Points de vues du Gers Carnets

Déménagement

J’ai souvent dans ce blog fait état de mon histoire d’amour avec le Gers, qui est partagé par mon épouse. Arrivés ici il y a quatre ans et demi, nous avons très vite apprécié la douceur de vivre de ce pays, la gentillesse et la sérénité de ses habitants, les gascons, et la beauté de ses paysages.

Il était donc hors de question de partir ailleurs car « la vraie vie est  ici ».

La maison "en haut de la colline"

Pour autant, bien que confortablement installés près de Fleurance, nous cherchions dans le Gers, sans vraiment chercher, tout en cherchant, la maison « en haut de la colline », afin justement de profiter 24 heures sur 24 des vues époustouflantes que nous offre  cette magnifique nature.

Et nous l’avons trouvée, perchée à 300 mètres  (voir ci-dessus un aperçu du panorama visuel) ! Avec de surcroît en arrière-plan la chaîne des Pyrénées, d’une splendeur inouïe, et tant pis si le fait de la voir annonce la pluie pour le lendemain. Nous serons là  seuls au monde ou presque, ayant acheté pour la circonstance un petit bout d’éternité.

"Gel" du blog

Nous allons donc déménager le 18 février prochain, ce qui me conduit à « geler » mon blog après ce billet et probablement  jusqu’à la fin du mois considéré.

Je vais être en effet mobilisé par ce déménagement, une opération par nature très lourde et très absorbante. Il va nous falloir aussi couper les connexions et en rouvrir d’autres le moment venu, en espérant obtenir de mon opérateur toute la diligence nécessaire afin que cette remise en réseau ne tarde pas trop…

Nomadisme

Nos enfants et les amis qui nous connaissent bien  ne s’étonnent pas de ce changement. Nous les avons habitués à notre « nomadisme » puisqu’en 24 ans de vie commune notre couple a eu à connaître d’une douzaine de résidences, soit une moyenne d’un nouvel « home » tous les deux ans. Aussi bien, en rythme, que les passionnés de voiture !

Cette « bougeotte » est liée bien sûr à des mutations professionnelles. Mais, avouons-le, nous ne savons pas rester en place. Dès qu’une maison est rénovée de fond en comble, et mon épouse a un talent certain pour conduire d’une main de maître la restauration, la décoration et la mise en scène d’un lieu de vie (elle aurait pu en faire son métier), nous avons l’envie de partir et d’investir une nouvelle propriété.

Un psychanalyste aurait bien des choses à dire sur ce comportement instable, qui trouve sans doute pour partie son explication dans le fait que mon épouse et moi n’avons pas de racines. Alors que tant d’autres ont un rapport étroit et même charnel avec des maisons et des endroits liés aux parents ou aux grands-parents, et veulent absolument conserver une relation forte avec le sol de leur naissance, ou de leur adolescence, ou de leurs vacances, nous n’avons pas eu la chance tous deux de connaître un tel attachement, ce qui nous rend si disponibles pour cette itinérance, à la grande satisfaction des agents immobiliers, des notaires et des services fiscaux de l’Etat.

Fleurance, atouts, faiblesses...

Nous allons donc nous éloigner de Fleurance d’environ 35 kms. Nous regretterons un peu cette ville pour son caractère vivant et animé, lié à une activité économique et artisanale soutenue, à son marché du mardi matin, une institution, qui attire toujours beaucoup de monde dans une ambiance populaire et bon enfant .Nous aimions cette bastide, avec ses typiques arcades et sa halle centrale en belle pierre de pays,  surmontée des services de la mairie. Dommage seulement que la municipalité fleurantine n’ait guère d’ambition dans le domaine du tourisme et de la culture. Mon épouse, qui fut Directrice d’un Comité départemental du tourisme pendant dix ans, avait proposé ses services pour aider bénévolement à l’accueil des groupes désireux de visiter la ville. Son expertise valait la peine. Elle n’eut aucun retour ! Nous avions pu constater qu’il y avait pourtant beaucoup à faire en la matière en participant au cours de l’été à une visite de Fleurance par un groupe de seniors venus d’une autre région en car : sous la halle, là où s’achevait  le parcours, il n’y avait aucune infrastructure pour s’asseoir, alors que les seniors en question paraissaient fatigués, et en guise d’odeurs estivales on respirait celles des toilettes publiques toutes proches….Hors le guide, qui avait l’âge des touristes, sinon plus, aucun officiel n’est venu se joindre au groupe, et aucun rafraîchissement ne fut proposé pour eux à la mairie, pourtant située  juste au-dessus…J’imagine l’image de Fleurance que ces gens de passage ont dû emporter avec eux…

Pour autant, nous avons toujours eu de bonnes relations de par notre activité de chambre d’hôtes avec les deux femmes de l’Office de tourisme. Mais je suis persuadé qu’elles- mêmes aspireraient à voir leurs dirigeants  et élus concernés donner davantage d’impulsions, d’orientations et de moyens  à la politique touristique de Fleurance.

Il est dommage par ailleurs que nous n’ayons jamais été invités à participer à des commissions ou à des groupes de travail avec d’autres prescripteurs pour réfléchir ensemble à de stratégies de développement touristique, qui se seraient appuyées sur des objectifs et un plan marketing…des concepts qui sont de toute manière assez étrangers aux décideurs de Fleurance.

Point positif cependant : le transfert prochainement de l’Office du Tourisme en plein cœur de Fleurance, sous les arcades, entre deux pôles importants de la vie commerciale de Fleurance, qui à eux seuls drainent de nombreux flux. La maison de la presse d’un côté, un lieu que Patrice,  le jeune propriétaire, qui a racheté l’affaire il y a plus de cinq ans, a d’entrée doublé de volume, en consacrant aux livres un espace conséquent et attractif ; le café du Centre, de l’autre, une véritable institution au même titre que le marché, qui vient d’entreprendre des travaux de rénovation colossaux et qui est le rendez-vous incontournable des gascons. Le déjeuner à l’ombre sous les arcades en belle saison est très couru, et trouver une table disponible relève alors de la performance.

Sur le plan culturel, la situation est navrante. Fleurance a certes un théâtre, mais  il ne s’y passe pas grand-chose, hormis quelques productions locales et des spectacles venus d’ailleurs, mais sans beaucoup d’intérêt. Il y a aussi une bibliothèque municipale, malheureusement installée dans des locaux vétustes et tristes. Je me rappelle que lors d’une visite sur place,  m’enquérant de l’existence d’un directeur ou d’une directrice, on me répondit qu’on attendait depuis plus d’un an la nomination d’un nouveau responsable….Je ne sais si à ce jour ladite nomination a vu le jour. Le cinéma, lui, remplit bien  sa mission, car il appartient au réseau Ciné 32 financé par le Conseil général du Gers et qui permet aux communes  les plus importantes du département d’être dotées d’un cinéma digne de ce nom (Auch bien sûr, mais aussi Condom, Lectoure, Barbotan-les-Thermes , Eauze, Gimont, L’Isle Jourdain, Marciac, Masseube, Mauvezin, Mirande, Nogaro, Samatan, Vic-Fezensac, et  Plaisance).

Nous reviendrons régulièrement à Fleurance, pour le marché bien sûr, et parce que s'y trouvent le fils de mon épouse et notre voisin agriculteur, devenu un ami.

Chambres d'hôtes

Notre changement de résidence va nous conduire à cesser notre activité de chambre d’hôtes. Une activité que mon épouse a exercée douze ans en quatre demeures différentes. Ici, nous n’avions plus qu’une seule chambre d’hôtes (de 60 m2 toutefois, avec pièce à vivre pourvue d’un coin salon avec TV et DVD, chaîne hi- fi, bibliothèque et kitchenette, chambre à grand lit et vaste salle de bains), qui aura vu passer néanmoins près de 200 clients en trois ans et demi d’ouverture. Dans le passé nous eûmes jusqu’à 4 chambres et une prestation de table d’hôtes le soir. Le travail de la maîtresse des lieux  était plus harassant qu’aujourd’hui, car la maison de l’époque pouvait accueillir 8/10 personnes à la fois ainsi qu’à table.

Le bonheur était dans les rencontres qui en résultaient. Nous sommes ainsi devenus  amis avec certains de nos hôtes, français comme étrangers. Avec d’autres, les échanges ont été plaisants, et même s’il n’y eut pas de suite dans la relation, nous en conservons de très bons souvenirs. Et avec quelques-uns, mais ils furent peu nombreux, il ne s’est rien passé, le dialogue s’en tenant à un rapport de client à prestataire, comme à l’hôtel. Il y a eu aussi quelques « mauvais coucheurs », mais les doigts d’une main suffisent pour les compter.

 Arrêter les chambres d’hôtes, c’est se priver de ces rencontres nées du hasard d’une réservation. Nous en sommes conscients. Il est vrai que nous nous enfermons tous, plus ou moins, dans un réseau de famille et d’amis établi une fois pour toutes, et gérer des chambres d’hôtes est une formidable opportunité pour élargir le cercle relationnel  avantageusement. Mais c’est en revanche pour mon épouse se soulager d’une charge significative de travail et de souci au quotidien, et pour nous deux un retour à une réelle liberté, qui va nous permettre d’ «escapader » plus souvent.

Ordan-Larroque

Notre nouvelle habitation, la treizième donc, est située dans un Gers plus sauvage, plus boisé et plus vallonné que celui que nous quittons. Elle se trouve sur le territoire de la charmante commune d’ Ordan-Larroque (Oran e La Roca en gascon), éloignée du village d’environ 5 kms. Ordan-Larroque  compte près d’un millier d’habitants pour une superficie de 43 km2, soit une des plus vastes étendues communales du Gers. C’est à l’origine un castelnau du XIIème siècle, perché à 420 mètres sur un éperon rocheux et qui accueillait un château médiéval. Il subsiste par ailleurs de nombreux vestiges de périodes encore plus anciennes, notamment gallo-romaine (piles, villas…), et un Conservatoire municipal d’archéologie et d’histoire, aménagé au pied de l’église paroissial, en expose un certain nombre (outils néolithiques, bandeau mosaïqué, bijoux, stèle discoïdale du Haut Moyen-Age –c’est un disque de pierre, incrusté de figures géométriques ou de symboles divers, qui repose sur un socle de forme généralement trapézoïdale, dressé au droit du devant de la tombe -,  et une vraie curiosité : des molaires de gomphotérium datés d’il y a plus de 15 millions d’années –le gomphotérium  était une sorte d’éléphant préhistorique qui possédait quatre défenses et une courte trompe, et un squelette entier  trouvé à Sansan dans le Gers, est exposé au Musée d’Histoire naturelle de Paris).

Ordan-Larroque a une forte tradition botanique : la commune est labellisée « 4 fleurs » depuis 1999 et a reçu le Grand Prix national du fleurissement en 2007. Elle possède l’un des plus beaux et des plus vieux érables champêtres de France (plus de 200 ans), et organise chaque année en octobre, depuis 2003, une Journée des Plantes rares qui reçoit 3.000 visiteurs et acheteurs !

La limite territoriale  de notre propriété est aussi la frontière administrative entre Ordan-Larroque au nord et Barran au sud, cette commune étant également à 5 kms de la maison.

Barran

Barran est un village agréable  d’un peu plus de 700 habitants, pour une superficie de 53 km2, ce qui  fait de lui la plus grande des communes du Gers. Bastide fondée au XIIIème siècle, située sur le chemin d’Arles de Saint-Jacques de Compostelle, , elle possède  encore beaucoup de témoignages patrimoniaux de son passé : tour-porte de 10 m. de haut, avec son pont, remparts, fossés alimentés par le petit Rhône, halle, plan rectangulaire des rues , maisons à colombages du XVI°…La collégiale Saint Jean-Baptiste, également du XIII°,  est une curiosité, en raison de sa tour carrée en pierre surmontée d’une flèche en bois hélicoïdale recouverte d’ardoises, qui culmine à 50 mètres. La commune appartient de ce fait à l’association européenne  des clochers tors (qui est tordu, déformé),  qui recense 82 clochers de ce genre, dont 33 en France.

L’escargot est emblématique de Barran : le clocher hélicoïdal de l’église y est pour quelque chose car il ressemble par son dessin à une espèce de ces gastéropodes, la  limmée des étangs, ce qui aurait conduit à donner le nom de « limaques » aux barranais. Et par ailleurs, il y eut ici au début du XX° un pharmacien rendu célèbre par ses pastilles contre la toux, les pastilles aux limaçons, préparées à base justement d’escargots achetés aux habitants du coin. Et pour couronner le tout, un vieux dicton local disait : « Quand il pleut à Barran, après un orage, comme un régiment qui part à la guerre, de la plaine montant, des collines descendant, les escargots par troupeaux arrivent à Barran »…

Biran

A 6 kms de notre future maison, signalons aussi le joli petit village pittoresque et fortifié de Biran (400 habitants), qui s’ouvre sur une belle porte-tour. Comme Ordan-Larroque, c’est un castelnau sorti d’un éperon rocheux, qui a conservé des vestiges de remparts et la tour de guet, haute de 20 mètres, d’un ancien château-fort. L’église Notre Dame de Pitié du XVII° possède quant à elle un magnifique retable baroque sculpté en pierre de calcaire du pays, classé Monument Historique. Le long d’un mur de jardin, on trouve aussi  un chrisme de pierre, manifestement récupéré d’une porte d’église, symbole chrétien portant la parole de l’Apocalypse contenue dans les Evangiles.

Auch

La ville d’Auch est pour sa part à seulement une douzaine de minutes, soit une distance plus courte que celle qui nous en séparait depuis Fleurance, ce qui nous assurera une base arrière urbaine de meilleure proximité, tant pour nos besoins logistiques que pour nos loisirs culturels et artistiques.

Le décor est  dressé. Reste maintenant à préparer le passage à l’acte pour l’accomplir le 18 février prochain. L’impatience est grande, à la mesure sans doute du sentiment de plénitude que je ne doute pas d’éprouver là- bas.

Mon prochain billet sera donc écrit du haut de la colline…

Fait le 10 janvier

La Ronde des Crèches du canton de Miradoux/ Autour de Jules Verne

Dans un billet de décembre  2012, j’avais évoqué la 18ème édition de la Ronde des Crèches du canton de Miradoux. La 19ème se tient maintenant et jusqu’au 12 janvier prochain.

D’accès gratuit, elle attire de plus en plus de monde, avec  25.000 visiteurs qui effectuent en circuit les 60 kms (parfois à pied pour les solides marcheurs) reliant les 9 communes où sont présentées  les crèches de cette Ronde. L’intérêt de ce périple est aussi de découvrir ou de re-découvrir le patrimoine des villages concernés et leurs bonnes adresses.

Préparées par plus de 200 bénévoles, ces crèches déclinent chaque année un thème différent. Après le folklore des régions en 2009, les capitales d’Europe en 2010, le cinéma en 2011, la bande dessinée en 2012, c’est Jules Verne qui a été retenu cette année, charge à chaque commune d’illustrer un des romans de cet écrivain français (1828-1905), considéré comme le père de la science-fiction.

Jules Verne

A travers 62 romans et  18 nouvelles, les épopées de Jules Verne ont enflammé l’imagination des plus grands comme des petits (et j’en fus), tant les aventures racontées relevaient de la découverte et du voyage, dans une dimension  tout à la fois mystérieuse, fantastique et futuriste.  Il fut un romancier prospectiviste et visionnaire, abordant dans ses récits des situations  et des moyens d’action qui ne trouveront à se réaliser que bien plus tard, tel l’hélicoptère, le sous-marin moderne, le scaphandre autonome, l’homme dans l’espace, le voyage sur la lune…

Il a ainsi créé un genre littéraire à lui tout seul, en vulgarisant la science de l’époque. Il faut dire que Jules Verne avait une forte connaissance des choses scientifiques et mathématiques, d’autant que son oeuvre fut contemporaine de l’essor fulgurant  des techniques et de l’industrie, avec l’invention du téléphone, du télégraphe, de l’électricité, du chemin de fer et des machines à vapeur. Amoureux de la mer, Jules Verne n’eut de cesse de voyager, notamment à la barre de son propre bateau durant quinze ans, trouvant là sans doute quelques éléments d’inspiration pour nourrir son monde littéraire.

Malgré la volonté de son père, avoué à Nantes, de  faire suivre à son fils un cursus universitaire juridique pour qu’il lui succède le moment venu, Jules Verne fut très tôt attiré par l’écriture, sous l’influence entre autres de Victor Hugo puis de l’écrivain américain Edgar Allan Poe, qui donnait lui aussi dans le fantastique. Il fit paraitre son premier roman, « Cinq semaines en ballon », à l’âge de 35 ans, avec à la clé un succès considérable. Sa carrière littéraire était lancée à tout jamais, et il s’y consacra ardemment, pour ne pas dire fiévreusement. Il est à ce jour l’auteur le plus traduit dans le monde entier après Agatha Christie, la reine du polar.

Les crèches

Neuf de ses romans ont donc été mis en scène dans cette Ronde des crèches, où les bénévoles ont rivalisé de talent, d’inventivité et de technicité (dommage cependant que quelques œuvres majeures, comme « 20.000 lieues sous les mers », ou « Voyage au centre de la terre », n’aient pu être retenues au nombre de ces crèches).

A Miradoux, chef-lieu du canton, : « Les Tribulations d’un chinois en Chine » (1879)

C’est l’histoire d’un jeune et riche chinois qui se retrouve ruiné. Il veut en finir avec la vie, non sans avoir préalablement fait l’expérience de ce qui lui a jusqu’alors totalement fait défaut : les émotions, le bonheur, l’amour. Il demande à son ami et maître, un philosophe, qui accepte, de lui organiser sa mort, mais dans deux mois seulement. Durant ce laps de temps, il apprend cependant qu’il n’est pas ruiné, bien au contraire, et s’éprend de surcroît de Lé-Ou, qu’il veut épouser.

Désireux alors de faire interrompre le contrat qui le lie à son maître, il part à la recherche de celui-ci, le pourchassant dans toute la Chine au travers de tribulations plus haletantes et aventureuses  les unes que les autres. Au terme d’un récit alerte à l’intrigue parfaitement maîtrisée, le dénouement sera heureux, avec en filigrane la morale de l’histoire : il faut avoir été frotté au malheur, à la peur, aux soucis, pour connaître et apprécier à sa juste valeur le bonheur.

A Castet-Arrouy : « L’Ile mystérieuse » (1874)

Ce roman est la suite de deux précédents ouvrages de Jules Verne : « Les Enfants du Capitaine Grant » (1868) et de « 20.000 lieues sous les mers » (1869-1870).Il s’inspire du livre-phare du genre : « Robinson Crusoé », de Daniel Defoe, publié en 1719.

En fuite en ballon, cinq personnages vont échouer à la suite d’un ouragan sur une île déserte, au large de la Nouvelle-Zélande, qu’ils vont appeler l’île Lincoln, par référence à leurs origines nordistes américaines (on est alors en pleine guerre de Sécession).

Emmenés par Cyrus Smith, un ingénieur et un savant, les naufragés vont entreprendre l’exploration de l’île et commencer à la civiliser, créant une petite colonie et réinventant une forme de  société. Ils constatent cependant qu’en maintes circonstances une présence fantomatique et mystérieuse veille sur eux et les aide à surmonter bien des difficultés. L’histoire révèlera qu’il s’agit du célèbre capitaine Nemo, le héros de « 20.000 lieues sous les mers ».Il mourra de vieillesse sur l’île, avant que celle-ci n’entre en éruption, les cinq compères étant sauvés in extremis par le « Duncan », un navire venu à leur recherche.

Jules Verne se sert de ce livre pour apporter aux jeunes générations  la connaissance du savoir géographique, biologique et scientifique de son époque, et Cyrus Smith est en l’occurrence sa courroie de transmission. C’est grâce à lui qu’on découvre comment allumer un feu sans allumette et sans silex, comment mesurer des hauteurs, comment construire un ascenseur hydraulique, comment fabriquer des bougies, des vitres, etc…

Il illustre là un principe qui lui est cher : la science ne trouve son accomplissement que dans son application pratique et non dans une démarche  théorique.

A Plieux : « Le Volcan d’or » (1899)

L’histoire se déroule en pleine période de la ruée vers l’or (principalement deuxième moitié du XIXème). Elle met en scène deux cousins canadiens qui héritent d’une concession minière sur les rives du Klondike.

Le roman est une critique acerbe de Jules Verne contre la prospection du précieux minerai, dans laquelle d’ailleurs son propre fils s’était lancé. Pour l’écrivain, qui affiche pour la circonstance un profond pessimisme à l’égard de la nature humaine, cette aventure peut être considérée comme un véritable recul de la civilisation. Ceux qui sont touchés par la fièvre de l’or ne s’en remettent jamais tout à fait. Ses acteurs meurent de froid, de maladie, ou victimes  d’affrontements violents en se disputant pour quelques pépites. Et les pages contiennent des descriptions saisissantes de la vie  quotidienne des chercheurs d’or, des cités champignon qu’ils érigent, des fléaux qui les assaillent…

Le livre  est rempli de belles envolées sur la beauté et  la rudesse du Grand Nord. Et Jules Verne est fasciné à l’évidence par les gigantesques phénomènes naturels .Mais le tremblement de terre qui survient, ainsi que l’explosion du volcan d’or, réduiront à néant les espoirs des deux cousins. Manière pour l’écrivain d’affirmer une fois pour toutes sa détestation pour cette ruée vers l’or, au point d’en provoquer fictivement la destruction.

Après la mort de Jules Verne, et pour obtenir l’édition du « Volcan d’or », son fils s’emploiera à affadir ce roman jugé trop sombre pour être publié en l’état . Fort heureusement, la version originale sera retrouvée plus tard et paraîtra en tant que telle pour le plus grand bonheur des inconditionnels de l’auteur.

A Saint-Antoine : « Michel Strogoff » ( 1876)

Qui n’a pas lu dans sa jeunesse ce roman, et ne s’est pas pris pour Michel Strogoff, comme on se prenait pour Zorro ou Ivanhoë ?

C’est l’un des plus merveilleux personnages de Jules Verne. L’écrivain donne naissance ici au culte du super-héros près d’un demi-siècle avant l’avènement de la bande dessinée.

Chacun connaît l’histoire : le capitaine Strogoff, courrier du tsar de Russie, doit se rendre de Moscou à Irkoutsk, capitale de la Sibérie occidentale. Sa mission est de prévenir le frère du tsar, gouverneur d’Irkoutsk, de l’arrivée imminente des hordes tartares conduites par le traître Ivan Ogareff. Michel Strogoff mettra trois semaines à parcourir les 5.000 kms, ayant à affronter tout au long du trajet  bien des épreuves qui retardent son avancée et  qui nous tiennent en haleine jusqu’à la dernière page.

Jules Verne nous livre aussi  au fil du récit des descriptions magnifiques de décors naturels, de faunes et de flores de Sibérie.

A Sempessere : « Claudius Bombarnac » (1892)

Le livre relate les aventures rocambolesques de Claudius Bombarnac, français originaire de Bordeaux, reporter « ambulant » du prestigieux magazine « Le XXème siècle », qui  demande au journaliste de livrer  ses impressions de voyage sur la ligne ferroviaire transcaspienne (qui traverse le Turkménistan et l’Ouzbékistan) entre le port d’Ouzoun-Ada et Pékin –le chemin de fer le plus extraordinaire que l’homme ait jamais construit, selon Jules Verne.

L’intérêt du roman repose aussi sur les caractères pittoresques des personnages de diverses nationalités (américaine, russe, anglaise, roumaine, française, chinoise, allemande…) qui peuplent le train tout au long du parcours.

A Peyrecave : « Cinq semaines en ballon » (1863)

Le roman  raconte l’histoire de l’inventeur britannique Samuel Ferguson, un homme intrépide et riche de connaissances, qui au moyen d’un ballon gonflé à l’hydrogène,  entreprend de traverser d’est en ouest, avec son domestique et un ami, le continent africain alors partiellement inconnu.

Le livre utilise tous les ingrédients dont l’écrivain se servira ensuite  dans toute son oeuvre : une intrigue féconde en aventures et en rebondissements, appuyée par des descriptions techniques, géographiques, et historiques.

Jules Verne fait à cette occasion un bon résumé des explorations du continent africain, ce qui ne l’empêche pas de se montrer inquiet pour l’avenir du monde moderne, faisant dire à Kennedy, l’ami de Ferguson : « Cela sera peut-être une forte ennuyeuse époque que celle où l’industrie absorbera tout à son profit ! A force d’inventer des machines, les hommes se feront dévorer par elles ! Je me suis toujours figuré que le dernier jour du monde sera celui où quelque immense chaudière chauffée à trois milliards d’atmosphères fera sauter notre globe ! ». Quelle remarquable prémonition du risque nucléaire !

A Gimbrède : « De la terre à la lune » ( 1865)

Gimbrède (300 habitants environ) fut en 1994 la commune fondatrice de la Ronde des Crèches. Elle dut ensuite renoncer à sa participation, faute de bénévoles, mais revint dans le groupe en 2012/2013. Elle présente cette année l’un des plus grands livres de Jules Verne, une œuvre devenue une référence dans le domaine scientifique, l’une de ses plus audacieuses anticipations. On y trouve de nombreuses références aux connaissances de l’époque, particulièrement dans le domaine de l’astronomie, de l’artillerie et de la balistique.

« De la terre à la lune –Trajet direct en 97 heures 20 minutes » se situe au lendemain de la guerre de Sécession. Le « Gun Club » de Baltimore  (littéralement le club du canon) est en quelque sorte vidé de son objet. Pour remédier à cette vacuité, ses membres décident, très sérieusement, d’envoyer un boulet de canon sur la lune, animés par cet esprit de curiosité qui constitue le moteur d’action essentiel des héros de Jules Verne.

Le projet est modifié quand un aventurier français, Michel Ardan, demande à être embarqué dans ce voyage, proposant à cet effet de substituer au boulet initialement prévu un projectile en creux. Il convainc le Président du club et l’irréductible adversaire de celui-ci de le suivre dans cette aventure.

Le tir est un succès, mais l’inquiétude succède à l’enthousiasme des foules américaines dans la mesure où il est impossible de suivre le projectile à travers les nuages. Quelques jours plus tard, à la satisfaction générale, on le découvre en orbite autour de la lune.

Jules Verne racontera la suite et la fin de l’histoire dans « Autour de la lune » (1869). La capsule de l’engin, coiffée du drapeau américain,  avec  ses trois hommes à bord,  amerrira dans l’océan, magnifique prémonition de la mission américaine d’Apollo 8 en 1968, qui durera un peu moins d’une semaine, comme celle de Michel Ardan, avec 3 personnes également dans la navette, et un amerrissage du même ordre  dans l’Océan Pacifique.

En 1971, l’équipage d’Apollo XV baptisera un trou lunaire du nom de «cratère de Saint Georges », en référence à une bouteille de Nuits-Saint-Georges (un excellent bourgogne !), que l’aventurier français ouvre pendant le voyage  pour fêter avec ses deux acolytes « l’ union de la Terre et de son satellite ».

A Flamarens : « Le Tour du Monde en  80 jours » (1873)

Un richissime anglais, Phileas Fogg, fait le pari insensé avec les membres de son club de faire le tour du monde en 80 jours, accompagné de son fidèle serviteur français, Jean Passepartout.

Il y parviendra, après un voyage semé d’embûches et de contretemps. Le livre offre un subtil mélange entre récits de voyage et considérations scientifiques. Il est écrit par Jules Verne dans une période de révolution industrielle, où de nouveaux modes de transport apparaissaient. Phileas Fogg en utilisera d’ailleurs de nombreux pour mener à bien son périple : train, paquebot, bateau à vapeur, yachts, éléphants, et même un traîneau à voile pour parcourir les étendues glacées.

L’ouvrage connut un grand succès. Il faut dire qu’à l’époque l’idée de voyager autour du monde en un temps limité était très populaire et tentait les plus hardis.

A Sainte-Mère : « César Cascabel » (1890)

Ce n’est pas le plus connu des livres de Jules Verne. Mais sa mise en scène dans la crèche de Sainte-Mère est fort réussie, grâce à l’univers du cirque qui trame le récit.

On  suit les pérégrinations de la famille Cascabel, des artistes forains, qui fortune faite, veulent quitter l’Amérique pour rejoindre leur Normandie natale. Détroussée par des aigrefins, elle n’a plus d’autre solution que de regagner en roulotte son  pays d’origine. Elle y parviendra, après bien des péripéties, fruit de l’imagination inlassable de  Jules Verne.

Hommage à Jules Verne

Les œuvres de  Jules Verne ont été transposées au cinéma (et beaucoup aussi à la télévision),  et plus de 200 films s’en sont inspirés, dont 31 à partir de « 20.000 lieues sous les mers », 24 pour « Le Tour du monde en 80 jours » et 23 sur « Michel Strogoff ».

Le souvenir de l’écrivain est honoré de bien des manières : Nantes (lieu de naissance de Jules Verne) lui a consacré un musée depuis 1978, qui possède notamment les manuscrits de 98 de ses romans ; Amiens (où l’auteur a vécu et où il est enterré) a ouvert à la visite la maison qu’il occupa de 1882 à 1900,la ville étant relayée dans son action par une association dédiée à Jules Verne qui édite une revue (32 numéros  parus),  anime un centre international  en vue de cultiver sa mémoire, gère un lieu de documentation riche de 25.000 documents, et  soutient ou  participe à l’organisation de manifestations, de colloques, de rencontres, d’expositions se rapportant à l’homme et à son œuvre.

Le cirque en dur de la ville d’Amiens (qui est devenu un Pôle national du Cirque contemporain) porte son nom, en hommage à la part essentielle qu’il prit dans sa construction en tant que Conseiller municipal de 1888 à 1903. Le restaurant du 2ème étage de la Tour Eiffel, un haut lieu de la gastronomie française, porte également son nom, ainsi qu’un célèbre Trophée (référence au passionné de navigation que fut Jules Verne),  qui récompense le challenger qui détient ou améliore le record le plus rapide du tour du monde à la voile (c’est Loïck Perron détient ce record depuis 2012).

Cette Ronde des crèches a aussi à sa manière contribué à une meilleure connaissance de ce génie littéraire qui a tellement enchanté nos jeunes années. A l’occasion du centième anniversaire de la mort de l’écrivain, en 2005, un petit garçon avait déposé sur sa tombe un message à son adresse, simple mais fort : « Je voulais vous dire que je suis votre plus grand fan. Vous avez changé ma vie ».

Renaud Matignon, un célèbre critique littéraire du « Figaro », avait écrit en 1991 : « Il avait au fond notre âge, Jules Verne, quand nous étions adolescents, et c’est le secret de cette empreinte qu’il laisse à ses lecteurs : il nous a raccompagnés de l’enfance jusqu’à la grille de l’âge adulte ; ainsi reprenons-nous Jules Verne comme un bateau en partance, plongeurs aux aguets qui sommes pour toujours des imminences, des départs suspendus…On ne peut pas dire que Jules Verne aujourd’hui revienne. Il refait surface simplement, comme ses sous-marins légendaires ».

Fait le 6 janvier

VOEUX

En 2014

Pour échapper aux contingences terre-à-terre

Prenons de l’altitude

 Tel

« Celui dont les pensées, comme des alouettes,

Vers les cieux le matin prennent un libre essor,

Qui plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes ! »

(« Elévation », Charles Baudelaire)

 

Que la nouvelle année vous soit  douce et heureuse !

 

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perdreau de perthuis | Réponse 05.02.2014 18.18

Encore une fois...bravo pour cette page. Nous vous souhaitons a tous les deux beaucoup de courage pour votre demenagement!
A tres bientot,

Marie-Thérèse | Réponse 22.01.2014 23.59

.....qu'il va me manquer, ton T-shirt rouge qui a souvent complementé les vallées vertes autour de Clamensac!!!

jp decrock | Réponse 11.01.2014 10.57

Mon cher Thierry
Tu nous manqueras pour des blogs mais cela n'est que temporaire. Je te souhaite aisni qu'à ton épouse un " confortable déménagemetn "
JP

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

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08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

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04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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