Points de vues du Gers Carnets

2014 dans le rétroviseur

La fin d’une année est toujours l’occasion de regarder dans le rétroviseur les douze mois écoulés. Je vais m'y employer pour ce qui concerne mon 2014, mais en le faisant sans regret ni nostalgie, fidèle en la matière à la maxime de Montaigne : « Ni je ne plains le passé, ni je ne crains l’avenir. »

Age en plus

Bien sûr, l’âge prend une année de plus, et j’ai ainsi atteint en 2014, le 28 juillet,  mes 66 ans, notre couple affichant pour sa part en février 26 ans de vie commune, en s’évertuant, selon le bon mot de  Jean Cocteau, « de résoudre ensemble des problèmes qu’on aurait pas eus tout seul.»…Qu’on ne s’y méprenne pas toutefois : la femme qui m’accompagne depuis plus d’un quart de siècle a bien des qualités et des attentions qui font de moi un mari heureux.

Moments malheureux

Mon  bonheur  s’est mué parfois en moments de tristesse et de chagrin profonds, suscités par la mort d’êtres proches par la pensée ou la fréquentation.

Elle frappa d’ailleurs avant même le début de l’année 2014, avec en décembre 2013 la disparition de la fille aînée d’un de mes frères, victime comme passagère d’un accident de voiture provoqué par le verglas. Fauchée à l’âge de 32 ans alors qu’elle se rendait au collège où elle enseignait, cette jeune femme laissera en moi le souvenir d’une petite fille adorable, vive, joyeuse et déjà belle. Je ne l’ai pas revue en effet depuis sa prime adolescence, m’étant éloigné depuis longtemps de ma famille, source de trop de conflits et de malentendus.

Il n’empêche : j’ai partagé pleinement  la douleur de ses proches, et notamment de son père, avec lequel j’ai échangé une correspondance de circonstance, soulignant pour ma part auprès de lui la terrible injustice du destin de sa fille et le nécessaire courage qu’il se devait de trouver en lui pour surmonter l’insurmontable.

Elle s’appelait Jeanne, elle était « lumineuse », m’a écrit son père, en ajoutant que « la perte d’un enfant est une douleur indicible. ». Elle était faite pour être heureuse, et adorait la vie.

L’une de mes sœurs perdra en septembre son mari, décédé des suites de maladie alors qu’il n’avait que 63 ans. Je ne l’ai pas connu, mais  là également, de loin,  j’ai pris part à la souffrance de sa femme, en échangeant avec elle un courriel sobre mais sincère.

La mort de notre meilleure amie le 29 avril 2014, par sa soudaineté et par l’affection que nous portions à la défunte, fut par ailleurs un moment d’extrême malheur. Je pense en cet instant à son mari, autre ami très cher, qui  depuis cette disparition « se cogne » sans cesse à son souvenir. Ils formaient tous deux depuis plus de quarante ans un couple fusionnel, qui faisait si plaisir à voir. Nous tentons de l’aider, avec bien d’autres, à retrouver goût à l’existence. J’ai consacré un billet en mai sur mon blog à la regrettée Andrée, que nous aimions tant et qui est encore si présente dans nos pensées.

A propos des êtres trépassés, me vient à l’esprit cette belle expression d’un auteur dont je n’ai pas retenu le nom et qui s’adressait à un cher disparu : « Le Temps n’a pas effacé tes pas de notre chemin, où il poursuit inlassablement ta phrase inachevée.»…Je l’applique volontiers à ma mère, décédée à 31 ans d’une leucémie. C’était en 1956, et en 2014 cela a fait 58 ans que cette absence m’est insupportable. 

Déménagement

Bien plus heureux dans le bilan de notre année 2014 : notre emménagement en février dans notre nouvelle maison, quittant à cet effet Fleurance pour rejoindre, à 40 kms de là, Ordan-Larroque. Bientôt dix mois que nous y vivons, et c’est un vrai bonheur. Nous sommes sur le haut d’une de ces petites collines dont le Gers a le secret, et embrassons des points de vue exceptionnels. Que du silence et de la quiétude, un bout d’éternité parfaite, que j’ai évoqué dans plusieurs billets du début de l’année (« Déménagement » en janvier, « 90 jours après » en février, et «Premiers pas ici », en mars).

Une crémaillère a été « pendue » fin septembre, en présence d’une quarantaine d’invités. L’atmosphère fut chaleureuse et amicale, et digne de l’âme de cet endroit (voir mon billet de septembre, « Musique et crémaillère »).

Rencontres

Une année offre également des opportunités de nouvelles et belles rencontres, et nous n’en avons pas été privés en 2014. Avec à la clef aussi des rétablissements de relations, comme avec l’une de mes  sœurs (pas celle qui vient de perdre son époux), avec laquelle j’entretiens désormais une correspondance régulière par courriel dont mon blog est le prétexte ; c’est le cas aussi avec deux de ses enfants, qui semblent heureux d’avoir dorénavant,  de temps en temps, des nouvelles de l’oncle que je suis pour eux .Il en est de même avec celui qui fut un copain d’adolescence, que j’avais perdu de vue, et que j’ai croisé à nouveau à Paris cinquante ans après (le moment des retrouvailles fut pour moi émouvant, et nous nous sommes promis de ne pas attendre à nouveau cinquante ans pour nous revoir…) ; sans oublier un vieil ami que je fréquentais du temps de ma période parisienne (1977-1987), un inconditionnel de la capitale, avec qui j’ai renoué les liens d’antan, faits notamment de conversations complices et  hilarantes autour de sujets le plus souvent politiques. J’ai profité de l’aubaine pour reprendre contact également avec l’une de ses filles, qui se trouve être ma filleule (elle vit et travaille à Londres dans un cabinet d’affaires).

Preuve est ainsi faite qu’en vieillissant, l’envie grandit de revoir d’anciennes relations avec lesquelles on reconstitue, comme on fait avec un puzzle, des bribes de son passé et de sa vie familiale. Dans le même esprit, je vais me mettre à la recherche, sites internet aidant, d’anciens camarades et profs de mes écoles, en priorité des enseignants qui m’ont marqué par leur intelligence et l’influence qu’ils ont exercée sur la construction de ma personnalité.

Indonésie

Mon séjour de trois semaines en Indonésie en août dernier, le premier du genre, fut également fort heureux car il m’a fait découvrir non seulement un pays tellement différent du nôtre par son histoire, ses traditions, sa religion, sa culture, mais également le mode de vie de la famille à qui je dois l’invitation : mon frère aîné, sa femme, d’origine javanaise, et leur fille.

Je fus reçu comme un prince et ai emporté avec moi, en revenant, des souvenirs inoubliables (voir en septembre les dernières lignes de mon billet « Fin de la parenthèse », et les billets « L’Indonésie en général », « Climat, pollution, hygiène en Indonésie », et en octobre « Circulation et transport en Indonésie.»)

Relations locales

En 2014, nous avons par ailleurs tissé notre toile relationnelle au plan local, au travers notamment de la vie associative. Membres de « Culture et Loisirs au village » d’Ordan-Larroque , et désireux de rendre service à notre commune, nous sommes ainsi devenus aides bénévoles lors de  la Journée des Plantes rares  de notre village, qui a lieu chaque année  le deuxième dimanche d’octobre. L’édition 2014 a rassemblé une trentaine d’exposants (pépiniéristes, producteurs et collectionneurs) eti aura accueilli près de 4.000 visiteurs le temps d’une journée. J’ai personnellement participé au montage des stands municipaux et à la gestion des parkings d’accueil, pendant que mon épouse contribuait à la tenue de la buvette. Elle assure par ailleurs depuis quelques mois  le remplacement de la préposée à l’Agence Postale, lors de ses absences, et je viens d’accepter de remplir de mi-janvier à mi-février 2015 une mission d’agent de recensement sur le territoire de la commune, excellente opportunité pour mieux connaître mes congénères ordanais. Je suis également adhérent de l’Atelier Barrannais, une association dynamique sise dans une commune voisine. Dans le cadre de cette structure, je me performe en informatique et  appartiens à un groupe de lecture où nous débriefons chaque mois un même livre.

Nous connaissons bien désormais nos élus, Mairesse en tête, avec lesquels nous entretenons les meilleures relations, de même que nous disposons maintenant d’un excellent réseau de bonnes adresses : restaurants, ferme de canards et de volailles diverses  (où nous nous fournissons en foie gras, confits, magrets, dindes, poulets et autres pintades), ferme de fromages de chèvre frais et affiné, ferme d’élevage d’ânesses et de culture de lavande (voir mon billet en juin : « Hi-han à Hitton»),ferme de fruits et légumes, artisans du bâtiment, piscinier, informaticien…, bref toute une communauté d’acteurs économiques de proximité, liée au  territoire où nous vivons, avec laquelle les rapports sont éminemment agréables. Comme avec nos voisins, deux frères agriculteurs, qui nous ont fait découvrir de savoureux pâtés de gibier, produits de leur chasse.

Le plein de culture

En 2014, nous avons aussi fait le plein, comme chaque année, de livres, et de  rendez-vous culturels multiples : concerts, représentations théâtrales, lectures publiques, cinéma,  musées, expositions, et visites de lieux patrimoniaux, notamment à l’occasion de séjours à  Paris, Lyon, Bordeaux,Tarbes, Pau, Perpignan (avec une belle incursion en Catalogne, à Peralada, près de Figueres), Arles, Sète, où je suis allé m’incliner à nouveau sur la tombe de Georges Brassens, en surplomb de la mer,  visitant dans la foulée le musée qui lui est consacré. Un grand moment d’émotion, même si  j’ai toujours eu une préférence pour Brel et Ferré.

Les derniers spectacles vus : le 5 décembre, Laurent Korcia, l’un des violonistes les plus doués de sa génération (il a 50 ans) et l’Orchestre  Perpignan –Méditerranée, pour une soirée « Extases romantiques » au Théâtre de l’Archipel de Perpignan, avec au programme la Symphonie n°4 en mi bémol majeur d’Anton Bruckner, et le Concerto pour violon n°1 en sol mineur de Max Bruch; le 9 décembre, au Parvis de Tarbes, la dernière mise en scène de Bartabas, « Golgota », un spectacle qui fait rimer chevaux et flamenco dans une atmosphère mystique et liturgique (un peu décevant néanmoins) ; le 22 décembre, à Lectoure, une pièce d’Eugène Ionesco (1909-1994), « Jeux de Massacre », donnée par une Compagnie de comédiens amateurs, « Théâtre d’un jour », au sein de laquelle évolue l’un de nos amis (d’ailleurs chaque fois qu’il m’est donné de le voir sur scène avec ses compères, l’envie me prend d’essayer moi aussi les planches).Quoique un peu morbide (le thème se rapporte à la propagation d’une épidémie dans une ville, avec des scénettes qui montrent les bassesses, les lâchetés, les ignominies des uns et des autres pour tenter de sauver leurs intérêts et leur peau), la pièce fut agréable à regarder et à entendre. Et j’ai admiré au passage le jeu talentueux de ces non-professionnels de la scène. Quel travail derrière ce rendu !

Un film qui m’a marqué en 2014, et que j’ai vu récemment : « Mr Turner » de Mike Leigh, avec Timothy Spall dans le rôle du peintre (quel acteur prodigieux !). L’histoire des  dernières  années de l’artiste, un récit sensible, spirituel et profondément humain. Dommage que les médias n’aient pas donné à ce film  la résonance qu’il aurait méritée.

Il importe de se cultiver sans cesse, me rangeant à ce que disait l’écrivain italien Cesar Pavese (1908-1950) : « L’art est la preuve que la vie ne suffit pas. ». C’est aussi une manière de refuser la médiocrité et la facilité, des travers qui sont encouragés chez beaucoup de gens par une télévision et des médias « caniveau », et une école qui à force de niveler par le bas n’enseigne  plus aux jeunes l’envie d’apprendre  et de s’enrichir intellectuellement. Jean Cocteau (1889-1963) disait déjà : « Le drame de notre époque c’est que la bêtise se soit mise à penser »…

La marche

J’ai bien sûr poursuivi en 2014 mes activités pédestres en solo, à raison d’une heure-une heure et demie de marche tous les deux jours en moyenne, sur un rythme de de 6 kms à l’heure. Notant la durée de chacune de mes sorties, j’ai estimé à 5.500 kms la distance effectuée depuis que j’ai enfilé pour la première fois mes chaussures de randonnée, il y a maintenant un peu plus de trois ans. J’en ressens un bien fou. Bien sûr, ma santé en tire un grand bénéfice. Mais le côtoiement de cette nature magnifique, de ces paysages somptueux, me procurent un enchantement sans cesse renouvelé, propice à la méditation et à la sagesse. « L’insouciante ivresse de seulement respirer, de seulement vivre »,  écrivait Pierre Loti (1850-1923).

 Mon blog

Et puis le blog que je tiens depuis septembre 2012 m’aura bien occupé tout au long de cette année 2014. A ce jour, sur 28 mois au total, j’ai écrit 140 billets (plutôt très longs), dont 40 l’an dernier, soit en moyenne 5 billets mis en ligne par mois, et mon compteur affiche plus de 82.300 pages ouvertes (en moyenne 3.000 pages vues par mois, soit une centaine par jour). Je n’en tire aucune satisfaction orgueilleuse, mon plaisir étant d’écrire et de livrer à mes « followers » (merci à eux de me suivre) l’expression de mes sentiments, de mes réflexions, de mes réactions, de mes coups de cœur, de mes coups de gueule, sur des sujets liés à mes centres d’intérêt et à mes découvertes.

Voici pour conclure les titres de mes billets édités en 2014 et présentés mois par mois :

Janvier (3)

Vœux 2014

La Ronde des Crèches du canton de Miradoux / Autour de Jules Verne

Déménagement

 

Février (1)

90 jours après

 

Mars (3)

Le Gers, terre féconde

Premiers pas ici

Lettres de ma mère

 

Avril (4)

L’auberge de Fourcès sur TF1 / Le château de Camille

Le tango

Rencontre au Musée de l’Ecole Publique de Saint-Clar

Chèvres, chevrettes, chevreaux et bouc

 

Mai (5)

Amitié

Chacun pour soi…

Le Festival Philosophia à Saint-Emilion

Cinéma : « Dans la cour », « Homesman »

La marche et l’écriture

 

Juin (5)

D’Artagnan et les Mousquetaires

Impressions en vrac

Colère froide

Les poulets de Mathieu

« Hi-Han » à Hitton

 

Juillet (2)

Connais- toi toi-même

Une longue parenthèse

 

Septembre (4)

Fin de la parenthèse

L’Indonésie en général

Climat, pollution, hygiène en Indonésie

Musique et crémaillère

 

Octobre (4)

Circulation et transport en Indonésie

Une belle initiative d’information dans le Gers

Erri de Luca

Le bois d’Auch

 

Novembre (5)

Quarante-huit heures à Bordeaux

Concert en l’église de Bonas

« Le Casque et la Plume » à Lannemezan – Hommages à nos « poilus »

Airbus et les convois de l’A380

« Gilda » - Rita Hayworth

 

Décembre (4)

Fermes du Gers sur TF1

Armagnacs et vins du Gers récompensés

Patrick Modiano, de « La Place de l’Etoile » au Prix Nobel de Littérature

2014 dans le rétroviseur

 

Fait le 31 décembre 2014

Fermes du Gers sur TF1

Le Journal de Jean-Pierre  Pernaut sur TF1 à 13 heures (voilà 26 ans que le journaliste est aux commandes de ce rendez-vous d’informations) offre régulièrement des sujets sur le Gers.

Ainsi, dans la perspective des fêtes de fin d’année, a-t’ il consacré deux reportages en décembre à des fermes gasconnes, où les valeurs d’authenticité et de bien-vivre sont éloquemment illustrées.

TF1 à la ferme aux canards de Martin Neuf

L’un le 8 décembre dernier, où durant près de 3 minutes 30 la caméra de cette chaîne privée nous a fait visiter la ferme de Martin Neuf, d’Aline et Gérard Perotto, éleveur, gaveur et conserveur à Condom.

L’exploitation est gérée par la même famille depuis plus de cinq générations.

Sur une année, 1500 canards sont élevés là, achetés à 8 jours et nourris avec les céréales produites sur la ferme, le gavage des volatiles commençant à 4 mois, 4 mois et demi.

Aline et Gérard Perotto commercialisent par leur site internet  les foies gras et autres dérivés du canard (confits, fritons, galantine, magret, saucisses, pâtés, rillettes…), des plats cuisinés (aiguillettes de canard à l’orange ou au floc de Gascogne, daube de canard aux pruneaux, cassoulet au confit de canard…), les vins de pays blanc et rouge du Gers, cultivés sur 4 ha de la propriété, et un Armagnac de 25 ans d’âge.

Les visites sur place sont nombreuses, surtout l’été, et lors d’une dégustation on apprend à faire la différence entre le foie gras gavé au maïs blanc et celui gavé au maïs jaune. Les couleurs du foie ne sont pas les mêmes, ni les goûts : le blanc, plus traditionnel dans le Gers, est plus fin en bouche, le jaune plus onctueux.

La dame de Martin Neuf concocte devant nous une terrine de foie gras aux figues. Il faut choisir, dit-elle, un foie de 800 grammes (c’est déjà un beau morceau !), le saler et le poivrer, et le disposer dans une terrine en terre (un premier lobe, puis une couche de figues fraîches, et par-dessus le second lobe), celle-ci ayant été « tapissée » au préalable d’Armagnac. Un Armagnac de son mari, précise-t-elle, en disant de son époux qu’il en produisait déjà quand il était célibataire, et installé « de l’autre côté de la colline », manière de laisser entendre qu’il n’est pas tout à fait d’ici. La préparation passe alors au bain-marie dans le four durant une heure à 180°. Ne reste plus ensuite qu’à se régaler…

La maîtresse des lieux évoque aussi sa manière de faire une garbure, plat traditionnel du sud-ouest, à l’origine une soupe paysanne : y mettre des cous et des ailes de canard, et bien relever à l’ail.

Elle parle également de son foie gras frais poêlé en larges escalopes, en faisant d’abord rissoler avec la graisse de canard  des pommes et des gros raisins verts qui ont été « baignés » dans l’armagnac. Surtout, veiller à ce que la poêle soit bien chaude avant d’y installer les tranches de foie. Pour ma part, c’est selon ce mode poêlé, mais sans rien avec,  que je préfère déguster le foie gras, tant il dégage en la circonstance des saveurs exceptionnelles. Un pur délice !

Au menu encore, pour les besoins du reportage, des magrets de canard cuits sur la braise, et en dessert une croustade aux pommes, une spécialité culinaire d’ici.

TF1 à la ferme aux dindes de Loubersan

Le 19 décembre dernier, TF1 revisitait le Gers le temps d’un reportage de 2 minutes 30,  autour de la question « Comment bien cuisiner sa dinde de Noël : la recette gersoise ? ».

Rendez-vous dans une ferme de Loubersan, au sud d’Auch, sur les coteaux de l’Astarac, où Philippe Baron y élève par an 20.000 têtes, dont la dinde, la reine des volailles, un grand classique  des  fêtes de Noël, mais aussi des poulets à rôtir, des chapons et des canards.

Les dindes vivent là en plein air pendant  7 mois (dont un mois d’engraissement), nourries avec les productions céréalières de l’exploitation,  avant d’être plumées à sec et maturées en chambre froide au moins deux semaines afin de développer toutes les saveurs de la volaille.

Le volailler Xavier Abadie

Le reportage relate la visite à la ferme d’un volailler qui se fournit pour partie ici. Il s’agit de Xavier Abadie, un grand nom de l’aviculture dans le Gers, installé à Miélan (au sud d'Auch également), spécialisé  dans la volaille festive d’exception, soit 42.000 dindes, chapons (pour les non-avertis, un chapon est un coq castré), poulardes, pintadous (chapons de pintades), commercialisés chaque année (dont 4.500 chapons qu’il élève lui-même). « Nous sommes artisans volaillers, producteurs de bonheur gastronomique », est-il écrit sur le site « Tradition des Coteaux  .

L’homme a participé de près à la renaissance de la poule gasconne (voir mon billet sur cette gallinacée paru sur mon blog en décembre 2013), et a obtenu un Coq d’Or en 2001 pour ses pintades chaponnées et ses mini-chapons (la distinction est accordée par le « Guide des Gourmands », un « carnet d’adresses des chefs et des vrais amateurs », élaboré par une équipe de journalistes).

A la tête de la société qui emploie 6 salariés en temps ordinaire, et une soixantaine au moment des fêtes, il fournit entre autres de grands restaurants, comme ceux de William Ledeuil, le chef du Ze Kitchen Galerie et du KItchen Galerie Bis (KGB) à Paris, au cœur du Quartier Latin. Le cuisinier a fait l’objet d’un papier dans le dernier numéro de « Plaisirs du Gers », un magazine qui paraît chaque été (voir mes billets de février 2013 et de juillet 2014 au sujet de cette publication).Il a dit en cette occasion tout le bien qu’il pensait des produits locaux  du Gers, présentant en annexe de l’article une recette de chapon provenant justement de chez Abadie et préparée à base d’un mixage de condiments datte-citron-sésame.

Le volailler propose à la vente sur son site ses différentes volailles, et aussi toute une déclinaison de produits issus du chapon : chapon en gelée, pâté de chapon au foie gras, confit de chapon, rillettes de chapon, terrine de chapon à l’Armagnac, gésiers de chapon confits…

A ce stade, je ne résiste pas au plaisir de raconter l’histoire drôle pour laquelle les humoristes faisaient parler Valéry Giscard d’Estaing en raison du chuintement significatif de son élocution. La question est : « Quelle est la différence entre un chapon et une poule ? ». Réponde de Giscard : « Une poule cha pond, un chapon cha pond pas »…

Xavier Abadie distribue aussi ses produits auprès des grossistes de Rungis, notamment pour approvisionner en dindes bien dodues les Etats-Unis lorsqu’on y  célèbre le Thanksgiving Day  le 4ème jeudi de novembre.

Le Tahnksgiving Day aux Etats-Unis

Cette commémoration trouve son origine dans l’arrivée en Amérique, en 1620, d’une centaine de « dissidents anglais » (ces protestants en rupture avec l’Eglise d’Angleterre étaient aussi appelés  « pères pèlerins », et fuyaient leur pays). Ils débarquèrent du célèbre navire le  « Mayflower » pour fonder la ville de Plymouth.

Périssant les uns après les autres du scorbut, les survivants ne durent leur salut qu’à l’aide d’une tribu autochtone  qui leur apprit à chasser et à pêcher, et aussi à cultiver le maïs. Et pour fêter la première récolte, le gouverneur du lieu décréta 3 jours d’action de grâce, avec à la clef un festin offert par les colons anglais aux membres de la tribu, où furent servis dindes sauvages et pigeons. Cet évènement  s’est peu à peu développé ici et là  et fut généralisé et consacré en 1789 par George Washington, Président des Etats-Unis. Un peu en décalage avec cette fête qui voit se consommer des tonnes de dindes farcies, une tradition d’esprit loufoque veut que le Président en exercice gracie une dinde qui lui est présentée à la Maison Blanche par la profession des éleveurs. On a vu ainsi récemment à la télévision Barack Obama officier en la circonstance pour la sixième fois, en présence bien sûr de la dinde, étonnée de tout ce protocole, et qui finira grâce à lui ses vieux jours dans un poulailler, préservé des appétits d’ogre du peuple américain.

« Souffler » la plume

Pour s’assurer que la dinde est à point, TF1 montre comment on pratique en Gascogne : le volailler  soulève l’aile et « souffle » la plume pour voir si la veine bleue est recouverte par un bourrelet de graisse. Si c’est le cas, c’est gagné ! La dinde est alors grasse à souhait, mais aussi musclée car elle aura beaucoup « bourlingué »  dans la ferme de Philippe Baron.

La dinde aux marrons rôtie

La maman de celui-ci présente en fin de reportage sa recette de  la dinde rôtie : on fourre le volatile de marrons baignés dans l’Armagnac afin de donner à la  volaille une saveur toute particulière. Après 4 heures au four à 130 °, le  plat est prêt. Mon petit doigt m’a dit que l’équipe de TF1 avait été bien traitée sur place : accueil avec un Floc de Gascogne, puis un foie gras maison, arrosé d’un Pacherenc du Vic-Bilh d’Alain Brumont, un des plus grands vignerons du Gers, la dinde ensuite, servie avec un Côtes de Gascogne rouge, et là également la croustade aux pommes pour finir en beauté…

Fait le 26 décembre

Armagnacs et vins du Gers récompensés

Armagnac et Cognac dans « M », le magazine du « Monde »

Dans un récent n° du magazine du journal « Le Monde », « M », qui paraît le week-end, un article était consacré à l’histoire comparative du Cognac et de l’Armagnac.

« Entre la Charente protestante et la Gascogne catholique, les accents chantent différemment, les gastronomies déclinent des caractères bien trempés et distincts. Mais cousins plus que frères,  tels deux rameaux d’un arbre, cognac et armagnac forment une famille. », écrit Jérôme Beaudouin en introduction de ce papier.

Famille ou pas, iI n’empêche qu’ici, dans le Gers et plus généralement dans ce sud-ouest situé au sud de la Garonne, on est armagnac à 200%, un spiritueux qu’on boit en digestif ou avec certains plats, mais aussi en cocktail apéritif, et qu’on utilise volontiers en cuisine .

L’armagnac est  considéré comme une « eau-de-vie des champs » pour l’opposer à l’ « eau-de-vie des villes » que serait le cognac. Le second est exporté à  97%, quand le premier est vendu pour près de  50% en France.

L’ouverture à l’international du cognac s’explique par la présence très tôt dans ce vignoble (XVIIIème) de grandes familles anglaises, comme Martell et Hennessy, rompues au commerce extérieur et favorisées par un accès facile à l’océan Atlantique, par la Charente et les ports de La Rochelle, Rochefort et Bordeaux. Et la signature d’un traité de commerce entre la France et l’Angleterre en 1860, sous l’impulsion de Napoléon III, va faire exploser le négoce du cognac.

A l’inverse, l’armagnac, qui n’a pu profiter d’infrastructures fluviales de proximité et se trouvait pénalisé par un fort enclavement, a  vu sa production conserver un caractère régional, artisanal et confidentiel (7 millions de bouteilles par an contre 151 millions pour le cognac).

Un mot d’histoire

L’armagnac peut se targuer d’une existence fort ancienne puisque le Prieur d’Eauze et de Saint-Mont, dans le Gers, qui vécut au XIIIème siècle et au début du XIVème, écrivit un ouvrage de médecine sur l’eau-de-vie  gasconne, appelée alors « aygue ardent » (eau ardente). Ce Vital Dufour, c’est son nom, indiquait ainsi que l’eau-de-vie  en question conservait les viandes, guérissait les maux et les blessures  aiguisait l’esprit, rendait l’homme joyeux, conservait la jeunesse et retardait la sénilité. Pas étonnant qu’encore aujourd’hui le Gers soit l’un des départements où l’on vit le plus vieux !

Les hollandais  furent à l’origine du développement commercial du cognac et de l’armagnac. Ces grands marchands ayant constaté que les vins transportés au long cours se dégradaient au point d’arriver à destination « piqués », imaginèrent de distiller le produit pour le fortifier, ce qui donna naissance au « vin brûlé », dit « brandy ».

La distillation prit alors son envol. Avec pour le cognac l’apparition d’une double distillation à partir du XVIIème siècle, pendant que les bouilleurs de cru de Gascogne s’en tiennent majoritairement  à une  simple distillation en  continu qui donne un armagnac titrant environ 50° .

Malheureusement, le phylloxéra d’abord, le milldiou ensuite,  et un troisième champignon  enfin , détruisirent à la fin du XIXème le vignoble de l’armagnac (dont 100.000 ha dans le  Gers). Il fallut attendre  1898  pour voir renaître le vignoble, grâce à l’introduction d’un nouveau cépage, le Baco, plus résistant au damné phylloxéra.

Aujourd’hui l’armagnac est en pleine mutation, à la recherche d’une image plus jeune, avec  la volonté de s’exporter davantage, en profitant notamment de la renommée internationale du cognac. « Rester gascon, tout en ayant le regard tourné vers le monde », conclut l’auteur de l’article.

Mode de production

L’eau-de-vie  est obtenue par distillation du vin blanc qui s’opère l’hiver, dans un alambic continu  armagnacais, un appareil en cuivre pur, avant que ce liquide encore incolore et d’un degré d’alcool compris entre  52 et 72° ne soit mis à vieillir de longues années en fûts de chêne de 400 litres, pour être ensuite commercialisée (les producteurs les plus authentiques mettent l’armagnac  en bouteilles seulement  au moment des commandes pour ne pas interrompre sa maturation).

Les trois Armagnac

L’armagnac est issu des départements du Gers, des Landes et du Lot-et-Garonne, à raison de 3 zones différentes et de 4.200 ha dédiés à la production du vin blanc armagnacais :

-          Le Bas- Armagnac, à l’ouest, qui a pour capitale Eauze, et représente 67% des surfaces de production, faites de sols sablo-limoneux, dits sables fauves. On trouve là les meilleures  eaux-de-vie, délicates et fruitées.

-          L’Armagnac-Ténarèze, autour de Condom, soit 32 % de la superficie, en sols boulbènes (terres sablo-argileuses acides) et argilo-calcaires, qui produit des armagnacs puissants et corsés

-          Et le Haut-Armagnac, dit Armagnac blanc, en raison des calcaires qui affleurent. Il n’y  a plus que quelques producteurs dans cette zone qui est la plus au sud.

Les cépages

A la diversité des terroirs s’ajoute la diversité des cépages utilisés :

-          L’Ugni-blanc, cépage  le plus répandu, adapté à tous les sols

-          La Folle blanche, cépage historique mais qui s’est fait rare depuis l’apparition du phylloxéra

-          Le Baco, qui est né, lui, à la suite du phylloxéra

-          Le Colombard, mais très peu

-          Et quelques autres cépages anciens, qui ne représentent toutefois que quelques hectares.

Les appellations commerciales

Les dénominations commerciales attribuées aux armagnacs sont fonction de la durée de vieillissement  sous  bois.

L’armagnac VSOP définit un assemblage d’eaux-de-vie dont la plus jeune doit avoir au moins 4 ans. On l’utilise volontiers pour poêler un foie gras ou pour accompagner un fromage à pâte persillée (Roquefort, Fourme).

Un armagnac XO, qui est plus apprécié par la clientèle étrangère,  doit avoir au moins 6 ans de vieillissement. Il peut se joindre à des bouchées au foie gras, à des mignardises sucrées, ou se prendre en digestif.

Les armagnacs hors d’âge comptabilisent plus de dix ans de fût. On trouve en eux le cœur des arômes de cette eau-de-vie, avec une palette de fruits confits (pruneau, abricot, écorce d’orange), associée aux arômes boisés, et même parfois à des arômes pâtissiers, épicés, qui rajoutent de la gourmandise. En bouche, le hors d’âge est tout en équilibre, en longueur et en chaleur maîtrisée. Ils se marient avec la pintade aux fruits, le magret au miel, l’omelette aux cèpes, et aussi avec des desserts à base de fruits ou de chocolat. On peut oser également, à l’instar d’une célèbre recette d’Alain Ducasse, grand chef d’origine gasconne, le baba à l’armagnac, servi  avec un verre de 2 cl à verser sur le gâteau.

L’armagnac millésimé est, lui, élevé en fonction du contexte de son année de naissance, soit de manière individualisée. C’est du cousu main, du très haut de gamme, qui va engendrer une eau-de-vie avec une personnalité propre et forte.

Enfin, la Blanche d’armagnac, est un alcool blanc, comme son nom l’indique, fruité et frais, résultant d’une distillation précoce. Il est conservé dans un contenant inerte pour préserver ses arômes et son aspect cristallin.

Les notes

En accompagnement de cet article de « M », le Magazine du « Monde »,Roberto  Petronio, un journaliste du vin, présente  un échantillon des meilleurs nectars de cognac et d’armagnac.

Pour l’armagnac, 11 eaux-de-vie, issues de 6 propriétés différentes sont recensées, affectées de notes allant de 20/20 à 16,5/20, et toutes,  à une exception près, ayant plus de 20 ans d’âge. La crème de la crème des armagnacs donc ! Avec des prix à la hauteur de leurs notes : de 899 € ( !!!)  à 69 € la bouteille.

Les Landes s’accordent la plus belle part du gâteau avec pour le domaine de Boingnères (dont l’histoire remonte à 1807) un 19/20 pour un Bas Armagnac 1972 et un 18/20 pour un autre de 1979 ; pour le château de Gaube, qui a vu « naître » en cuisine la célèbre Hélène Darroze, un 18,5/20 pour un Bas Armagnac  1964, et toujours dans la famille Darroze un Bas Armagnac  1977 du domaine de Petit Lassis noté 18/20 ; pour le domaine de Jaurrey, qui appartient à la famille  Laberdolive depuis 1856, un 17,5/20 pour un Bas-Armagnac  1979 ; pour le domaine de Ravignan, dont la production viticole est attestée depuis bientôt trois siècles, un 17,5/20 pour un Bas Armagnac 1985 ; pour le château de Lacquy (les générations d’une même famille s’y succèdent depuis 1711), un 17/20 attribué à un Bas Armagnac  1991, et un 16,5/20 à un 1997 ; et enfin, un 16,5/20 au château de Laballe (où c’est  la 8ème génération des Laudet qui est aux commandes)  pour un Bas Armagnac 1965.

La maison Gélas

Le Gers n’est pas pour autant réduit à la portion congrue dans ce classement puisqu’il rafle les deux meilleures notes, grâce à la maison Gélas de Vic-Fezensac, qui à elle seule obtient un 20/20 pour un armagnac de 1943, et un 19,5/20 pour un armagnac  Baco de 50 ans d’âge.

Au sujet du premier, le journaliste écrit : « Magnifiques parfums envoûtants par leurs notes de confiserie, d’orangette et de prune .Le temps a fait son œuvre et donne à ce vénérable armagnac une noblesse magnifique. En bouche, l’équilibre est magistral, et la douceur du fruit lui confère une grande souplesse. Une eau-de-vie de méditation qu’i l faut prendre soin de savourer lentement et longuement. Sublime. » Il faudra toutefois débourser  899 € pour l’apprécier…

Pour l’autre armagnac Gélas distingué, Roberto Petronio  écrit : « Cépage hybride, le baco a besoin de temps pour perdre son accent rustique. A 50 ans, il gagne ses galons et s’achemine vers l’élégance, sans perdre cette touche terrienne qui le caractérise. Son parfum balsamique évoque un grand madère. Un bouquet splendide et intense. Très pur. En bouche, sa fougue s’assagit et sa rusticité s’anoblit. Il évolue sur une odeur de cuir et de cigare toscan. A découvrir absolument. » Il ne  coûte celui-là « que » 195 €. 

Les origines  de la maison Gélas méritent  d’être évoquées car elle raconte une belle aventure familiale : Guillaume Gélas, tonnelier de son état, cède en 1865 son affaire à son fils Baptiste. Celui-ci crée alors la maison Gélas et emménage dans des locaux qui sont aujourd’hui encore au même endroit. Il y démarre avec succès une activité d’élaboration et de négoce d’armagnacs. Puis son fils Louis  acquiert en 1910 les vignes du château de Martet à Manciet. Après la seconde Guerre mondiale, c’est Pierre qui succède à Louis et qui va donner une dimension internationale à la maison. Il est ainsi le premier à élargir son négoce aux vins et à d’autres spiritueux que l’armagnac. Il révolutionne par ailleurs son époque en élaborant en exclusivité des armagnacs à leur degré naturel de vieillissement (18 ans au moins), sans filtration, c’est-à-dire brut de fût. Philippe représente depuis 2001 la 4ème génération des Gélas, perpétuant l’esprit novateur de ses aïeux qui avaient initié des élevages d’armagnacs mono-cépages. C’est une maison qui regroupe  aujourd’hui une sélection unique de plus de 25 propriétaires différents.

Une boutique en ligne, « Les Caves de Baptiste » (en hommage donc au fils du tonnelier) proposent à la vente  armagnacs, spiritueux, whiskys, vodkas, rhum, vins du sud-ouest, et  en épicerie fine une gamme de spécialités gasconnes de canard (foie gras, rillettes, terrines, confits, fritons…), de plats cuisinés, d’huiles et de condiments, et de gourmandises.

Pour la petite histoire, le responsable commercial de Gélas  est devenu Maire de Vic-Fezensac à l’occasion des dernières municipales .Nul doute que la fidélité de la maison à sa commune et sa notoriété ont dû contribuer à cette élection.

Les Talents de l’Armagnac

Vient de se tenir par ailleurs la 53ème édition des Talents de l’Armagnac, occasion au cours de laquelle la profession, via un jury de grands connaisseurs (il intégrait entre autres le plus grand sommelier du monde), a distingué les meilleurs des siens pour l’année 2014-2015.

Trente et une Médailles ont ainsi été attribuées, dont neuf d’or, la plupart attribuées à des producteurs du Gers.

Tête d’affiche : le Prix du Président de la République accordé à un Bas-Armagnac  1995 de la propriété Samalens  à Laujuzan (une commune dans la partir ouest du Gers). Lui fut attribué également le Coup de Cœur de Vinocamp Armagnac qui s’est tenu, lui, début décembre au Château de Mons, près de Condom  (Vinocamp est un évènement communautaire qui a plusieurs éditions en France, dont l’une autour de l’armagnac, dont l’objet est de réunir passionnés et professionnels pour des débats sur des sujets d’actualité liés au vin à l’ordre du jour, à la communication, au commerce, au web et à l’innovation).

Autres Médailles d’or : dans la catégorie « Armagnac sur glace », un « Glaçon d’or » au Classique Bas Armagnac du Château du Tariquet, un grand domaine situé à Eauze. Pour la Blanche d’armagnac, une Médaille d’or au domaine du Grand Comté à Roquelaure (près d’Auch), et une autre en Fine blanche pour le Château d’Arton à Lectoure. J’apprécie beaucoup les productions de ce dernier domaine, auquel  j’avais consacré un billet en octobre 2012, et notamment son vin blanc sec  fruité des Hauts d’Arton,  qui marie le cépage du Colombard avec 20% du cépage Sauvignon, ce qui donne à ce vin des saveurs de citron et de pamplemousse, complétées par des arômes de muscat. Un régal !

Dans un communiqué, le domaine d’Arton s’est félicité de cette belle distinction, rappelant pour la circonstance que le château état le lieu de naissance de la Fine blanche, cette eau-de-vie blanche d’armagnac qui titre 45°.

Délicatement fruitée, la Fine blanche est élaborée à partir de la distillation de vins du cépage Ugni blanc. On la sert toujours glacée au givre, à la sortie du congélateur, pour accompagner saumons et autres poissons fumés ou marinés, chocolats ou sorbets. Elle est partie prenante de cocktails, et se sert aussi à l’heure du café comme une excellente eau de fruits.

Les autres Talents d’Armagnac en Médailles d’or : en VSOP, le domaine de Magnaut, à Fourcès, et le de Loyac, de la coopérative  Val de Gascogne  à Condom. En XO et hors d’âge jusqu’à 19 ans : le domaine du Grand Comté, à Roquelaure (déjà distingué, voir plus haut, pour sa Blanche d’Armagnac), et les vignobles Fontan, à Noulens, près d’Eauze.

Pour les hors d’âge de plus de 20 ans : le 20/20 de Jean Cavé, à Lannepax (pas loin d’Eauze), et la Cuvée Louis 1er du Marquis de Montesquiou, à Eauze.

Pour les Millésimes de 1995 à 2004 : deux Médailles d’or en Bas  Armagnac pour des 1995, issus d’une part du domaine de Maouhum, à Le Frêche (l’un deux seuls producteurs des Landes à être Médaillés d’or dans cette édition) , et, d’autre part, du domaine de Samalens (Prix du Président de la République par ailleurs, voir plus haut).

Pour les Millésimes de 1985 à 1994 : en Armagnac, un 1994 du domaine de Rome, à Montréal-du-Gers, et en Bas Armagnac, un 1994 du domaine de Charron, à Bougue (le deuxième landais d’or), et un 1986 de Castarède, à Mauléon d’Armagnac (au-delà d’Eauze, à deux pas du département des Landes).

Le label « Vignobles et Découvertes »

Le Gers du vin (20.000 ha répartis sur 317 communes, et  7 appellations : Armagnac, Floc de Gascogne, Côtes de Gascogne, Saint-Mont, Madiran, Pacherenc  , Côtes de Gascogne du Condomois)  est lui aussi à l’honneur par l’attribution récente pour 3 ans par Atout France (Agence du développement touristique de notre pays) du label « Vignobles et Découvertes » aux « Bons Crûs d’Artagnan ». Cette labellisation est accordée à une destination touristique et viticole proposant une offre de produits touristiques et complémentaires (hébergement, restauration, visites de caves, musées, sites patrimoniaux, évènements…).

Les Bons Crûs d’Artagnan correspondent tout à fait à ce concept : à partir d’un mini-site ainsi intitulé, le Comité départemental du tourisme suggère pour 43 domaines viticoles visites, séjours, animations, rendez-vous dans les vignes ou dans les chais. Avec ce label, le Directeur de cet organisme se dit convaincu que le Gers doit pouvoir mettre en place à terme  une offre touristique de prestige, en direction notamment des populations  nord-américaines et  chinoises.

A l’heure où je conclus ce billet, je repense à cet armagnac de la Ténarèze, de 48 ans d'âge, issu de la coopérative Val de Gascogne de Condom, qui m’a été servi il y a quelques jours au terme d’un dîner chez des amis. Un breuvage divin qui fut une véritable fête. A l’œil, une couleur ambrée à reflets d’acajou ; au nez, une grande richesse aromatique où se disputaient des odeurs de pruneau, de boisé, de café, de noix, d’épices, que sais-je encore ; et en bouche, une ampleur, une rondeur et une longueur parfaites.

Fait le 22 décembre

Patrick Modiano, de " La Place de l'Etoile" au Prix Nobel de Littérature

Modiano et moi lecteur

J’ai lu au gré des années écoulées pas mal de livres de Patrick Modiano, et j’ai dans ma bibliothèque huit d’entre eux, sur la trentaine que l’auteur a publié chez Gallimard (sans compter les scénarios de films auxquels il a participé, les livres écrits pour la jeunesse, une pièce de théâtre et quelques textes de chansons, dont la fameuse « Etonnez-moi Benoît » de Françoise Hardy).

J’ai lu ainsi dans un ordre chronologique : « Villa triste » (1975), Prix des Libraires 1976, adapté en 1994 au cinéma par Patrick Lecomte dans un film qui s’appelait « Le Parfum d’Yvonne »  , « Livret de famille » (1977), un livre partiellement autobiographique, « Une jeunesse » (1981), « Quartier perdu » (1985), « Remise de peine » (Editions du Seuil 1988), « Vestiaire de l’enfance » (1989)« Voyage de noces » (1990), et « La petite bijou » (2001)…

Si je me fie à ce recensement, je n’aurais donc pas ouvert un Modiano depuis treize ans, et serai notamment « passé à travers » deux ouvrages consacrés par les plus belles récompenses littéraires : « Les Boulevards de ceinture », couronné en 1972, année de sa parution, Grand Prix du roman de l’Académie Française, et « Rue des boutiques obscures », Prix Goncourt 1978.

Je me suis sans doute lassé à un moment donné de la griffe « modianesque », car d’un livre à l’autre ce sont les mêmes thèmes, chers à l’écrivain, qui sont abordés : la recherche quasi frénétique et névrotique de son enfance, trop vite effacée, d’une histoire perdue, l’absence, la quête de l’identité et d’un passé brouillé, l’obsession du Paris occupé par les allemands, qu’il n’a pas connu (Modiano est né en 1945), mais auquel il se réfère sans cesse pour cerner la vie de ses parents et de tous ceux qui les ont côtoyé à un titre ou un autre.

La « magie » Modiano

Modiano est tout au long de ses romans, un archéologue de la mémoire, agissant comme un détective (il y a de l’intrigue policière dans son œuvre), ou comme un historien, s’évertuant avec un sens du détail très élaboré, à retrouver ici des témoins, là des pièces à conviction, qui en s’accumulant avec une part de fiction, de poésie et de mystère (on dit volontiers la « magie Modiano » pour parler de cet effet)  vont reconstituer l’atmosphère d’un passé jusque- là morcelé, incertain et onirique. « Les évènements n’ont pas d’intérêt en eux-mêmes, mais ils sont comme réverbérés par l’imaginaire et la rêverie », disait Patrick Modiano.

Il fait ainsi resurgir les fantômes de ses parents, d’amis et de femmes aimées, de quartiers parisiens, de lieux divers en banlieue ou en province, animé d’une passion sans borne pour les cadastres et les vieux annuaires téléphoniques. « Il cherche livre après livre la formule qui ouvre les portes du passé », dit de lui François Busnel,  avec en écho la belle formule d’Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuelle de l’Académie Française,  qui caractérise Modiano de « flâneur du passé ».

On peut s’interroger sur les tenants et aboutissants de la démarche romanesque de Modiano, et se dire, comme Albert Camus l’a écrit, que « C’est une grande folie, presque toujours châtiée, de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de vouloir revivre à 40 ans ce qu’on a aimé et dont on a joui à 20. »….

Mon affection pour l’homme Modiano

Et si j’ai arrêté de lire Modiano, je ne m’en suis pas moins pris d’affection pour l’homme depuis ses premières apparitions sur la scène littéraire. J’ai toujours eu une attirance pour les êtres d’exception qui ont des difficultés à se mouvoir dans la vie de tous les jours, ces grands brûlés, ces poètes, ces gens timides et embarrassés, qui sont, comme Modiano, à l’image de « L’Albatros » de Baudelaire, ce bel et élégant oiseau des mers qui devient si maladroit, si malhabile,  lorsqu’il est posé sur le plancher du bateau :

 

« …Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui naguère si beau, qu’il est comique et laid !

 

…Le Poète est semblable au Prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer,

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

 

Beaucoup se sont gaussés des difficultés d’élocution de l’écrivain, qui sur un plateau de télévision ne sait pas s’exprimer autrement qu’en bégayant, ne finissant jamais les phrases qu’il commence, cherchant en vain ses mots et ne les trouvant pas.

C’est douloureux à voir et à entendre, et si peu en rapport avec la qualité de sa plume.

Etre écrivain, et ne pas savoir définir oralement, ou si mal, ce qu’il met si bien dans ses livres, doit provoquer en lui une souffrance insupportable.

La timidité, le manque complet d’assurance, qui l’envahissent dans ces circonstances me l’ont rendu aussitôt sympathique, humain, d’autant que j’ai en sainte horreur les gens trop sûr d’eux, les bluffeurs, les donneurs de leçons et autres prétentieux.

 La vie de l’écrivain

 Patrick Modiano a eu une enfance et une adolescence compliquées. Sa mère, comédienne d’origine flamande, était souvent absente pour cause de tournées théâtrales. Son père n’était guère davantage là, se prêtant à toutes sortes de petits trafics liés  au marché noir,  qui feront sa fortune, et lui vaudront la protection de la pègre et même de la Gestapo française. L’écrivain, qui perdra très tôt son frère Rudy, qu’il chérissait tant, emporté en 1957 par une leucémie à l’âge de dix ans, sera confié à ses grands-parents maternels, à des nourrices, et ira de pensionnat en pensionnat, avec à la clef des fugues à répétition, et des années de vicissitudes scolaires et familiales.

 Les activités troubles de son géniteur inspireront Patrick Modiano qui fera émerger dans ses livres des personnages louches et peu recommandables (« …il me semble que des épisodes de mon enfance ont ressemblé à un roman policier. A certains moments, j’ai été entouré de personnes et d’évènements très énigmatiques. »), en même temps qu’il déclinera souvent le thème du père et de la paternité, soulevant à cette occasion les questions de l’identité, de  l’absence, et de la trahison. Les conflits incessants qui naîtront de la mauvaise conduite de son père à son égard  décideront Modiano à  ne plus le  revoir. Il avait alors 17 ans, et il ne reviendra jamais sur sa décision.

 Deux ans auparavant, soit à 15 ans,  il rencontre Raymond Queneau (1903-1976), ami de sa mère, romancier, poète et dramaturge, devenu populaire avec son ouvrage « Zazie dans le métro ». Il sera pour lui un protecteur, un père de substitution, exerçant sur le jeune Modiano une influence considérable, l’aidant à se construire dans l’écriture et l’introduisant dans les milieux littéraires.

 A 23 ans, il publie son premier livre, « La Place de l’Etoile », et il ne cessera plus d’écrire. Il épouse Dominique Zehrfuss deux ans plus tard, qui eut elle aussi une enfance chaotique et douloureuse, en raison d’une mère despotique qui la tyrannisait (elle racontera son histoire dans « Peau de caniche » publié en 2010 chez Mercure de France). Ecrivain elle aussi, illustratrice, dessinatrice de bijoux, peintre de miniatures, Dominique Zehrfuss est la fille de l’un des architectes du CNIT, premier bâtiment construit à La Défense (1958), pour y accueillir au départ expositions et salons d’envergure. Excusez du peu, les témoins de son mariage furent Raymond Queneau et André Malraux. Deux filles naîtront de cette union : Zina, qui a aujourd’hui 40 ans et est réalisatrice, et Marie, 36 ans, comédienne, auteur-compositeur-chanteuse, comme son compagnon suédois, né à Malmö.

 Son dernier livre

 Patrick Modiano est revenu puissamment dans l’actualité littéraire ces dernières semaines.

 D’abord avec la parution début octobre d’un nouveau livre, « Pour que tu ne perdes pas dans le quartier.» A partir de l’histoire d’un carnet d’adresses perdu puis retrouvé, le personnage central du roman, un écrivain sexagénaire, va se mettre à la recherche d’un nom qui se trouve dans l’agenda, ce qui le conduira à revisiter par la mémoire et le souvenir le Paris des années 50/60 et à croiser des fantômes du passé, comme celui d’une femme qui fut pour lui une mère de remplacement puis sans doute, plus tard, une amante. La critique fut plutôt bienveillante , même si  Modiano ne surprend guère, demeurant fidèle une fois encore à ses thèmes de prédilection. L’envie me prend en tout cas de le lire.

 Le Prix Nobel de Littérature

 Et puis le 9 octobre, l’Académie suédoise, qui est un peu l’équivalent de notre Académie Française, annonce qu’elle attribue le Prix Nobel de Littérature 2014 à Patrick Modiano. A 69 ans, l’écrivain, qui dira que cette consécration lui paraît « irréelle »,sinon « bizarre »,   devient ainsi le 15ème auteur français à faire l’objet de cette haute distinction, après Sully Prudhomme en 1901, Frédéric Mistral en 1904, Romain Rolland en 1915, Anatole France en 1921, Roger Martin du Gard en 1937, André Gide en 1947, François Mauriac en 1952, Albert Camus en 1957, Saint John Perse en 1960, Jean-Paul Sartre en 1964 (il déclinera le Prix), Claude Simon en 1985, Gao Xingjian en 2000 et Le Clézio en 2008.Il convient de dire que la France détient à ce jour le plus de « nobélisés » en littérature, devant les Etats-Unis et le Royaume Uni.

 C’est Alfred Nobel, un chimiste suédois (1833-1896) qui grâce à sa fortune fut à l'origine de ce Prix qui porte son nom et qui vise à récompenser depuis 1901 des personnes ayant rendu service à l’humanité, en ayant permis une amélioration ou un progrès considérable dans cinq disciplines différentes : paix et diplomatie, littérature, chimie, médecine et physique.

 S’agissant de Modiano, le Comité du Prix Nobel dira qu’il a élu l’écrivain « Pour son art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables, et dévoilé le monde de l’Occupation. »

 Une épreuve redoutable attendait Modiano : le discours de réception de son Prix qu’il devait prononcer à Stockholm, la ville préférée de l’écrivain, lieu de naissance de son petit-fils, auquel il dédiera d’ailleurs cette belle consécration. Ce fut le 7 décembre dernier, et le lauréat releva brillamment le défi, lui qui pourtant a tant de problèmes avec l’oralité.

 J’ai vu sur le net la vidéo des quelques quarante minutes d’allocution. Le texte était sur le fond un grand moment de littérature quant au pourquoi et au comment de la création littéraire. J’ai ressenti en l’écoutant beaucoup d’émotion, car en regard d’une réflexion puissante et magistrale sur l’écriture, la mémoire et l’oubli, l’homme restait simple, humble et modeste.

 Je vois encore Modiano monter à la tribune, empêtré dans son corps de géant, avec une allure physique à la de Gaulle, l’aura historique et la fonction présidentielle en moins. Je me disais qu’avec la timidité qui le caractérisait, et les hésitations qu’il mettait à gravir le podium, il n’était pas exclu qu’il rate la marche. Il n’en fut rien, et il en étonna plus d’un par l’excellence de son propos. Tel Pierre Assouline, écrivain faisant autorité dans les milieux littéraires, qui titra le billet consacré sur son blog  à l’évènement : « Patrick Modiano à  Stockholm, ou le discours d’un roi », considérant l’intervention du nobélisé comme « …l’un des plus beaux Discours de Suède.» Je recommande à tous d’écouter ici ou de lire cette allocution  (Gallimard compte aussi l’éditer prochainement), elle en vaut vraiment la peine.

 Courbé sur le pupitre, trop bas pour sa taille, les yeux et les lunettes rivés sur son papier au point de ne relever la tête que très rarement, Modiano  captiva son auditoire, même si le ton du discours prononcé fut monocorde et dénué de lyrisme. Et quand arriva l’heure de l’ovation debout, si méritée, on vit un Modiano mal à l’aise, gêné, lui le pudique, par tant de reconnaissance. Son épouse monta le rejoindre sur la tribune, bouquet de fleurs dans les bras  et regard énamouré pour son mari, et on sut que ces deux êtres étaient vraiment faits l’un pour l’autre, montrant ensemble le même étonnement, la même incrédulité, à se trouver là devant tant d’officiels et de journalistes.

 Quelques jours plus tard, le roi de Suède, Carl XVII Gustaf, lui remettra son Prix, et le récipiendaire dira : « Je voudrai que cette récompense, loin de m’étourdir, me donne plus de lucidité et d’humilité dans mon métier d’écrivain, et qu’elle m’inspire une vision plus juste des êtres et de la vie. »

 Il a beau dire « Je suis un chien qui fait semblant d’être un pedigree », il n’a rien d’un « bâtard » de la littérature française. La remise à Modiano du Prix Nobel de Littérature est au contraire la preuve éclatante qu’il est un écrivain « racé ».      

 Fait le 14 décembre

 

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martine | Réponse 19.12.2014 03.24

J'ai découvert Modiano grâce à ce blog, la bibliothèque de Lectoure en est pleine... clairvoyance du Comité d'achat, bien avant le prix Nobel! J'ai aimé! merci!

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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