Points de vues du Gers Carnets

Le Musée de l'Ecole Publique à Saint-Clar

Saint-Clar est une commune située à dix kilomètres à l'est de Fleurance.

Capitale de l'ail blanc ( il y a chaque été des festivités très courues autour de cette plante potagère), cette bastide a la particularité, rare, de compter deux places à cornières (ou à arcades), avec une belle halle du XIIIème aux piliers de bois, plantée au cœur de la place centrale et ceinturée de belles maisons de pierre, qu'on appelle des garlandes.

Autre curiosité : le Musée de l'Ecole Publique, le seul de Midi-Pyrénées – www.musee-ecole-publique.fr

A peine arrivés ici, nous avions, mon épouse et moi, décidé de visiter ce lieu, avec la crainte de découvrir un Musée comme il y en a encore trop, archaïque,poussiéreux et démodé.

Assurément non !

Même s'il raconte le passé,l'endroit a beaucoup de modernité, avec une scénographie réussie qui structure avantageusement le parcours du visiteur et la glorieuse histoire de l'enseignement en France (couleurs vives, salles thématiques bien organisées, mobilier, matériel, photos et objets d'époque en appui aux commentaires, galeries de portraits, textes de qualité...).On est clairement pas dans la nostalgie, mais dans la restitution pédagogique d'une histoire à partir de laquelle nous nous sommes à peu près tous construits.

Ce Musée est aussi le fruit d'une belle aventure humaine, couronnée de succès puisque la fréquentation annuelle moyenne est désormais de 4 /5.000 visiteurs !

L'idée d'un tel musée fut lancée dans les années 80-81 à Auch par une association constituée à cet effet, qui cherchait à rassembler en un lieu unique la mémoire de l'école républicaine.

Le projet rebondit en 1992 à Saint-Clar du fait qu'il s'y trouvait une opportunité exceptionnelle de locaux qu'il n'y avait pas à Auch.

En l'occurrence, une école, qui fut créée par la commune lorsque celle-ci racheta en 1877 une ancienne métairie, la « Fenouilla », pour y regrouper là, avant même que ne soient proclamées l'obligation et la gratuité de l'enseignement, les écoles communales et le logement du maître. Le mur de séparation dans la cour entre filles et garçons est d'ailleurs toujours là !

Quel beau symbole que d'y installer en 1993 le Musée de l'Ecole publique, fort de la détermination de deux femmes retraitées de la commune, Mesdemoiselles Ducos et Dubarry ! Joliment rénové en 2009-2010, il fut alors inauguré en grandes pompes par la Ministre de la Culture de l'époque, Christine Albanel.

 Je ne vais pas vous raconter l'histoire de l'école à travers les siècles, le Musée est là pour ça, et il le fait bien.

On y entre d'ailleurs en étant conscient de l'importance considérable de la narration car sous nos yeux est rappelée la mise en oeuvre progressive, lente parfois mais tenace toujours, d'une des vertus républicaines les plus fondamentales de notre pays : l'accès gratuit au savoir et à la culture pour tous, ce fameux « ascenseur social », qui permettra à tant de gens d'origine modeste d'apprendre à lire, à écrire, à compter, à connaître tout bonnement,et à enrichir ainsi de divers points de vue leur existence, jusqu'à pouvoir concurrencer les plus favorisés dans la hiérarchie et la réussite sociales.

Il a fallu aux républicains lutter d'abord contre le monopole de l'église sur la formation des esprits.La Révolution s'y emploiera en affirmant dans la Constitution de 1791 que l'instruction publique était commune à tous les citoyens.Mais la terreur fera avorter dans le sang les projets, tel le plan d'éducation de Condorcet (qui fait apparaître pour la première fois officiellement le terme d'instituteur), son auteur finissant à l'échafaud.

Les lois Guizot (1833) puis Falloux (1850) prépareront ensuite le terrain aux grandes lois de Jules Ferry (1881-1882) qui rendront l'enseignement primaire laïc (n'en est pas exclu l'enseignement moral et civique mais seulement l'instruction religieuse ), obligatoire et gratuit. Seront définis en accompagnement les fondamentaux à enseigner : lecture, écriture,calcul, histoire- »géo », leçon de choses (j'aime beaucoup cette expression qui peut embrasser tellement de disciplines...), dessin, chant et musique, et même travaux d'aiguille – par contre l'usage du gascon fut interdit, comme au demeurant toutes les autres langues régionales.

Il faudra attendre ensuite 1928 pour que la gratuité soit aussi accordée à l'enseignement secondaire.

 En 1879, la loi Paul Bert développera le contenu de la formation des enseignants en créant les fameuses Ecoles Normales.

Et à la suite des lois Ferry, les fameux maîtres, dits les « hussards noirs » (1), prendront une place éminente non seulement à l'école, mais aussi dans la vie locale (ils seront souvent secrétaires de mairie dans leurs villages), associative, et même politique, avec tout le respect qu'inspiraient leur mission éducative et leurs connaissances.

Le Musée souligne comme il faut ce rôle polymorphe de l'instituteur, qui n'en menait pas moins une vie simple et modeste, comme le montre la reconstitution muséale de son lieu de vie.

 La visite se termine par une autre reconstitution : la classe primaire, telle qu'elle s'agençait dans la première moitié du XXème siècle (voir photo ci-dessus).Un pur moment d'émotion et de retour en arrière parce qu'on retrouve sa propre classe : les mêmes cartes géographiques ou historiques au mur, les mêmes pupitres avec les encriers, le même poêle d'avant les radiateurs des cancres, le même bureau du maître sur l'estrade, le même tableau noir, la même craie....

 Derrière cette belle initiative locale : des hommes et des femmes, qui constituent l'association gestionnaire du Musée, Président Vazquez en tête, qui finit sa carrière d'enseignant au collège de Lectoure. A ses cotés, Elodie Lacrampe, Directrice du Musée, jeune femme motivée et souriante, qui connaît son histoire de l'école publique sur le bout des doigts. Je lui mets 20/20 !

 Au nombre des animations proposées par le Musée : le repassage par qui se porte volontaire des épreuves du Certificat d'Etudes Primaires, à partir de sujets-type donnés dans les années 30 aux élèves de l'époque.Ce rendez-vous annuel a lieu dans le cadre des Journées du Patrimoine du Pays, et est fixé en 2013 au 16 juin.

J'y ai participé en 2010 et j'avoue que le moment fut fort sympathique, en même temps qu'il fut très stressant car on se demande si on va être « à la hauteur ».

Et on a raison de se poser la question, tant les épreuves se sont avérées redoutables pour tous les candidats que nous étions, car le niveau de connaissances exigé des élèves de ces années là était pour le moins exigeant, nous faisant penser qu'on ne pourrait pas aujourd'hui inscrire à l'examen les mêmes sujets! Est-ce à dire que l'écolier du XXIème siècle est moins instruit que son aïeul ? Le débat est ouvert...

A vous de voir, en consultant à titre d'exemple les épreuves d'histoire-géographie que nous avons eu à traiter, et en essayant à votre tour d'y répondre :

       1) Voici une liste de souverains : Louis IX, Henri IV, Louis-Philippe, François 1er, Louis   XVI. Rendez à chacun son règne : 1226-1270 ; 1515-1547 ; 1589-1610 ; 1774-1791 ; 1830-1848. 

       2) Dans quel pays coule : la Volga? le Mékong? le Mississippi? le Yan-Tsé-Kiang? le Tibre?

 

(1) L'expression « les hussards noirs » appartient à Charles Péguy, qui l'emploie dans « L'Argent », en racontant ses souvenirs d'écolier en culotte courte à l'école primaire durant les années 1879-1885.La couleur noire était celle de l'uniforme que portaient les futurs maîtres à l'Ecole Normale. Il écrivait à leur sujet : « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs.Sveltes, sévères,sanglés, sérieux, et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence. » Charles Péguy fait aussi référence aux hussards noirs qui constituaient l'escadron de cavalerie constitué pendant la Révolution en 1793 par la jeune République française. 

 

Dérives journalistiques

Ce vendredi soir 1er février, on aura droit sur France 2 à une nouvelle émission de la série « Les infiltrés », présentée maintenant par Marie Drucker, la nièce de l'autre, qui succède dans cette animation à David Pujadas.

Cette émission fait polémique à juste titre : pour traiter le sujet à l'ordre du jour , on emploie tous les procédés contraires à l'éthique du journalisme ( caméra cachée, images floutées, voix déformées...).Je ne la regarderai pas tant ces façons de faire me heurtent, ne comprenant pas d'ailleurs pourquoi le législateur n'a pas interdit depuis longtemps ces pratiques médiatiques malhonnêtes.

Il s'agira en l'espèce d'évoquer la situation de Pôle Emploi et la question ô combien pertinente des effectifs de ce service, et de leur disponibilité, au regard des 4,6 millions de personnes inscrites à fin décembre 2012 ( on parle d'un conseiller pour 150 demandeurs d'emploi, malgré les 1.000 CDD recrutés sou Nicolas Sarkozy et les 2.000 postes prévus sous François Hollande),un Rapport officiel de la Mission commune d'information relative à Pôle Emploi du Sénat servant de trame à la présentation de cette problématique ( les sénateurs en appellent dans ce document de juillet 2011 à une augmentation ciblée des effectifs de Pôle Emploi et à un redéploiement des Directions régionales du Travail et de l'Emploi vers les agences locales).

 L'enjeu étant de taille, il justifiait une vraie et loyale démarche journalistique, faite de reportages approfondis « en plein jour », au vu et su de tout le monde,et non pas en cachette, avec en conclusion un plateau où seraient représentés les pouvoirs publics concernés par la lutte contre le chômage, les syndicats, le patronat et bien sûr les chômeurs.Un peu à la manière très pro d'Yves Calvi dans son excellente émission « C dans l'air » sur France 5 – à noter que ce journaliste de qualité peut en montrer aussi à beaucoup de ses collègues dans le domaine de la maîtrise de la langue française, s'étant vu décerner pour cela le Prix Richelieu 2012 de l'association « Défense de la langue française ».

 Foin du sérieux et du respect qui devraient caractériser le métier ! Nous aurons vendredi soir une mise en scène fondée sur le mensonge et la manipulation, qui n'honore pas d'ailleurs le service public de la télévision.En l'occurrence, une journaliste, dite Léa, a réussi à se faire embaucher plusieurs mois par Pôle Emploi, en dissimulant bien entendu sa véritable profession, et elle raconte et montre « en catimini » (1) son quotidien auprès des chômeurs, en mettant en exergue l'incapacité des agents, dont elle-même, l' »infiltrée », à faire face à leurs missions.Il y aura certes un débat en fin d'émission, mais d'ores et déjà Michel Sapin, Ministre de l'Emploi, du Travail et du Dialogue social, a fait savoir qu'il n'y participerait pas, récusant avec raison le procédé employé -comment en effet discuter à visage découvert d'une enquête faite en cagoule ?...

 Interrogée par Thomas Hugue, dans l émission de dimanche dernier sur France 5, « Médias, le magazine », sur l'à-peu- près de ces méthodes d'investigation, Marie Drucker se contenta de dire que le grand public n'avait pas accès au rapport du Sénat, au centre du débat, (faux, votre honneur, car on peut le télécharger sans difficulté), ...l'air de dire que l'incommunicabilité, toute relative, de ce document pouvait justifier les dérives journalistiques empruntées...Quelle réflexion ahurissante, indigne de cette journaliste dont j'avais jusqu'à présent une opinion plutôt favorable....

 Notons aussi que dans l'émission de Thomas Hugue, qui se targue, à coup d'experts, de « décrypter le paysage médiatique et les enjeux auxquels sont confrontés les organes d'information », nul n'a vraiment commenté et condamné cette « escroquerie » télévisuelle, la conversation avec Marie Drucker tournant, comme on dit familièrement, « autour du pot »...Preuve une fois de plus que la famille médiatico-parisienne n'entend pas se quereller en public, ses membres, tout en accointances et sourires complices, se tenant les uns et les autres « par la barbichette »...

 (1) Il est intéressant de savoir, dans le contexte de notre commentaire, que la locution « en catimini » pourrait avoir une origine picarde, le mot évoquant le chat qui était considéré comme un animal hypocrite qui avance, « tel un infiltré », en se dissimulant pour mieux préparer un mauvais coup...

La garbure sur TF1, au journal de 13 heures

Je regarde de temps en temps le journal de 13 heures sur TF1, présenté depuis 1988 par l'inamovible Jean-Pierre Pernaut.

Il a le mérite, et c'est là sans doute la raison de son succès d'écoute, de se singulariser par des reportages sympathiques et chaleureux en France profonde, mettant en valeur des initiatives, des hommes et des femmes, ou des lieux qui respirent le bon vivre et l'authentique, et qui nous changent des malheurs, des infortunes, des faits divers (guerres, crimes, incendies,accidents...) relatés sur nos écrans avec force détails et commentaires, histoire, paraît-il, de faire de l'audience.

 En ce vendredi 25 janvier, dans le cadre d'une série qui a décliné toute la semaine des plats régionaux qui réchauffent, hiver oblige,le sujet était consacré au Gers et à la fameuse garbure, que nos chers amis de Lannemezan nous avaient fait découvrir à notre arrivée ici.

La garbure est un plat traditionnel du sud-ouest, d'origine béarnaise, qui constituait, en potage ou en plat de résistance,l'alimentation quotidienne des paysans gascons.Son contenu variait selon les foyers et le rythme des saisons , au gré des ressources du potager et du saloir.

 A la manœuvre, dans le reportage, José Domecq, traiteur à Condom , 35 ans de métier, tout en bonhomie et placidité, tombé tout petit dans la garbure (www.traiteur-domecq.fr ).

On le vit préparer sa recette pour quelques invités avec gourmandise et savoir-faire.Dans la cocotte : de la graisse de canard, du bouillon de volaille, du jambon de pays, un bouquet garni, un peu de céleri, des carottes, des poireaux, des haricots gonflés la veille, un chou, et un peu de citrouille.Quelques petis secrets de fabrication révélés par José lui-même : enlever les grosses côtes du chou et ne pas saler car le jambon et le bouillon de volaille suppléeront à cet assaisonnement.

C'est parti pour deux heures et demi de cuisson.Et quand la garbure « glougloute » (avoir donc l'ouïe fine!), on rajoute bien sûr les incontournables cuisses de canard confites dans leur graisse et qui vont apporter au mets une saveur inestimable.

 A voir la tête des convives quand José apporte le plat sur la table,accompagné par les arômes qui s'en dégagent, on comprend que la partie est déjà gagnée.

« C'est excellent », « c'est sublime », diront-ils après avoir « garburé »...

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"Django Unchained" - Quentin Tarantino

Vu à Auch, « Django Unchained », le dernier film de Quentin Tarantino (2h44).

Il vient après d'autres , tout aussi fameux les uns que les autres : « Reservoir Dogs » (1992), Pulp Fiction » (1994), Palme d'Or au Festival de Cannes, « Jackie Brown » (1997), « Kill Bill » (2004), « Boulevard de la Mort » (2007), et « Inglorious Basterds » (2009).

 On retrouve les thèmes chers au cinéaste – l'amour, la haine, la vengeance, la défense des minorités et des opprimés -, les mêmes traits d'esprit (l'humour noir, la dérision, , la parodie, l'absurde ), les mêmes dialogues riches et ciselés, et une mise en scène « tarantinesque », où un esthétisme sophistiqué le dispute à une violence souvent extrême, mais magnifiée et stylisée, et entrecoupée de moments baroques ou hilarants (voir la scène désopilante des membres du Ku-Klux-Klan et de leurs cagoules!) - quand ils ne sont pas surréalistes- , pour atténuer les effets des scènes sanguinolentes (on tire dans tous les sens) qui « barbouillent» l'écran d'hémoglobine.

 L'histoire, une vraie fresque, se situe dans le sud des Etats-Unis (Texas, Mississippi), en 1858, deux ans avant la Guerre de Sécession, avec pour trame de fond l'esclavagisme, que le cinéaste va dénoncer, héros aidant – Tarantino disait dans une récente interview à « Télérama » (n° du 19/25 janvier) à propos de l'esclavage : « C'est notre péché originel, dont on sent encore la trace aujourd'hui aux Etats-Unis dans les rapports entre citoyens ».Rappelons qu'il sera aboli en 1865 par le Treizième Amendement de la Constitution américaine grâce à l'action d'Abraham Lincoln, Président des Etats-Unis.Il le paiera d'ailleurs de sa vie puisqu'il sera assassiné suite à un complot des Etats sudistes confédérés, partisans du maintien de l'esclavage. 

Un chasseur de primes allemand, qui se fait passer pour un dentiste, le bon docteur Schultz, anti-esclavagiste convaincu ( ah ! la molaire géante qui fixée à un ressort sur le toit de sa cariole se balance frénétiquement !) va faire « l'acquisition » de Django, un esclave, qui va l'aider à identifier trois meurtriers « Wanted – Dead or alive », moyennant l'octroi de sa liberté d'homme. Chemin faisant, il épaulera Schultz dans la poursuite d'autres assassins et ensemble ils se mettront à la recherche de l'épouse de Django, une esclave retrouvée, et finalement libérée après bien des péripéties, dans une plantation où sévit un maître d'une cruauté et d'un sadisme effrayants – les scènes de l'esclave jeté aux chiens et de la lutte jusqu'à la mort de deux esclaves pour le bon plaisir des blancs, sont terrifiantes.

 Le film est un clin d'oeil, et même un hommage, un de plus, de Tarantino au western « spaghetti », et au premier chef à Sergio Leone, mais aussi à  Sergio Gobucci, auteur de « Django » (1966), un western italien au succès mondial, l'un des plus violents jamais tournés, qui raconte la destinée d'un cow-boy solitaire, venu d'on ne sait où, traînant avec lui un cercueil, pour venger sa femme tuée par les sudistes.L'acteur principal, Franco Néro, fait d'ailleurs une apparition dans le « Django Unchained » de Tarantino (le metteur en scène aussi), qui reprend également le thème musical du film de Gobucci, « Django, Django, have you been alone ? », composé par Luis Bacalov.

 Des applaudissements nourris à tous les acteurs : l'autrichien Christoph Waltz, pour son admirable interprétation du docteur Schultz, qui fait le mal pour le bien , avec une rare élégance et une ironie souvent mordante - mise à jour : l'acteur s'est d'ailleurs vu attribuer l'Oscar 2013 d'Hollywood de Meilleur second rôle ; Jammie Foxx (Django), tout en sobriété ; Samuel L. Jackson, l'homme lige du maître de la plantation, noir et traître à sa race, qu'il joue avec un talent considérable ; et Léonardo DiCaprio, le maître sanguinaire, au sommet de son art, notamment dans une scène de colère explosive qui saisit d'effroi le spectateur - dommage qu'il ait décidé d'interrompre un certain temps sa carrière d' acteur !

 Le Gers est curieusement et indirectement partie prenante dans ce film, d'une manière hélas bien sombre, car l'esclave jeté aux chiens avait été affublé du sobriquet de « D'Artagnan », manière pour le maître d'effacer le nom véritable du malheureux et de s'attribuer des connaissances livresques, et françaises, s'il vous plaît ! Interrogé par le docteur Schultz sur l'auteur des « Trois Mousquetaires », le maître des lieux sut certes répondre qu'il s'agissait d'Alexandre Dumas.Mais d'un ton cinglant, qui figea le visage de son interlocuteur et le rendit blême, le bon docteur ajouta alors : « Et vous ne saviez sans doute pas qu'Alexandre Dumas était noir de peau »...( l'écrivain descendait en effet d'un père afro-antillais, mulâtre de Saint-Domingue, ce qui lui valut d'être en butte aux sarcasmes racistes de ses contemporains, mais ne l'empêcha pas de recourir à des « nègres » littéraires pour la rédaction de certaines de ses œuvres...).

 

 NB Si l'esclavagisme est aboli, il n'en reste pas moins pratiqué dans certains pays, et l'actualité nous en donne régulièrement de bien douloureux exemples dans le monde entier.Et à Paris même, sous des formes récemment révélées par la presse, qui ne sont pas de l'esclavage proprement dit, mais qui y ressemblent. Comment qualifier autrement les conditions de logement d'un homme de 50 ans qui "vit" dans un local de 1,56 m2 moyennant un loyer mensuel de 330 €, et celles d'une mère-célibataire d'une trentaine d'années, "habitant" avec son petit garçon un 4 m2, pour un loyer de 200 € par mois, et expulsée en plein hiver (ce qui est interdit par la loi) pour impayés ? Et que penser des propriétaires concernés ? Ne sont-ils pas de nouveaux esclavagistes ? Et ne méritent-ils pas d'être poursuivis et sévèrement punis pour un commerce humain aussi odieux - il faut savoir que le minimum habitable est fixé par la loi à 9 m2 ? Non, tout n'est pas permis pour faire de l'argent sur le dos des plus malheureux ! Et que font les pouvoirs publics pour mettre fin à des situations aussi inadmissibles ?

" Des racines et des ailes" : le Gers sur France3

Beaux reportages sur le Gers, avec le film de François Cardon, « Terre de Gascogne », diffusé dans l'émission « Des racines et des ailes »,sur France3 ce mercredi 16 janvier -on peut la revoir sur www.france3.fr

Des images aériennes exceptionnelles, et surtout des séquences humaines chaleureuses, qui prennent leur temps,comme les gens d'ici, ce qui nous change de ce journalisme télévisé  trop souvent hâtif et bâclé.

Après le survol des châteaux de Lavardens (www.chateaulavardens.com), de Castelmore (lieu de naissance du vrai d'Artagnan,), et de Herrebouc, haut lieu de production viticole (www.herrebouc.com) , arrêt dans le village perché de Mas d'Auvignon, 150 habitants, à 15 kms de Fleurance.

On va à la rencontre d'un sympathique couple hollandais,Walter et Pamela Philippe, propriétaires depuis 3 ans du château du village (XIII°-début XIV°) -voir photo ci-dessus-, abandonné depuis longtemps, et qu'ils ont entrepris de restaurer avec un courage et des résultats qui forcent l'admiration.Bien intégrés à la vie de la commune – Walter participe avec les Amis du patrimoine du Mas d'Auvignon à de petites rénovations de l'église paroissiale -, les châtelains néerlandais reçoivent en contrepartie le coup de main de villageois amis pour les travaux de déblaiement du sol d'une des tours de la bâtisse, travaux qui se concluent par un bon casse-croûte dans le parc.Sympathique réciprocité !

Walter fréquente aussi le bar du village, racheté par la mairie, ouvert chaque week-end, et tenu à tour de rôle par les bénévoles du Comité des Fêtes.Belle initiative pour entretenir la convivialité locale ! Prochain rendez-vous de chantier pour Pamela et Walter, et il est de taille : recréer sur quatre mètres de long le pont-levis d'origine ! On ira voir..

 Une étape ensuite à Auch, la capitale historique de la Gascogne (www.auch-tourisme.com ), le temps d'admirer, images à l'appui, le palais des archevêques du XVII°, aujourd'hui Préfecture du Gers, et la cathédrale Sainte-Marie,inscrite par l'UNESCO au Patrimoine mondial de l'humanité, vaisseau amarré haut, avec ses trois nefs, ses 102 mètres de long et les remarquables boiseries sculptées de son choeur - pas étonnant qu'il ait fallu 3 siècles pour construire un tel monument !

 Passage éclair au-dessus de Larressingle, village fortifié du XIII°, bâti par les abbés de Condom et classé « Plus Beau Village de France » - c'est parfaitement mérité !

 Halte près de Montréal-du-Gers - « Plus beau Village de France » aussi -, au domaine La Boubée, de la famille Ladevèze (www.armagnac-tenareze.com ), où Jean, le père, et Alexandre, le fils,vouent un culte sans borne, à l'Armagnac, - "aller au bout des choses" disent-ils avec enthousiasme. Ici, on cultive six variétés de raisin, on plante de nouvelles vignes avec un très ancien cépage plus guère exploité, et on continue parallèlement, comme dans le passé, à faire confiance à des vignes de soixante ans et plus, quand aujourd'hui leur durée de vie moyenne, pour des questions de rendement, est réduite à une vingtaine d'années... Bref passage à Fourcès (www.fources.fr ), une splendide bastide circulaire (encore un « Plus Beau Village de France »), où Alexandre Ladevèze, le sorcier, concocte dans sa boutique, installée sous les arcades, dans sa maison médiévale en torchis de paille de seigle et de terre séchée, des assemblages sur mesure, tel un parfumeur, d'où naîtront des Armagnac hors du commun.

 De belles séquences enfin sur le savoir-faire des hommes, pour présenter le travail du dernier artisan tonnelier du Gers, Gilles Bertholomo,dont les fûts neufs en chêne vont donner à l'Armagnac, grâce au « bousinage » (brûlage intérieur des tonneaux) et au vieillissement, ce goût et cette couleur du bois qui lui sont si caractéristiques.

Autre expertise délicate : la distillation du vin blanc de l'année dans le chai des Ladevèze ( Jean dit de son chai qu'il est son lieu de mémoire -ses parents se sont mariés là en 1936 -, mais aussi sa bibliothèque et son local d'archives de millésimes).Un beau moment de vie, de poésie et de tradition que l'arrivée de l'alambic mobile, tout de cuivre flamboyant vêtu, piloté par l'un des cinq derniers distillateurs ambulants, Patrick Michalouski. Nous le verrons officier avec majesté et assurance, fort de ses trente ans d'expérience, pour enfin remettre à ses commanditaires, avec un plaisir non feint et une émotion à peine contenue, et au terme de trois heures de chauffe, un précieux nectar dont Jean Ladevèze, dira, après l'avoir respiré, qu'il a une « odeur de cologne, de carotte sauvage légèrement épicée, de pissenlit et de coing ». Son fils Alexandre, lui, ajoutera que la distillation « c'est notre Noël à nous », avec donc en cadeau sous le sapin le bon et bel Armagnac. Un superbe hommage à son métier, à la vigne...et au Gers. La fête avec les amis, autour d'une bonne table ,dans le chai bien sûr, pourra alors commencer !

Le mariage pour tous

Le débat fait rage au sujet du mariage pour tous.

La manifestation de dimanche dernier à Paris a démontré la force de la mobilisation des opposants à ce mariage.

Et encore : il y a lieu de considérer que beaucoup,beaucoup de gens de province n'ont pas fait le déplacement, faute de temps, de moyens (rejoindre la capitale coûte cher)...

Peut-être aurait-il fallu d'entrée de jeu donner rendez-vous aux manifestants dans les plus grandes villes : Lyon, Marseille, Nice,Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes, Rouen, Lille...

A coup sûr, cette décentralisation du mécontentement aurait impressionné encore davantage.

Car nonobstant les railleries des partisans du mariage gay, la France « d'en bas », comme l'appelait Jean-Pierre Raffarin, la France qui qui compte car elle est la garante de nos valeurs, est majoritairement acquise au vrai mariage.

Est mise en avant la notion de mariage pour tous, manière de nous « vendre » de manière séduisante une histoire d'égalité de droits.Manière peut-être aussi de dissimuler le plus possible le vocable homosexuel, compte tenu des conservatismes encore très forts dans la France profonde, que je ne partage pas au demeurant, conservatismes qui assimilent encore parfois l'homosexualité à un péché, à une anomalie.

Mais il y a là escroquerie dans les mots car le mariage pour tous supposerait qu'un frère et une soeur, une mère et son fils, un père et sa fille, pourraient se marier...

La discussion porte donc bien sur le mariage des homosexuels et sur l'adoption d'enfants au sein de leur couple.

Est-ce si réactionnaire que cela de défendre l'idée que le mariage est un fondement essentiel de notre société, de notre civilisation, un lien qui s'établit entre un homme et une femme devant l'officier d'état-civil en vue de fonder une famille et d'avoir des enfants ? Je porte en moi des idées généreuses qui me classent souvent dans le camp des sociaux-démocrates et des protecteurs des plus faibles. Et pourtant, je ne partage pas ce projet de réforme voulu par François Hollande -était-ce d'ailleurs le moment d'agir alors qu'on attend du Gouvernement qu'il se consacre aujourd'hui « corps et âme » à la lutte contre le chômage et à l'amélioration des conditions de vie par le retour à la croissance ? Certains disent qu'il n'y a pas lieu d'être surpris puisque cet engagement figurait dans le programme présenté par le candidat socialiste lors de l'élection présidentielle.Et alors ? Il y avait bien également dans ledit programme le vote des étrangers aux élections locales. Et il est évident que cette promesse est désormais renvoyée aux « calendes grecques » ou à la « Saint Glinglin »...

J'ai des amis homosexuels, et j'apprécie leur compagnie - ils sont cultivés, intelligents, raffinés.

Faisons en sorte par une réforme du PACS que soient consacrés leurs droits , notamment dans le domaine de la succession et de l'héritage. Qu'une union civile bien appropriée et renforcée leur soit proposée afin que leur couple évolue en toute sécurité juridique et patrimoniale, avec la reconnaissance sociale qui doit s'attacher à celui-ci.

 Sylviane Agacinski, philosophe et essayiste, épouse de Lionel Jospin, femme de gauche, disait ceci dans une interview accordée à l'hebdomadaire « Le Nouvel Observateur », dans son dernier numéro : "...Mais ce mariage, fondé sur l'amour et l'engagement entre deux personnes du même sexe, sera une nouvelle institution et non une extension de l'ancien mariage ou un "mariage pour tous", une formule sympathique mais absurde" . Ou encore, répondant à la question  "Vous expliquez que le mariage est, historiquement, fondé sur la différence de sexes.Est-ce toujours pertinent ?" : "Cela peut changer. Dans notre culture, deux personnes se mariaient en raison de leur volonté de lier leurs familles et de procréer.En ce domaine, les deux sexes ne sont pas interchangeables.L'égalité n'est pas l'identité". On ne peut mieux dire...

A ce stade, il paraîtrait utile que François Hollande réfléchisse au devenir de son projet.Pourquoi pas un  référendum puisqu'on est en présence d'un fort enjeu de société ? Rappelons que François Mitterrand eut à affronter en 1984, sous son premier septennat, une manifestation de grande ampleur à Versailles pour la sauvegarde de l'école libre - j'y étais (on parlait de 500 à 800.000 manifestants, soit une statistique du même ordre que celle de dimanche).Il en tint compte, et retira son texte pour la création d'un service public unifié et laïc de l'Education Nationale.L'élève devrait peut-être s'inspirer de son maître...

S'agissant de l'adoption d'enfants par des couples homosexuels, je demeurerai réticent tant que les experts ne seront pas unanimes pour dire que l'enfant adopté trouve autant d'équilibre et d'épanouissement avec deux pères ou deux mères que l'enfant né dans une famille faite d'un père et d'une mère.  

 Un mot enfin sur cette bien-pensance médiatique et germano-pratine ( expression utilisée pour désigner cette élite intellectuelle parisienne qui habite ou fréquente le quartier de Saint-Germain-des-Prés), qui ironise et persifle sur les thèses des tenants du non au mariage gay. Ils adoptent en façade un esprit de tolérance dans leurs émissions de radio (France Inter, France Culture...) ou de télévision (« Le Grand Journal » de Michel Denisot et « Le Petit Journal » de Yann Barthes, sur Canal+, le « 28 minutes » d'Elisabeth Quin sur Arte...), en invitant sur leurs plateaux des défenseurs du mariage traditionnel entre une femme et un homme. Mais leurs regards, leurs postures et leurs propos sont tout en dérision et moquerie - ils s'y mettent souvent à plusieurs -, violant sans honte bue leur devoir d'objectivité et de neutralité.De temps en temps, on invite pour faire « poids » encore plus, la sociologue de service, haineuse de préférence,ou le rédacteur en chef d'un journal de « gôche », bien de sa personne, policé, parlant « beau », histoire de culpabiliser et déstabiliser un peu plus l'adversaire.

 Il faut dire que cette « tribu » de la pensée unique est toujours du côté du pouvoir quelle que soit sa couleur politique.

Les uns et les autres se congratulent et se « mélangent » sans cesse, fréquentant les mêmes lieux parisiens en vue (cafés, restaurants, théâtres, clubs et piscines privés...) et les mêmes dîners mondains, habitant les mêmes quartiers chic et bobo, courant les mêmes marchés chaque semaine, se retrouvant le dimanche sur les mêmes courts de tennis huppés ou à vélo sur les mêmes circuits (et pas n'importe quels vélos bien sûr – il faut épater !), confiant leurs enfants aux mêmes écoles prestigieuses et hors de prix, se rendant l'été dans les mêmes lieux de vacances (Corse, Côte d'Azur, Lubéron, Cannes, Deauville, Arcachon...), l'hiver skiant dans les mêmes stations branchées ou bronzant sur les mêmes plages à la mode (le brunissage de début d'année fait partie des codes de reconnaissance) – même la Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, n'a pas pu s'en passer, se rendant à l'île Maurice avec son compagnon (1), malgré l'interdiction faite aux membres du Gouvernement de s'éloigner durant cette période de Noël et Nouvel An...

 Une telle complicité (pour ne pas dire « consanguinité »), de classe et d'intérêts est un frein réel à la vie démocratique.Le réseau de ces bien-pensants, totalement déconnecté du monde réel et du terrain, colorie et sature habilement l'information de leurs préférences comme de leurs rejets.Ne soyons pas dupes et faisons le tri pour ne pas tomber dans leurs filets !

(1) Le compagnon en question est Frédéric de Laparre de Saint-Sernin, cousin germain de Dominique de Villepin, aujourd'hui Président du Stade rennais où il représente les intérêts de François Pinault, propriétaire de ce club de football, 52ème fortune au plan mondial.Engagé à l'extrême-droite dans ses débuts en politique,puis  proche de Jacques Chirac, il fut Député de Dordogne, et Secrétaire d'Etat en 2004 dans le gouvernement Raffarin.De son côté, rappelons que la Ministre de la Culture, femme de gauche, est née en Meurthe-et-Moselle d'un père mineur de fond, lui-même issu d'une famille d'immigrés italiens.Preuve que dans un couple, les origines sociales et les parcours politiques totalement opposés de l'un et de  l'autre n'empêchent pas l'union de se faire... 

Renoir

Vu à Auch "Renoir", le film de Gilles Bourdos qui vient de sortir.

Il retrace la vie du peintre en 1915, juste après la mort de son épouse et quatre ans avant la sienne, dans sa propriété des Collettes, à Cagnes-sur-Mer, dans le midi.

Une vie bien sûr consacrée exclusivement, et même de manière obsessionnelle, à l'exercice de son art pictural, se mettant devant son chevalet comme l'ouvrier va à l'usine.

La guerre bat son plein, la mort rôde autour du peintre car deux de ses fils, Pierre et Jean, sont au front –l'un et l'autre reviendront d'ailleurs blessés, et la caméra montre un moment les ravages des combats en s'attardant sur ces soldats français aux "gueules cassées", mutilés du visage, aveugles, gazés…Pendant ce temps là, le cadet, Claude,14 ans alors, traînait, lui,  son spleen auprès de son père et de son entourage.

Splendide première image du film : une jeune femme à vélo, Andrée, dite "Dédée", sur la route qui la conduit vers Les Collettes. Elle va devenir le nouveau modèle du peintre et prendra une place particulière dans la "tribu" en épousant plus tard Jean. Et lorsque celui-ci deviendra un cinéaste de renom, elle sera sous le nom de Catherine Hessling, son actrice fétiche dans ses premiers films.

Là sur sa bicyclette, elle est belle – une "superbe rousse" observera Renoir -, vêtue d'une robe orange éclatante, et l'avenir lui appartient ( "Je veux tout" dit-elle dans  le film).

En posant , elle dévoilera un corps superbe, un velouté de peau (une peau qui prenait bien la lumière, selon Renoir), une chair, une "fermeté des tétons", si recherchés et tant mis en valeur par le peintre - dans la reproduction photographique ci-dessus, représentant l'un des derniers tableaux de la série "Les Baigneuses", elle fut le modèle de Renoir pour le personnage de droite (appréciez les touches fluides et chaudes de la composition, les couleurs variées, qui modèlent les figures et les fondent dans le paysage ambiant).

Elle et Renoir vont être au cœur du film, dans un rapport artiste-modèle plutôt serein et bien montré, les inspirations du peintre au gré des lumières et des lieux dictant le rythme des séances de pose et du fonctionnement général de la maisonnée..

Isolés dans Les Collettes comme dans "un couvent" (le mot est de l'artiste lui-même), un domaine au bord de la mer, planté de vieux oliviers noueux, dont le peintre admirait l'ombrage, les différents protagonistes de l'histoire ne vivent que par et pour Renoir.

Il y a là une nombreuse domesticité, faite notamment d'anciens modèles féminins, dévouée corps et âme à celui qui est appelé " Patron", manière de souligner la soumission au maître, avec le respect qui en résulte. Etrange ce mot, peu en rapport avec un homme incarnant plutôt de la sensibilité, de l'artistique et de l'émotion, que de l'autorité et du commandement. Mais son caractère entier, ses exigences et ses impatiences de tous instants peuvent expliquer cette apparente contradiction.

A sa décharge, dans ces années là, Renoir souffrait atrocement d'une polyarthrite qui le diminuait terriblement au point qu'il ne pouvait plus tenir debout ni marcher – il aura toutefois à cœur de se relever et de faire quelques pas à la demande de son docteur, de même pour serrer Jean dans ses bras, lorsque celui-ci repartira se battre après s'être remis d'une sale blessure -une scène d'affection paternelle d'autant plus forte que le peintre n'a jamais beaucoup montré de tendresse à ses enfants.

Le film s'attarde sur les difformités du corps de l'artiste, sur les soins qui lui sont prodigués (bandages, bains…) et sur ses cris de douleur, la nuit surtout. Le médecin, inquiet de son état par rapport à l'exercice de son art, se verra répondre : "Eh bien, si je ne peux plus peindre avec ma main, je peindrai avec ma queue ! ", manière de souligner drôlement et grossièrement son "stakhanovisme" pour la peinture. A plusieurs reprises, nous assisterons à la scène de la "chaise à porteurs", Renoir assis sur son siège étant transporté d'un lieu à l'autre de la propriété par quatre domestiques, opération d'autant plus méritante et difficile qu'il s'agissait de femmes et que le terrain était pentu !

Les femmes sont omniprésentes dans le film : Andrée bien sûr, les domestiques aussi, mais également les deux absentes, bien présentes toutefois par les traces laissées dans les esprits et les coeurs : l'épouse dont on comprend qu'elle a tenu un rôle central auprès de son mari, et la fameuse Gabrielle, jolie femme brune, lointaine cousine de Madame Renoir, appelée ici il y a longtemps pour aider aux soins du ménage et s'occuper du petit Jean. Très aimée des trois fils Renoir, elle restera vingt ans, et sera sans doute le modèle auquel Renoir aura recouru le plus fréquemment ( "Gabrielle, Jean et une petite fille" en 1895-1896, ""La toilette" en 1900-1901, "Femme nue couchée" en 1903…).Elle sera congédiée par l'épouse du peintre, sans que celui-ci ne réagisse , pour avoir été, semble-t-il, un peu plus qu'un modèle auprès de l'artiste…On la voit à l'écran revenu aux Collettes pour une fête de famille, maintenant que l'épouse n'est plus.

 Le film est réussi grâce à la sensibilité et à l'esthétisme qu'il dégage. Les couleurs, la lumière, le soleil, la mer, le vent, et les oliviers, y concourent puissamment. Et tous les acteurs sans exception sont excellents : Michel Bouquet est un Renoir parfait, qu'il interprète avec une sobriété qui est le propre des très grands comédiens. Et Christa Theret est une Andrée magnifique, son jeu est sensuel, quand il n'est pas érotique, et sa vitalité extraordinaire.

 Quant au vrai Renoir, j'ai vraiment découvert son œuvre, et l'étendue de son talent, lors d'une grande exposition au Grand Palais à Paris en 1985. Je prends plaisir aussi à repasser régulièrement à l'Orangerie qui possède de belles toiles de l'artiste.

Il ne fait pas partie cependant de mes peintres préférés.

Pour autant, j'aime sa peinture qui respire souvent le bonheur et le plaisir. J'aime la richesse impressionniste de sa palette. Que de délicatesse, de charme, de douceur et d'harmonie dans beaucoup de ses toiles !

J'aime un peu moins la rondeur exagérée des femmes de certains de ses tableaux (Renoir parlait à leur sujet de "nus robustes et sensuels"), au point qu'elles ont parfois des apparences difformes ou "monstrueuses", au sens propre du mot.

Je retiens la formule du peintre qui colle si bien à l'impression qu'on retire de son travail : "Un tableau doit être une chose aimable, joyeuse et jolie".

France 2 sur le marché de Fleurance

Vu aux informations de France 2 à 13 heures, le 31 décembre 2012, un sujet sur le marché de Fleurance, histoire de connaître les tendances alimentaires et autres du réveillon de la Saint-Sylvestre.

Je me disais que cette opportunité médiatique était une vraie aubaine pour le renom de ma ville d'adoption et pour son marché.

Mais le reportage fut de qualité moyenne, car sans doute tourné trop vite, pour des questions probablement d' impératif horaire de bouclage.

On n'eut même pas droit à une vue de principe de la si belle et authentique halle centrale en pierre dorée de la place de la République.

En attaque, juste un mouvement de caméra sur le beau clocher de l'église Saint-Laurent, et aucune considération générale sur Fleurance, le Gers, la Gascogne, alors que nombre de téléspectateurs devait tout ignorer de notre région.

Et après avoir précisé que les héros du jour sur les étals (au demeurant peu mis en évidence) étaient le foie gras et les coquillages (quel scoop !), le journaliste tendit son micro à quelques consommateurs. L'un, genre branché, nous mit l'eau à la bouche en indiquant qu'il servirait ce soir des huîtres chaudes au foie frais. Un autre, plus "local", eut ce bon mot : "Faut faire des folies (lesquelles cependant ?), un tout petit peu, de temps en temps (vous voyez toutes les restrictions dans le commentaire !), et après on se serrera la ceinture (fermez le ban !). " Bref, rien de bien réjouissant de sa part. Vint ensuite le tour d'une fermière venue vendre sous la halle au gras l'oie, le canard et les foies. Le regard dépité, elle tint un propos désabusé : "Y a pas d'argent, ils économisent, ils sont pas nombreux, il va en rester…".

Pour terminer, une visite à l'épicerie fine installée sous les arcades depuis plus de vingt ans… En fait, il ne s'agit pas d'une épicerie fine à proprement parler, mais de la "Cave d'Embidoure", une boutique qui appartient à la famille Menegazzo, qui y vend les vins de son domaine de 25 ha situé à Réjaumont, à quelques kilomètres de Fleurance – blanc, rosé et rouge Côtes de Gascogne, Floc de Gascogne, Armagnac, blanc de blanc…. A la tête aujourd'hui de l'exploitation, après le papa, les deux filles de la maison, Nathalie et Sandrine, consacrées par le Guide Hachette 2012 avec l'attribution de deux étoiles à leur fameuse "Cuvée des Filles d'Embidoure" 2009, confirmant les 3 étoiles décernées en 2011 à la même cuvée par le Guide des "400 vins à servir les yeux fermés".

Il est dommage par ailleurs que n'ait pas été précisé à l'image le nom de la personne interviewée dans le magasin. Chacun a pu croire qu'il s'agissait d'une employée de la cave, alors qu'on avait à l'antenne l'une des sœurs Menegazzo en personne…Elle ne fut même pas questionnée, hélas!, sur le vin qu'elle produit et sur l'histoire du domaine d'Embidoure, mais eut simplement à dire que les quinze jours des fêtes représentaient pour son commerce une activité intensive et quelques 20% de son chiffre d'affaires annuel. Dommage donc que cette séquence n'ait même pas profité à la notoriété d'Embidoure.

 Reste finalement à savoir ce que le téléspectateur a pu retenir de cette émission, occasion suffisamment rare pour en tout cas chercher, par l'image et la parole, à séduire celui-ci et à lui donner envie de venir un jour ou l'autre découvrir Fleurance et ses environs. Je ne suis pas sûr que cet objectif ait été en l'espèce atteint.

Labyrinthique hôpital

Dans la perspective d'une prochaine opération chirurgicale (bégnine au demeurant), j'eus à me rendre récemment au Centre hospitalier d'Auch.

J'ai toujours évité la fréquentation des hôpitaux, à cause de leur gigantisme, et ma plutôt bonne santé m'a de ce point de vue facilité les choses, ne m'obligeant pour l'instant qu'à quelques incursions rares en clinique.

Mon médecin-traitant m'ayant "recommandé" à un chirurgien de l'hôpital d'Auch, il m'a donc bien fallu, cette fois, franchir les portes de celui-ci.

Non sans avoir déploré préalablement la vétusté des façades du bâtiment (l'hôpital a été construit il y a plus de quarante ans…), et le stationnement sous les porches de personnel de soins s'adonnant aux méfaits de la cigarette – le symbole est fort : la puissance publique dénonce à coup de campagnes retentissantes  les ravages du tabac qui coûtent à la collectivité 40 milliards € chaque année, à la charge notamment des hôpitaux, et pendant ce temps là dans les dits hôpitaux, sur le pas de la porte, des agents hospitaliers fument…

Une fois entré dans le hall-cathédrale de l'hôpital, à 13H55 pour un rendez-vous avec le chirurgien à 14 heures, je m'enquiers auprès de la Chargée d'accueil de la trajectoire que je devais d'emprunter.

Elle me rappela aussitôt à l'ordre, avec néanmoins beaucoup d'amabilité, pour m'indiquer que je devais d'abord m'identifier – on ne rentre pas ici comme dans un moulin !

Il s'agissait pour moi de prendre un ticket à la machine automatique, puis on m'indiquerait sur un écran ad hoc le guichet où me rendre pour mon inscription (comme à la Sécu !).

Lui faisant remarquer que personne ne m'avait informé de cette procédure préalable et que j'allais donc être en retard à ma consultation, l'hôtesse me répondit que cette investigation ne prendrait pas beaucoup de temps.

Docile, comme tous ceux qui étaient là et qui attendaient leur tour, je pris le fameux ticket, le n° 110, et j'attendis, et attendis encore…

Enfin, s'afficha le guichet F pour le n° 110 – la dépersonnalisation commençait brillamment !

Je fis alors remarquer à la revêche et anonyme (son nom ne figurait nulle part) employée du guichet F que j'étais déjà bien en retard et je lui suggérais d'appeler le secrétariat du chirurgien afin de savoir s'il ne serait pas plus judicieux que j'honore séance tenante mon rendez-vous, quitte à m'inscrire ensuite….Que nenni, me fit-on répondre !

De guerre lasse, je me laissais "déshabiller" administrativement par la toujours revêche préposée à mon "striptease".

Débarrassé de cette formalité, et fort en retard, je gagnais ensuite le 4ème étage, me mouvant dans une chaleur tropicale et me perdant en route dans les couloirs – trop de signalétique tue la signalétique – jusqu'à trouver enfin ma destination. Je me disais en sautant une à une les haies de mon 110 mètres: pourquoi un tel gaspillage de chauffage alors qu'on dénonce la gestion dispendieuse des établissements de santé ? Et Auch échappe d'autant moins à cette critique que son hôpital est en pleine crise financière ( 8 millions € d'endettement), avec audit, renvoi du Directeur…

Je passe un instant à la case Salle d'attente, puis suis reçu par mon chirurgien, disert et sympathique, qui me réconcilie momentanément avec cet univers hospitalier. Nous convenons de la date de mon intervention, de ses modalités, et des  autres rencontres à avoir aujourd'hui, pourvu cette fois de mon dossier dit "ambulatoire" au sens de courte immobilisation-hospitalisation, d'une dizaine d'heures, une définition en contradiction avec une autre où l'adjectif signifie quasiment le contraire : qui est propre au fait que quelqu'un se déplace, particulièrement en marchant.

Et d'abord un électrocardiogramme – je change d'étage en me perdant à nouveau. Arrêt au secrétariat du service concerné puis salle d'attente surchauffée. Branchement ensuite par le brave infirmier  du "barbecue" à mes poignets, mes chevilles et sur ma poitrine pour constater que la machine était défectueuse. Et pour cause, la batterie était à plat ! Qu'à cela ne tienne, un fil électrique a fait l'affaire pour donner à l'appareil le "jus" nécessaire et aboutir à un constat plutôt rassurant quant à l'activité musculaire de mon cœur. La conversation échangée avec le "brancheur" m'aura permis de saisir son inquiétude quant à l'imminence d'une médecine à deux vitesses, l'une fort chère réservée aux riches, et pour les autres une médecine de moindre qualité car dotée de beaucoup moins de moyens.

 Nouvelle station sur mon chemin hospitalier, elle aussi difficile à trouver  : le secrétariat du service anesthésie, histoire de vérifier que j'étais bien "anesthésiable". Pas de chance me dit la jeune secrétaire, après m'avoir fait attendre le temps de discuter avec une collègue, devant moi, de leurs difficiles conditions de travail : nous ne disposons que d'un anesthésiste dans le service, il est donc débordé, car tous les autres sont au bloc opératoire. Il vous faudra revenir expressément – date choisie avec elle. Mais avant de me libérer, mon interlocutrice me précise de ne pas oublier le jour dit de repasser à l'arrivée par la case identification ainsi qu'en repartant…

 Au total aujourd'hui, une heure trente de "parcours du combattant" dans un univers kafkaïen, où triomphe une administration tentaculaire, tatillonne, anonyme et tellement française. Vous êtes à sa merci, comme un pion dans un "jeu" de l'oie, "jeu" qui m'aura fait franchir dix cases, et la partie n'est pas finie !!!

 Seule satisfaction, mais elle est de taille : la gentillesse, la disponibilité et le professionnalisme du personnel rencontré, à l'exception de la "mégère non apprivoisée" du guichet F au rez-de-chaussée. Qu'il me soit donné de ne pas la croiser à nouveau lors de mon prochain passage !

Voeux 2013

De ce Gers devenu mon nid douillet, j'adresse à celles et ceux qui lisent mon blog, ouvert courant septembre 2012, mes meilleurs vœux.

          QUE VOTRE VIE SOIT ILLUMINEE DE BONHEUR EN 2013 !

                   HEUREUSE ET TENDRE NOUVELLE ANNEE !

 Je les accompagne de cette jolie phrase d'Arthur Rimbaud, extraite des "Illuminations", et tout à fait de circonstance en cette période de fêtes :

" J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, des guirlandes de fenêtre à fenêtre, des chaînes dorées d'étoile à étoile, et je danse." 

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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