Points de vues du Gers Carnets

"Gilda" - Rita Hayworth

J’ai eu l’occasion de revoir récemment l’un des films culte du cinéma américain, auquel je voue une admiration sans borne.

Il s’agit de « Gilda » (on prononce « Guilda »), de Charles Vidor, avec à l’affiche Rita Hayworth, Glenn Ford et George Macready.

Le film, sorti en 1946, eut un succès planétaire, grâce principalement à Rita Hayworth (1918-1987), alors âgée de 28 ans, et au sommet de sa gloire et de sa flamboyante beauté.

Les soldats américains engagés dans la seconde guerre mondiale avaient dans la poche de leurs treillis la photographie de la star, ou l’affichaient en poster sur le mur de leurs chambrées. On dit aussi que l’une des 22/23 bombes nucléaires A et H  lâchées par les Etats-Unis à partir de 1946 dans l’Océan Pacifique à titre d’essai, sur l’atoll de Bikini (il y en eut plus d’une vingtaine de ce genre) portait le prénom de la star et son effigie (l’actrice aurait dit à ce sujet : « Toute cette histoire de bombe me dégoûte profondément »). Autre trait d’indécence révoltante lié à ces essais nucléaires : le lancement en 1946 du bikini, maillot de bain mini pour les femmes, avec pour slogan commercial « Le bikini, la première bombe anatomique » ! Son créateur, un français, l’avait appelé ainsi en espérant que l’effet de ce nouveau produit soit aussi « implosif » que celui des explosions sur l’atoll éponyme…

« Gilda » est l’histoire d’une amitié entre deux hommes incarnés par Glenn Ford et George Macready, qui va se trouver contrariée par une femme, jouée par Rita Hayworth, épousant le second pour se venger du premier qu’elle a connu dans une autre vie, et qu’elle n’a en réalité pas cessé d’aimer.

Le film est ambigu, venimeux, mais Gilda-Rita, femme à la fois fragile et fatale, domine l’écran et ses partenaires, fort de son éblouissante enveloppe charnelle, d’où il émane un érotisme brûlant. La scène où elle chante « Amado Mio » (« Mon amour ») dans une robe-fourreau blanche très échancrée, aux reflets argentés, est de ce point de vue emblématique. Moins cependant que celle où elle interprète la célèbre chanson « Put the blame on Mame » (ce qui veut dire « C’est Mame qu’il faut blâmer », Mame étant le nom donné à la femme en général), en se défaisant d’un long gant de satin noir par un geste de striptease langoureux et suggestif. Seule entorse à l’authenticité des séquences : le doublage de la voix de Rita Hayworth, car elle chantait moins bien qu’elle ne dansait.

On peut s’interroger sur la pertinence du choix de Glenn Ford pour incarner la passion amoureuse que le Johnny Farell qu’il joue ressent toujours pour Gilda. On ne comprend pas comment l’acteur peut faire chavirer le cœur de Rita Hayworth, vu le peu de charme et la froideur qu’il dégage. Il paraît que les studios l’avaient préféré aux « belles gueules » de l’époque, comme Tyrone Power ou Clark Gable, pour ne pas faire de l’ombre à l’idole hollywoodienne du moment.

Sex-symbol féminin des années 40 (on l’appelait « la déesse de l’amour »), l’actrice est issue d’une famille de danseurs, et elle commencera à danser à quatre ans au côté de son père et sa tante au Carnegie Hall, fameuse salle de concert new-yorkaise. D’où son sens quasi-inné du mouvement ondoyant, qui lui valut de voir comparer sa manière de bouger à celle d’une gitane. Mais c’est durant cette période qu’elle subira les relations incestueuses de son géniteur, devenu au fil des ans tyrannique et alcoolique. Ce qui provoquera chez elle un traumatisme profond qui l’accompagnera toute sa vie, et qui explique sans nul doute ses rapports chaotiques avec les hommes, dont elle fera au demeurant une consommation effrénée comme si par le nombre elle voulait éliminer  l’auteur de « l’effraction » initiale. Jusqu’au bout désabusée, elle dira : « Les hommes tombent amoureux de Gilda, et se réveillent avec moi. »

Repérée par les milieux du cinéma, elle va commencer à tourner des courts-métrages et des films de série B. Elle confie alors sa carrière à un homme d’affaires arriviste qui va se charger de la métamorphoser en vamp fatal,  lui faisant refaire son look de jeune fille (elle n’avait alors que 18-19 ans) trop brune et trop latino pour plaire aux producteurs et au public.

L’ovale de son visage est creusé à l’aide de la chirurgie esthétique (déjà !) et de l’arrachage de quelques molaires. Ses cheveux sont teints en roux vif, et elle suit avec réussite une cure d’amaigrissement en même temps qu’elle prend des cours de diction.

L’actrice, malgré ses 20 ans de moins que lui, épousera l’homme à qui elle doit cette « renaissance », manière aussi de « tuer » définitivement le père.

Son premier grand rôle au cinéma viendra en 1939 avec « Seuls les anges ont des ailes », un film réalisé par Howard Hawks, où Rita Hayworth a pour partenaire Cary Grant. Elle enchaînera alors les succès : « Arènes sanglantes », 1941, de Rouben Mamoulian, avec Tyrone Power ; deux petits bijoux avec le talentueux danseur-acteur Fred Astaire, « L’amour vient en dansant », 1941 aussi, de Sidney Lanfield, et « Ô toi ma charmante », 1942, de William A. Seiter. Fred Astaire dira qu’il avait vécu en la circonstance de « délicieuses expériences », liées à l’évidence au charme fou de sa partenaire et à l’alchimie électrique qu’elle imprima sur la pellicule.

Ce fut ensuite un triomphe considérable en 1944, avec la comédie musicale de Charles Vidor (le réalisateur deux ans plus tard de « Gilda »), « La Reine de Broadway ». Rita Hayworth était à son apogée, et en plein bonheur puisqu’elle venait d’épouser en septembre 1943 Orson Welles, qui, lui, avait déjà à son actif quelques bons films, dont le célèbre « Citizen Kane ».

Elle divorcera de ce monstre sacré du cinéma en 1948, après que celui-ci lui ait offert en guise de « cadeau » de rupture « La Dame de Shanghai », probablement le meilleur film de Rita Hayworth, où Orson Welles est à la fois devant et derrière la caméra.

Transformée par le port de cheveux courts et colorés blond platine, la comédienne n’a jamais été aussi belle. Mais le film va faire polémique aux Etats-Unis, Rita Hayworth étant représentée comme une mangeuse d’hommes, une mante religieuse, appâtée exclusivement par l‘argent. Beaucoup ont pensé qu’Orson Welles avait voulu faire de ce film un instrument de vengeance à l’encontre de son épouse sur le départ, multipliant aussi, pour lui nuire, les images portant symbole de la dénonciation des studios hollywoodiens. Et il est vrai que Rita Hayworth ne se relèvera jamais tout à fait de cette mise en accusation d’un système qui l’avait pourtant fait reine.

Elle refait sa vie avec le richissime prince Ali Khan (1911-1960), rencontré lors d’une fête à Cannes. Il est le fils de l’Aga Khan III, alors l’héritier d’une longue succession d’imams d’une des branches minoritaires  de l’islam chiite, et à ce titre chef de la communauté rassemblant les adeptes de ce courant religieux.

L’actrice quittera très vite ce troisième mari, fatiguée du conte de fées, et des infidélités répétées de ce mari polygame. La réputation sulfureuse de celui-ci lui vaudra d’ailleurs d’être écarté de la succession par son père au profit de son fils Karim, qui règne toujours aujourd’hui en en tant qu’Aga Khan IV, avec à son actif à ce jour 57 ans d’imamat.

Rita Hayworth connaît dans la foulée une période difficile avec des conflits d’ordre familial, à propos notamment de la garde de Yasmin, la fille qu’elle eût avec Ali Khan, des ennuis professionnels à répétition, et un quatrième mari  dont elle se sépare à peine épousé.

Elle enregistre néanmoins quelques succès d’estime au cinéma, avec « Salomé » (1953) de William Dieterle, ou « La Belle du Pacifique » (1953 aussi)   de Curtis Bernhard, mais elle refusera des rôles en or, comme pour « Tant qu’il y aura des hommes » (1953) de Fred Zinnemann, Deborah Kerr s’emparant de l’opportunité de  sa défection, ou pour « La comtesse aux pieds nus », de Joseph L. Mankiewicz, qui consacrera à sa place Ava Gardner. Les deux films connaîtront en salle une belle fréquentation, et rafleront nominations et oscars.

Après quelques ultimes succès dans les années 57-58 et un cinquième mari, lui aussi vite quitté, Rita Hayworth sombre peu à peu dans l’alcool, dérive accompagnée par les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer, qui d’ailleurs n’était pas encore  diagnostiquée comme telle à l’époque. La situation s’aggravant progressivement, l’actrice en vient à ne plus savoir mémoriser ses textes, l’obligeant à renoncer à certains projets alors qu’elle est à court d’argent.

Elle s’éteint le 14 mai 1987, dans sa soixante-dix-neuvième année.

Elle aura rendu heureux des millions de spectateurs, et j’en suis, au gré des quelques 75 films qu’elle a tournés. Mais il n’est pas sûr qu’elle ait connu, elle, le bonheur auprès des hommes qu’elle a épousés, ou les autres. « Toutes ces expériences de vie commune m’ont écoeuré. J’ai sans doute en moi également les germes de cette incapacité à vivre normalement. Ou peut-être que tout simplement ma vie a été une longue erreur dont je suis la principale victime », dira-t-elle.

La malheur frappera aussi son troisième mari, le prince Ali Khan, tué dans un accident de voiture à 49 ans, ainsi que le fils de Yasmin et d’Ali Khan, Andrew, petit-fils de la star donc, qui mit fin à ses jours à 25 ans, en 2011, trop addict à la drogue pour vouloir continuer à vivre. Yasmin, quant à elle, a aujourd’hui 65 ans, et apporte son soutien actif depuis la mort de sa mère à la lutte contre la maladie d’Alzheimer, aidant à lever des fonds pour améliorer la recherche. Charles Vidor, son réalisateur fétiche (« La Reine de Broadway, « Gilda »), mourut à 59 ans, victime d’une crise cardiaque.

Fait le 23 novembre

Airbus et les convois de l' A380

Une des attractions locales est le passage de nuit des convois routiers d’Airbus transportant les éléments de l’A380 de Langon à Toulouse pour être assemblés à l’arrivée à Cornebarrieu, dans les usines de montage du groupe aéronautique.

Après la Gironde et les Landes, et avant la Haute-Garonne, ils traversent le Gers et empruntent la N124, par Eauze, Vic-Fezensac, Saint-Jean-Poutge, longeant ensuite  notre commune, Ordan-Larroque (qui est sur la hauteur), et passant la nuit un peu plus loin, sur un parking qui leur est réservé et qui a été aménagé à leur mesure (150 m. de long, 30 m. de large), avant de reprendre la route tôt le matin vers Auch.

C’est sur ce parking sécurisé, gardé et interdit d’accès (il y en a quatre autres du même genre tout le long du parcours), que j’ai surpris dans son repos mardi dernier l’un de ces « cortèges » hors du commun (voir photo ci-dessus).Il y avait là , outre les véhicules d’accompagnement, des camions surdimensionnés transportant l’empennage horizontal de l’avion, le fuselage avant, le fuselage arrière, le fuselage central, l’aile gauche et l’aile droite, bref une carcasse entière de l’A380, constituée de pièces qui font jusqu’à 14 m. de hauteur, 8 m. de large, et 53 m. de long !.

A longueur d’année, et depuis fin 2003,  le convoi ambulant a ses spectateurs, postés au bord des routes pour le regarder passer, et nul doute qu’une même fierté nationale et européenne  les habitent devant tant de réussite économique et technologique, sachant que la mise au point d’une route dédiée de 228 kms est aussi une belle performance, méritant d’être saluée comme telle.

L’un des gardiens du parking, avec qui j’ai pu m’entretenir à travers les grillages qui ceinturaient le lieu, me disait, en s’extasiant avec moi devant ces prouesses aéronautiques pour partie françaises, qu’il ne comprenait pas comment un pays comme le nôtre pouvait en être arrivé là où il en est, alors qu’il est capable par ailleurs d’ingéniosités industrielles aussi exceptionnelles que cet Airbus A380.

Je n’ai pas eu pour ma part l’occasion d’assister à cette « procession », qui se déroule de nuit de 22 heures à 6 heures du matin (chaque transport se fait en deux ou trois nuits, à raison d’une petite trentaine par an), bien que je ne sois qu’à quelques kilomètres de son passage. Il faut dire qu’il est plus de 4 heures du matin lorsque le convoi se présente à Saint-Jean-Poutge, à huit kms de chez moi…

Cet itinéraire à grand gabarit (IGG) a coûté 171 millions €, avec une participation de l’Etat de 43 %, le reste ayant été financé par Airbus. Les pièces de l’avion, usinées notamment  en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Espagne et en France, sont donc transportées par voie maritime jusqu’à Pauillac, commune  située dans  l’estuaire de la Gironde, puis transférées sur barges  jusqu’à Langon, où a été créée une darse spéciale, d’où sont chargées sur camions les pièces de l’avion.

Les aménagements d’infrastructures imposés par le gabarit du tracé ont été colossaux (suppression de certains obstacles au bord des routes, rectifications de virages, création de pistes cyclables, modification de giratoires, amélioration de la sécurité aux carrefours, construction de déviations et de pistes d’évitement…). Pour le seul territoire d’Ordan-Larroque, ils ont consisté dans la réalisation d’un créneau de dépassement de 1.500 m. entre la RD 232 et la RD 150, dans la reconstitution de plantations d’alignement, dans l’enfouissement de lignes électriques, dans des élargissements et renforcements ponctuels de chaussée, sans oublier la réalisation d’un parking à la taille voulue.

Il faut dire que la concertation engagée par l’Etat  avec tous les acteurs concernés (collectivités locales, administrations, représentants des milieux socio-économiques, associations, riverains…) a été intensive, et s’est rapportée, via notamment des Comités de suivi départementaux,  à tous les enjeux que soulevait ce projet d’envergure : cadre de vie, bruit (les camions du convoi ont été équipés d’un système acoustique performant), agriculture, développement local, eau, électricité, environnement (c’est ainsi que par exemple que chaque abattage d’arbre devait être compensé par la plantation de deux nouveaux arbres), patrimoine culturel et animalier…

Des panneaux électroniques géants ont par ailleurs été installés tout le long de l’itinéraire pour annoncer suffisamment à l’avance  les passages de convoi, et une information appuyée est donnée aux usagers le moment venu sur les voies de contournement possibles.

 Le convoi roule à une vitesse moyenne de 15 kms à l’heure, avec des « pointes » à 30 kms/h (pour le retour à vide qui se fait par l’autoroute A62, il avance bien entendu plus rapidement) . Le cortège occupe toute la route, et il n’est donc pas possible de le croiser ni de le dépasser, à l’exception des véhicules des services d’urgence et de secours qui sont alors guidés par les forces de l’ordre. Les voies empruntées par la « chenille » Airbus  sont fermées par section, selon des longueurs variables, de 5 à 35 kms, des déviations étant à chaque fois mises en place le temps nécessaire. Un poste de commandement se trouve à Toulouse qui gère chaque déplacement du convoi, lequel est en permanence localisé par système GPS.

Airbus (59,3 milliards € de chiffre d’affaires en 2013, pour 1,5 milliards de résultat net), constructeur aéronautique international basé à Blagnac, près de Toulouse, est le principal concurrent de Boeing, l’américain, et fabrique plus de la moitié des avions de ligne produits dans le monde. Il dispose d’une force de frappe de plus de 62.000 salariés, répartis sur 18 sites en France, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique et en Espagne.

Airbus a fabriqué son premier avion civil, l’A320, en 1972, et dispose aujourd’hui d’une gamme complète d’avions passagers, qui va de l’A300 à l’A380, en passant par l’A310, la famille des 318, 319 et 320, l’A330, l’A340 et l’A350, une flotte complétée par une offre d’avions fret, d’affaires, et militaires.

Airbus a construit 626 avions en 2013 et enregistré la même année 1.503 commandes, soit la plus grande performance commerciale de l’histoire de l’aéronautique.

 L’A380, un quadriréacteur à double pont, est l’un des fleurons de la production d’Airbus, construit pour briser le monopole du Boeing 747 sur le marché des gros porteurs.

Son premier vol commercial a eu lieu en 2007 sous les couleurs de Singapour Airlines. C’est le plus gros avion civil de transport de passagers au monde, sa capacité étant de 525 à 853 sièges selon la configuration de l’appareil.

Son rayon d’action est de 15.400 kms, ce qui lui permet de voler sans escale de New-York à Hong-Kong, à la vitesse de 900 kms à l’heure.

Airbus a engrangé pour l’A380 259 commandes fermes à fin septembre 2013 et livré à ce jour près de 150 exemplaires de cet appareil.

Une bien belle aventure humaine et commerciale, même si le groupe aéronautique a estimé le seuil de rentabilité de la construction de cet avion des temps modernes à 530 exemplaires, avec un objectif de vente fixé par le plan d’affaires à 750 unités.

Et que de chemin parcouru depuis ce début du XXème siècle où rêvant d’imiter les oiseaux, des pionniers inconscients, tels Clément Ader ou les frères Wright, s’employèrent à faire décoller les premières machines volantes !

Fait le 19 novembre

"Le Casque et la Plume" à Lannemezan - Hommages à nos "poilus"

La section de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) de la Ligue des Droits de l’Homme a organisé du 6 au 11 novembre une série de rencontres-hommages  autour de la 1ère Guerre mondiale, qu’elle a regroupées sous l’appellation « Le Casque et la Plume », allusion  à l’émission-culte  hebdomadaire de France Inter, « Le Masque et la Plume » (créée en 1955 !), consacrée aux livres, au théâtre et au cinéma.

Notre très cher et très ancien  ami Charles, qui vit près de Lannemezan,  a été  la cheville ouvrière de cette manifestation « à tiroirs », et c’est la raison pour laquelle nous avions fait le déplacement là-bas.

« La Grande Guerre au quotidien »

En trait d’union, une exposition sur le thème « La Grande Guerre au quotidien », qui se tient à la Galerie Paul Bert jusqu’à demain samedi . Elle présente une évocation vivante du quotidien des  soldats français, les poilus, ainsi appelés parce qu’à l’époque, et surtout dans le langage des faubourgs, le « poil » incarnait la virilité de l’homme qui n’a pas froid aux yeux.

Au sein de cette expo, on trouve des mannequins équipés d’uniformes et d’équipements militaires d’époque, des objets du quotidien, des documents personnels, des photos, des affiches originales, des exemples d’artisanat de tranchées réalisés par les soldats…

Ce qui m’a le plus ému, c’est  la reconstitution à l’aide de photos de famille et de témoignages, de la vie d’un soldat du coin, Eugène Bazerque. Est reproduite notamment, en agrandissement, sa fiche militaire, avec  n° de son matricule, son état-civil, son signalement, la décision du Conseil de révision le concernant, et le détail de ses services et de ses mutations diverses.

Né en 1889, il est mobilisé en 1914, à 25 ans, après avoir fait son service militaire de 1910 à 1912.Victime du paludisme lorsqu’il était sur le front d’Orient, il fut réformé,  ce qui lui permit peut-être d’échapper au pire. Il fut toutefois rappelé à nouveau en 1939 pour la Seconde Guerre Mondiale, mais pour peu de temps. Il mourut en 1970, à l’âge de 81 ans. Son fils a écrit sur l’un des panneaux : « Il s’est endormi dans le pré situé en contrebas de notre jardin. Il s’est allongé là  sur un tas de feuilles. C’est là que je l’ai retrouvé, perdu dans son sommeil. »

Moi et la 1ère Guerre Mondiale

Je n’ai pas connu de près dans ma famille les conditions dans lesquelles mes grands-pères  ont pu être concernés par la 1ère Guerre Mondiale. Je sais seulement que  du côté maternel mon aïeul en est revenu totalement inapte à la reprise d’une vie normale. Un ami me racontait récemment que le sien  avait pu rentrer chez lui vivant, mais qu’il pleurait toutes les nuits...

Je me rappelle par ailleurs que lorsque j’avais 13/14 ans, nous habitions une maison qui faisait face à celle d’un vieux monsieur chez qui je me rendais bien volontiers, car il était affable, et  disposait d’une télévision où je regardais avec lui les matches de football. Il me parlait en tant qu’ancien combattant de la 1ère guerre mondiale, mais je ne l’écoutais  guère, étant de par mon âge trop insouciant,le prenant  en la circonstance pour un radoteur. Je regrette encore aujourd’hui de ne pas lui avoir prêté attention et de n’avoir pas pris conscience alors de l’importance de sa parole, et de ce qu’elle voulait sans doute dire en termes de transmission au jeune que j’étais  de son histoire de « poilu ».

J’ai eu aussi l’occasion de recevoir dans nos chambres d’hôtes un couple qui dirigeait un lieu installé dans un château à Moussy-le-Vieux, en Seine-et-Marne, dédié aux « gueules cassées », ces soldats de la guerre 14-18 grands mutilés de la face et de la tête, au point parfois de présenter des visages horriblement déformés .J’ai  appris ainsi beaucoup sur ces malheureux, qui venaient là en convalescence entre chacune des multiples interventions chirurgicales qu’ils avaient à subir. Ce centre a été fermé cet été dernier, sans doute faute de pensionnaires. Par contre, un autre centre demeure en activité, près de Toulon, dans le Var, avec des perspectives de développement, car aujourd’hui sont considérées comme « gueules cassées »  des militaires, des gendarmes, des policiers, des pompiers, des douaniers, des victimes civiles d’attentat, des victimes d’actes de courage et de dévouement, qui sont atteints de blessures graves  à la face, à la tête ou au cou.

Atrocités de la guerre

En ces jours de commémoration du centenaire du début des hostilités, il faut applaudir toutes les initiatives des « veilleurs de mémoire » qui, comme à Lannemezan, concourent à entretenir le souvenir des victimes de cette guerre atroce, notamment auprès des jeunes générations. Il y a eu en France 8 millions d’hommes mobilisés et 1,3-1,4 millions de morts et de disparus, sur 9 millions au total en Europe. De la « chair à canon », une  boucherie épouvantable ! La France comptait à l’époque 40 millions d’habitants, et la guerre ramena sa population au niveau de celle de 1880, avec une réduction d’un quart de la classe d’âge 18-27 ans. Quel conflit suicidaire, dû la folie des gouvernants et à leur volonté de puissance !

La Ligue des Droits de l’Homme demande par ailleurs la réhabilitation collective des quelques 600 soldats de notre pays « fusillés pour l’exemple » (sans compter les exécutions sommaires), pour avoir  été jugés coupables de désertion, d’abandon de poste, de refus d’obéissance devant l’ennemi. Ces mutineries n’étaient pas  forcément l’expression d’un refus de se battre, mais celle plutôt d’un refus de  contribuer à des « saignées » inutiles et inadmissibles, comme celle de Craonne, dans l’Aisne, en 1917, où 130.000 hommes moururent en 10 jours, ce qui provoqua de nombreux actes d’insoumission, relayés par la chanson contestataire et pacifiste dite de Craonne.

Comment ne pas penser en cet instant à la chanson antimilitariste « Le Déserteur » de Boris Vian, publié en 1954 à la fin de la guerre d’Indochine,  qui aura suscité bien des polémiques, et qui fut interprétée entre autres par Mouloudji, Serge Reggiani, Juliette Greco, Leny Escudero, Hugues Auffray… Elle accompagna aussi  les marches pacifiques américaines contre la guerre au Vietnam, conduites notamment par Joan Baez, qui mit aussi à son répertoire « Le Déserteur » :

 

« … Et je crierai aux gens

Refusez d’obéir

Refusez de la faire

N’allez pas à la guerre

Refusez de partir. »

 

Les monuments aux morts pacifistes

A Lannemezan, la première soirée fut consacrée à une conférence sur « Les monuments aux morts pacifistes », donnée par Pierre Roy, membre de la Fédération Nationale de la Libre Pensée. Il est vrai que la plupart de ces monuments érigés dans nos communes ont procédé d’un esprit de glorification patriotique et d’hostilité exaltée et ressassée de « l’ennemi », sans trop se soucier du legs idéologique qu’il convenait de transmettre aux générations futures. Certains élus locaux (peu nombreux au demeurant) ont pris le contrepied de cette philosophie « guerrière », préférant sur les monuments faire passer un message apaisé de paix retrouvée, en maudissant le déchaînement de violences, millions de morts à l’appui,  et ce paysage de ruines hantées par tant de veuves et tant d’orphelins. On y lit des inscriptions telles que « Apprendre à supprimer la guerre », « Guerre à  la Guerre », « Que maudite soit la guerre », «Plus de guerre », ou encore cette belle phrase de Paul Valéry : « La guerre est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui, eux, se connaissent mais ne se massacrent pas » (monument aux morts de Saint- Appolinaire, dans le Rhône). Le philosophe Blaise Pascal avait déjà écrit : « Se peut-il rien de plus plaisant qu’un homme ait  droit de me tuer parce qu’il demeure au-delà de l’eau, et que son prince a querelle avec le mien, quoique je n’en aie  aucune avec lui ? »

Le monument aux morts de Château-Arnoux, dans les Alpes-de-Haute Provence, est emblématique de cette ode à la paix : on y voit au pied d’un obélisque une mère éplorée qui montre la liste des morts  à un jeune homme debout, brisant un glaive sur son genou, et au sommet de la représentation un globe terrestre entouré d’un rameau d’olivier. En accompagnement un poème de Victorin Maurel, instituteur et Maire du village, « Pax Vox Populi » (la paix est la voix du peuple) :

 

 « Passant, incline-toi devant ce monument

Vois cette femme en deuil montrant les hécatombes

Ses yeux taris de pleurs, scrutent au loin les tombes

Où dorment tant de preux, victimes du moment !...

Ils firent, ces héros, le solennel serment

De fermer à jamais les noires catacombes

Arrière, disent-ils, les obus et les bombes

Et soit bénie, ô paix, sœur du désarmement !...

Passant, incline-toi, Regarde cette mère !...

Elle clame à son fils : « La gloire est bien amère

La gloire, ô mon enfant, est là chez nos grands morts

Mais, sache désormais, que la guerre est un crime

Qu’elle laisse après elle, à de cuisants remords

Ceux qui firent sombrer les peuples dans l’abîme. »

 

« Les Fragments d’Antonin »

 En prolongement de cette conférence, fut projeté un film de Gabriel le Bonin, « Les Fragments d’Antonin » (2006). Le triste « héros » du récit s’appelle Antonin Verset. Il fait partie de ces soldats atteints dans leurs fonctions cérébrales (il ne peut plus parler, et il ne lui reste que quelques gestes obsessionnels), et compte au nombre de ces 150.000 patients ayant subi des traitements plus ou moins appropriés dans les hôpitaux psychiatriques de l’époque. En 1919, le Professeur Labrousse, pionnier dans le suivi des traumatisés de guerre, se passionne pour le cas d’Antonin. Sa méthode, nouvelle et controversée, doit faire revivre à Antonin les moments les plus intenses de sa guerre afin de l’en libérer. C’est ce que raconte ce film, qui aborde ainsi avec pudeur et délicatesse le sujet peu traité des conséquences tragiques du conflit en termes de drames individuels.

 « La grande guerre entre en littérature »

 Nous fûmes présents à la manifestation suivante, « La grande guerre entre en littérature », au cours de laquelle des comédiens de la Compagnie « Les livreurs de mots » lurent des extraits de textes d’oeuvres  (voir photo ci-dessus), qui  portaient témoignage du conflit, qu’ils aient été rédigés sous le feu des bombardements, à la lueur des falots d’un abri, ou après-coup lorsque leurs auteurs eurent regagné leurs foyers.

 Il y eut ainsi  des lectures d’écrits d’auteurs ayant été nos « ennemis » d’hier : « Orage d’acier », d’Ernst Junger, écrivain allemand (1895-1998) ; « A l’ouest, rien de nouveau », d’Erich Maria Remarque, écrivain allemand aussi,  (1898-1970), un roman pacifiste qui connut un succès mondial retentissant, et qui fut brûlé lors des autodafés nazis de 1933.

 Il y eut également des lectures de textes de  combattants français, « poilus » anonymes, écrivains occasionnels ou confirmés, comme Gabriel Chevallier (1895-1964), connu pour son roman « Clochemerle », une chronique villageoise burlesque et satirique. C’est dans « La peur » (« qui décompose mieux que la mort »),  qu’il narre, à travers le personnage de Jean Dartemont,  son terrible calvaire de soldat : mobilisé dès 1914, il est blessé un an plus tard, mais il retourne au front une fois rétabli et il y restera jusqu’à la fin des hostilités. L’écrivain Roger Martin du Gard  (1881-1958) disait au sujet de cette oeuvre : « Voilà plus de trente ans qu’une exceptionnelle estime m’attache secrètement à ce livre. »

 Entrecoupés d’intermèdes au violoncelle, ces lectures nous ont émus par leur authenticité, leur simplicité et leur sincérité effrayantes, mais aussi parce qu’au-delà du fatalisme qu’elles révélaient, on y sentait poindre néanmoins une note d’espérance quant à une fin prochaine du conflit.

 Concert 

 Après les mots, les notes, avec  un concert présenté par le Conservatoire Henri Duparc du Grand Tarbes et donné par « Commedia », l’Ensemble Musical de cette même collectivité. Sous l’intitulé « Que composaient les musiciens français à l’approche de la guerre et pendant le conflit de 1914-1918 ? », le programme nous a permis d’entendre des œuvres de Claude Debussy, de Francis Poulenc, de Maurice Ravel, de Gabriel Fauré, et d’Erik Satie.

 Ces œuvres  illustrent à la perfection la préciosité et le raffinement des nouvelles musiques de ces compositeurs, caractéristiques de la vie des salons de l’époque. Le Paris d’avant 1914 est le point de rencontre de nombreux courants musicaux, où des personnalités exceptionnelles vont créer des systèmes d’écriture musicale jamais pratiqués, qui provoqueront d’ailleurs bien des scandales artistiques. Ce monde disparaîtra à jamais avec la « Grande Guerre », même si le caractère novateur de ces compositeurs restera déterminant pour l’évolution de la musique.

 Dans la brochure « Le Casque et la Plume », le Directeur du Conservatoire Henri Duparc concluait ainsi  la présentation du concert : « Entendons les blessures et l’espoir que portent en elles ces musiques d’un modernisme naissant, annonciatrice de nos sociétés fécondes en arts et expressions de toutes sortes. » Une très agréable soirée, avec notamment au sein de l’Ensemble  une belle voix de soprano et une flûtiste de grande qualité.

 Cabaret musical « Au père la Victoire »

 Le dimanche après-midi,  mais nous n’étions plus là, c’est un cabaret musical satirique, « Au père la Victoire »,  qui fut proposé par la Compagnie « L’illustre corsaire », dans une mise en scène d’Hervé Carrère. Sur fond de chansons d’époque, comiques ou graves, cocardières ou accusatrices, patriotiques, poétiques ou libertaires,  (Aristide Bruand, Paul Déroulède, Nine Pinson, Dalbret…) et de textes d’auteur (Arthur Rimbaud, Jean Giono), Hervé Carrère a voulu rendre compte, non pas de la guerre elle-même, mais de la vie à l’arrière du front, une vie où malgré les circonstances, on peut aussi rire, danser et chanter. Une vie sur la place d’une petite ville animée par le rythme du crieur de journaux, du cafetier qui lève son rideau de fer, et de ces femmes qui attendent le retour de leurs hommes, jeunes et moins jeunes.

Oui, pendant la Grande Guerre, il y eut des cabarets, des music-halls, des cafés concerts, ces lieux où on voulait en quelque sorte exorciser ou éloigner l’horreur du conflit, comme un dérivatif à l’angoisse, comme un oubli salutaire ou une fuite de la réalité.

La salle des fêtes de Lannemezan était fort bien remplies (200 personnes), et c’est tant mieux pour les organisateurs, les techniciens, le metteur en scène  et les comédiens.

 « Blanche Maupas »

 Le lendemain lundi, fut projeté le film « Blanche Maupas », tiré d’une histoire vraie,  réalisé par Alain Moreau et Patrick Jamin, avec Romane Bohringer et Thierry Frémont. Théophile Maupas est caporal au moment où avec la 21ème Compagnie, il refuse de sortir des tranchées pour une offensive qui les condamne à une mort certaine. Devant un Conseil de guerre, les hommes de troupe sont acquittés et seuls quatre caporaux sont condamnés à mort et exécutés, dont Théophile Maupas.

Son épouse, institutrice (comme son mari), courageuse et opiniâtre, va alors mener durant 19 ans un combat obstiné pour la réhabilitation des « fusillés pour l’exemple ».Il lui faudra attendre mars 1934 pour que la Cour Spéciale de Justice et un Tribunal Militaire, considérant que « l’ordre d’attaquer était irréalisable », réhabilitent les quatre caporaux dans la mémoire collective des Français, en leur rendant ainsi leur honneur. Je n’ai pas vu personnellement ce film qui est sorti en 2009, mais j’espère qu’une occasion se présentera pour me rattraper.

 Et bravo à tous les protagonistes de ces journées qui ont en la circonstance rendu un bel hommage à ces « poilus » qui le méritent tant pour avoir payé un lourd tribut à cette guerre imbécile et inutile, qui aura tué des millions de soldats et de civils pour satisfaire d’écoeurantes  ambitions de pouvoir et de territoires…

L’Anneau de la Mémoire

 Il y eut bien sûr dans tout le pays des manifestations célébrant le centenaire du début de la 1ère Guerre Mondiale et l’armistice du 11 novembre, et maintes émissions de radio et de télévision  dédiées à l’évènement. Pour sa part, le Président de la République a inauguré  l’Anneau de la Mémoire, érigé sur le site de la Nécropole nationale de  Notre-Dame- de- Lorette, à Albain-Saint-Nazaire, dans le Pas-de-Calais.

Il s’agit d’un monument circulaire de 300 tonnes et de 345 mètres de périmètre, portant sur sa face intérieure 500 panneaux où sont gravés les noms de 580.000 morts représentant 40 nationalités  différentes des deux camps en présence  (par ordre alphabétique, et sans distinction de race et de religion), tombés dans la région de 1914 à 1918 sur les 90 kms de front. L’historien Yves Le Maner, l’un des plus grands spécialistes de la Première Guerre, dit du lieu : « D’un seul regard on a l’incarnation de la mort de masse, mais on a aussi des individus qui ont existé ; tous ces gens avaient du talent, de l’intelligence, perdus pour l’humanité. »

 La mémoire de la 1ère guerre sur internet

 Grâce à internet et à deux initiatives majeures en la matière, la mémoire de cette épouvantable période de notre histoire va se trouver mieux préservée.

Un premier site, www.culture.fr/Genealogie/Grand-Memorial , donnera accès à terme (tout sera en ligne d’ici 2018) aux registres matricules des 8,5 millions de soldats français mobilisés entre 1914 et 1918, avec description précise des  combattants et de leurs états de services. Chaque famille pourra ainsi découvrir une brève biographie de leur aïeul.

Un second site, www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr , qui est, lui, un véritable monument aux morts virtuel, est dédié aux fiches de décès des 1,3 millions de « poilus » « morts pour la France », et des 95.000 autres qui n’ont pas obtenu cette mention. Figureront  aussi  sur le site les « journaux de marche et d’opération » qui retraceront jour par jour le parcours de chaque unité durant la guerre.

 Fait le 14 novembre       

Concert en l'église de Bonas

Agréable après-midi dimanche dernier, en assistant à un concert en l’église de Bonas.

Bonas est une commune du Gers de quelques 130 habitants, située entre Jegun et Castera-Verduzan. Outre l’église, construite en 1818 et qui intérieurement est d’une grande sobriété (à l’exception de la croix située derrière  l’autel, qui n’échappe pas au regard en raison de ses dimensions –voir photo ci-dessus, avec les musiciens au premier plan),  Bonas  compte sur son territoire un château privé du XVIIIème siècle, de très belle facture, qui appartient aujourd’hui  à un norvégien.

Parmi les seigneurs qui en furent propriétaires, le marquis de Bonas,  A (Antoine ?). de Melet, mérite d’être mis à l’honneur car il fit  du domaine vers la fin du XVIIIème  un lieu d’expérimentation en matière de vinification et de distillation de l’armagnac qui a permis d’obtenir d’emblée un alcool d’un degré élevé, ouvrant ainsi une nouvelle ère, plus moderne, dans la production de l’élixir gascon.

Ce marquis-viticulteur fut par ailleurs un vrai miraculé de la tourmente révolutionnaire car sauvé in extremis de la guillotine. Expédié à Paris au cours de l’été 1794 pour y être jugé (l’issue du « procès » ne faisant aucun doute),l’escorte de  l’aristocrate va mettre vingt jours pour arriver à la capitale, enclavement du Gers aidant…Elle  y parvient le 20 juillet, jour de l’exécution de Robespierre. Les gardiens de la Conciergerie, qui faisait office de prison, refusèrent de prendre livraison du marquis, au motif que les ordres de Robespierre n’avaient plus de valeur…Il put ainsi regagner son château en toute liberté, la tête sur les épaules, en se disant qu’il l’avait « échappé belle »…

Proposé par l’association « Bonas Art et Nature », le programme du concert s’articulait autour de la musique de chambre, déclinée pour la circonstance par l’Ensemble Eclisse (l’éclisse du violon est une pièce d’assemblage de forme arrondie qui correspond à la tranche de l’instrument).

L’église était pleine, avec sur les bancs beaucoup d’anglais et de hollandais, qui ont élu ici domicile. Le quintet (un violoncelle, deux violons et deux altos –proche du violon, l’alto est plus grand et plus épais que le violon, avec un timbre plus chaud et plus rond dans les graves , plus pénétrant et plus corsé dans l’aigu) était lui aussi « international », avec un écossais, Malcolm Henderson (alto), une anglaise Susan Edward (violoncelle), une autre, Sarah Labrousse (violon), née d’une mère américaine et d’un père gersois, et deux françaises, Audrey Bouillet Varlan (violon) et Myriam Ennemri (alto)

Susan Edward qui dirige la formation, est aussi à l’origine de l’association Musique de Chambre dans le Gers , créée en 2006,  dont l’objet est de promouvoir la musique classique en milieu rural, en direction des jeunes (stages, pratique d’orchestre) comme des adultes (stages de cordes, de cuivres ou de vents), et de créer du lien social autour d’un projet artistique.

« Fantaisie en une note », Purcell

Première œuvre interprétée : « Fantaisie en une note » (« Fantazia upon one note »), de Henry Purcell (1659-1695). Ce compositeur baroque anglais a écrit quinze Fantaisies, qui ne sont pas que des exercices de style, car au-delà de la maîtrise technique qu’elles révèlent, elles se veulent surtout  l’expression d’émotions, comme dans cette Fantaisie en une note qui illustre des instants d’extrême douceur, que j’ai appréciés comme tels. Purcell est également l’auteur, entre autres, de « Didon et Enée », le premier opéra de la musique anglaise, considéré comme une des plus grandes pièces lyriques de la musique baroque, et encore aujourd’hui très jouée.

 « Quintet en sol mineur K 516 », Mozart

Seconde œuvre au programme : le Quintet en sol mineur K 516 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Un bijou musical en quatre mouvements, qui est l’une des œuvres majeures de ce grand génie ! Il avait d’ailleurs une relation privilégiée avec le quintet à cordes, d’autant que celui-ci compte en son sein deux  violons alto, son instrument fétiche, qui apporte cette  tonalité chaude et grave, que recherchait  le compositeur pour s’ exprimer.

On dit volontiers que Mozart utilisait le sol mineur dans ses compositions quand il voulait traduire des états d’angoisse et de tristesse. Ce quintet serait donc tout en larmes et souffrances. Il y a certes des moments qui manifestent  le désespoir et le malheur. Mais  il y a aussi de mon point de vue des séquences joyeuses et détendues,  avec des atmosphères de rêve et de douceur, comme dans  le 3ème mouvement lent Adagio ma non troppo, un régal !, et aussi dans la quatrième partie Adagio-Allegro, même si  ici et là les « nuages » s’amoncellent à nouveau.

Bien qu’il n’ait vécu que 35 ans, Mozart le virtuose a laissé un héritage musical considérable  (626 œuvres répertoriées), qui embrasse tous les genres de son époque, concertos, symphonies, sonates, opéras…On imagine ce qu’il aurait pu encore produire s’il avait vécu plus vieux !

« Quatuor  Américain opus 96 », Dvorak

Troisième et dernière œuvre jouée par Eclisse : le Quatuor « Américain » opus 96 d’Anton Dvorak (1841-1904).

Ce compositeur est né près de Prague, en Bohême (l’actuelle République tchèque). Il est connu notamment pour  son « Stabat Mater », ses « Danses  slaves », et surtout pour « La Symphonie du Nouveau Monde », largement nourrie des influences liées à son séjour en Amérique, comme le 12ème Quatuor et le Concerto pour violoncelle. Dvorak s’installera en effet à New-York en 1892, puis dans l’Iowa,  où il vivra trois ans durant dans un exil doré, s’étant vu proposer la direction du nouveau Conservatoire national de musique.

Le Quatuor « Américain » n’échappe pas bien sûr à ces influences, comme son nom l’indique. S’y mêlent, dans des sonorités chantantes, des  références aux rythmes de la musique noire et aux mélodies et danses  indiennes, avec  des accents de nostalgie du pays natal (l’auteur a l’«âme slave », qu’on définit souvent par l’expression romantique de puissantes et profondes racines populaires, mais aussi de bonheurs perdus et d’une espérance  de jours meilleurs).

Les quatre mouvements du Quatuor sont de longs chants mélancoliques, avec souvent des passages plein d’optimisme, d’enthousiasme et d’entrain, (par exemple, un rondo joyeux dans le 4ème mouvement), des émotions simples, d’autres d’un lyrisme rêveur, le tout s’inspirant ici du blues et d’une cérémonie funèbre indienne d’où naît une complainte douloureuse mais sereine,  (2ème mouvement, Lento), là (le Vivace, ma non troppo du 4ème mouvement) d’un rythme endiablé des cow-boys du Far-West , et encore d’un cantique religieux des noirs de Harlem. Dans le milieu du 3ème mouvement, Molto vivace, Dvorak va jusqu’à réintroduire le chant d’une fauvette dans le  jardin de sa villégiature américaine, qui l’avait subjugué. 

Applaudissements soutenus et répétés à la fin du concert, qui nous valurent le plaisir d’un « bis repetita ».  J’emporte dans ma tête les musiques  entendues et fort bien  interprétées,  et les réécoute depuis à la maison sur CD ou internet.

Fait le 8 novembre

Quarante-huit heures à Bordeaux

Séjour de quarante-huit heures à Bordeaux, une ville que nous aimons beaucoup et  où nous n’étions pas allés depuis un bon moment.

Nous avons bénéficié d’un temps exceptionnel, qui rend la cité encore plus belle et plus animée, d’autant que les vacances scolaires font sortir familles, enfants et adolescents. Rues, commerces  et terrasses de café bondés donc, et la jeunesse partout présente, bien dans sa peau, gaie et insouciante, se mêlant sans problème aux bordelais bien nés, qu’on reconnaît à leur froideur hautaine de bourgeois de province, à leur âge, à leur élégance vestimentaire, et à leur bronzage, qu’ils ont cultivé tout l’été, et bien au-delà cette année, dans leurs résidences secondaires d’Hossegor ou du bassin d’Arcachon.

 Il règne à Bordeaux une atmosphère sereine, paisible, même si la ville est trépidante et remuante, avec le bruit et l’agressivité  en moins, à la différence de bien d’autres agglomérations, sans doute grâce au tramway qui a éloigné voitures et motos du centre urbain. Piétons et cyclistes ont pris le pouvoir, et c’est tant mieux. Ils s’en donnent à cœur joie, notamment sur la belle promenade des quais de  la Garonne.

Patrimoine bordelais

Le patrimoine de la ville, labellisée Art et Histoire,  est exceptionnel, au point d’avoir été classé en 2007 au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO (Organisation des Nations-Unies pour l’Education, la Science et la Culture) pour la partie urbaine  située à l’intérieur des boulevards et jusqu’à la Garonne, soit 1.810 ha, ce qui représente presque la moitié de la superficie de Bordeaux. Il n’y a pas une rue, pas une place, pas un immeuble,  qui ne témoigne de cette belle architecture classique et néoclassique du XVIIIème siècle, à un point tel d’ailleurs que la cité de Montaigne compte 350 édifices classés ou inscrits aux Monument historiques !  Un travail remarquable a été conduit par le maire Alain Juppé et son équipe sur le ravalement des façades, l’aménagement des quais, la mise en service du tramway alimenté par le sol, la requalification des espaces urbains, et plus généralement  sur la protection et la mise valeur du patrimoine.

Travaux sur la cathédrale Saint-André

Des travaux de rénovation sont entrepris partout, comme par exemple sur la cathédrale  Saint-André, en vue de  ré-ouvrir le Portail royal du XIIIème, peint à l’origine, et dont on n’a pu retrouver hélas ! que le bleu du tympan. L’opération se poursuit à l’intérieur de l’édifice car il va falloir déplacer la chaire qui pour l’heure bouche  l’entrée  dudit portail. Une bâche géante et pour partie transparente protège donc la nef de la cathédrale des poussières nées du chantier, mais pas du bruit, ce qui nous a valu d’entendre  une radio d’ouvrier émettre  à tue-tête non pas des cantiques ou de la musique sacrée, mais des chansons de variété des années soixante ! C’était drôle et incongru, vu que l’endroit  est voué depuis des siècles  au recueillement et à la prière !

D’un quartier à l’autre

J’aime  flâner dans Bordeaux, en passant d’un quartier à l’autre,  longeant ici la cathédrale, la mairie, ancien Palais  de Rohan, construit au XVIIIème pour l’archevêque de Bordeaux, la tour Pey-Berland, là le Grand Théâtre, la Place de la Bourse, avec en vis-à-vis le miroir d’eau, devenu depuis sa réalisation en  2006 un lieu incontournable de rendez-vous des  jeunes et des  moins jeunes (photo de nuit des deux sites ci-dessus, avec le tramway en son milieu),  les Quinconces, plus loin la Porte de Bourgogne. Il faut aussi s’égarer dans le vieux Bordeaux, si  pittoresque.

Alain Juppé

Les bordelais  savent  gré à Alain Juppé de la métamorphose réussie  de la ville, et  le réélisent confortablement depuis 1995. Fort de ce  bilan municipal, mais également  de son expérience, de sa sagesse, de son intelligence qu’on dit fulgurante, et compte tenu aussi de la situation politique particulière du pays, les français lui voient un avenir de Président de la République en 2017.Je suis le premier à souscrire à cette perspective, tant nous sommes aujourd’hui dans une impasse avec un Président qui n’est pas à l’évidence à la hauteur de la fonction et des enjeux, et un ancien locataire de l’Elysée toujours aussi clivant et frénétique. J’ai  interrogé un garçon de café et un agent de sécurité à l’entrée de l’Hôtel de ville sur cette hypothèse. Tous deux m’ont fait la même réponse : « S’il peut faire autant de bien pour la France qu’il en a fait pour Bordeaux, alors oui. »

Au programme de notre  visite, des Musées, des expositions.

Musée des Beaux-Arts

A commencer par le musée des Beaux-Arts, installé dans les ailes du jardin du Palais de Rohan depuis la fin du XIXème siècle, aile sud pour les peintures du XVIème  au XVIIIème siècles et aile nord pour les peintures et les sculptures du XIXème et du XXème siècles. Mais pas d’œuvres majeures malgré une collection très dense.

Musée des Arts Décoratifs et du Design

Le Musée des Arts Décoratifs et du Design nous a davantage intéressés. Il occupe, derrière la mairie, le bel hôtel particulier de Lalande, du nom du riche Conseiller au Parlement qui le fit construire au XVIIIème siècle. Cette demeure aristocratique est un témoignage concret  de l’art de vivre d’une classe sociale privilégiée, et aussi de l’histoire de Bordeaux. La cité fut en ces temps grand port de négoce et  ville des Lumières (le siècle des Lumières a correspondu en fait en France  à la période 1715-1789 où différents courants de pensée ont aidé à la diffusion des connaissances, des arts et des sciences). Mais cet hôtel particulier porta la poisse à ses propriétaires, Pierre de Raymond de Lalande mourant tôt,  en 1787, et  son fils, lui, étant  guillotiné par les révolutionnaires en 1794. Et la ville se porta acquéreur du lieu en 1878.

Par une très belle porte cochère, et une cour pavée en demi-lune  où on imagine entendre arriver les carrosses, on accède à un bâtiment à trois étages, fait pour les étages nobles d’une enfilade de salons élégants (salons proprement dits, antichambres, chambres…), fort bien conservés, avec de belles hauteurs de plafond, des cheminées en marbre, des boiseries souvent d’origine, et des parquets à compartiments d’acajou.

Au fils des pièces, on découvre avec ravissement mobilier, tapis tissés, céramique, verrerie, orfèvrerie,  instruments de musique et de mesure, miniatures, arts de la table, porcelaines, faïences…, tous éléments de patrimoine caractéristiques des arts décoratifs, en particulier bordelais, des XVIIIème et XIXème  siècles. Le Musée organise par ailleurs des expositions temporaires sur des sujets très divers liés aux arts décoratifs (actuellement « L’objet déluré », de l’artiste Martine Bedin, mais malheureusement elle n’ouvrait que le soir de notre départ).

 Musée d’art contemporain

Une forte déception : le Musée d’art contemporain, dit CAPC, pour Centre d’Arts Plastiques Contemporains. Le lieu est superbe et  idéal pour en faire une vitrine de la création d’aujourd’hui, notamment pour les grands formats. Il est ainsi un  trait d’union original  entre un pan de l’histoire économique locale et l’art contemporain : il s’agit de l’ancien Entrepôt Lainé, construit en 1824 pour y stocker sous douane des marchandises (sucre, café, cacao, coton, épices…) produites par les planteurs aux colonies, et réexportées en Europe du nord par les négociants bordelais. Supplanté peu à peu par les nouvelles installations portuaires, l’Entrepôt est alors menacé de démolition, jusqu’à son rachat par la ville en 1973. Le CAPC s’y installe l’année suivante et prend le nom de Musée d’Art Contemporain en 1983.

Mais nous avions l’impression de visiter un endroit désert tant la partie exposition était repliée sur un espace resserré au regard de volumes et de superficies qui sont gigantesques. Il faut dire qu’une autre exposition doit s’ouvrir le 13 novembre prochain, et nous avons d’ailleurs vu sur le site les emballages prêts à être « désossés ».Seule expo donc présentée au moment de notre passage : « Procession, une histoire dans l’exposition » », une mise en scène d’œuvres  de la collection permanente du CAPC confiée par le Musée à Julie Maroh, auteure très remarquée d’une bande dessinée, « Le Bleu est une couleur chaude » (2011), associée pour l’exercice à une illustratrice autodidacte d’origine gabonaise. Cette expérience a le mérite, paraît-il, de renouveler le regard porté sur un ensemble d’œuvres permanentes  puisqu’il est fait appel en la circonstance à des personnalités extérieures.

Je n’ai pas du tout apprécié cette installation qui m’est apparue hermétique (comme, hélas !, beaucoup d’expositions liées à l’art contemporain qui ne donnent pas les clefs d’entrée nécessaires aux visiteurs) et peu convaincante, même si j’ai compris qu’elle se voulait une présentation politique et polémique des rapports de force, des blessures, des tensions et des affrontements dans les guerres et les rivalités entre groupes ou nations. J’étais d’autant plus désolé de ma déconvenue, que j’ai  vu  ici dans le passé des expositions fort passionnantes, dont je garde un excellent souvenir. Mais l’arrivée cette année même  d’une nouvelle Directrice expliquerait que le CAPC est en fait dans une période de « rodage » et de transition, et que nous sommes donc  mal tombés…

Le musée possède au deuxième étage une charmante  terrasse extérieure  circulaire  qui accueille un café-restaurant dont les aménagements intérieurs ont été réalisés par la célèbre désigner Andrée Putman (dommage qu’il n’ouvre qu’à partir de 11 h. le matin, ce qui est un peu tardif). Au sol, sont présentées deux œuvres de l’anglais  Richard Long, sculpteur, peintre et photographe, l’une des figures majeures  du mouvement du Land Art - les artistes  contemporains qui s’en réclament utilisent pour s’exprimer  le cadre et les matériaux de la nature - bois, pierres, sable, rochers… : l’une  s’appelle « White Rock Line » (1990), soit 18 tonnes de granulats de calcaire blanc disposés selon un rectangle prédéterminé  de 1,50 m. de large sur 4 m. de long ; l’autre, « Ligne d’ardoise » (1985),  est un peu un copié-collé de l’autre, mais dans un  matériau différent et en négatif le noir opposé au blanc lumineux). Le réflexe un peu primaire (j’avoue que je l’ai eu en regardant ces installations) est de se dire que n’importe quel quidam est capable d’aligner au sol, et  au cordeau, sans que rien ne dépasse,  des pierres  ou des ardoises…Disons que ces œuvres s’intègrent bien à cet espace de promenade, elles l’ « habillent » en  chemin « minéral » d’une grande rigueur géométrique. De là à les qualifier d’œuvres d’art….

Arc en rêve, Andréa Branzi

Dans le même bâtiment se trouve « Arc en rêve », un centre d’architecture  créé en 1981 pour développer des initiatives (expositions, conférences, débats, éditions, séminaires pour adultes,  animations avec les enfants, visite de lieux, parcours urbains…) qui favorisent la découverte de la création architecturale contemporaine. Etaient présentés là,  sous le titre « No Stop, vision de la ville », les projets d’urbanisme d’Andréa Branzi, architecte et designer italien, l’église Saint-Rémi devenue en 2000 salle d’exposition accueillant  elle ses objets et meubles (nous n’avons pas eu le temps d’y aller). L’homme est connu pour ses engagements en faveur d’une architecture radicale et avant-gardiste, se voulant apôtre d’une  vision anticipatrice, pour moi utopique,  de l’urbanisme de demain où l’affectif et le poétique supplanteraient  le rationnel et le fonctionnel de l’époque mis au service de la société de consommation. A l’entrepôt, les dessins, maquettes et films présentés   s’inscrivent dans cette idée chère à Branzi que l’architecture en tant que telle doit disparaître des métropoles au profit de  villes à « urbanisme faible », sans fin, sans qualité.  « Il s’agit d’imaginer, dit-il, une architecture qui ne s’occupe pas de réaliser des projets définitifs, forts et concentrés, caractéristiques de la modernité classique,  mais plutôt des sous-systèmes imparfaits, incomplets, élastiques, caractéristiques de la modernité faible et diffuse du XXIème siècle. »Pourquoi pas ? Les agitateurs d’idées et de rêves ont souvent été les inspirateurs  d’évolutions bienfaitrices. Je pense aussi à une belle formule de jacques Brel : « Les hommes sont souvent malheureux parce qu’ils  n’assument pas leurs rêves. »

Bassins à flot

Cap ensuite sur les bassins à flot (8 minutes du centre-ville  en tramway), quartier excentré de Bordeaux qui va faire l’objet d’ici 2030 d’une recomposition-réhabilitation  considérable, avec  logements, commerces, bureaux, écoles,  crèches, installations sportives, culturelles (dont une école du cirque), port de plaisance (grâce aux anciens bassins à flot), restaurants,  que sais-je encore.

C’était là un port d’importance,  à la vie populaire et cosmopolite très animée,  qui a accueilli au XIXème siècle  un pôle industriel majeur , et  les plus gros bateaux au ventre « alourdi » de céréales et de fruits,  avec, pour les gérer,  deux bassins à flot (s’appellent  ainsi  des équipements en eau qui permettent  aux navires de commerce, par un jeu de portes et d’écluses , de ne pas s’échouer en période de basse mer) et les radoubs nécessaires en  cale sèche pour leur entretien et leur réparation.

Ce faubourg historique  haut en couleurs portait le nom de Bacalan, peut-être par référence aux Terre-neuvas,  ces marins qui partaient pêcher les bacalao, nom portugais des morues, sur les grands bancs de Terre-Neuve, au large du Canada. Il n’est pas exclu cependant que le mot soit en rapport avec le patronyme d’une famille protestante, les Bacalan, qui occupa de hauts postes dans la magistrature locale au XVIème siècle.

Base sous-marine

Les allemands construisirent ici en 1941-1942 une base sous-marine, gigantesque  bunker fait de 11 alvéoles reliées entre elles par une rue intérieure, qui sert désormais d’espace culturel « underground » susceptible d’accueillir expositions, concerts, art lyrique, jazz, théâtre, danse…. Là aussi, par manque de temps, nous  n’avons pu nous y rendre alors que s’y tenait une exposition de Georges Rousse, un photographe plasticien  inclassable, qui parcourt le monde à la recherche de lieux abandonnés ou en attente de travaux,  pour y dresser des installations utopiques et éphémères, que seule  la photographie restitue dans une œuvre  finale.

Cité des Civilisations du Vin

La Cité des Civilisations du Vin est par ailleurs en cours de construction dans ce périmètre, pour une ouverture en 2016, près du nouveau pont Bacalan-Bastide sur la Garonne, ouvert en 2013 et doté d’une travée levante pour la circulation maritime,  appelé aussi pont Jacques Chaban-Delmas, en hommage à celui qui fut Maire de Bordeaux de 1947 à 1995, et qui pressentit Alain Juppé pour lui succéder.

Le bâtiment  devrait être à Bordeaux ce que le Musée Guggenheim  est à Bilbao, ou la Fondation Louis Vuitton au bois de Boulogne à Paris, c’est-à-dire un lieu qui déjà  interpelle et donne envie par son contenant architectural avant même de séduire par son contenu. Le pari est réussi car cet équipement  ne ressemble à aucun autre, avec son architecture osée et originale qui fait d’emblée curiosité.

Positionné sur une image liquide, l’eau parce qu’il est en bord de Garonne et de l’ancien port, et le vin bien sûr, le bâtiment  retranscrit  par sa forme la fluidité de l’une et de l’autre, jusqu’à évoquer le mouvement du vin qui tourne dans le verre lorsqu’on veut inspecter sa robe. Cette fluidité se vérifie aussi dans la rondeur sans couture de l’architecture, qui par sa manière d’onde voluptueuse fait penser à l’âme du vin.

Cette Cité des Civilisations du Vin se donne une mission d’ « entremetteuse » : faire partager la culture millénaire du vin à un public international, en éclairer le sens,  contribuer à protéger et à transmettre ce patrimoine du vin,  immatériel et universel. Elle s’appuiera sur une scénographie innovante, à travers une suite d’étapes ludiques, spectaculaires, oniriques et sensorielles, et de parcours d’éveil des sens et de dégustations traditionnelles ou  insolites. Auditorium (250 places), belvédère au sommet (un point de vue unique à 45 m. de haut !), salon de lecture, plate-forme oeno-touristique (pour regrouper toute l’offre viticole de la région bordelaise, mais aussi du monde entier), expositions temporaires, ateliers d’initiation, y compris pour les enfants,  viendront compléter et enrichir la visite. Chiffrée à 63 millions € HT, valeur 2011, avec une volonté affichée de recourir à un fort mécénat,  la Cité des Civilisations du Vin attend  500.000 visiteurs par an, et je suis persuadé qu’elle les atteindra sans problème.

FRAC Aquitaine

Petit tour ensuite au FRAC Aquitaine (Fonds Régional d’Art Contemporain) dont les locaux sont situés face aux bassins à flot. Ils sont exigus et empêchent l’accrochage de beaucoup d’œuvres de la collection - elles sont au nombre de 1.100 provenant de plus de 336 artistes, et beaucoup d’entre elles étaient dans des cartons visibles ici et là, car le FRAC est disposé sur un plateau d’un seul tenant, qui mêle bureaux, archives et espace ouvert au  public. L’exposition présentée jusqu’au 20 décembre, « Préférez le moderne à l’ancien », s’interroge sur l’abstraction dans un contexte aujourd’hui dominé par les images et l’information, en rassemblant de jeunes artistes émergents de la scène artistique française et internationale. Au fil de la visite, s’entrelacent dans les œuvres attributs de l’abstraction et références plus familières, au point que certaines productions créent une confusion quant à leur nature. C’est parce que les  œuvres en question,  appréhendées dans une optique élargie,  (elles  ne sont plus seulement envisagées comme closes sur elles-mêmes) , entretiennent des connexions directes avec le monde réel, déplaçant ainsi notre façon de regarder et introduisant une ambiguïté sur ce qui nous est donné à voir.

Il a été réconfortant d’apprendre que le FRAC s’installera en 2017 dans un bâtiment tout neuf  en forme d’arche urbaine, mieux adapté à ses missions,  la MECA, Maison de l’Economie Créative et de la Culture en Aquitaine, qui hébergera aussi les agences culturelles régionales, l’OARA (Office Artistique de la Région Aquitaine), dédiée au spectacle vivant, et l’ECLA, Agence régionale pour l’Ecrit, le Cinéma, le Livre et l’Audiovisuel. Prévue sur le site des anciens abattoirs, la MECA constituera l’un des pôles attractifs du futur quartier Bordeaux Euratlantique, vaste parc d’affaires et de services, de logements, d’espaces verts et d’équipements publics, organisé autour de la gare Saint-Jean,  qui sera desservie en 2017 par la ligne à grande vitesse  Bordeaux-Paris mettant  la ville à 2 heures de la capitale.

Institut culturel Bernard Magrez

Dernière expo visitée : celle proposée par l’Institut Culturel Bernard Magrez, et  intitulée « Expressions Urbaines, Street Art, Graffiti et Lowbrow », le mot anglais signifiant « sans prétentions intellectuelles ».

Bernard Magrez est un richissime propriétaire de 40 vignobles dans le monde entier, dont quatre grands crus bordelais classés. L’homme a toujours porté un grand intérêt à  l’art et aux artistes, manière pour lui, dit-il volontiers, de rendre à la vie la chance qu’elle lui a donné.

L’Institut qui porte son nom a été ouvert en 2011 et est installé à Bordeaux (derrière le Jardin Public, 16, rue de Tivoli),  dans le splendide château Labottière, construit en 1773 par les frères éponyme (éditeurs et imprimeurs bordelais),  et entièrement rénové par Bernard Magrez.

La mission de l’Institut est de rendre accessible la création contemporaine à tous les publics au travers d’une programmation d’expositions, mais aussi  de développer un programme ambitieux de commandes et d’acquisitions,  de soutenir la production d’œuvres  inédites en accueillant chaque année de jeunes artistes en résidence et d’organiser des rencontres pluridisciplinaires, les « Nuits du Savoir », qui abordent sous forme de conférences animées par de prestigieuses personnalités  toutes sortes de sujets liés aux enjeux économiques, sociétaux, philosophiques, etc….

La visite du site est à elle seule un plaisir tant la demeure néoclassique est somptueuse, entourée d’un parc à la française classé Monument historique, et dans le passé d’un vignoble, car à l’époque de sa construction l’hôtel se trouvait dans un secteur semi-rural.

Bernard Magrez  s’est par ailleurs porté acquéreur du bel hôtel particulier du XIXème siècle qui fait face à Labottière, et qui accueillera bientôt « La Grande Maison », un hôtel-restaurant haut de gamme, né de la collaboration de l’homme d’affaires et du grand chef Joël  Robuchon.

L’exposition était donc consacrée aux arts urbains, avec des œuvres qui  renvoient à l’art de la rue, qui se voit  assimilé très souvent à du vandalisme ou à de la provocation, alors qu’il est souvent riche de significations artistiques et sociales, interpellant les passants sur les aspirations de toute une génération, et sur le regard  qu’elle porte sur le monde. Je ne suis pas cependant un inconditionnel de ces graffitis, de ces tags, qui souillent notre patrimoine, et obligent les villes à consacrer des budgets importants à leur effacement, mais  je conviens que par leurs formes, leurs mouvements, leurs couleurs, ils dégagent  parfois une belle  expression artistique. Le paradoxe ici est que les messages de protestation et de contestation politiques et sociales que véhiculent certaines de  ces œuvres en dénonçant les puissants, les nantis, la pauvreté, l’injustice, les inégalités,  sont inscrits sur les murs d’un lieu justement  symbole de richesse et de luxe…

Boutique Free

Depuis un moment, j’ai le désir de changer de téléphone portable, le mien relevant presque de la préhistoire. Ce n’est pas changer pour changer, ni pour faire le beau, ni pour améliorer la qualité sonore de mes communications, ni encore pour surfer sur internet (je le fais assez à la maison). Je souhaite simplement pour mon blog chasser pendant mes marches  la photo insolite, et je ne peux le faire que  si dans ma poche j’ai l’outil adéquat pour faire une prise de vue qui supposera  parfois de « dégainer » vite et bien. D’où ma recherche d’un mobil phone léger et peu encombrant,  doté des performances voulues dans le domaine de la photo.

Free, mon opérateur, ayant une boutique à Bordeaux (il y en a une quarantaine en France), je m’y suis rendu en me disant que je trouverai là les informations nécessaires pour choisir en toute connaissance de cause mon futur appareil (je ne suis pas né avec un ordinateur dans mon berceau, comme les jeunes générations, et je ne maîtrise donc pas bien les objets de haute technologie). Quelle désagréable  surprise m’ attendait  là ! D’abord, j’attends mon  tour à l’entrée du magasin, dans une queue qui se tient dans la rue. Et lorsqu’enfin je peux soumettre au jeune employé l’objet de ma demande, je m’entendis répondre : «Voyez sur internet ».Comme j’insistais pour lui faire comprendre qu’internet ne m’apporterait pas les conseils que je sollicitais auprès de lui, il renouvela sa réponse  de façon péremptoire : « INTERNET » ! Sans m’emporter, je brisais là notre échange, non sans lui dire que la manière de nous recevoir était inqualifiable, et que le PDG de Free, un homme sensible à la qualité du service  dû à la clientèle, n’apprécierait sans doute pas de voir celle-ci être reléguée dans la rue. Imperturbable, et presque arrogant, le jeune homme rétorqua que c’était justement  lui  le PDG qui avait donné ces consignes d’organisation. Lui redisant alors combien cet accueil était absolument nul, il eut cette répartie extraordinaire : « Je sais », après laquelle toute discussion devenait impossible… A prix low-cost, service low-cost, me suis-je dit, en quittant les lieux.

Cinéma Utopia

Agréable étape de fin de journée : le cinéma Utopia, pour y voir le dernier film de Woody Allen, « Magic in the Moonlight ». Le lieu n’est pas anodin. Il est situé sur la petite place Camille Jullian, qu’on appelle volontiers le « petit Marais bordelais », un des coins les plus branchés » de la ville, avec ses terrasses de cafés et de restaurants  fréquentées  jusque tard le soir par la jeunesse  bobo bordelaise. L’endroit porte le nom d’un illustre historien né à Marseille (1859-1933), venu enseigner à l’Université de Bordeaux, avant d’être élu au Collège de France à Paris. Un  monument fait de vestiges gallo-romains dédié à ce grand érudit a été érigé au cœur de ladite place.

Le cinéma ,lui,  loge depuis quinze ans dans l’église Saint-Siméon. Elle fut désaffectée  sous la Révolution pour devenir un temps une salpêtrière (on y mélangeait le salpêtre au soufre et au charbon pour fabriquer la poudre à canon), avant d’abriter ensuite une école navale des mousses et des novices, qui  a aidé  à sortir de la misère de nombreux enfants issus du quartier du port. Après le transfert de cette école  à bord d’un trois- mâts installé en rade de Bordeaux, l’église a hébergé à la fin du XIXème siècle une conserverie, où fut inventée la fameuse clé pour ouvrir les boîtes de sardines. Au siècle suivant, fort de l’essor de l’automobile, l’église servit de garage puis de parking ( !).

Le cinéma a ouvert  ses portes en l’église Saint-Siméon  il y a maintenant quinze ans (quelqu’un écrivait que l’église retrouvait à cette occasion sa vocation première : attirer les fidèles vers  la Lumière…). Il appartient au réseau Utopia , créé en 1976, qui regroupe des cinémas indépendants (aujourd’hui on en compte dans cinq grandes villes, c’est peu),  et sont dotés de trois labels Art et Essai : « Jeune Public », « Répertoire » et « Recherche et Développement ». C’est  un réseau engagé en faveur de la diversité culturelle  et du lien social, qui pratique des tarifs peu élevés (de 3,50 à 6,50 € la place), avec  la volonté de montrer aussi bien des films à gros budget que des films qui restent en marge de l’exploitation commerciale. Le cinéma est aussi lieu de débats et de rencontres autour des grands enjeux de société.

L’endroit est donc insolite, ce qui lui confère beaucoup de charme. Il comprend 5 salles, soit 555 fauteuils,  et un café-restaurant (dont on ne dit pas du bien sur le net en raison de ses prix exagérés, du mauvais accueil qu’on y reçoit et de la « tromperie » sur la marchandise…).Il enregistre depuis son ouverture 4,8 millions d’entrées, c’est-à-dire une moyenne de 320.000 spectateurs par an. Mais l’artillerie lourde du groupe UGC menace son existence et sa spécificité, Utopia devant faire face  à la concurrence non seulement de 18 salles UGC  déjà existantes au cœur de Bordeaux (sans compter le Mégarama et le Méga CGR), mais demain de 13 autres salles  qui sont en projet dans le nouveau quartier des bassins à flot. Le pot de fer contre le pot de terre…

« Magic in the moonlight », Woody Allen

J’ai pris plaisir à regarder « Magic in the moonlihgt », une « comédie au champagne » (une expression que Woody Allen emploie souvent pour caractériser ses films), un marivaudage, peuplé de personnages romanesques en smoking et robe du soir. L’histoire se déroule dans les années 20, sur fond de jazz des années folles et de  midi de la France, cette « french riviera » tellement appréciée des riches anglo-saxons.

Il est question de magie, de prestidigitation, de médium, des thèmes chers au réalisateur, qu’on sait à l’approche de ses 80 ans misanthrope, aigri, incroyant, ayant peur de la mort et de l’au-delà, et qui à travers le récit du film donne le sentiment de ne plus croire en son pouvoir de magicien. Tout est prétexte au débat sans fin sur le rationnel , la réalité, ou l’invisible et le surnaturel, sur la foi qu’on prête ou pas aux esprits ou à Dieu , sur la transcendance, sur le mystère du monde, avec en perspective la sempiternelle question existentielle : est-il préférable de vivre heureux dans l’illusion ou malheureux dans la réalité ? La vieille tante du personnage principal dira : « Que le monde ait une finalité ou pas, il n’est pas dénué de magie. »

Habituellement,  Woody Allen nous offre  un cinéma endiablé et frénétique dans le rythme de l’histoire et des conversations, comme s’il s’agissait d’une course de vitesse, une caractéristique qui  me faisait souvent fuir  ses films. Ici, tout est plus apaisé, même si la mise en scène est un tourbillon de charme et de légèreté. L’atmosphère est à la fois drôle, romantique et policière, avec des dialogues pétillants et malicieux, une lumière resplendissante, et des acteurs bien dans leur jeu : Colin Firth, élégant et séduisant (révélé entre autres par « Le discours d’un roi » en 2011, l’histoire du monarque  bègue anglais George VI), Emma Stone  charmante et charmeuse.

Certes, Woody Allen demeure dans ce film  aussi cynique que jadis et plus sombre que jamais. Mais il ne cherche plus à faire entendre raison aux hommes et les accepte tels qu’ils sont, c’est-à-dire souvent stupides et suffisants, à l’image de cette sentence métaphorique prononcée à leur sujet par l’un des protagonistes de « Magic in moonlight » : « Le poisson rouge ignore qui change l’eau de son bocal. »

Jardin Public

Deux autres moments agréables durant notre séjour à Bordeaux : une pause bienfaitrice dans le Jardin Public, un espace de 10 ha, labellisé Jardin Remarquable, qui fut à l’origine (1746) un jardin à la française, façon Le Nôtre, puis en 1858 un jardin paysager  à l’anglaise. Il abrite un bassin sous la forme d’une rivière serpentine qu’on traverse par des petits ponts en fer forgé, un arboretum, une bibliothèque, et un Muséum d’Histoire Naturelle. C’est un très agréable lieu de promenade agrémenté de découvertes botaniques et d’attractions pour les plus jeunes, et j’ai pu constater que,  vacances scolaires aidant, le lieu était en effet fréquenté, au moment où nous y étions, par  beaucoup de familles avec leurs enfants, plutôt d’ailleurs style « beaux quartiers ».

Librairie Mollat

Et un passage à l’incontournable librairie Mollat (comme chaque fois que je viens à Bordeaux), une institution bordelaise, la plus grande librairie indépendante en France par son chiffre d’affaires et ses livres en rayon (265.000, pour 3,5  tonnes de bouquins réceptionnés chaque jour !). Quel plaisir de toucher les livres, de les feuilleter et de parcourir les appréciations portées sur telle ou telle oeuvre par la cinquantaine de  libraires (sur cent salariés) que compte l’établissement ! Située sur l’emplacement de la dernière maison de Montesquieu à Bordeaux, la librairie Mollat a été créée en 1896 par la famille éponyme - c’est Denis Mollat qui la dirige depuis 1989, après avoir fait des études de médecine ( !). Elle s’étend sur 2.700 m2, compte 15 espaces thématiques différents, et vend 2 millions de volumes par an. Je regrette à chaque fois que je m’y rends, de ne pas trouver ici et là quelques fauteuils qui permettraient à la clientèle de se poser, pour « humer » un livre puis un autre, et encore un autre, avant de passer, ou non,  à l’acte…d’achat.

Ce jour- là, je suis parti avec sous le bras deux livres de poche recommandés :

-          « Fille de la campagne » (2012), de l’écrivaine irlandaise Edna O’Brien (84 ans aujourd’hui), où elle raconte sa vie de femme rebelle et libre, faite de réussites, d’échecs , de joies, de chagrins, de rencontres, et de combats. Elle fut l’auteure en 1960 d’un premier livre, « Filles de la campagne » (le titre de l’autobiographie renvoie bien sûr ironiquement à celui-ci), qui fit scandale à l’époque et fut interdit dans son pays pour cause de description explicite de la vie sexuelle des personnages, assimilée à de l’obscénité.

-          « Annabel » (2010), de Kathleen Winter, une auteure anglo-canadienne, qui a écrit là un roman sur la différence et l’identité. L’histoire est celle d’un enfant qui naît doté des deux sexes et auquel le père va imposer d’être un garçon. 

Fait le 3 novembre

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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