Points de vues du Gers Carnets

Sorties et rencontres récentes

Les temps présents, froids, gris, et parfois pluvieux, nous portent tout naturellement à rester enfermés dans le chaud et le confort de notre logis.

Pour autant, je n’ai pas chômé ces dernières semaines en termes de sorties et de rencontres.

La marche

Je m’évertue bien sûr, vaille que vaille, à continuer à marcher un jour sur deux, à raison de 6 à 10/11 kms à chaque fois, au gré d’une moyenne de 6 kms à l’heure. Depuis que je m’adonne à cette activité ô combien salvatrice, j’ai dû « avaler » au total quelques 3.000 kms. Ce mardi dernier, comme je vais le faire à nouveau cet après-midi, j’ai pris plaisir, malgré les 3° degrés affichés par le thermomètre, à prendre mon makila et à « flirter » avec la nature une heure et demie durant. Le soleil  étant de la partie, les paysages étaient magiques, le vert des jeunes pousses de blé le disputant à l’ocre-brun des terres labourées, avec au loin une brume nimbant l’horizon d’une beauté mystérieuse et diaphane.

Mes autres escapades récentes  ont été moins sportives mais tout aussi réjouissantes.

Le château de Viella

Nous avons profité des journées Portes ouvertes du château de Viella, un des  lieux en pointe dans la production du Madiran, pour nous y rendre avec quelques bons amis.

Madiran, dont l’histoire débute au XIème siècle avec l’arrivée des moines bénédictins, est un vignoble de 1.400 ha, classé en AOC depuis 1948, situé à 60 kms au nord des Pyrénées, et réparti sur 37 communes du Gers, des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées Atlantiques.

C’est un vin rouge couleur rubis,  élégant, puissant, issu de trois cépages : le  Tannat (qui est le cépage roi du piémont pyrénéen), le Cabernet Franc et le Cabernet Sauvignon.

Le Madiran produit aussi en vin blanc, sur 300 ha, le Pacherenc Vic-Bilh, grâce aux cépages Petit Manseng, Gros Manseng, Petit Courbu et Arrufiac (que j’aime ces noms plein de promesses poétiques et vineuses…).

Le château de Viella est à l’extrême sud-ouest du Gers, à quelques 2/3 kms  seulement des Pyrénées-Atlantiques. Il est la propriété depuis 1952 de la famille Bortolussi, représentée aujourd’hui par Alain, un vigneron passionné et infatigable promoteur des vins d’un domaine qui compte 25 ha de Madiran et de Pacherenc Vic-Bilh et qui produit de 40 à 55 hl par ha.. J’apprécie chez lui la simplicité et la proximité de sa relation avec les autres.

Tombé en ruines, le château du XVIIIème, qui domine le vignoble, a été entièrement reconstruit grâce à l’énergie et à l’opiniâtreté de son propriétaire. La belle bâtisse abrite désormais dans ses caves voûtées un superbe chais à barriques, tandis que les salles du 1er étage accueillent réceptions et fêtes diverses, et notamment l’été de plaisantes  soirées où se marient harmonieusement vins, gastronomie et musique.

Nous nous étions déjà rendus à Viella au cours de l’été 2010 dans le cadre d’une visite organisée par l’association des Vieilles Maisons Françaises, créée en 1958 pour concourir à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine bâti et paysager. Sur le site du château, nous avions été reçus comme des princes, Alain Bortolussi nous contant l’histoire du lieu et nous régalant  de ses bons vins et d’un buffet exceptionnel  où rivalisaient de succulence (je m’en souviens encore) le foie gras et autres morceaux de canard de la ferme Tomasella, située à Aignan, et les bons produits de charcuterie  de Pierre Matayron, éleveur de porc noir de Bigorre et de bœuf de race gasconne à Lasserrade.

Cette fois, la soirée se tenait en bas, sur les lieux mêmes de l’exploitation. Première étape : une dégustation au verre qui nous a permis, en toute modération, de passer en revue  des Madiran. Le domaine en propose trois à la vente : « Tradition » - 60% Tannat et  40% Cabernet Franc , Médaille d’Or au Concours des Vins du Sud-Ouest 2012 - ,« Expression » - 80% Tannat et 20% Cabernet Sauvignon, 12 mois de barrique - et « Prestige » - 100% Tannat, 12 mois de barriques neuves, Médaille d’Or au Concours des Vins d’Aquitaine 2012. Puis des Pacherenc Vic-Bilh : un sec, Château de Viella (60% Gros Manseng, 20% Petit Manseng, 20% Arrufiac), deux moelleux, Louise d’Aure (50% Petit Manseng , 50% Gros Manseng) et Château de Viella (100% Petit Manseng), élevé en barriques durant 7 mois. Enfin, un vin de liqueur étonnant, le Vinosolis (100% Tannat),  qui remplit vos narines d’odeurs de fruits incomparables, mûre, cassis, framboise, cerise griotte…Rassurez-vous : nous n’avons pas tout goûté, mais avons en compensation  fait le plein de nos coffres de voiture, nos achats compulsifs étant facilités par les prix doux affichés (une bouteille 75 cl s’échelonne, selon le vin, la gamme et l’année,  de 5,50 € à 12 €). 

Cap ensuite sur le chais d’en bas (dommage que la soirée ne se soit pas déroulée dans le cadre plus prestigieux du château) pour un dîner un peu décevant, le sanglier, les haricots tarbais et la croustade ne rattrapant pas l’inconfort et la froideur du lieu, guère fait pour de telles « agapes ». Seul le Madiran fut à la hauteur…et après tout,  c’est ce qui compte pour la réputation d’un vignoble.

Et il nous a fallu deux heures et 110 kms de route pour regagner la maison…

Autre lieu fréquenté ces dernières semaines, et à trois reprises, le Ciné 32 d’Auch.

Au cinéma, « Inside Llewyn Davis » de Joel et Ethan Coen

Une première fois pour voir le dernier film des frères Coen, « Inside Llewyn Davis », du nom d’un chanteur de folk-song plein de talent,  joué par Oscar Isaac, qui traîne sa déveine de bohême  looser (il rate tout ce qu’il entreprend) dans le Greenwich Village newyorkais des années 60. Il tente de survivre au milieu d’un univers hostile,  à coup  d’itinérances et de concerts improbables,  d’abris  provisoires chez tel ou tel qui veut bien de lui, subissant les avanies de son ancienne amie, de sa sœur aînée, qui le méprise pour son statut de crève-la-faim, ou encore d’un personnage démesuré (si caractéristique des antihéros des films de Coen),  un musicien de jazz obèse, boiteux, camé et acariâtre ,qui lui pourrit la vie le temps d’une traversée cauchemardesque de l’Amérique (remarquable interprétation de John Goodman).

Et comme si tout cela ne suffisait pas, Llewyn Davis court après un  chat fugueur qui lui a été confié par des amis hébergeurs. Il ne s’appelle pas « Ulysse » par hasard, puisqu’il est le double animal du chanteur, qui, comme dans le mythe grec, revient à Ithaque, le domicile de ses propriétaires, après bien des errances parsemées d’épreuves aussi redoutables les unes que les autres.

Les frères Coen s’évertuent néanmoins à donner de la grandeur, de la beauté,  à Llewyn Davis. C’est certes un perdant, mais fortement attachant,  les cinéastes voulant  illustrer à travers lui un musicien de folk authentique, un pionnier, qui refuse la compromission commerciale et  qui préfère l’ombre à la lumière. Les cinéastes se sont inspirés de la vie de Dave Van Ronk, un obscur musicien des années 50, qui fut, avec d’autres, l’incarnation d’une génération de puristes, farouches partisans du retour aux sources et à la tradition, militants pour les droits de l’homme, la paix et la justice sociale,  qui ne juraient que par Woodie Guthrie  ou Pete Seeger, leurs aînés.

En guise de conclusion, on entrevoit à la fin du film un jeune débutant, à la voix nasillarde, Bob Dylan, chantant la célèbre chanson « Farewell », manière pour les frères Coen de dire que les anciens du folk avaient vécu, et que le règne du show commençait .

Et tout au long du film, que de belles chansons de ce folk américain qui a « bercé », ou plutôt « fouetté »,  ma jeunesse, au même titre que le rock and roll et ses légendes, Bo Diddley, Bill Haley, Buddy Holly, Gene Vincent, Chuck Berry, Eddie Cochran, Little Richard…

Pour autant, ce n’est pas le film des frères Coen que je préfère. Il dresse le portrait d’un homme constamment dans l’échec et le ratage, un scénario sans complaisance et sans concession auquel on finit par ne plus croire car trop c’est trop. On attend en vain une réaction du looser qui ne viendra pas car il semble se complaire dans la poisse au point d’en devenir pitoyable. Il  manque aussi au film cette marque de fabrique des frères Coen : le génie du burlesque et du déjanté, qui  me fait aimer leur cinéma et des films inoubliables  comme  « Barton Fink » (1991, Palme d’Or au Festival de Cannes), « Fargo » (1996), « The Big Lebowski » (1998), « O’ Brother » (2000), « No Country for Old Men » (2008, Oscar du meilleur film de l’année), « A Serious Man » (2009), « True Grit » (2009) . De ce point de vue, « Inside Llewyn Davis » est très, trop,  classique de facture, sans surprise. On s’y ennuie presque.

Au cinéma encore, « Quai d’Orsay » de Bertrand Tavernier

Autre film vu au Ciné 32 : « Quai d’Orsay », de Bertrand Tavernier.  Là, nous sommes dans le « tourbillonesque » du début à la fin. Il adapte avec succès une bande dessinée  qui raconte  les activités du Ministre français des Affaires Etrangères Alexandre Taillard de Worms, copie poussée à la caricature de Dominique de Villepin. Ecrit par Abel Lanzac, pseudonyme du diplomate Antoine Baudry, qui a appartenu au cabinet du Ministre, le scénario de la BD avait donc un certain fond de vérité. Et Tavernier en a respecté l’esprit de dérision et de vaudeville. On rit beaucoup, les comédiens, les dialogues sont excellents. Thierry Lhermitte, le Ministre, en fait des tonnes. Il est tout à la fois dans la gesticulation, le bouillonnement, le lyrisme, l’envolée, et même dans l’embardée. On voit un homme survolté, un narcisse, un mégalomane au tempérament fougueux, qui « stabylose » à tour de bras et cite Héraclite à tout bout de champ. Au passage  de cet homme politique au sang chaud, une « tornade », les feuilles volent, les portes claquent. Le cabinet, que vient de rejoindre un jeune énarque pour « faire du langage » (en fait pour rédiger les discours du Ministre), est sans cesse en mouvement, telle une ruche stressée, travaillant jour et nuit pour agir en faveur de la paix dans le monde, gérant les crises les unes après les autres, crise malgache, crise ivoirienne et surtout crise irakienne. A sa tête, un Directeur impavide, présent sur tous les fronts à la fois, apte à tempérer les ardeurs de son Ministre, ou à lui faire éviter les pièges qu’il se tend à lui-même (admirablement joué par Niels Arestrup).

Le verbe, la parole sont au cœur des stratégies, au point que les discours  du Ministre sont sans cesse remis sur le métier, passant entre des dizaines de mains sans pour autant que de Worms/de Villepin s’en montre satisfait. On  admet d’autant plus volontiers cette recherche obsédante et acharnée  de la perfection dans l’écriture et l’art oratoire, qu’on se souvient de l’excellence du discours prononcé, avec l’emphase qu’on lui connaît, par le Ministre des Affaires Etrangères Dominique de Villepin devant l’ONU en 2003 pour s’opposer au nom de la France à la guerre en Irak :

« Dans ce temple des Nations-Unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix. Et c’est un vieux pays, la France, un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’Occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de de tenir debout face à l’histoire et devant les hommes ». L’intervention fut à juste titre applaudie par l’assemblée, partisans de la guerre en Irak compris.

A cet égard, la tirade dans le film d’un Thierry Lhermitte emporté mérite d’être citée : «C’est pas un discours que je veux, c’est un vol d’oiseau direct que je veux. Pas de phrases, pas de lyrisme, des mots, des principes, des faits… ».

Dominique de Villepin

J’ai de l’admiration pour Dominique de Villepin, non pas tant pour l’homme politique qui au demeurant n’a pas su conquérir les français (quel talent gâché !), mais pour l’homme tout simplement car il a de la flamboyance, de la fulgurance, du panache,  de l’intelligence, de la vision à revendre !

Au cours de ma carrière professionnelle, j’ai eu à l’accompagner d’un lieu à un autre alors qu’il était Premier Ministre (2005-2007). Et je dois dire avoir été surpris par l’intérêt qu’il a porté à l’activité dont j’avais la responsabilité, me posant des questions bien senties pendant  le peu de temps où j’ai été à ses côtés. Ayant eu à fréquenter dans cette même période de ma vie active, et dans de similaires conditions, bien d’autres personnalités politiques, je n’ai pas souvent trouvé auprès d’eux l’attention qu’avait  bien voulu me porter en la circonstance Dominique de Villepin.

Je l’ai revu le 22 novembre dernier dans l’émission « Bibliothèque Médicis » qu’anime Jean-Pierre Elkabbach sur La Chaîne Parlementaire (LCP). L’ancien Premier Ministre de Jacques Chirac venait évoquer la vente aux enchères cette semaine, chez Drouot, d’une partie de sa bibliothèque, plus de 500 pièces, en l’occurrence des livres en éditions originales, des manuscrits, des photos, des dédicaces, des affiches, un trésor accumulé par Dominique de Villepin depuis l’âge de 15/16 ans. L’intéressé considère que ces objets rares (qui ne sont pas pour lui au demeurant une collection, mais plutôt un vivier d’émotions)  ont agi à son égard comme des amulettes, des gris-gris, qui l’ont aidé à se construire, à se fortifier, et à comprendre que l’homme est fait de chair et de sang.

Les deux tomes de présentation de la collection mise en vente portent de beaux titres à la mesure de l’envergure historique et littéraire des personnages (Camille Desmoulins, Robespierre, Chateaubriand, de Gaulle, Mussolini, Trotsky, Fidel Castro, Camus, Sartre, Céline, et même Tintin…)  auxquels se rapportent les objets vendus : « Les Voleurs de feu », en référence à ceux qui ont « ensemencé » l’histoire de France, et « Les Porteurs de flamme » pour ceux qui dans l’incandescence de leur volonté et de leur passion ont « électrisé » la société et le monde. Feu et flamme, une expression qui s’applique bien aussi à Dominique de Villepin lui-même.

Alors, pourquoi s’en séparer ? « C’est une liberté » dit l’ancien Premier Ministre, qui d’ailleurs ne compte pas s’arrêter de collectionner. « Ce qui est intéressant, c’est la pièce de demain »…

Jean-Pierre Elkabbach lui fit remarquer que les objets  mis en vente faisaient en quelque sorte le portrait chinois de leur propriétaire. Un homme un peu seul, à l’image des de Gaulle, Trotsky, Tintin…? Ce à quoi Dominique de Villepin répondit : « On ne peut pas avancer dans la vie si on est pas capable de faire silence, si on n’est pas capable d’entrer en solitude. La politique est une religion à bien des égards…Il faut garder ce tutoiement, ce questionnement  avec soi-même, cet espace réservé où on peut se ressourcer, sinon on se disperse ».

On le sent prêt et désireux à  reprendre du service pour la France qui aujourd’hui est en perte de repères et qui décroche. Ce hussard de la République, ce cheval fougueux toujours au galop,  se dit disponible pour accompagner ceux qui portent l’exigence de l’audace et du rassemblement. Il pense entre autres à Nicolas Sarkozy (« on ne peut pas vivre durablement dans la rancune », « la querelle vous rabaisse »),  car « en politique la meilleure fortune c’est l’infortune ». Selon lui,  tout échec conduit à chercher à prendre une revanche, non pas pour soi-même, mais une revanche pour l’histoire, pour son pays. On tire alors les leçons du passé, de l’expérience,  et  c’est forcément constitutif d’une nouvelle énergie. « Demain s’impose », dit-il avec grandiloquence, affirmant avoir toujours eu le goût du combat, notamment du plus noble, le combat pour la France, qu’il veut inscrire dans une nouvelle aventure collective,  en trouvant de nouvelles pistes, de nouvelles raisons de s’engager.

J'ai dans ma bibliothèque plusieurs ouvrages de Dominique de Villepin ("Le Cri de la Gargouille", Editions Albin Michel, 2002 ; "Le Requin et la Mouette", Editions Plon, 2004 ; "Hôtel de l'Insomnie", Editions Plon, 2008). L'écriture est comme l'homme : virevoltante, vibrante, profonde, et le style éblouissant.

A l’Opéra, « Aïda » de Verdi

Dernier rendez-vous de novembre avec le Ciné 32 : dans une salle comble, la retransmission en direct depuis l’Opéra de La Bastille d’ « Aïda » de Giuseppe Verdi  (qui n’avait pas été joué à l’Opéra de Paris depuis plus de cinquante ans), dans une mise en scène d’Olivier Py,(qui vient de prendre la direction du Festival d’Avignon après avoir été à la tête du Théâtre de l’Odéon), avec à la baguette Philippe Jordan qui dirigeait  l’Orchestre  et le Choeur de l’Opéra national de Paris.

Cet opéra, le plus célèbre et le plus joué de Verdi, a été créé en 1871 à l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez et de l’ouverture du nouvel opéra au Caire. Situé au temps des pharaons, il raconte l’intrigue amoureuse funeste entre une esclave éthiopienne, Aïda, fille du roi d’Ethiopie, et le commandant des armées égyptiennes, Radamès, sur fond de conflit entre les deux pays. Curieusement donc, un opéra qui avait été écrit pour célébrer la concorde entre les peuples, s’avère en fait dédié totalement à la guerre et à la mort.

Si les décors monumentaux (un palais colossal en l’occurrence) et chargés d’or, à l’image de la richesse de l’ancienne  Egypte, sont à mettre au crédit du scénographe Pierre-André Weitz, la réalisation, elle, comporte des excès, ce qui est assez coutumier chez Olivier Py. On est un peu désemparé en effet par la présence sur la scène de soldats en treillis et d’un char d’assaut, même si on comprend bien le message du metteur en scène qui est d’illustrer la guerre comme un perpétuel recommencement dans l’histoire des nations. On est avec lui « dans le lourd », et le charnier de soldats nus sur lequel on amoncèle de nouveaux cadavres « frais » s’inscrit aussi dans cette intention de « frapper fort ».

Le magazine « Télérama », sous la plume de Gilles Macassar, écrivait à ce sujet : « Samedi 9 novembre, le public très remonté a profité du silence qui suit les célèbres « trompettes » pour déchaîner un chahut pharaonique ! ».

Il n’empêche, vu d’Auch, et pour 19 € par personne, nous avons trouvé les 2h50 du spectacle très plaisantes  (comme si nous étions nous-mêmes à La Bastille). Les voix masculines étaient de qualité, les voix féminines un peu moins.

Nous avions souscrit par ailleurs à la formule buffet (5 € par personne) proposé  à l’entracte par Ciné32.Une excellente initiative et un cocktail déjeunatoire de très bon niveau. Dommage, que comme à l’accoutumée dans ce genre de situation, les hommes ne se comportent plus comme tels (« Un homme, ça s’empêche », disait Albert Camus), se jetant sur les victuailles comme autant de « bêtes » affamées, avec la peur de manquer…J’ai même vu des groupes de 3/4 amis confisquer à leur seul profit des plats entiers de ce buffet…

J’applaudis en tout cas à ce partenariat établi entre le Ciné 32 et l’Opéra national de Paris qui va permettre pour la saison 2013/2014 de voir ici en direct de belles représentations : après « Aïda », « La Belle au Bois Dormant », ballet de Rudolf Noureev, d’après le conte de Charles Perrault (16 décembre), « La Fanciulla del West », opéra de Giacomo Puccini, (10 février), et « Tristan et Isolde » de Richard Wagner (29 avril, 5h30 de musique, avec deux entractes pour s’en remettre…).

Les Rencontres du Gers

Enfin, novembre aura vu le lancement des « Rencontres du Gers » que j’ai créées avec  quelques uns,  l’idée étant d’aller à la rencontre, une fois par trimestre en moyenne, d’un acteur culturel, artistique, associatif, économique, touristique, qui participe de la réputation et du rayonnement de notre territoire. Il s’agit à cette occasion de mieux faire sa connaissance, de l’écouter présenter son projet,   de découvrir son lieu de fonctionnement, et si possible l’envers de son décor. Mais nous pourrons aussi recevoir nos invités à la maison lorsque la nature de leur activité se prêtera  à une rencontre à domicile (un conteur, un musicien, un conférencier…). Nos Rencontres vont s’appuyer sur un réseau d’amis et de relations, appelé par le bouche à oreille à se développer.

Le CIRCa d’Auch

C’est ainsi que nous étions 25 à nous retrouver le 20  novembre dernier,  pour la première Rencontre du genre, sur le parvis du CIRC à Auch, face au Ciné 32 (photo ci-dessus, réalisée par l'un de nos participants, Alain Tourtois).

Nous fûmes accueillis par Laure Baqué, Secrétaire Général du Pôle Publics, rejointe un moment par Marc Fouilland, le Directeur de CIRCa.

Hier et aujourd’hui

CIRCa est l’organisme qui  depuis 2001 gère à la fois la saison culturelle pluridisciplinaire de la ville d’Auch (musique, théâtre, danse…)  le festival de cirque actuel, d’ampleur désormais internationale, qui a lieu chaque année en octobre, une itinérance en milieu rural sous chapiteau, le soutien à la création artistique ainsi qu’une option d’enseignement des arts du cirque au lycée Le Garros. Il a obtenu en 2011 le label Pôle national des Arts du Cirque, preuve de son excellence artistique.

Auch a une histoire déjà ancienne avec le cirque. C’est en 1975 que l’abbé de Lavenère-Lussan, alors enseignant au collège Sainte-Marie, initie un atelier cirque dans le grenier de l’établissement. Ainsi naît le « Pop Circus», école de cirque, qui a depuis 2000 ses propres locaux et qui se flatte d’être la mieux représentée parmi les étudiants sortant du Centre national des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne.

Les jeunes professionnels issus du Pop Circus gardent d’ailleurs un lien affectif fort avec leurs racines gersoises et installent parfois leur compagnie à Auch, comme « Vent d’Autan » ou « La Meute ». D’autres y habitent entre deux tournées, comme le « collectif AOC », inspirant des artistes de cirque issus d’autres régions et qui ont choisi de venir habiter le Gers, tels  « L’Attraction céleste ». Ainsi, le département devient progressivement un territoire de villégiature pour les circassiens qui apprécient de trouver ici une histoire et une réalité propices à l’exercice de leur art.

Des collaborations s’instaurent par ailleurs dès les années 80 avec le cirque d’Achille Zavata qui établit sa remise d’hiver à Auch, et qui chaque année fait découvrir en primeur son nouveau spectacle aux habitants de la ville. Parallèlement, la Jeune Chambre Economique  crée en 1987 un lieu de rencontre pour fédérer les écoles de cirque en France dans le cadre de l’association CIRCA qui à l’époque voulait dire « Concours International du Rayonnement du Cirque d’Avenir ». C’est la préfiguration du Festival du Cirque actuel qui est encore et toujours un rendez-vous pour les écoles de cirque de loisirs et professionnelles, mais qui programme désormais près de 80 représentations avec des compagnies professionnelles françaises et étrangères, réalisant 30.000 entrées payantes en une dizaine de jours .Les responsables de lieux de cirque, 300 environ,  provenant du monde entier, viennent à cette occasion « faire leur marché » en vue de leurs prochaines saisons.

Le CIRC

Manquait encore à CIRCa un lieu approprié, à la mesure du développement auquel il est parvenu et de ses ambitions pour l’avenir. L’ouverture du CIRC (Centre d’Innovation et de Recherche Circassien) en 2012 a répondu à cet objectif et c’est ce lieu que nous avons visité sous la houlette de notre guide.

Il se situe au bord du Gers, dans l’ancien quartier Espagne qui accueillit pendant près de deux siècles (de 1776 à 1979) une caserne de cavalerie forte au plus haut de son activité d’un millier d’hommes et de chevaux. Après le départ des derniers militaires, la ville d’Auch  acheta à l’Etat  4 des  14 ha du site, pour y installer moyennant un investissement de 6 millions €, un nouvel équipement culturel affecté à CIRCa.

On y trouve dans les anciennes écuries-docks  un lieu de répétition de 480 m2 adapté aux arts du cirque, six appartements de 80 m2 pouvant accueillir chacun 6 personnes pour les résidences d’artistes, un restaurant d’insertion (la Cant’Auch, où nous déjeunerons à l’issue de notre matinée autour d’un menu à 14 € tout compris qui fut unanimement apprécié), les bureaux , des ateliers et des espaces de stockage, et des terrains pour l’accueil des chapiteaux itinérants. Mais le « phare » du CIRC est son chapiteau permanent, le dôme de Gascogne, avec sa charpente de bois sans mâts intérieurs et sa double toile isolante unique en France. Il offre un  espace scénique de belles dimensions,  à configuration variable, frontale (680 places) ou circulaire (420 places),  selon les besoins des artistes et la nature des spectacles proposés.

Une Rencontre réussie

Les participants à cette Rencontre ont tous apprécié cette visite qui s’est poursuivie par une conférence didactique, certains même découvrant à cette occasion l’existence de CIRCa, et se promettant à l'avenir de le fréquenter. Nous sommes repartis après le déjeuner heureux de cette rencontre avec cet acteur essentiel de la vie culturelle car elle nous aura permis de mieux appréhender le pourquoi et le comment de son activité et de ses équipements. Et l’intérêt de ce rendez-vous était aussi de faire se rencontrer dans ce groupe des 25  des personnes qui jusqu’alors ne se connaissaient pas, car invités par tel  ou tel, et ainsi de leur permettre d’élargir respectivement leur champ relationnel. Il a d’ailleurs manqué un moment dans la rencontre pour que chacun puisse se présenter et être ainsi identifié par les autres, leçon que je retiens pour l’avenir..

Le « Sirque » de Nexon

Si j’ai choisi ce pôle pour notre premier rendez-vous, ce n’est pas par hasard. J’avais eu dans le passé un lien fort avec un autre lieu de cirque contemporain, le « Sirque », lui aussi Pôle national des Arts du Cirque, situé en Limousin, à Nexon, près de Limoges. Un lieu que j’ai beaucoup fréquenté et aimé , contaminé par la passion communicative de ses deux directeurs, Guiloui et Marc, souvent cités en exemple dans les milieux circassiens, devenus des amis, et avec lesquels  j’ai créé à l’époque un club d’entreprises mécènes, « Atout Cirque ».Il est intéressant de noter que, comme à Auch avec Achille Zavata, l’histoire du « Sirque » est liée à une rencontre merveilleuse  avec un autre acteur majeur du cirque, Annie Fratellini, venue à Nexon avec Pierre Etaix,  pour mettre en place à partir de 1987 des stages d’initiation en direction d’un public d’enfants et d’adolescents. L’aventure était lancée…

J’ai une véritable affection pour le cirque actuel, dit contemporain, même si certains spectacles ne sont pas toujours à la hauteur des exigences de cet art circassien. Je suis en tout cas curieux de ce mode d’expression transdisciplinaire, qui réinvente sans cesse son langage, qui dégage beaucoup de magie, de poésie, de féérie, de rêve, d’esthétisme, mêlant  dans son jeu le théâtre, la danse, la musique, les arts visuels, sans renier pour autant l’héritage du cirque traditionnel, lié aux techniques et aux performances (aérien, jonglerie, acrobatie…), à la prise de risque et à l’attachement à la culture originelle ( chapiteau, piste, nomadisme).

Fait le 28 novembre

 

 

 

 

 

 

 

 

J'enrage...

Au cours de mon existence, j’ai eu et ai encore maintes occasions de me réjouir, de m’enthousiasmer, de m’émerveiller, d’aimer.

Mais j’ai aussi de nombreuses opportunités, et l’actualité m’en offre la matière, d’enrager, de me mettre en colère, ou, plus modérément, d’être de mauvaise humeur.

J’enrage de constater l’écart qui va grandissant entre les plus pauvres et les plus riches.

Il y a aujourd’hui plusieurs millions de français pauvres (en l’occurrence un français sur dix), puisqu’ils vivent avec moins de 950 € par mois, qui est le seuil de pauvreté. La forte hausse du chômage, le développement de l’emploi précaire, la crise en général, et aussi le niveau scandaleusement bas des petites retraites,  sont à l’origine de cette situation qui pose de graves problèmes d’accès au logement, aux soins médicaux, à l’emploi, et conduit à des cas douloureux de surendettement. En face : les riches, avec l’insolence et l’indécence de leurs fortunes, d’autant plus visibles de par leurs comportements « bling-bling » et « people », que la pauvreté est discrète et se cache la plupart du temps, par honte et dignité tout à la fois.

Pour autant, même si la solidarité à l’égard des plus démunis est un devoir national, je ne pense pas que l’assistanat généralisé soit la panacée. On donne ainsi l’habitude aux plus faibles de renoncer à eux-mêmes, de se mettre en mode d’échec définitif, plutôt qu’à emprunter les voies du sursaut, de la responsabilité, de la volonté de s’en sortir. Oui, bien sûr, aux aides sociales et à la générosité mise en œuvre par les associations dont c’est l’objet et dont je salue le travail et le dévouement (Restos du cœur, Croix Rouge, Secours populaire…). Mais oui également à une politique beaucoup plus volontariste  tournée vers le rattrapage scolaire, la formation, l’emploi, avec en soutien les accompagnements humains, psychologiques nécessaires. Il y a à Fleurance une « Maison de la Solidarité » et une « Maison des Services Publics » (de l’ordre du social), qui sont trop des voies de garage. Il devrait y avoir plutôt une « Maison des entreprises, de l’emploi, de la formation » pour offrir aux déshérités des voies de « sortie », des solutions économiques dynamiques adaptées à leurs vécus et à leurs environnements  respectifs.

J'enrage dans le même ordre d'idées de voir que notre pays croule sous les charges, les impôts et les taxes.

C’est insupportable en période de crise d’étouffer ainsi les petites et moyennes entreprises. J’ai à l’esprit l’exemple récent d’un modeste restaurateur qui présentait sur une chaîne télé sa comptabilité où il apparaissait que sa ligne Impôts et Taxes était quasiment au même niveau que sa ligne Achats ! Il n’avait plus d’autre solution, semble-t-il que de fermer son établissement. Stop à ce « lynchage », à ce « suicide » économique !

J’enrage d’apprendre que la manufacture qui fabrique à Saint-Denis les fameux pianos Pleyel va mettre la clef sous le paillasson.

Un savoir-faire de ce niveau d’excellence qui disparaît, c’est proprement inadmissible. Les plus grands ont composé et joué sur du Pleyel : Chopin, Liszt, Debussy, Saint-Saëns…Pleyel, c’était la Ferrari du piano. Il a été fabriqué en deux siècles (Pleyel a été fondée en 1807) quelques 250.000 pianos, qui ont nécessité par unité  5.000 pièces,  500 à 1.500 heures de travail, et  l’intervention d’une vingtaine de métiers d’art différents. Pleyel ne fabriquait plus que deux pianos par mois contre 140 dans les années 2000.A qui la faute ? A la concurrence venue de Chine et de Corée du Sud. Concurrence insupportable car on sait qu’elle s’appuie sur une main d’oeuvre surexploitée,  bon marché, et dépourvue de protection sociale. Le paradoxe de cette mondialisation aboutit donc à ce que l’un de nos génies industriels français soit victime des conditions de travail peu reluisantes faites à des salariés du bout du monde pendant qu’ici  on étrangle les entreprises à coup de charges et d’impôts  !

J’enrage contre les typhons et les ouragans qui choisissent pour frapper  les pays et les populations les plus exposés, les plus pauvres (la pauvreté est décidément à tous points de vue un « porte-malheur »), et qui vivent dans des  logements si sommaires et si légers qu’ils ne résistent que quelques secondes aux vents violents et aux eaux envahissantes. Je pense bien sûr aux Philippines, où les morts se comptent par milliers et où les rescapés  s’emploient, malgré la détresse et la douleur,  à survivre au milieu d‘un champ de ruines. Je me pose à ce sujet des questions sur l’efficacité de l’aide internationale. Lorsqu’il s’agit d’intervenir militairement  sur un terrain d’opérations, l’ONU semble s’y engager de main de maître. Pourquoi n’en est-il pas de même sur le front des catastrophes naturelles ? Les ONG font ce qu’elles peuvent, mais le sentiment prévaut que la puissance internationale n’est pas encore à la hauteur des enjeux humains alimentaires et médicaux  liés à de telles situations, quand elle  l’est assurément dans des enjeux de pouvoir et de guerre. De quoi enrager…

J’enrage contre la politique et les politiciens qui sont de moins en moins, sinon plus du tout, habités par cette noblesse, cette dignité, cette grandeur, qui s’attachent à l’exercice désintéressé  de l’intérêt général, de ce qu’on appelle plus éloquemment  l’intérêt supérieur de la nation.

Ne nous attardons pas sur l’image que  renvoie le Président de la République et qui  compte beaucoup pour l’image de la France elle-même. Un Président qui n’incarne pas bien la fonction  ne suscite pas à l’évidence  le même respect et la même admiration qu’un Président qui endosserait parfaitement l’habit. Et je pense la même chose de son prédécesseur, son agitation, sa fébrilité, son langage de charretier, ayant desservi également l’image de notre pays. Mais ce n’est pas l’essentiel.

Ce qui m’enrage davantage, c’est la dérive des comportements des politiques : les compromissions  de la droite avec le Front National, la bataille de ses chefs hors de sujet quand la crise sévit, son absence d’alternative crédible à ce jour, les aveuglements et les impuissances  de la gauche face à la désespérance sociale des milieux populaires qu’elle est censée représenter et protéger, l’absence de lisibilité du cap suivi par l’Elysée et Matignon, le ridicule du rapprochement Borloo-Bayrou (0+0 = 0)…, toutes situations qui aggravent inévitablement la distance, le fossé,  entre toute la classe politique et le peuple français , provoquant malentendus, exaspération et rejet. Attention au retour de bâton !

Cerise sur le gâteau : les privilèges et  les rentes de situation que continuent de s’octroyer les politiques au moment où les français souffrent. Un parlementaire perçoit chaque mois plus de 22.000 €, sans compter éventuellement une ou plusieurs indemnités pour fonction (s) locale (s), qui peuvent se cumuler avec l’indemnité parlementaire à hauteur d’une fois et demie celle-ci. Ces 22.000 €  se répartissent ainsi : 7.100 € pour le traitement de base, 9.500 € pour la rémunération des collaborateurs, et 5.770 € en guise d’indemnité pour frais professionnels. Passons sur le fait qu’un certain nombre de députés et sénateurs embauchent auprès d’eux qui leur femme, qui leur fils ou leur fille, qui encore leu neveu ou leur nièce, histoire de conserver le « pactole » dans  la famille, peu important si la compétence n’est pas au rendez-vous…Quant à l’indemnité pour frais professionnels de près de 6.000 € mensuels, elle échappe à l’impôt sur le revenu et il n’y a aucun contrôle prévu par la loi pour son usage. Son emploi peut ainsi porter sur la prise en charge de dépenses personnelles, plutôt que professionnelles, ou constituer un complément de revenus, sachant que  chaque parlementaire fait l’objet par ailleurs d’un remboursement intégral de ses frais de transport. Un exemple de dévoiement de cette indemnité : le cas de l’ex-Ministre Cahuzac, l’homme au compte en Suisse. L’instruction judiciaire le concernant a révélé que l’intéressé avait imputé sur ses 5.7770 € des abonnements à Canal + et CanalSat, des achats d’habillement  très haut de gamme, et des courses dans un magasin de piscine et hammam….

S’agissant de la retraite, les parlementaires se soignent également très bien. Ainsi, au terme d’un mandat de 5 ans, les députés perçoivent déjà une retraite mensuelle de 1.200€, qui est le montant de la pension moyenne des français au bout de toute une vie de travail…Un parlementaire peut par ailleurs cotiser sur des primes de postes dits  « dignitaires »,  (par exemple une présidence de groupe, ou une responsabilité de questure, qui est l’administration de l’Assemblée nationale ou du Sénat), et alors s’assurer en fin de carrière, s’il a le bonheur d’être élu et réélu de nombreuses fois, une très confortable retraite. On cite volontiers l’exemple de Michel Charasse, homme de gauche, ancien Ministre, un proche de François Mitterrand, qui perçoit une retraite mensuelle de 13.000 € ( !), sans compter la coquette indemnité qu’il doit encaisser depuis 2010 en tant que membre du Conseil Constitutionnel, la plus haute juridiction française où il siège encore malgré ses 72 ans – pour la petite histoire, il fut nommé au sein de cette instance par Nicolas Sarkozy, peut-être en contrepartie du chaleureux accueil qu’il avait réservé au candidat de la droite entre les deux tours de  l’élection présidentielle de 2007 dans sa mairie de Puy Guillaume, en Auvergne.

J’enrage face au sectarisme idéologique des écologistes et de leur parti, EELV (Europe Ecologie Les Verts), un sectarisme qui a conduit à ce que des hommes de qualité comme Daniel Cohn-Bendit, Nicolas Hulot, et Noël Mamère plus récemment (EELV est « prisonnier de ses calculs et de ses clans »), claquent la porte de ce mouvement. L’influence de ces « khmers verts » est disproportionnée  au regard de ce qu’ils pèsent réellement auprès des français. Et la meilleure mesure est celle des résultats aux élections présidentielles : leur premier candidat, René Dumont, fit 1,32 % en 1974, et depuis les scores de leurs représentants ( Brice Lalonde, Antoine Waechter, Dominique Voynet, Noël Mamère,  Eva Joly) se sont échelonnés de 2  à un peu plus de 5 % (c’est arrivé une seule fois, en 2002)...C’est dire leur faible écho dans l’opinion, même si  localement  leurs prises de position, leurs réalisations ne sont pas sans intérêt. Mais quand même, avoir plusieurs Ministres au gouvernement et imposer des textes fortement connotés  avec une représentativité aussi légère est une véritable « escroquerie » politique. Que nos politiques publiques prennent en considération les nécessités liées à la défense de l’environnement et à la préservation de la nature me paraît légitime. Mais de là à obliger à la construction dans un projet d’autoroute d’un passage pour telle ou telle espèce d’insecte ou de petit animal dit protégé est un luxe dont notre économie à la recherche de la croissance devrait pouvoir se passer !

J’enrage de voir les librairies fermer les unes après les autres, ne conservant aujourd’hui que 24,5 % du marché pour 2.500 à 3000 points de vente. C’est consternant car elles sont un lieu d’échanges privilégié, un lien de proximité avec le livre, avec le papier, et les libraires sont d’indispensables et avisés  conseillers pour guider nos choix et nos découvertes en littérature. Ce n’est pas tant la concurrence du livre numérique qui est, pour l’instant, à l’origine du phénomène (0,6 % du marché), mais plutôt celle des librairies en ligne (11% du marché), telle le groupe Amazon qui vous «  livre plus vite que votre ombre » et sans vous faire payer les frais de port, de la grande distribution (22,5%) et des grandes surfaces « culturelles » (20%). Je crois surtout, que cette situation est le résultat d’une profonde désaffection du public pour le livre, notamment des jeunes générations totalement acquises au net, synonyme d’instantanéité et de zapping,  et qui n’ont plus la culture de la lecture, qui suppose de se rendre disponible et attentif dans la durée (c’est trop fastidieux, on perd trop de temps, ce temps qu’on veut consacrer à des choses plus futiles). Pour ma part, je lis en moyenne trois, quatre livres par mois, quand les 15-24 ans sont seulement 11,5 % à lire 12 livres ou plus par an. Et comment et pourquoi  persévérer dans ce métier, sinon par passion, quand de surcroît le bénéfice net d’un libraire ne s’élève qu’à 1,5 % de son chiffre d’affaires !

J’enrage d’assister à la déconfiture de l’orthographe, de la conjugaison et de la grammaire. L’école, les familles, la société en général, ont baissé les bras, nivellement par le bas oblige. Nos « hussards noirs » de la République, nos  instituteurs à la blouse grise, qui avaient l’amour du français, et, par vocation, l’envie chevillée au corps de le transmettre aux jeunes enfants que nous étions à coup de dictées, de récitations ou  d’autres exercices littéraires (avec certes de l’autorité  et des punitions si nécessaire), doivent se retourner dans leurs tombes en assistant impuissants au déclin de notre langue.

Voyez simplement les bandeaux d’information qui défilent sur certaines chaînes de télévision. C’est édifiant ! On s’en explique en prétextant que ce sont des stagiaires qui les écrivent. Et alors ? Est-ce davantage excusable ? Qui dit stagiaires, dit futurs journalistes…une profession qui devrait être exemplaire dans l’écriture. Deux exemples de ces bandeaux qui martyrisent notre langue : l’un, sur LCI,  titrait : « Yann Moax (au lieu de Yann Moix ), loréat (au lieu de lauréat) du prix renaudeau » (au lieu de Renaudot), 3 fautes en une ligne…et l’autre indiquait que depuis l’hémicycle de l’Assemblée nationale Jean-François Copé « pause » (au lieu de pose) une question au gouvernement…J’ai même lu sur le net un article qui déplorait  les fautes d’orthographe commises ici et là dans les médias, et qui en faisait lui-même une de taille dans la troisième ligne du texte !!

J’enrage contre une certaine télévision, affligeante de bêtise, de vulgarité, de médiocrité .La palme revient sans nul doute à TF 1 et à M6 qui déversent sur ses téléspectateurs des tombereaux d’émissions de téléréalité, toutes plus sottes les unes que les autres. Je n’en connais pour autant que ce que le zapping de Canal+ en révèle, c’est-à-dire la partie émergée de l’iceberg. On paie des bouffons très chers pour amuser les « bidochons » (pendant ce temps, ils ne pensent  pas à autre chose…), des Cyril Hanouna, des Thierry Ardisson, des Alexandra Sublet, des Laurent Ruquier, des Nabilla (une bimbo d’une extrême imbécilité qui s’écrasera en bout de piste un jour ou l’autre), des Nagui, des Stéphane Bern, des Jean-Marie Bigard, et autres Sophia Aram… Et ils sont peu nombreux à sauver l’honneur de la télévision : un Yves Calvi, pour « C dans l’air » sur France 5, un Jean-Pierre Elkabach pour  « Bibliothèque Médicis »  sur  La Chaîne Parlementaire (LCP) , un Frédéric Taddei, pour « Ce soir ou jamais » sur France 2, une Elizabeth Quin pour « 28 minutes » sur Arte, un François Busnel pour « La grande librairie » sur France 5 (il n’arrive pas toutefois à me faire oublier son prédécesseur, Frédéric Ferney, et son émission « Le bateau livre »), un Serge Moati pour ses anciennes émissions emblématiques « Ripostes «  puis « Cinémas » sur France 5, et pour PolitiqueS sur La Chaîne Parlementaire…Ils sont tous peu ou prou les dignes successeurs des grands artisans de la télé d’hier, les Pierre Dumayet, Pierre Desgraupes, Georges de Caunes ( il n’a malheureusement pas laissé le mode d’emploi  à son fils Antoine, aux commandes maintenant du « Grand Journal »…), Jacques Chancel, Bernard Pivot…Mais ils sont si peu nombreux qu’ils apparaissent être en réalité des alibis, des arbres qui cachent la forêt des amuseurs de foire.

J’enrage aussi contre la télévision pour sa manière de traiter et d'hiérarchiser l’information. Je pourrai multiplier les exemples de cette recherche à tout prix dans l’actualité du spectaculaire, du fait divers, de l’anodin, histoire de plaire à la ménagère de plus de cinquante ans qui raffole des ragots et des sujets de tous les jours, « au ras des pâquerettes », où elle se sent directement concernée. Que ne ferait-on pas au nom du dieu « audience » ! Aussi, les reportages sur la cueillette des champignons, les embouteillages, les vacances scolaires puis la rentrée, les plages bondées l’été, la neige et les sports d’hiver, la pluie (quel  exemple caricatural de reportage à Perpignan sur ce sujet aujourd’hui même  au 13 heures de TF1 : d’un creux abyssal !), la Toussaint,  la saison des truffes…,  font florès au détriment du but premier de l’information : enrichir la connaissance des auditeurs, et cultiver leur curiosité,  en évoquant les affaires du monde qui en valent la peine, à commencer par celles de la France et de l’Europe. Ce que fait admirablement bien Arte.

Dans cette course à l’audience, on crée ainsi de graves déséquilibres dans les temps impartis aux sujets traités, les plus quelconques, les plus mineurs,  se voyant réserver plus de durée au détriment d’autres pourtant plus majeurs, plus  pertinents de contenu. Un seul exemple pris ce dimanche 17 novembre dans le journal du 20 heures de TF1 animé par Claire Chazal  (la championne du « Euh, euh, euh » qui me fait croire qu’elle se sert de cette onomatopée comme instants de respiration) : les quelques rares secondes accordées à l’annonce de la mort de Doris Lessing, immense écrivain britannique, Prix Nobel de Littérature en 2007, tandis que le chanteur québécois Garou (????) bénéficia d’une interview-promotion de plusieurs minutes, copinage oblige ! Quelle insulte à la mémoire et à l’œuvre  de la romancière !

Une émission sur France 5, « Médias, le  Magazine », animé par Thomas Hugues, le gendre idéal, me paraissait faire un bon travail d’observation et de critique du fonctionnement des médias. Mais je commence à déchanter…Pour preuves deux traités d’information pas très honnêtes.

L’un a concerné, il y a quelques semaines, l’entretien plutôt complaisant accordé par le magazine « Les Inrockuptibles »  à Bertrand Cantat, qui a tué à coups de poing en 2003 la comédienne Marie Trintignant, fille de Jean-Louis (ce qui lui a valu une peine de prison de 8 ans, ramené à 4 pour bonne conduite, ce qui, convenons-en,  n’est pas cher payé sa dette à la société pou un meurtre aussi inqualifiable. Ce n’est pas non plus un signe fort donné à tous les auteurs de violences conjugales – 148 femmes sont mortes en 2012 sous les coups, et une femme sur dix subit en France de telles violences).Ajoutons que le chanteur ne serait pas étranger au suicide en 2010 de sa femme Krisztina Rady, qui a laissé derrière elles des déclarations évoquant la violence de son époux et sa peur de mourir sous ses coups. Le débat annoncé par Thomas Hugues sur l’opportunité d’une telle interview  promettait donc d’être tendu, avec des pour et des contre représentés sur le plateau. Il n’en fut malheureusement rien car les protagonistes furent à leur tour complaisants avec Bertrand Cantat. Et il ne fut nullement question de Jean-Louis Trintignant, personnage pourtant central de l’affaire, lui qui ne s’est jamais remis de la disparition de sa fille tant aimée, alors que quelques jours avant il s’était exprimé sur le sujet à Europe 1, disant qu’il croyait que l’assassin de sa fille se serait suicidé (sous-entendu : c’était la sortie honorable qu’il aurait dû choisir), ajoutant « Franchement, c’est quelqu’un pour qui je changerai de trottoir si je le voyais…Je l’ai rayé de ma vie… Je ne peux pas dire que c’est de la haine. C’est quelqu’un que je ne veux pas rencontrer …J’ai essayé de vivre sans Marie, mais c’est très difficile. Beaucoup de gens vivent des drames comme ça et ils essaient de vivre, comme moi j’essaie de vivre… ». Ne pas avoir versé ces propos au débat est une faute professionnelle inexcusable. Mais il s’agissait pour l’équipe de l’émission de limiter la casse autour de Bertrand Cantat….et l’ombre portée de Jean-Louis Trintignant aurait beaucoup nui à l’intention, inavouée mais réelle,  de tenter de  «réhabiliter »l’auteur d’un acte pourtant impardonnable…

Autre occasion pour « Médias, le Magazine » de verser dans la partialité et l’indulgence la plus condamnable : un débat proposé autour de la mise en ligne sur le site internet du magazine « L’Express » du nom du père biologique de la jeune députée du Front National, Marion Maréchal, fille de l’une des  soeurs de Marine Le Pen. Question : fallait-il révéler cette information au risque de violer la vie privée de l’intéressée ? On s’attendait donc à une confrontation intéressante de points   de vue, avec un face à face entre Christophe Barbier, patron du news, forcément pour, et Philippe Tesson, journaliste et chroniqueur dans de nombreux médias (« Le Point », « Le Figaro Magazine », Paris Première, France 2…) invité là, on le pensait,  pour apporter la contradiction à son confrère. Surprise : Tesson s’est d’entrée dit d’accord avec Barbier ! Foin donc de débat et d’objectivité ! Triste séquence, comme celle de Cantat,  qui ternit grandement l’honnêteté de la télévision et la crédibilité de « Médias, le Magazine ».

J’enrage encore contre la télévision, et les médias en général, pour leur tendance à fabriquer eux-mêmes l’opinion plutôt que d’en être le relais et l’interprète, ce qui devrait être sa mission première. L’exemple le plus caricatural en est le journaliste Jean-Michel Apathie, dont j’observe de près la parole et le comportement  sur le plateau du Grand Journal de Canal +. Son arrogance est à la mesure de cette suffisance qui l’habite et qui imprègne toutes ses interventions. L’opinion publique, il n’en a cure. Il EST l’opinion publique. Il a forcément toujours raison, dénie à ses interlocuteurs le droit d’être dans la vérité, il les interrompt pour leur asséner la sienne, avec une assurance et un culot hors du commun. Où est le journaliste qui par définition même est là pour se mettre à l’écoute des  invités, pour les respecter et les conduire à préciser leurs pensées en leur posant les questions nécessaires, et sans les interrompre à tout propos ? Apathie s’enferme ainsi, comme tant de ses confrères,  dans une confortable bulle médiatique, assénant une « pensée unique », qui fait que ces hommes de presse ne se fient plus qu’à leurs propres analyses, qu’ils ne voient plus rien d’autre que leur propre horizon, qu’ils ne respirent plus que leur propre oxygène, aveugles et sourds aux autres.

J’enrage vis-à-vis de l’équipe de France de football qui a failli être privée et nous priver de représentation à la Coupe du monde au Brésil l’an prochain. Elle a certes gagné  mardi soir contre l’Ukraine (3-0),  en mouillant véritablement le maillot, surtout parce que les joueurs étaient vexés et humiliés par la défaite 2-0 au match aller et par les commentaires peu flatteurs et même  franchement réprobateurs des médias et des supporters  à leur égard. Même si ce sursaut mérite d’être salué comme tel, je ne suis pas sûr que cette victoire efface pour autant le problème de fond de l’équipe de France. Il y a déjà longtemps pour ma part que je considére ces bleus comme n’étant pas dignes de porter le maillot de la  France. Depuis des années, j’ai  l’impression qu’ils ne font pas preuve de beaucoup d’engagement et de volonté, traînant leur nonchalance  sur le terrain, comme s’ils étaient indifférents au résultat. Ils n’ont pas faim de victoires, ils n’ont pas l’envie, la «gnaque »,  assis sur le tas d’or de leurs salaires mirifiques : des joueurs comme Ribéry (Bayern de Münich) ou Benzema (Réal de Madrid) gagnent autour de 11 millions € par an, soit plus de 900.000 € par mois ( !!!) , Abidal (Monaco) , Nasri (Manchester city), Evra (Manchester United) entre 6 et 8 millions € par an, soit  500 à 660.000 € par mois ( !!!), compte non tenu des primes de match et des contrats publicitaires. Ils ne sont pas non plus des patriotes et des ambassadeurs de notre pays. Voyez-les au moment de l’interprétation des  hymnes nationaux qui précède les matches : ils ne chantent pas La Marseillaise, ou alors ils se forcent, à la demande des autorités du football français, ils font semblant, et ça se voit trop (à Paris ce mardi soir, j’ai vu Ribéry et Benzéma ne même pas ouvrir la bouche !). Ce sont des « apatrides » qui se vendent aux clubs étrangers les plus offrants et n’ont que faire de l’équipe nationale. Jean-Luc Mélenchon a souhaité que les joueurs français qui ne paient pas leurs impôts en France soient écartés de la sélection nationale. Je souscris à cette proposition, et j’avais même considéré personnellement que devaient être écartés de l’équipe de France tous les joueurs qui évoluaient hors de nos frontières. Mais la mesure, si elle est plaisante au niveau du principe, nous priverait de bien des compétences…En tout cas, un « coup de balai » s’impose d’une manière ou d’une autre pour espérer retrouver dans la durée et la constance, et pas seulement une fois, une équipe nationale qui ait le sens de la gagne tout au long des quatre-vingt dix minutes , qui soit fière de porter le maillot français et qui s’en montre digne….

Fait le 20 novembre

De la photographie contemporaine à l'art contemporain en général

Le samedi  9 novembre dernier, je suis allé avec mon épouse au vernissage de l’exposition d’hiver, « Le Meilleur Profil », du Centre d'Art et de Photographie de Lectoure, commune située à une dizaine de kms de Fleurance.

Le Centre d'Art et de Photographie de Lectoure

Le Centre en question, comme son nom l’indique,  est axé sur la photographie mais est ouvert aussi  à toutes les formes artistiques.

Il est un lieu de réflexion, d’expérimentation et de production centré sur les implications de la photographie dans la création artistique et sur la place de l’image dans le monde actuel. Intégré aux réseaux des institutions consacrées aux arts visuels, y compris au plan international, le Centre soutient l’émergence de nouvelles formes artistiques en leur offrant à Lectoure une « vitrine » largement ouverte sur le public.

Il est fortement engagé aussi dans des actions de formation et d’éducation artistique, ainsi que de médiation culturelle.

Je suis d’un peu loin ses activités, n’étant pas un inconditionnel, loin s’en faut, des expressions artistiques contemporaines, y compris celles liées à la photographie.

Il n’empêche : disposer d’un tel pôle dans le Gers est une véritable aubaine culturelle. Il n’y a en France que sept centres d’art consacrés à la photographie, et il est l’un d’entre eux, soutenu par le Ministère de la Culture et les Collectivités locales.

En 2011, le Centre s’est installé pour une nouvelle étape de son histoire dans la maison de Saint-Louis, une ancienne aumônerie de belle facture architecturale. Le bâtiment a été rénové et offre ainsi des espaces mieux adaptés à la vocation du Centre.

Le Centre est géré par l’association Arrêts sur Images qui a été créée en 1987. Celle-ci a commencé par organiser une exposition l’été pour s’enrichir  peu à peu d’autres initiatives qui se déploient désormais sur toute l’année au travers d’un calendrier en trois temps forts.

"Cheminements"

Un premier  temps fort du Centre : en mai, avec  « Cheminements », qui associe des expositions à des activités artistiques, culturelles et festives dans les villages alentour. En 2013, l’évènement avait pris pour titre « Grand Ecart », en référence aux démarches artistiques des artistes invités. En l’occurrence Julien Vittecoq, danseur acrobate, qui forme avec  Jur Domingo  la compagnie Cridacompany,  tous deux mettant leurs corps au centre de leur langage artistique, sous les formes multiples de la danse, de l’acrobatie, de la musique et du chant et, bien sûr, de la photographie. Autre invité : Jean-Gabriel Lopez, qui , lui, crée des œuvres à partir d’incroyables associations entre techniques rudimentaires et contemporaines, appareillages sophistiqués et bricolages rudimentaires.

Enfin, une vidéo en boucle , « Unrealistic Mountaineers », réalisée par John Wood et Paul Harrison, a été présentée dans une maison du charmant village de Castera-Lectourois, invitation étant faite au public de rejoindre le lieu  depuis Lectoure en randonnée, avec en chemin des performances de Cridacompany, pour terminer par un pique-nique sur place après le vernissage d’usage. Une bien belle mise en relation de l’expression artistique avec la nature, le patrimoine et  la convivialité du Gers !  La pratique de ces deux artistes anglais vidéastes s’organise autour de plusieurs constantes : utilisation du plan fixe, esthétique minimale, mise en œuvre d’association d’objets usuels et d’astuces visuelles, présence d’eux-mêmes dans leur travail, création de micro-actions dérisoires dont le résultat se situe invariablement entre échec patent et réussite aléatoire…

"L'Eté Photographique"

Il y a ensuite chaque année, depuis 1990, à cheval sur juillet et août, le festival « L’Eté photographique ». Tirant parti du charme estival de Lectoure et de son prestigieux patrimoine historique, la manifestation propose une dizaine d’expositions réparties en différents lieux emblématiques de la cité. Autour de ces expositions, est  programmée toute une série de rendez-vous : projections d’œuvres vidéo, rencontres avec les artistes, conférences, tables rondes, interventions musicales, lectures, visites commentées, ateliers pour enfants… « Ici, il n’y a aucun enjeu mondain… », commente François Saint-Pierre, le Directeur artistique du Centre, un homme très apprécié pour la qualité de son expertise et la pertinence de ses projets, mais qui va malheureusement partir bientôt à la retraite.

En 2013, le festival a pris pour thème « l’expérimentation », au sens où les œuvres exposées (notamment celles de deux générations d’avant-garde de la photographie polonaise) affirment leur volonté d’exploration, en poussant aussi loin que possible  la singularité de la photographie et ses potentialités artistiques.

"La vie rurale, c'est pas de la science-fiction"

En hiver, le Centre s’associe à une manifestation dite "La vie rurale, c'est pas de la science-fiction" où plusieurs Pays du Gers, du Lot et du Tarn-et-Garonne proposent un regard croisé sur le monde rural de demain. La deuxième édition s’est déroulée  du 19 janvier au 17 mars 2013, avec, entre autres,  deux expositions photographiques programmées à Lectoure : l’une de Lucy Helton,  qui présentait des vues vraiment lunaires d’une campagne américaine couverte de cendres après un gigantesque incendie ; l’autre d’Anne-Lise Seusse,  qui a photographié une campagne investie par des activités de loisirs (ball-trap, moto-cross, 4x4…), activités qui ont ainsi constitué des espaces indéfinissables entre l’urbain et le naturel, soit des zones à priori sans qualité ni identité, mais qui en réalité interpellent pour leur relief et leur imaginaire bien particuliers.

"Le Meilleur Profil", et questionnements sur l'art contemporain

Le Centre d’Art et de Photographie propose aussi l’hiver une exposition en alternance avec La vie rurale. J’ai évoqué en ouverture de ce billet celle de 2013, « Le Meilleur Profil », qui vient d’être inaugurée et qui sera à l’affiche jusqu’au 23 mars 2014 (voir photo ci-dessus qui véhicule la communication de l’évènement. Elle représente l’une des œuvres exposées : « Le Dépeupleur », de Vincent Chhim).

Je me suis donc rendu au vernissage « sur la pointe des pieds », eu égard aux perplexités qui sont miennes face aux œuvres artistiques contemporaines.

Et devant les photos, peintures et sculpture (une au demeurant) présentées, j’éprouvais encore et toujours de l’incompréhension, parfois de l’indifférence ou de la mauvaise humeur, ne percevant absolument pas, ou si peu, le message de l’artiste et l’intérêt du sujet.

Le fil rouge de l’exposition part du constat que dès lors que  l’art n’a plus le monopole de la fabrication de l’image, qu’il a des rivaux (la photographie, le cinéma, la vidéo, la télévision), se pose la question de ce que les artistes font avec les images et du pourquoi de leur utilisation.

Les œuvres présentées appartiennent à la collection du Fonds Régional d'Art Contemporain (FRAC) de Poitou-Charentes, et le Directeur de cet organisme, Alexandre Bohn, avait fait le déplacement à Lectoure, ainsi que Rémy Hysbergue, l’un des artistes exposés.

Ils ont été invités l’un et l’autre à commenter quelques unes des œuvres accrochées (l’artiste pour sa propre œuvre), et je dois dire qu’aussitôt mes réserves, mes interrogations sur la pertinence de ces expressions, se sont quelque peu levées, en tout cas pour les créations expliquées.

Il faut dire qu’Alexandre Bohn est un pédagogue hors pair, doté d’une solide connaissance des sujets exposés et d’une riche élocution. J’ai vu alors dans les œuvres commentées des significations qui m’avaient échappé et que je me suis approprié avec gourmandise, car elles ont donné un sens  à ma lecture desdites oeuvres. C’est tout le débat que soulève l’art contemporain : doit-on laisser le visiteur seul face à l’œuvre, avec le risque du rejet s’il n’en comprend  rien, ou doit-on lui donner des clés d’accès, et si oui comment les lui fournir ?

Combien de fois me suis-je trouvé dans cet état d’esprit du rejet et même de l’exaspération, l’oeuvre étant tellement inintelligible et absurde  que j’avais  tendance à considérer son auteur comme un usurpateur, un "faux-monnayeur"... Je pense souvent dans ces situations qu’il y a vraiment de tout dans l’art contemporain, et souvent du très mauvais ou du très surfait, ce qui nuit, hélas !,  à l’ensemble de ce courant artistique.

Je comprends que l’art contemporain soit né de l’idée qu’il fallait imaginer de nouvelles formes d’expression artistique, autres que celles qui avaient prévalu jusque là. C’est bien à l’artiste de s’y employer, en innovant, en surprenant, en provoquant même, à condition, pour moi, que la provocation ne soit pas outrancière, injurieuse, insultante, car alors c’est le bébé qu’on jettera avec l’eau du bain…

Qualifier par exemple d’oeuvre d’art un alignement en cercle de pierres rondes, n’est-ce pas se moquer un peu du monde ? Je me rappelle aussi avoir vu dans un lieu prestigieux dédié à l’art contemporain un parallépipède en plexiglas fermé de tous côtés. On y voyait voler des nuées de mouches avec répartis ici et là de petits grilloirs allumés où inévitablement les insectes venaient se brûler les ailes… et le reste. Je me souviens également qu’un groupe d’enfants en visite scolaire, le nez collé à la vitre de « l’œuvre », s’amusaient, hilares, à compter le nombre de mouches ainsi sacrifiés. La cruauté inouïe de la scène, révélée de surcroît à de jeunes visiteurs, m’a conduit à condamner d’emblée la démarche de « l’artiste », même si j’ai pressenti qu’il voulait illustrer en cette circonstance le thème de la guerre, avec les atrocités qui l’accompagnent. Mais faute  de clés, on s’insurge véhémentement, au nom justement de l’art.

Pour moi, l’art doit être source de vibrantes émotions, et  peu importe alors le contenu et le sens que revêt telle ou telle expression artistique, si la musique entendue, la peinture ou la sculpture regardée, le livre lu, provoquent en moi  de la félicité, de la joie, de la paix intérieure, du plaisir, ou à l’inverse, de la mélancolie, de la tristesse, du chagrin...

Pour l’art contemporain, il est donc fort heureux qu’il y ait de temps en temps des passeurs comme Alexandre Bohn pour nous prendre par la main et nous aider à déchiffrer et à apprivoiser. Et dans cet esprit on ne peut que se féliciter qu’une visite commentée de l’exposition de Lectoure soit proposée chaque semaine. Je suis convaincu que c’est  en multipliant ces « intermédiations »  que l’art contemporain conquerra et séduira  de nouveaux publics

Les Fonds Régionaux d'Art Contemporain (FRAC)

Les 23 FRAC, un par région en moyenne, ont aussi ce rôle.

Les Fonds Régionaux d’Art contemporain sont nés en 1982/1983 de la volonté de Jack Lang, Ministre de la Culture, de mettre ce mode d’expression artistique à la portée de tous. Les FRAC sont devenus ainsi des éléments moteurs de la  décentralisation culturelle du territoire,  au travers de trois missions fondatrices : collectionner les artistes vivants (les FRAC rassemblent aujourd’hui 25.000 œuvres de 5.000 créateurs) ; favoriser l’accès aux démarches majeures de l’art contemporain ; et permettre la rencontre entre des œuvres et des populations, parfois éloignées des grandes métropoles. Chaque année, les 23 FRAC parviennent à toucher plus d’un million de personnes.

"Pléiades" aux Abattoirs de Toulouse

A l’occasion de leurs trente ans, les Frac  proposent depuis le 28 septembre, et jusqu’au 5 janvier, une exposition collective, la première depuis leur création – d’où le nom de "Pléiades" donné à cette exposition, les œuvres qui s’y trouvent étant comme autant d’étoiles du firmament des FRAC.

Elle se tient sur les quatre niveaux des Abattoirs de Toulouse, à la fois musée et Fonds régional d’art contemporain en Midi-Pyrénées, qui a été ouvert en 2000, en  lieu et place, comme son nom l’indique, des abattoirs municipaux, fermés depuis 1988.

Au départ des « Pléiades », il y a un travail conduit dans chaque FRAC qui a consisté à donner carte blanche à des créateurs pour qu’à partir de leurs collections ils imaginent des expositions ou inventent des dispositifs pour les présenter. Et c’est l’ensemble de ces projets en région qui a été regroupé pour l’occasion à Toulouse, en vue de constituer en quelque sorte une « exposition d’expositions », ou une « collection de collections ».

Amplifiée par la subjectivité des créateurs invités et réunis en un même lieu, la singularité de chaque FRAC dessine au sein des « Pléiades » des voies distinctes dans l’art de ces trente dernières années, autant de parcours ouverts et promus par les politiques d’acquisition et de soutien à la création propres à chaque région.

C’est un rendez-vous qui témoigne également de la volonté des FRAC de montrer combien l’artiste est au cœur de leurs activités, de la collection à la production d’œuvres, en passant par l’exposition, la médiation et la diffusion.

Nous avons prévu de nous rendre aux Abattoirs de Toulouse  courant décembre, nonobstant mes timidités et mes questionnements  vis-à-vis de l’art contemporain. Preuve que je ne renonce pas à comprendre…

Ici, dans le Gers, un certain nombre d’acteurs participent de la promotion des artistes contemporains.

L'Artothèque de Gondrin

A commencer par l’Artothèque  de Gondrin (à 40 kms de Fleurance et 15 de Condom).Elle a en effet pour objet de diffuser l’art contemporain avec la volonté de s’adresser à tous les publics et de favoriser la culture en milieu rural, mettant à disposition un fonds d’œuvres originales par le biais d’une galerie et d’une politique d’expositions régulières. Des créations  peuvent être empruntées, moyennant location (le tarif étant fonction de la valeur de l’œuvre), par des particuliers, mais aussi des entreprises, des collectivités locales, et des établissements scolaires. L’Artothèque propose également des ateliers de pratique artistique, en partenariat avec la Galerie bleue de Riscle.

Galeries d'art dans le Gers et autres acteurs locaux liés à l'art contemporain

Les galeries gersoises  font aussi un excellent travail de valorisation du travail des créateurs locaux ou d’ailleurs. J’ai cité à l’instant la Galerie bleue de Riscle, qui a la particularité d’être installée dans un collège. Il y a également  les galeries Eqart (j'ai entendu dire qu'elle fermait) et L'Ane bleu à Marciac, la galerie de Philippe Wiles à Bellegarde (au sud d’Auch, près de Masseube), la « Galerie  de toutes les couleurs » à Saint-Clar, adossée à l’Office de tourisme, la galerie Va Bene à La Romieu, la galerie Nou’Arts à Auch, la galerie Sardac à Lectoure…

Un certain nombre d’artistes ouvrent aussi à la visite leurs ateliers, à l’occasion de vernissages ponctuels, ou bien de manière plus permanente.

D’autres initiatives sont également à souligner, comme Les Chemins d'Art en Armagnac , qui chaque année, en mai-juin, organisent  un parcours offrant des rencontres entre des artistes plasticiens et des sites témoins de la richesse du patrimoine en Armagnac, ou celles menées par l’association Art’Boss, créée en 1999 pour étoffer et soutenir les actions de l’espace culturel du lycée Bossuet de Condom, qui compte une section Lettres/Arts Plastiques. Certaines expositions à l’abbaye de Flaran font une place de choix aux créateurs contemporains,  même si l’attrait principal du lieu en matière artistique, outre l’abbaye elle-même, tient à la présentation en  roulement,  dans le dortoir des moines, d’ œuvres de grande qualité des XVI, XVII, XVIII et XIX èmes siècles,  appartenant à la collection d’un richissime homme d’affaires britannique, Michael Simonow (on voit là, entre autres, et selon les rotations, des œuvres de Chagall,, Braque, Cézanne, Courbet, Bonnard, Degas, Monet, Pissarro, Renoir, Soutine, ….excusez du peu).

Voilà en tout cas bien des références de lieux artistiques dédiés dans le Gers en tout ou partie aux créateurs contemporains. De quoi exciter et assouvir la curiosité des uns et des autres, même chez les plus timorés, et j’en suis. Mais en même temps, j’ai à l’esprit l’excellente formule de l’écrivain et dramaturge Eugène Ionesco : « Si on ne comprend pas l’utilité de l’inutile et l’inutilité de l’utile, on ne comprend pas l’art »…

Fait le 15 novembre

Les Frères Léotard, Philippe et François

France 2 diffusait le mercredi 30 octobre dernier dans la série « Un Jour, Un destin », proposée par Laurent Delahousse, un numéro consacré aux frères Léotard.

Je n’ai jamais porté un intérêt particulier au François Léotard homme politique, notamment parce qu’il affichait une ambition trop « carnassière », du genre à  « rayer les parquets »  avec ses dents de jeune loup  du pouvoir.

Les grands brûlés

En revanche, Philippe, le frère,(photo ci-dessus) m’a toujours fasciné car il appartenait à cette race des grands brûlés en quête du feu de l’absolu et de l’éternité, qui se brûlent et se consument, tels des insectes, à la flamme de la bougie.De manière péjorative, on dit de ces gens,ce sont des "allumés", une expression que j' interprète pour ma part de façon plus noble : qui irradient la lumière, qui l'ont en eux, qui sont lumineux....

Claude Nougaro disait d’eux, en s’adressant à Philippe Léotard : « Eux seuls répandent cette poignante odeur des fraîcheurs primordiales. J’aime les grands acteurs, avec un seul rôle, celui de leur vie à tenir, à claquer, à brandir. J’aime les saints, leurs couronnes d’épines brillantes des rosées de l’âme. J’aime certains hommes, ceux qui savent que la seule liberté que nous possédons, c’est de choisir ses barreaux. J’aime les poètes, qui claudiquent sur les marelles du mystère d’être, et qui chantent des mots de moelle et de sang à trouer tous les baillons du monde. Je t’aime Philippe Léotard ».

La mort de l’artiste Philippe m’a réconcilié avec  François le politique car il a révélé alors, au travers de ses déclarations, de ses écrits, de ses actes, son inconsolable chagrin, sa sensibilité à fleur de peau et son immense affection  pour le frère disparu.

L’émission de France 2 rend bien compte de cette profonde dimension humaine  du frère survivant, qu’il a tant, trop, caché et enfoui pendant si longtemps, carrière politique oblige.

Une part de l'autre en soi

Ils n’étaient pas jumeaux certes (Philippe avait deux ans de plus), mais leur gémellité était évidente. Chacun avait une part de l’autre en soi et ils se sont aimés sans rupture, même s’il y eut des éloignements pour cause de tempéraments différents et de carrières à l’opposé l’une de l’autre, même s'ils étaient tous deux en représentation permanente, l'un sur la scène politique, l'autre sur la scène artistique. Quelqu’un dit dans le reportage qu’ils s’aimaient tellement qu’ils n’ont pas su le dire…par pudeur peut-être.

Ils avaient beaucoup en commun : le refus de se contenter de ce qui leur avait été donné, la recherche continue d’eux-mêmes, de leurs vérités, avec des parcours exigeants, reposant sur des questionnements perpétuels, s’interrogeant sans cesse,  sur le sens de leurs vies, de leurs actions, de leurs métiers, quitte à  tout remettre en cause  et à se mettre en danger .

Les deux destins de Philippe et de François ont été donc intimement liés, avec des trajectoires assez parallèles (d’un côté un comédien écorché vif,un cheval fou, de l’autre un homme politique déterminé), mais beaucoup moins heurtés qu’on ne se l’imagine, comme si l’un avait vu dans l’autre, et réciproquement, celui qu’il aurait pu être,  celui qu’il aurait dû ou aimé être (« à plusieurs reprises nos vies se sont inversées », dira François Léotard).

La famille, le père, la mère

Philippe et François appartenaient à une fratrie familiale de 7 enfants,  dominée  par un père haut fonctionnaire, lettré,  très distingué, avec un masque autoritaire imposant, presque romain, renvoyant une image de commandeur (« on n’avait pas envie de lui taper sur l’épaule », confiera Brigitte,une de ses filles, qui ajoutera : "je ne sais toujours pas qui c'était").Et attention aux séances d’examen des notes rapportées de l’école : si elles n’étaient pas suffisantes (le père exigeait des 18, des 19, des 20), on pouvait voir voler la tabatière paternelle en peau de singe ! La mère, Antoinette, était corse, fort et dur de caractère. Et les parents s’aimaient tant qu’il n’y avait plus de tendresse disponible pour les filles et les fils de cette famille pétrie des valeurs bourgeoises et religieuses du XIXème, et élevée dans le culte de l’écrivain royaliste Charles Maurras.

La complicité des frères

Très tôt, Philippe et François se trouvèrent maintes complicités, vivant des moments à part, hors du collectif familail, d’autant que l’aîné, bien que beau, sain et costaud,  eut à souffrir enfant  de graves rhumatismes articulaires aigus, la maladie de Bouillaud, qui pouvait être fatale à son cœur.  Philippe put ainsi compter à tout instant sur l’aide de son frère (celui-ci raconte que son aîné, qui pour des raisons pratiques se tenait immobilisé au rez-de-chaussée, se servait de sa béquille pour frapper au plafond afin de réveiller François, dont la chambre était à l'étage, en vue de le solliciter. C’est durant cette période que Philippe Léotard consomma la bibliothèque de son père, acquérant là une connaissance et une passion hors du commun de la littérature , qui guideront forcément ses futures orientations, prenant conscience en même temps de l’extrême fragilité de l’être humain.

Guéri, il manifestera aussitôt une énorme avidité à vivre, une exubérance, un esprit de conquête, à la mesure du danger qui avait plané sur sa jeune  existence. Dotée d’une  personnalité lumineuse, écrasante, brillante, il prendra l’ascendant sur son frère François, lui plus dans l’introspection et la réflexion, comme quelqu’un qui gronde à l’intérieur, avec seulement de temps en temps une éruption vers l’extérieur.

François va alors chercher à s’affirmer, à s’émanciper, manifestant chez les scouts un esprit rebelle, du genre à ne jamais vouloir rentrer dans le rang. Et la veille de ses treize ans, le voilà qui fugue depuis Vincennes (où vit la famille), direction le sud, le soleil, la mer, avec pour seul message laissé à ses parents : « Ne vous inquiétez pas, j’ai des chaussures » (il en avait pris plusieurs paires dans son cartable !).  Il n’y aura que Philippe pour s’amuser de l’évènement ! Et il aura raison car son cadet sera vite retrouvé.

Le drame de Malpasset

En 1959, André Léotard, le père, est élu Maire de Fréjus, lieu des racines familiales et de la maison de vacances. C’est l’année même où se produit la terrible rupture du barrage de Malpasset qui va provoquer à Fréjus et dans les environs la mort de plus de 400 personnes, emportées par  50 millions de m3 d’eau. Un drame qui va être suivi d’une camapgne de haine et de délation mettant en cause le Maire de Fréjus dans  la gestion des crédits reçus pour la catastrophe. André Léotard sera blanchi par la justice mais ne se remettra jamais de la blessure portée à son honneur et à son orgueil. De leur côté, Philippe, 19 ans, et François 17, perdront là ce qui leur restait d’enfance et d’innocence.

Chacun son itinéraire

Leurs itinéraires respectifs s’écarteront alors quelque peu. Philippe démarre des études de Lettres à la Sorbonne, et l’émission le montre alors à 20 ans, images et interview à l’appui (archives de l’INA), dans une activité d’assistant-dentiste à mi-temps, histoire de contribuer au financement de ses études. ! Blouse blanche immaculée, cheveux et mise soignés, on est loin du Philippe Léotard qu’il deviendra plus tard, au point que sa soeur, Brigitte, dira considérer ces moments comme un gag, comme « une image pour faire semblant », où son frère « a voulu faire plaisir à papa et maman ».

Il faut dire qu’entre 1963 et 1968, c’était François le trublion, le « fou cinglé ». Son frère disait de lui qu’il passait son temps à jouer de la guitare dans les bars, alors que lui préparait des concours difficiles, voulant être enseignant, père de famille rangé, genre votant bien aux élections et payant ses impôts.

Philippe au théâtre, François la vie monastique, les barricades

La vocation théâtrale de Philippe va cependant très vite se réaliser,  car il rencontre à  la Sorbonne, dans le cadre de l’ATEP (Association Théâtrale des Etudiants de Paris), Ariane Mouchkine, célèbre metteur en scène de théâtre et fondatrice du fameux Théâtre du Soleil. Il découvre alors  le théâtre, la scène, même si  en cette période son souhait le plus cher est de devenir écrivain.

De son côté,  François, après un bref engagement politique au PSU (à gauche toute !), né de sa révolte contre la guerre d’Algérie, rate Sciences  Po et décide de quitter la Fac’ de Droit pour entrer en 1963 à l’abbaye Sainte-Marie la Pierre- qui- Vire, régie par la rigoureuse règle bénédictine (on y fait les « 3 huit » : prier, travailler, dormir).Un de ses meilleurs amis s’étonnera qu’il ait pu rejoindre  les ordres, lui qui jusqu’à présent fuyait justement les autorités et les commandements  de ses professeurs et de son père ! Lui rendant visite lors de son noviciat, son père essuya quelques larmes (« la seule fois où je l’ai vu pleurer ») qui voulaient dire qu'il perdait définitivement son fils, qu'il regrettait que clui-ci ne  s’inscrive pas dans la continuité et la tradition de la famille Léotard. Il n’empêche : François dira qu’il fut profondément heureux à La Pierre-qui-Vire…

Philippe, qui continue de se passionner pour le théâtre,  se met en ménage avec Liliane, une actrice de la troupe Mouchkine, avec qui il aura deux enfants. Il enseigne les Lettres dans un collège du 5ème Arrondissement, mais à la manière du professeur iconoclaste qu’il était, disant à ses élèves qu’il fera le programme prévu mais qu’il abordera aussi les auteurs qu’il aime, les invitant de surcroît une fois par mois à déjeuner (un élève de l’époque témoigne à l’écran pour dire quel bienfait il en a retiré).Mais le théâtre va accélérer son emprise sur lui, le conduisant à renoncer à l’enseignement et à quitter Liliane par la même occasion. En 1967 (il a 27 ans), il adapte pour le Théâtre du Soleil la pièce « La Cuisine » de l’auteur britannique  Arnold Wesker. Au pied levé, il remplace l’acteur principal et fait montre d’un talent, d’une énergie, d’une pulsion de plaisir, d’un charisme qui font l’admiration de tous. Claude Lelouch, qui vient le voir, lui confie qu’il n’exclut pas de faire appel à lui au cinéma le moment venu. Son père assistera à une représentation, mais, hélas !, ne reviendra pas une autre fois, et n'adressera plus guère la parole à Philippe….Un peu plus tard, en même temps qu’il mène une vie insaisissable et festive, il joue une pièce de Pirandello, « Liola », et tombe amoureux de l’une des neuf comédiennes (pour deux hommes seuelemnt dan sla pièce), Nathalie Baye, une belle et intense aventure qui durera dix ans.

Quant à François, il quitte La Pierre-qui-Vire dix mois après y être entré (il dira « J’ai eu du mal à quitter ça » et je suis parti « à cause du désir des femmes »…).Il redémarre des études de droit et prend femme à ses côtés (France, de dix ans son aînée, mère déjà de 3 enfants). Il va retomber très vite dans la rébellion à l’occasion des évènements de mai 68 (il a 26 ans), quittant sans crier gare, en pleine nuit, le dortoir d’élèves de l' Ecole Hôtelière de Paris qu’il surveillait, pour se joindre aux manifestants.Son activisme lui vaudra bien des coups de "bidule", un long manche en bois utilisé par les policiers, et un embarquement au "gnouf". Saturé de barricades, il sifflera lui-même la « fin de la récré » et réussira en 1971, au prix d’un travail acharné, le concours d’entrée à l’ENA, débutant alors une carrière de haut fonctionnaire (comme son père), nommé  Sous-Préfet,  à Périgueux.

François, Maire de Fréjus

Le tournant de la carrière de François sera lié à la mort de son père André, en 1975, après qu’il ait perdu les élections municipales de Fréjus en 1971, son adversaire exhumant le temps de la campagne les haines recuites de la catastrophe du barrage de Malpasset. « C’est ça qui l’a tué », dira son fils.

La famille refusera au Maire en place de se joindre au cortège funèbre, et l’épouse du défunt, en passant devant l’hôtel de ville de Fréjus, derrière le cercueil de son mari, dira à son fils François : « Tu vois ce qu’il faut faire ». Ainsi, pour venger l’honneur  de son père, et pour répondre à l’injonction de sa mère, François conquerra en 1977, dans une posture de centre-droit, la mairie de Fréjus (52 % des voix), aux dépens de celui qui avait insulté la mémoire d’André Léotard,  dans un contexte électoral pourtant  très défavorable à la droite cette année là.

Sa carrière politique était désormais lancée. Elle se poursuivra avec son élection au mandat de député du Var en 1978, et son accession en 1981 à la Présidence du Parti Républicain. L’avenir lui sourit, et en 1982 il sera désigné homme politique de l'année.

Philippe, Nathalie Baye, "La Balance", les dérives

Philippe n’est pas dans les mêmes dispositions même s’il a très vite à son actif de grands succès au cinéma, tournant avec les meilleurs, Truffaut, Tavernier, Lelouch, Sautet, Boisset, Pialat, Becker..... (il aura au terme de sa vie joué dans 70 films, 15 téléfilms et 6 pièces de théâtre). Nathalie Baye le quitte, lassée de ses excès et de ses ivresses, et la rupture sera pour lui une douleur inguérissable. Et c’est à ce moment, on est en 1982, qu’il tourne avec elle « La Balance » de Bob Swain, jouant la scène d’amour finale avec une vérité saisissante, comme s’il voulait la reconquérir face aux caméras….

L’un et l’autre recevront le César du Meilleur Comédien pour ce film. Nathalie Baye n’aura pas un mot particulier pour lui dans son discours de remerciements. Lui ne viendra pas chercher son prix, retenu au théâtre par les répétitions. Il rejoindra quand même l’équipe du film pour le dîner officiel, pour voir Nathalie Baye au bras de Johnny Hallyday…Il vécut la scène comme un affront, comme une insulte : lui, un saltimbanque cultivé, lettré,  être remplacé par un chanteur insignifiant intellectuellement et pour lequel il avait un mépris profond ! De quoi aggraver davantage la blessure née de la rupture.

C’est ce qui se passera, Philippe sombrant dans une dépression profonde, dormant dans sa voiture garée au pied de l’immeuble de l’actrice aimée. Il sera récupéré « au fond du trou » par Coluche qui l’hébergera un moment, le temps, hélas !, de s’adonner aux drogues dures (« Il transpirait la cocaïne »). Agnès Soral (actrice qui a tourné notamment en 1983 « Tchao Pantin » de Claude Berri, avec Coluche et Philippe)  dira qu’il parvient néanmoins à s’isoler de temps en temps  pour écrire (« une écriture éblouissante », mais qu’il n’aimait pas), accrochant ses textes sur des cordes à linge qu’elle s’empressait d’aller lire (Philippe publiera trois livres entre 1988 et 1997, "Portrait de l'artiste au nez rouge","Pas un jour sans une ligne" et "Clinique de la raison close"). Il errera ensuite d’hôtel en hôtel, ne vivant que la nuit, comme en suspens de sa propre existence. Pour Claude Lelouch, les artistes se suicident avec leurs émotions personnelles, ils les essayent, ils en deviennent des cobayes, ils testent jusqu’où aller…

« Aujourd’hui est un beau jour pour mourir », disait Philippe, convaincu que la recherche du bonheur absolu, total, c’était la mort. Et sur la gerbe que Claude Lelouch déposera lors des obsèques de son ami, était écrit : « Le bonheur, c’est mieux que la vie ».

Infortune du sort, Philippe Léotard tournera en 1985 « Ni avec toi, ni sans toi », un film d’Alain Malin, avec Evelyne Bouix .Il y joue un personnage qui sombre dans l’alcool à la suite d’un passage à vide dans son couple. C’est dire combien chez Philippe  la fiction rejoint là la réalité. Les souvenirs sont à vif. Il est difficile de le faire tourner car il s’éclipse toutes les nuits pour vivre ses tourments. Mais il aura la chance de rencontrer lors de ces virées nocturnes une femme lumineuse, Emmanuelle, qui « lui a pris un flingue dans la bouche », et qui va lui réinsuffler une envie de vivre.

François deux fois Ministre, avec en intermède des ennuis judiciaires

François, lui, poursuit son parcours politique sans faute. Il devient Ministre de la Culture dans le gouvernement Chirac de 1986. Histoire, inconsciemment,  de se rapprocher de son frère qui l’aidera d’ailleurs à pénétrer le milieu culturel (« à nous deux, on va faire un Ministre de la Culture somptueux », s’exclamait Philippe).

Après avoir écarté, peut-être à tort, toute perspective de candidature à  l’élection présidentielle de 1988, Philippe Léotard va connaître à son tour, tel son père, les affres de la justice, inculpé d’ingérence, de trafic d’influence et de corruption dans une affaire immobilière concernant sa propriété de Fréjus. Il démissionnera aussitôt de tous ses mandats, soutenu par son frère Philippe qui clama haut et fort la probité et l’honnêteté de son frère cadet.  Il se fit réélire quelques mois plus tard, ayant fait l’objet d’un non-lieu qui rétablissait son honneur et son intégrité. Il devint ensuite Ministre de la Défense dans le gouvernement d’Edouard Balladur, ce qui conduisit Philippe à se proclamer, lui, Ministre de la « défonce ».

Philippe chanteur, mais de plus en plus instable

Philippe tournait  beaucoup moins, victime de sa mauvaise réputation. Il prit alors le pari de se lancer dans la chanson avec un premier disque en 1990, « A l’amour comme  à la guerre »  (71.000 exemplaires vendus, disque d’or), qui sera suivi d’un second en 1994 , « Philippe Léotard chante Léo Ferré » (que j’ai dans ma discothèque, appréciant tout particulièrement son interprétation de « La mémoire et la mer »), ces deux enregistrements  valant au chanteur un vif succès, et ,cerise sur le gâteau, le Grand Prix de l’Académie Charles Cros et  le Grand Prix des Poètes décerné par la SACEM. Suivra un 3ème CD en 1996, « Je rêve que je dors » (un titre prémonitoire), que je possède également, et qui contient de fort beaux textes mélancoliques, qui sont plutôt dits que chantés.

François Léotard rencontrait beaucoup de difficultés à assumer Philippe, ce sale gosse qui passait d’autant plus son temps à faire des bêtises qu’il savait qu’il allait embêter son frère de Ministre. L’artiste traversait une période de plus en plus instable, aggravée par le départ d’Emmanuelle, elle aussi à son tour fatiguée de lui. Tenu informé d’une perquisition imminente au domicile de Philippe, François le fit savoir à son frère suffisamment tôt pour que le « ménage » soit fait avant l’arrivée des policiers. Il les reçut chez lui aimablement, les avisant qu’ils ne trouveraient rien ayant été prévenu par le Ministre de la Défense lui-même !  L’affaire fit grand bruit, mais encore aujourd’hui François dit s’en « contrefoutre », car  « l’amour fraternel ça joue bien plus fort que n’importe quelle loi », «et mon frère, il peut faire n’importe quoi, je le défendrai ».

Philippe Léotard sombre inéluctablement. En 1996, dans une émission de Paul Amar, qui sera sa dernière apparition télé (en stigmates de sa dérive, un visage ravagé,des cernes à faire peur, une élocution "bafouillante" ), il écoute un message enregistré de son frère qui lui dit son admiration, en souhaitant qu'il reste libre et  continue à avoir du talent. Avec  des  larmes pleins les yeux,  Philippe dira de François : « C’est mon frère, le salaud, ça fait cinquante ans que je l’aime ».Philippe a renoncé à s’en sortir, et ne parlera à son interlocuteur que de  la mort, disant avoir choisi la « solution Gainsbourg » pour « accélérer le processus » (boire 2 bouteilles de whisky par jour plutôt qu’une, fumer quotidiennement  4 paquets de Gitanes plutôt que deux, ça ira plus vite…).

François est depuis longtemps désarmé, mettant des distances entre lui et son frère,  car quand on ne sait pas faire, on a toujours peur de mal faire et alors on renonce à faire. Il dira avoir plus souffert que lui, car Philippe, lui , avait choisi, et de ce fait il se considérait plus malheureux que son frère,  et c’était très douloureux. Il tentera néanmoins de le ramener à la vie par des cures de désintoxication. Mais rien n’y fera, et les bouteilles, et les cigarettes, parviendront à entrer en cachette dans la chambre du patient…

La mort de Philippe, la retraite de François

Dernier sursaut : la sortie d’un nouvel album en 2000, « Demi-Mots Amers »,  suivi la même année d’une tournée au Maroc qui sera chaotique et  qui s’achèvera par une chute de la scène lors de l’ultime récital. Rapatrié à Paris, il s’éteindra d’une insuffisance respiratoire le 25 août 2001, le corps, usé par les excès, n’ayant même pas cherché à contre-attaquer. Philippe avait prévenu : « Je vous dis adieu comme on dit salut, comme on dit ça va, parce que ça n’a pas d’importance ».

L'amour de François pour Philippe, l'amour de Philippe pour François

François raconte avoir pleuré comme un bébé en apprenant la triste nouvelle,  ayant l’impression de perdre une partie de lui, une partie de sa vie, une partie de son enfance. « Et j’ai compris que c’est lui qui avait raison. Que je m’étais fourvoyé. Que sa vie elle-même était plus belle que la mienne. C’est comme si en mourant il avait voulu m’envoyer quelque chose, en me disant casse toi, tire toi, reste pas là-dedans ».Et quatre mois plus tard, François Léotard abandonnera la politique pour se consacrer à l’écriture.

Il y avait du fusionnel  entre les deux frères, avec une admiration croisée. En réalité, François, qui parlait souvent de l’admiration qu’il avait pour son aîné,  sous-estimait celle que Philippe lui portait, alors qu’en fait  l’aîné vénérait le cadet.  La force de ce couple (c’est vrai de tous les couples)  tenait dans leur complémentarité : ils avaient besoin l’un de l’autre.

Brigitte, la sœur, dira de François que son grand amour, l’affaire de sa vie, fut son frère. Il ne se consolera jamais de sa mort, se reprochant même de ne pas l’avoir suffisamment secouru. L’écriture lui a permis de faire son deuil, bien qu’il ne soit pas sûr que ce soit tout à fait  fini. Selon elle, la véritable réussite pour François fut celle de Philippe, qu’il considérait comme le génie de la famille.

François dans l’interview final de l’émission confie à Laurent Delahousse qu’il aimait trop son frère et qu’il se serait battu contre la terre entière pour le protéger, estimant  que pour être vraiment un être humain il faut être deux en soi, et pour lui le deuxième c’était bien sûr Philippe. L’ancien ministre considère s’être probablement trompé de chemin. Il aurait sans doute été plus heureux en se consacrant beaucoup plus tôt à l’écriture et à la lecture – philosopher, dit-il, c’est apprendre à mourir.

Pour François, on ne peut pas parler de suicide à propos de son aîné. Habité par une passion folle de la vie, il jouissait de l'instant, dégustait le présent, il se brûlait,  rien n’y résistait. Et d’ailleurs un artiste ne meurt jamais. Et Philippe a créé, a fait ce qu’il voulait faire, laissant derrière lui des choses merveilleuses, des mots, un « bilan » en quelque sorte, dont il peut être fier.

François dresse de lui-même  en comparaison un constat tout en réserve, se reprochant de n’être pas allé jusqu’au bout de son rêve, comme son frère, même s’il voudrait lui aussi laisser une trace, des mots. Le livre merveilleux qu’il a consacré en 2003 à Philippe, « A mon frère qui n’est pas mort » (Editions Grasset), y concourra sans nul doute. L’ouvrage, que j’ai relu avant d’entreprendre ce billet, est une déclaration d’amour magnifique,  qui vibre d’émotion et de tristesse tout à la fois. Un bel hommage au frère disparu et tant aimé !

François dira encore a à Laurent Delahousse ce qu’il n’avait pas eu en lui et que Philippe avait, avec en creux bien  sûr le regret de ne pas avoir possédé  ces valeurs humaines : l’insolence, qui est une forme de liberté, le rire, communicatif, comme celui que déclenche le clown au nez rouge, et une capacité innée  du spectacle, au sens de se donner en spectacle. Il rappelle à ce sujet que Philippe était déjà très jeune un comédien en herbe, par exemple lorsqu’il décrivait à ses frères et sœurs éberlués,  gestes théâtraux  à  l’appui, des scènes du fameux western américain « Rio Bravo » (1959), reconstituant  à la perfection, avec force détails, telle ou telle dégaine  de John Wayne ou de Dean Martin, les shérifs de la ville.

Au cimetière du Père Lachaise, ils étaient plus de 400 à être venus saluer Philippe. « Un fou dangereux, un amoureux », dira l’une. « Une force à la Brel, à la Reggiani », dira un autre. « Il a été vrai dans tous les aspects de sa vie, et ça s’est transmis à tous les gens qui l’ont approché », dira un troisième.

Les dernières lignes du livre de François évoquent ces "rescapés" présents à l'enterrement de Philippe, "qui font le gros dos"", puis parlant de son frère : "Il n'aurait pas aimé notre déconfiture. Il serait allé boire un coup au café , un peu plus loin, au bout de la rue. En attendant que la vie reprenne et que la nuit, la nuit immense de Paris, l'accueille. D'ailleurs, il s'en fout de ce recueillement. Il avait écrit un poème dédié à Roger Vadim, "Epitaphe" : "Jusqu'ici j'ai réussi à ne pas faire comme tout le monde. Mais là : je renonce. P.S.Excusez les cendres".

Dans les premières pages du même livre, ces quelques phrases de François, qui auraient pu tout aussi bien être la conclusion de l'histoire : "J’aurais bien voulu qu’on reste petits. Tous. Toute la famille. Lui, il avait inventé sa vie. Il avait commencé comme un grand, et vers la fin, il avait écrit simplement, avec son doigt sur le sable : « J’ai mis tant de temps à devenir enfant ».

Fait le 5 novembre

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

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11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

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08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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