Points de vues du Gers Carnets

Une longue parenthèse

Pour cause d’itinérances d’été en France (Lyon, Paris, Perpignan, Tarbes) et de séjour de trois semaines en Indonésie afin de rendre visite à mon frère aîné qui vit à Jakarta, mon blog va prendre quelques vacances.

Je ne le réactiverai qu’aux environs de la mi-septembre.

Je profiterai d’ailleurs des deux mois qui viennent pour réfléchir à son évolution, après bientôt deux ans de fonctionnement, période qui m’aura permis de rédiger 123 billets avec celui-ci (soit une moyenne de 5,5 billets par mois), pour 65.800 pages lues (soit une centaine par jour).

Peut-être, mais rien n’est moins sûr, je me dirigerai vers un blog à chroniques plus courtes, plus illustrées, et collant davantage à des réactions à chaud sur certaines actualités, à des sujets insolites, sans délaisser pour autant les thèmes liés à ma vie dans le Gers et à mes occupations.

L’un des faits majeurs de cet été pour ce qui me concerne sera bien sûr la découverte de l’Indonésie et du mode de vie de mon frère aîné et de sa petite famille. Inutile de dire que je vivrai là-bas un choc de civilisation et de culture, tant la rupture sera grande par rapport à notre monde occidental. Je raconterai bien entendu dans mon blog ce voyage et ses temps forts.

Autre évènement que je suis impatient de vivre : la retransmission à l’Olympia, à Paris, sur écran géant, du récital d’adieu de Jacques Brel à la scène (c’était en 1966) et du dernier tour de chant de Georges Brassens à Bobino(1969). J’ai souvent exprimé dans mes carnets le regret éternel qui est mien de n’avoir jamais pu voir Jacques Brel en représentation. C’est dire combien ce rendez-vous  est important pour moi : il me donnera presque le sentiment de rattraper l’occasion ratée de toute une vie.

Nous fréquenterons par ailleurs dans le Gers le Festival international de Jazz de Marciac, l'un des plus cotés désormais dans le monde entier, et le Festival de Gavarnie, où, au pied même du cirque éponyme, dans un décor de montagne somptueux des Pyrénées, sera jouée la célèbre comédie de William Shakespeare, "Le Songe d'une nuit d'été".

Pour mes lectures estivales, j’emporte entre autres le nouveau n°  (le 10ème du genre) du magazine « Plaisirs du Gers », qui ne paraît qu’une fois par an,  début juillet. L’invité d’honneur en est Jean-Pierre Marielle, un excellent comédien de cinéma et de théâtre (si on met de côté les quelques « navets » auxquels il a prêté sa collaboration pour des raisons « alimentaires »). L’homme est attachant et il  connaît bien le Gers car il y compte un excellent ami, Pierre Vernier, également très bon acteur, mais moins connu du public (il suffit cependant de voir la photo de celui-ci pour se rendre compte de la place qu’il a occupée lui aussi dans le cinéma français, en jouant avec les plus grands réalisateurs – Verneuil, Delvaux, Losey, Lelouch…).

Tout au long des 224 pages de ce numéro, ouvertes à de beaux acteurs du Gers du monde de la gastronomie, du vin, de l’art, de la musique,  on vérifie une fois de plus la qualité exceptionnelle de cette publication, que j’ai déjà soulignée à plusieurs reprises dans mon blog : graphisme très soigné, photos magnifiques, textes fort bien léchés. Fort d’ailleurs de son succès, le magazine s’est enrichi d’un « clone », « Plaisirs du Tarn », tout aussi réussi que son aîné.

Pierre Pérouchet, le directeur de la rédaction, rappelle dans son éditorial la philosophie du magazine : « …celle qui consiste à apprécier la vie pour ce qu’elle est, à goûter les plaisirs vrais, à aimer les êtres dans leur imparfaite mais si touchante humanité ».

NB Un décès qui m'a touché : celui d'Hervé Cristiani, mort d'un cancer des cordes vocales à 66 ans, mon âge. Son nom ne dit rien à personne. C'est lui qui interprétait dans les années 80 "Il est libre Max", une ode à la liberté de faire et de rêver qu'on a tous chantonnée. "Il y en a même qui disent qu'ils l'ont vu voler".Et puis Max, c'est le prénom du compagnon d'une très chère amie anglaise, elle aussi emportée par la maladie à 53 ans.Avec elle et avec mon épouse, nous chantions à Max très souvent, en nous amusant, l'air de Cristiani. C'est un souvenir de franche complicité amicale.

Fait le 19 juillet

"Connais toi toi-même"

C’était ma fête mardi 1er juillet, et mon 66ème anniversaire aura lieu, lui, le 28 juillet prochain.

Voilà donc une double occasion pour faire un point sur moi-même et jeter un coup d’œil dans le rétroviseur

« Connais-toi toi-même », disait Socrate, philosophe grec du Vème siècle avant Jésus-Christ,  à ses étudiants (ci-contre son buste). Pas facile au demeurant.

L’astrologie

Je ne crois pas à l’astrologie et à ses dérives commerciales sinon boutiquières. Pour autant, il est troublant de trouver dans le signe dont on relève des similitudes avec ce qu’on est.

Par exemple, mon épouse est Taureau (dit signe fixe de terre), et elle a bien quelques- uns des traits propres à ce signe : obstination, calme, persévérance, robustesse, prudence et bon sens. Mon fils est Capricorne, le signe cardinal de terre, et lui aussi possède les points forts de son signe : intériorisation des sentiments, calme, stabilité, logique, raison, réflexion, faculté de concentration, grande exigence…

Le signe du Lion

Pour ma part, je suis né sous le signe (de feu) du Lion, et combien de fois ai-je entendu dire à mon sujet « Ah ! c’est bien un Lion !». C’est un signe où défauts et qualités sont des paroxysmes. Parmi les premiers : l’autorité, souvent trop forte, l’ambition, l’impulsivité,  l’amour-propre, l’orgueil, la susceptibilité, le besoin de briller et d’être le chef, la recherche des honneurs…Au nombre des secondes : le dynamisme, la volonté, l’esprit d’entreprise, la passion, la générosité, la recherche de l’absolu et de la perfection, le panache, la loyauté…Un mélange explosif ! Il est vrai qu’avec l’âge j’ai pu constater que ces éléments de personnalité s’émoussent, ne serait-ce que parce que les échecs éprouvés, les adversités rencontrées, les amères déceptions ressenties, vous conduisent à mettre de l’eau dans votre vin, même si ce retour à plus de modestie et de réserve est un crève-cœur pour le roi de la jungle.

Le lion qui est en moi n’est pas cependant aussi cruel que l’animal. Je suis plutôt quelqu’un d’ouvert, de bienveillant, d’enthousiaste, et pas mal extraverti. Il ne fallait pas toutefois trop me « chatouiller » (je parle au passé car aujourd’hui je montre une paisibilité presqu’à toute épreuve), sinon à craindre un coup de patte de ma part ou une colère homérique.

Je suis en fait plutôt d’agréable compagnie et je n’ai jamais eu trop besoin de faire étalage de ma force, usant d’autres ressorts (instinct, intuition,  séduction, autorité, charme, conviction) pour parvenir à mes fins, frisant parfois sans doute le ridicule à vouloir trop en faire.

J’étais reconnu comme un actif quasi-obsessionnel, un activiste en quelque sorte, investissant toute l’énergie dont j’étais capable aussi bien dans ma vie professionnelle que dans ma vie associative et personnelle .Pour autant, je ne me suis jamais dispersé, me mobilisant le plus souvent autour d’un ou deux  buts précis, et pas plus.

Des épreuves, j’en ai connu, comme tout un chacun. Je les ai affrontées avec courage et dignité, car le lion ne supporte pas pour lui-même  la dégradation de son image et la perte de sa propre estime. Il faut dire néanmoins que j’ai toujours vécu avec une rare intensité les moments difficiles, de par ma forte nature, mais je veillais à redresser rapidement les situations grâce à une réelle capacité   de récupération.

Dans mes relations avec les autres,  aucune mesquinerie, ayant plutôt pour eux une attitude  de générosité et de partage, rejetant très vite toutefois les gens animés de médiocrité et de bassesse, ou ceux qui sont trop dans le paraître, l’esbroufe , le clinquant, le faux-semblant, le mensonge, l’hypocrisie . Car je suis très sensible à la qualité humaine des êtres, à leur droiture, à leur sincérité, à la beauté de leur âme. Et si ma confiance est trahie par un ami, je lui tourne irrémédiablement le dos sans faire de bruit ou d’histoire. Je suis mal à l’aise dans l’ambiguïté ou la fausseté, fuyant les situations confuses, troubles, car ayant besoin de mettre les choses et les individus en pleine lumière pour mieux les appréhender. Je peux dans cet esprit me montrer d’une franchise un peu brutale, au point de manquer de finesse, de psychologie, pour gérer des situations délicates ou des sentiments subtils.

Aussi, n’a t’on pas à redouter de moi manœuvres ou coups bas, j’en suis incapable, je trouverai cela indigne de moi, et je n’ai jamais utilisé les jeux d’intrigue ou la combine pour parvenir à mes fins. C’est d’ailleurs en certaines circonstances une fragilité car je ne sais pas affronter l’espiègle, le rusé, le « tordu »,  étant plutôt du genre franc-tireur.

Mon plus grand défaut est sans nul doute la vanité et l’orgueil : tel un lion, il me fallait être toujours le plus beau, le plus fort, le premier, le meilleur, avec ce besoin d’être admiré et aimé. Et je ne ménageais pas mes efforts pour y parvenir, usant du pouvoir de séduction  qu’on voulait bien me reconnaître.

Mais en même temps quel talon d’Achille, quelle vulnérabilité ! Il me fallait être en toutes occasions « à la hauteur », et donc vivre dans un état de tension continue pour ne pas décevoir ou le moins possible. J’ai bien conscience  en n’ayant pas assez souvent « jeté le masque », me considérant en représentation permanente, d’avoir installé avec  les autres une distance telle que j’ai sans doute raté  de belles rencontres.

Une explication

 Ce comportement, je sais d’où il vient : d’origine sociale ordinaire, j’ai été privé de « soins » qualitatifs et éducatifs (je cherchais mes références auprès de mes tantes maternelles, Flore, Blanche, Marie-Thérèse, qui ont tant compté pour moi), et pire, d’affection : une maman trop tôt disparue – 31 ans-  et à peine connue, un père insignifiant (je ne vise pas l’homme mais la fonction qu’il n’a pas su tenir), sinon pour exercer sur ses enfants une autorité médiocre mais oppressante. A titre d’exemple, nous avions cassé à la maison sans le vouloir un sucrier ordinaire. Nous avions treize-quatorze ans. Craignant les foudres du pater familias, mon frère et moi nous nous sommes évertués à recoller les morceaux un par un, et j’avoue que nous étions plutôt fiers de notre travail de reconstitution de l’objet. La supercherie fut bien sûr découverte, mais nous ne fûmes pas victimes de représailles, probablement parce que mon père avait pris conscience, au regard de  notre geste désespéré, de l’effroi qu’il nous inspirait, et nul doute qu’il en a été sur le coup troublé.

C’est cette même « frousse » qui, un jour, un peu avant ou un peu après l’histoire du sucrier, me conduisit à vouloir prendre coûte que coûte le train qui nous emmenait quotidiennement à l’école à Compiègne, alors que je boitais bas, tout bas, victime d’une énorme entorse à la cheville, dont je n’ai plus souvenir de l’origine. Décider de rester à la maison ne me serait pas venu à l’esprit, malgré mon état, et cela par peur de mon père. Etant vu alors claudiquant dans la rue par une voisine, celle-ci me fit faire demi-tour et se chargea de prévenir qui de droit. Là non plus, je n’eus pas à subir de mauvais retour de la part de l’autorité paternelle, la voisine en question (merci à elle) me servant de « pare-feu » pour l’occasion.

Sortir par le haut

Je me suis juré en tout cas dès mon plus jeune âge de sortir de l’adolescence par le haut, rompant mes amarres familiales,  et pariant, avec j’en conviens beaucoup de prétention, sur l’élégance, le beau, le sensible, la curiosité, la culture, les études, le maintien, pour échapper à un destin trop commun, me faisant une règle de vie du précepte d’Albert Camus, repris de son père,  « Un homme, ça s’empêche » (être adulte, n’est-ce pas en effet savoir se tenir, se retenir ?),  persuadé que ma mère bien-aimée aurait approuvé et encouragé mon attitude.

La fierté, l’amour-propre,  l’envie de réussir, d’épater même, l’égoïsme aussi, ont fait partie de mes carburants pour faire en sorte que ma  vie emprunte un parcours aussi « noble » que possible. Mais qu’on se rassure : je ne me suis jamais pris au sérieux au sens « collet monté » du terme, et j’ai eu mon lot de sorties de route, d’impasses, de marches arrière, de brûlures, de blessures, de déceptions, car les « démons » et les révoltes nés d’une enfance meurtrie et douloureuse ne s’éloignent jamais tout à fait…Samuel Beckett, écrivain, poète, et dramaturge irlandais (1906-1989) disait : "Vous n'avez cessé d'essayer ? Vous n'avez cessé d'échouer ? Aucune importance ! Réessayez, échouez encore, échouez mieux."

Humiliations et vexations

J’ai souffert par exemple des humiliations subies à l’école car elles étaient pour moi autant d’affronts à ma dignité (je ne supporte pas de la même manière voir autrui être humilié), de même que j’ai souffert de la solitude, quand ce n’était pas de l’abandon,  qui a affecté maints instants de ma prime jeunesse  (d’où la sociabilité que plus tard j’ai largement développée en moi).

Encore vif à l’esprit, entre autres, le port de chaussures orthopédiques rouges,  imposé par mon père alors que j’avais 12/13 ans et  que mes pieds ne connaissaient aucune malformation. Mon géniteur avait sans doute récupéré gracieusement cette paire de godillots médicaux à ma pointure, ce qui lui évitait l’achat de souliers neufs, et peu lui importait la honte qu’il me faisait subir.   

Dans le même ordre d’idées, je me souviens de l’obligation qui nous avait été faite de mettre des pantalons de golf à la tintin, alors que la mode en était passée depuis longtemps. C’était à un moment où nous sortions de la période des shorts anglais et demandions à porter des pantalons comme tous les autres garçons de notre âge. Eh bien non ! Sur injonction du chef de famille, une de plus,   il a fallu transiter par le ridicule et dégradant pantalon de golf (on devait s’en procurer à vil prix puisque le produit n’avait plus cours), un accoutrement que même Hergé fit quitter à son héros au profit d’un pantalon classique ! Nous étions la risée de nos compagnons d’école, mais  fort heureusement la « pantalonnade » s’acheva assez vite, notre entourage familial (je ne sais plus lequel), s’émouvant de notre « déguisement » et nous fournissant à ses frais pour notre plus grand bonheur une tenue moins désopilante.

Autre vexation : mon père avait dû promettre à ma mère sur son lit de mort en 1956 (j’avais 8 ans) de continuer à nous scolariser dans des écoles religieuses, promesse qu’il tiendra jusqu’à son remariage. C’est ainsi qu’avec mon frère aîné, nous étions pensionnaires à l’âge de 14/15 ans dans une institution de frères maristes à Pont-Sainte-Maxence, dans l’Oise. Fréquentaient l’établissement des fils de bonne famille, parisiens pour la plupart (parmi eux par exemple la progéniture d’André Aubert,  fameux imitateur décédé en 2010, qui interpréta pendant 25 ans, en imitant à la perfection Fernandel, le célèbre Don Patillo  dans une célèbre saga publicitaire autour du slogan « Des pâtes, des pâtes, oui, mais des Panzani ! »).

Le dimanche soir, de retour à l’école, tous les écoliers se rendaient d’abord dans le vestiaire collectif pour y entreposer leurs affaires, et notamment les provisions amoureusement déposées dans les sacs par les mamans. A chaque fois, nous ne vivions pas bien la séquence car nous n’avions pas grand-chose à transférer dans nos casiers, à l’exception de quelques fruits, pendant que les fils à papa nous « éclaboussaient » de leurs friandises et autres confiseries. Quelle frustration pour les jeunes ados que nous étions, orphelins de mère, jamais choyés par leur père ! Il fallait les occasions de séjour dans notre famille maternelle (et nous les attendions avec impatience) pour savoir ce que c’était d’être gâtés et cajolés !

Ecrire une autre histoire

Il m’a donc fallu quelque part me « venger » de ces privations et autres adversités. J’ai dit plus haut les armes dont je me suis muni pour tourner la page, effacer ou oublier ces humiliations, et écrire une autre histoire. Mon enfance, mon adolescence, ma jeunesse, n’ont cependant pas été complètement noires, loin s’en faut, et il y eut bien sûr plein de bons moments, même si je souscris aux mots bien sentis de la belle chanson de Jacques Brel, « Mon Enfance » :

« Mon enfance passa

De grisailles en silences

De fausses révérences

En manque de batailles….

…Pourtant déjà certain

Que mes oncles repus

M’avaient volé le Far West… »

 Ma vie professionnelle s’est inspirée bien sûr de cette ligne de conduite volontariste. J’ai tenu tout d’abord à entreprendre des études universitaires, bien que je n’avais guère de moyens pour les financer. Mais je savais que c’était le prix à payer pour accéder à un métier que je voulais gratifiant, valorisant, exaltant. Restait à m’organiser entre lesdites études et une activité alimentaire de surveillant dans l’Education nationale. Je n’en dirai pas davantage, ayant dit ce qu’il fallait dire sur cette période de ma vie dans un billet de mai 2013, « 1967-1973, des années studieuses, malgré tout…».

Mon parcours professionnel

Un diplôme de Maîtrise en Droit Public en poche, je déroulerai alors à partir de 1973 (j’avais 25 ans) une carrière qui a consisté du début à la fin à travailler au côté d’élus socio-professionnels ou de collectivités locales. J’ai été passionné par les responsabilités qui m’ont été confiées, dirigeant ici le cabinet d’un Maire, assurant là une mission de lobbying ou de communication, impulsant ailleurs la promotion économique, touristique et agro-alimentaire d’un département, suivant une autre fois des dossiers stratégiques et/ou sensibles, dirigeant en une autre période une infrastructure de transport, ou encore participant à la défense des intérêts d’une profession ou d’une catégorie d’entreprises dans le cadre d’une organisation patronale.

J’avais le sentiment de servir l’intérêt général, une cause qui me tenait à cœur, car fondatrice d’initiatives pour l’amélioration des conditions de vie des populations ou pour la bonne santé économique des entrepreneurs et de leurs salariés.

J’ai ainsi été l’homme de confiance, pour ne pas dire le « mercenaire »,  d’une petite dizaine de patrons de structures publiques ou privées. Soit autant de caractères différents, certains aimables et consensuels, (parfois trop au point, pour l’un d’entre eux,  d’être aussi onctueux qu’un évêque ou un notaire), d’autres franchement détestables ou presque (j’ai eu à supporter notamment deux petits « adjudants-chefs » qui me traitaient comme un « bidasse » de base, tout juste s’il n’aurait pas fallu les saluer à la militaire, le doigt sur la couture du pantalon). Certains avec lesquels il était fort enrichissant d’œuvrer, et d’autres beaucoup moins. Certains ayant soif de considération et de reconnaissance, d’autres pas. J’ai même connu un Président qui poussait l’excès de non-zèle jusqu’à se demander à quoi il servait,  manifestant une extrême timidité dans l’exercice de sa mission (je me remémore à l’instant une scène où il m’a fallu presque le pousser dans le dos pour qu’il aille se présenter au Préfet de région lors d’une réception officielle). C’est pourtant cette période de six ans passée  à ses côtés dont je me souviens avec le plus d’émotion et de nostalgie, car l’homme, s’il n’était pas fait assurément pour la responsabilité socio-professionnelle  qu’il occupait, était sympathique, ouvert, chaleureux et curieux de tout, et j’ai éprouvé pour lui beaucoup d’estime et de considération.

Par ailleurs, ces chefs avaient peu ou prou,  à une ou deux exceptions près, la même déplorable ressemblance : leur action était malheureusement tournée en priorité vers  leur carrière et leur intérêt personnel, et seulement après vers l’intérêt général.

Et lorsque tel ou tel venait à quitter ses responsabilités, de par sa propre volonté, ou parce que battu à l’issue de l’’élection de renouvellement de son mandat, je me trouvais dans l’obligation de travailler pour un nouvel entrant (avec le risque que l’ « attelage » ne fonctionne pas longtemps) ou de m’en aller si celui-ci le souhaitait, jouant dans ce cas le rôle de « fusible », comme il m’est arrivé aussi de l’être lorsqu’en cours de relation professionnelle  notre collaboration s’était trop dégradée pour tenir plus longtemps. Mais malgré cette instabilité intrinsèque de mon métier, j’ai pu enchaîner sans discontinuité les opportunités professionnelles.

Le couple que je constituais avec l’élu devait bien entendu parfaitement s’entendre, et de surcroît il m’appartenait de ne pas lui « faire de l’ombre », exigence haut placée s’agissant d’hommes susceptibles,  à l’ego surdimensionné,  qui ne supportaient pas de partager la lumière et le pouvoir. A ce sujet, ma forte et encombrante personnalité n’a pas certaines fois facilité les choses…Un Président de Conseil général qui m’avait fait quitter une belle situation à Paris pour une perspective professionnelle enthousiasmante à ses côtés, en province, s’était proposé de m’installer d’abord dans un premier poste opérationnel, pour me choisir  ensuite comme Directeur de son cabinet. Le temps passant, je me faisais de plus en plus pressant auprès de lui pour que promesse soit tenue à propos du second temps de la nomination. Lors d’un déjeuner provoqué à cet effet, il me fit savoir qu’il n’y donnerait pas suite, estimant que j’aimais trop le devant de la scène et les éclairages, alors qu’un « dircab » par définition même se devait de rester dans l’ombre…J’ai bien essayé de lui faire comprendre que j’étais tout à fait capable de m’adapter à la fonction, c’était d’ailleurs inhérent à la carrière que j’avais choisie, mais rien n’y fit. Je démissionnais alors sur le champ, car je ne me voyais plus servir un homme qui avait manqué à ses engagements. La confiance n’y était plus. Il avait néanmoins su exploiter à son avantage un défaut présumé de ma cuirasse, s’en servant d’ailleurs comme d’un prétexte, car j’appris un peu plus tard qu’en réalité c’est le Directeur général des services du département qui s’était opposé à cette intention présidentielle, avec une injonction du genre « Ce sera lui ou moi »…

Graphologies

Qu’avais-je à offrir à mes employeurs successifs ? Deux graphologies de mon écriture, réalisées respectivement en 1977 et en 1992  en deux circonstances de sollicitation d’emploi (que j’ai d’ailleurs obtenu)  répondent en partie à la question. Bien qu’elles aient quinze ans d’écart, ces analyses, que j’ai conservées précieusement,  convergent sur la description de mon potentiel professionnel.

Ma personnalité

Au plan de la personnalité, mon écriture révèle (je cite la graphologue de 1992) : « …un homme qui connaît ses limites, mais qui a aussi conscience de ses atouts, et sait notamment qu’il est capable de s’imposer et de donner beaucoup de lui-même pour une activité qui le motive ». Elle ajoute : « Il est en profondeur plus anxieux (c’est vrai !) et peut-être un peu moins sûr de lui qu’on pourrait le croire, mais il le sait et ne cherche pas à forcer son assurance. Il sait dépasser ses incertitudes, prendre sur lui et aller de l’avant. Il parvient à bien contrôler ses réactions et donne de lui-même l’image d’un homme solide et calme, même s’il passe parfois par des moments de doute ». Et encore : « …étant d’une nature très affective, il a besoin pour donner sa pleine mesure d’évoluer dans un contexte stimulant, mais surtout d’avoir des relations de confiance avec sa hiérarchie. Il est en effet sensible, non pas à une valorisation personnelle, mais aux marques d’estime et de confiance qu’on peut lui prodiguer. S’il se sent apprécié, s’il a un travail motivant, il se donne sans compter, ne ménage ni son temps, ni sa peine pour être à la hauteur des responsabilités qui lui sont confiées ».

Ma manière d’être et d’agir au plan professionnel

Et voici enfin ce que cette même graphologie met en exergue à propos de ma manière d’être et d’agir au niveau professionnel : « Intuitif, il se fait vite une idée de la situation, mais pour garantir l’exactitude de ses résultats, il ne se fie pas à sa première impression et se livre à une analyse exhaustive du problème à traiter avant de prendre position. C’est en effet un homme qui a un souci marqué de rigueur et préfère toujours s’abstenir plutôt que d’émettre un avis non fondé et commettre ainsi des erreurs. Il procède avec méthode, aime pouvoir s’accorder, notamment s’il est en terrain inconnu, un temps de réflexion afin de déterminer dans le calme la meilleure stratégie à suivre. Il se fixe des objectifs et met ensuite tout en œuvre pour les atteindre dans les meilleurs délais. Il a en effet le sens de la rentabilité, le désir d’être efficace, mais sans pour autant survoler les problèmes. Il apprécie de pouvoir aller au fond des choses, de bien analyser les situations sous toutes leurs facettes, et parvient ainsi à de très bons résultats. Le temps qu’il peut sembler perdre au départ est largement compensé par la suite par la régularité de son rythme de travail et sa ténacité. Il s’investit à fond dans ce qu’il entreprend, mais a besoin cependant de croire réellement en ce qu’il fait pour donner le meilleur de lui-même. S’il ne se sent plus en accord avec sa mission, il préfère abandonner plutôt que de faire un travail à contrecoeur.

Il témoigne de bonnes capacités d’analyse et de synthèse. C’est un homme qui a un esprit clair et bien structuré, qui sait prendre du recul par rapport aux situations et fait preuve de finesse dans ses perceptions. Il parvient ainsi à des synthèses  claires, il sait bien dégager l’essentiel du superflu, ne pas s’encombrer l’esprit de détails sans importance, mais ne néglige pas pour autant certains aspects des problèmes qui lui sont confiés. Honnête intellectuellement, il n’hésite pas à se remettre en cause et à faire amende honorable s’il se rend compte  qu’il s’est effectivement fourvoyé. Il essaye toujours de comprendre les raisons de ses erreurs et tire la leçon de l’expérience. Certes, il peut lui arriver de temps à autre d’avoir de légères réactions de susceptibilité, mais ceci est relativement rare. Il est, d’une manière générale, pondéré et nuancé dans ses jugements, et tient compte de l’avis d’autrui. Il témoigne d’une bonne aisance tant verbale que rédactionnelle, il a un style vivant et alerte ».

Incroyable de constater ce qu’il est possible d’extraire de la substantifique moelle d’un individu   à partir d’une simple lettre manuscrite de candidature à une offre d’emploi ! Et je dois dire de surcroît que les appréciations portées sur mon cas s’avèrent plutôt justes. Et même si elle est en perte de de vitesse dans les procédures de recrutement en entreprise, la graphologie (qui remonte au XVIIIème siècle) aide réellement, comme le signe astrologique,  à déduire à partir de l’écriture les caractéristiques psychologiques de telle ou telle personnalité.

Et si c’était à refaire ?

En me replongeant pour ce billet dans mon parcours professionnel, je me posais la question « Si c’était à refaire ? ». Avec le recul, je répondrai que je changerai radicalement de trajectoire, en me tournant vers des métiers plus riches pour l’esprit, plus humanistes, plus culturels, même au prix de sacrifices financiers. Et d’ailleurs, dans les années 96/98, j’avais décidé de tenter ce tournant dans ma vie active et candidaté à un poste de communication dans l’équipe de Dominique Pitoiset, comédien, metteur en scène, qui venait d’être nommé Directeur du Théâtre de Dijon-Bourgogne (il a été plus tard, de 2004 à 2013, le Directeur du Théâtre national de Bordeaux Aquitaine, un lieu que nous avons un peu fréquenté). Il m’avait reçu, mais mon profil et mes antécédents professionnels ne convenaient pas (je pilotais à l’époque à Dijon la Fédération régionale d’une grande organisation patronale dont les adhérents étaient plutôt « brut de décoffrage », et j’en avais un peu assez de ce milieu, certes chaleureux et sympathique, mais  si peu épanouissant).  

Fait le 8 juillet

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Chantal | Réponse 21.09.2014 23.59

Une Capricorne qui apprécie ce très beau billet d'un Lion.
A lire et relire. Bien à vous. Chantal.

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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