Points de vues du Gers Carnets

Lettres de ma mère

Un douloureux évènement

J’ai évoqué à plusieurs reprises dans mon blog le souvenir de ma mère, Rose (voir notamment en novembre 2012), disparue le 24 mai 1956 à l’âge de 31 ans, victime d’une leucémie, en laissant derrière elle 6 enfants (j’étais le second, et j’avais 8 ans l’année de son décès).

Ce douloureux évènement fut  pour moi, comme sans doute pour tous mes frères et sœurs, une tragédie qui pesa lourdement sur mon existence, car l’absence d’une mère est inconsolable, et jusqu’au terme de ma vie je ressentirai avec une infinie tristesse  le poids de cette injustice révoltante d’avoir été privé de la présence et de l’amour d’une maman.

Certes, je me suis forgé une image inévitablement idéale de ma mère, puisqu’à défaut de l’avoir connue, sentie, touchée , je l’ai vécue un peu comme une légende, construite à partir des témoignages si admiratifs des membres de sa famille, mais faite aussi de ma propre et innée certitude qu’elle était une maman exceptionnelle, manière de regretter encore plus cette « vacance » maternelle, et d’en souffrir davantage. 

Le miroir de ma mère à travers ses correspondances

Et voilà que grâce à ma sœur cadette (merci Pascale), j’ai récupéré il y a peu sur CD une cinquantaine de lettres de ma mère écrites entre 1947 (elle avait alors 22 ans) et 1956, l’année de sa mort. Pour la plupart, elles sont adressées à sa mère, agricultrice dans le Pas-de-Calais, et les autres à ses « soeurettes », principalement à Flore, son aînée.

Au travers de ces correspondances, se dessine le portrait d’une femme de chair et de sang, qui  conforte néanmoins la vision idyllique et désincarnée que je m’en faisais. Elle raconte sa vie, ses difficultés domestiques, ses soucis financiers, sa maladie, sans oublier de s’enquérir de la situation et de la santé de chacun, et plus particulièrement de celles de ses enfants. L’écriture est belle, et les sentiments exprimés sont d’une noblesse de cœur hors du commun. Elle ne se plaint jamais, chaque ligne respire l’espoir, la générosité, l’amour, la gentillesse, fondés sur une foi chrétienne inébranlable, souvent appelée à la rescousse pour nourrir son optimisme et rassurer ses proches.

Itinérance forcée et éprouvante

Sa courte vie a été marquée par une itinérance forcée et éprouvante : celle, classique, liée aux changements de métier de son mari ; celle des rendez-vous et séjours médicaux à Paris et en Suisse ; celle enfin des visites à ses enfants souvent confiés à la famille maternelle, faute pour elle d’avoir la disponibilité et l’énergie suffisantes pour  les garder à ses côtés. Les médecins qui l’ont suivie tout au long de ces années admiraient sa vaillance et voulaient à tout prix la guérir pour rendre, disaient-ils, une maman bien portante à sa progéniture. L’un d’entre eux apprenant qu’à 29 ans elle avait six  enfants lui adressera ses compliments, en ajoutant : « C’est très honorable ».

Traitements, médicaments

Son quotidien était rythmé le plus souvent par les traitements à suivre : oxygénations, transfusions (« Tout ce sang me remonte étrangement, et je pense bientôt en avoir assez »), piqûres et fortifiants  pour lutter contre le déficit de calcium et l’anémie, régime alimentaire strict, médicaments : le Terramycine , anti-infectieux ; la pénicilline, antibiotique ; le cortancyl, anti-inflammatoire ; des cataplasmes antiphlogistine le jour et aux oignons la nuit, pour agir sur les douleurs d’origine musculo-tendino-ligamentaire, et le TEM -je n’ai pas réussi à savoir ce que ces initiales signifiaient, mais j’ai pu constater qu’il contribuait à faire disparaître les ganglions qui envahissaient diverses parties du corps de ma mère (base du cou, aisselles…), signe parmi d’autres, hélas !,  de la faiblesse de ses défenses immunitaires. Et dire de surcroît que ce fameux TEM, fourni par l’Angleterre, était souvent en rupture de stock.

Elle devait même suivre un nouveau traitement en provenance des Etats-Unis à base d’or radio-actif, « …mais après m’avoir ponctionné le poumon droit, le Docteur Hartmann n’a pas jugé nécessaire de faire le traitement car il paraît qu’il faut de la présence d’eau dans le poumon pour l’administrer. C’est mieux ainsi… »

Les symptômes de la leucémie

Ma mère présentait  bien des symptômes inhérents à la leucémie, qu’elle notait sans vergogne dans ses lettres : outre les ganglions, les fièvres régulières (jusqu’à 40,3), les rhumes et les toux incessantes qui vont avec, les bronchites, les hémorragies dentaires , la pleurésie pulmonaire,  les fatigues fréquentes, l’amaigrissement (« je ne fais plus que 60 kg à ma grande surprise », écrit-elle dans l’une de ses  lettres de l’année 1955) …Elle faisait état des résultats de ses analyses de sang qui la plupart du temps révélaient des déséquilibres inquiétants tant dans le nombre de globules blancs (chargés de défendre l’organisme contre les agressions extérieures), que dans celui des globules rouges (qui, eux, transportent l’oxygène vers le cœur, les poumons, les muscles).

Respect et reconnaissance pour les médecins

Elle avait beaucoup de respect et de reconnaissance pour ceux qui la soignaient : docteurs de tous les jours, comme grands professeurs, les uns comme les autres veillant sur elle avec une grande attention, tant elle suscitait leur admiration et leur compassion. Elle fréquenta à Paris les Hôpitaux  Beaujon et Hérold (fusionné en 1988 avec le nouvel hôpital Robert Debré), où elle fut suivie en 1955-1956 par Jean Bernard (1907-2006), célèbre spécialiste en hématologie et en cancérologie, réputé pour sa proximité avec ses patients (c’est à Hérold que Jean Bernard obtint en 1947 la première rémission d’une leucémie aigüe chez un enfant), et par Georges Mathé (1922-2010), cancérologue et immunologue de grand renom, tous deux dirigeant dans les années 50 le Centre de recherche sur les leucémies et les maladies du sang. C’est Jean Bernard en personne qui enverra à ma mère le médicament  TEM si difficile à trouver. Elle aura aussi beaucoup de considération pour le Docteur Werhli qui s’occupa d’elle à la clinique de Locarno, en Suisse, où elle effectuera plusieurs séjours pour des séances d’oxygénation. Elle parlera à son sujet de « génie », et le consultera souvent pour recueillir son avis  à propos de préconisations suggérées par des médecins-traitants.

Sa foi

Ses convictions religieuses l’aidaient à surmonter les pics d’infortune : « « Le Bon Dieu nous aidera encore une fois à surmonter ce cap difficile » ; « Je suis contente de savoir que mes enfants prient pour leur maman. Le Bon Dieu se laisse parfois mieux toucher par des cœurs purs » ; « J’ai une grande confiance au ciel » ; « Et le Bon Dieu a voulu me laisser sur terre encore cette fois-ci, car c’est la 4ème ou 5ème fois que je me suis trouvée au bord du gouffre » ; « Ce que j’ai souffert, c’est incroyable ! Mais enfin. J’offrais tout au Bon Dieu pour qu’il me guérisse. N’est-ce pas le plus grand bonheur que je puisse posséder ? » ; « J’ai grande confiance en Saint-Albert qui fera peut-être un second miracle pour moi ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que  le Bon Dieu, ses saints et la Vierge Marie ont été sourds à ses pressants appels à vivre ! Elle espérait bien par ailleurs faire le voyage de Lourdes dans le train blanc-bleu des malades, mais sa santé précaire l’en empêcha.

Les turpitudes quotidiennes

La vie de tous les jours lui offrait par ailleurs son lot de turpitudes. Les petits incidents de santé des enfants : la coqueluche de celui-ci, l’encéphalite de celle-là, la mauvaise réaction à un vaccin de celui-là, l’excès de nervosité de celle-ci , qui agit entre autres sur l’estomac, ou la fièvre du petit dernier… Le problème des « bonnes » (c’est ainsi qu’on disait à cette époque) qui s’en allaient sans crier gare, quand elles ne chapardaient pas, et qu’il fallait remplacer au pied levé. C’’était d’autant plus un problème majeur que leur service auprès d’une femme malade et  faible, mère de 6 enfants,  était, comme on l’imagine aisément,  primordial et indispensable. Les difficultés financières, liées au prix élevé des traitements suivis. Ma mère évoque les 150.000 francs que va lui coûter une semaine à Locarno (« si j’avais su, je n’aurais pas suivi le traitement ! »). Il y avait certes quelques allocations qui lui étaient attribuées, mais elles étaient modiques et versées avec retard. Sans l’aide de sa mère (qu’elle remercie de « se saigner » pour elle ; « Peu de mamans le feraient »), de ses sœurs, et les avances généreuses du patron de son mari, elle n’aurait pas pu se soigner et gagner quand même un peu de répit face à la maladie.

La solidarité de sa famille

Comment aurait-elle fait par ailleurs sans l’extrême solidarité de sa famille pour garder tel ou tel des enfants, quand ce n’était pas les six à la fois. Il lui fallait en effet s’absenter et s’absenter encore pour les besoins de ses soins. Il lui fallait aussi se reposer, et se reposer encore. Ainsi, nous étions, frères et sœurs, « baladés », au gré des circonstances, des vacances scolaires, et des nécessités médicales de notre maman,  d’un domicile à l’autre, de celui de nos parents à celui de notre entourage familial maternel : grand-mère, tante, oncle. Mais que d’affections compensatoires et bienfaitrices nous avons reçues au cours de ces « transplantations », qui de la Mémé, qui de Blanche, qui de Marie-Thérèse, les sœurs de Rose (au point qu’il était parfois difficile pour la maman de les récupérer) ! Et ma mère de s’inquiéter de la fatigue qu’elle leur occasionnait ainsi, et des effets que cette prise en charge pouvait causer sur leur santé ! « J’espère qu’ils ne t’en font pas voir de trop », écrit-elle à sa mère. Flore, elle, se trouvant à Paris où elle exerçait des fonctions d’anesthésiste en milieu hospitalier, était moins disponible, mais elle ne nous entourait pas moins d’une affection semblable. Et chaque fois, ou presque,  que Rose devait se rendre à Paris, elle s’évertuait à se libérer de ses obligations professionnelles pour partager quelques instants privilégiés avec sa sœur aimée. Elles eurent même l’occasion de s’offrir une  séance de cinéma, un éclair de bonheur sans nul doute dans la vie douloureuse de ma mère, quelques mois avant sa mort. Au même titre que les signes d’amélioration de son état, que le bouquet d’œillets qui lui fut offert à la Sainte-Barbe, patronne des femmes mariées à Amiens, par les jeunes filles travaillant avec son mari, que les bons résultats scolaires de ses petits ( elle put même se rendre à une fête donnée en l’école de Pascale), que les retrouvailles avec ses enfants , sa mère, ses sœurs, que les correspondances échangées, tellement riches d’amour et d’attention aux autres…

Et comme si toute cette sollicitude ne suffisait pas, notre famille maternelle lui envoyait aussi des cadeaux utiles pour sa maisonnée : pour elle-même, des souliers   ou un corsage rouge et blanc offert par sa sœur Blanche (« Pierre - son mari - dit que j’ai l’air d’une andalouse là-dedans »), pour les enfants des livres, des vestes (« Ils ne veulent plus les quitter »), une serviette, et  un beau pardessus pour moi (« Il en est fier », écrivait-elle)…  Il faut dire que nous n’étions pas riches, et notre mère prenait sa part dans la recherche des économies. Ainsi voyageait-elle en 3ème classe lorsqu’elle prenait le train pour Paris, et on imagine bien pour une femme malade et faible l’inconfort  des banquettes en bois  qu’elle avait à supporter en l’occurrence (la 3ème classe fut supprimée en 1956, l’année de sa mort) !

L’amour de ses enfants

Ses lettres montrent l’amour qu’elle nous vouait à tous (photo d'elle ci-dessus à 27 ans, avec deux de ses enfants), n’exprimant pas de préférence entre nous, sauf pour dire par exemple que  Jean-Paul, l’aîné, était fort sage, et se montrait à la hauteur de ses responsabilités de chef d’équipe ( « Il prépare du bois et du charbon en rentrant »), que  Pascale est « la petite maman de Didier », et que celui-ci est particulièrement affectueux…Elle se félicitait aussi des classements et des notes de certains à l’école, et les déplorait pour d’autres. Pour ma part, je n’étais pas couvert de compliments (« qui aime bien… ») : « Pour Thierry, il n’y a que l’amusement qui compte ! » ; « Thierry a- t-il acquis un peu de stabilité ? » ; « Ma foi, il se maintient, mais il est reconnu pour un élève peu studieux et étourdi ! »(à  propos cette année  là de mon 17ème rang scolaire sur 32 élèves – j’avais 7 ans) ; et à la suite d’une pose d’agrafes au front pour avoir heurté un mur : « Il va commencer à en avoir l’habitude »…

1956, la fin…

Les  lettres de 1956, année de sa disparition, ne laissent pas présager du pire. Le 30 janvier, elle écrit à sa mère : « Je vais beaucoup mieux, bien que je fasse encore de la fièvre. Je tousse moins aussi ». Et en février, à Flore : « J’ai de bonnes nouvelles à te donner. Je continue à aller bien ».Et le 12 avril, toujours à Flore : « Je me sens renaître ! J’ai encore des crises de névralgie, mais on croirait qu’elles veulent se dissiper ».C’est la dernière correspondance de ma mère sur le CD. Un peu plus d’un mois après elle s’éteignait. Jusqu’au bout, elle a tenu à y croire et a transmis cette tenace espérance à tous ses proches. Je pense néanmoins qu’elle n’était pas dupe de son état, mais elle avait décidé avec un courage qui force mon admiration de lutter de toute son énergie contre l’inévitable,  et de rassurer tout le monde autour d’elle. Un  an avant, dans une lettre d’avril 1955 (écrite le 1er avril…), elle racontait à Flore comme une prémonition les instants où elle venait de frôler la mort : « Je suis contente de te dire que depuis 4 à 5 jours je vais mieux. Un peu après ma rentrée, ça n’allait pas très fort. J’étais fatiguée et me sentait gênée du côté droit, surtout couchée. Il m’est même arrivé pendant une nuit de ne plus  pouvoir respirer à cause des poings qui m’oppressaient terriblement. Je t’assure, Flore, que je croyais mourir ».

Voilà donc 58 ans que ma mère est partie. Mais elle est toujours aussi vivante dans mon cœur et mon esprit. Et ses lettres me la font chérir encore davantage car elles me délivrent d’elle, par les informations qu’elles contiennent,  un magnifique message  d’amour,de bonté et de gentillesse, à nul autre pareil. Ma Rose est éternelle !

NB Ont rejoint Rose dans l'éternité sa mère et ses soeurs Flore et Marie-Thérèse.Blanche vit toujours,près de sa fille Catherine, ma cousine, qui veille sur elle.

Fait le 29 mars

Premiers pas ici

Voilà trois semaines maintenant que nous avons investi notre nouveau domicile.

Il y a bien sûr encore beaucoup à faire en matière d’aménagements, sans compter les quelques investissements que nous nous sommes décidés à réaliser pour remettre à niveau certains fonctionnements de la maison.

Nous sommes néanmoins déjà ordanais (c’est le nom des habitants d’Ordan-Larroque) à 100%, tant notre insertion de « bizuths »  se passe dans de très bonnes conditions.

Contacts locaux

Il se trouve que nous avons dû faire appel à un jeune auto-entrepreneur en travaux publics de la commune, qui se trouve être par ailleurs candidat aux élections municipales sur la liste de la Maire sortante. Dans son intervention, il fut accompagné, à sa demande, par deux agents municipaux d’Ordan-Larroque. La mobilisation de cette petite équipe fut immédiate, ce qui témoignait non seulement d’une disponibilité remarquable, mais aussi d’une véritable solidarité communale à notre égard.

Et notre surprise fut encore plus grande lorsque nous vîmes arriver sur le chantier  le Premier Adjoint d’Ordan et l’un des conseillers municipaux, qui se trouve être le Président de l’association Culture et Loisirs dont j’ai parlé vers la fin de mon billet de février.

Les uns et les autres se sont montrés très aimables et attentifs à la résolution du problème technique que nous rencontrions, et le Premier Adjoint a même payé de sa personne en secondant  ses employés. Je me disais que cette aide spontanée et désintéressée était exceptionnelle. Elle ne pouvait pas de surcroît être inspirée par une recherche de  nos suffrages puisque nous ne voterons pas ici aux municipales, étant arrivés trop tard pour nous inscrire sur les listes électorales, celles-ci étant closes depuis le 31 décembre 2013. Nulle part ailleurs, nous n’aurions rencontré cette  sympathique et conviviale assistance .

Nous avons pu ainsi prolonger les premiers contacts que nous avions eus avec ces élus locaux lors de la soirée théâtrale du 7 janvier tenue dans la salle communale du village (voir mon billet de février).Nos conversations roulèrent sur toutes sortes de sujets , liés entre autres à la vie locale et, bien sûr, aux prochaines élections.

Le Président de Culture et Loisirs nous remit en nous quittant un flyer qui annonce le prochain spectacle donné à Ordan-Larroque le samedi 22 mars (nous y serons bien entendu) : « Train de vie » (« Dans un hall de gare, des départs, des arrivées, donnent lieu à des scènes émouvantes ou drôles…»).La pièce sera jouée par  « Les Tréteaux Vicois », une association de théâtre amateur basée à Vic-Fezensac, qui anime aussi des ateliers de théâtre pour enfants et adultes.

« Ordan-Larroque – Chroniques de la vie d’un terroir »

 Il nous prêta par ailleurs un exemplaire de l’ouvrage « Ordan-Larroque – Chroniques de la vie d’un terroir » (photo de couverture ci-dessus). J’avais eu connaissance de l’existence de ce livre, mais je ne m’attendais pas à découvrir un opuscule de cette qualité. Edité en 2004, pourvu d’une mise en page et d’un graphisme soignés, rehaussés par de nombreuses illustrations couleur et des textes riches d’informations , il passe en revue sur plus de 150 pages l’histoire de la commune des temps les plus anciens jusqu’au XXème siècle, avec  un chapitre particulier pour les écoles et un autre pour les quatre églises de la commune -j’ai un faible pour l’adorable petite chapelle d’allure romane de Larroque, que j’ai souvent approchée lors de mes marches, avant même de poser mes valises en cette contrée. Le livre est très humain car il met en avant pour les périodes les plus récentes, photos à l’appui,  de belles et méritantes figures ordanaises : soldats de la 1ère  et de la seconde guerre mondiale,  prisonniers de guerre, déportés, résistants, immigrés, Maires successifs, instituteurs, agriculteurs, commerçants, artisans (dont Gaston Larcade, qui avec son autobus assurait dans les années 20 le transport du courrier d’Auch à Ordan-Larroque, ainsi que des voyageurs et- des marchandises – «  Le car était aussi le lieu où s’échangeaient les nouvelles qui se colportaient ensuite sous la foi d’« a gan dit au Gastoun » : « ça s’est dit chez Gaston »).

Un  encart émouvant  est consacré au cas d’Adèle Sabathier, Secrétaire de mairie de l’époque, emmené au camp de Ravensbruck, dont elle ne reviendra pas, pour avoir aidé à la fabrication de faux papiers. Lors de son arrestation, elle  reconnut avec bravoure sa responsabilité, déclarant avoir agi seule et à l’insu du Maire.

La place faite à l’école dans ces pages  est conséquente tant les enjeux de l’éducation, et au premier chef la lutte contre l’illettrisme, furent une priorité forte des républicains du XIXème siècle, sur fond de guerre scolaire entre enseignement public et enseignement privé, ce dernier soutenu au plan local par l’influent archevêché d’Auch et les tout aussi  influents comte et comtesse de La Roque.

Dans un préambule qui ouvre le sujet, les rédacteurs  écrivent entre autres : « Pour les filles et les travailleurs des campagnes, l’instruction était considérée comme superflue. « Fallait-il savoir lire pour savoir labourer ? ». « Un bon paysan, écrit l’archevêque d’Auch, ne sera pas plus mauvais cultivateur ni plus mauvais citoyen pour ne pas avoir appris à lire et à écrire ».L’intendant royal d’Etigny qui fut un grand bâtisseur pour Auch au XVIIIème siècle, ne disait pas autre chose : « Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de faire de grands raisonnements pour prouver l’inutilité des régents dans les villages. Il y a de certaines instructions qu’il ne convient pas de donner aux paysans… ».On mesure le chemin parcouru depuis, fort heureusement…

Nul doute que des occasions me seront données d’offrir cet ouvrage à tel ou tel de nos amis, tant il est bien fait, et tant j’ai la volonté de me faire l’ambassadeur en toutes circonstances  de notre nouveau lieu de vie, encouragé dans cette attitude par l’excellente impression que je retire de mes premiers pas ici.

"Rencontres alimentaires" …

A noter aussi notre rencontre avec la « marchande des quatre saisons », une sympathique fermière des environs, qui chaque samedi sur la place du village, propose sur son étal, à des prix doux,  légumes, pain, huiles de tournesol ou de colza ,œufs et gaufres. Nous avons rempli notre panier de ces bons et sains produits issus du proche terroir, et avons ainsi établi un lien « marchand » en direct du producteur au consommateur,  que nous comptons bien renouveler désormais chaque semaine.  A ses côtés, mais pas cette fois- là, un autre fermier vient vendre  ses fromages de chèvre frais ou affiné, dont on dit également beaucoup de bien. Je suis en tout cas impatient de les goûter…

Un nouveau restaurant, « L’Embellie » va par ailleurs ouvrir dans les jours qui viennent au cœur d’Ordan-Larroque, avec pour  ligne éditoriale de cuisine « Saveurs de Gascogne et d’Italie », remplaçant ainsi le précédent qui n’avait pas trouvé sa clientèle. Espérons qu’il saura mieux faire. Nous ne manquerons pas de nous y rendre pour contribuer à sa réussite, d’autant qu’il est le seul commerce sédentaire du village, qui compte par ailleurs une  Poste, en même temps dépôt de pain.

Nos voisins

Au plan des premiers bons contacts, je ne saurai oublier de faire état de ceux engagés avec nos voisins agriculteurs, deux frères vieux garçons, qui nous considèrent avec bienveillance, même s’ils se demandent pourquoi  les rurbains que nous sommes sont venus se perdre et s’isoler  ici, loin de tout, loin de la ville. Leurs regards, leurs postures, les mots qu’ils disent, sont empreints de cette réserve, de cette retenue, qui est propre aux ruraux. Le temps aidant, ils apprendront à nous connaître et nous lèverons ensemble les barrières culturelles et autres qui nous font vivre dans des mondes différents, bien que nous partagions le même amour et le même respect pour la nature.

Le Brouilh-Monbert

Ma plus récente sortie pédestre (1h35) m’a conduit samedi dernier au gré d’un parcours de petites « montagnes russes » à un tout petit village, Monbert (en gascon Montverd, le mont vert), qui a fusionné depuis 1980 avec celui du Brouilh (en gascon, Lo Brolh, le taillis), pour s’appeler Le Brouilh-Monbert, commune qui compte 226 habitants (chiffre 2011), et se trouve à  20 kms environ d’Auch,un km seulement séparant Monbert et Le Brouilh.

Monbert

Monbert  est un castelnau  juché sur un promontoire escarpé, au bord de la rivière la Baïse, tandis que Le Brouilh est en bas, dans la plaine. Lorsque je suis entré dans le village, je constatais qu’il n’y avait nulle âme qui vive. Il faut dire que Monbert est tout petit, se réduisant à une adorable place centrale bordée de 7/8 maisons rénovées ou en train de l’être, d’une église, l’église Saint-Laurent, que je n’ai pu visiter car fermée (ce qui est malheureusement souvent le cas). J’ai pu voir néanmoins sous le porche, et sur le mur d’entrée l’inscription révolutionnaire de 1794 : «Le peuple François (pour français) reconnaît l’Etre Suprême et l’immortalité de l’âme », serment de laïcité avant l’heure des habitants de Monbert à la Convention (cette religion de l’Etre Suprême, naturelle et « déiste »,portée par Robespierre, et  influencée par des philosophes comme Diderot, Voltaire et Rousseau, donnait lieu à des fêtes civiques visant à promouvoir des valeurs comme la fraternité, l’amour, la famille, le genre humain,  l’enfance, la jeunesse, le bonheur…). J’ai aussi visité le paisible cimetière, m’arrêtant devant les tombes qui me parlaient, éprouvant comme à chaque fois que je pénètre dans un tel lieu une profonde émotion. J’ai pu voir, là comme ailleurs, et avec beaucoup de tristesse, combien certaines d’entre elles sont abandonnées depuis longtemps, au point qu’on y trouve des messages de l’autorité publique menaçant de les faire disparaître si personne ne se manifestait. Je suis troublé à un point tel par cette indifférence montrée pour les aïeux que je me suis juré de ne pas finir en terre, mais en cendres.

Il y eut ici un château qui remonte aux XIIème et XIIIème siècles, mais il n’en reste rien. Il subsiste par contre une partie de l’enceinte ainsi qu’une porte-tour haute de 18/19 mètres dont la partie supérieure est écrêtée.

Malgré l’absence de vie, le lieu n’en est pas moins  plein de poésie et de charme. Il s’est trouvé vidé de ses habitants au gré des deux guerres mondiales et de l’inévitable désertification rurale. Une association d’inspiration chrétienne, Siloé, a entrepris de réveiller la belle endormie en 1974, sous la houlette de Soeur Marie Marcelle, religieuse ursuline, enseignante (en mathématiques), et directrice de l'Oratoire,école privée à Auch.Rachetant les bâtisses délabrées, l’association lança une immense rénovation qui prit l’allure d’un vaste chantier de solidarité auquel concoururent jeunes et moins jeunes, gens de passage, voisins, amis, religieux et même des militaires. Il s’agissait d’ouvrir là un centre  d’accueil pour des gens en difficulté. Aujourd’hui, les bâtiments en question sont devenus trois  gîtes de groupe  pouvant accueillir au total près de 40 personnes, avec  une offre de location aussi pour une salle de réunion dans une ancienne bergerie.

Le Pouchot

Juste avant d’arriver à Monbert, j’avais traversé un minuscule hameau, dit du Pouchot, et je m’étais étonné que les deux entités étaient si proches l’une de l’autre, avec seulement 300 mètres de discontinuité territoriale. J’ai compris pourquoi en apprenant que ce hameau abritait ceux qu’on appelait les capots ou les cagots, c’est-à-dire les lépreux, qui subissaient en ces temps une ségrégation inhumaine, la peur de la contagion conduisant à isoler ces populations hors des villages, en prononçant maintes interdictions à leur égard. Le bois ne transmettant pas la lèpre, ils étaient autorisés à exercer le métier de charpentier, et il y en eut plusieurs, semble-t-il, au Pouchot .

Le Brouilh

Après  Monbert  samedi, j’ai visité Le Brouilh ce lundi écoulé dans le cadre d’une randonnée d’1h40.J’étais d’autant plus curieux de découvrir  le village que le n° de mars du magazine « Géo » avait parlé de son bistrot dans le cadre d’un dossier de 14 pages consacré aux Gascons, à leurs cultures, à leurs caractères et à leurs passions, avec photo et accroche à la une (au demeurant, ce dossier est de peu d’intérêt). Evoquant en effet  au détour d’un des articles le sentiment fort d’appartenance des gascons à leur « petite patrie », la revue énumérait  différents lieux et situations témoins de cette dite appartenance, dont « la salle du café de l’Union au Brouilh-Monbert sur la D939 resté dans son jus… » !! Incroyable mais vrai !

Ce village, développé autour d’un monastère de religieuses issues de l’ordre de Fontevrault fondé en 1145, n’a pas du tout la singularité et le charme de Monbert, même si son église dédiée à Saint Jean l’Evangéliste, en partie du XVème siècle,  avec un portail roman,  offre la particularité d’un clocher élevé sur la base d’une tour-porte,  qui enjambe ainsi l’une des rues du village, au bout de laquelle on trouve aussi une grosse tour carrée médiévale qui passe pour être le donjon de l’ancien château.

Il y a quand même dans le bourg du Brouilh deux, trois, fort belles maisons, qui sont pour au moins d’eux d’entre elles de vrais châteaux. Elles appartiennent respectivement à une femme anglaise, à un couple belge (la demeure fut dans une autre vie un restaurant chic), et à un haut fonctionnaire de Bercy, marié à l’héritière de la propriété, dont le père fut Directeur de l’hôpital Cochin à Paris.

 Le Café de l’Union et dame Cécile

Je tiens ces informations de la tenancière du fameux café de l’Union, Madame Cécile, que j’ai eu la chance de rencontrer. Elle se trouvait à l’ombre de son bar (il faisait un temps magnifique hier), et me présentant à elle, elle m’invita  à m’asseoir à ses côtés. Nous eûmes une conversation d’une vingtaine de minutes pour faire connaissance. Elle m’apprit beaucoup sur son existence et son commerce, qu’elle tient depuis 37 ans : âgée de 76 ans, veuve depuis 2007 d’un mari originaire du Brouilh (elle, est née dans un lieudit voisin, c’est-à-dire qu’elle est une étrangère pour les gens d’ici !), elle a cessé ces dernières années son activité d’épicerie et celle du tabac, faute de clients, pour ne garder que le bar et un dépôt du journal local. Son fils, qui l’aide quand c’est nécessaire, a dû trouver un emploi à part entière car la recette n’est plus ce qu’elle a été (20.000 € de moins depuis quelques années, m’a t’-elle confié).Il faut dire que l’interdiction de fumer dans les lieux publics depuis 2008, et le prix sans cesse à la hausse  de la cigarette  ont conduit beaucoup de fumeurs à renoncer au tabac ou à se le procurer au-delà des Pyrénées, là où c’est moins cher, et ils n’ont donc plus de raison de mettre les pieds ici et de boire un verre à cette occasion. La dame Cécile  m’a raconté sa rencontre épique avec un petit blanc-bec de douanier  qui voulait se donner de l’importance et qui cherchait à  la prendre à défaut au moment de la cessation de la vente de tabac. Elle ne se laissa pas faire et lui tint la dragée haute, même quand il menaça de revenir plus tard pour vérifier que tout était en ordre. Il ne revint d’ailleurs jamais.

   Et puis, dit-elle encore, j’ai perdu trois,  quatre, de mes meilleurs clients du zinc, qui venaient au moins trois fois par jour, et qui ont disparu soit à cause de leur âge, soit victimes de la cirrhose et/ou du tabac (c’est moi qui le présume…). Il  lui reste une clientèle fidèle, sans doute plus clairsemée, faite des  gens du coin, notamment les agriculteurs et les chasseurs (c’est souvent les mêmes, et il y a parmi eux l’un de nos deux voisins ). Ils franchissent le seuil du troquet occasionnellement, et aussi  lors des banquets de chasse  à la salle des fêtes (une coutume gasconne indétrônable), pour y  prendre l’apéritif , et emprunter à la patronne sa machine à couper le jambon et le saucisson,  qui n’a plus d’usage depuis la fermeture de l’épicerie. Remontant allégrement le temps, elle me précisa que la maison était de 1850, et que probablement elle fut très tôt le bar-tabac-journaux du village. Ah !, sir les murs de la maison pouvaient parler ! Le lieu eut assurément une vie animée et festive, à la gasconne,  depuis des décennies, ce qui lui vaut aujourd’hui les honneurs de « Géo ». Il vit défiler bien des habitués -Dédé le poète, le parisien, Michel, Christian…Il s’y tint bien des réunions associatives ou autres, et on  y donna  maintes petites représentations théâtrales (une encore en 2012).

L’interrogeant sur l’existence d’un moulin au Brouilh et d’un autre tout proche à Mazères, Madame Cécile me précisa qu’ils appartenaient à des particuliers qui avec l’énergie de l’eau de la Baïse vendaient des kilowatts  à EDF. « Ils font de la lumière », dit-elle, une bien belle expression.

Je regrettais de la quitter mais il me fallait reprendre la route. Je lui fis tout naturellement la bise, en me promettant de revenir la voir.

 « Attache ta tuque »…

A la sortie du Brouilh, je vis une pancarte qui invitait à une rencontre autour du Québec. Trouvant insolite ce rapport au Québec en un tel endroit, je m’enquis sur internet de ce qui se tramait à ce sujet. Et j’appris qu’une association, "attache ta tuque"  ,ce qui veut dire « accroche toi, ça va bouger ! », s’était créée il y a quelques années dans le village pour lutter contre l’isolement en milieu rural et pour faire connaître le Québec dans le Gers  par différents modes de communication et d’expression, dont le « FestiQuébec », un festival qui a lieu chaque été (pour 2014, les 5 et 6 juillet) et qui mêle musique, cinéma, contes, débats, expositions, soirées festives…A l’origine de cette surprenante initiative, une gersoise, Nathalie, qui rencontra là-bas, il y a une dizaine d’années,  un québécois, Sylvain, l’épousa, et le ramena, mal du pays aidant, au Brouilh, avec le désir de créer des échanges entre ici et les lointains voisins amérindiens. D’où « attachetatuque », et en projet  un café culturel associatif (pourquoi pas le Café de l’Union pour tenir ce rôle et entamer ainsi une nouvelle  histoire ?).

La marche mène à tout. Il suffit, je crois, d’être curieux…

Fait le 11 mars

NB Lors d'une autre marche,le 31 mars, j'ai rencontré à Monbert le neveu de Soeur Marie Marcelle qui en digne héritier (enterrée dans le cimetière de Monbert, sa tante vécut de 1920 à 2003) poursuit le projet de Siloë.Il était d'ailleurs en train de retaper la maison qu'elle occupait dans le village.Il m'a fourni quelques informations complémentaires qui m'ont permis d'affiner mon texte. Il a eu aussi la gentillesse de me faire visiter la petite église qui a été rénovée de manière exemplaire par des équipes de volontaires.Il s'est par ailleurs installé un bel atelier de bricolage au Pouchot qui lui permet de concourir à la poursuite de la réhabilitation des maisons de l'association Siloë à Monbert.Son travail et celui des autres bénévoles méritent d'être salués comme il se doit.

Le Gers, terre féconde

Le Salon de l’Agriculture, un évènement médiatique

Le  Salon de l’Agriculture a fermé ses portes hier, et a enregistré un peu plus de 700.000 visiteurs. Il a derrière lui une vieille et belle histoire, étant installé Porte de Versailles à Paris depuis 1925 ! Organisé autour de quatre pôles (l’élevage et ses filières, la gastronomie d’ici et d’ailleurs, les cultures et filières végétales, les services et les métiers de l’agriculture), il compte 1.300 exposants, provenant de 22 pays différents et présente plus de 4.000 animaux.

Les parisiens, et plus particulièrement leurs enfants,  sont toujours aussi  béats (de niaiserie ?, de curiosité ? de méconnaissance ?...),  devant les animaux de nos fermes qui, eux, leur renvoient une totale indifférence quand ils ne manifestent pas, par cornes, pattes ou queues interposés, de l’agacement pour ces peuplades urbaines qui à la manière peureuse, gauche et ahurie qu'elles ont d'approcher les bêtes donnent l'impression de ne plus avoir depuis longtemps de liens et de racines avec le terroir français.

Le Salon connaît chaque année une très forte médiatisation, sans doute parce que les journalistes eux-mêmes s’y rendent comme s’ils allaient au cirque ou au zoo. Sans doute aussi parce que la presse est friande de ces hommes et femmes politiques qui « marathonent »à qui mieux mieux le Salon, avec le sentiment que plus ils battent des records de présence plus ils seront estimés des agriculteurs français (quelle blague !).François Hollande y aura consacré 5 heures, contre 10 en 2013 et 12 en 2012, signe que notre Président est déjà lassé de ce rendez-vous. Le Ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, qui n’est connu que des gersois (il fut Préfet ici, avant de devenir le leader politique de la gauche dans notre département), aura fait mieux que son Président avec 7 heures au compteur. La venue de Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate de l’UMP à Paris pour les élections municipales, n’a guère suscité d’intérêt, alors qu’il y aurait eu matière et grain à moudre à montrer des images de cette belle aristocrate flattant le cul des vaches…Il n’empêche : le vainqueur toutes catégories de cette performance demeure Jacques Chirac qui n’a guère manqué un Salon depuis son entrée dans la vie politique en 1965 jusqu’à ce que la maladie l’en empêche (il a encore fréquenté l’édition 2010 malgré ses 77 ans et son état de santé déjà dégradé). Ses  origines corréziennes   expliquent le fort et sincère attachement de l’homme au monde rural, à ceux qui travaillent la terre, et le succès sans pareil qu’il a rencontré à chacune de ses visites Porte de Versailles, tant de la part des agriculteurs que de leurs animaux !

Sauvegarde de races dans le Gers sur TF1

J’ai repéré un reportage parmi mille autres sur le Salon de l’Agriculture car il évoquait mon beau pays du Gers. Lancé par Claire Chazal dans son journal de 20 heures sur TF1, le vendredi 28 février, il mettait en valeur le temps d’un 2 minutes un jeune couple d’agriculteurs, Stéphanie et Christophe Masson, qui s’emploie à sauver et relancer des races en voie de disparition.

Installés à Beaumarchés (à 40 kms de notre domicile), dans l’ouest du département, ils élèvent là dans leur ferme « des quatre grâces », ça ne s’invente pas - « …une arche de Noë posée sur un côteau du Gers… », dit le commentateur -  des poules gasconnes (voir mon billet sur cette volaille en décembre 2013), des oies de Toulouse (1), des porcs noirs de Bigorre et des bœufs de race mirandaise (Mirande est une petite ville sous-préfecture du sud du Gers, d’un peu moins de 4.000 habitants), soit des espèces  quelque peu abandonnées par une agriculture trop intensive qui ne pouvait se satisfaire de ces animaux qui prennent leur temps pour mûrir en taille et en viande, alors que le mot d’ordre est au grandir et engraisser vite pour les besoins de la consommation.

A l‘écran, « Ficelon » (photo ci-dessus), un bœuf nacré, une perle rare, de cette race mirandaise que Christophe veut remettre au goût du jour avec quatre autres éleveurs de ses amis.

Le quadrupède, arrivé avec les wisigoths en des temps reculés (vers  400 après J.C.), est d’un genre rustique et robuste, ayant d’ailleurs tiré la charrue jusqu‘aux années 1950. Il passe sa vie aux champs, ne craint pas les intempéries et est nourri d’herbe et de légumineuses fourragères, sans farine ni ensilage de maïs. Le chef du « Bartok », une bonne table d’Auch, dit de lui : « Quand vous mangez leur viande, vous avez l’impression de brouter leur pré ».

Il y avait en 1900 180.000 « Ficelon ».Il en reste aujourd’hui  350. C’est dire la menace d’extinction qui pèse sur cette race qui met quatre ans, quatre ans et demi , à atteindre sa croissance optimale quand un bœuf ordinaire ne met que 18/24 mois ( mais dans quelles conditions ?).Un programme de re-développement est donc en cours, et Christophe insiste sur sa dimension économique, car le but est avant tout de permettre au paysan de vivre de son métier.

Le Gers est ainsi, et c’est tant mieux, au cœur de ces enjeux de renaissance de races et de modes d’élevage en vue de ne pas  sacrifier l’essentiel  à une rentabilité à tout prix. Il s’agit  de retrouver par cette voie  une viande de  qualité et de saveur tant réclamée par les consommateurs que nous sommes.

Quant à « Ficelon », il est devenu, malgré lui, une star de la télé, car outre TF1, France 2 dans son journal de 13 heures et Soir 3  lui ont également consacré un sujet.

Le Gers au Concours général agricole 2014

Qui dit Salon de l’Agriculture, dit Concours général agricole qui attribue chaque année les « Oscars » des produits et des vins français. Pour 2014, le Gers a raflé, d’après mes décomptes, 112 Médailles (contre 117 en 2013 – voir mon billet de l’époque, en mars de l’an dernier), dont 39 d’or, 45 d’argent et 28 de bronze. Ils ont concerné nos valeurs sûres : le foie gras de canard et les autres dérivés gastronomiques de ce volatile (rillettes, magret, pâté), le poulet au label Rouge, la pintade fermière, l’Armagnac, les vins rouge, blanc et rosé  des Côtes de Gascogne, le floc de Gascogne…

Le Domaine d’Embidoure et ses 3 Médailles d’or

Je donnerai  une mention toute particulière au domaine d’Embidoure situé dans les contreforts de Réjaumont, une localité proche de Fleurance : 3 Médailles d’or pour sa production ! L’histoire du lieu débute en 1955 avec l’arrivée sur place d’immigrants italiens, les Menegazzo, venus  exploiter  là de la polyculture, des vaches laitières et quelques rangées de vignes. Le fils, Jean-Pierre, va ensuite développer davantage la vigne, avant de transmettre le témoin en 2006 à ses deux filles, Nathalie et Sandrine, qui sont aujourd’hui à la tête de 25 ha de vignoble, autant de céréales, et de 2 ha de pommiers. Elles produisent chaque année 80.000 bouteilles de vins de Gascogne (avec 80% de cépages rouge), et 12.000 de floc. Les ventes se font à 90%  en circuit court par le biais de salons ouverts aux particuliers, en France et dans d’autres pays européens, où leur présence s’inscrit dans une logique de relation directe entre les clients et le producteur qu’elles sont. Les filles Menegazzo disposent  également d’une belle boutique à Fleurance, sous les arcades de la place de la République.

Ont été donc distingués par de l’or (bravo les filles !) : dans la catégorie IGP (Indication Géographique Protégée) Côtes de Gascogne 2012 rouge, la Cuvée des Filles d’Embidoure , produit phare de la propriété, issu des plus vieilles vignes et  des cépages Merlot, Cabernet Sauvignon, et Cabernet Franc. Elevé en fût de chêne pendant un an, ce vin est fruité, tout en rondeur, et peut accompagner à 15/17° des mets en sauce, des viandes rouges, des magrets, des volailles rôties et des fromages ; dans la catégorie IGP Côtes de Gascogne 2013 Blanc, sous le même intitulé que pour le rouge, un vin très fruité, issu des cépages Chardonnay, Sauvignon et Petit  Manseng , qui fort de sa puissance aromatique peut être servi (8/10°) en apéritif, mais aussi avec des tapas, du foie gras, du poisson, des viandes blanches, et des fromages ; enfin le floc de Gascogne blanc AOC 2013, une composition ancestrale (née au XVIème siècle, la recette se dit « Lou Floc » en occitan, le bouquet de fleurs), qui résulte d’un mélange gardé secret de jus de raisins frais et de jeunes armagnacs de la propriété,  à partir des cépages Colombard et Gros Manseng. Conservé pendant dix mois, le floc est servi frais ou glacé, en apéritif, mais également au cœur d’un melon, avec un bon foie gras, ou au dessert, et il gagne à être consommé dans l’année qui suit.

Le Domaine d’Arton et ses deux Médailles d’argent

Il faudrait pouvoir s’attarder également sur les nombreuses  Médailles d’argent et bronze récoltées par le Gers, mais la place me manque. Juste un mot cependant pour le domaine d’Arton, sis près de Lectoure, dont nous apprécions  les propriétaires et les vins : il s’est vu gratifier de deux Médailles d’argent, l’une pour  son vin rouge 2012  La Croix d’Arton (délicieux !),  l’autre pour son armagnac Château Arton Haut Armagnac, La Réserve.

Prix d’Excellence

Il convient aussi de faire état des deux Prix d’Excellence  accordés par le Concours général à deux producteurs  gersois pour la régularité de leurs bons résultats au fil des années : Avigers  à Mirande, l’un des leaders français du label Rouge de la volaille fermière, qui regroupe 350 éleveurs pour plus de 5 millions de poulets élevés par an, et la cave coopérative de Condom , Terres de Gascogne (140 viticulteurs), récompensée  pour son armagnac hors d’âge.

Animaux domestiques  élevés dans le Gers

Hors le canard et le poulet qui sont élevés en nombre dans le Gers, il y a dans notre département  peu de vaches et bœufs, ni beaucoup de porcs, moutons et agneaux, et de moins en moins d’oies, l’agriculture étant très céréalière. Il y a aussi, ici et là, des chevaux ou des poneys pour les loisirs, et aussi quelques ânes, parfois regroupés en asineries (fermes d’élevage d’ânes),  comme à L’Isle-Jourdain  ou à Moncorneil-Grazan, pour une offre promenades ou en vue de commercialiser le lait d’ânesse et ses dérivés ( savons, cosmétiques, gélules...). Et il se trouve que pas loin de notre nouveau domicile, j’ai découvert dans un pré  lors d’une de mes premières marches une bonne vingtaine d’ânesses et d’ânons de la race pyrénéenne gasconne, c’est-à-dire petits et trapus. Ils sont adorables et placides, vous fixant du regard avec l’air d’attendre quelque chose de vous. Ils paraissent intelligents. Et ils le sont sans nul doute, puisque le fameux bonnet d’âne mis sur la tête d’un mauvais élève voulait signifier à l’origine qu’en le coiffant de ce couvre-chef insolite on espérait justement  qu’il acquerrait l’intelligence de cet animal. Si l’occasion m’est donnée de faire la connaissance des propriétaires de ce troupeau d’ânes, je ne manquerai pas de faire un billet sur le pourquoi et le comment de cette asinerie d’ici.

Animaux sauvages : chevreuils et sangliers

Il y a également dans notre Gers  des animaux sauvages (la profusion de nature y est pour quelque chose), surtout des sangliers et des chevreuils. Ces derniers sont des bêtes superbes et  gracieuses, qui font partie de nos paysages. Mais attention, ils traversent souvent nos routes sans crier gare, mettant en danger la vie des automobilistes. Ils sont gros consommateurs de plantes, de bourgeons  (les jardins non clôturés des particuliers en font les frais), de feuilles et de jeunes branches d’arbres, ainsi que de certaines cultures d’hiver. Ils sont sujet par ailleurs à des infections parasitaires dont certaines sont transmissibles à l’homme, d’où la nécessité d’éradiquer régulièrement cette espèce.  

Les sangliers, eux, on ne les voit pas, et c’est préférable car ils pourraient vous charger s’ils se sentent menacés  (je me souviens que lors d’une sortie pédestre un automobiliste chasseur m’avait prévenu de ne pas rester dans les environs du fait de la présence d’une maman sanglier qui pouvait se montrer dangereuse à mon égard du fait qu’elle avait ses petits à ses côtés). Ils  sont considérés comme nuisibles car ils causent de gros dégâts aux cultures (beaucoup plus que les chevreuils).

Les 12.000 chasseurs que compte le Gers s’emploient à réduire leurs populations, et le Préfet vient d’autoriser un mois supplémentaire de chasse dans les 15 cantons de l’ouest du département pour accélérer davantage leur élimination.  Certes, un grand nombre de ces mammifères est tué chaque année, mais dans le Gers il y en a aujourd’hui de l’ordre de 4.500 contre une moyenne de 3.000 ces cinq dernières années. Ils s’en prennent surtout au maïs et le mauvais temps qui sévit depuis des mois les aide dans les ravages qu’ils occasionnent à cette plante : la météo pluvieuse a en effet contraint les agriculteurs à échelonner le semis du maïs, facilitant ainsi le cheminement du sanglier d’un champ à l‘autre pour dévorer les jeunes pousses. 210 hectares ont ainsi été détruits en 2013 contre 130 en 2012. 230.000 € d’indemnités ont été versées aux agriculteurs en 2012/2013 en une période où le maïs connaissait un cours élevé, et 270.000 le seront en 2013/2014, alors que le cours du maïs est cette fois en baisse.

 

(1)    Les oies de Toulouse peuvent faire penser à la légende des oies  du Capitole, dans la mesure où la ville possède en son centre un  prestigieux bâtiment qui abrite l’hôtel de ville et le théâtre, qui fut appelé le Capitole car sa construction fut décidée au XIIème siècle par les élus de l’époque, appelés les capitoules. Mais, même si  les oies de Toulouse ne manquent pas de notoriété, elles ne sont néanmoins pour rien dans ladite légende des oies du Capitole. Le Capitole dont il s’agit est le nom d’une des sept collines de Rome, dont les habitants furent sauvés de l’invasion des gaulois en 390 avant J.C. grâce aux oies sacrées qui par leurs cris les prévinrent du danger…

Fait le 2 mars

 

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Fougère François | Réponse 29.03.2014 13.20

Pouchot : il ne s'agit pas d'une menuiserie quasi industrielle mais d'un atelier privé que mon ami Yves Boulanger a construit de ses petits bras musclés.

thierry decrock 29.03.2014 23.40

Merci de vos remarques.Je modifierai en conséquence mon texte.Puis-je vous demander à qui ai-je l'honneur ? Bien à vous.

Cabon Pascale | Réponse 10.03.2014 09.24

Quelle belle région de France que j'aimerais découvrir un jour!
Avec tes yeux, je peux me l'imaginer.
Merci!

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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