforation interne.

Le temps de descendre, il avait rendu son dernier souffle, et je l'ai trouvé là au pied de l'escalier, déjà raide, agitant encore nerveusement une patte arrière et le museau.

 Mon épouse et moi sommes infiniment accablés et inconsolables, la soudaineté de l'évènement rendant notre chagrin encore plus profond.

 Comme notre précédent chien (Edito, par référence à ma passion pour l'information et l'écriture), nous avions pris Jubeau à la SPA, histoire d'en sauver un parmi tant d'autres, et de lui re-donner de l'affection, celle perdue à la suite d'un abandon ou de mauvais traitements.

 Faire le tour du refuge avant de choisir est un calvaire pour qui aime les chiens.

Les animaux sont là devant vous, agrippés à la grille de leurs cages (leurs "prisons"?), aboyant et couinant à qui mieux mieux pour attirer votre attention, et vous dire "Prends-moi, sauve-moi, aime-moi, tu vois je suis le plus beau, le plus gentil !".

 Jubeau, lui, nous ne l'avions pas remarqué lors d'un  premier passage devant son enclos. En fait, il était en compagnie d'un chien dominant qui l'éclipsait. Lors d'un second tour, le chien dominant avait été sorti pour être présenté  à un éventuel nouveau maître. Et nous avons eu alors un véritable "coup de foudre" pour celui qui allait désormais accompagner notre vie : il était seul, discret, presque résigné. Il était à la SPA depuis deux ans, et cette longévité exceptionnelle – on les pique en général plus tôt -, était due sans nul doute à sa gentillesse qui lui avait permis de retarder l'échéance -une gentillesse qui l'empêchera d'être un véritable chien de garde, et tant mieux.

 Nous avions repéré aussitôt sa fière allure, son chic quasi-aristocratique –il pouvait en remontrer à bien des canidés de race -, malgré des origines bâtardes qui faisaient de lui un croisé labrador-setter. Le blanc de son poitrail et du bout de ses pattes, sur un poil tout brun, et sa démarche svelte et calme ont fini de nous conquérir. Je garde un souvenir précis du voyage en voiture pour le ramener à la maison: il trônait à l'arrière, avec les enfants, gueule grande ouverte et  langue déployée, comme s'il souriait, conscient de la belle aventure qui s'offrait dorénavant à lui. Il portait alors un nom fâcheux :" Jumbo", celui d'un éléphant de cirque célèbre au XIX °.Il n'a pas été difficile de le muter en Jubeau, pour conserver la même consonance phonétique.

 Il fut donc notre compagnon de route de 2004 à aujourd'hui, un compagnon agréable, fidèle , jamais envahissant, sobre de comportement, et en même temps nous témoignant une affection sans bornes, que nous lui rendions bien. Bref, une belle histoire d'amour, comme en connaissent tant de gens avec leurs animaux. Nous ignorions tout de son vécu d'avant, mais avions pu remarquer qu'il avait pour les petits enfants et les bébés une tendresse particulière, les approchant avec une infinie précaution – c'était quand même une grosse bête - et les surveillant du coin de l'œil avec un sens aigu du devoir dont il se sentait investi à leur égard. Nous avions compris qu'il avait dû dans le passé évoluer dans un milieu familial qui comptait des enfants.

Nous avions pris conscience aussi qu'il avait dû souffrir d'abandon, par sa manière de gérer pour son compte les deux déménagements que nous avions effectués avec lui, l'un pour se rendre du Limousin en Bourgogne, l'autre pour aller de la Bourgogne au Gers : il s'asseyait en un endroit précis, qu'il ne quittait plus, là où les déménageurs et nous-mêmes passions et repassions, de manière à ne pas se faire oublier, d'être en quelque sorte incontournable, au même titre que les meubles et la vaisselle. Et lorsque la maison était enfin vide et délesté de tout son contenu, son inquiétude était à son paroxysme. Il nous suffisait alors de lui ouvrir la porte de la voiture pour la dissiper, et je n'ai jamais vu Jubeau monter dans une automobile avec autant d'empressement et de célérité !

 Jusqu'au bout, il aura conservé sa tendre proximité à notre égard et son élégance naturelle - rehaussée par le port d'un bandana autour du cou,dont la couleur et les motifs étaient choisis par mon épouse. Pour autant, l'âge avancé qui était le sien ( il était selon le vétérinaire centenaire, car à l'effet multiplicateur par 7 – 13 ans x 7 = 91 ans - , il fallait ajouter quelques années de plus pour tenir compte de sa taille et de son poids ) lui causait quelques désagréments, d'ordre mécanique et également cérébral -par exemple, il avait récemment attrapé une peur bleue de l'enfermement, ainsi qu'une tendance à commettre une cinquantaine d' "entrer-sortir" par jour ( un coup de patte sur la vitre formalisant la demande), soit autant d' allers-retours incessants entre la volonté de s'éloigner, comme s'il entendait revenir à la vie primaire de l'animal - d'où souvent ces derniers temps les nuits à la belle étoile - , et celle de revenir à la "civilisation", dans la maison, près de nous . Il n'en demeurait pas moins le beau et bon Jubeau de 2004, et sa voracité à manger sa gamelle quotidienne, y compris le jour de sa mort, témoignait d'une santé encore correcte. Jubeau, une "vie de chien", "malade comme un chien" ? Au grand jamais, car nous avons su, je crois, le rendre heureux pendant toutes ces années, et apaiser sur la fin les maux de sa vieillesse.

 Adieu, Jubeau !

Jacques Rigaud

Dans mon précédent billet ( « Influences »), j'évoquais la figure de quelques professeurs qui ont compté dans ma formation et dans ma construction d'homme.

D'une autre manière, plus tardive, mais tout aussi contributive, la personnalité et les actions de Jacques Rigaud auront éclairé mon regard sur l'existence et sur les autres.Il fut pour moi à ce titre un « maître de vie » , une expression qui lui était chère.

J'en parle aujourd'hui car Jacques Rigaud vient de mourir à 80 ans, le 6 décembre dernier.

Il était de la race « grand monsieur », un esthète, un esprit raffiné, pétri d'humanisme et de culture, pourvu d'un sens profond de l'intérêt général.

Il n'était pas connu du grand public. Ce n'était pas nécessaire, son terrain de prédilection pour faire avancer ses idées et ses projets étant les milieux politico- institutionnels, médiatiques, économiques, associatifs, dont il cultivait les réseaux avec soin .

Il n'aimait pas qu'on parle de carrière à son sujet, préférant parler, lui , de choix professionnels passionnants.

Plantons son «décor » : ENA, Conseil d'Etat, cabinets ministériels : Directeur du Cabinet du Ministre Jacques Duhamel, d'abord à l'Agriculture (1969-1971) puis aux Affaires Culturelles (1971-1973), Chargé de Mission auprès de Jean-François Poncet, Ministre des Affaires Etrangères (1978-1979).

L'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture), en qualité de Sous-Directeur général de 1975 à1978.

Puis les médias : Président de la radio RTL durant 20 ans, de 1980 à 2000, prenant parallèlement, de 1981 à 1986, la Présidence de l'Etablissement Public du Musée d'Orsay chargé de la mise en place dudit Musée, ouvert fin 1986 dans cette gare qui a échappé à la destruction grâce à l'énergie déployée par Jacques Rigaud, et quelques autres, pour l'empêcher.

Il fut aussi essayiste et romancier, et j'ai personnellement lu, et relu, plusieurs de ses ouvrages, sources infinie s de méditation sur un itinéraire exceptionnel, sur le sens de la vie, sur les êtres, sur l'amitié, l'amour, la foi, les générations, la transmission de valeurs et de mémoire, le pouvoir et les médias... : « Le Bénéfice de l'âge » - 1993, Editions Grasset ; « Un balcon sur le temps – 1999, Editions Grasset ; « Les Deniers du rêve, Essai sur l'avenir des politiques culturelles -2001, Editions Grasset ; « Vivre à propos » - 2005, Editions Grasset ; «  Le Prince au miroir des médias, Machiavel 1513-2007 – 2006, Editions Arléa ;«  Les âges de la vie, Entretien avec Pierre-Michel Menger, Directeur de Recherches au CNRS – 2008, Editions de l'Aube -voir photo couverture ci-dessus ; « Quand les ombres s'allongent, Petit traité de sagesse et d'impatience à l'usage des générations montantes » - 2010, Editions de Fallois ( en dédicace, Jacques Rigaud avait écrit pour moi : « Quand les ombres s'allongent, l'espérance demeure. »).

Il aurait pu se tourner vers la politique, mais il préférait l'influence au pouvoir, ce monde d'adversités, où le camp d'en face a nécessairement toujours tort, qui ne vous accorde aucune liberté et aucun répit.

En fait, c'est « le service de la culture », des mots à lui, qui devait très tôt le passionner et le mobiliser, au point de devenir au fil des années et de l'expérience un des grands penseurs et praticiens de la politique culturelle française. Une référence en quelques sorte.

Sa trajectoire professionnelle, rappelée rapidement plus haut, lui aura souvent donné l'occasion de s'investir au nom de l'art et de la création.

Mais Jacques Rigaud eut à côté bien d 'autres opportunités de le faire, ayant choisi de se réaliser complètement dans la culture, vie privée et vie publique confondues.

Il aura consacré plusieurs livres à la question culturelle et rendit pour le compte de Ministres de la Culture quelques rapports qui firent autorité, notamment l'un en conclusion d'une Mission pour une refondation de la politique culturelle française (1996) , et un autre sur l'inaliénabilité des collections publiques en France (2008), qui évita le projet funeste de Nicolas Sarkozy de permettre la vente de nos grandes oeuvres nationales.

Partisan de la décentralisation culturelle du territoire, Jacques Rigaud fut à l'origine du concept des centres culturels de rencontres, lieux de mémoire et de création – il présida lui-même celui de Villeneuve-lez-Avignon, Centre national des écritures de spectacles -, de la création des orchestres régionaux et du transfert du TNP à Lyon-Villeurbanne.

Il présida le Fonds régional d'art contemporain (FRAC) d'Aquitaine de 2000 à 2006, et siègea dans maints conseils- la Fondation nationale des Sciences Politiques (où il enseigna aussi durant 29 ans), Bayard Presse (1986-2006), les Fondations de La Poste et du Crédit Agricole « Pays de France », l'Institut national de l'Audiovisuel (INA), le Festival de Cannes...

J'ai eu le plaisir de croiser sa route dans le cadre des activités de l'ADMICAL, association pour le développement du mécénat industriel et commercial, qu'il créa en 1979 et présida pendant 29 ans.

Il fut à la tête de cette structure un ardent et infatigable avocat du mécénat d'entreprise, convaincu que le monde de l'entreprise et celui de la culture, pourtant si étrangers l'un à l'autre, avaient des passerelles à créer entre eux.Il y réussit si bien que le mécénat s'est étendu peu à peu à bien d'autres domaines que la culture et le patrimoine, pour intéresser l'éducation, le social, la santé, le sport, l'environnement, la recherche, la solidarité internationale, et concerner désormais 35.000 entreprises et 2 milliards € d'engagements.

C'est à l'époque où j'étais le Conseiller d'un Président de Chambre de commerce et d'industrie, lui même désireux de rapprocher l'entreprise de la culture - à noter qu'un tel comportement de la part d'un Président de compagnie consulaire est fort exceptionnel car dans ces milieux on est plutôt «  brut de décoffrage » , hermétique à l'art, et peu cultivé -, que j'entendis parler de l'ADMICAL.

Je devins assez vite Correspondant régional en Limousin de cette association, puis en Bourgogne, puis en Midi-Pyrénées et enfin en Aquitaine.

D'où mes rencontres et mes échanges avec Jacques Rigaud au gré des années 1998-2011.

Je fus séduit par l'homme et son discours.

Quel verbe, quelles convictions, chez ce chantre du mécénat, toujours bien mis, noeud papillon compris, lunettes rondes, yeux malicieux et pétillants !

Et quelle goumandise au sens propre comme au figuré !

Il se disait hédoniste, amoureux de la vie, précisant toutefois avoir « toujours eu besoin d'une rigueur, d'une exigence, même si je maintiens souvent à distance des préceptes d'une bonne conduite au sens le plus élevé du mot ».

J'ai le souvenir d'un petit-déjeuner de l'ADMICAL au siège de RTL,rue Bayard à Paris.Jacques Rigaud et ses oeufs à la coque : quel beau spectacle de fine-gueule !

J'ai eu aussi l'insigne avantage en 2011 de déjeuner en sa compagnie, celle de sa femme (un peu avant sa disparition) et de deux de ses amis, dans sa résidence secondaire du Pyla. Un instant charmant, délicieux, privilégié, où l'humour de Jacques Rigaud l'a disputé à son intelligence, dans une conversation que j'aurais voulu en ce moment là voir s'éterniser.

Jacques Rigaud est parti...Il restera intact dans mon souvenir jusqu'à la fin de ma vie pour les vertus qu'il incarnait : humanisme, tolérance, mesure, courtoisie, liberté d'esprit, sagesse, honnêteté (au sens de l'honnête homme du XVII°), curiosité, culture... 

J'irai le moment venu me recueillir sur sa tombe au cimetière d'Arcachon, où il reposera pour l'éternité au côté de son épouse Dominique.

 

N.B. Ces quelques lignes de Jacques Rigaud dans "Le bénéfice de l'âge" : "Je préfère à tout prendre le sort de l'arbre rongé de l'intérieur, mais de belle apparence, et qui cassera net un soir d'orage, à la condition de celui qui expose sans pudeur aux regards les signes d'une lente décadence."

Influences...

Chacun dans son parcours de vie croise des individus qui vont compter, en terme d'influences, dans ses choix de trajectoire.

C'est vrai notamment du milieu scolaire où certains enseignants, de par leur personnalité, leur passion pour la matière professée, leur intelligence pédagogique, leur culture, ont pesé favorablement sur notre itinéraire.

Mais ils sont trop rares, ce qui veut dire que nous avons eu à affronter malheureusement beaucoup de « mauvais » enseignants qui, eux aussi, ont joué un rôle, mais celui-là funeste, dans votre formation et votre développement de l'esprit, vous dégoûtant à jamais de telle ou telle discipline, au point de faire de vous dans lesdites disciplines un cancre de la plus belle espèce. Je pense que mes faiblesses et mon peu d'engouement dans le domaine des sciences en général, ou des langues, sont nés de ces rendez-vous scolaires ratés.

Raison de plus pour remercier et rendre hommage à ceux qui ont éveillé ma conscience et excité ma curiosité tout au long de mes études scolaires.

Ils sont trois dont je me souviens bien.

D'abord Monsieur Legros, un instituteur en blouse grise, un « hussard de la République » - une expression qui a eu cours à la fin du XIXème au moment du vote des lois de Jules Ferry rendant l'instruction obligatoire, gratuite et laïque ( Charles Péguy avait déjà parlé, lui, des « hussards noirs », en raison de la couleur à l'époque de l 'uniforme des jeunes maîtres des années 1880).

Monsieur Legros - « Monsieur l'Instituteur «  disait-on, avec un profond respect pour ce qu'il représentait -, était un brave homme, craint et aimé tout à la fois par ses élèves. J'en étais - c'était à Fouquereuil, dans le Pas-de-Calais -, et je devais avoir alors une dizaine d'années.Je le vois encore, sur son estrade, ou arpentant les allées de notre classe, une longue baguette flexible à la main, signe d'autorité quasi-militaire, mais aussi instrument pour montrer les choses sur le tableau noir ou sur les cartes géographiques murales qui nous faisaient rêver de lointains inaccessibles. Je lui dois beaucoup pour mon « dépucelage » cérébral, même si j'étais plutôt un  garnement indocile, frondeur et encombrant. Merci, Monsieur Legros. Même si ma grand-mère maternelle, à qui j'avais été momentanément confié, me disait souvent que Monsieur l'Instituteur regrettait que je ne voulais pas en faire davantage, alors que j'avais selon lui de réelles capacités.Un jugement que d'autres professeurs, au fil de ma scolarité, reprendront à leur compte.

Visitant le formidable Musée de l'Ecole Publique à Saint-Clar ( www.musee-ecole-publique.fr ), j'ai ressenti une forte émotion dans la salle de classe reconstituée telle qu'elle était dans les années 50, copié-collé de celle que j'avais fréquentée. N'y manquaient que Monsieur Legros et ses écoliers, même si par l'esprit nous étions tous là.

Après Monsieur Legros, Madame Labrosse, mon professeur de « Composition française » en classe de Première Moderne au Lycée des Oiseaux à Quimper, Lycée des garçons, car dans ces années là, -1965-1966 -, la mixité scolaire n'était pas encore une réalité.

Elle me fit découvrir et aimer la littérature française, et je lui dois ma première conférence, donnée devant mes collègues de la classe,sur la vie et l'oeuvre d'Arthur Rimbaud, le poète des adolescents que nous étions, car sa vie et ses textes donnaient corps à nos envies de « renverser la table », de conquérir notre liberté et notre sexualité, en nous affranchissant des conservatismes et des traditions. Mai 68 n'est pas loin, et Brel chantait depuis quelques années : « Les bourgeois, c'est comme les cochons, plus çà devient vieux, plus çà devient bête. Les bourgeois,c'est comme les cochons, plus çà devient vieux, plus çà devient ... ».Encore aujourd'hui, soit quarante-sept ans après ma première « aventure » rimbaldienne, le « voleur de feu » reste l'un de mes compagnons de lecture préféré.Mille mercis, Madame Labrosse, pour m'avoir ouvert les portes de la connaissance et m'avoir donné le goût de lire .

Son magistère n'en fut pas moins sévère, et elle n'accordait que rarement de bonnes notes.Parti d'un 8/20 de moyenne au 1er trimestre avec un rang de 25 ème, je me hissais à la 10 ème place avec 10,5/20 au second trimestre, pour finir 5ème avec 11,5. Au delà de cette sévérité, elle savait donc faire naître en vous cette motivation et cette persévérance qui sont les clefs du travail bien fait et de la réussite, et l'amélioration de mes classements et de mes notes le prouvent.Je m'inspirerai souvent de ces fondamentaux pour avancer dans l'existence. Son appréciation générale à l'issue de ma Première sera elle aussi mesurée, comme ses notes : « Elève intéressant. A progressé réellement pendant l'année. »...Mais j'étais fier, et le suis encore, de ces observations qui voulaient dire plus et mieux que les mots transcrits , et qui m'ont encouragé à persévérer.

Je confesserai par ailleurs quà travers la personne de Madame Labrosse, j'eus cette année là mes premiers émois sensuels d'ado pour une femme adulte, belle et blonde, émois, et un peu plus même, que je n'avais jusqu'alors éprouvés que pour des jeunes filles de mon âge.

Après la Première Moderne, la Classe de Terminale, toujours à Quimper, avec en perspective le Baccalauréat. Et comme professeur de Philosophie, Monsieur Planquette. Un personnage hors du commun au sens propre du terme : un géant, avec des bras qui n'en finissaient pas, et des mains comme des battoirs, moulinant le tout avec un art consommé du brassage d'air.La tête était tout aussi impressionnante, pour ne pas dire monstrueuse, les yeux ardents et vifs ajoutant à la physionomie diabolique du professeur.Bref, il nous faisait peur, et ne nous mettait pas en condition favorable pour « absorber » avantageusement les « Dialogues » de Platon ou les idées d'Aristote, fussent-ils présentés simplifiés en raison de notre jeune âge.

Il n'empêche, l'homme avait du coeur et nous portait une véritable affection. Nous avions donc le désir d'apprendre, presque pour lui faire plaisir !

Et il zozotait ! Ce qui, convenons-en, était un handicap pour un professeur de philosophie dont l'oralité doit être nécessairement une qualité pédagogique.

Mais ce zozotement, qui nous a fait pouffer de rire pendant les premiers cours, estompait quelque peu l'allure terrifiante, pour ne pas dire dantesque, de l'enseignant.Et cette « fragilité » dans l'élocution nous le rendait plus humain et plus sympathique.

Il lui arrivait très souvent de rompre la monotonie de ses cours et notre ennui par des tirades impromptues et théâtrales, mêlant le geste ample - et il avait le gabarit pour cela ! -, au propos bien senti.

Je me souviens de l'une d'entre elles, que je cite de mémoire, vous invitant à l'imaginer dite par un « zozoteur » : « Mais non, mes chers enfants (il nous appelait souvent ainsi), réfléchissez un peu, voyons, l'exception ne confirme jamais la règle ! » , mettant le doute dans nos petites têtes sur la pertinence de cette sentence issue du droit latin. Et il est vrai que l'exception infirme plus la règle qu'elle ne semble la confirmer...Je savourais de telles reparties dites le cheveu sur la langue.

Je n'ai pas été un bon élève en philosophie ( « Des efforts et des résultats convenables « , écrivit à mon sujet Monsieur Planquette avec beaucoup d'indulgence ).Sans doute que cette discipline arrive trop tôt dans les études car à 19 ans je crains qu'on ne soit encore trop hermétique au maniement des concepts et des idées - parler de « phénoménologie » à un adolescent, est-ce vraiment raisonnable ?

Mais ce professeur est dans mon panthéon des hommes qui ont participé au cours de ma vie scolaire à ma construction car, nonobstant l' insaisissabilité de la matière qu'il enseignait, et peut-être même à cause d'elle, il a « aggravé » ma curiosité d'apprendre et de connaître. Merci, Monsieur Planquette.

Armagnac à Paris

Au cours de mon escapade parisienne, relatée ci-dessous, je vins à entrer dans une brasserie sise face au métro Courcelles pour m'y réchauffer d'un chocolat chaud ( un breuvage quasi insipide pour 5,50 €...).

Au mur, dans un renfoncement, une grande et ancienne affiche (ci-contre photo) vantant les mérites de l'Armagnac de la maison Ryst à Condom - www.maisonrystdupeyron.com - , avec un fier et glorieux message promotionnel : « De Haut Parage », ce qui veut dire bien né, de haut rang.

L'Armagnac est une valeur sûre du sud-ouest.Il a 700 ans d'histoire – c'est la plus ancienne eau-de-vie de vin – et se cultive sur 15.000 hectares de vignes (dont 9.200 dans le Gers).

L'Armagnac Ryst-Dupeyron se fait en famille depuis 1905, cinq générations s'étant succédées à la tête de l'Hôtel de Cugnac à Condom, un bel édifice du XVIII°, où est élevé et stocké, dans de magnifiques galeries voutées en pierre (on visite et on déguste pendant la saison) le précieux élixir, réputé pour sa longue maturation.

Dernière distinction obtenue par la Maison – qui dispose d'une boutique à Paris, 79, rue du Bac -, une médaille d' Or pour son Amagnac Hors d'Age, attribuée l'an dernier par le fameux Guide des Vins Gilbert et Gaillard.

Escapade à Paris

Je vais rarement à Paris depuis que je suis retiré de la vie active.

J'y ai vécu une douzaine d'années, le temps, professionnellement, de « me faire les dents ».

Aujourd'hui, la capitale a cessé de me fasciner, mais pour autant elle n'exerce pas sur moi de répulsion, du moins pas encore.

Je n'en suis pas au stade d'un gascon de ma connaissance qui me voyant revenir de ma récente escapade parisienne s'est écrié « Alors, vous êtes rentrés de chez les fous «  !

Y aller c'est quand même se procurer l'occasion de s'enrichir culturellement parce qu'il s'y trouve là-bas des opportunités jamais offertes aux « gens d'en bas », preuve que l'inégalité des territoires demeure une triste réalité.

Ainsi, en une semaine, et fort de l'agréable hospitalité de mon fils et de son épouse, j'ai pu successivement voir la rétrospective Edward Hopper au Grand Palais – www.grandpalais.fr -, l'exposition Salvador Dali à Beaubourg – www.centrepompidou.fr - , celles des peintres vénitiens du XVIII°, Canaletto et Guardi, aux Musées Jacquemart-André – www.musee-jacquemart-andre.com -, et Aristide Maillol – www.museemaillol.com . Et aussi écouter une lecture publique de Sami Frey au Théâtre de l'Atelier - www.theatre-atelier.com (« Cap au pire » de Samuel Beckett), et re-visiter une fois de plus le château de Versailles -www.chateauversailles.fr

Hopper

Une étrange impression m'a envahi en parcourant les quelques 160 oeuvres de l'artiste : celle du déjà vu.Rien de plus redoutable pour un visiteur que de ne pas éprouver l'effet de découverte et de surprise que devrait provoquer une exposition ! La raison : la connaissance que j'ai acquise de ce peintre, de sa vie, de son travail, ce qui me l'a rendu familier depuis longtemps.

N'empêche, je reste toujours aussi conquis par cette peinture très photographique, très géométrique, de villes américaines, où sont mises en scène, dans un réalisme froid, parfois voyeuriste, des vies immobiles, figées, des vies ordinaires où rien ne se passe, qui respirent la solitude, l'ennui, la mélancolie,quand ce n'est pas la tristesse.

Il ne se dégage que peu d'émotion de ces toiles, qui expriment plutôt un temps suspendu, contemplatif, comme en attente d'un événement, et peut-être même d'une catastrophe -le calme avant ou après la tempête.Dans mes trois oeuvres préférées, « Gas », « Nighthawks » (« Noctambules ») - ci-dessus photo - , et « Soir Bleu » de la période parisienne, on a vraiment le sentiment qu'il va se passer quelque chose ou que quelque chose vient de se passer.

Des cinéastes comme Alfred Hitchkock, Wim Wenders, David Lynch, s'inspireront d'ailleurs de la peinture d'Edward Hopper, dont chaque tableau est en effet un scénario à part entière, qui raconte une histoire pleine de suspens et d'inconnu.

(1) L'exposition devrait approcher les 800.000 visiteurs selon une information du "Monde" du 5 février 2013. Un succès considérable !

Dali

Beaucoup de monde à Beaubourg ( une heure d'attente), comme au Grand Palais.

Autant Hopper est dans le sérieux et le strict, autant Dali est dans la démesure et la provocation.

Pour tout dire, je n'aime pas la peinture de Dali.Je regrette même qu'il ait gâché tant de talent pictural pour le mettre au service de l'exhibitionnisme,du voyeurisme,de la paranoïa, du délire, du « faireparlerdesoiàtoutprix »...

Dali, un génie ? Oui, mais un « génie tragi-comique » (titre d'un excellent documentaire diffusé sur France5 dimanche 2 décembre), un clown médiatique, un amuseur public, qui « en faisait des tonnes », qui n'a pas craint de trouver de la grâce à la figure d' Hitler, de rencontrer Franco en 1956, ou de louer dans une publicité célèbre des années 68 les vertus du chocolat Lanvin (« Je suis fou...... »).

Reconnaissons à l'artiste un imaginaire sans pareil, fruit de son univers phobique et tourmenté, de ses fantasmes et de ses obsessions, que sa peinture (120 toiles exposées) a exprimé en « images subliminales cachées sous le monde des apparences ».

Reste que Dali donne à ses excès et pitreries une explication qui a le mérite d'être une "excuse" tout à fait plausible : la mort à deux ans, un peu après sa naissance, d'un frère déjà appelé Salvador et sans cesse pris en exemple par ses parents. Au point qu'il lui a fallu chercher à exister, lui, l'autre Salvador, en se positionnant « en faux », disait-il, par rapport à ce frère, s'affirmant, pour se distinguer, « pervers polymorphe » et « fou paranoïaque congénital ».

Canaletto, Guardi

Voilà deux grands maîtres de la peinture vénitienne du XVIII°, spécialistes des « vedute », ces représentations en perspective de paysages urbains, en vogue à l'époque, et qu'on pourrait qualifier de cartes postales avant l'heure.

La Venise de cette période, festive, grandiose, mystérieuse, pittoresque, se prêtait admirablement à ces compositions où se trouve magnifié tout ce qui fait le charme éternel de la cité lagunaire.

Et quelle minutie dans le détail ! Il faut s'approcher au plus près des tableaux pour voir avec quelle virtuosité et quelle maîtrise millimétrées sont peints le moindre personnage, la moindre gondole ,le moindre animal, sur fond de cette splendeur que La Sérénissime doit à sa lumière intense, à ses atmosphères célestes incomparables, à ses monuments prestigieux et à ses enfilades labyrinthiques de canaux et de ruelles .

Un régal pour le regard et pour l'esprit !

Pour ceux qui sont déjà allés à Venise, et j'en suis, il y a un plaisir et une émotion supplémentaires à découvrir ces peintures, car on y trouve, malgré l'écart des siècles,des repères et des souvenirs liés à ses propres déambulations .

Beckett et Sami Frey

J'ai beaucoup d'admiration pour le comédien Sami Frey, même si je déplore qu'il se soit parfois produit dans des films sans intérêt.

J'aime aussi l'élégance et la beauté ténébreuse de l'homme.

Et malgré mes « distances » depuis toujours avec l'oeuvre de Beckett, c'est avec plaisir que je me rendis au Théâtre de l'Atelier, place Charles Dullin, écouter dire « Cap au Pire ».

Si je résume, le propos invite à la négation de l'oeuvre par le dépouillement le plus extrême du langage.Celui-ci doit être débarrassé de tous ses « trop-pleins » pour tendre vers « un pire inempirable ».

Dans une interview au journal « Le Monde « , le 20 octobre, Sami Frey explique : « Au début de « Cap au pire », quand Beckett écrit « Encore.Dire encore.Essayer encore. Rater encore.Rater mieux. Rater mieux encore.Ou mieux plus mal.Rater plus mal encore. », c'est parce qu'il n'arrivera jamais à être totalement satisfait des mots qu'il a assemblés. On peut dire aussi qu'il essaie d'aller jusqu'au rien, mais le rien n'est pas atteignable, puisque tant qu'on dit le mot il n'y a pas de rien : le mot est là pour signifier la chose. Comment arriver à l'endroit où les mots ne nous satisfont plus pour exprimer une situation, communiquer avec les autres ? ».

Que les inconditionnels de Beckett me pardonnent, mais le texte m'est apparu abscons, impénétrable, ennuyeux. Ce qui ne va pas me réconcilier non plus avec l'auteur !

Et la composition de Sami Frey n'a pas, si j'ose dire, arrangé les choses : assis, vêtu d'un manteau sombre, visage presque glabre, regard distancié, yeux et chevelure noirs, mains gantés, éclairage minimal, l'artiste regardait le plus souvent une malle ouverte, posée devant lui, qui devait dissimuler un écran où il faisait défiler le texte à l'aide d'une commande discrètement tenue entre ses doigts.

Bref, un décor et une ambiance pour le moins « frigides », qui n'ont pas facilité la compréhension du texte.Les saluts retenus du comédien en fin de représentation se sont faits dans le même esprit, sans sourire, sans complicité avec le public. Comme s'il fallait prolonger le dénuement et le dépouillement voulus par Beckett...

Reste que Sami Frey a lu « Cap au pire » avec talent, ce qui n'allait pourtant pas de soi, se mettant au service du texte avec une voix mélodieuse, un ton juste, une respiration bien posée, un rythme et une gestuelle parfaitement adaptés aux ressorts de l'écriture « beckettienne ».

Château de Versailles

Une énième visite.

Et que de monde encore en cette fin novembre (4 millions de visiteurs par an) !

Je reste toujours épaté par le prodigieux talent des architectes, jardiniers , artistes et artisans qui ont fait de Versailles, de par la volonté du roi Louis XIV, un palais exceptionnel de 63.000 m2 et 2.300 pièces.

Des noms résonnent dans ma tête : Louis Le Vau, Jules Hardouin-Mansart (la galerie de glaces, c'est lui), André Le Nôtre (les jardins), Charles Le Brun, Hyacinthe Rigaud...

En même temps, que de luxe et de richesse provocants – marbre, or, argent, cristal, boiseries, tapisseries...- , à une période où les gens ne mangeaient pas toujours à leur faim...!

Cela coûtera d'ailleurs cher à Louis XVI et Marie-Antoinette, la révolution de 1789 mettant fin non seulement à leur existence, mais aussi à l'histoire du château en tant que siège officiel du pouvoir royal.

Les parisiens

Je n'ai guère eu le temps de flâner dans Paris, et le temps ne s'y prêtait guère.

Mais j'ai pu constater que les parisiens sont toujours aussi pressés, stressés, agités,presque agressifs si on se fie au nombre et au niveau sonore des coups de klaxon échangés entre automobilistes en guise de noms d'oiseaux.

Dans les couloirs du métro, ils courent, ils courent,mais après quoi : le temps, l'argent, l'amour... ? Ou bien courent-ils parce que les autres courent, tels les moutons de Panurge, chers à Rabelais, qui se suivant les uns les autres, instinctivement et aveuglément, finissent par se jeter à la mer ?

Dans les rames, ils sont debout ou assis, côte à côte, entassés, serrés, tout contre, souvent au point de se toucher, de se renifler. Mais ils ne se parlent pas (jamais bonjour ou bonsoir), cela paraîtrait sans doute incongru dans ce monde de sourds et de muets.Pour autant, la communication est paradoxalement omniprésente dans les voitures.Pas entre passagers cependant, ce serait trop évident, trop naturel, mais par objets tactiles interposés ( IPhone, IPod, IPad,que sais-je encore...), qui les mettent en relation avec d'autres hommes, d'autres femmes que leurs voisins proches, dont ils nient l'existence, pour privilégier celle de leurs interlocuteurs numériques.Parfois, ils sont encore plus enfermés et plus absents que jamais, pourvus dans les oreilles d'écouteurs MP3, MP4, qui leur distillent une musique pour eux seuls, une musique dont on mesure le rythme à l'aune de leurs rictus faciaux et de leurs gesticulations.On les appelle les "Y" , forme du fil qui relie l'appareil au conduit auditif.

Le « vrai » lecteur, lui, est une espèce en voie de disparition.Il y a certes encore quelques usagers friands des bonnes feuilles du « Parisien », du « Monde » , de « Libération », ou d'un quelconque magazine.Mais la plupart du temps, les passagers leur préférent les « journaux » gratuits distribués « à la pelle » à l'entrée des stations, vite consommés et jetés, et qui sont à la presse ce que la piquette est au vin...Quant au livre, il a encore quelques adeptes dans le métro, mais si peu, qu'ils appartiennent désormais à un temps révolu, presque celui de la préhistoire... 

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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