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"Plaisirs du Gers" n°9 - Pleins feux sur Pierre Barouh

Dans mon précédent billet, j’ai passé en revue les sujets de reportage contenus dans le n°9 du magazine « Plaisirs du Gers », sorti début juillet.

J’avais réservé le meilleur  pour un nouveau billet : le rendez-vous du magazine avec Pierre Barouh. Il ne s’agissait pas en l’occurrence d’une simple interview dans les colonnes de la publication. Pierre Barouh avait répondu à une invitation de la rédaction et ainsi avait passé trois jours à Marciac ( siège du magazine), en ami de « Plaisirs du Gers ».

 

Hommage à l’artiste

 

Les pages qui relatent ce séjour s’ouvrent sur un bel hommage à l’artiste : « Roland Topor (qui fut un célèbre illustrateur et dessinateur) en était convaincu : « On ne rencontre que ceux qu’on a déjà rencontrés ».S’il fallait prouver le bien-fondé de cette remarque, nous évoquerions aussitôt la belle histoire qui lie notre magazine à Pierre Barouh. Cet homme rare, nous le connaissions en effet bien avant que nos chemins se croisent….Nous le connaissions parce que nous nous retrouvions en lui, parce que, pardon pour notre immodestie, nous nous ressemblions. Il parlait à qui voulait l’entendre de son goût des rencontres, de son insatiable curiosité. Il confiait son besoin de partager, d’offrir la meilleure disponibilité, de mettre en lumière le talent des autres, et nous avions chaque fois l’impression qu’il s’exprimait à notre place. Il dépeignait l’esprit et l’âme de notre revue avec des mots dont nous aurions été incapables ».

 

Chansons à succès

 

Pourtant, l’homme âgé aujourd’hui de 79 ans, ne dit rien à beaucoup de gens. Ses chansons à succès parlent pour lui. Parolier, il a ainsi écrit « Chabadabada » et adapté « Samba Saravah », un rythme de bossa-nova, pour le film mythique de Claude Lelouch, « Un homme et une femme », Palme d’Or 1966 au Festival de Cannes. Pierre Barouh chante les deux airs dans ce film, le premier avec Nicole Croisille. Il est aussi comédien, et tient un beau rôle dans l’histoire d’amour entre Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée. Mais dans la réalité, c’est elle et lui qui tomberont amoureux l’un de l’autre à l’occasion du tournage et se marieront pour filer le parfait bonheur pendant trois ans.

Il écrira encore pour Lelouch et le film « Vivre pour vivre » (1967), avec non seulement la chanson éponyme, mais aussi celle des « Ronds dans l’eau », interprétée en duo par Annie Girardot et Nicole Croisille, et inscrite par Françoise Hardy à son répertoire.

Pierre Barouh est un homme de rencontres et d’amitiés.

 

Barouh / Théâtre d’Aleph

 

Il fera entre autres un bon bout de chemin avec le théâtre d’Aleph et ses deux guides, Oscar Castro et sa compagne Anita Vallejo - la Compagnie, qui a fui le Chili de Pinochet après qu’Oscar Castro et d’autres membres de la troupe soient emprisonnés,  est  installée désormais à Ivry. Il écrira avec eux quatre pièces, dont le fameux « Le Kabaret de la dernière chance », dotée d’une chanson qui fera le tour du monde et qu’on retrouvera au cinéma dans « On s’aimait tant à Santiago » réalisé en 1988 par Pierre Barouh lui-même (sur le thème du retour au Chili après douze ans d’exil d’Oscar Castro),  puis dans un nième film de Lelouch, « Il y a des jours ou des lunes » (1990).

« Il y a ceux qui rêvent les yeux ouverts

Et ceux qui vivent les yeux fermés

Ceux pour qui tout va à l’envers

Jamais le cœur abîmé, résigné… » 

 

Barouh / Montand

 

Yves Montand l’enregistra peu de temps avant sa disparition  et le disque sortira à titre posthume. Pierre Barouh raconte volontiers l’étrange coïncidence de dates liée à l’enregistrement de  cette chanson : alors qu’il achevait le tournage de « L’île aux pachydermes » de Jean-Jacques Beineix, Montand fixa rendez-vous à Barouh le 13 novembre 1991 à 11heures pour travailler tous deux une dernière fois sur Kabaret. Décédé le 9 novembre, Montand fut enterré le 13 à 11 heures !

Barouh mettait aussi à l’époque la dernière main à une nouvelle chanson pour Montand, « La Mémoire du vent », dans la perspective d’un tour de chant à Bercy, mais la mort soudaine  de l’artiste mit un terme à la collaboration et à l’amitié entre les deux hommes

La belle aventure Barouh- Montand avait  commencé  avec « La Bicyclette », un texte  de Pierre Barouh  auquel  le chanteur  donna un relief tout particulier (Laurent Voulzy  en fit une reprise en 2006). Belle histoire que cette chanson : c’est parce qu’on lui demande une publicité pour le vélo qu’il écrit « La Bicyclette ».Montand l’enregistre, et le disque est envoyé aux radios quelques jours avant les évènements de 68.La pénurie d’essence qui va suivre assure alors à la chanson une promotion inespérée !

 « Quand on partait de bon matin

 Quand on partait sur les chemins

 A bicyclette

 Nous étions quelques bons copains

 Y avait Fernand, y avait Firmin

 Y avait Francis et Sébastien

 Et puis Paulette »…

 

Danyel Gérard, Johnny Hallyday, les Editions Saravah

 

Pierre Barouh fut aussi le parolier de Danyel Gérard ,chanteur à succès des années 60/70, pour « D’accord, d’accord », et même de Johnny Hallyday dont il adapta en français le célèbre « Memphis Tennessee » de Chuck Berry.

Il créera en 1969, dans un esprit d’entraide aux talents nouveaux,  les Editions Saravah, qui sortiront les premiers disques d'artistes comme Jacques Higelin, Philippe Léotard,Maurane, Brigitte Fontaine, et tant d’autres, que la maison de production appelle « les rois du slow-bizz ». Elle prend pour devise « Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire. », une philosophie bien dans l’esprit de Pierre Barouh…

 

L’homme

 

Pierre Barouh, chanteur, auteur, compositeur, producteur, acteur, réalisateur, dénicheur  de pépites, ambassadeur du Brésil et de  la bossa-nova en France, troubadour, « barouhdeur » ?  Un peu  tout cela.

 Avec en outre des qualités humaines qui vous donnent envie d’être son ami.

 L’homme se livre et nous offre un beau témoignage d’âme généreuse dans  les pages de « Plaisirs du Gers ».

 N’est-ce pas lui qui a inscrit sur son premier passeport à la rubrique « Profession » : « Promeneur » ? Il aurait pu ajouter, si la place et le support  le lui permettaient : « Je ne connais qu’une mort : celle de la curiosité. Si tu perds ta faculté d’émerveillement, tu peux être mort à douze ans. »

 Et qui affirme son obsession de la disponibilité aux autres, avec le désir de passer sans cesse d’une rive à l’autre ? Lui encore. « De sa source à son échéance, une rivière a un parcours incroyable mais si elle rencontre un rocher, elle revient sur ses pas .Elle accélère. Elle ralentit… C’est très symbolique de mon parcours que certains, plus ou moins bien intentionnés, qualifient d’éclectique. En fait, il n’y a aucun éclectisme : je me laisse porter par le courant. »

 Il a fait l’enchantement des enfants d’une classe du collège de Miélan en se prêtant en toute simplicité à une rencontre et au jeu des questions-réponses, lui qui  dit volontiers : «Je n’ai jamais fait un devoir de ma vie », incompatible qu’il était avec toute forme d’éducation dirigée.

 Il prend le temps aussi de se produire à l’Atelier, un club de jazz de Marciac. Le public est sous le charme.

« Il n’est pas là pour qu’on l’admire ou qu’on l’applaudisse. Ce n’est pas une vedette, encore moins une star. S’il est venu ce soir, c’est pour échanger. Pour rencontrer des gens et partager avec eux non seulement son répertoire, mais les airs qu’il aime, les gens qu’il a croisés et les paysages qu’il a eu le bonheur de découvrir dans sa belle et déjà longue existence. »

 

Le Japon et la Vendée

 

Marié à une japonaise, Pierre Barouh partage sa vie entre le Japon et la Vendée, la terre de son enfance. Il y fut caché pendant l’occupation au sein d’une famille d’adoption par ses parents juifs turcs, et est resté fidèle toute sa vie au bocage chouan, où il a acquis une maison au bord de cette rivière qui dès l’âge de six ans lui a procuré l’obsession de l’autre rive…

 Des japonais, il admire le sens élevé de la courtoisie, si rare en France (« Il faudrait dresser l’inventaire de ce que coûte à la nation le manque de courtoisie »), et qui selon lui « joue un rôle énorme dans le dynamisme économique du pays. ».Il dit aussi  de ce peuple qui est devenu un peu le sien : « Ils ont les pieds dans les racines et la tête dans le XXII ème siècle. ».

 J’emprunte ma conclusion à quelques lignes du magazine : « A une époque où tant de bouches s’ouvrent sur du vide, lui ne se contentait pas de beaux discours. Sa vie donnait corps à ses pensées. Indifférent aux modes, aux artifices de la gloire, à l’argent que son nom et son talent auraient pu lui procurer, il ne poursuivait pas une carrière : il se promenait au gré de ses envies, ouvert au hasard et à l’humain. ».

Fait le 26 juillet

"Plaisirs du Gers" n°9

Dans un billet de février dernier, j’avais souligné la qualité du magazine « Plaisirs du Gers » qui paraît une fois par an.

Ecritures et photographies concourent à donner à cette publication sophistiquée,  imprimée sur papier glacé, une haute tenue éditoriale.

Le n° 9, sorti au début du mois de juillet (232 pages, 7,50 €), tient de ce point de vue toutes ses promesses et confirme tout le bien que je pense de cette revue consacrée à la mise en valeur du Gers, de ses acteurs,  de ses évènements, de ses mille et un trésors.

Dans son avant-propos, Pierre Pérouchet, Directeur de la rédaction, rédacteur en chef, se  plaît à écrire : « …nous avons bâti la maison de nos rêves : le magazine que vous tenez entre les mains. Sans jamais oublier l’essentiel. Ce que la sagesse populaire résume en un proverbe : Plaisir non partagé n’est que plaisir à moitié ».Il est intéressant de noter que lorsqu’on remercie quelqu’un dans le Gers pour un renseignement donné ou un service rendu, celui-ci nous gratifie en réponse d’un « Avec plaisir », l’équivalent du « You’re welcome » anglo-saxon.( « Je vous en prie », « Y a pas de quoi »).

Le seul regret que j’ai, et que j’éprouve à chaque numéro : le fait de consacrer la une et l’article d’ouverture à un homme ou une femme du showbiz,  qui n’a pas grand-chose à dire, et dont la seule légitimité est d’avoir quelques racines ici ou de fréquenter épisodiquement  le Gers, le temps d’une courte pause estivale (Claire Chazal pour le n° 6), ou de l’inauguration chaque année  d’un salon des antiquaires à Samatan (Pierre Arditi n°8). J’entends encore, à la maison de la presse de Fleurance, une cliente gasconne d’un certain âge qui regardant la couverture du numéro de l’été 2012 (un Pierre Arditi barbu et bronzé) lancer à la cantonade : « Mais qu’est-ce qu’il vient faire ici, celui-là ? ».Preuve que les parisiens du monde de la télé ou du cinéma ne sont pas forcément les bienvenus, et qu’on les verrait plus volontiers, vu leur arrogance, leur argent et leur style de vie, à Saint-Tropez ou dans le Lubéron…..

Cette année, c’est Ariane Massenet qui fait la couverture de « Plaisirs du Gers ».Pur produit de Canal+, où elle a officié longtemps, elle va rejoindre  D8, une télé de divertissement, pour animer à la rentrée une émission très people.  Elle a pour elle d’être l’arrière-arrière-arrière petite nièce du compositeur Jules Massenet. Mais plutôt que de jouer du piano, elle a préféré jouer au poker…

Dommage donc d’accorder autant d’importance à ces figures si peu identitaires du Gers, surtout de la part d’un magazine qui se targue de vouloir  illustrer l’authenticité de ce beau pays.

Je ne pourrai pas dans ce billet m’arrêter sur tous les sujets abordés par ce n° 9.Le rédactionnel est riche et plus d’une vingtaine d’histoires nous sont proposées, certaines sous la forme de dossiers très complets.

Vous découvrirez  au hasard des pages feuilletées :

 

-           des auteurs et promoteurs de la bande dessinée, qui « …se sent chez elle dans notre département », au point d’avoir son festival à Eauze

 

-          Guillaume Manchado, le nouveau chef du  Daroles, brasserie historique d’Auch, qui a quitté pour elle les fourneaux du Café Zik de Marciac, une table réputée dans la cité du jazz. Le Daroles avait bien besoin d’un cuisinier de ce talent pour redresser son image, compromise par une gestion hasardeuse et une fermeture de plusieurs mois. Guillaume Manchado profite du reportage pour présenter ses fournisseurs attitrés et quelques recettes gourmandes dont il a le secret

 

-          des fermiers de Sempesserre,  Isabelle et Jean-Marie Neels, qui élèvent le porc avec passion, maîtrisant toute la chaîne de la production , pour proposer sur place, dans leur boutique, jambons, terrines et conserves à une clientèle qui en redemande

 

-          les producteurs du  melon de Lectoure, cultivé là depuis un demi-siècle, avec à la clef des conseils pour bien choisir son fruit et une  recette originale (chaud-froid de melon et magret de canard laqué à la sauce aigre-douce, de Philippe Bruguière, de L’Atelier Gourmand de Lectoure, une excellente adresse bar à vins-salon de thé- restaurant)

 

-          Thomas Guasch, « vigneron par conviction », qui a délaissé Polytechnique et de belles perspectives professionnelles, pour se consacrer au domaine familial  de  Bordeneuve (près de Castelnau d’Arbieu), qui produit sur 20 ha un excellent Armagnac, avec un développement très fort de l’exportation, notamment vers la Chine qui en représente désormais la moitié

 

-          Philippe Gelas, propriétaire d’une belle maison de négoce à Vic-Fezensac, « Les Caves de Baptiste » - www.lescavesdebaptiste.com  -(Baptiste est le prénom du Gélas qui a été à l’origine de la belle aventure), où se côtoient la « crème » des Armagnac (une collection inouïe), des Madiran, Pacherenc  et autres vins de Saint-Mont. Cerise sur le gâteau : une épicerie fine qui se veut la vitrine de produits gastronomiques locaux : vinaigres au floc et à l’armagnac, bientôt un balsamique à l’armagnac, miels non chauffés, pain d’épices pur miel, safran (cultivé à Cadeilhan), huiles de tournesol bio du moulin de Roquefort, « gâtisseries » de Michel Glozek, pâtissier artisanal de génie installé à Fleurance (je lui consacrerai bientôt un billet)

 

-          Dominique Féret, à la tête du domaine de Guillaman (www.domaine-guillaman.fr ), 70 hectares de terre où les vins de Gascogne rouge et blanc « …autant que les hommes sont accomplis et généreux »

 

-          Francis Duranthon, Directeur du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, qui nous parle du Gers d’il y a dix-sept millions d’années

 

-          Aurore Tillac, une fille nature, originaire de Miélan, qui dirige le choeur de l’armée française, formation spéciale de la Garde républicaine

 

-          Scott Neary, un peintre américain, qui en 2008 a posé son chevalet à Peyrusse-Grande, près de Marciac

 

-          le château de La Cassagne à Saint-Avit-Frandat, près de Lectoure, qui abrite une série de fresques exceptionnelles du XVIIème siècle, copies conformes de celles qui se trouvent sur l’ile de Malte, qui retracent les principaux épisodes du siège de la citadelle des chevaliers de l’Ordre de Malte par les troupes turques de Soliman le Magnifique en 1565.Fort de cet article, j’ai visité le site  avec mon épouse il y a quelques jours,  et fus ébloui non seulement par la singularité  des tableaux, mais aussi par l’histoire à l’origine de la présence de ces œuvres en un lieu aussi éloigné de celui où la bataille fit rage. Nous eûmes aussi conscience que les moyens manquaient pour donner à ce lieu toute la notoriété et la noblesse qu’il mériterait d’avoir…

 

-          les vitraux du génie verrier Arnaut de Moles, qui illuminent depuis cinq cents ans le déambulatoire de la cathédrale d’Auch. Les photographies reproduisant dans le magazine les œuvres sont absolument magnifiques (ci-dessus, l’une d’entre elles, "Ange musicien jouant de la flûte") .On trouve aussi quelques vitraux de cet artiste, de la même veine, dans l’église Saint-Laurent de Fleurance

 

-          le Festival d’astronomie de Fleurance (www.festival-astronomie.com ), qui attire chaque été, depuis plus de vingt ans maintenant, des milliers de passionnés des astres et des planètes

 

-          l’histoire d’amour de la ville d’Auch avec le cirque contemporain, qui s’est concrétisée récemment par l’installation des nouvelles et performantes  structures du centre d’innovation et de recherche circassien (CIRCA)  sur les terrains de l’ancienne caserne d’Espagne

 

-          Jean Castarède,  producteur d’Armagnac en son célèbre château de Busca-Maniban, diplômé d’HEC et de l’ENA, ancien haut-fonctionnaire, et désormais Président de la maison d’éditions France-Empire, qui a dans son catalogue des essais, romans, biographies et mémoires liés à l’histoire. Jean Castarède est aussi un écrivain, avec à son actif une quarantaine d’ouvrages, dont plusieurs couvrent sa période de prédilection, les XVI et XVII èmes siècles

 

-          Jean-Noël Liaut,  biographe, journaliste, traducteur, qui vit désormais à Lectoure

 

-          Pierre-Paul Feyte, un photographe du ciel et des orages, dont j’ai déjà parlé dans un billet de février, au regard notamment de son merveilleux livre , « Ciel sauvage », qui regroupe des photographies et des textes d’une sublime beauté (voir son site www.flickr.com/people/feyte/ )

 

-          le phénomène des palombières

 

-          Cyril Ferré, piégeur de renards

 

-          Danièle Boutard, costumière de cinéma et de théâtre qui a son atelier du côté de Nogaro – elle a « habillé » notamment Fanny Ardant d’une robe Empire inoubliable dans « Le colonel Chabert »,  ou Fabrice Luchini dans « Beaumarchais, l’insolent » (culotte, veste et habit)

 

-          Deux artistes peintres pour terminer cette revue de détail du sommaire n°9 de « Plaisirs du Gers » : James Rielly (www.jamesrielly.com ), qui est allé chercher son inspiration dans un coin isolé du Gers, et Catherine Moreau, qui vit dans une maison « nichée dans l’entrelacs des ruelles du vieux Lectoure ».Elle est aussi  comédienne et passionnée de jardins japonais.

 

Manque à l’inventaire peut-être le meilleur du magazine de cet été : les quinze pages consacrées à Pierre Barouh, un personnage attachant, auteur, compositeur, comédien, chanteur, que sais-je encore, dont le talent n’a pas été reconnu à sa juste mesure. Pour cause de longueur, je parlerai de lui dans un tout prochain billet. Barouh en couv’, plutôt que Massenet, cela allait pour moi de soi !

Fait le 25 juillet

 

"Le Questionnaire" de Proust

Le test de personnalité, sous forme de questionnaire,  tire son origine d’un jeu anglais fort en vogue dans la bonne société britannique au cours de la deuxième partie du XIXème siècle.

Marcel Proust (1871-1922) le rendit célèbre en y répondant lui-même  à deux reprises, à l’âge de 13 ans puis de vingt ans. Il fut alors appelé le questionnaire de Proust.

Bernard Pivot s’en inspira pour son émission littéraire « Bouillon de culture » (1991-2001), et de nombreux écrivains se prêtèrent au jeu des questions-réponses, révélant ainsi des traits de caractère et des opinions qu’on ne connaissait  pas d’eux. Parfois, l’humour prenait le dessus. Je pense par exemple à la réponse de Françoise Sagan à la question « Votre drogue préférée ?   » : « La verveine ou le tilleul »…Quand on sait combien elle était dépendante aux drogues dures, la réponse est drôle ! Drôle aussi la réponse du cinéaste américain Woody Allen à la question « Quel est votre juron préféré ? » : « Je ne peux pas le dire car ma mère regarde peut-être l’émission ! ».Et encore Woody Allen : « La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ? ». Réponse : « Une éponge, parce que ça n’a pas d’ennemi, une éponge ».

A son tour, James Lipton (86 ans aujourd’hui), animateur de télévision, poète, écrivain, adaptera le questionnaire de Pivot dans son émission « Inside the Actors Studio » (elle passe en France sur la chaîne Paris Première), où il a reçu plus de 200  comédiens, réalisateurs, scénaristes du monde du cinéma américain, en présence d’étudiants en théâtre qui en fin de séance étaient invités à questionner à leur tour les invités. James Lipton qui s’est impliqué personnellement dans  la formation des acteurs (il a fondé avec quelques grands noms du cinéma et de la littérature –Paul Newman, Arthur Penn, Norman Mailer…- l’Actors Studio Drama School à la New School de New-York, l’une des plus grandes universités américaines ), a d’ailleurs été l’un des derniers invités de  « Bouillon de culture » et de Bernard Pivot.

Voici les réponses qu’à  titre personnel j’apporte au questionnaire de Proust. Manière de me faire connaître un peu mieux des lecteurs de mon blog.

Quelle est votre vertu préférée ?                                                                             La sagesse

 

Quelle est la qualité que vous préférez chez un homme ?

L’ouverture aux autres, l’intelligence, le « grain de folie »…

 

Chez une femme ?

Le charme, l’élégance, la douceur

 

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis ?

La fidélité, l’échange ( l’anthropologue et ethnologue Claude Levi-Strauss écrivait : « Il y a bien plus dans l’échange que les choses échangées » )

 

Votre principal défaut ?

Celui de mon signe (Lion) : l’orgueil, le besoin de briller (bien moins vrai cependant aujourd’hui…l'étoile a bien pâli...)

 

Votre occupation préférée ?

Les bons films, la musique, la lecture, l’écriture, la marche…

 

Votre rêve de bonheur ?

J’emprunte ma réponse à François-René de Chateaubriand :

« Faîtes que la beauté reste

Que la jeunesse demeure

Que le cœur ne puisse se lasser

Et vous reproduirez le ciel ».

 

Mon plus grand malheur ?

Avoir perdu ma mère quand j’avais 8 ans (elle s’en est allée en 1956, dans sa trente et unième année) – je l’ai à peine connue

 

Ce que je voudrais être ?

Un peu tard pour répondre à cette question.

Si c’était à refaire ? Me tourner davantage vers les métiers artistiques et voyager beaucoup plus

 

Le pays où je désirerais vivre ?

Le mien

 

Ma couleur préférée ?

Celle de l’arc-en-ciel

 

La fleur que j’aime ?

Le lys, la rose (le prénom de ma mère), le tournesol pour le jaune de sa fleur

 

L’oiseau que je préfère ?

L’hirondelle

 

Mes auteurs favoris en prose ?

Marguerite Yourcenar, Céline, Romain Gary

 

Mes poètes préférés ?

Rimbaud, Baudelaire, René Char

 

Mon héros dans la fiction ?

Je n’en ai pas

 

Mon héroïne dans la fiction ?

Même réponse

 

Mes compositeurs préférés ?

Chopin, Schubert, Liszt, Bach (« La musique, c’est le parfum de l’oreille », disait le grand chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus )

 

Mes peintres préférés ?

Ceux du courant impressionniste – Manet, Monet, Renoir, Pissarro, Cézanne… -, mais aussi Gauguin, Rembrandt, Edward Hopper…et beaucoup d’autres

 

Mon héros préféré de la vie réelle ?

Charles de Gaulle (Alain Peyrefitte, homme politique et écrivain – 1925-1999, disait à son sujet : « Cet homme qui habitait sa statue »)

 

Mes noms favoris ?

Je n’en ai pas

 

Ce que je déteste par-dessus tout ?

La lâcheté, l’injustice, les trop grandes inégalités, la mesquinerie, l’hypocrisie

 

Les personnages historiques que je méprise le plus ?

Les dictateurs, les sanguinaires (Hitler, Mao, Staline, Castro, Pol Pot…)

 

Le fait militaire que j’admire le plus ?

La libération de la France du joug nazi, et tout fait militaire ou révolutionnaire qui libère un peuple de la tyrannie

 

La réforme que j’estime le plus ?

L’abolition de l’esclavage, et toutes les réformes qui ont concouru à accroître la liberté, la dignité et la justice humaines

 

Don de la nature que je voudrais avoir ?

Il est un peu tard pour m’interroger à ce sujet. Probablement  un don artistique

 

Comment j’aimerais mourir ?

Sereinement (« Ne craignez pas la mort. Quand elle sera là, vous ne serez plus » - Epicure)

 

Etat d’esprit actuel ?

La sérénité (sauf face à la connerie et à la médiocrité)

 

Les fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence ?

Les fautes involontaires, donc pardonnables et corrigibles

 

Ma devise ?

J’en ai plusieurs.

Ma préférée, celle que je me suis efforcé d' appliquer durant mon existence : « Je déteste le moindre. On abîme la vie en acceptant n’importe quoi à la place du meilleur. Quand il nous échappe, on a un moyen de le conserver en soi, c’est de ne pas déchoir » -citation de l’écrivain  Jacques Chardonne (1884-1968).

 J’ajoute une ultime question-réponse, la dernière du questionnaire de Bernard Pivot : « Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous après votre mort l’entendre vous dire ? ».Je ne suis pas croyant, mais si je fais comme si, ma réponse serait : « Venez, je vais vous faire rencontrer votre mère. Je lui ai annoncé votre arrivée. Elle vous attend avec impatience. »

A votre tour de remplir ce questionnaire. C’est une excellente occasion  de faire un bilan sur soi-même….

Fait le 21 juillet

Chemins et pèlerins de Compostelle

Le Gers est depuis longtemps une terre traversée par les chemins et les pélerins de Saint-Jacques de Compostelle.

L’abbaye de Flaran, à Valence-sur-Baïse, dispose d’ ailleurs d’une exposition permanente, « Le Gers jacquaire », dans les celliers du bâtiment. Une exposition de grande qualité, la seule consacrée à ce thème en Midi-Pyrénées.

L’un des chemins nous vient de Provence, la via tolosona, ou chemin d’Arles, qui passe par Toulouse (d’où le nom du chemin), et arrive dans notre département à Pujaudran, puis rejoint L’Isle-Jourdain, Gimont, Roquetaillade, tout petit village dont l’église abrite une très belle statue de Saint-Jacques, Auch, Barran, l’Isle de Noé, Montesquiou, et continue sa route vers Lourdes.

Le second vient  du Puy-en-Velay, et aborde le Gers par Saint-Antoine,  pour poursuivre par Flamarens, Miradoux, Castet-Arrouy, Lectoure, Condom, Eauze, Manciet, Nogaro, puis quitte le département pour rattraper les Landes et Aire-sur-Adour.

Il y a au total quatre routes en France qui mènent à Saint-Jacques de Compostelle : les deux que  je viens d’évoquer, celle qui a pour point de départ Vézelay, qui continue par Saint-Léonard en Limousin puis Périgueux,  et enfin celle qui démarre à Paris et passe par Tours. Elles se rejoignent en Espagne à Puente la Reina, et  totalisent jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle  entre 1.500 et 1.800 kms selon les itinéraires empruntés.

Avec la découverte en l’an 800 du tombeau supposé de l’apôtre Saint-jacques le Majeur (du fait de sa plus grande ancienneté auprès du Christ), et la ferveur qu’elle déclencha, le pèlerinage de Compostelle devint l’un des plus importants de la chrétienté, au même titre que celui de Jérusalem ou de Rome. Il tomba en désuétude au XIX ème siècle pour renaître à la fin du XXème.

Mais aujourd’hui, le pèlerin n’est plus aussi religieux que dans les temps passés. Certes, la foi reste prédominante dans l'acte de marcher vers Saint-Jacques. Il s’y ajoute cependant d’autres raisons : la recherche de soi-même, souvent d'ailleurs à un moment difficile de son existence, par l’effort, la solitude, la réflexion (bilan, avenir...) , la liberté (je pense là au poème de Rimbaud, « Ma bohême », et à ses derniers vers : « Où rimant au milieu des ombres fantastiques / Comme des lyres, je tirais les élastiques / De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur ! » ) ; la purge intellectuelle ; le défi  sportif; le besoin de revenir à une certaine humilité et authenticité ; la rencontre avec autrui (pèlerins et gens des régions parcourues) ; la découverte de près des contrées traversées ; la passion pour le Moyen-Age et son patrimoine,  et que sais-je encore ?

Jean-Christophe Rufin, ancien Ambassadeur, membre de l’Académie Française, écrivain à succès ( Prix Goncourt notamment avec « Rouge Brésil » en 2001 –Gallimard), vient de restituer dans son dernier ouvrage ( « Immortelle randonnée-Compostelle malgré moi » -Editions Guérin) son vécu du « jacquet » qu’il a été, ayant emprunté il y a peu le chemin de Saint-Jacques dans sa partie espagnole sur plus de 800 kms. Et la réponse qu’il apporte dans un de ses premiers chapitres à la question du « pourquoi » est pleine de bon sens. Il écrit à propos du Chemin : «  A la confusion et à la multitude des pensées qui ont poussé à prendre la route, il substitue la simple évidence de la marche. On est parti. Voilà tout…Il est une force. Il s’impose.il vous saisit, vous violente et vous façonne. Il ne vous donne pas la parole mais vous fait taire. La plupart des pèlerins sont d’ailleurs convaincus qu’ils n’ont rien décidé par eux-mêmes, mais que les choses se sont imposées à eux. Ils n’ont pas pris le Chemin, le Chemin les a pris. …Chaque fois qu’il s’est agi de prendre une décision, j’ai senti le Chemin agir puissamment en moi et me convaincre, pour ne pas dire me vaincre. »

De vieilles traditions accompagnent le marcheur : la possession de la coquille bien sûr, signe distinctif de ralliement. Dans les eaux de la côte espagnole galicienne qui bordent Saint-Jacques de Compostelle, vivent des mollusques à coquille dont la forme rappelle celle de la main de l’homme. Ce sont ces coquilles, vides, que les pèlerins ramassaient sur la grève au moment du retour pour les coudre à leurs chapeaux. Aujourd’hui, on les achète dans des boutiques spécialisées…

Le pèlerin se dote aussi du « credencial », un carnet qui donne accès aux hébergements et qu’il fait tamponner à chaque halte. Il  lui permettra à l’arrivée d’obtenir la fameuse « compostela », certificat officiel de son  pèlerinage. Le Bureau des pèlerinages à Saint-Jacques n’est pas terriblement exigeant pour l’attribuer puisqu’il suffit d’avoir parcouru les derniers 100 kms à pied, ou 200 à vélo, pour se voir attribuer ce viatique.

C’est grâce à ce Bureau d’ailleurs qu’on dispose des statistiques sur le profil des jacquets (échappent néanmoins aux chiffres celles et ceux qui ne passent pas par la case « compostela »).Ils étaient près de 200.000 à avoir emprunté le Chemin en 2012, majoritairement des hommes (57%), principalement de 30 à 60 ans. En tête, et de manière écrasante, les espagnols (49,5% - normal, l’arrivée est chez eux !), suivis des allemands (mais on tombe à 8,11%), des italiens (6,44 %), des portugais (5,37 %), puis des français (4,22%).

J’ai personnellement rarement rencontré des pèlerins, n’ayant jamais tenté l’aventure. Etant moi-même marcheur à coup de 10-15kms par sortie, j’en ai parfois l’envie, mais je ne suis pas sûr de remplir les conditions physiques et psychologiques nécessaires. Et si je me décidais dans un proche avenir, ce serait pour effectuer sur six jours environ les quelques 130 kms du chemin du Puy-en-Velay dans le Gers. Ce serait là un programme prudent –à titre de test, et pour savoir si je peux faire plus…- qui me maintiendrait de surcroît à proximité quasi-immédiate de chez moi. De quoi être rassuré et rapatrié sans perdre de temps…

Mes quelques rares rencontres avec des jacquets furent cependant du pur bonheur.

Il se trouve que notre maison est située en bordure d’un chemin de grande randonnée, Le GR Coeur de Gascogne, point de passage obligé pour les marcheurs qui quittent à Lectoure le chemin du Puy-en-Velay pour rejoindre à Auch celui d’Arles afin de se rendre à Lourdes, puis en Espagne.

Lorsque je me trouve dehors au moment où passe l’un d’entre eux, je prends plaisir à converser avec lui, et l’échange est toujours fort sympathique. Je ne pose pas la question du pourquoi, considérant que c’est là un choix personnel, qui comme tel se respecte. Nous évoquons les étapes déjà effectuées, les difficultés éventuellement rencontrées, et nous faisons connaissance autour d’un verre d’eau bien fraîche, assis sous les marronniers de la propriété.

J’ai ainsi le souvenir d’un homme qui s’est présenté comme Président ou Vice-Président de l’association (je ne sais plus) du Chemin pour la région de Tours. Un habitué de la route de Saint-Jacques, pour ne pas dire un professionnel. Il m’a même conseillé la marque de chaussures que devais retenir pour mes propres randonnées (j’ai d’ailleurs suivi son conseil, et je ne l’ai pas regretté !).

Plus récemment, j’ai passé un moment heureux avec un jeune philippin qui vit à Los Angeles, où il enseigne. Il vient chaque année en France pour faire un bout de Chemin, sans doute porté par sa foi catholique, portant autour du cou la croix du Christ. Il était lumineux, serein, irradiant de bonheur, et nous avons eu plaisir à échanger sur toutes sortes de sujets, malgré mon anglais « chaotique », y compris sur la corruption qui règne aux Philippines, où il retourne chaque année pour revoir sa famille.

Et aujourd’hui même, c’est une famille entière, de Marseille, qui s’est présentée sur le chemin de grande randonnée, venue du Puy-en-Velay, et se rendant à Lourdes. Elle aussi fait un morceau de Compostelle chaque été. Et pas n’importe quelle famille, comme le montre la photo ci-dessus (et dire que je n’ai même pas eu la présence d’esprit de demander un email pour adresser le cliché !) : père, mère, cinq enfants (dont le dernier de deux ans et demi –sur la photo, il est sur le dos de sa maman), et un âne nommé Toulô (l'écriture est phonétique), tout ce beau monde dormant à la belle étoile !!! Des personnes épanouies (là aussi sans doute la foi chevillée au cœur), de beaux enfants bien élevés, des visages et des regards pleins de joie de vivre et de bonté,  une bonté et une sagesse qu’ils avaient l’air d’avoir transmises à l’animal, tant il se montrait patient et docile…Les ayant invités à cueillir nos prunes sauvages pour ne pas tout laisser aux oiseaux, les enfants ne se sont pas laissés prier, et leurs yeux disaient leur gourmandise et leur appétit pour le fruit…Quel moment rare, et mon épouse et moi l’avons vécu comme tel, les voyant partir avec regret et beaucoup d’émotion.

Jean-Christophe Rufin a une belle formule dans son livre évoqué plus haut : « Le Chemin est une alchimie du temps sur l’âme ».Elle va bien à ces pèlerins qui sont passés devant notre maison.

N.B. Au rayon marche, je voudrai citer l'exemple d'un couple d'un certain âge, des braves gens (lui est un grand monsieur sec et droit, à la belle moustache blanche), qui ont leur maison pas loin de chez nous, et que nous voyons été comme hiver, et quel que soit le temps,faire à pied plusieurs fois par semaine la route départementale jusqu'à Fleurance pour y faire leurs courses , petit sac à provisions à la main,ce qui aller-retour représente à chaque fois au moins 10 kms ! Un jour de pluie, mon épouse, les voyant sur le bas-côté, se proposa de les prendre en voiture, mais elle essuya un refus poli au prétexte qu'ils allaient mouiller les sièges ! Mais en fait nous avons compris que cet exercice était un élément central et structurant de leur vie (nous les imaginons marcher ainsi depuis des années et des années).J'ai pu observer qu'ils ne "sortaient" leur véhicule que  le jour du marché , et encore seulement lorqu'ils faisaient le plein de fruits et légumes.Les croisant en ville de temps en temps, je n'ai pas résisté, lors d'une circonstance favorable, à les aborder et à  leur dire toute l'admiration que nous leur portions pour leurs performances pédestres.Et depuis, nous nous reconnaissons et nous nous saluons.Un petit bonheur de rencontre toute simple que je suis fier d'avoir provoqué.

Fait le 16 juillet

 

"La Beauté", Charles Baudelaire

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, j’apprends régulièrement des poèmes afin d’entretenir ma mémoire et pour le plaisir de me réciter de beaux textes.

Le dernier du genre : « La Beauté », de Charles Baudelaire ( 1821-1867), extrait des « Fleurs du Mal » (oeuvre majeure du poète), et  qui se veut  une allégorie sur l’art poétique à partir de la beauté féminine.

Le voici :

« Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,

Et mon sein, où chacun s’est meurtri  tour à tour,

Est fait pour inspirer au poète un amour

Eternel et muet, ainsi que la matière.

 

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;

J’unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;

Je hais le mouvement qui déplace les  lignes,

Et jamais je ne pleure  et jamais je ne ris.

 

Les poètes,  devant mes grandes  attitudes,

Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,

Consumeront leurs jours en d’austères études ;

 

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,

De purs miroirs, qui font toutes choses plus belles :

Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles ! » 

 

La beauté mise en vers par Baudelaire est une beauté fière, méprisante, dominatrice, cruelle, impassible, solide  et immobile. Elle est personnifiée par le corps d’une femme qui parle d’elle et qui symbolise par les mots qu’elle s’applique la pureté, la noblesse, la hauteur de vue, toutes qualités inhérentes à l’art en général.

 Elle symbolise cet art poétique qui est au-dessus de tout, y compris des émotions, qui est exigeant, souverain, immatériel et même métaphysique.

 Le poète est invité à ne pas se ménager pour parvenir par l’effort, le sérieux, le travail acharné et minutieux, à la beauté du texte. Une beauté poétique qui sera alors éternelle et céleste.

Il s’agit donc  d’une beauté espérée comme un absolu, d’une beauté qui transfigure le réel, mais qui  en même temps accable le poète de tourment et de doute.  « L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu », écrivait l’auteur des « Fleurs du Mal ».

Il faut rappeler que Baudelaire a été nourri de romantisme et de classicisme, affirmant que la poésie doit être toute entière destinée à la Beauté. Il fut ainsi sensible à la sereine beauté de l’art antique, puis fut influencé par le mouvement dit « parnassien » de la seconde moitié du XIX °, qui à travers la formule de « l’art pour l’art » considérait que l’art n’a pas à être utile ou vertueux, son seul et unique but étant la beauté, fut-elle recherchée dans une quête solitaire et individuelle.

 Baudelaire disait à ce sujet : « Le beau est toujours bizarre.  Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement, bizarre car, dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient un peu de bizarrerie, de bizarrerie non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau ».

 Le mot de la fin à Arthur Rimbaud, mon poète préféré, qui saluait ainsi son aîné (il avait treize ans à sa mort ) : «Baudelaire est le premier voyant, roi des  poètes, un vrai Dieu ».

Fait le 7 juillet

 

"Bienvenue chez nous"

Depuis l’ouverture de mon blog en septembre 2012, je n’ai jamais fait allusion à notre activité de chambres d’hôtes, sachant que c’est la  quatrième demeure où nous en tenons.

Je considère en effet que mes carnets ne doivent pas concourir à sa promotion, le mélange des genres n’étant jamais sain. D’autant que depuis notre installation dans le Gers  nous n’avons plus qu’une chambre affiliée Gîtes de France avec un classement 4 épis , qui est en fait un véritable petit appartement de 60 m2, alors qu’auparavant nous avions 4/5 chambres avec table d’hôtes.

Si j’en parle, c’est en regard de l’émission de TF1, « Bienvenue chez nous », diffusée chaque semaine, qui oppose quatre propriétaires de chambres d’hôtes issus de tous les coins de France, qui vont se recevoir à tour de rôle  les uns chez les autres et vont se noter respectivement.

En fait, on assiste à un véritable jeu de massacre  tant les critiques pleuvent de toutes parts, parfois pertinentes, parfois injustifiées, certains compétiteurs se montrant féroces à l’égard de leurs collègues et concurrents pour se donner toutes les chances de l’emporter. Aussi, la mauvaise foi, la méchanceté, la cruauté, la jalousie sont souvent les ressorts du jeu, avec à la clé des notations ridiculement basses et humiliantes.

Nous ne regardons donc pas cette émission, que nous déplorons et condamnons, car elle nuit à l’image collective des chambres d’hôtes. Nous ne sommes pas surpris que TF1 puisse proposer une telle pitrerie médiatique car la chaîne s’est fait une spécialité depuis longtemps dans le domaine de la téléréalité, de la bêtise et de la vulgarité. Nous regrettons cependant  que des propriétaires de chambres d’hôtes se portent candidats à cette foire d’empoigne, d’autant que le gain attendu  (3.000 € pour le gagnant) n’est pas considérable, et même dérisoire vu les « coups »  reçus. Certes, on peut gagner en notoriété et en clientèle, mais on peut en perdre également beaucoup  si on sort de la machine à laver totalement essoré.

Nous avons toutefois fait exception à notre règle en regardant pour la première fois « Bienvenue chez nous » la semaine du 1er au 5 juillet , en raison de la participation à l’émission de Florence Ghys et de son amie Laurence qui ont une demeure d’hôtes ravissante dans le Gers à une dizaine de kms de notre propriété.

Bien nous en a pris car c’est encore pire que nous l’imaginions !

Et cela commence bien, avec la sponsorisation publicitaire de l’émission par un papier-toilette, « Le Trèfle Maxi Feuille » ! On pouvait rêver mieux comme entrée en matières !!

Outre Florence Ghys, il y avait là un couple de Beaumont-de-Lomagne, Chantal et Serge, dont la maison se trouve  en centre-ville, un autre de Savoie, Marie-Paule et Daniel, qui vit dans un chalet en pleine montagne à 1.100 m. d’altitude, et enfin un dernier , Johanna (une hollandaise d’origine) et Jean-Pierre, des vignerons qui cultivent la vigne près de Carcassonne (les seuls d’ailleurs à exercer un métier parallèlement à la gestion de chambres d’hôtes, ce qui pose la question d’ailleurs de leur réelle disponibilité pour leurs invités ).

Le scénario est le suivant : à tour de rôle chaque propriétaire reçoit ses 3 concurrents, les installe dans leurs chambres respectives, les reçoit à dîner puis le lendemain au petit-déjeuner, avec entretemps une visite de la propriété et une activité extérieure.

Les accueillants font preuve le plus possible de convivialité, d’originalité et d’imagination dans leurs prestations, et la compétition se déroule là tout à fait normalement.

Il y a ceux qui mettent à disposition jacuzzi, massage bien-être, espace de loisirs, salle de billard, salle de sports, piscine (avec dans un cas des voisins qui ont la vue dessus)…D’autres pas.

Les activités proposées  ont rivalisé  de singularités : une marche nordique à la montagne, une expérience en apesanteur, la visite d’un atelier dédié à la renaissance du pastel bleu de Lectoure avec exercice pratique de teinture, et un tour de sulky (cheval trotteur attelé) – savez-vous pour la petite histoire que sulky veut dire en anglais « boudeur » car ce petit  véhicule n’est conçu que pour une personne seule  ?

Les invités de leur côté observent, testent, goûtent, et là non plus rien d’anormal.

Mais de là à procéder à une inspection quasi-policière en se mettant à quatre pattes pour regarder sous le lit, en jaugeant la qualité du matelas par rebonds répétés sur le lit, en  sentant les oreillers  taies enlevées, en  passant  le doigt sur le dessus des meubles pour voir si on y récolte de la poussière, en déplaçant une armoire pour examiner le mur à l’arrière !!!    

Et il y a en accompagnement toutes sortes de commentaires.

Certains sont de vrais compliments.

D’autres sont désobligeants ou ridicules : « C’est moche », « ça ne me plaît pas », « trop de bois tue le bois » (à propos du chalet), « la montagne, c’est pas mon truc », «à  la campagne, y a rien à faire », « c’est vieillot », « c’est kitsch », « c’est rococo »,« ça ressemble à la salle de bains de ma grand-mère », « la déco, c’est pas top », »la salle à manger, c’est un trou sombre »,« ça manque de simplicité », « c’est trop grand jeu, ça me met mal à l’aise »...Les repas font l’objet à eux seuls de bien des considérations peu flatteuses : « j’aime pas le fromage », « on aurait souhaité de la fondue ou de la raclette » (cause dîner à la montagne), « on dirait un repas de réveillon » ( pour dire que c’est trop)….

S’agissant des dîners, la présentation des plats par les propriétaires cuisiniers  a été dans l’ensemble bien faite. Dommage cependant qu’on n’ait jamais parlé des vins servis. Et dommage aussi que face à la mauvaise humeur de tel ou tel qui n’aimait pas ceci ou cela,  la maîtresse de maison n’ait pas eu le réflexe de suggérer un autre aliment. Dommage enfin que Florence n’ait pas pensé à un proposer un doigt d’Armagnac, pur produit de la Gascogne,  pour clore sa soirée

Il y avait quelques initiatives qui n’étaient  pas trop dans l’esprit chambres d’hôtes : le plateau petit-déjeuner posé devant la porte de la chambre ( cela fait un peu hôtel) ; la cloche savoyarde pour les  vaches  actionné pour appeler tout le monde au petit-déjeuner à 9 heures dernier délai (cela fait un peu caserne) ; les bagages qu’on est obligé de porter un certain temps compte tenu de l’éloignement des voitures de l’entrée de la maison ; l’absence quasi-générale de vrais garages pour les véhicules (et même stationnement dans la rue à Beaumont-de-Lomagne) ; le passage par des lieux privatifs pour se rendre dans le salon des hôtes ; d’autres initiatives sont, elles, sujettes à débat : doit-on prendre le petit-déjeuner ou le dîner avec ses hôtes ? Et si oui, est-ce compatible avec le suivi en cuisine de la prestation ? Doit-on installer la télévision dans les chambres ? Faut-il mettre un salon à disposition des hôtes ?

Arrivent ensuite les notations sur 10 pour quatre critères : hospitalité/convivialité ; chambre ; qualité des services ; maison et extérieurs. Puis un rapport qualité-prix fondé sur le prix que chaque invité estime être  le bon pour la prestation rendue (chaque couple met l’enveloppe avec  la somme qu’il a jugée juste dans une urne ouverte lors de la dernière séquence de l’émission), et enfin une moyenne générale qui classera définitivement les concurrents.

Dans l’absolu, il est d’ailleurs difficile, sinon impossible, de comparer des lieux aussi différents qu’un chalet savoyard, un hôtel particulier de centre-ville, un chais de plus de 200 ans, et un manoir gascon du XVII°. Il y a également des durées d’expérience qui ne sont pas les mêmes : à titre d’exemple, Florence  fait des chambres d’hôtes depuis dix ans pendant que Chantal et Serge sont des débutants  (de quoi excuser leur comportement intolérable ?).  En fait,  le panel des chambres d’hôtes en France permet de répondre à  tous les profils : type de maison, nombre de chambres, selon qu’on préfère rencontrer du monde ou être en équipage restreint , prix, région de prédilection, campagne,  ville ou village, montagne, bord de mer, en se disant qu’aucune n’est parfaite, mais que tous tendent à la perfection….

Dans ce challenge télévisé, trois couples sur quatre se sont bien comportés, notant avec rigueur mais  aussi avec honnêteté,  et à l’aide d’arguments fondés. Seul le couple Chantal et Serge de Beaumont-de-Lomagne a été inqualifiable, promenant tout au long de la semaine une aigreur  insupportable, démolissant leurs collègues sous n’importe quel prétexte (le viticulteur observera, avec un humour grinçant, qu’ils s’étaient sans doute trompés en notant sur 5 au lieu de noter sur 10….), parvenant même à faire pleurer Florence la gasconne d’adoption ( consciente des chances de Florence de l’emporter tant sa demeure avait un charme fou, Chantal dira : « Il y a forcément une faille, il faut la trouver ! ») . Ils avaient été les premiers à recevoir leurs collègues et n’avaient pas apprécié, semble-t-il, les remarques et observations dont ils furent l’objet. Ils n’ont eu de cesse alors que de prendre leur revanche, aveuglément et haineusement. Le paradoxe a voulu qu’ils furent bien notés car passés les premiers ils n’avaient pas encore révélé leur vraie personnalité. Passés  plus tard, sûr qu’ils auraient été « fusillés » pour leur vilénie.

Le suspens fut jusqu’au bout entretenu, mais fort heureusement Florence et Laurence l’emportèrent  à l’arraché, avec une moyenne générale de 7,72 contre 7,70 pour les affreux de Beaumont-de-Lomagne, 6,64 pour Johanna et Jean-Pierre et 6,22 pour Marie-Paule et Daniel. L’honneur est sauf, on ne pouvait quand même pas couronner l’«incouronnable » (excusez le néologisme) !

Et lorsque les quatre couples furent réunis autour de la même table pour un « débrief », Marie-Paule la savoyarde dira furieuse, ses mots dépassant sa pensée, qu’elle aurait pris plaisir à jeter le couple infernal dans une crevasse de sa montagne. Florence , elle, confiera qu’elle pensait qu’à l’occasion de cette émission elle se serait faite six amis de plus. Elle ne s’en fit au bout du compte que quatre… « …ce qui était déjà pas mal », conclut-elle.

Je suis heureux pour Florence Ghys qui méritait cette victoire. Je pense sincèrement, sans chauvinisme de région, qu’elle était la meilleure de la bande.  Je regrette seulement qu’elle n’ait devancé les seconds que d’un cheveu. Elle aurait dû l’emporter plus largement. Et bravo aussi à Johanna et Jean-Pierre, ainsi qu’à Marie-Paule et Daniel. Ils sont sympathiques, et si nos pas nous conduisent dans leurs régions respectives nous nous arrêterons bien volontiers chez eux.

Fait le 6 juillet

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decrock | Réponse 18.12.2015 14.40

Merci pour ce commentaire. Je vous connais pour vous avoir salué un jour dans votre cuisine,car je viens de temps en temps au Daroles.

Manchado guillaume | Réponse 17.12.2015 23.47

Bonsoir je suis manchado guillaume, je suis tombé par hasard sur votre site. superbe merci pour ces belles lignes. au plaisir de vous rencontré au daroles

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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