Points de vues du Gers Carnets

Les photos de Pierre-Paul Feyte : le coup de "foudre"

Grâce à Martine, une amie belge, notre attention a été attirée sur le travail d’un photographe, Pierre-Paul Feyte, qui se trouve être par ailleurs guide touristique au château de Monluc, à Saint-Puy (20 minutes de Fleurance).

Avec mon épouse, nous nous sommes donc rendus sur place, pour en savoir plus.

Le château de Monluc (www.monluc.fr ), situé sur les hauteurs de Saint-Puy, a connu bien des transformations au fil des siècles (on en signale l’existence dès le Xème), et a  l’allure aujourd’hui  d’une belle bâtisse style  XVII ème.

Y vécut un homme illustre, Blaise de Monluc (1500-1577), grand militaire, élevé à la dignité de Maréchal de France , qui servit  pas moins cinq de nos rois . Mémorialiste de son temps, il s’illustra pendant les guerres de religion et d’Italie.

Le château, qui se visite toute l’année, appartient depuis les années soixante à la famille Lassus, qui gère là un domaine viticole, avec une production de vins appelés « tranquilles » , c’est-à-dire sans bulles, pour les opposer à une production qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans le Gers : un vin sauvage, élevé selon la méthode dite traditionnelle (fermentation en bouteille pour donner un vin mousseux), et décliné en Brut, Brut Rosé, Tuilé (un rosé extra-dry) et Chardonnay Brut. Autre exclusivité : le cocktail « Pousse-Rapière » (la rapière est le nom de cette longue et légère épée ramenée des guerres d’Italie), mélange subtil de vin sauvage brut et de liqueur d’Armagnac, selon un dosage qui relève du secret d’Etat.

Il se trouve que Pierre-Paul Feyte était présent le jour de notre  visite. Nous avons pu ainsi avec lui découvrir  quelques agrandissements de ses photos qui habillent les lieux, et acquérir son magnifique ouvrage « Ciel Sauvage », édité en 2011 (près de 200 pages) par  « Les Petites Vagues éditions » - le livre est à présent épuisé auprès  des diffuseurs, les derniers exemplaires étant en vente au château de Monluc. Nos  échanges nous ont permis de découvrir un homme passionné par son art, rêvant, notoriété venant,  de s’y consacrer totalement.

Son domaine de chasse : le ciel dans tous ses états, dont il est tombé amoureux dès l’âge de sept ans – « Je me revois courir derrière l’ombre des cumulus qui glissait au travers du pré. », écrit-il. Ayant beaucoup « itinéré », de par les occupations du père, c’est depuis son installation dans le Gers, en 2001, qu’il parvient au zénith de ses émotions :« La Gascogne me comble par la variété des jeux de lumière qu’offre la multitude de ses collines à l’heure des brumes,  ainsi que par ses vastes paysages ouverts,où roulent des orages parfois exceptionnels".  

Le Gers est aussi un paradis pour le photographe car l’absence de grands centres urbains préserve le firmament  des pollutions lumineuses,  permettant « …de contempler un ciel presque aussi riche que celui de nos aïeux. ». On trouve là  l’une des raisons qui fait que Fleurance est devenue au fil du temps une capitale de l’astronomie, pourvue au » Hameau des étoiles »  d’un dôme-planétarium s’ouvrant sur le ciel pour l’observation des astres - de quoi « musarder sous la voûte où l’étoile pullule », écrit notre photographe - , et dotée d’un Festival annuel de grande notoriété. . 

 L’un des mérites de Pierre-Paul Feyte est de nous faire redécouvrir ce ciel souvent ignoré de nos regards, mêlant dans ses superbes photos, non seulement des éblouissements artistiques, mais aussi des émerveillements techniques et scientifiques  qui nous interpellent sur l’incroyable fonctionnement de la planète.

En parcourant « Ciel Sauvage », ou les blogs de l’artiste (notamment www.kitao.fr ou www.cieldegascogne.blogspot.fr , ou encore www.flickr.com/feyte  et https://vimeo.com/feyte/videos   ), on est fasciné par la magie e la féérie des images. On se dit que l’au-delà, l’éternité, doivent ressembler à ces représentations célestes, où jeux de lune, d’étoiles, de soleil, de brumes, d’orages, d’éclairs, d’arcs-en-ciel,  créent mille lumières, mille couleurs, mille formes, qui sont autant d’instants de grâce et d’envoûtement, de sauvagerie aussi,  révélant des environnements d’une rare beauté et d’une harmonie incomparable  (paysages, arbres, champs, patrimoine – ah ! la cathédrale de Lectoure, la petite église de Blaziert, la collégiale de La Romieu, caressées par la lune, pleine ou en croissant, : à couper le souffle !  …).  

De jour, comme au crépuscule, ou de nuit, Pierre-Paul Feyte  va  ainsi « moissonner »  des cieux, encore des cieux, toujours des cieux, poète de l’image  jamais rassasié par son butin, tant il y a à montrer par poses et téléobjectifs interposés.

« Nées dans la nuit »,  lors de « Magies matinales », « Sous le soleil », par un « Jour de colère », dans l’ « Harmonie du soir », sous les « Eclairs dans la nuit », en « Moissons d’Etoiles » - les titres des chapitres de son livre -, ses images sont de sublimes peintures où la réalité le dispute à l’abstraction pour rendre des atmosphères enchanteresses.

Pour ma part, j’ai une préférence pour les rendez-vous photographiques  avec le soleil couchant, lorsque les cieux sont de feu, embrasés, rougeoyants et flamboyants – « Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige. », écrivait Baudelaire. Quelle beauté incendiaire alors ! (voir ci-dessus la photo « Embrasement », présentée  page 139 de l’ouvrage).

Les talents de Pierre-Paul Feyte  ne s’arrêtent pas à la photographie. Ses commentaires sont également inspirés, stylés, ciselés, accompagnant ses clichés avec intelligence et cohérence. Il fait montre aussi de connaissances livresques certaines – nous en étions à réciter ensemble des quatrains du « Bateau Ivre » de Rimbaud lors de notre rencontre - ,  émaillant ses photos de textes littéraires en rapport, signés Chateaubriand, Victor Hugo, Jean Giono, Paul Valéry, Pierre Loti…. 

J’ai retenu celui ci-après, de Leconte de Lisle, extrait de « Le réveil d’Helios » - Hélios personnifiait le soleil dans la mythologie grecque :

« La terre au bord brumeux des ondes apaisées

   S’éveille en rougissant sur son lit de roses ».

Shadow Dancer

Vu à Auch le film de l’anglais James Marsh, « Shadow Dancer » ( 1h40).

Il se déroule  à Belfast en Irlande du Nord en 1993.

Disons un mot du contexte historique :  la ville est tiraillée depuis toujours entre républicains, pour la plupart catholiques, dont le bras armé est l’IRA (armée républicaine irlandaise), qui veut le rattachement de l’Irlande du Nord à la République indépendante de l’Irlande du Sud, et les unionistes protestants, fidèles à l’Angleterre, qui disposent  eux aussi  d’une force paramilitaire. La guerre civile entre les deux communautés sévira, pour la période récente, entre les années 1960 et 1990, avec  attentats, émeutes, sur fond de  quadrillage de la ville par les militaires britanniques. Des négociations s’engagent ensuite qui aboutiront à un premier accord de paix en 1998, remis en question en 2002. S’en suivra un nouvel accord signé en 2006, qui fonde la situation d’aujourd’hui, sans qu’elle ne soit réglée totalement, des tensions persistant entre les deux camps.

Pour autant, « Shadow Dancer » n’est pas un film de plus sur l’IRA et sur le conflit en Irlande du nord.

Personnage central de l’histoire : Colette, qui vit à Belfast, dans les quartiers populaires, avec sa mère et ses frères, des activistes, comme elle, de l’IRA. Suite à son arrestation après un attentat avorté dans le métro de Londres (elle renonce à son geste meurtrier) –occasion d'une  belle scène de suspense, même s’il ne se passe pas grand-chose-,  Colette se voit offrir par Mac, des services secrets britanniques, le choix entre passer 25 ans en prison, loin de son fils aimé, ou espionner sa famille, devenant ainsi traître à sa cause.

Elle fera par amour filial le second choix, et le film raconte à partir de là le destin des protagonistes de l’affaire, destin qui les asservit, les dépasse et les broie.

 D’un côté, un agent britannique, piégé par sa hiérarchie (la froideur et le caractère implacable de la machine bureaucratique anglaise sont bien mis en  évidence ), et par la sympathie, et même davantage, qui le lie peu à peu à Colette, au gré des rendez-vous secrets et réguliers qu’il a avec elle le long d’une jetée de mer pour échanger des informations.

De l’autre, des jusqu’aux-boutistes  de l’IRA qui y croient encore, tous paranoïaques à souhait – leur chef suspecte Colette de trahison et cherche avec acharnement les preuves pour la confondre - , fatigués et excités  par le conflit mais qui s’échinent à rêver encore à des lendemains qui chanteront.

Au milieu Colette, la « taupe », dont on suit l’anxiété et la panique croissantes  au fur et à mesure  du déroulé du film, une angoisse que va partager le spectateur, ravi de se retrouver là dans une atmosphère qui rappelle si bien les thrillers américains des années  70 .

Il y a aussi la mère, déjà veuve deux fois (un mari, un fils), et qui redoute de l'être à nouveau.Elle veille discrètement sur la maisonnée, parlant peu,marquant  son affection à sa fille, à ses fils, à son petit-fils, par un regard attentif, un geste affectueux, consciente de ce qui se passe, tout en semblant enfermée dans un relatif mutisme et un certain mystère, dont le sens et la portée nous seront révélés vers la fin du film.

Autre acteur de l'histoire : la cigarette.A l'inverse de la tendance de toutes ces dernières années où le cinéma  l'avait escamotée, santé oblige, elle est fumée ici sans cesse, ajoutant à la tension des situations.Pire, elle est à l'origine d'une tragédie qui ouvre le film : Colette, alors petite fille, doit aller chercher des cigarettes pour son père .Elle se défausse sur son petit frère qui ne reviendra pas vivant, blessé mortellement dans la rue par un échange de coups de feu entre forces de l'ordre et membres de l'IRA.On imagine le poids considérable de la culpabilité qui va peser sur les épaules de la soeur aînée durant toute son existence,doublé d'une haine féroce pour l' "envahisseur" anglais.Viendront s'y ajouter plus tard la honte et le mensonge nés de la trahison.

Notons enfin qu'il y a un fort contraste dans l'allure des représentants des deux camps : les agents britanniques toujours bien mis, avec en patronne intraitable une femme blonde, glamour et belle à croquer, entouré de collaborateurs portant beau le costume, rasés de près, le cheveu court et soigné ; les irlandais, mal fagotés, le cheveu hirsute, le vêtement négligé, vivant dans de médiocres logements et se transportant dans des voitures à bout de souffle. Faut-il y voir un parti pris du metteur en scène, anglais ne l'oublions pas, qui opposerait les bons, les britanniques, propres sur eux,donc honnêtes et droits, face aux méchants, les irlandais, louches et loosers ? Mais peut-être veut-il dénoncer, et cela serait plus à son avantage,la domination arrogante et méprisante d'une classe sociale sur une autre, qui va jusqu'à refuser à cette dernière sa liberté et sa dignité.  

Le film est sombre, crépusculaire, étouffant, fort notamment d’une économie des dialogues et des sentiments.

La mise en scène est simple, sobre  et nerveuse en même temps, d’un réalisme quasi-poétique, et d’une virtuosité rigoureuse.

Andrea Riseborough en Colette, dans son imperméable rouge qui  la fait passer pour le Petit Chaperon (pourchassée ici par plusieurs loups parfaitement identifiés), mais qui lui donne aussi une visibilité excessive, peu en rapport  avec sa qualité d’espionne  – l’espion, en principe  se dissimule et agit dans l’ombre – tient le rôle magnifiquement ( je ne l’avais jamais vu au cinéma jusqu’alors) . Pour s’y préparer, un peu à la manière des comédiens formés à l’Actors Studio de New-York, l’actrice s’est immergée dans Belfast le temps nécessaire, afin de s’imprégner des lieux, et c’est plutôt réussi .

Une mention particulière à Clive Owen, l’agent des services secrets , un acteur en vogue, que je n’apprécie pas plus que cela, mais qui offre là, comme sa partenaire , un jeu juste et  tout en retenue qui confère parfois d’ailleurs  au film un côté sans éclat.

Il faut dire que James Marsh, le metteur en scène, est célèbre en Angleterre  pour ses documentaires, et ce talent  se retrouve ici (authenticité, vérité des lieux et des êtres…- on s’y croirait !), même si c’est à coup quelquefois de  « sécheresse »  et de déficit de vitalité dans les images, où l’émotion est très (trop ?) souvent contenue.

Foie gras de canard du Gers sur TF1

Décidément, le Gers vit une belle histoire d’amour avec le journal  télévisé de  13heures de TF1 (1), puisqu’en 3 semaines à peine Jean-Pierre Pernaut aura lancé trois sujets sur notre département : le 25 janvier la garbure, le 5 février la maison médicale de Mauvezin ( voir mes billets sur ces deux reportages), et ce mercredi 13 février la production de foie gras de canard.

Il s’agissait en l’occurrence de démontrer que la filière foie gras du Gers est exemplaire en termes de traçabilité et de transparence, au moment où le doute des consommateurs s’est encore aggravé  à la suite de l’affaire Findus et du cheval de Roumanie.

Pleins feux pour la circonstance sur la Ferme de Las Crabères, à l’Isle Jourdain, à 45 minutes à l’est de Fleurance (www.las-craberes.fr ).

Francis Mauco y élève 2.500 canards par an, maîtrisant sur place toute la filière, de l’arrivée du petit canard d’un jour et de 50 grammes , jusqu’à la mise en boîtes ( il vend lui-même dans sa boutique ou par internet quasiment 100% de sa production).

Le producteur précise devant la caméra qu’il ne manque jamais une occasion de faire visiter les lieux à ses clients, leur montrant comment il travaille –l’atelier est aux normes CE- , comment il gave ses canards avec du maïs naturel grain entier, et  d’où viennent ses approvisionnements.

Il rappelle par ailleurs, si besoin était, que les volatiles sont élevés en plein air dans le respect de la Charte de Qualité des Producteurs à la ferme du Gers.

Fort de ces exigences, Francis Mauco doit recevoir prochainement le label « Canard à Foie Gras- Gers-du Sud-Ouest », une juste récompense pour tous les efforts entrepris dans le sens de cette vérité industrielle  réclamée par les consommateurs.

Il fait partie par ailleurs de l’Association « Excellence Gers » (www.excellence-gers.fr ), qui rassemble un réseau de producteurs garantissant le meilleur de la qualité, la meilleure origine, le meilleur de l’environnement et le meilleur de la convivialité.

L’éleveur-producteur est fier de dire que grâce au code qui figure sur chaque  bocal il peut suivre toute la vie du canard sur l’exploitation.

Outre des foies gras de 450 à 600 grammes, Las Crabères propose une gamme variée et fort appétissante de produits : Gourmandises de canard aux figues et à l’Armagnac, Magret fourré au bloc de foie gras, Cou de canard farci, Cœurs de canard fourrés au foie gras, Cassoulet au confit de canard, Haricots ou Lentilles aux manchons confits, Garbure, Cuisses de canard au civet, Magret séché, et en produits frais : cuisses de canard, aiguillettes, Magret, Rôti… , le tout recommandé par « Le Petit Fûté » dans son édition 2011.

Il s’élève dans le Gers quelques 300.000 canards, dans des fermes de plus en plus à la pointe pour la la modernité de leurs installations , la qualité et  la traçabilité de leurs produits.

Si travailler le canard vous dit, je vous recommande le livre écrit par André Daguin (le « roi » du canard, inventeur du fameux magret , qui fut un grand chef gascon)  et son fils, « Un canard et deux Daguin » - Editions Sud-Ouest 2010-, qui fourmille de bonnes recettes, tout aussi inventives les unes que les autres. Au hasard : foie frais sauté aux navets glacés, terrine de jarret de porc confit au foie gras, magret de canard à la purée de champignons, foie gras de canard en courge, gratin d’huîtres au magret fumé, brochette de saumon aux cèpes et magret salé….A noter également de belles pages qui rendent hommage au canard.

 

(1)TF1 est une chaîne que je ne regarde guère car ses programmes sont la plupart du temps d’une affligeante médiocrité, quand ils ne font pas appel pour faire de l’audience  aux ressorts les plus vils des téléspectateurs  . Je fais une exception pour certains sujets du journal de 13 heures car ils mettent en évidence cette France « d’en bas », si pourvoyeuse d’initiatives intelligentes et réussies. Mais quand Jean-Pierre Pernaut ouvre le jour du foie gras du Gers un reportage sur la fin des soldes en l’annonçant comme un « grand évènement » ,  je ferme ma télé .La hiérarchie de l’information, l’un des fondements du métier de journaliste, en prend un « sacré coup » ! 

Lincoln

Vu au cinéma à Auch, « Lincoln » de Steven Spielberg (2H30).

Chaque siècle fournit son lot d’hommes d’Etat exceptionnels, ces « géants »  qui ont rendez-vous avec l’histoire de leur pays et  leur peuple.

Abraham Lincoln (1809-1865) a fait  partie assurément de ceux-là au XIX°, au même titre que Charles de Gaulle, Winston Churchill ou Gandhi au XX°.

Le film raconte les dernières semaines de la vie de celui qui fut le seizième  Président des Etats-Unis en 1860, puis à nouveau en 1864 pour un second mandat .

Thème central du film : sa lutte politique inlassable pour obtenir l’abolition de l’esclavage. Avec en toile de fond la guerre de Sécession qui a opposé de 1861 à 1865 les Etats de l’Union, dirigés par Abraham Lincoln, favorables à l’abolition, aux 11 Etats esclavagistes du sud, réunis en une Confédération dirigée par Jefferson Davis,  et qui fit plus de 600.000 morts jusqu’à la reddition des troupes sudistes du général  Lee au général Grant.

 Après avoir prononcé la Proclamation d’émancipation des esclaves en 1862, le Président des Etats-Unis entend bien faire voter par la Chambre des Représentants un Treizième Amendement à la Constitution américaine consacrant l’abolition de l’esclavage.  Il doit disposer pour cela des 2/3 des voix de cette Assemblée. Assuré du vote des membres du Parti  républicain, son parti, il manque néanmoins à Abraham Lincoln  20  voix pour parvenir à ses fins, 20 voix qu’il faut trouver du côté des adversaires  démocrates, à l’époque hostiles à l’abolition en tant que représentants des Etats du sud .    

Abraham Lincoln va y parvenir – le vote interviendra le 31 janvier 1865 par 119 voix pour et 56 voix contre -, fort de son opiniâtreté et de ses convictions, et à coup de  manœuvres politiques, au demeurant pas toujours recommandables, telles  la subornation et le chantage, mais la fin, lorsqu’elle est aussi noble, ne justifie-t-elle pas les moyens employés ?

Cette conquête fondamentale de la liberté pour la communauté noire américaine s’est donc faite à l’arraché, et le film rend bien compte, en nous tenant en haleine,  du contexte historique de ce moment,  des doutes qui assaillent parfois les partisans de l’abolition, des insultes et des menaces que s’échangent les protagonistes, et surtout de l’infaillible détermination du Président des Etats-Unis, animé par une grandeur d’âme, un idéal et une volonté de paix hors du commun. Il ne pouvait pas savoir qu’il préparait l’arrivée à la Présidence des Etats-Unis  en 2009, soit près de 150 ans après, d’un Président noir, Barack Obama…

Abraham Lincoln paiera, hélas ! , de sa vie cette belle victoire sur le racisme  , assassiné le 14 avril 1865 par un sudiste forcené, alors qu’il assistait dans sa loge du théâtre Ford à la représentation de la pièce « Our American Cousin » de Tom Taylor. Comble du sort funeste du Président : c’est un comédien de théâtre qui lui porta le coup de revolver fatal…

Père de la nation, l’homme était chéri et admiré. Le film met bien en évidence ses qualités d’homme d’Etat, sa gravité, sa hauteur de vues, sa capacité aussi à prendre le temps de la réflexion, à peser le pour et le contre, puis à trancher pour passer sans hésiter  à l’action, devenant alors inébranlable et parfois même intransigeant. Cela ne l’empêchait pas d’être doté d’un sens de l’ humour très développé, au point de séduire son auditoire par des histoires drôles chargées de symboles ( ah ! son évocation  du portrait de George Washington dans des toilettes britanniques, à priori « an unappropriate place »…).

Sa vie privée est largement montrée, révélant un mari et un père ayant là également à affronter des circonstances difficiles : deux de ses quatre enfants sont déjà morts, à 4 et 12 ans - et un troisième mourra à 18 ans en 1871.C’est dire le malheur qui frappe sa famille à un  moment où Abraham Lincoln doit puiser en lui beaucoup d’énergie et de sérénité personnelle pour mener à bien son combat contre l’esclavagisme.  Il ne s’en montre pas moins un homme tendre, attentionné, généreux auprès d’une femme dévastée par la douleur des enfants perdus et qui dans un exemplaire esprit de sacrifice fait face à sa vie officielle du mieux possible.

Le film, au-delà de reconstituer avec un certain lyrisme une grande page de la démocratie américaine,  comporte une vraie humanité qui crée chez le spectateur de l’émotion, de la joie et même de la fierté pour ces hommes acteurs d’une histoire en marche, et c’est la force de Spielberg d’avoir réussi à mêler l’un à l’autre. C’est le cinéma de Spielberg que nous aimons, lui qui a tant à se reprocher avec des films commerciaux comme  « Les Dents de la Mer » ou « Jurassic Park »

Les Etats-Unis donneront à leur Président une reconnaissance éblouissante, à la mesure de la taille historique du personnage : superbe Mémorial à Washington, et un autre sur son lieu de naissance ; visage sculpté dans le granit, à côté de ceux de Washington, Jefferson et Roosevelt, dans le mont Rushmore, en Dakota du sud ; musées ici et là au gré de son itinéraire de vie, dont le fameux Musée de Springfield, dans l’Illinois, où Lincoln commença sa carrière d’avocat ; Lincoln Park, à Chicago ; effigie sur  la monnaie américaine ; capitale du Nebraska qui porte son nom, comme plusieurs navires de la marine américaine ; œuvres musicales et chorales en son honneur…sans oublier les 16.000 livres qui lui ont été consacrés ! Un proche, devant le lit de mort de Lincoln, dira : "Maintenant, il appartient à l'éternité."

La composition de Lincoln par Daniel Day-Lewis, acteur britannique, est inouïe et prodigieuse. On oublie complètement le comédien, tant il incarne à la perfection son sujet, dans une finesse d’interprétation qui force l’admiration. Acquis à la méthode de jeu de l’Actors  Studio (école new-yorkaise qui forme les acteurs en les invitant à s’identifier totalement, physiquement et psychologiquement, à leurs personnages ), Daniel Day-Lewis est entré dans la peau de Lincoln en s’y préparant un an à l’avance, visitant les lieux  emplis de son souvenir, touchant même des objets lui ayant appartenu, et  lisant maints ouvrages le concernant, dont bien entendu   celui de l’historienne Doris Kearns Goodwin,  « Team of Rivals » , qui a servi  de base au scénario du film.

Pas étonnant que l’acteur, qui a déjà à son actif pas moins de 87 prix dont 2 Oscars,  vienne de rafler pour son rôle de Lincoln l’Oscar britannique du meilleur comédien (cérémonie des BAFTA Awards) , et qu’il soit pressenti  pour les Oscars 2013 de Los Angeles (rendez-vous le 24 février), le film de Spielberg se retrouvant d’ailleurs nominé pour la circonstance dans treize catégories ! - Mise à jour : confirmant les pronostics , Daniel-Day Lewis s'est d'ailleurs vu consacrer Meilleur acteur aux Oscars d'Hollywood pour son rôle dans Lincoln.

Saluons aussi les performances de Tommy Lee Jones, un de mes acteurs préférés, qui  joue à merveille Thaddeus Stevens, un républicain abolitionniste radical, qui mettra de l’eau dans son vin pour amadouer les démocrates modérés, et Sally Field, qui donne une interprétation juste et émouvante, pleine de sincérité, de Madame Lincoln.

Bref, un grand, grand film, qui a d'ores et déjà remporté un succès considérable de fréquentation aux Etats-Unis.

Une  seule réserve :  pourquoi  avoir fait de Lincoln un personnage souffreteux physiquement, encombré semble-t-il , à le voir marcher, de problèmes de rhumatisme. Cela nuit à son image, d'autant que c'était un colosse de 1,93 m. et qu'il n’avait que 56 ans. Mais il est vrai que je ne suis pas un expert de son histoire, et qu'il avait peut-être réellement des problèmes de santé...

 

Le Gers à nouveau sur TF1 - Maison médicale à Mauvezin

Encore un  sujet sur le Gers dans le journal de 13 heures de TF1, ce 5 février (après celui du 25 janvier sur la fameuse garbure – voir billet dans le mois considéré).

Cette fois, pour présenter  une excellente initiative réalisée à Gimont, à 30 minutes au sud-est de Fleurance : l’ouverture depuis le 2 janvier, après deux ans de travaux, d’une Maison médicale qui regroupe en un même lieu, sur 700 m2,  19 praticiens, dont 4 médecins généralistes, un psychologue, un diététicien, un kiné et des infirmiers. Avec en complément, un gymnase, 3 bureaux du Conseil général du Gers (pour le suivi des dossiers sociaux relevant de la compétence du département), un bureau pour le Centre communal d’action sociale (CCAS) et un aussi pour la Mutualité Sociale Agricole (MSA).

Un solution d’avenir à l’évidence, qui permet aux 10.000 habitants du canton de disposer désormais d’une offre santé regroupée, et donc de supporter  moins de déplacements pour aller d’un médecin à un autre (la Maison médicale de Mauvezin est située à proximité immédiate de la place d’armes de la commune et de sa belle halle en pierre du XIV°) – « C’est pratique, dit un patient devant la caméra, plutôt que de courir un peu partout… ».

Dans cette logique de rassemblement, il est dommage d’ailleurs que ce projet n’ait pas prévu l’installation dans cette maison d’un cabinet de radiologie dont les liens sont si étroits et si réguliers avec les médecins généralistes et les spécialistes.

Cette concentration de services facilite aussi la concertation et la coopération entre professionnels présents, d’où gain de temps,  meilleure connaissance mutuelle, organisation plus facile des gardes….

Enfin, et surtout, une Maison médicale est une réponse pertinente à la désertification médicale du territoire rural, les jeunes médecins pouvant être séduits par une  formule qui les rassure – être ensemble, confronter ses diagnostics  quand on hésite sur un cas ou un autre -, alors que l’idée de reprendre un cabinet dans un coin isolé et perdu les fait fuir…

Il est révolu de surcroît le temps où les médecins de campagne, encore appelés médecins de famille, consacraient  leur vie à leurs patients, sept jours sur sept, nuit et jour, avec un  sens du sacrifice hors du commun. Les jeunes générations entendent maintenant, et fort justement, vivre autrement, d’autant que le métier s’est considérablement féminisé, avec l’enjeu familial personnel qui en résulte.

Première du genre dans le Gers, la Maison médicale de Mauvezin devrait  très vite faire des petits, puisque trois autres projets vont voir le jour , dont l’un à Fleurance qui regrouperait, lui aussi,  19 professionnels de santé sur 800 m2 de locaux.

"Plaisirs du Gers"

Je lis depuis longtemps presse et magazines, curieux et avide que je suis d’actualités de tous ordres, politiques, économiques, sociétales, culturelles…

Au nombre d e mes lectures, depuis que je suis installé dans le Gers : « Plaisirs du Gers », un magazine qui ne paraît qu’une fois par an, au début de l’été (« le plaisir est l’objet, le devoir et le but de tous les êtres raisonnables » disait Voltaire).

J’ai essayé à plusieurs reprises, par voie d’emails, de rencontrer le Directeur de la rédaction/Rédacteur en chef, Pierre Pérouchet, histoire de l’entendre me parler de la belle aventure de cette revue en vue de lui consacrer un billet sur mon blog.

Aucune réponse, même  pas pour me dire qu’à cause d’un emploi du temps chargé il ne pouvait pas me recevoir. Mais laissons là ce manque regrettable  de courtoisie.

Il ne m’empêche pas d’écrire tout le bien que je pense de cette publication.

« Plaisirs du Gers » est né en 2005, et a donc sorti son 8ème numéro en 2012, passant de 128 pages pour son n°1 à 216 pour son dernier n° paru.

D’un format 23x28, il est d’une rare élégance, avec une mise en page de qualité, de superbes photos , et des textes intelligents, le tout provoquant un effet de séduction et de surprise qui vous donne envie de l’acheter (voir ci-dessus quelques couvertures).

J’ai pu reconstituer une collection entière de ce magazine, mais non sans difficulté (aujourd’hui, c’est impossible) car il est très recherché – j’ignore pour autant le nombre de lecteurs qui lui sont attachés.

Devise de la revue : « Je crois qu’un brin d’herbe n’a pas moins d’importance que la course des astres », empruntée au poète et humaniste américain Walt Whitman (deuxième moitié du XIX°).

Ce que  Pierre Pérouchet traduit par : « A côté des phares incontournables, faire découvrir la multitude et la diversité des petites lumières disséminées dans notre campagne gersoise. » (à défaut d’avoir pu m’entretenir avec lui, je me suis référé pour le faire parler à ses éditoriaux).

Mais qu’on ne se méprenne pas : on n’est pas dans  l’exaltation passéiste de la tradition ou du terroir, tel que le célèbre film d’Etienne Chatiliez, « Le bonheur est dans le pré » (1995), a voulu le faire, sans échapper aux pires clichés.  Ah ! la fermière de Condom et ses deux filles !!!

Le magazine, qui se veut « presse de territoire » , écrit son Directeur, (et non de terroir…) fait au contraire le pari « militant » de la modernité, en offrant dans la forme comme dans le fond une image contemporaine du Gers, où se déroule « une nouvelle façon d’y vivre, moins repliée, plus ouverte sur la région, le pays et le monde… ».

Dans cet esprit, je ne résiste pas au plaisir de citer quelques lignes de l’interview du truculent et provocateur  Michel Cardoze, homme de lettres et de médias, dans le n°1 de « Plaisirs du Gers » : « Un magazine idéal sur le Gers serait le  magazine le moins gersois possible au sens traditionnel, attendu du terme. Il faudrait que dans ce journal on admette que le Gers s’est mondialisé, globalisé, et le considérer comme un petit bout du village mondial. Je ne dis pas cela pour courir après la mondialisation servile et unificatrice…Pour moi, célébrer le Gers, ses qualités, ses beautés, son art de vivre, c’est être dans l’universel….Plus on est gersois et moins on doit être localier, étriqué. Il faut oublier les frontières départementales… »

C’est ainsi que le lecteur va au fil des numéros et des pages à la rencontre de ce coin de terre, de son patrimoine exceptionnel  et de ses paysages somptueux, mais aussi des femmes et des hommes qui par leur passion, leur excellence et leur ouverture à l’innovation font le Gers d’aujourd’hui et de demain.

On croise sans hiérarchie des personnalités ou des « people », Jean d’Ormesson, Michel  del  Castillo, Eve Ruggieri, Denis Tillinac, Jean-Charles de Castelbajac,  Pierre Arditi, Macha Méril, Claire Chazal, Marc Lavoine, Françoise Laborde, Frédéric Diefenthal , Aure Atika,  , qui tous parlent avec amour de leur Gers à eux, mais aussi des intellectuels, des philosophes, des urbanistes, des hommes politiques, des journalistes, des artistes, des artisans, des producteurs, des chefs de cuisine, des sportifs…,les uns et les autres jamais à court de projets et d’enthousiasme.

Pierre Pérouchet n’en revendique pas moins un certain amateurisme pour son magazine , ce qui l’honore,  : « …nous allons à la découverte des hommes et des choses…la fleur au stylo, sans trop nous soucier de savoir si le sujet rentrera dans la grille… », ou encore : « Comme nous n’avons pas vraiment appris à fabriquer un magazine, si ce n’est sur le tas, nous avons cette légèreté, cette candeur, cette indépendance , qui vous séduisent, je crois. Et qui peuvent produire de belles choses ».

Précisons en fin que « Plaisirs du Gers n’est pas né n’importe où, mais à Marciac, une  petite ville de l’ouest du Gers (1300 habitants), qui monte, qui monte...

Grâce à un Festival de Jazz à la renommée internationale (www.jazzinmarciac.com ),  devenu aujourd’hui  aussi  incontournable  que des rendez-vous comme Montreux ou Montréal. Fondé en 1978, il draine maintenant chaque année, de fin juillet à mi-août, 220.000 personnes en moyenne, fort des « affiches » proposées (Lionel Hampton, Dizzy Gyllepsie, Stan Getz, Oscar Peterson, et tant d’autres, aussi géants, sont venus à Marciac), des 850 bénévoles, d’un budget de 3,5 millions €, et d’un chapiteau de 4.000 m2, le plus grand d’Europe, complété désormais par l’Astrada, une magnifique salle de 500 places, ouverte en 2011 (s’y déroule d’ailleurs à l’année toute une saison culturelle).  A l’origine de cette réussite spectaculaire, un prof’ d’anglais, dingue de jazz,  Jean-Louis Guilhaumon, nommé en 1971 au collège de Marciac, devenant ensuite, au fur et à mesure de la progression de « son » Festival (la 1ère année, il n’y eut qu’un concert de donné dans les arènes de Marciac), Principal de son établissement scolaire  et Maire de la commune, puis Vice-Président de la région Midi-Pyrénées…

Mon petit doigt me dit que Pierre Pérouchet n’est pas non plus pour rien dans le développement et le succès de cette odyssée «  marciacaise ».

Ce qui explique sans doute qu’il ait tant à faire, et qu’il n’ait pas pu me recevoir…

 

 

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Phil | Réponse 22.06.2014 12.22

Puis-je échanger à ce propos avec vous par mail ? Vous avez le mien avec ce message, contactez-moi Merci

thierry decrock 22.06.2014 15.30

Bien volontiers.
Mon email est thierry.decrock@alsatis.net
Bien à vous.

Phil | Réponse 21.06.2014 17.46

Bonjour J'ai remarqué ce magazine dans une vitrine de Marciac il y a peu (un dimanche) Passioné d'art et de culture et futur gersois..

thierry decrock 22.06.2014 10.46

Le prochain n°devrait sortir dans une dizaine de jours.Je vous conseille de l'acheter.Dans quel coin du Gers comptez-vous vous installer ? Bien à vous.

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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