Points de vues du Gers Carnets

Rodez, Soulages, Conques

Après Albi et ses environs : escale à Rodez, ville qu’à l’inverse de la précédente nous ne connaissions pas.

Nous nous y rendions pour visiter le musée Soulages, inauguré  en grandes pompes (Président Hollande en  tête) le 30 mai 2014.

La ville, perchée sur une butte,  est de taille très moyenne (à peine 25.000 ruthénois), bien que chef-lieu de l’Aveyron.

Le vieux Rodez

Rodez a conservé autour de la cathédrale de vieux quartiers, faits de ruelles médiévales et d’habitations très anciennes (XIV, XV et XVIèmes siècles). L’une des plus remarquables est la Maison d’Armagnac, construite entre 1525 et 1531 par un riche marchand sur l’emplacement du château des comtes d’Armagnac, d’où son nom. Sa façade est ornée de charmants médaillons à l’effigie des comtes et comtesses de Rodez. Elle est classée Monument Historique depuis 1862. Dommage que son cachet soit quelque peu terni par le magasin de vêtements  qui en occupe le rez-de-chaussée.

La cathédrale

Figure de proue de la ville : la cathédrale Notre-Dame, d’une élégance toute gothique, érigée entre la fin du XIIIème et le XVème. C’est une  forteresse en grès rose (un matériau qui fut très utilisé ici pour les constructions) qui a fière allure, avec  sa  façade austère, montrant un mur nu jusqu’à mi-hauteur, sans porche, et percé de quelques meurtrières. Les contreforts de l’édifice sont puissants, ses  tourelles ont des ouvertures ébrasées et ses  deux tours ne comportent aucun ornement. Seule la partie haute entre ces deux tours, achevée au XVIIème, présente une décoration Renaissance que surmonte un fronton classique.  Le magnifique clocher, détaché de la cathédrale,  est, lui, édifié sur une tour massive du XIVème, atteignant sur six étages 87 mètres de hauteur.

Le Palais épiscopal

A côté de Notre-Dame, se trouve le vaste et imposant  Palais épiscopal, reconstruit au XVIIème  siècle, dans un style Louis XIII. Il  possède un escalier en double révolution qui rappelle celui du château de Fontainebleau. Après bien des vicissitudes historiques, le Palais redevient évêché au début du XIXème.

Saccage

Malheureusement, la ville est défigurée, enlaidie, par un urbanisme qui a tout saccagé dans les années 60/70 par de vilaines constructions voisines immédiates de sites patrimoniaux historiques, comme par exemple l’affreux magasin Prisunic  qui se trouve juste à côté de la cathédrale. Ces incongruités nous ont gâché notre visite, nous conduisant à l’écourter pour nous rendre plus vite que prévu au musée Soulages, qui a l’avantage d’être proche du centre-ville, ayant remplacé une salle des fêtes à bout de souffle, en bordure du jardin public du Foirail.

Pierre Soulages

Le lieu est dédié au peintre-graveur  Pierre Soulages , né à Rodez  en 1919.L’artiste qui se consacre entièrement à  la peinture à partir de 1946, est associé très tôt à l’art abstrait et à la peinture dite informelle (« Je ne représente pas, je présente ; je ne dépeins pas, je peins », disait-il).Il est connu pour son travail sur le noir (« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité… » , ses tableaux faisant appel à des reliefs, des entailles, des sillons  dans la matière noire , créant ainsi des jeux de lumière et de reflet. En fait, ce n’est pas tant la valeur noire qui est au cœur de son art, mais davantage  la lumière qu’elle révèle. Pour Soulages, il s’agit ainsi d’atteindre un au-delà du noir, ce qu’il a appelé  l’outre-noir (redécouvrant après une pause une  toile en cours de réalisation, le peintre s’exclamera : « Le noir avait tout envahi, à tel point que c’était comme s’il n’existait plus ! »).

Avant la période outre-noir, une période qu’il a ouverte vers 1979 et qu’il n’a jamais plus quitté depuis,  l’artiste a eu une  période « brou de noix » (teinture brune qu’on extrait de la coquille de noix)  pour illustrer notamment  ses œuvres sur papier.  L’œuvre gravé fait partie aussi de son mode d’expression, bien que fort limité en nombre : 43 gravures, 49 lithographies et 26 sérigraphies, avec des tirages allant de 65 à 300 exemplaires .L’artiste a par ailleurs conçu et réalisé entre 1987 et 1994 les 104 vitraux de l’église abbatiale de Sainte-Foy de Conques, un chef d’œuvre de l’art roman que nous irons visiter après Rodez (voir plus loin). Le musée a le mérite de bien structurer chronologiquement  les différentes étapes de la création du peintre.

Les « faits d’armes » les plus glorieux  du peintre :  être représenté dans près de 90 musées du monde entier ; avoir réalisé plus de 1.500 peintures ;  avoir été le premier artiste vivant à exposer au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg ; disposer d’une salle à part entière au musée Fabre de Montpellier qui regroupe la donation de 20 tableaux qu’il a fait à la ville (des œuvres majeures des années 60 et deux grands outre-noir des années 70) ; avoir fait l’objet pour son 90ème anniversaire d’une exposition de 2.000 m2 au Centre Pompidou, qui fut fréquentée par plus de 500.000 visiteurs, malgré une grève de trois semaines du personnel ; être l’artiste français le plus coté dans les ventes aux enchères.

Le musée Soulages

Le musée de Rodez est pour Pierre Soulages un aboutissement, tel un mausolée construit de son vivant, quand les empereurs romains n’avaient le leur qu’à leur trépas. Son  fonds est  constitué de 500 œuvres, fruit de  deux donations du peintre et de son épouse, pour une valeur estimée à plusieurs dizaines de millions €, qui témoignent de l’ensemble de sa production : huiles sur toile, peintures sur papier, tout l’œuvre imprimé et les cartons des vitraux de Conques.

Dessiné et conçu par les Catalans « RCR Aquitectes », avec les architectes associés Roques et Passelac  de Narbonne, le musée se déploie sur 6.600 m2, dans un enchaînement de cubes couverts de verre et d’acier Corten (un acier qui en s’oxydant crée sa propre patine protectrice). Le chromatisme du bâtiment (couleur rouille) n’est pas sans rappeler le grès rose de Rodez,  les nuances de l’acier évoquant, elles, le travail de l’artiste.

Je ne suis pas un amateur de la peinture de Pierre Soulages, qui me paraît d’ailleurs relever plus de la technique que de l’art. Mais je dois dire avec franchise que le musée est une vraie réussite. L’écrin est magnifique avec ses 1.700 m2 d’exposition dédiée au peintre  où  alternent, selon la nature des œuvres présentées, des salles hautes et claires et d’autres plus basses et obscurcies. J’ai eu le sentiment pour ma part que peu d’oeuvres sur les 500 de la donation étaient accrochées. Peut-être est-ce dû au fait que certaines d’entre elles sont si gourmandes de m2, qu’elles confisquent  l’espace à leur seul profit.

Les premiers chiffres de fréquentation sont encourageants : 200.000 visiteurs pour les sept premiers mois d’ouverture. Il s’agit toutefois de confirmer cet élan dans la durée, et, comme on dit couramment, de « tenir la distance ». Il n’est pas évident de venir à Rodez, un coin reculé de France, comme cela ne l’est pas pour Metz (Centre  Beaubourg) ou Lens (Musée du Louvre), quoique la proximité de Paris  soit un atout pour la cité du Pas-de-Calais.

Une vaste salle d’expositions temporaires de 500 m2 dédiée à la création contemporaine de dimension nationale et internationale devrait aider à la notoriété du musée. Devrait y contribuer aussi la maison natale du peintre, acquise par la communauté d’agglomération du Grand Rodez, qui deviendra un prolongement du musée, pour accueillir des artistes en résidence et un atelier de production d’estampes.

La brasserie Bras

Faisant corps avec le musée, une brasserie de Sébastien et Michel Bras, de grands chefs (fils et père), connus pour offrir une cuisine inventive et talentueuse dans leur restaurant 3 étoiles de Laguiole, dans l’Aubrac. Je rêve de m’y rendre, mais il me faudra ce jour là casser la tirelire. En attendant, nous nous sommes contentés dans cette annexe du musée, mi-bistrot, mi –resto, d’une pâtisserie,  maison cela va de soi. Surfait, bluffant, de quoi donner l’impression que le lieu cherche avant tout à attirer les « mouches «  que nous sommes avec le miel du prestigieux renom gastronomique de la famille Bras…

La salle des fêtes

Pas loin du musée, un bâtiment, qui surprend en cet endroit,  a retenu mon attention par son architecture futuriste et originale et ses reflets  argentés, dus  à son revêtement en inox (j’imagine la réverbération lorsque le soleil darde puissamment ses rayons).  C’est la nouvelle salle des fêtes, érigée   en 2012 pour 8 millions €,  afin de remplacer celle qui avait  été détruite en 2010 pour accueillir le musée Soulages. Je me suis amusé du nom donné à cette construction d’allure si contemporaine. Car cette dénomination est pour le moins désuète et passéiste. Elle baptise plutôt en  effet des lieux sis dans nos campagnes reculées, dévolus aux jeux de loto, aux repas des anciens ou des chasseurs, et  autres vide-greniers…

Conques

Depuis Rodez, nous avons gagné Conques, dernière étape de notre escapade. Empruntant de petites routes, nous avons été subjugués par les paysages de l’Aveyron, nous arrêtant ici pour approcher les châteaux de Pruines (XVème) et  de La Servayrie à Mouret (donjon du XIIème), tous deux en  pierre de  grès rose (comme beaucoup d’habitations du coin), là pour profiter sur une hauteur d’un point de vue remarquable au pied d’une charmante  petite église au mur-clocher  et de son cimetière attenant (j’y ai vu une pierre tombale d’une dame Boucard, décédée en 1883 à l’âge de 70 ans. Ce n’était pas hier…).

Conques est une petite bourgade tranquille (photo ci-dessus), qui s’accroche aux pentes escarpées des gorges de l’Ouche. Etape majeure sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1998, Conques est un site exceptionnel,  qui respire la sérénité et la plénitude, grâce à son église abbatiale de Sainte-Foy.

 L’église abbatiale Sainte Foy

C’est un magnifique édifice roman, classé Monument historique en 1840, construit aux XIème et XIIèmes siècles. Au-dessus du porche, un tympan de conservation remarquable, qui offre une représentation du Jugement dernier,  regroupant autour du Christ  124 personnages témoignant du drame qui lie la paix intérieure et le tourment des âmes, évoqué dans l’évangile de Sain-Mathieu. Sculpté dans le calcaire jaune, ce tympan était rehaussé de couleurs vives dont il ne reste malheureusement que quelques traces.

A l’intérieur, on est séduit par la majesté du lieu, faite de sobriété et d’austérité. Le regard est ravi par autant de dépouillement et d’élancement (la voûte en berceau est à 22 mètres de hauteur).L’art roman est à l’honneur, avec ses  arcs en plein cintre, son abside, ses absidioles, son déambulatoire, ses chapiteaux. Nous pensons aussitôt à la Bourgogne qui porte haut ce style d’architecture religieuse, avec ses abbatiales de Paray-le-Monial, Tournus, Vézelay, et sa ribambelle de petites églises et chapelles (entre autres, Brancion , Chapaize, Berzé-la-Ville et ses fresques considérées comme le plus beau témoignage de l’art roman clunisien). Nous sommes d’ailleurs  frustrés de cette présence romane, ici dans le Gers, car le gothique règne en maître dans le sud-ouest..

L’église abbatiale de Conques recèle par ailleurs de somptueux trésors : des pièces d’orfèvrerie uniques de l’époque carolingienne, et une série de reliquaires, dont celui de Sainte Foy, une jeune chrétienne martyrisée vers 303 à Agen à l’âge de 13 ans. L’objet est exceptionnel : une statuette de 85 cm de haut, en bois d’if, représentant la sainte, recouverte de feuilles d’or, de marbre, d’argent doré et d’émail.

L’histoire veut qu’un moine de Conques se rendit à Agen, là où était conservée la relique de Sainte-Foy. Avec la patience nécessaire et le temps, il se fit adopter par la communauté qui avait la garde de ce trésor. Il put ainsi s’en emparer et la rapporter à Conques. Il ne manqua pas sans doute de se confesser de son larcin (« Tu ne commettras pas de vol », dit le septième Commandement)…

On retrouve dans l’église les vitraux de Pierre Soulages, qui d’ailleurs sentit naître sa vocation de peintre lorsque, jeune adolescent, il vint à Sainte-Foy et fut « foudroyé » par cette « révélation ».Ses vitraux, aux lignes droites et courbes,  donnent beaucoup de clarté intérieure à l’église de par un verre créé pour la circonstance, non teinté et translucide. L’artiste a réintroduit dans la conception de ces vitraux la règle monacale stricte qui voulait que  ceux-ci  ne devaient  pas comporter de couleurs ni de motifs, afin de ne pas distraire les religieux durant leurs prières.

Moments singuliers

Deux moments singuliers vécus avant de quitter Conques : la lecture d’un panneau portant le nom « Place Chirac ». J’ai pensé que le lieu avait été baptisé ainsi en l’honneur de notre ancien Président de la République, pour son soutien éminent à la commune. Mais pas du tout : il concernait un autre Chirac, celui-là  médecin personnel du roi Louis XV, qui se trouvait être un enfant de Conques. Et puis, une conversation sympathique échangée sur le trottoir, face à sa modeste maison, avec une dame d’un certain âge. Nous apprîmes d’elle qu’elle tenait ici dans un passé révolu, avec feu son mari, un restaurant réputé, où elle a accueilli pendant cinquante ans têtes couronnées, chefs d’Etat (elle se souvient de Pompidou) et Ministres, bref du beau monde, servi pour l’occasion en gants blancs et avec tout le « tralala » d’usage. Nos échanges furent si plaisants qu’en nous quittant la dame de Conques nous confia que nous avions été « le plaisir » de sa journée. Il faut parfois peu de chose pour se sentir heureux.

Le vin de Marcillac

Ultime arrêt avant de rentrer à la maison : Marcillac, une commune à 20 kms de Conques,  qui est au cœur d’un vignoble du même nom. Celui-ci  s’est développé sous les auspices de l’abbaye de Conques, avant de péricliter puis d’être ressuscité par une poignée de passionnés. Devenu AOC en 1990, le vignoble couvre aujourd’hui 200 ha, c’est l’un des plus petits de France, avec 50 producteurs et un million de bouteilles par an. Le cépage principal est à 90 % le mansois (nom local du Fer Servandou), contre 10% de Cabernet franc ou sauvignon, ce qui donne des vins tanniques et rustiques.

Sur les conseils du petit restaurant où nous avons déjeuné, nous avons rendu visite à la boutique « Aux Quatre coins des terroirs », où Régis propose entre  autres les vins du cru. L’homme ne laisse pas indifférent, il a du bagout et de la connaissance,  et a su me convaincre d’emporter quelques bonnes bouteilles recommandées par ses soins  (« Vous m’en dires des nouvelles ! »).

J’ai ainsi mis dans mon coffre un rouge du domaine Matha (16 ha de vignes sur le village de Bruéjouls), cuvée Laïris 2012, 100% mansois. Pour avoir déjà ouvert une bouteille, je peux dire qu’il est excellent, avec des arômes puissants de sous-bois et de gibier. J’ai aussi embarqué un rouge (2012 également), un rosé (2013) et un blanc sec  (« Terres Blanches » 2013) du  domaine Mioula , de Saint Austremoine, qui a en accroche sur son site internet  un jeu de mots fort bien troussé : « Chais d’œuvre »…

 Fait le 23 mars

 

Escapade à Albi et dans ses environs

Nous sommes partis la semaine dernière entreprendre une escapade de quatre jours à Albi et Rodez, et dans les environs de ces deux cités.

Albi

Albi, dite « la Rouge » car bâtie en brique, chef-lieu du Tarn, compte plus de 50.000 habitants, et 83.000 au niveau de l’agglomération. La ville a obtenu de l’UNESCO  en 2010, et à juste titre, le statut de Patrimoine Mondial de l’Humanité pour sa valeur universelle exceptionnelle de bien culturel. Nous avions découvert  cette charmante ville avant que ne lui soit décernée cette reconnaissance, et avions eu un vrai coup de cœur.

Nous n’avons pas changé d’avis à l’issue de ce second séjour, et, mieux, la ville nous est apparue encore plus agréable aujourd’hui qu’hier, fort des évolutions bénéfiques engendrées par sa labellisation. La notoriété de la cité épiscopale est devenue telle qu’elle accueille désormais entre 800.000 et un million de visiteurs par an.

A l’Office de Tourisme, nous avons été favorablement impressionnés par l’amabilité et le professionnalisme de notre hôtesse. Nous avons acquis auprès d’elle  un « Pass » qui nous a permis sur deux jours de faire le tour des principaux sites de la ville.

La vieille ville

Et d’abord, de parcourir, audio-guide à l’oreille, les quartiers et les rues du  Albi ancien et historique (le Castelviel , le Castelnau, le bourg Saint-Salvi et Les Combes font partie du périmètre de la Cité épiscopale), où ont pu être conservées de belles maisons médiévales avec étages en encorbellement, et de nobles demeures, dont la richesse était liée au commerce prospère du pastel durant le XVème et le XVIème siècles. Le pastel était une plante cultivée notamment dans la région toulousaine qui donnait un bleu exceptionnel  qui colorait les textiles. Il fut supplanté par l’indigo venu de l’Inde et moins coûteux en exploitation .Des passionnés ont néanmoins relancé la production du pastel, tel l’Atelier du Bleu de Lectoure dans le Gers.

Nous sommes passés également devant les maisons natales du navigateur Lapérouse et du peintre Toulouse-Lautrec, deux enfants célèbres  d’Albi, dont je reparlerai plus loin.

Mais  Albi est avant tout structurée autour de ses deux chefs d’œuvre architecturaux, tout en puissance et robustesse, qui dominent la ville telles des forteresses. 

La cathédrale

La cathédrale Sainte-Cécile d’abord, la plus grande cathédrale de brique au monde, qui faisait l’objet de travaux au moment de notre passage, avec une réfection d’une  partie de ses façades (chutes de pierre) et de ses vitraux (opération qui a été étalée sur trois ans pour un montant global de 2 millions €),  l’installation d’un nouveau pavage sur le parvis, et la restauration du chœur (14 mois de chantier pour 1 million €, dépense couverte intégralement par le mécénat).

Construite à partir de 1282, elle est l’expression d’un gothique méridional qui en impose par sa majesté et ses dimensions (clocher de 78 mètres de haut, 113 mètres en longueur et 35 en largeur) . L’Eglise catholique, qui se remettait alors peu à peu de son conflit avec l’hérésie cathare qui eut cours entre Toulouse et Albi  (une dissidence élitiste en faveur d’une religion dépouillée, qui rejetait toutes les représentations de Dieu -  bâtiments liturgiques, sacrements,  fêtes, images, chants…), entendait  incarner avec ce monument la grandeur et la puissance de Rome.

Et c’est plutôt réussi car ce « vaisseau »  imprime sur la ville sa rigueur, sa force, et en même temps son austérité (il s’agissait aussi dans le message architectural de donner à voir, en réponse aux cathares, une Eglise humble et sobre).

Après avoir franchi un porche en forme de baldaquin, d’une décoration exubérante mais d’une extrême délicatesse, nous découvrons , équipé là encore d’un audio-guide, le décor intérieur  exceptionnel de la cathédrale : une peinture murale gigantesque du Jugement Dernier (200 m2 à l’origine), signée par des artistes flamands du XVème siècle ; des fresques Renaissance d’un bleu profond , dit « bleu de France », recouvrant la voûte sur 97 mètres de long et 28 de large, qu’on doit à des  peintres italiens du XVIIIème siècle ; les plus grandes orgues classiques de France (également du XVIIIème), et  un jubé magnifique (clôture de chœur) de style flamboyant (fin XVème), ciselé en véritable dentelle de pierre et orné d’une statuaire polychrome sculptée par les ateliers de Cluny. On nous apprend que ce jubé aurait dû être détruit pour rendre le chœur accessible à tous les fidèles, comme cela  a été malheureusement fait dans beaucoup d’édifices  du même ordre (ce qui explique qu’il ne subsiste en France qu’une dizaine de jubés). Fort heureusement, on eut l’idée d’installer un autre autel  côté occidental de la cathédrale, sauvant ainsi le jubé de la cathédrale d’Albi d’une mort certaine.

La visite intérieure s’est terminée par un coup d’œil au Trésor de la cathédrale, situé dans une chapelle haute. On peut y voir des objets d’art sacré (châsse, crosse épiscopale, ciboires…), mais la visite fut décevante car le lieu et les vitrines, de par leur vétusté, nuisaient à l’intérêt des collections présentées.

Et puis il faisait si froid dans la cathédrale (nos os se glaçaient !) que nous étions pressés, hélas !, d’en sortir, souhaitant en partant  bon courage au gardien manifestement « congelé » par la température quasi « sibérienne » (j’exagère un peu) qui régnait dans ce lieu saint.

Le Palais de la Berbie

A côté de la cathédrale : le palais de La Berbie, nom tiré du mot occitan « bisbia » qui voulait dire évêché, et qui sera détourné pour signifier dans le langage populaire « bisbille », soit une querelle sans importance. C’est dire d’ailleurs comment étaient considérées à l’époque les disputes de droit canon auxquelles les représentants du haut clergé se prêtaient volontiers….

Le Palais de La Berbie fut la demeure  des évêques. Elle a été construite en brique au XIIIème siècle comme une forteresse imposante (avec donjon massif et remparts), manière d’affirmer là aussi l’autorité de l’église et d’asseoir le pouvoir épiscopal face à celui des consuls de la ville. Au fil du temps, l’aspect citadelle des bâtiments  fut atténué, et le palais devint d’agrément. Depuis 1922 il abrite le musée Toulouse-Lautrec, dont le fonds de départ résulta d’un legs exceptionnel du comte et de la comtesse de Toulouse-Lautrec, les parents du peintre, ainsi que de Maurice Joyant, protecteur et ami intime de l’artiste, et marchand de tableaux.

Toulouse-Lautrec, et son musée

Henri  de Toulouse-Lautrec : le nom de l’artiste est indissociable de la ville d’Albi qui l’a vu naître en 1864 en l’hôtel du Bosc. IL était le fils d’Alphonse de Toulouse-Lautrec Monfa et d’Adèle Tapié de Céleyran, des cousins germains représentants d’une des plus vieilles familles nobles de France, issue en droite ligne des comtes de Toulouse. Cette consanguinité a d’ailleurs été fatale au peintre qui en raison d’une maladie génétique liée aux os  connut des retards de croissance, qui lui ont valu d’avoir un corps difforme et une taille qui ne dépassa  pas 1,52 m.

Il quittera Albi à 18 ans  pour s’installer à Montmartre, dont il devint l’ « âme », se mêlant au monde de la misère et de la débauche. Alcoolique invétéré, (il mélangeait son absinthe à du cognac), il fréquenta  assidument les maisons closes où il contracta  la syphilis (la légende laisse entendre qu’il avait une chambre à demeure à « La Fleur Blanche », un célèbre bordel sis rue des Moulins dans le 1er arrondissement). Les excès et les maladies lui feront d’ailleurs perdre la vie très jeune, à 37 ans, en 1901.

Peintre postimpressionniste, illustrateur de l’Art Nouveau, remarquable lithographe, Toulouse-Lautrec  a d’abord peint dans sa jeunesse des sujets naturalistes, des thèmes liés au cheval,  des paysages de la propriété maternelle  de Celeyran, dans l’Aude, des portraits de sa mère, de membres de sa famille, d’amis…,  puis a illustré le mode de vie de la bohême parisienne de la fin du XIXème.

Ses œuvres  décrivent alors la vie et les acteurs des cabarets, des  théâtres et des maisons closes. Il a ainsi croqué Aristide Bruant, célèbre chansonnier et écrivain, l’un des plus grands poètes de l’argot, auteur, entre autres, de « Nini peau d’chien », que nous avons tous chanté dans les colonies de vacances ou dans les vestiaires de foot à l’heure de la victoire :

« A la Bastille

On aime bien

Nini  peau d’chien

Elle est si bonne et si gentille ! »

Il a également représenté dans ses toiles  les célébrités féminines des cabarets  de l’époque : la chanteuse de café-concert Yvette Guilbert, les danseuses de french-cancan Jane Avril et Louise Weber, dite « La Goulue », toutes deux ayant connu des heures de gloire au fameux « Moulin Rouge ».

La première, égérie de Toulouse-Lautrec, qui quittera pour elle « La Goulue », fut l’une des danseuses les plus célèbres de Montmartre, et triomphera ensuite aux « Folies Bergères ». Elle exportera avec succès le french-cancan dans les principales capitales européennes, Londres, Madrid…

La seconde, qui  dut son surnom au fait qu’elle vidait les verres des clients lorsqu’elle passait en dansant devant leurs tables, connut beaucoup de succès avec des chorégraphies de cancan plutôt coquines, s’attirant la ferveur des hommes par les tourbillons virevoltants  de ses jupes à volants et ses grands-écarts spectaculaires .Elle fut la première à inaugurer l’Olympia, nouvelle salle de spectacles ouverte en 1893. Elle quitta le Moulin Rouge  pour s’encanailler dans le milieu des fêtes foraines, où elle fut, entre autres, dompteuse de lions. Elle sombra ensuite  dans l’alcoolisme et la misère, ne surmontant pas la mort accidentelle à 27 ans de son fils bien-aimé, qu’elle surnommait « Bouton d’Or ». Accroc du « beau-monde », la grosse et pauvre femme qu’elle était  devenue allait  vendre cacahuètes, cigarettes et allumettes devant l’entrée du Moulin Rouge où se produisait alors Mistinguett. Enterrée  au cimetière de Pantin, presque sans témoin, à l’âge de 62 ans, en 1929, son corps sera transféré en 1992, sur décision du Maire de Paris, Jacques Chirac,  au cimetière de Montmartre, ce quartier de Paris qui l’avait rendue célèbre et qu’elle avait tant aimé.

Toulouse-Lautrec l’immortalisa dans plusieurs toiles, au côté notamment de Valentin le Désossé (quel nom de scène !), un danseur et contorsionniste  qui forma avec elle sur la scène  un couple exceptionnel. « La Goulue »  commanda par ailleurs au peintre  des panneaux décoratifs pour orner sa baraque foraine de danseuse orientale.

Coloriste extraordinaire, Toulouse-Lautrec fut également l’un des maîtres incontestés de l’affiche artistique publicitaire, et les 31 affiches qu’il a eu le temps de réaliser font partie des collections du musée –  dans le passé, de nombreux étudiants  en ont tapissé en version posters  les murs de leurs modestes chambres universitaires.

Le musée possède aussi une belle collection d’art moderne, avec notamment des tableaux de Paul Gauguin, Emile Bernard, Pierre Bonnard, Félix Vallotton, Edouard Vuillard, Edgar Degas, Suzanne Valadon, Henri Matisse, Raoul Dufy, Kees Van Dongen, et des sculptures d’Aristide Maillol et d’Antoine Bourdelle. On trouve également des œuvres dites d’art ancien, et parmi elles, deux toiles de belle facture de Georges de la Tour, et une de Francesco Guardi, l’un des peintres vénitiens védutistes les plus imaginatifs (le védutisme est un genre pictural du XVIIIème, qui a eu cours surtout à Venise, et qui consistait à travailler dans un esprit scénographique  la mise en perspective  de paysages urbains).

En revisitant ce musée, je m’attendais à découvrir un lieu mieux configuré  que lors de notre précédente venue, une lourde opération de restructuration et d’agrandissement  ayant été entreprise entre  temps. Certes, l’écrin qu’offrent à ce musée les salles de l’ancienne demeure des évêques d’Albi est plutôt majestueux. Pour autant, je n’ai pas vu d’améliorations notoires malgré les travaux effectués : j’ai encore ressenti une impression de fourre-tout dans les accrochages et un déficit de mise en valeur et de modernité (c’est triste et un peu dépassé), ce qui n’a  donc pas dissipé ma déception d’avant. Et puis, je l’avoue, je ne suis pas un inconditionnel de la peinture de Toulouse-Lautrec, sans compter que beaucoup d’œuvres majeures de l’artiste ne se trouvent pas ici, dispersées qu’elles sont entre le Musée d’Orsay, plusieurs musées américains et des collections privées. Le nombre de visiteurs annuel s, même pas  200.000, montre en tout cas que le renom du Musée Toulouse-Lautrec à Albi  n’est pas encore suffisamment bien établi.

Le musée Lapérouse

Cap ensuite sur le Musée Lapérouse, situé rive droite du Tarn (rivière qui engendra jusqu’à la fin du XVIII ème un intense commerce fluvial), qu’on rejoint par le Pont Vieux, un édifice qui remonte au XIème siècle. Pont-péage au Moyen-Age , il comportait une tour-porte fortifiée, une chapelle et un pont-levis. Du XIVème au XVIIIème, des maisons d’habitation reposaient sur les piles. Elles seront détruites après une  crue mémorable du fleuve en 1766. De ce côté du Tarn, la vue sur le cœur d’Albi, sa cathédrale et son Palais de Berbie, est magnifique, d’autant que le soleil était le jourdit de la partie. Par contre, les berges du Tarn rive gauche sont dans un sale état : s’y amoncellent branches et troncs d’arbre portés là sans doute par de récentes inondations.

Le musée Lapérouse est installé dans de belles salles voutées. On s’aperçoit dès l’entrée que le lieu manque, hélas !, de moyens et est demeuré de ce fait dans son « jus ».Ce qui peut expliquer sa faible fréquentation (11/12.000 entrées).  Il n’empêche : l’histoire de ce navigateur albigeois, né en 1741, est passionnante .Marin et militaire courageux,  Jean-François de Galaup de Lapérouse  se voit confier en 1785 par le roi Louis XVI une mission scientifique pour compléter l’exploration du Pacifique sur les traces de prédécesseurs prestigieux, le français de Bougainville (1728-1811) et l’anglais James  Cook (1728-1779).

Des instruments de navigation, des cartes, des modèles réduits de bateaux, des illustrations nous accompagnent pour nous permettre de mieux appréhender l’expédition de Lapérouse  à bord de «La Boussole » et de « L’Astrolabe » durant deux ans et demi.

Consacré à l’observation scientifique et botanique des contrées visitées, ainsi qu’à la meilleure  connaissance des peuplades primitives, le voyage s’inspirait des idées du siècle des Lumières, comme cet extrait du Livre de bord de Lapérouse en atteste :

« Quoique les Français fussent les premiers  qui dans ces derniers temps eussent abordé sur l’île… (nom illisible), je ne crus pas devoir en prendre possession au n om du Roi. Les usages des Européens sont à cet égard trop complètement ridicules. Les philosophes doivent gémir sans doute de voir que des  hommes, par cela seul qu’ils ont des canons et des baïonnettes, comptent pour rien soixante mille de leurs semblables ; que sans regret pour leurs droits les plus sacrés ils regardent comme un objet de conquête une terre que ses habitants ont arrosée de leur sueur, et qui, depuis tant de siècles, sert de tombeaux à leurs ancêtres. Ces peuples ont heureusement été connus à une époque où la religion ne servait plus de prétexte aux violences et à la cupidité. Les navigateurs modernes n’ont pour objet, en décrivant les mœurs des peuples nouveaux, que de compléter l’histoire de l’homme ; leur navigation doit achever la connaissance du globe ; et les lumières qu’ils cherchent à répandre, ont pour but unique de rendre plus heureux les insulaires qu’ils visitent, et d’augmenter leurs moyens de subsistance ».

Il y a dans ces quelques lignes , en sous-entendu, une déclaration de foi humaniste envers le bon sauvage, pur et innocent, vivant dans un paradis terrestre, telle qu’elle a été véhiculée par des navigateurs du XVème et du début XVIème ( Christophe Colomb, Vasco de Gama, Magellan…), et par des philosophes comme Voltaire.

Et pourtant il s’agit là d’un mythe, mythe qui coûtera la vie à James Cook, assassiné et  « mangé » par des tribus primitives, sort que connaîtront aussi des membres des équipages de Lapérouse.

La mission de Lapérouse connaîtra une fin tragique en 1788. Partis de, par suite d’un naufrage un jour de tempête tropicale  sur les récifs d’une île inconnue, Vanikoro, qui compte aujourd’hui au nombre des îles Salomon, situées au  Sud-Ouest  de l’océan Pacifique et à l’Est de la Papouasie-Nouvelle Guinée.

Les circonstances du drame et le destin des naufragés (ils étaient environ 126) ne nous sont pas connus, même si différentes recherches ont permis de retrouver sur place des éléments des épaves des deux navires. Il n’est pas exclu qu’une petite poignée de marins (Lapérouse en était-il ?) ait  pu survivre sur l’île, se lançant, selon des témoignages locaux  transmis de génération en génération, dans la construction d’un nouveau bateau de grande taille. Il ne semble pas cependant  qu’ils aient embarqué, et peut-être ont-ils péri de maladie, ou perdus en mer,  ou cannibalisés …

Conversations entre amis à propos de Lapérouse

Dînant récemment chez des amis, nous y sommes venus avec pour cadeau le dernier livre-album écrit à quatre mains par les frères Poivre d’Arvor : « Explorateurs et chasseurs d’épices », qui fait revivre l’aventure d’explorateurs illustres, dont le fameux Lapérouse.

Nos conversations ont bien entendu porté sur le sujet, le maître de maison étant  gourmand de l’histoire des belles  expéditions maritimes. En tant qu’enseignant, il  fut notamment en poste dans les Nouvelles Hébrides, îles situées dans le Sud-Ouest de l’océan Pacifique, qui à l’époque étaient gérées en  condominium sous l’administration conjointe  des britanniques et des français avant qu’elles n’acquièrent leur  indépendance en 1980 et ne portent  le nom alors de Vanuatu (territoire victime tout récemment d’un cyclone cataclysmique). Il me raconta bien des choses au cours du repas sur la vie coloniale de l’époque et les rapports entretenus  avec les indigènes  dans ce bout du monde totalement perdu…

Notre goût commun pour les incroyables odyssées maritimes, conduisit mon ami ce soir là à me prêter un livre-album consacré au « mystère » Lapérouse, « Les Esprits de Vanikoro » (lieu du naufrage), signé par François Bellec, Contre-Amiral , qui fut Directeur du Musée national  de la Marine , Peintre officiel de la Marine, auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de la navigation. Il s’est donc  intéressé  de près au naufrage de Vanikoro, s’y rendant à plusieurs reprises. Je parcourrai les 200 pages de son livre avec un vif intérêt, et je ne suis pas prêt en conséquence à me séparer de ce célèbre navigateur, mort à 47 ans,  qui aura écrit, en le payant de  sa vie, une grande page de l’histoire maritime mondiale.

La culture à Albi

La ville d’Albi s’est dotée depuis peu de nouveaux équipements  culturels qu’envieraient beaucoup de cités de taille équivalente. Et nous en avons profité.

Ainsi, la Scène nationale s’est installée il y a maintenant un peu plus d’un an aux Cordeliers, un quartier en évolution, dédié à  la vie culturelle. Le Grand Théâtre qui l’abrite, avec un bel amphithéâtre de 900 places,  est l’œuvre de l’architecte Dominique Perrault, qui construisit à Paris en 1995/1996 la Bibliothèque Nationale, dite François Mitterrand.

C’est une belle réalisation baignée par une lumière tamisée grâce à la maille de la façade principale,  une toile métallique de 5.000 m2, et à un « mur-rideau » vitré et coloré qui couvre le devant du bâtiment sur toute sa hauteur, ce qui crée une belle transparence aussi bien le jour, au gré de la luminosité du ciel, que le soir et la nuit grâce à l’éclairage intérieur.

 Le lieu attire à l’année 60.000 spectateurs et affiche un taux de remplissage excellent ( 94 %), pour 67 spectacles présentés.

Albi dispose aussi d’un théâtre à l’italienne, ouvert vers la fin du XIX ème siècle, le Théâtre des Lices, doté d’une belle salle de 500 places, et qui vient compléter l’offre du Grand Théâtre.

Nous avons pu par bonheur récupérer deux billets  pour assister dans le nouveau lieu à la représentation d’une pièce de Tchekhov, Oncle Vania, mise en scène par Pierre Pradinas , avec, entre autres, Rohmane Boringer. Ce fut une belle soirée, et j’en parlerai dans un prochain billet que je consacrerai à mes plus récentes activités distractives et culturelles. Lorsque nous étions à Limoges, nous avons bien connu Pierre Pradinas qui fut dans cette ville pendant douze ans, jusqu’en décembre dernier, le Directeur du Théâtre de l’Union,  Centre Dramatique National . L’homme ne laissait pas indifférent, tant il était habité par une furieuse envie de création, qu’il savait nous faire partager.

Face au Grand Théâtre, se dressent dans une harmonie architecturale parfaite, le cinéma Art et Essai de la Scène nationale, et au coin CinéMovida (du nom de ce mouvement culturel qui accompagna en Espagne  la transition démocratique du pays au début des années 80, au sortir de la dictature du général Franco). Ouvert en décembre 2013, ce cinéma privé très confortable  comporte 8 salles, et nous y avons vu « Le Dernier Loup » de Jean-Jacques Annaud (voir mon prochain billet).

Albi en général

Au-delà  du descriptif que je viens de faire de lieux que nous avons fréquentés pendant deux jours, il faut dire de manière plus générale qu’Albi est une cité agréable, vivante, et fort attractive (elle bénéficie à l’évidence de la proximité de Toulouse), grâce notamment à  ses rues piétonnes et son cœur ancien. On s’y promène avec plaisir,  et notamment sur l’avenue principale qui traverse  la ville de part en part. J’ai découvert là un curieux kiosque, non pas un kiosque à journaux, ni un kiosque à musique, mais un kiosque qui loge dans quelques m2  un salon de coiffure ! Pourquoi pas ? C’est insolite certes, mais cette construction légère  a au moins l’avantage de se trouver dans un endroit très passant…

La jeunesse collégienne et estudiantine est partout. IL faut dire que la ville accueille un Centre universitaire de 3.000 étudiants, une Ecole des Mines de plus de six cents élèves représentant 18 nationalités, et deux instituts de formation en soins infirmiers (600 élèves également).Elle est tellement présente, qu’on la trouve même, agitée et bruyante, déjeunant sur le pouce ,  dans  le cloître du XIIIème de la collégiale Saint-Salvy (il n’en reste  toutefois que la galerie orientale), lequel cloître était plus habitué dans le passé à voir déambuler en son sein des moines tout en silence et recueillement…Les temps changent, n’est-ce-pas ?

La route des bastides albigeoises

Nous avons pris ensuite  la route des bastides albigeoises. Avec un premier arrêt à Lisle-sur-Tarn, qui a conservé de son passé de bastide une place à couverts (arcades), la plus vaste du sud-ouest. Dans le centre historique, qui fait l’objet d ‘une conservation réussie, on  découvre quelques vieilles maisons  en brique et torchis  des XVI, XVII et XVIIIème siècles, certaines construites en encorbellement, et parfois pourvues de « pountets », constructions habitées  reliant les maisons de part et d’autre de la rue.L’endroit est vraiment authentique.

Après une halte à Salvagnac, sans grand intérêt, nous avons traversé la forêt de Sivens, tristement célèbre pour ses affrontements ces derniers mois entre pro et anti  barrage (les fameux « zadistes », que j’appellerai plutôt pour ma part les « zazous »), avec mort d’un jeune homme en octobre 2014, victime du tir d’une grenade offensive par un gendarme. Je craignais un peu notre passage dans ce bois, mais tout était calme, les « zadistes » venant d’être évacués par les forces de l’ordre. Seule rencontre faite : une patrouille de véhicules de CRS surveillant les lieux au cas où….Si on ne connaissait pas le contexte de cette affaire, on serait surpris de trouver là, perdu au milieu de nulle part, un tel déploiement policier !

Une autre escale sur ce circuit qui nous a enchanté : Castelnau-de-Montmiral, un pittoresque village juché sur un éperon rocheux, qui fut un ancien guet d’observation et une forteresse imprenable. La place aux arcades est très typique de nos bastides du XIIIème siècle, celle-ci, une des plus anciennes du sud-ouest,  (1222), ayant su conserver de belles demeures anciennes. Notre promenade dans les ruelles médiévales reste un très bon souvenir.

Etape suivante : Puycelsi, un vieux village fortifié, qui a conservé une partie de ses anciens remparts. Mais quelle déception ! Personne dans les rues, tous les commerces fermés, la couleur grise et terne de la pierre ajoutant  à notre dépit.

 Déception encore plus accusée en visitant Cordes-sur-Ciel. Le lieu est certes gratifié dans mon vieux guide Michelin (2000) de trois étoiles (« Vaut le voyage »), et connaît une affluence considérable l’été. Cette distinction n’est pas ou plus méritée. De loin, sa position dominante, au sommet du puech (mot occitan voulant dire mont, colline) de Mortagne, est spectaculaire (l’image est très carte postale)  et donne envie de gravir à pied la vieille ville. Mais tout le long du parcours fait de ruelles pavées, tortueuses et escarpées, que de désillusions : la propreté des lieux est douteuse, il y a quelques rares visiteurs, et la plupart des boutiques  sont fermées. A l’instar de ce qui se passe au Mont Saint-Michel, ou dans la cité ancienne de Carcassonne, on devine néanmoins que lesdites boutiques sont tenues par des « marchands du temple » qui vendent n’importe quoi aux touristes de passage, même si je veux bien faire une  exception  pour quelques artisans d’art qui tentent de contribuer au maintien de la vie dans la cité. Nous avons d’ailleurs vécu en direct cette « escroquerie » commerciale, en prenant un verre en haut de la cité, dans un bar sale et malodorant, le seul ouvert au demeurant, et pour un prix excessif et un service peu amène.

 Fort heureusement, les satisfactions l’emportèrent largement sur les déconvenues dans cette pérégrination de deux jours,  et il nous fallait maintenant rejoindre Rodez et l’Aveyron pour la suite et la fin de notre périple (voir mon prochain billet).

 Fait le 20 mars

Coups de gueule

J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer sur mon blog des coups de gueule, et après tout, c’est bien l’objet de tels  carnets que d’y consigner mes colères, et en d’ autres occasions mes enchantements.

Les retraités sans retraite

Au nombre de mes récents  emportements : le sort fait à ces retraités du Nord, de Picardie,  ou du Languedoc-Roussillon, qui attendent depuis des mois les premiers versements de leurs pensions. Faute à l’embouteillage, dit-on, des dossiers dans les Caisses dédiées à la liquidation des retraites. La colère et la détresse qui s’expriment sont d’autant plus justifiées qu’il s’agit de gens de peu, qui ont tenu des emplois difficiles pendant plus de quarante ans, et qui se retrouvent sans revenu pour cause d’administration inefficace.

Le droit à la retraite et à son paiement est un droit absolu. Rien n’autorise qu’il soit bafoué. L’Etat doit se substituer le temps nécessaire à l’incurie des Caisses, quitte ensuite à prendre les mesures structurelles indispensables pour mettre fin à une situation aussi injuste, qui couve depuis septembre de l’an dernier.

Et ce ne sont pas les décisions prises (en décembre seulement !) par Marisol Touraine, Ministre de la Santé et des Affaires Sociales, qui allaient  changer le cours des choses : attribution d’une aide exceptionnelle ( ???) de 800 € aux 1.200 personnes les plus nécessiteuses, enquête de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) , aide d’autres caisses pour assainir la situation - ce qui aura eu quand même le mérite de ramener le nombre de dossiers en retard de 7.300 à 4.500.

Ce n’est pas bien entendu à la hauteur de la désespérance des laissés pour compte.

Un reportage du journal de 13 heures sur TF1 a montré le 27 février dernier un ouvrier du bâtiment de 62 ans ,qui travaille depuis l'âge de 15 ans, et qui attend le paiement de sa retraite depuis quatre mois."Je suis endetté de tous les côtés. C'est honteux. Travailler toute sa vie et devoir attendre autant pour toucher sa pension.Ils n'en ont rien à foutre", dit-il. Déjà, le 23 février, le journal de Jean-Pierre Pernaut avait évoqué le problème, prenant l'exemple cette fois d'un couple du Pas-de-Calais (photo ci-dessus), victime de ce même cauchemar administratif et financier. Lui, attend sa retraite depuis cinq mois après avoir travaillé 44 ans. Tous deux interpellent le Gouvernement, car ils n’ont plus de ressources et craignent de devoir vendre leur maison pour s’en sortir. Madame indique que les charges fixes du ménage sont de 730 € par mois (emprunt sur la maison, EDF, eau, impôts, téléphone, mutuelle…). Monsieur a même sollicité le bureau d’aide sociale de sa commune, qui lui a royalement accordé un bon d’achat de 48 € ! De qui se moque-t-on ? Il ne craint pas de dire qu’on pousse ainsi les gens au suicide…

Je suis indigné par cette affaire qui démontre une certaine indifférence de la part du pouvoir socialiste. Lui qui se dit proche des plus démunis et des déshérités, et qui démontre en l’espèce tout le contraire ! Une manifestation doit se tenir à Lille le 10 mars prochain devant la Caisse de retraites. Espérons qu’elle aidera à débloquer cette situation choquante et inadmissible.

 Le train de vie  des anciens Présidents de la République

Autre motif de mécontentement : certains statuts excessivement privilégiés accordés à des personnalités publiques, source de dépenses quasi pharaoniques.

Il en est ainsi des conditions dans lesquelles sont traités les anciens Présidents de la République. Voilà des hommes qui ont été désavoués par le suffrage universel (Giscard d’Estaing, Sarkozy), ou qui ont décidé de se retirer (Chirac), et auxquels l’Etat va offrir cependant un train de vie somptueux sur le dos des contribuables, comme le dénonce René Dosière , Député socialiste, qui s’est fait une spécialité de chasseur des gabegies de l’Elysée et des autres lieux de pouvoir.

Et pourtant ces « ex » ne sont pas à la rue, loin s’en faut, tant ils  ont engrangé des indemnités très confortables tout au long de leur carrière politique pour les divers mandats exercés, obtenant de surcroît  à l’âge requis des retraites tout aussi avantageuses (Giscard : 18.000 € par mois + 12.000 € mensuels de « jeton de présence » comme membre de droit et à vie du Conseil Constitutionnel ; Chirac :  19.000 € de retraite « seulement », l’ancien Président ne touchant plus l’indemnité du Conseil Constitutionnel, ayant renoncé à y siéger pour raisons de santé).

Mais  la situation des Chirac n’est pas à plaindre car pour se « loger » à Paris, après le départ de l’Elysée en 2007, ils n’ont même pas eu à ouvrir leur coffre-fort, se voyant proposer gracieusement  par leurs amis Hariri (une riche famille libanaise)  un appartement cossu de 400 m2, quai Voltaire, dans le 7ème arrondissement, avec vue sur le Louvre. Cette mise à disposition devait être provisoire, mais comme l’écrivait Balzac, « En France, le provisoire est éternel »…

Ainsi donc, ces anciens Présidents se voient attribuer jusqu’à leur décès, outre une indemnité de 6.000 € par mois, un appartement de fonction meublé et équipé, avec deux personnes affectés à celui-ci, deux fonctionnaires de la police nationale pour leur protection personnelle + des agents chargés de la surveillance de leur domicile et de leur résidence secondaire (pour Giscard : deux sous-officiers de l’armée de terre et trois sous-officiers de la marine), sept collaborateurs permanents (un chef de cabinet, deux assistants, un fonctionnaire des Archives nationales, trois secrétaires), soit au total treize personnes mis au service de ces Présidents retraités de luxe !

La note est salée ! Pour Valéry Giscard d’Estaing, il nous en coûte chaque année 2,5 millions € (1,1 pour les frais de personnel, 1,1 aussi pour la sécurité de Monsieur, et 300.000 pour les frais de fonctionnement), soit 85 millions €  depuis que nous l’avons en charge à la suite de sa défaite contre François Mitterrand en 1981, il ya 34 ans…Jacques Chirac est moins cher : 1,5 millions € par an (12 millions sur 8 ans) , quand Nicolas Sarkozy « vaut » 2,2 millions € (plus de 6 millions € depuis son revers électoral de  2012).

Et comme ce dernier n’a jamais fait  les choses à moitié (Cécilia Sarkozy a eu ainsi à l’Elysée une carte bancaire à l’effigie de la République qu’elle a rapidement restituée lorsque l’affaire fut révélée), l’un des collaborateurs recruté au côté de l’ancien Président au titre de la dotation publique n’est autre que la demi-sœur de Carla Bruni, son épouse. Les bureaux qu’il occupe par ailleurs au 77 de la rue de Miromesnil font l’objet d’un loyer de 15-16.000 € par mois.

On s’interroge à juste titre sur le montant insensé de ces dépenses, comme on est en droit aussi de se demander s’il est légitime qu’un ancien Président de la République se serve impunément de tels avantages pour revenir dans le jeu politique partisan.

Il est en tout cas urgent selon moi qu’il soit mis fin à ces prébendes indécentes et d’un autre âge. Leurs bénéficiaires ont suffisamment profité, ce me semble, des ors et des lustres des palais de  la République. Les renvoyer dans leur foyer (et quel foyer : château par ci, manoir par là… !) ne me paraît pas en l’occurrence relever d’une mesure humiliante.

Les hommes politiques et l’argent public

Il est vrai que les politiques, habitués au confort et à l’apparat des  fonctions qu’ils occupent, ne peuvent plus s’en désaccoutumer, au point d’en vouloir toujours plus, disposant des budgets et des patrimoines de l’Etat à leur guise.

On se rappelle entre autres de François Mitterrand, Président, logeant dans des immeubles de la République sa seconde famille, Mazarine, sa fille, et la mère de celle-ci  (un appartement Quai Branly, et le château de Souzy-la-Briche, dans l’Essonne, pour les week-ends partagés).

L’exemple récent du comportement de Jack Lang, ancien Ministre socialiste de la Culture,  à la Présidence de l’Institut du Monde Arabe est aussi éloquent et en même temps consternant : suite au départ de l’actuel titulaire de la concession du restaurant gastronomique de l’établissement, pour cause de contentieux, lié notamment à d‘importants impayés de frais de bouche de la Présidence et de Mme Lang, il semblerait que l’appel d’offres lancé pour le remplacer ait prévu qu’une table gracieuse sera mise à disposition de Jack Lang à hauteur de 1.000 couverts par an... A 75 ans, l’homme a donc toujours autant d’appétit…

De tous temps, hélas !, la vie publique a connu son lot de gaspillages, de dépenses inconsidérées, et, pire, d’abus de biens sociaux ou  de détournements de fonds.

Dans le Gers

Même ici, dans le Gers, nous ne sommes pas à l’abri de tels dérapages. Comme celui commis par Yves Rispat, décédé en janvier dernier, qui fut alternativement Sénateur, Député, Président du Conseil Général, Président de la Chambre d’Agriculture (il fut également Maire de Lupiac, la commune qui vit naître le vrai d’Artagnan, dans une gentilhommière dont Yves Rispat avait d’ailleurs fait l’acquisition). Vers la fin de sa carrière, il fut condamné à 18 mois de prison avec sursis pour avoir détourné au profit d’autres associations quelques 180.000 € des caisses de l’Association pour la Prévoyance et l’Assistance des Agriculteurs qu’il présidait.

Et toujours dans notre département, la justice s’intéresse aujourd’hui de près au Sénateur UMP Aymeri de Monstesquiou , au point d’avoir demandé récemment la levée de son immunité parlementaire en vue d’être auditionné par les magistrats. Il est suspecté d’avoir touché des commissions sur des contrats conclus entre la France et le Kazakhstan pour la vente notamment d’hélicoptères fabriqués par Eurocopter, filiale d’Airbus. A l’époque des faits, le Sénateur était le représentant spécial du Président Sarkozy en Asie centrale, en raison de sa grande connaissance de cette région du monde, et du Kazakhstan en particulier. Une inculpation pour corruption ou trafic d’influence par personne titulaire d’un mandat électif public n’est pas à terme exclue.

Dans un autre registre , le Conseil général du Gers vient d’être épinglé  par une enquête de BFM Business TV portant sur la gestion des départements à partir de l’examen de leurs budgets primitifs 2014. Notre département est pointé en effet dans le classement fait  à la 71ème place sur 95, ce qui est peu glorieux ! Détaillé par ratio en euros par habitant, le Gers est 88ème pour les dépenses de fonctionnement, 92ème (le pire classement) pour les dépenses de personnel, 63ème pour les impôts locaux, 57ème pour les investissements (le meilleur rang obtenu), 63ème pour les dépenses liées aux collèges, 84ème pour les routes et 64ème pour l’endettement. Peut donc mieux faire !

C’est dans ce contexte que les décideurs de l’Etat, de la région Midi-Pyrénées et du Gers ont lancé l’opération de la déviation de Gimont, commune située sur la RN 124 entre Auch et Toulouse (échéance 2017). Coût de l’investissement : 95 millions € affichés (dont 23 % à la charge de notre département), ce qui veut dire un peu plus à l’arrivée. Je ne suis pas contre ce projet qui s‘inscrit dans une stratégie, initiée en 1998, de rapprocher par une route en deux fois deux voies  la capitale du Gers et celle de Midi-Pyrénées. Certes, la dite déviation ne va pas faire gagner u n temps considérable aux automobilistes. A titre personnel, pour me rendre à Toulouse ou en revenir, je n’ai toujours mis que quelques minutes pour traverser Gimont. 95 millions d’euros, c’est donc cher la minute. Mais peu importe, on ne va pas mégoter un progrès de cet ordre. Par contre, la décision de lancer le chantier est totalement à contretemps : à l’heure même  où la crise et les déficits devraient conduire à ralentir la dépense publique, on trouve le moyen de dépenser 95 millions € sans crier gare ! Pourquoi n’avoir pas engagé cet investissement en période de « vaches grasses », lorsque la croissance était au rendez-vous et l’argent public plus disponible ?  Quel paradoxe tout de même ! Les contribuables que nous sommes, déjà assommés de tant d’impôts et de taxes, vont encore « cracher au bassinet » (cette locution trouve son origine dans le mot « bassin » qui désignait le panier où les fidèles déposaient l’aumône pendant la messe - le bassinet étant alors un petit panier) !

On pourrait faire le même reproche à la ville d’Auch, qui fait construire actuellement un carrefour giratoire rue du 8 Mai, pour un budget annoncé de 300.000 €. On se demande à quel intérêt il correspond, car cette artère, empruntée par de nombreux automobilistes - elle rejoint le centre de la ville à une zone commerciale très fréquentée - , est déjà équipée de quatre dos d'âne successifs (un cinquième ayant disparu avec les travaux en cours). Ces obstacles obligent à conduire à petite vitesse, limitant d'autant les risques d'accident. Voilà donc encore de l’argent public gaspillé. J’avais déjà dans le même esprit dénoncé dans un billet d’octobre 2014 les aménagements coûteux et superflus auxquels la ville avait procédé l’an dernier pour la traversée du bois d’Auch.

Le statut des Commissaires européens, et de Pierre Moscovici en particulier

Autre raison de mon profond mécontentement : le statut des commissaires européens (ils constituent l’exécutif de la Communauté européenne), au travers de l’exemple de Pierre Moscovici, homme politique français, Ministre socialiste  de l’Economie et des Finances du gouvernement de Marc Ayrault  de 2012 à 2014, avant d’être nommé à Bruxelles Commissaire aux Affaires économiques et Financières.

Il est déjà en soi grotesque que ce technocrate donne aujourd’hui à la France des leçons de réduction des déficits et de l’endettement, quand lui-même n’a pas su les maîtriser lorsqu’il était aux manettes à Bercy.

Cette situation ubuesque ne doit pas cependant l’émouvoir outre mesure. Le poste est suffisamment gratifiant pour ne pas craindre le ridicule. Pierre Moscovici a d’abord touché une indemnité dite d’installation correspondant à deux mois de salaire. Puis pour chaque mois de travail, il perçoit  24.565 €, soit 20.800 € de salaire, 3.000 € d’allocation de résidence à Bruxelles, et 600 € d’indemnité forfaitaire de représentation.

Quand le mandat prendra fin (il est normalement de cinq ans), il obtiendra une indemnité de réinstallation d’un mois de salaire, avec remboursement intégral des frais de déménagement et de voyage. Cerise sur le gâteau, et quelle cerise !, il aura droit pendant trois ans à une indemnité de transition (ah ! que tous ces mots sentent bon le privilège …), qui va de 40 à 65 % du salaire de base (de 8.000 à 13.500 €), avec toutefois un plafonnement en cas de nouvelle activité à hauteur de l’indemnité que percevait l’ancien Commissaire.

On comprend que les candidats se bousculent pour enfiler le costume de Commissaire européen !

D’autant que s’ajoute à ces avantages  une retraite calculée sur 4,275 % du salaire par année de mandat. Ainsi, Pierre Moscovici disposera d’une retraite de Commissaire de 4.452,84 € pour cinq ans seulement de mandat, à additionner bien sûr aux autre retraites qu’il acquerra, lui qui fut Ministre sept ans, Député européen, Député français, Conseiller régional, Conseiller général, Conseiller municipal, Président de Communauté d’agglomération, Président et Vice-Président de divers organismes publics, Maître de conférences à Sciences Po, avocat (deux ans)…Et l’intéressé n’a que 57 ans ! C’est dire qu’il a encore du temps devant lui pour améliorer ses performances de cumulard…

Fâcheux  oubli sur TF 1

Dernier coup de gueule, celui-là  poussé à l’issue d’un reportage de 15 minutes (une durée de promotion inestimable) consacré au Gers dimanche 22 février dernier dans le journal de 13 heures de TF 1 (une heure de grande écoute). Bien des thèmes propres au département ont été abordés, accompagnés de belles prises de vue : les Mousquetaires et d’Artagnan, le patrimoine (cathédrale d’Auch, de Lectoure, collégiale de La Romieu…), les paysages, les petits villages authentiques, l’Armagnac, le cirque contemporain, l’aéronautique…Mais rien pendant un quart d’heure sur nos vins et sur le canard, son foie gras, son magret, ses confits….! J’en fus abasourdi ! Ce silence journalistique sur ces valeurs sûres du Gers, c’est offensant, tant  le canard et le vin constituent des éléments forts de l’identité de la Gascogne, au  plan historique, économique et gastronomique. Carton rouge à TF 1 !

Fait le 4 mars

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...

MEARIE | Réponse 30.12.2015 02.50

MERCI
tous vos commentaires sont très pertinent.
je suis en accord avec ce constat d'abus et privilège et constate que les citoyens sont manipuler lobotomisés

Voir tous les commentaires

Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

...
Vous aimez cette page