Points de vues du Gers Carnets

Suite et fin des Carnets de campagne de France Inter sur le Gers

Jeudi 25 avril : Auch, ville d’art et d’histoire,  épicerie coopérative, éditions « Le vent se lève ! », librairie-tartinerie…

 

En préambule, Philippe Bertrand salue le label Ville d’Art et d’Histoire obtenu par Auch (www.mairie-auch.fr et www.auch-tourisme.com ) et commente la valorisation de certains des quartiers du chef-lieu du Gers, comme celui de la ZUP du Garros, ou celui de l’ancienne caserne d’Espagne reconverti pour partie en lieu culturel et de loisirs, en attendant la mise en œuvre en complément d’un projet immobilier qui intégrera un programme de logements diversifié. Sont ainsi superbement installés un nouveau complexe cinématographique, Ciné 32, doté de 5 salles (plus de 800 fauteuils), et le Centre d’Innovation et de Recherche Circassien (CIRCA), pôle national des arts du cirque, qui dispose d’un chapiteau permanent, le Dôme de Gascogne, à la structure innovante unique en France, d’un terrain-espace chapiteaux, et dans les anciennes écuries, de bureaux, d’une salle de répétition, d’un espace de vie et d’hébergements pour les artistes en résidence,  et d’un restaurant coopératif, la Cant’Auch, pourvu d’emplois en insertion. Le label « Art et Histoire » profite aussi aux communes rurales du Grand Auch qui sont mises en valeur chaque été, au côté de leur grande sœur, dans une programmation culturelle, « Laissez-vous conter le Grand Auch ». 

Présentation ensuite par Cathy Rande, l’une de trois co-fondatrices, de l’épicerie coopérative « L’Estanguette », ouverte en septembre 2012 à Estang, ( 600 habitants), en réaction à la disparition  des petits commerces du village (le dernier a fermé en mars 2012).Constituée en société coopérative d’intérêt collectif, avec des parts sociales à 20 €, l’épicerie, qui est aussi devenue un espace d’accueil,  d’échanges et de solidarité  pour les estangois, s’appuie sur un réseau en circuit court de 39 producteurs locaux, pour partie bio, connus de la clientèle de par leur proximité , d’autant qu’ils se prêtent volontiers à des animations le samedi matin. Cathy Rande précise encore que 3 emplois à temps partiel ont été créés (l’équivalent d’un plein temps et demi),  l’activité étant  viable mais l’équilibre encore précaire.

Autre sujet abordé : la création en octobre 2011 par Catherine Heurteux Peyréga,  à  Aubiet,  d’une maison d’éditions, « Le vent se lève ! » (ne pas oublier le point d’exclamation, elle y tient !) – http://leventseleve.blogspot.fr  (photo d’une page du site ci-dessus).

Après avoir vécu, entres autres, en Afrique et en Provence et connu diverses expériences professionnelles, Catherine Heurteux Peyréga s’est investie dans ce projet avec un esprit de « résistance », en mettant en lumière dans de petits livres au format carré les actes et la vie de personnes anonymes ou peu connues qui se sont engagées avec courage pour lutter contre des injustices ou des situations indignes. Parmi ses publications dans la collection « Ô rages ! »  : « Comment j’ai résisté à Pétain » de Angèle Bettini  del  Rio, où l’auteur raconte comment elle a organisé à 18 ans un jet de tracts d’indignation depuis un immeuble lors du passage à Toulouse du Maréchal Pétain en novembre 1940.Ce qui lui vaudra 4 ans d’internement dans les camps vichystes du sud-ouest de la France, là où on punissait « les indésirables ».A 90 ans, cette « pasionaria » poursuit aujourd’hui  encore son engagement, allant dans les écoles pour  faire passer ce message de résistance. Autre livre édité : « Comment j’ai résisté à la multinationale Molex », un entretien avec Guy Pavan, syndicaliste à l’usine de Villemur (Tarn-et-Garonne), qui  tenta , mais en vain, de s’opposer dans les années 2008-2010, avec les 278 autres salariés, à la fermeture de l’établissement. Un modèle de lutte sociale exemplaire  par la combativité, le courage et la « résistance »de ses acteurs.

L’éditrice ne cache pas que l’un de ses problèmes est d’intéresser les grands réseaux de distribution à la diffusion de ses ouvrages. « Faîtes-vos preuves d’abord », lui dit-on…, et là aussi elle s’accroche et « résiste »…Au point d’envisager l’ouverture prochainement de la collection « Après la pluie », qui sera faite de romans et nouvelles qui témoigneront des réalités sociales d’hier et d’aujourd’hui. Soutenue par un programme « Oséo » d’aide aux PME, la maison d’éditions compte s’ouvrir à des financements participatifs et citoyens.  « Le vent se lève, il faut tenter de vivre », écrivait Paul Valéry…

En fin d’émission, Philippe Bertrand dit un mot de la librairie-tartinerie de Sarrant, tenue par Catherine Mitjana-Bardy  et  Didier Bardy, partenaire d’ailleurs des éditions « Le vent se lève ! » - www.lires.org

Ouverte depuis l’an 2000, dans un village de 300 habitants  labellisé « Plus Beau Village de France », le lieu est non seulement une librairie (20.000 titres disponibles),  mais aussi un espace fédérateur de rencontres, de débats, d’expositions, de concerts et de restauration légère. L’association « Lires », créée en même temps que la librairie, vient de s’adjoindre en 2010 une maison d’éditions, la Librairie des Territoires, qui se consacre à la publication d’ouvrages liés au développement local, thème particulièrement cher au couple de libraires.

 

Vendredi 26 avril : emploi, cuisine pédagogique et communautaire, culture méditerranéenne et occitane

 

Pour sa dernière émission, Philippe Bertrand  a retenu trois sujets gersois.

Le premier raconte l’action de l’association intermédiaire Energie M4  , sise à Marciac, qui a été créée en 1993, et qui vise à favoriser le retour à l’emploi en offrant des formations adaptées, et à mettre à disposition le personnel ainsi formé auprès des entreprises, des artisans, des collectivités….Il faut dire qu’avec 22% de sans-emploi  chez les moins de 26 ans dans le Gers, l’enjeu de l’emploi est de taille, d’autant que le peu de mobilité des gens d’ici et l’inadéquation des compétences possédées  au regard de celles recherchées par les employeurs ne facilitent pas le traitement du chômage. Mais 20 ans après sa création, Energie M4 peut être satisfaite d’avoir placé chaque année 170 salariés, et de compter 250 utilisateurs de ses services.

Deuxième sujet à l’ordre du jour de cet ultime « Carnet de Campagne » dans le Gers : la création à Magnan (240 habitants), d’une cuisine pédagogique et communautaire qui vient juste d’être inaugurée. C’est le Maire lui-même, Jean Duclavé, qui ayant la passion du goût culinaire – il fut traiteur dans une autre vie durant 25 ans – fut à l’origine de l’idée. Son souhait : transmettre avec d’autres sa passion des saveurs et ses connaissances en cuisine, en valorisant à cette occasion les produits locaux et du moment. Il s’agira d’un pôle d’animation culinaire cantonal, un titre un peu pompeux pour dire qu’on trouvera là une cuisine de 90 m2 toute équipée du dernier cri de la technologie, pour y organiser des dégustations (le groupe des vins Plaimont, le Bureau national interprofessionnel de l’armagnac se sont déjà montrés intéressés), et bien sûr des cours d’initiation et de découverte, en direction notamment des enfants de 4 à 10 ans via leurs établissements scolaires, en suscitant chez eux, pourquoi pas, des vocations de cuisinier– un jardin de plantes aromatiques qui se trouve près de l’école participe déjà de leur éveil pédagogique . C’est là une belle opportunité, dit le Maire de Magnan, pour apprendre aux plus jeunes, et aux touristes également,  les vieilles recettes du terroir  de nos grand-mères : foie gras de canard en terrine, garbure à l’ancienne, daubes, brandades de morue, croustades aux pommes et à l’armagnac, gâteau aux châtaignes…, et une association en cours de constitution, Magnan culinaire, y aidera avec ses bénévoles. Le projet aura coûté 350.000€ (ce n’est pas rien !), entièrement autofinancé par les subventions de tous les partenaires publics (la commune y aura contribué à hauteur de 120.000 €, en économisant 20.000 €  chaque année pendant 6 ans sur d’autres postes de dépenses de son budget).

Et pour clore la série des Carnets de campagne dans le Gers, Philippe Bertrand se déporte de Magnan à l’Isle Jourdain où Guillaume Lopez, un jeune musicien, a fédéré, via le CAMOM  (Comité Artistique Musical Occitanie-Méditerranée – www.lecamom.com ), créé en 2008, une compagnie d’artistes autour de plusieurs projets musicaux, avec comme fil conducteur les cultures occitane et méditerranéenne. En 2012, il ajoute au dispositif une agence artistique, qui promeut plusieurs formes d’expression artistique : concerts, bals, théâtre, musique de rue…

 

Voilà donc, grâce aux « Carnets de campagne » de France Inter, un beau tour d’horizon  en une semaine de 18 belles initiatives, privées, publiques, associatives  dans le Gers, preuve que le département ne manque pas de  volonté, de générosité et d’énergie. Je retiens surtout celles qui  s’inscrivent dans un esprit citoyen de « résistance » à la crise, à la désertification rurale, aux atteintes à l’environnement, au chômage….

Puissent  ces actions se poursuivre dans la durée, et obtenir les résultats escomptés, ce qui justifiera les aides publiques que l’Europe, la région, le département, la commune mettent dans la corbeille pour  accompagner leur naissance et leur développement.

 

Carnets de campagne sur France Inter : une semaine Gers

Toute la semaine, du lundi 22 au vendredi 26 avril, l’émission de France Inter, « Carnets de campagne », qui est à l’antenne de 12h30 à 12h45, a été consacrée au Gers.

Produite et animée par Philippe Bertrand (il est journaliste sur Radio France depuis 28 ans), cette émission, qui en est à sa septième édition, met en valeur des innovations sociales, sociétales, culturelles, économiques en milieu rural, d’où son appellation.

 

Lundi 22 avril : agroécologie, gym instinctive, Termes d’Armagnac

 

Présentation d’abord de  la ferme  Canopée (www.lafermecanopee.com ), située à Sansan sur 39 ha (11 kms au sud d’Auch). Pour la petite histoire, la canopée est le haut des arbres d’une forêt, directement influencé par le rayonnement solaire. Issu de l’anglais, canopy , le mot veut dire au départ ciel de lit, baldaquin.

Ce lieu, jusque là exploité en agriculture conventionnelle,  veut promouvoir une agriculture biologique  et durable. A la tête de la ferme, Patrice Adda, (il ne se dit pas chef, mais animateur), ancien expert-comptable parisien, reconverti dans ce défi, principal propriétaire foncier,  associé à Pierre Pujos, agriculteur installé en bio depuis 1998 sur 85 ha à  Saint-Puy.

L’idée, manifestement inspirée des modèles communautaires anciens,  est de subdiviser  la ferme Canopée en une dizaine de petites fermes, moyennant pour les candidats à l’installation (les appels à projet sont en cours, avec déjà un couple installé)  l’obtention d’un contrat de prêt gratuit de terre, accompagnée d’une charte énumérant 19 principes agro-écologiques à respecter ( protection de la biodiversité, impact écologique nul, indépendance progressive vis-à-vis des énergies non renouvelables…), la mutualisation des savoirs et des moyens, et  la distribution des produits 100% locale ( sous forme de vente directe à la ferme).

Le cadre général du projet est agroforestier (verger, petits fruits, bois d’œuvre, bois énergie),  – n’oublions pas que la forêt joue un rôle essentiel dans la formation des sols fertiles -,  avec une  dominante maraîchage en plaine, une polyculture céréalière en coteaux et sur le plateau, et la mise à l’étude de possibilité d’unités de transformation.

Une société a été créée pour porter le foncier, ainsi qu’une association, « Canopée » qui, elle, porte le projet collectif dans un esprit engagé et militant. Il n’en demeure pas moins que chaque agriculteur sera indépendant (« une indépendance dans le lien », dit Patrice Adda), tout en participant aux enjeux agricoles communs avec un vrai pouvoir de décision.

Autre figure présentée ce lundi sur les ondes de France Inter : René Castagnon, ancien professeur d’Education Physique et Sportive, préparateur physique de sportifs de haut niveau, qui a mis au point « Ma gym instinctive » (il en a fait un livre, paru sous ce titre en 2009 aux Editions Amphora ), méthode qui nous invite à prendre le temps le matin de mettre en route « notre machine », à la manière des animaux (voyez le chat) qui au réveil s’étirent longuement. Il s’agit d’enchaîner des exercices simples (assouplissements, entretien ou renforcement musculaire…) afin, dès le début de la journée, de faire le plein d’énergie, de dynamiser le corps et de stimuler l’esprit. René Castagnon précise à l’antenne que cette méthode, douce et respectueuse du corps,  est applicable à tous, quels que soient l’âge et la condition physique. Au passage, Philippe Bertrand rappellera que le prof’ participa de près à la création du Festival de Jazz à Marciac, autre belle aventure…

En fin d’émission, l’animateur dira un mot de l’Académie médiévale et populaire des Termes d’Armagnac (www.termesdarmagnac.fr ), petit village de 190 habitants où subsiste d’un château du XIIIème siècle, un donjon de 36 mètres, qui est l’un des plus remarquables spécimens de l’architecture militaire de la période gothique. Cette association (www.tourdetermes.fr ) cultive le souvenir des  temps médiévaux à coup de spectacles et de fêtes qui se déroulent tous les étés et même en d’autres moments, tel cette journée du dimanche 28 avril dernier où ont étéproposées des activités  d’artisanat médiéval et la reconstitution d’un campement  d’antan au pied de la tour.Une bâtisse du    XVIII°, transformée en salle dite des Mousquetaires,  abrite pour sa part des représentations historiques et patrimoniales.

 

Mardi 23 avril : commerce équitable, éducation à l’environnement, écoconstruction, arts de la parole

 

Philippe Bertrand évoque en entrée d’émission  l’entreprise Ethiquable de Fleurance ( voir à son sujet le récent billet consacré au « Spécial Gers » de FR3 Midi-Pyrénées), bel exemple de commerce équitable. Fondée en 2003, la PME, qui compte 60 salariés, dont 56 sont sociétaires,  distribue en France une centaine de produits (café, thé, chocolat, riz…) issus de petites coopératives d’Amérique latine ou d’Afrique au travers d’un réseau de 4.000 points de vente.

La séquence suivante s’intéresse à l’association Pierre et Terre, de Riscle (www.pierreetterre.org ), qui se consacre à l’éducation à l’environnement. Dirigée par Christophe Mérotto, elle a été créée en 1997 et promeut avec ses quatre salariés et sa centaine d’adhérents des pratiques alternatives dans le domaine de l’éco-citoyenneté.

Au menu : des formations, des animations, des interventions dans les écoles, des outils pédagogiques. Avec un accompagnement des particuliers auto-constructeurs dans les différentes étapes de la construction de leur habitat , mais aussi des collectivités (économie d’eau, alimentation de proximité et de qualité …) et des professionnels.

Un écocentre bioclimatique a été réalisé par l’association, sur le site arboré de l’ancien lycée agricole (17.000 m2), véritable vitrine des techniques innovantes en écoconstruction, avec par exemple l’emploi de bottes de paille pour l’édification de murs porteurs et l’isolation. Le bâtiment fait 300m2, est équipé de toilettes sèches, comprend un centre de loisirs, une « matériauthèque », un lieu culturel, avec une station d’assainissement par filtres plantés et une mare vivante, et il produit plus d’énergie qu’il n’en consomme.

Christophe Mérotto est parallèlement Président du Festival Spirale à Histoires(www.spiraleahistoires.com ), qui se tient chaque année à la mi-mai et a déjà dix ans d’existence (une trentaine de représentations prévue cette année les 17,18 et 19 mai). Rendez-vous champêtre des arts de la parole (son Directeur, Frédéric David, est d’ailleurs un conteur), il se tient pour l’instant sur le site de l’écocentre de  Pierre et Terre, mais il devrait disposer à l’avenir de son propre lieu.

Autre exemple d’écoconstruction présenté par Philippe  Bertrand : le projet d’habitat participatif Alter-Habitat  à l’Isle Jourdain (www.alter-habitat-lislois.blogspot.fr ), qui réunit des personnes désireuses de construire ensemble, sur un même site,  leurs logements respectifs autour de valeurs communes liées à l’écologie et à la solidarité. Ces logements - une vingtaine, qui devrait voir le jour en 2014 -, seront dans cet esprit bioclimatiques et économes d’énergie, et utiliseront des matériaux de construction sains comme la paille, la terre, le bois, la chaux…Il s’agira ainsi de vivre en harmonie avec l’environnement en privilégiant l’échange et l’entraide.

 

Mercredi 24 avril : Soho Solo, ferme pédagogique en Lettonie, vie culturelle à la campagne, festival de cultures rurbaines, photographie numérique

 

Philippe Bertrand ouvre l’émission en disant un mot du dispositif Soho Solo (déjà évoqué, comme Ethiquable, dans mon billet consacré au Spécial Gers de FR3 Midi-Pyrénées)  piloté par la Chambre de commerce et d ‘industrie du Gers en vue d’accompagner de nouvelles installations d’auto-entrepreneurs à la campagne. Après cinq ans d’existence, ce sont 300 actifs qui ont été ainsi accueillis par une cinquantaine de villages labellisés Soho Solo. Plusieurs télé-centres sont mis gratuitement à disposition, et des bureaux proposés dans une pépinière d’entreprises à Auch, le Centre Européen d’Entreprise et d’Innovation (CEEI). Une prospection est aujourd’hui engagée en direction des grands centres urbains  français  et européens dans le but d’attirer ici, fort de la qualité de vie dans le Gers, de nouveaux acteurs économiques indépendants lassés des inconvénients de la ville. Un accompagnement spécifique ,Soho Solo Cultura , a été mis en place  pour les professionnels de la culture, proposant notamment l’évaluation des projets et l’aide à la recherche de financements.

La parole est donnée ensuite à Jean Amblard, paysan gersois installé en Lettonie ( voir son blog, « Journal d’un paysan gersois en Lettonie » à www.jeanlv.typepad.fr ) , petit pays de l’Europe de l’est, qui compte 2 millions d’habitants. Il a créé là-bas, il y a huit ans,  une ferme pédagogique qui aide des enfants orphelins à s’en sortir (les orphelins sont nombreux dans les pays de l’ancienne URSS).Agriculteur à l’origine à Sabaillan, Jean Amblard mit en place dans le Gers des formations en agriculture bio qui le conduisirent à organiser pour ses élèves des échanges avec les anciens pays de l’Union soviétique, car il y a tant à reconstruire. Dans le cadre de ces échanges, il a ainsi fait la connaissance en Lettonie d’un français, Christophe Alexandre, fondateur d’un orphelinat et engagea très vite avec lui une collaboration de nature à aider à trouver un avenir à ces déshérités, d’où la ferme pédagogique.

Mais Jean Amblard convient que depuis 2008 la situation est plus difficile :  salaires en baisse, licenciements et réduction des aides de l’Etat ont obligé la ferme à devenir un outil de production à part entière. Pour autant, les revenus dégagés ne suffisent pas et les filières nécessaires pour la vente des produits sont inexistantes, rien n’étant venu se substituer aux anciennes structures communistes. A telle enseigne, explique Jean Amblard, que pour vendre des agneaux, il faut recourir aux petites annonces dans les journaux locaux !

Aujourd’hui jeune retraité, le « letton français » court de conférence en conférence avec l’association Cap Espérance (fondatrice du 1er village d’enfants en Lettonie, et dont l’objet est d’initier et de développer des projets d’aide à l’enfance défavorisée – www.capesperance.ublog.com ),  pour collecter en Midi-Pyrénées  les dons et les projets (une vingtaine à l’heure actuelle) qui permettront de renforcer les liens de solidarité entre notre région et  la Lettonie, si éprouvée par l’histoire (voir sur les relations entre la France et la Lettonie, le site www.lettonie-francija.fr ).

Autre rencontre : celle avec Dimitri Votano, cofondateur du lieu culturel « La Petite Pierre », installée depuis quinze ans (un anniversaire qui sera fêté comme il faut le 22 juin ) à la campagne, près de Jegun (http://petitepierre.free.fr ).Se trouve là sur un hectare  une ancienne métairie, avec deux granges et une belle petite chapelle, qui héberge en résidence permanente deux Compagnies,  Kiroul et Vendaval (danse contemporaine), avec pour objectif de diffuser le spectacle vivant en milieu rural, dans les  villages et auprès des jeunes enfants par le biais d’ateliers pédagogiques dans les écoles et les centres de loisirs.

La Petite pierre porte par ailleurs un Festival, « N’amasse pas mousse », qui se tient à Castera-Verduzan autour des arts de la rue, du théâtre, du conte et de la musique. –l a 11ème édition aura lieu les 22 et 23 septembre prochain.

Au moment de l’interview, Dimitri Votano  se trouvait en résidence au Centre national des Arts de la rue de Niort pour préparer un spectacle en duo qui sera donné à l’hôpital de cette ville et qui traitera sur le mode burlesque de la maladie, de la vieillesse et de la mort.

En conclusion de l’émission, Philippe Bertrand présenta deux actualités évènementielles  dans le Gers :

-          « Tou’S Mélange », festival des cultures rurbaines, à Saint-Clar, qui a eu lieu du 22 au 27 avril, avec des stages de danse hip-hop, de Graff (pour graffitis), d’éveil musical, de radio avec la radio locale « Au fil de l’eau », des concerts et des spectacles de rue en lien avec la restitution des stages et du travail de résidences artistiques

-          « Déclic », un concours de photo numérique, le 3ème du genre, organisé le 25 mai par l’association IMAJ (www.imaj32.fr ). Il s’agit pour les candidats de produire des clichés marquées par le sceau de l’originalité et de la singularité et se rapportant au patrimoine humain, culturel, historique, floral, situé dans les 15 communes du Grand Auch. Les 12 meilleures photographies feront l’objet d’une exposition itinérante dans le Gers.

 

Suite et fin de la série d’émissions dans le billet suivant.

Tristram a les faveurs du "Monde"

Dans mon billet précédent (voir ci-dessous), j’avais évoqué une émission « Spécial Gers »  de FR3 Midi-Pyrénées.

Avait participé  au « débat »  qui s’était déroulé durant cette émission Sylvie Martigny, co-fondatrice de Tristram, petite maison d’éditions indépendante créée à Auch en 1989.

En présentant cette invitée, le journaliste-animateur avait indiqué que l’un des derniers ouvrages publiés par Tristram, « Hollywood Babylone », de Kenneth Anger, connaissait un certain succès, au point même qu’on avait quelque difficulté à le trouver dans le réseau des librairies distribuées par cet éditeur.

Je n’avais pas prêté très attention à cette information .Et j’avais tort…

Car le quotidien « Le Monde » vient de consacrer dans son supplément « Culture et Idées » du 20 avril un trois-quarts de pages à ce livre, sous la signature de Samuel  Blumenfeld  (voir photo ci-dessus) ! J’imagine que Tristram n’avait jamais eu jusqu’à présent une telle surface de papier pour un de ses livres édités, de surcroît dans un tel journal .

En fait, cet ouvrage avait déjà été publié  en 1959 chez Jean-Jacques Pauvert, mais dans une version embryonnaire, et c’est seulement en 1975 qu’il fut édité dans une version intégrale. Mais seulement aux Etats-Unis, où d’ailleurs il circulait « sous le manteau », la morale américaine réprouvant à l’époque les photos et les sujets scabreux abordés dans ces pages.

L’auteur, qui a aujourd’hui 86 ans, connaissait bien le milieu d’Hollywood qu’il a fréquenté de près à son âge d’or ( âge sombre aussi), du muet aux années 40.Il disait : « Je voulais comprendre ce qui se cachait derrière ce décor. On me parlait de la magie du cinéma. Mais je ne voyais plus seulement de la magie. D’autres choses aussi, qui traduisaient tout simplement l’envers du décor. »

Le livre raconte donc le destin de stars déchues, avec leur cortège morbide de suicides, de meurtres, de folie, d'alcoolisme, de toxicomanie, de déliquescence, de démesure…

Deux exemples de ces dérives humaines à scandale :

-          « …cette mystérieuse croisière où le célèbre patron de presse américain , William Randolph Hearst – l’homme qui inspira le personnage de Kane, dans « Citizen Kane » d’Orson Welles – tira sur Chaplin au lit avec la maîtresse attitrée du milliardaire, Marion Davies. »

-          et à propos d’une starlette qui n’obtint qu’un véritable rôle à l’écran, avant de littéralement sombrer…, Kenneth Anger raconte :  « Un jour de septembre 1932, elle est montée sur les collines d’Hollywood… et a fait très fort en grimpant sur le « D », la dernière lettre du signe « Hollywoodland » érigé par un promoteur immobilier. Ce signe était si grand qu’on ne voyait que lui d’en bas de la vallée. La fille s’est jetée dans le vide la tête la première. Le plus étrange est que le « D » constituait la treizième lettre du panneau et que cette fille avait obtenu son seul grand rôle au cinéma dans un film intitulé « Thirteen Women « (Treize femmes ). Du coup, afin de décourager d’autres suicidaires, « land » fut détaché du signe « Hollywood », afin d’abolir la treizième lettre. »

Je ne suis pas amateur du tout de ce genre de "littérature" voyeuriste (aujourd'hui amplifiée par les magazines people), même s’il n’est pas sans intérêt de dénoncer , à travers  le tragique de l’existence  de certaines stars, les vices et les perversités du système hollywoodien qui parfois broie ses enfants les plus fragiles.

Mon billet avait surtout pour objet de saluer le travail d’édition, et le « flair », de Tristram, qui en publiant ce « Hollywood Babylone (1) » ,a fait, comme on dit familièrement, un « joli  coup » qui retentit bien au-delà du Gers .

 

(1)    Babylone est une ville antique de la Mésopotamie (l’Irak actuel), dont la Bible fit le symbole de la corruption et de la décadence qui conduisirent à sa chute.

 

Spécial Gers sur FR3 Midi-Pyrénées

FR3 Midi-Pyrénées a présenté samedi dernier 13 avril, dans le cadre de son émission « La Voix est libre », un spécial Gers d’une heure.

Les participants à la table ronde

Etait proposé pour la circonstance sur la place de la République à Auch – en extérieur donc, avec la mairie en arrière-plan - un plateau qui , outre les deux journalistes de service, comprenait Philippe Martin, socialiste,  Député, Président du Conseil général du Gers (www.cg32.fr ) ; Michel Gabas, de la Nouvelle Droite Gersoise, Conseiller général, Maire d’Eauze ; et trois chefs d’entreprise : Jean-Claude Beaudet, PDG de JCB Aéro (www.jcbaero.com , site en anglais car c’est la langue universelle dans l’aéronautique), entreprise née il y a une quinzaine d’années, qui a quitté l’Isle- Jourdain pour s’installer début 2011 sur l’aérodrome d’Auch. Spécialisée dans l’habillage intérieur haut de gamme d’avions – mobiliers, sièges, éléments de décoration…- , elle compte 120 salariés et dispose de 5.000 m2 d’ateliers et de 5.000 m2 également de hangar à avions) ;  Rémi Roux, co-fondateur et gérant d’Ethiquable (www.ethiquable.coop/accueil ) , entreprise de Fleurance créée en 2003, qui pratique le commerce équitable en établissant des relations justes et exigeantes  avec les coopératives de petits producteurs du Sud (Afrique, Amérique latine...) en vue d’écouler en France  leurs produits (café, thé, sucre, riz, chocolat…, 7 millions de produits vendus par an , principalement via le réseau des grandes surfaces) ; s’y ajoute désormais un label « Paysans de France », regroupant, comme son nom l’indique, des produits du terroir français (pour le Gers, huile de tournesol, farine de blé à l’ancienne) ; et Sylvie Martigny, co-fondatrice de la petite maison d’ éditions indépendante Tristram,  créée à Auch en 1989.

Préambule

En préambule, on eut droit à un rapide survol en images de la ville d’Auch : la cathédrale Sainte Marie dont la construction, commencée au XVème siècle, a nécessité 200 ans, avec une mention  particulière pour les vitraux Renaissance d’Arnaud de Molles (passés sous silence le chœur et ses 113 stalles admirablement sculptées) ; la Mairie (XVIIIème),  son théâtre à l’italienne de 450 places et sa Salle des Illustres qui présente les portraits de hommes célèbres du Gers. Rien par contre sur l’Escalier monumental, les pousterles, la tour d’Armagnac, la statue de d’Artagnan…

Le bonheur est dans le pré ?

Ensuite, une interview d’Etienne Chatiliez, réalisateur en  1995 du fameux film « Le bonheur est dans le pré » qui concourra fortement à mieux faire connaître le département et sa douceur de vivre. Le cinéaste estime que c’était d’ailleurs  le Gers lui-même qui était l’acteur principal et le héros du film, ajoutant que l’avantage pour le metteur en scène était qu’il avait pu « imprimer » ce qu’il voulait car le Gers n’avait guère encore de signification particulière pour beaucoup de gens.

En bon socialiste qu’il est, Philippe Martin rétorquera que le bonheur n’est pas toujours dans le pré car il y a ici aussi de la souffrance, du chômage, de la dépendance…et que ce bonheur doit se construire tous les jours, individuellement et collectivement, insistant au demeurant sur l’aventure collective du Gers.

Michel Gabas réagit lui en considérant que le Gers aujourd’hui, c’est à la fois la tradition et le « modernisme ».

 Portrait du Gers

Nouvelle séquence pour cette fois faire le portrait du Gers : un département bucolique, de 191.000 habitants (21.500 à Auch), qui se caractérise par une certaine stabilité (« mais qui n’avance pas recule »…), avec en poids lourd économique l’agriculture – 10.000 emplois, 800 millions € de chiffre d’affaires -, ce qui n’exclut pas quelques mutations bénéfiques, comme  le développement du bio et du tourisme.

Philippe Martin aura à cœur de préciser que le Gers compte en fait aujourd’hui 200.000 habitants contre 170.000 à l’époque du film de Chatiliez. Il préconise trois orientations fortes : le maintien de la qualité de l’agriculture, la préservation de l’environnement et l’installation du très haut débit -un plan de 66 millions € a été établi, avec un financement de l’Etat (28 millions) qui vient d’être multiplié par deux. Michel Gabas, lui, en appelle à des services publics adaptés aux attentes des nouveaux arrivants (services à l’enfance, aux personnes âgées…).

On dresse ensuite le portrait politique du Gers, juste le temps de dire que la gauche est ici très majoritaire et la droite très divisée. Philippe Martin en glousse de plaisir, pendant que Michel Gabas reconnaît que la droite gersoise est dans « un état de délabrement avancé », faisant preuve là d’une naïveté désarmante (dans le combat politique on évite bien sûr d’avouer ses propres faiblesses car c’est donner des « munitions » à ses adversaires, et c’est aussi décourager par avance ses militants et ses électeurs).Et après s’être tiré cette balle dans le pied, comment peut-il affirmer que ce qui manque dans le Gers c’est « l’espoir d’une alternance » ! Dans le même esprit, il lui faudrait aussi éviter de cautionner les raisonnements de son adversaire politique avec des « Je rejoins le Président… », ou des « Comme l’a dit le Président… », de crainte de ne pas exister par lui-même, ce qui serait un comble pour quelqu’un qui se veut homme politique…

La crise

Et la crise ? Ethiquable la ressent, après une période de forte croissance de 2003 à 2008. JCB Aéro non : il y a eu 61 nouvelles embauches en un an ; le chiffre d’affaires a progressé de 30% l’an dernier et la prévision est de + 40% pour 2013 ; pour Tristram, c’est plutôt bien actuellement, sachant qu’il avait fallu partir de rien.

L’aide aux nouvelles installations

Nouveau reportage pour évoquer, exemples à l’appui, le programme « Sohosolo » (www.soho-solo-gers.com ), porté par la Chambre de commerce et d’industrie, visant à faire du Gers un lieu d’accueil privilégié pour des net-entrepreneurs indépendants désireux de s’installer à la campagne (fuyant notamment les grandes villes),  en leur apportant les services d’accompagnement nécessaires.350 projets ont ainsi abouti depuis la création de ce dispositif en 2008.

Michel Gabas profite de l’occasion pour souligner l’importance de l’accueil pour les nouvelles activités économiques, avec ce que cela veut dire de bienveillance, d’écoute, de facilitation en matière notamment d’implantation, de logement…

L’aéronautique, l’effet Toulouse, les deux Gers, l’enclavement

Autre séquence : l’aéronautique, secteur d’activités en plein développement dans le Gers, fort de la proximité de Toulouse, avec  des infrastructures qui vont en s’améliorant,  d’espaces disponibles, et d’aides publiques du département. Une trentaine d’entreprises gersoises en fait partie, qui représente 1.600 emplois et 150 millions € de chiffre d’affaires. Quelques images filmées chez Latécoère à Gimont, le temps d’apprendre qu’il est possible de trouver sur place la main d’œuvre nécessaire, qu’on qualifie ensuite à coup de formations. 

Philippe Martin se félicitera de ce que le Gers soit ainsi devenu la « base arrière de la logistique aéronautique de Toulouse », appelant à un renforcement du pôle universitaire à Auch, à l’amélioration des performances des  lycées professionnels , et à la création d’un « effet de masse » dans l’aéronautique gersoise par une mise en synergie des entreprises concernées. Un débat aurait pu alors s’engager entre les participants autour de la situation regrettable ou non d’un Gers partagé entre sa part sud-est, plus développée et plus aidée  car « cannibalisée » par Toulouse, et le reste du département un peu laissé pour compte. Mais le Président du Conseil général du Gers, en bon énarque qu’il est, l’anticipera habilement par un propos consensuel : chacun a besoin de l’autre, le but étant qu’il n’y ait qu’un seul Gers au travers d’un bon équilibre à trouver…Michel Gabas  ne dira rien d’autre alors qu’il aurait pu dénoncer le risque d’un Gers à deux vitesses.  Seul le PDG de JCB Aéro s’en prendra à l’hégémonie toulousaine qui en aspirant les compétences  l’a obligé à recruter pour les besoins d’emploi dans son entreprise dans les pays étrangers (Grande-Bretagne, Chine, Allemagne, Etats-Unis, Brésil…).

Michel Gabas reprendra l’initiative pour signaler le cas de deux entreprises de sa commune qui en raison de l’enclavement de la partie ouest du département ne trouve pas de personnel qualifié pour l’une, et envisage pour l’autre de déménager  bien que la famille à l’origine de la création de cette affaire soit native d’Eauze.

Là aussi il y avait matière à discussion, mais cette fois c’est la co-fondatrice des éditions Tristram qui l’étouffera en souhaitant que le Gers ne devienne pas « un département comme un autre, truffé d’autoroutes et autres », qu’il conserve sa spécificité, « sa part de rêve et de liberté »…Le patron d’Ethiquable se contentera de relever  que ses produits sont impactés écologiquement à 40 % par la route, ayant espéré  en conséquence dans le développement du ferroutage, mais reconnaissant qu’il rencontre beaucoup de difficultés à faire avancer  cette solution.

Enclavé le Gers ? Il est vrai que pour les chefs d’entreprise ne pas disposer de véritables autoroutes, de lignes aériennes régulières, de TGV, est réellement pénalisant. Mais en même temps, qu’adviendrait-il du charme du Gers et  de sa qualité de vie ? Le débat est compliqué. Ce qui est sûr c’est que Philippe Martin s’agace vite lorsqu’on ose lui opposer un manque de clairvoyance dans le développement des infrastructures, comme l’a fait récemment Jean-Louis Chauzy, Président du Conseil économique, social, environnemental de Midi-Pyrénées (assemblée consultative installée auprès du Conseil régional), qui considère qu’on a pris dans le Gers « quinze ans de retard » en matière de liaisons routières, ce qui expliquerait le départ de Lectoure en 2015 de la base logistique Intermarché, avec la perte des 300 emplois qu’elle représente, la RN21 n’étant pas, dans son état actuel, d’un gabarit satisfaisant pour rendre efficaces et rapides les flux de transport routier de marchandises généré par cette activité.

 Culture

Changement de registre avec un reportage sur la vie culturelle dans le Gers qui met en valeur le Festival de Jazz à Marciac, le Pôle national de cirque contemporain à Auch, et le réseau Ciné 32.La représentante de Tristram et Philippe Martin ne manquent pas de souligner qu’il y a aussi dans le Gers, à côté des grands évènements, une vie culturelle associative foisonnante qui irrigue tout le territoire gersois. C’est dit !

Conclusion

En guise de conclusion, les journalistes soulèvent les problèmes que peuvent rencontrer les nouveaux arrivants dans le Gers, notamment dans le domaine de la santé avec le refus des jeunes médecins de s’installer à la campagne pour y remplacer leurs aînés, et aussi en regard de la disparition progressive des services publics en milieu rural, comme la poste ou les écoles.

Philippe Martin note en réponse que le nombre d’enseignants croît  enfin grâce à la nouvelle majorité gouvernementale, qu’il se crée peu à peu ici et là des maisons de la santé pour remédier à la désertification médicale, et que des efforts importants sont engagés pour doter Auch et en maillage un certain nombre d’autres communes d’hôpitaux de qualité.

Michel Gabas, en pharmacien qu'il est, tente une ultime contre-attaque en  parlant de « démographie médicale en berne »,  espérant ironiquement pour le Gers « un choc »  médical à la mesure des « chocs » de  moralité publique et de simplification voulus par François Hollande….

Rémi Roux reste pour sa part sur son quant-à-soi , en entonnant pour demain l’hymne de la  solidarité et du bio, lorsque Sylvie Martigny invite les jeunes à avoir des envies et des rêves, et à venir les assumer dans le Gers, le PDG de JCB Aéro  saluant, lui, l’avenir du Gers de la même manière que sa voisine, avec toutefois un éclairage plus aéronautique.

Impression

Au bout du compte, un rendez-vous bien terne et d’un profond ennui. La faute aux deux journalistes qui n’ont pas su donner du rythme à l’émission, ni provoquer le débat d’idées entre les protagonistes. Ceux-ci se sont contentés de répondre à tour de rôle aux questions qui leur étaient posées sans trop réagir aux propos des autres, alors qu’il y avait vraiment matière à confrontation. Les échanges se sont donc faits, non pas à la rapière des célèbres mousquetaires, mais  à « fleurets mouchetés » - les fleurets sont des épées inoffensives car leurs pointes sont neutralisées par des protections qu’on appelle des « mouches ». Pour autant, les comparaisons guerrières n’ont pas manqué : Philippe Martin fut ainsi comparé par l'animateur à Lucky Luke, « tirant plus vite que son ombre » puisqu’élu député en 2012 dès le premier tour du scrutin. Le Président du Conseil général en déduisit que dans ce cas Michel Gabas était Dalton (lequel ? Joe ? William ? Jack ? Averell ?), appréciation peu flatteuse pour le Maire d’Eauze car dans la réalité comme dans les B.D. de Morris et Goscinny les quatre frères étaient des hors-la-loi bêtes et cruels…Michel Gabas y alla aussi de sa comparaison , cette fois militaire, considérant Philippe Martin comme le général en chef des armées romaines (c'est quand même lui faire beaucoup d'honneur), qui se heurterait en Gaule à quelques poches de résistance « politique » - Eauze bien sûr, mais également Miradoux, Gimont, Lombez, Vic-Fezensac, soit 5 cantons classés à droite au sein de l’assemblée départementale pour 26 à gauche…

5.000 pages...

5.000 pages, et même un peu plus, ont été ouvertes sur mon   blog, « Points de vue du Gers », depuis que je l’ai mis en ligne courant septembre 2012, il y a donc 7 mois.

C’est un chiffre qui n’a rien d’exceptionnel, et je n’ai d’ailleurs donné aucune publicité à cette initiative, sauf à le faire connaître à un environnement familial et d’amis.

Je remercie celles et ceux qui prennent la peine de me lire, et je me réjouis d’avoir ici et là des « accros » de mes billets.

En tout ca, n’hésitez pas à le diffuser au sein de vos propres réseaux si vous pensez que mes textes peuvent intéresser tel ou tel.

Certains me disent que mes chroniques sont un peu longues. Mais je ne sais pas faire autrement. J’ai retenu néanmoins il y a peu  la suggestion de les structurer davantage en insérant  des intertitres, histoire de mieux  faire respirer l’ensemble du texte…et le lecteur. Parfois, j’ajoute aussi en lien  une vidéo, un audio…

A ce jour, j’ai « posté » plus de cinquante billets, soit une moyenne de 7 billets environ par mois.

J’ai abordé bien des thèmes, avec des sujets sur le Gers, pour aider à sa promotion ,des éclairages sur des enjeux politiques ou de société, sur des films, des livres, des spectacles, des artistes, des écrivains, des restaurants, des évènements de presse, sur des figures pour moi tutélaires (à commencer par ma mère), avec de temps en temps un « coup de gueule » pour exprimer mon mécontentement ou ma colère face à des situations inacceptables (les inégalités, les dérives journalistiques, par exemple).

On me pose parfois la question : « Pourquoi tenir un blog ? ».

Pour témoigner tout simplement au niveau de ma modeste personne de ce que je ressens, de ce que je pense, de ce que j’aime ou n’aime pas, de ce que je fais (pour ce qui est avouable…), et le faire partager à d’autres…

C’est par ailleurs une occupation utile et féconde car elle m’oblige à des recherches de documentation et d’information qui entretiennent mon fonctionnement cérébral, enrichissent mes connaissances  et réveillent dans certains cas des souvenirs enfouis dans le fond de ma mémoire.

L’exercice est également dans le travail d’écriture : choisir les bons mots, les expressions les mieux adaptées, soigner l’orthographe et le style…

J’ai d’ailleurs toujours aimé écrire, au point que je voulais très tôt embrasser une carrière de journaliste, fasciné que j’étais par le talent des grandes signatures du journal « Le Monde » », des références dont je voulais suivre l’exemple  . Hélas !, les aléas de la vie ne me l’ont pas permis. Pour autant, dans les métiers que j’ai exercés , j’ai eu à me servir très souvent de ma plume pour rendre des notes et des  rapports, préparer des dossiers argumentés et des  discours de circonstance, rédiger des courriers sensibles, des communiqués de presse et des articles appelés à paraître dans des revues et bulletins liés à l’organisme ou à la Collectivité locale que je servais.

J'éprouve donc avec ce blog une grande satisfaction intellectuelle, et les échos que j'ai en retour de mes lecteurs sont pour moi autant de signes d'encouragement pour poursuivre sa rédaction au gré de mes envies et de mon actualité.

Romain Gary

Deux lectures publiques auxquelles  j’ai assisté ces derniers mois m’ont relié une fois de plus à l’un des écrivains français que je préfère.

Il s’agit de Romain Gary ( 1914-1980), lu par  le comédien Jacques Gamblin dans « La nuit sera calme » au Théâtre d’Auch le 10 décembre 2012, et par un autre comédien, Robin Renucci, dans « La promesse de l’aube », le 17 mars dernier, à l’Astrada de Marciac.

Je n’ai pas trop été séduit par ces deux prestations, les textes de Romain Gary supposant pour les lire à haute voix qu’on leur donne un souffle, une force, une verve, une « chair »,  un « ventre »,  dont ni Gamblin  ni Renucci n’étaient pourvus en la circonstance. Parce qu'ils ont du "coffre" , un Depardieu, un Marielle, auraient mieux fait l'affaire.

J’ai déjà écrit dans un billet consacré à Léo Ferré ( voir mars) que j’aime les « gueules » et les grands brûlés. Romain Gary est de cette race .L’épouse d’un ambassadeur français en poste à Berne, dont l’écrivain fut un proche collaborateur, disait de lui : « Un beau garçon au teint bistré, aux yeux très bleus, aux cils longs et noirs, agréable de manières… ».Il avait cet air altier, ombrageux, mystérieux et absent qui le rendait séduisant et ne laissait personne indifférent. Et le nom qu’il portait voulait dire en russe « brûlez » ! Ce qui lui faisait dire : « C’est un ordre auquel je ne me suis jamais dérobé, ni dans mon œuvre, ni dans ma vie. » ( dans « La nuit sera calme »).

 

Les débuts de l’histoire

Il eut un destin tumultueux, nourri d’une fringale de vie inépuisable (il disait néanmoins dans ses dernières années : « Je n’ai plus l’estomac qui correspond à cet appétit .») . Né à Wilno (aujourd’hui Vilnius), en Lituanie, sous le nom de Kacew , Romain Gary, privé de père, parti à la guerre puis refaisant sa vie avec une autre femme, fut entouré de l’affection sans borne d’une mère hors du commun, Mina, qui nourrissait pour son « Romouchka » des ambitions folles, qu’il s’emploiera à réaliser tout au long de son existence. Il écrira à son sujet cette merveilleuse réflexion : « Avec l’amour d’une mère, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. », ou encore : « J’ai été formé par un regard d’amour d’une femme.  », et : « On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère, comme un chien abandonné » ( malade, Mina mourra en 1941, à seulement 62 ans et Gary en avait alors 27).

Après Wilno, puis Varsovie et encore Wilno –  des années difficiles sinon misérables -, la mère et le fils arrivent en France en 1928 (Gary a quatorze ans), à Nice, où la situation s’améliorera lorsque Mina se verra proposer la gérance de la pension Mermonts.  Romain Gary passe son Bac, fait son droit, d’abord à Aix-en-Provence, puis à Paris (1934-1938), période pour lui de « vaches très maigres », où naît néanmoins  l’envie d’écrire , avec de premiers textes publiés.

 

La France Libre

Revenu un moment à Nice, il va suivre ensuite une formation de pilote qui va le conduire à s’engager dans les Forces aériennes françaises libres, vouant au Général de Gaulle une admiration et un respect indéfectibles,  faisant preuve au gré de ses missions souvent périlleuses  d’une bravoure et d’un héroïsme tels  qu’ils lui vaudront la Croix de Guerre 1939-1945, le grade de Commandeur dans la Légion d’Honneur, et suprême reconnaissance de la nation, l’Ordre de la Libération. J’ai conservé à l’esprit, car elle m’avait terriblement impressionné, cette photographie de Romain Gary lors des obsèques de Charles de Gaulle, en 1970, dans le cimetière de Colombey-les-deux-Eglises (seuls avaient été autorisés à participer à ses funérailles la famille et les Compagnons de la Libération) : il avait revêtu son ancien uniforme d’aviateur de guerre, devenu bien sûr trop étroit, le blouson couvert de ses décorations et une croix de Lorraine autour du cou…Quelle allure ! Quel style ! Et quel hommage symbolique et éloquent  ainsi rendu au chef de la France libre, dont il disait : « Il ne nous a jamais trahis, en ce sens  qu’il est resté fidèle à l’idée que nous nous sommes faite de lui en 1940. » !

 

Son œuvre, sa carrière diplomatique

Le succès littéraire ne tarde pas à venir, avec un premier livre paru en 1945, «Education européenne », ayant pour trame la résistance polonaise au nazisme (le meilleur roman écrit sur la résistance selon Sartre lui-même), qui reçut dès sa publication le prix des Critiques et fut traduit en 27 langues.

Il embrasse alors la carrière diplomatique (1945-1961) – Sofia, Paris un court moment, Berne, l’ONU à New-York et pour clore ladite carrière, avant de  se consacrer totalement à l’écriture : Los Angeles en tant que Consul général de France, un poste qui lui permettra d’approcher de près le milieu d’Hollywood, ses producteurs, ses metteurs en scène, ses  stars…  – « L’amitié là-bas, ça tient à des bouts de ficelle professionnels, à des instants de convergence, un film, un scénario, et puis s’en va. », disait-il.

Durant cette période, ennui profond  et large disponibilité  aidant, il écrit « Les Racines du ciel », une dénonciation ,au travers du massacre des éléphants , de la surexploitation  par les hommes  des richesses de la planète, un thème ô combien prémonitoire. Couronné par le Prix Goncourt 1956, le livre fut transposé, hélas !,  en  « navet » cinématographique  par John Huston, malgré la présence au générique d’Errol Flynn, de Juliette Gréco, d’Orson Welles… Gary n’eut d’ailleurs guère de succès dans les adaptations à l’écran ou sur scène de quelques unes de ses œuvres, à une ou deux exceptions près…

Je ne citerai pas ici la trentaine  de romans qu’il publiera jusqu’à sa mort, tous confirmant son grand talent d’écrivain, même s’il ne fit pas l’objet d’une véritable reconnaissance de son vivant, sauf au début, en proie sans cesse à quelques «  harpies » de la critique littéraire. Je n’ai pas tout lu de lui, mais suffisamment pour dire de  son écriture qu’elle est faite de charme, d’humeur, de colère même, d’humour (il se définissait comme « un terroriste de l’humour »), toute en  puissance, en énergie, en passion, en  intelligence, en engagement. Avec un style flamboyant, esthétique, où  les mots virevoltent et les phrases percutent. Et une  « furie » créatrice, à un point tel que « sa main peinait à suivre l’effervescence de son esprit ».L'homme s'est tout entier exprimé dans ses romans, une "oeuvre-vie" en quelque sorte. "Car nul que lui n'y parle mieux de lui à travers les autres", écrivait à son sujet Pierre Assouline.                                                                                                                                                                                                                        

Œuvres préférées

Mes quatre livres préférés de Romain Gary :

-          « La promesse de l’aube » (1960), un hommage autobiographique  émouvant à sa mère dont fut tiré un film (1971), qui connut un grand succès, réalisé par Jules Dassin, avec Mélina Mercouri ;

-          « La nuit sera calme » (1974), un livre-entretien fictif avec François Bondy, ami d’enfance de Gary. En fait, l’écrivain, qui se met à nu dans cet ouvrage, a écrit à la fois les questions et les réponses se rapportant à des thèmes qui lui sont chers (amour, diplomatie, politique, histoire, religion…).C’est un livre essentiel pour apprendre à connaître l’homme et ses convictions, et il m’arrivera à l’avenir d’en extraire des passages en guise de billets, tant les idées développées sont  riches, denses et  pertinentes. Le titre de l’œuvre tire son origine dans ce que disait l’un des aviateurs de l’escadrille Lorraine, à laquelle appartenait Romain Gary, au moment de partir en mission : « La nuit sera calme », histoire d’exorciser le pire, qui a fini d’ailleurs par se produire…Pour Gary, la tranquillité, c’est la mort. Il n’y a pas de calme ici-bas. Et le calme, c’est la nuit, c’est la fin, c’est la mort… ;

-           « Clair de femme » (1979), roman lugubre, jeu en abîme avec la mort, qui raconte l’histoire de la rencontre de deux malheurs, de deux désespérances, qui tenteront, dans un espoir de survie, de reconstruire un bonheur. Transposition également  très réussie au cinéma par une mise en scène de  Costa-Gavras et l’interprétation magistrale de Romy Schneider et Yves Montand ;

-             enfin, « Les Cerfs-Volants », roman écrit l’année de la mort de l’écrivain (1980), peut-être le plus beau de tous. Il raconte l’histoire d’un amour fou , contrarié par la grande histoire, celle de la seconde guerre mondiale et du « cauchemar sinistre de Vichy », entre une jeune aristocrate polonaise et un garçon de Normandie. Un bel hymne à l’espoir, au courage et à la mémoire !

 

Gary, l’être multiple

Romain Gary avait le goût de l’être multiple, de la mystification, luttant contre ses rêveries idéalistes, ses fêlures, ses failles, par la parodie et la dérision, obsédé par son identité qu’il n’a cessé de changer, par goût du merveilleux. Et ceci, tant dans sa vie (s’inventant par exemple un père fictif en la personne d’Ivan Mosjoukine, célèbre acteur russe au temps du cinéma muet, adoré par sa mère), que dans son œuvre ou encore dans son apparence physique. Héritier de plusieurs cultures , russe, juive, française, américaine, il était sans cesse dans la recherche des contrastes, mêlant  le rire à l’horreur, l’ironie à la tendresse, la désinvolture au tragique de l’existence. Il se comparait souvent au caméléon qui posé sur un tapis rouge devient rouge, puis jaune avec un tapis jaune, puis vert avec un tapis vert…Mais quand il est posé sur un plaid écossais, il devient fou…, Gary précisant dans la chute de l’histoire que lui n’est pas devenu fou car sauvé par la création littéraire. Ce qui lui fera dire à la fin de son testament littéraire : « Je me suis bien amusé. Au revoir, et merci. ».

Il adopta à plusieurs reprises des noms d’emprunt pour signer quelques uns de ses livres. Mais il ne poussa jamais aussi loin la supercherie qu’avec l’affaire Emile Ajar, pseudonyme sous lequel il écrivit quatre romans, dont le fameux « La vie devant soi », qui obtint le Prix Goncourt en 1975 .Quel immense et cruel pied-de-nez au tout-Paris littéraire qui porta aux nues cet ouvrage derrière lequel se cachait un auteur si habituellement décrié et considéré comme fini ! Et cela jusqu’à  lui attribuer, via son petit cousin, Paul Pavlowitch, présenté comme l’auteur, une distinction qui ne peut jamais être normalement attribuée deux fois à un même écrivain ! Poussant le vice du « déguisement » jusqu’à l’extrême, pour s’en régaler et en ricaner le plus longtemps possible, Romain Gary ne dévoilera la vérité qu’après sa mort... « C’était une nouvelle naissance. Je recommençais. Tout m’était donné encore une fois. J’avais l’illusion parfaite d’une nouvelle création de moi-même par moi-même », dira-t-il à propos de cette duperie. Notons que le film tiré de « La vie devant soi » (1977), mis en scène par Moshe Mizrahi,  remporta un succès considérable, raflant aux Etats-Unis l’Oscar du Meilleur film étranger et un prix d’interprétation féminine pour Simone Signoret, la Madame Rosa du livre et du film.

 

Les femmes de Gary

Côté femmes, Romain Gary eut sans doute beaucoup d’aventures –séduction oblige -, souvent  sans lendemain. Quatre seulement semblent avoir compté : sa mère bien sûr ; sa première femme, Lesley Blanch, belle journaliste-écrivain anglaise, jouissant d’une grande notoriété, très introduite dans les milieux littéraires de Londres, qu’il quitta pour Jean Seberg,  actrice américaine rencontrée en 1959  à Los-Angeles, devenue célèbre avec la Jeanne d’Arc d’Otto Preminger, puis  avec « A bout de souffle » de Jean-Luc Godard,  qui fit d’elle l’idole du cinéma français. De leur union, naquit un fils, Diego, aujourd’hui âgé de 49 ans. Malheureusement, Jean Seberg sombra ensuite dans la folie et le désespoir, et fut retrouvée morte à 41 ans (1979) dans sa voiture, ayant succombée à une surdose d’alcool et de barbituriques. Romain Gary et elle étaient alors séparés  depuis une année. A  la question qu’il se pose à lui-même dans « La nuit sera calme » - « Pourquoi avez-vous divorcé ? », Gary répond : « Parce que nous avons été heureux ensemble pendant neuf ans et ça commençait à se déglinguer, à s’user, à perdre l’inspiration , à se délaver, et je n’aime pas les compromis lorsqu’il s’agit d’amour, et il valait mieux sauver le passé, le souvenir de neuf années heureuses, que d’essayer de s’arranger et de faire du clopin-clopant. ».

Mais la femme que l’écrivain aura le plus aimé, fut sans nul doute Ilona Gesmay, une hongroise, venue sur la Côte d’Azur et logeant à Nice, à la pension Mermonts tenue par la mère de Romain Gary, qui avait alors 23-25 ans. Il écrit à son sujet dans « La nuit sera calme » : « Elle était très belle et intelligente et je l’ai aimée…C’était la seule femme qui pouvait se permettre de s’habiller de gris des pieds à la tête sans grisaille, à cause de ses yeux qui avaient la couleur des chats persans, de leur fourrure…(c’est à elle sans doute qu’il pensait quand il a écrit « Elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis »).Elle repartit à Budapest avant la guerre, et Romain Gary apprit plus tard, alors qu’il était en poste à Los Angeles, qu’elle se trouvait en Belgique, dans une clinique psychiatrique,  « …schizophrène depuis vingt-cinq ans, et de mal en pis, irrémédiablement… ».Il écrira aussi : « J’ai tout compris, mais tellement trop tard ! A Nice, Ilona sentait venir les crises…Quand elle sentait que « ça » venait, elle se couchait, se reposait, et si « ça » s’aggravait, elle partait en Suisse, à la clinique à Sant’Agnese, à Lugano…J’ai vécu avec une schizo pendant un an sans m’en rendre compte –heureusement parce que je ne sais pas ce que j’aurais fait. Ilona m’a épargné cela. »Il décida de se rendre à Bruxelles , mais arrivé, il fit aussitôt demi-tour et rentra à Los Angeles. « On m’avait dit qu’elle n’avait qu’une demi-heure de lucidité par jour…Mais ce n’était pas çà…J’étais déjà là à titre posthume .Le présent, de toute façon, c’est des provisions de bouche.je n’avais pas le droit de lui faire ça… Elle avait , quoi, trente ans de plus, et elle était psychiquement en morceaux…Elle ne pouvait même pas se défendre, dire non…C’était un  viol de notre passé…Trente ans après, tu vois ce que je veux dire. Elle tenait sûrement à rester belle. Je ne suis pas allé la voir. Elle est restée belle. La plus belle. ».Il écrira encore : « Je pensais que ne pourrais jamais vivre sans elle, mais on peut toujours, c’est même ce qu’il y a de si dégueulasse. »

 

Fin de partie

Toujours dans « La nuit sera calme », à la question « Des regrets ? », il répondra : « Je n’ai pas assez écrit et je crois que je n’ai pas assez pu aimer. ».Puis : « Tu as été heureux ? ».Réponse : « Non. Si. Je ne sais pas. Entre les gouttes. ».Et : « Qu’est-ce que c’était, le bonheur, pour toi ? ».Réponse : « C’est lorsque j’étais couché, j’écoutais, je guettais, et puis j’entendais la clef dans la serrure, la porte qui se refermait, j’entendais les paquets qu’elle ouvrait à la cuisine, elle m’appelait pour savoir si j’étais là, je ne disais rien, je souriais, j’attendais, j’étais heureux, ça ronronnait à l’intérieur…Je me souviens très bien. ». « Et pour conclure ? » (la dernière question du livre-entretien ) : « La nuit sera calme. ».

Romain Gary mettra fin à ses jours le 2 décembre 1980 à 66 ans. Le journal « Le Monde », qui n’avait jamais été tendre avec lui, titrera : « Un « picaro » généreux » (un picaro est un antihéros, qui vit en marge des codes d'honneur propres aux classes dominantes).

Il écrira un message d’adieu : « Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs. On peut mettre cela évidemment au compte d’une dépression nerveuse. Mais alors il faut admettre que celle-ci dure depuis que j’ai âge d’homme et m’a permis de mener à bien mon œuvre littéraire. Alors, pourquoi ? Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique, « La nuit sera calme », et dans les derniers mots de mon dernier roman : « car on ne saurait mieux dire ».Je me suis enfin exprimé entièrement. ».

Les funérailles de cet émigré, devenu un grand français (« Je n’ai pas une seule goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines. »), se déroulèrent dans la Cour des Invalides en présence des Compagnons de la Libération. Ses cendres furent dispersées dans la Méditerranée, au pied du village de Roquebrune, qu’il avait tant aimé.

Une place dans le quinzième arrondissement de Paris, la bibliothèque patrimoniale de Nice, la promotion de l’ENA 2003/2005, portent son nom. La mémoire de l’homme et de l’écrivain mériterait  cent fois plus…Dans cet esprit, je salue comme il convient l'initiative du Musée des Lettres et Manuscrits de Paris, qui a consacré à Romain Gary , de décembre 2010 à février 2011, une superbe exposition, « Des Racines du ciel  à La Vie devant soi ». Pour y être allé, j'en conserve un souvenir exceptionnel.

Je vous invite le temps d'une "Radioscopie" de Jacques Chancel, du 10 juin 1975,à faire revivre un instant la voix de ce grand écrivain : 

www.ina.fr/audio/PHD99226281/romain-gary-audio.html 

Verdi, Nabucco, Muti...un cri d'indignation

De proches amis ont relayé auprès de nous un texte-vidéo d’un évènement qui s’est produit à l’Opéra de Rome en mars 2011.

Bien que passé inaperçu à l’époque, il mérite d’être raconté tant il demeure d’actualité, soulevant au demeurant une considérable émotion.

On y jouait dans ce temple de la musique italienne (www.operaroma.it  , site en italien ou en anglais) l’opéra de Verdi, Nabucco, sous la baguette du grand chef italien Riccardo Muti (www.riccardomuti.com , site en italien ).

Riccardo Muti est depuis 2010  le Directeur musical du grand Orchestre Symphonique de Chicago (www.cso.org , site en anglais). Il fut pendant 19 ans, jusqu’en 2005, le Directeur musical de la Scala de Milan (www.teatroallascala.org ), qu’il dut quitter pour des motifs, dit-il, qui n’avaient rien à voir avec la musique. « La politique, et d’autres raisons , nobles et moins nobles, s’en sont mêlées » (interview dans « L’Express » du 8/01/2012).Il n’est sans doute pas prêt d’y revenir, donnant  priorité à sa relation avec l’Opéra de Rome, dont il est Directeur musical honoraire à vie , ne perdant pas de vue toutefois l’Opéra San Carlo de Naples (www.teatrosancarlo.it ), ville où il est né et théâtre cher à son coeur.

Les œuvres de Giuseppe Verdi (1813-1901), compositeur romantique italien, sont depuis longtemps le sujet de travail artistique  n°1 du Chef Riccardo Muti, qui a voulu rendre à cette musique toute sa noblesse dramatique, trop souvent galvaudée.

Nabucco évoque l’épisode biblique de l’esclavage des juifs à Babylone, symbolisé par le chant des esclaves de  la 3ème partie, « Va, pensiero, sull’alli dorato – Va pensée, sur tes ailes dorées.. », ode magnifique entonné  par les hébreux vaincus et prisonniers, auquel s’identifiait la population milanaise, alors sous domination autrichienne (« oh ! ma patrie si belle et perdue »).

Cet hymne à la liberté, cet appel d’un peuple à son indépendance sont devenus le symbole de l’unification de l’Italie intervenue en 1861.Il fut même envisagé un moment d’en faire l’hymne national de la nouvelle République italienne en 1946.

Mais revenons à cette représentation de Nabucco, ce 12 mars 2011, à l’Opéra de Rome.

Riccardo Muti dira au « Times » : « Lorsque nous sommes arrivés au fameux chant « Va, pensiero », j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le « Va, pensiero » allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir  la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves …et alors que le chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà « Bis ! ».Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! ».Des gens du poulailler ( galerie supérieure du théâtre) commencèrent à jeter  des papiers remplis de messages patriotiques ».

Muti hésita alors à accorder un « bis », bien qu’il l’ait déjà fait, mais une seule fois, à la Scala de Milan. Pour lui, un opéra doit respecter la linéarité de son histoire. Mais fort de la demande, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium pour faire face à son public et à Sylvio Berlusconi, alors Président du Conseil italien. Quelqu’un cria « Longue vie à l’Italie ».Riccardo Muti répondit : « Oui, je suis d’accord avec ça », et ajouta : « Je n’ai plus trente ans, et j’ai vécu ma vie, mais en tant qu’italien qui a beaucoup parcouru le monde, j’ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc, j’acquiesce à votre demande de « bis » pour le « Va, pensiero ».Ce n’est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir …j’ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l’histoire de l’Italie est bâtie. Auquel cas, notre patrie serait vraiment « belle et perdue » (applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène). » Et Muti de poursuivre : « Depuis que par ici règne un « climat italien », moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant…nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Chœur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble. »C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’Opéra de Rome s’est levé. Et le Choeur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. Ce soir là, fut non seulement une représentation de Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens».

Dans l’interview à « L’Express » citée plus haut, Riccardo Muti dira à propos de cet évènement : « L’Italie est respectée dans le monde entier grâce au génie de ses grands artistes, Michel-Ange, Dante, Raphaël, Verdi, etc…Si tout cet héritage disparaît ,les Italiens n’auront plus  la mémoire de leurs racines .Et lorsqu’on oublie ses racines, on meurt. »

C’était donc il y a deux ans. Rien ne s’est arrangé depuis en Italie : Berlusconi était d’ailleurs déjà déconsidéré, par de nombreuses affaires de mœurs  et autres, les crocs de la justice dans ses mollets ; le pays est ingouvernable depuis  les récentes élections, et la situation économique  va de mal en pis…L’Espagne, la Grèce, le Portugal, Chypre, la France ne vont pas mieux, et la confiance dans les hommes politiques est brisée, tant la parole publique est discréditée (n’est-ce pas M. Cahuzac ?).

Ce jour là, à Rome, Riccardo Muti, ses musiciens, ses chanteurs, son public, ont poussé un beau et puissant cri d’indignation, né de l’idée que la culture est la colonne vertébrale de toute vie  en société, qu'elle est le pilier de la liberté et de la morale publique, et qu'elle ne peut donc être sacrifiée. Puisse ce cri d'alarme être relayé partout en Europe ! La vidéo ci-dessous va vous émouvoir terriblement. Les larmes vous viendront peut-être, à l’instar de celles qui ont coulé à la fin du « bis »sur les visages des choristes du chœur des esclaves :

http://www.youtube.com/embed/G_gmtO6JnRs

Poisson d'avril !

Chaque année, au 1er avril, on retombe pour 24 heures  dans la farce et la blague, même si  la tradition se perd peu à peu, et c’est peut-être aussi bien….

Peu de monde connaît l’origine historique de cette journée placée sous le signe de la plaisanterie et du canular.

En l’occurrence, pendant très longtemps, l’année civile a commencé  le 1er avril, ce qui coïncidait à peu de choses près avec le jour de l’Annonciation (annonce  faite à la Vierge Marie de sa maternité divine par l’Archange Gabriel) qui fut un 25 mars, soit 9 mois avant Noël.

On échangeait ainsi le jour dit  des cadeaux  de nouvel an, jusqu’à ce que le roi de France Charles IX décide en 1564 de substituer au 1er avril le 1er janvier comme point de départ du calendrier, correspondant  au  début du rallongement des journées.

Beaucoup de gens eurent quelques difficultés à s’habituer à ce changement considérable et d’autres n’en avaient même pas entendu parler…A ces benêts, pour se gausser d’eux, et les rappeler à la réalité, des amis mal intentionnés s’ingéniaient  donc le 1er avril à leur offrir de faux cadeaux ou à commettre à leur encontre farces et attrapes.

Et le poisson d’avril ? Il se trouve que les cadeaux échangés le plus souvent au 1er avril en tant que jour de l’an étaient alimentaires, et plus particulièrement du poisson puisqu’on était à la fin du Carême chrétien qui interdisait la consommation de viande durant la période de jeûne .Aussi  dans cet esprit a-t-on continué  à faire de même lors du passage au 1er janvier, mais cette fois en faisant offrande aux incrédules de faux poissons, jusqu’à les accrocher dans leur dos !

Une autre version du poisson d’avril serait liée à l’interdiction faite aux pêcheurs de sortir en mer le 1er avril afin de respecter la période de reproduction des espèces du milieu marin. En guise de consolation, mais aussi par moquerie, on leur offrait du hareng, ou on leur fixait dans le dos un « vrai » poisson qui en raison de l’épaisseur des vêtements portés à l’époque n’était découvert que tardivement, décomposition et puanteur aidant.

Des évènements comparables au poisson d’avril français se déroulent dans de nombreux autres pays : Etats-Unis, Angleterre (si vous êtes piégé, on vous traite de "nouille"), Allemagne,  Italie, Danemark, Belgique, Canada, Espagne, Pays-Bas, Russie ( le « jour des fous »), Mexique (le seul "tour" admis consite à subtiliser le bien d'un ami)…

Avril était dans le passé un mois très honoré. Le mot, d’origine latine, signifie porte, entrée, ouverture, celle du printemps où la nature reprend vie. Des fêtes allégoriques dédiées au laboureur et à l’agriculture célébraient ces instants de renouveau et les dieux étaient invoqués, tant pour espérer d’abondantes moissons, que pour souhaiter une heureuse fécondité aux jeunes épouses .Hélas ou pas, le 1er du mois est désormais consacré à des jeux frivoles et désinvoltes, et les fêtes anciennes ont disparu…

Fidèles à ce rendez-vous de la blague, les médias se déchaînent  à l’envie. Au fil du temps, il a été ainsi annoncé, parmi mille autres évènements, le déplacement de la Tour Eiffel, la suppression des derniers étages de la tour Montparnasse pour cause de réglementation d’urbanisme, la reconstruction de l’abbaye de Cluny (une prophétie qui s’est accomplie, mais seulement en images 3D …), la production de foie gras de cigognes,  la confidence faite par le Président Obama au Président Sarkozy qu’il était en possession des preuves de l’existence des extra-terrestres…bref des mystifications plus ou moins heureuses et imaginatives ( à l’heure où j’écris, je ne connais pas encore celles que la presse produira pour ce 1er avril 2013).

Dans la première moitié du XXème siècle, on échangeait des cartes postales sur le thème du poisson d'avril, des cartes joliment décorées avec une iconographie caractéristique de la Belle Epoque.

En s’y prenant un peu à l’avance, la maison Carambar aura réussi, elle, son canular, conçu d’ailleurs comme  une opération de marketing à part entière. Fut annoncée sur le site de l’entreprise le 21 mars dernier, dossiers de presse à l’appui,  la fin des petites blagues imprimées dans l’emballage du bonbon depuis 1969, et leur remplacement par des « exercices ludo-éducatifs ».Une révolution qui mit en émoi les réseaux sociaux, à un point tel que Carambar dut avouer plus tôt que prévu, soit le 25 mars,  (l’échéance était celle bien sûr celle du 1er avril) qu’il s’agissait là d’une pure supercherie –« la fin des blagues, c’était une blague », lit-on désormais sur www.carambar.fr, qui revendique avoir créé pour la circonstance la plus grosse blague de l’année . La mairie de Marcq-en-Baroeul, dans le Nord, près de Roubaix, avait même lancé une pétition pour s’opposer à cette intention ! Il faut dire que le lieu de production se trouve dans cette ville depuis 1954 et qu’il se consomme chaque année un milliard de ces caramels mous (de 8 centimètres de long pour un poids de 8 grammes), principalement en France. Un vrai patrimoine industriel !

Gamins, nous avons tous mangé (mastiqué plutôt) des carambars et  avons souvent pouffé de rire à la lecture des blagues, qu’on se racontait entre copains à qui mieux mieux , même si elles étaient souvent de mauvais goût.

Deux parmi tant d’autres pour conclure ce billet :

« Deux vampires discutent. L’un dit à l’autre : alors, tu l’aimes ? Et le second de répondre : je suis complétement mordu ! ».

« Deux fous vont partir en voiture. Le premier dit au second : va voir si les clignotants fonctionnent. Après vérification, le second revient et dit : ça marche, ça marche pas, ça marche, ça marche pas… »

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

...
Vous aimez cette page