Points de vues du Gers Carnets

Portugal, suite et fin

Lisbonne

Le point d’orgue de notre découverte du Portugal : Lisbonne, la capitale (le journal de 13 heures de TF1 de lundi dernier lui a consacré d’ailleurs  un sujet de plus de cinq minutes).

La ville invite à la flânerie. On s’y sent bien, et nous avons eu plaisir à musarder sans nous presser (en empruntant parfois le mythique tramway de la ville) dans ses  pittoresques quartiers populaires, aux ruelles étroites et serpentines, comme à nous promener dans ses quartiers commerciaux ou d’affaires. La cité, qui demeure à taille humaine,  est  vivante, chaleureuse et nonchalante, avec des airs de Rio de Janeiro ou de San Francisco. Elle nous a tellement plu que l’idée nous a effleuré un moment d’aller passer  là-bas nos vieux jours (c’est d’ailleurs la destination préférée des français, au point qu’un certain nombre d’entre eux s’y installent, encouragés en cela par une fiscalité avantageuse –exonération de l’impôt sur le revenu pendant dix ans), mais la barrière de la langue nous a fait  vite renoncer à ce projet.

Les azulejos

On ne peut pas manquer de voir un peu partout à Lisbonne, mais aussi dans l’ensemble du pays, des décorations et des fresques murales  en azulejos, cette sorte de peinture-tapisserie en carreaux de faïence, en général  bleu et blanc, un jeu de couleurs qui a été inspiré par les porcelaines chinoises découvertes au XVIIIème . Purement géométriques, ou donnant dans le figuratif, avec parfois de beaux effets  créatifs et artistiques,   ils se trouvent sur les façades des maisons, dans les intérieurs, dans les églises, dans le métro, les palais, les gares, les magasins. D’influence andalouse au départ puis plus tard brésilienne, les azulejos racontent le Portugal, son histoire, ses traditions, son  folklore, son  commerce, la vie de tous les jours.

Le musée Berardo

Sur les bords du Tage, voisin du magnifique monastère des Hiéronymites (les moines de l’ordre de Saint Jérôme),  érigé à partir de 1502, se dresse le Centre Culturel de Belem, un bâtiment géant (97.000 m2 !) de la fin du XXème siècle, construit dans le même calcaire brut que le monastère, qui joue un rôle de premier plan dans la vie culturelle de Lisbonne.

C’est là que nous avons vécu deux moments inoubliables.

D’abord en visitant le musée Coleçäo Berardo,  du nom  d’un richissime homme d’affaires, qui a confié à l’établissement, dans le cadre d’une Fondation conclue avec l’Etat,  une collection d’art moderne et contemporain exceptionnelle, l’une des plus prestigieuses d’Europe, renforcée par une politique régulière d’acquisitions nouvelles. Sont ainsi présentées par rotation des oeuvres représentatives des principaux mouvements européens et américains du XXème et du XXIème naissant.

Dans ce lieu aux volumes et aux surfaces impressionnants (10.000 m2), qui se déploie sur trois étages, on emprunte un parcours historique et thématique (abstraction, figuration, surréalisme, pop-art, hyperréalisme, expressionnisme, art minimal, art conceptuel…) qui permet de passer en revue (je cite en vrac) des peintures, des sculptures, des installations de Picasso, Dali, Max Ernst, Mondrian, Jean Arp, Francis Bacon, René Magritte, Balthus, Henry Moore, Man Ray, Jackson Pollock, Andy Warhol, Daniel Buren, Christian Boltanski…

Comme à chaque fois que je suis confronté à l’art contemporain, je suis partagé entre la satisfaction que je ressens devant certaines œuvres,  et le rejet que j’éprouve face à des expressions qui n’ont rien d’artistique,  et qui me paraissent relever davantage de la provocation ou de la « foutaise ». Ainsi, d’une installation d’Andy Warhol, « Brillo Box »,  qui consiste en un simple empilement de cartons de la marque commerciale Brillo qui  emballe des blocs de savons (« soap pads »), ou d’une présentation au sol de huit brosses circulaires accolées les unes aux autres, ou encore d’un cagibi  où on pénètre à tâtons (il y fait totalement noir) pour découvrir sur un écran une vidéo qui projette uniquement un carré d’un ton  bleu délavé  ( ??!!). Je  pense aussi à un long alignement  de pierres  posé à même le parquet, appelé par son auteur, Richard Long, « Sandstone Line », et dont j’avais déjà vu des réalisations comparables à Bordeaux, sur la terrasse du CAPC, le Musée d’art contemporain de la Ville.       

Mais n’est-ce pas la vertu première de l’art contemporain d’interroger, de déranger, de contester, de ridiculiser, d’emprunter des  chemins de traverse pour explorer des territoires encore inconnus ? Et puis j’ai vu dans ces espaces lumineux  très bien pensés suffisamment d’œuvres de qualité pour m’être réjoui de la visite de ce musée, qui de surcroît est gratuite, de par la volonté forte de l’Etat et du mécène.

Katia Guerreiro, reine du fado

C’est dans l’auditorium de ce même centre culturel que celui qui héberge le musée Berardo,  que nous sommes venus écouter un soir l’une des reines actuelles  du fado au Portugal, Katia Guerreiro ,digne héritière de l’immense Amalia Rodrigues (1920-1999), à la voix incomparable, qui dit volontiers : "Ce n'est pas moi qui ait trouvé le fado, c'est le fado qui m'a trouvé."

(à écouter ici :  https://www.youtube.com/watch?v=B1zNxWPKh-Y )

J’aime depuis toujours le fado, un chant et une musique nostalgiques, venus du peuple, qui  expriment les blessures et les fragilités de l’existence :   les amours déçus, les départs, les ruptures, les chagrins, les difficultés de la vie, le destin contre  lequel on ne peut rien (la fatalité), mais aussi la joie, l’espoir. C’est l’âme portugaise, la « saudade », qu’exprime le fado, ce sentiment contradictoire fait de mélancolie joyeuse, de douleur dans la douceur, et d’une souffrance  qui se contente et se satisfait d’elle-même. Je pense être moi-même un être mélancolique, non pas dans le sens pathologique qu’on prête à ce terme, mais dans son sens antique qui désignait l’homme  désireux de se  dépasser, de trouver un sens à sa vie, afin justement de surmonter les états de tristesse et de désespoir qu’on est conduit à connaître. D’où ma passion d’écoute pour le fado comme pour le tango ou  le flamenco.

Il se trouve que cherchant à savoir comment regagner notre hôtel après le concert, nous nous sommes renseignés auprès de deux hommes qui se trouvaient là à proximité de la salle de spectacles. Et l’un d’entre eux n’était autre que le père de Katia Ferreiro, venu écouter sa fille. Nous le retrouvâmes quelques minutes après dans le hall de l’auditorium, au côté de son épouse et de la sœur de celle-ci. Et cette dernière a tenu absolument  à nous prendre en photo avec les parents de la chanteuse, un moment de grâce ! (voir ci-dessus le cliché, mon épouse et moi étant sur la droite).

Le public était de souche très populaire, preuve que le fado puise ses racines dans les milieux modestes et défavorisés, et la salle était comble. Je n’ai pas cessé de frissonner, d’avoir la chair de poule,  durant tout le tour de chant, envahi que j’étais par l’émotion dégagée par  ces complaintes et par la voix magnifique de Katia Ferreiro, accompagnée pour la circonstance par plusieurs guitaristes de talent. L’artiste parlait longuement avec  son auditoire avant et après chaque chanson. Et j’ai supposé qu’au-delà des chansons  le fado s’expliquait, se commentait , se contextualisait, pour parler comme les experts. Et j’ai donc regretté de ne rien comprendre à ce que disait la « fadista » , d’autant que ses propos suscitaient des  commentaires brefs et directs de la salle, qui souvent faisaient rire et la chanteuse et le public dans son ensemble. Quel beau et exceptionnel  partage en tout cas que ces échanges spontanés, et c’est si rare dans ce genre de face à face, où la vedette se contente le plus souvent  de « faire le job », guère plus, avant de disparaître derrière le rideau baissé.Il y eut aussi un moment de rare intensité lorsque Katia Guerreiro fit monter sur scène un vieux monsieur qui fut sans nul doute un guitariste réputé dans le monde du fado.Et pour notre plaisir à tous, il accompagna alors la chanteuse le temps d'un morceau.L'étreinte entre elle et lui fut au demeurant fort chaleureuse et très émouvante.

Autres étapes au Portugal

Autres étapes de notre tournée portugaise faite, hélas !, au pas cadencé, faute de temps :

-          Porto, ville que  j’ai déjà un peu évoquée dans mon précédent billet. Lors de notre séjour, le temps était gris et parfois pluvieux, ôtant donc un peu de son charme à cette cité industrieuse et commerçante (même si pas mal de boutiques paraissent quelque peu désuètes). J’ai aimé les églises  de granit qui révèlent l’opulence du baroque portugais, la cathédrale du XIIème siècle, l’un des premiers monuments romans importants érigés au Portugal, les quais du Douro, notamment ceux qui abritent les chais du porto, et enfin une superbe librairie, Lello § Irmao, de la Rua das Carmelitas, avec sa façade néogothique, et son remarquable escalier intérieur à double volée et à double orientation. Eric Chevillard, un écrivain français  qui excelle dans les aphorismes (voir son blog ) et que j’ai plaisir à lire, vient, lui aussi, de se rendre à Porto comme je le devine à travers les lignes de ses derniers textes .Le « der des ders » : « Un très vieil homme photographie les rives du Douro. La nostalgie vit d’espoir, elle se constitue jusqu’au bout des souvenirs ».

-          Coïmbra, dont j’ai parlé également dans le précédent billet. Je retiens surtout de cette ville son extraordinaire et vénérable université, installée depuis le XVIème siècle dans les murs de l’ancien palais royal, sur la colline de l’Alcaçova. Nous y avons vu une belle jeunesse, incarnée par des nuées d’étudiants (ils sont 15.000 au total), se rendant à leurs cours, certains vêtus selon la tradition, avec de vastes capes noires flottantes, portant un cartable garni de rubans, dont la couleur symbolise leur discipline : bleu pour les lettres, jaune pour  la médecine, rouge pour le droit…Nous nous sommes  avancés jusqu’à la cour centrale, entourée de bâtiments prestigieux (tour du XVIIIème, bibliothèque, chapelle, palais des Ecoles)  et qui se termine par une terrasse offrant un beau panorama sur les environs. Nous avons pu aussi visiter quelques belles salles, dont les  salles des Actes et de l’Examen Privé où se déroulent les grandes cérémonies universitaires

-          Obidos, au nord de Lisbonne. Ce village est charmant, et a su conserver son cachet médiéval ,avec ses rues pavées étroites, ses maisons serrées les unes contre les autres, aux façades blanchies à la chaux, ses remparts, son donjon et son château, qui abrite désormais un hôtel. Il y avait déjà trop de touristes (des cars et des cars) au moment de notre séjour, ce qui toutefois ne nous a pas empêché d’apprécier la Praça Santa Maria, une jolie et typique place en contrebas de la rue principale

-          Sintra, qui fut pendant des siècles la résidence préférée des souverains, des élites aristocratiques et bourgeoises du pays. Avec ses jardins luxuriants et sa flore tropicale, elle demeure aujourd’hui le lieu de villégiature des riches familles lisboètes qui y possèdent de ravissantes demeures. Nous avons visité le Palais National, résidence des rois, qui vaut surtout pour ses décorations d’azulejos et les plafonds magnifiquement peints de ses salles. Le Palais est reconnaissable entre mille en raison des deux hautes cheminées coniques de sa cuisine tout de blanc revêtues (on considère que plus ces cheminées sont hautes, plus elles signalent un lieu de grand rang social). Au cours de notre promenade  dans Sintra, nous avons pu croiser par ailleurs un exubérant domaine résidentiel , la Quinta da Regaleira, soit plusieurs constructions édifiées  au début du XXème siècle par un riche homme d’affaires, dans un étonnant mélange de styles, qui donne à l’ensemble une allure pour le moins baroque et fascinante..Un lieu d’autant plus mystérieux que son créateur, adepte d’ésotérisme et de franc-maçonnerie, a  conçu sa propriété, ses murs et son vaste jardin, selon un parcours initiatique d’influences diverses, de l’ordre notamment de la mythologie

-          Evora, une cité indolente et conviviale, ville-musée, inscrite par l’UNESCO au Patrimoine Mondial de l’Humanité, qui n’a pas l’air pour autant de se prendre trop au sérieux. Elle a su conserver les différents apports patrimoniaux  de son riche passé, témoins de la ferveur religieuse qui l’animait jadis : temple romain du IIème siècle,  étonnamment préservé, patios mauresques, palais Renaissance, cathédrale et églises gothiques, cloîtres et couvents… Une bien belle découverte.

Visite à notre amie anglaise, en Algarve

Pour clore notre périple portugais, cap sur l’Algarve, une région située à l’extrême sud du pays, qui bien que baignée par l’Atlantique, dispose d’un climat méditerranéen propice aux fleurs (géraniums, camélias, lauriers roses), aux cultures de coton, de riz, de canne à sucre, et aux vergers de caroubiers, de figuiers, d’amandiers et d’orangers. Nous retrouvons là-bas une très chère amie anglaise (une amitié née en Limousin), et son mari, installés depuis quatre ans en lisière de la petite ville charmante d’Alvor, près de Lagos et de Portimao, dans une belle propriété faite pour des vacances éternelles.

Nous aurons avec eux quelques occasions de sortie, selon, heureusement , un rythme moins effréné qu’avant, avec notamment la traversée de la serra de Monchique, un massif de roches volcaniques de toute beauté, que couvre une végétation luxuriante. Nous avons passé aussi  quelques heures à Lagos, l’ancienne capitale de l’Algarve, sise au creux d’une large baie et vouée à une profitable carrière touristique (longue plage de sable, criques aux eaux cristallines, grottes marines, et vie nocturne à volonté). On peut d’ailleurs craindre que cette affluence touristique de masse en Algarve, qui  va croissante, ne porte préjudice, à terme,  à l’authenticité  de ce beau coin du Portugal, comme c’est déjà le cas, semble-t-il,  à Portimao, cité balnéaire promis au pire, et où s’empilent sur une coulée de béton de 3 kms « …hôtels monstrueux, restaurants insipides et bars tapageurs » (Guide Michelin Portugal 2014).

Fait le 29 avril 

Visite au Portugal - Impressions

Nous rentrons du Portugal, que je ne connaissais pas, et auquel nous avons consacré une dizaine de jours.Et nous n'étions pas seuls, car partout les touristes étaient en nombre en ce mois d'avril (des français, des anglais, des hollandais, des japonais, des chinois), preuve que même très tôt dans le début d'année le Portugal exerce déjà sa séduction sur les étrangers.

 J’ai aimé ce pays et ses habitants. Ils sont simples, modestes, timides parfois,  et fort aimables. Ils ont conservé un naturel dans leurs comportements qui fait plaisir à voir, comme cette femme, attablée à une terrasse de café, qui donnait le sein à son enfant. Une scène touchante qu’on ne voit plus guère en Europe, tant il y a désormais de rigidités sociales et d’interdits. Une très chère  amie anglaise, qui vit dans le sud du Portugal, et que nous irons voir en fin de séjour, use à ce sujet d’une expression britannique qui  traduite, disait, que dans le passé : « Tout était  possible, sauf le crottin du cheval de bois »…

Le  seul défaut apparent des portugais : ils roulent anormalement vite, sans se soucier des limitations de vitesse. Ils paraissent toutefois bien maîtriser leur conduite, et ne commettent guère d’imprudences.

La situation économique est  difficile. On s’en aperçoit quand on constate  l’état de mauvais entretien de beaucoup de routes et d’édifices (l’entrée des cathédrales et des églises est toujours payante, manière de disposer de quoi faire face aux travaux les plus urgents). Faute de budgets, un certain  nombre d’immeubles sont laissés en ruine, et on voit  des projets de ponts abandonnés, seules les piles étant  sorties de  terre. La pauvreté se voit ici et là,  et la mendicité est  présente à Lisbonne, la capitale.

La cuisine n’est pas très raffinée. Mais elle est familiale et généreuse, se voulant porteuse de cette hospitalité à laquelle tiennent beaucoup les portugais. Faire honneur aux plats est un signe de fraternité, et c’est dans les petits restaurants que nous l’avons le mieux compris. Ne rien laisser dans votre assiette, et en redemander, est le moyen le plus sûr de faire plaisir à votre hôte.Le plat national : la morue (bacalhau), dont on dit qu'elle peut être cuisinée selon 365 recettes différentes, soit une par jour dans l'année.

Le vin au Portugal n’entend pas rivaliser avec les nôtres, même si leur réputation va croissante, à juste titre.Nous avons eu l’occasion  de goûter d’excellents rosés frais pétillants du négociant Mateus, ainsi que de  bons  vins blanc de la vallée du Douro, célèbre pour ses terrasses naturelles  plantées de vignes qui produisent aussi le « vinho verde », et le très célèbre vin de Porto .Nous fîmes avec plaisir une visite de chais commentée, suivie d’une dégustation,  chez l’un des producteurs de ce délicieux breuvage (ils sont près d’une soixantaine)  , en l’occurrence Ramos Pinto, créé en 1880, et qui appartient depuis 1990 à la maison de champagne française Roederer. La photo ci-dessus , prise du côté des quais du fleuve le Douro où se trouvent les chais des producteurs de Porto, montre le type de bateau (barcos rabelos) qui dans le passé transportait jusqu’ici  les tonneaux des vins du Haut-Douro. En face, un aperçu de la ville de Porto.

A Coïmbra, dans un de ces petits lieux de restauration tenus en famille, nous avons fait la connaissance du patron, qui gère l’établissement avec ses deux sœurs. Il parlait notre langue couramment pour avoir séjourné quatorze ans en France, y travaillant dans le secteur des ascenseurs. Il nous a dit beaucoup de bien de notre pays, où il a connu quelques belles aventures amoureuses,  regrettant que les français aient cette tendance  masochiste à l’auto- dénigrement. Pour lui, la France est la nation  la plus privilégiée  de l’Europe, et il ne comprend pas que nous ne nous en rendions pas mieux compte.

Il se trouve par ailleurs que cet endroit a dans sa clientèle les professeurs de l’Université de Coïmbra, qui viennent y déjeuner sur le pouce. Cette ville, ancienne capitale du royaume portugais, qui  compte 15.000 étudiants accueillis depuis 1540 dans l’ancien palais du roi Jean III (quel magnifique patrimoine !), a toujours été considérée comme une cité intellectuelle et artistique. Au point que notre restaurateur franco-portugais lorsqu’il se trouve en présence de gens qui lui paraissent appartenir à l’élite locale les affuble sans hésiter  du grade académique de « Docteur »…

Ces échanges en français m’ont fait d’autant plus regretter que notre langue soit si absente dans ce pays. Les portugais parlent portugais. Et quand ils se risquent à pratiquer une autre langue, c’est en bredouillant de l’anglais plutôt que du français. Dans les musées, et autres lieux de ce genre, les informations sont données dans la langue du pays et en anglais. Rien pour le français !   

Dans un autre restaurant, à Lisbonne, nous avons vécu un drôle de moment. A une table voisine de la nôtre, se sont installés deux jeunes hommes de couleur noire. Engageant avec eux la conversation, nous apprîmes ainsi que l’un d’entre eux était prêtre à Bruxelles, et avait pris l’avion  pour assister ici à l’ordination d’un de ses coreligionnaires. L’autre convive avait plutôt l’allure d’un porte-flingue…Le prêtre en question et son comparse ne se sont pas privés en nourriture et en vin (nous nous disions qu’il leur faudrait passer ultérieurement par la case confession pour avouer leur péché de gourmandise…). Le religieux disposait par ailleurs  d’un téléphone portable dernier cri, et était descendu avec  son ami ( ?), via une réservation « last minute » (c’est l’expression qu’il a employée), dans un hôtel de luxe du quartier (le Plazza, je crois). Moi qui pensais que le vœu de pauvreté était l’un de ceux qu’on prononçait lorsqu’on rentrait dans les ordres…

Pour tout dire, je me suis cru dans un  film de Tarantino, genre « Pulp Fiction », où deux petits malfrats, l’un cerveau du duo, l’autre la gâchette, viennent  à Lisbonne, sous couvert d’une ordination « ordinaire »,  pour régler des comptes avec une bande rivale ou préparer un coup…

J’ai vécu par ailleurs une belle soirée de  convivialité  dans un bar de Porto à l’occasion du quart de finales de la Ligue des Champions de football, qui opposait le FC Porto au Bayern de Munich (j’évoquerai un jour ou l’autre  sur mon blog ma passion pour le football). Projeté sur grand écran, en présence de très nombreux supporters portugais (il y avait aussi un groupe de nantais et derrière nous des brésiliens en vacances),  le match tint ses promesses, avec une victoire 3-1 du club local, qui fit une véritable démonstration de football devant une équipe allemande bien en dessous de son niveau habituel (une semaine après, cette fois à Munich en match retour, le FC Porto fut humilié par un score sans appel – 6 à 1). Et quelle chaude ambiance toute l’après-midi qui a précédé la rencontre dans les rues et les terrasses de café de la ville, envahies par les aficionados allemands. Une marée rouge vociférante (le rouge est la couleur du club allemand) , qui s’abreuvait de bière jusqu’à plus soif, sous l’œil vigilant des forces de l’ordre portugaises…  

Fait le 27 avril

Dordogne, Haute-Vienne, Limoges, souvenirs, souvenirs...

Des amis retrouvés

Nous venons de passer près d’une semaine en Dordogne et en Haute-Vienne (Limoges)  pour revoir  plusieurs amis perdus de vue, la plupart depuis près de huit  ans.

Les moments partagés avec eux ont été émouvants et de qualité, nous rendant compte les uns et les autres que c’était  comme si nous nous étions rencontrés il y a un mois ou deux alors que des années ont passé. Nous faisions aussi le constat, peut-être pour nous rassurer, que nous n’avions pas changé malgré le temps écoulé.

Il est vrai que nos complicités anciennes furent nombreuses et diverses, forgées autour du plaisir convivial de la table, opportunité pour découvrir de nouvelles personnes, pour échanger  de belles conversations ou des moments d’hilarité,  autour également de rendez-vous associatifs et culturels, et même médicaux, car les hommes du groupe sont  pour la plupart des médecins ou  des chirurgiens émérites  de la place de Limoges, auxquels il m’est arrivé de confier à l’époque mes maux et mes tourments.

Leurs femmes, elles, ne sont pas non plus inactives, s’investissant qui dans la musique, qui dans  la sculpture, qui dans la porcelaine contemporaine, qui dans la gestion d’un golf ou du Théâtre de la Ville, qui dans le yoga, ou plus prosaïquement auprès de  leurs enfants et petits-enfants respectifs.

Les sujets d’intérêt n’ont donc  pas manqué, et ils ont animé  les différentes soirées  auxquelles nous avons été invités.

Un homme de théâtre pour voisin de table

A l’une des tables amicales où nous sommes trouvés, avait été invité Pierre Pradinas, auteur et metteur en scène de théâtre, réalisateur au cinéma, qui fut de 2002 à 2014 Directeur du Théâtre de l’Union de Limoges, Centre Dramatique National. Les conversations avec lui furent enrichissantes, à la mesure de la passion que l’homme porte à son art. Nous avons pu lui dire du bien de sa mise en scène d’« Oncle Vania » de Tchekhov, dont  nous avions vu une représentation  à Albi le 10 mars dernier (voir mon billet en mars, « Escapade à Albi et dans les environs »), et que j’évoquerai  prochainement sur mon blog. Il fut surpris de cette coïncidence, s’en félicita, étant navré de n’avoir pu faire le voyage à Albi alors qu’il fut présent dans tous les autres  lieux où la pièce fut jouée, toujours à guichets fermés  s’il vous plaît.

Des amis au fait des affaires du monde

Les affaires du monde ont été aussi à l’ordre du jour de nos rencontres, puisque nous comptons dans nos amis visités  deux grands voyageurs, l’un, qui vit en Dordogne avec son épouse, et qui a été en poste  dans des missions économiques françaises à l’étranger– depuis qu’il est à la retraite, il relate d’ailleurs peu à peu  ses souvenirs  de conseiller commercial d’ambassade  dans de petits opuscules,  chacun étant dédié  à telle ou telle affectation -, l’autre, toujours en activité, qui sillonne l’Afrique noire (et avant l’Océanie),  afin d’y représenter les intérêts d’un grand groupe industriel. L’un comme l’autre, qui ne se sont jamais rencontrés,  ne peuvent s’empêcher d’évoquer fréquemment dans leurs conversations  leurs impressions de là-bas,  se rejoignant notamment pour dire que cette Afrique noire, pleine de ressources et de promesses,  qu’ils connaissent bien, ne s’en sortira pas tant que la corruption, le laxisme  et le grave déficit d’éducation et de formation gangrèneront  les chances pourtant immenses des pays concernés. Ils prennent la précaution d’ajouter qu’ils ne sont pas dans une posture « affro-pessimiste », car c’est bien une cuisante réalité qu’ils décrivent et qui prévaut depuis la nuit des temps.   

Une amie chanteuse d’opéra

Le globe-trotter en activité a pour conjointe une chanteuse lyrique d’origine ukrainienne, qui respire le charme et la vitalité. Dans son pays, qu’elle a quitté pour la France en 1994, elle mena des études musicales approfondies qui furent sanctionnées par des diplômes à la hauteur de son talent. D’une énergie inépuisable, la chanteuse a imposé sa marque à Limoges où elle multiplie les occupations : professeur de chant (elle le fut notamment pour mon épouse qui lui porte une solide amitié), chef de deux chœurs, et chanteuse lyrique à l’Opéra-Théâtre de la Ville.

Nous avons partagé un dîner avec le couple dans leur coquette maison de Limoges. La soirée fut chaleureuse. Avec un grand moment d’excentricité et d’humour  à la clef quand notre belle ukrainienne se leva de table pour mimer par le geste et la voix, quelle comédienne en puissance !,  une répétition d’opéra, et plus précisément les dialogues, de sourds parfois, entre  la hiérarchie artistique et la chanteuse qu’elle est, à propos  de suggestions qu’elle ne manquait pas de faire  quant  au jeu à adopter. On imagine fort bien l’attitude décontenancée du metteur en scène face aux propositions et à la force de conviction de cette soprano. Un sketch hilarant !  

Des relations professionnelles amicales

J’eus le plaisir également de revoir deux  anciennes relations professionnelles devenues amicales au fil du temps, nos échanges exhumant  un passé que nous avions partagé, nous  affligeant ensemble a contrario de la dégradation en cours  de l’environnement institutionnel dans lequel nous avions tous trois évolué.

Pendant notre séjour, nous avons visité les deux musées-phare de Limoges, connus de nous, mais ayant fait l’objet  de rénovations d’envergure, dont nous étions curieux de voir le résultat.

Le musée Adrien Dubouché, temple de la porcelaine

D’abord le musée national  de la porcelaine Adrien Dubouché (du nom de son généreux donateur -1818-1881-, qui fut aussi directeur du musée et Maire de la ville), qui fait partie, avec la Manufacture nationale de Sèvres et le Musée national de la Céramique, de l’établissement public  dénommé « Cité de la Céramique Sèvres et Limoges ».

Après trois ans de travaux qui auront coûté 14 millions €, le musée nouveau fut inauguré en 2012, offrant une surface de 6.000 m2 où sont exposées 1 6.000 pièces, dont certaines sont de véritables trésors artistiques.

Le  mélange des genres, conservation de parties anciennes et  architecture moderne, verre et acier,  pour d’autres espaces du bâtiment,  est très réussi, et digne de la collection de porcelaine, la plus riche au monde, qui y est présentée (à noter que toute la signalétique est réalisée en porcelaine).

Une mezzanine des techniques  présente d’abord  les quatre étapes de la fabrication d’une céramique. Témoins de l’histoire industrielle de Limoges, des machines anciennes côtoient là des objets résolument  contemporains.

Le Niveau  I est consacré à la Céramique de l’Antiquité au XVIIIème siècle. C’est peut-être le lieu le plus décevant dans la mesure où on a conservé les salles du musée historique (ouvert en 1900) et les vitrines d’origine, conférant à l’endroit une allure d’autant plus passéiste  qu’elle contraste fortement avec  la modernité du reste des salles.

Au Niveau 2, on visite la Céramique du XIXème à nos jours, et j’ai particulièrement apprécié le travail artistique du matériau  depuis le début du XXème siècle.

Enfin, le  Niveau 3 retrace l’histoire de la porcelaine depuis la fin du XVIIIème jusqu’à la création contemporaine, avec à l’appui de belles  collections. Il y a aussi à cet étage, un parcours qui invite à découvrir les évolutions techniques ayant  marqué l’histoire du verre : verre moulé de l’Antiquité, verrerie « façon de Venise » dans l’Europe des XVI et XVIIèmes, cristal, verre gravé du XVIIIème…

La porcelaine, qui est une céramique fine et translucide,  est apparue en Chine entre -206 et 220 après Jésus-Christ. Celle de Limoges, qui est une porcelaine dure parmi les plus fines au monde,  remonte aux années 1765-1770, période où fut découvert au sud de la ville un gisement de kaolin, une argile blanche, friable et réfractaire, qui intervient dans la fabrication de la porcelaine.

Il est mélangé en effet avec de l’eau, du quartz et du feldspath pour donner une pâte qui va être coulée dans un moule de résine poreux. Après séchage, les pièces démoulées font l’objet d’une première cuisson à moins de 1.000°. On obtient le « dégourdi » de porcelaine, qui va faire l’objet alors d’un revêtement d’émail ou de vernis, qui se présente sous la forme d’une dispersion aqueuse de pigments métalliques appliquée au matériau par trempage ou par pulvérisation.

Une deuxième cuisson à 1.260-1300° va transformer alors l’émail en film vitrifié. La décoration, qui donnera à l’objet sa personnalité, se fait à la main ou à l’aide de décalcomanies, une ultime cuisson  venant fixer le dessin sur la pièce.

La porcelaine de Limoges connut une période florissante tout au long du XIXème, jusqu’à  employer 10.000 ouvriers à le fin de ce siècle. Le secteur est en crise depuis les années 80, n’échappant pas à une délocalisation de sa fabrication, en Chine notamment, du fait d’une protection juridique insuffisante de la marque Limoges.

Aujourd’hui, le secteur ne compte plus qu’une douzaine de manufactures principales et 1.000 employés. Les plus prestigieuses : Bernardaud,  Haviland, Raynaud, Royal Limoges.

Il n’empêche : le produit, quand il est bien travaillé, est de toute beauté, bien que cher et peu prisé par les jeunes générations (les listes de mariage sont désormais plus tournées vers le  financement du voyage de noces que par celui de la vaisselle du ménage).

Nous nous sommes procurés pendant les dix ans où nous avons été  limougeauds divers services en porcelaine de Limoges, que nous prenons plaisir à sortir de leur armoire Louis-Philippe chaque fois que nous recevons. Ils donnent à la table un raffinement et un air de fête du plus bel effet.

A l’issue de la visite du musée Adrien Dubouché, nous avons pu converser un moment avec deux  de ses gardiens. Ils sont fiers de leur outil de travail mais déplorent un chiffre de fréquentation très moyen, et en hausse peu significative malgré l’importance de l’investissement réalisé.

J’ai appris aussi que des jeux de pouvoir parisiens avaient eu raison de l’ancienne Directrice, que je connaissais fort bien et dont j’appréciais le dynamisme et la passion qui l’habitait. Dommage pour le musée…

Immobilisme

Me revenait alors à l’esprit la difficulté qu’il y avait en Limousin à progresser, à avoir des projets,  tant les conservatismes et le scepticisme ambiant figeaient les situations, au point que nous nous  amusions souvent à rappeler un aphorisme qui résumait assez bien ce qu’il en était dans cette région : « De toutes façons, ça ne se fera pas. Et si ça se fait, ça ne marchera pas. Et si ça marche, ça ne durera pas… ». Ici, les « réseaux » sont constamment à l’œuvre et à la manœuvre pour protéger l’intérêt de leurs  membres et empêcher une nouvelle tête de dépasser  l’horizon…Ils s’emploient en effet chaque fois que nécessaire à casser net le développement de structures ou d’infrastructures portées à bout de bras et avec succès par des personnes dont la notoriété va donc croissante, et qu’il faut alors abattre afin qu’elles ne fassent pas  d’ombre aux « assis » (le philosophe Alain les appelait « les mollusques », en visant ceux accrochés coûte que coûte à leurs rochers) .

Certes, la ville de Limoges a basculé aux dernières élections municipales, en 2014, de gauche à droite, ce qui a constitué en même temps qu’une espérance (l’alternance est saine)  un véritable « tremblement de terre » politique, les socialistes détenant les clefs de la cité depuis près de 70 ans ! Le maire battu l’an dernier, Alain Rodet, est Député depuis 1981, et a commencé sa carrière municipale en 1971, il ya donc 44 ans, ayant été Premier Magistrat de la Ville de 1990 à 2014, soir durant 24 ans…Comment peut-on gouverner aussi longtemps sans être exposé à une inévitable usure du pouvoir ? D’autant que cet homme n’avait rien de sexy : pas du tout de charisme, et pas d’esprit entreprenant.  Je souhaite en tout cas au nouveau Maire, Emile-Roger Lombertie, et à la nouvelle majorité, de faire preuve de dynamisme et d’audace. Pas sûr cependant que les nouveaux édiles ne soient pas victimes à leur tour de la chape de plomb qui sévit ici.

La ville aurait pourtant bien besoin d’être portée par une nouvelle ambition, car en parcourant les artères de Limoges à pied nous avons eu le sentiment que rien dans la physionomie générale de la ville n’avait changé, ou presque, depuis huit ans…Et que de pas-de-porte fermés ! 

Le musée des Beaux-Arts, temple de l’émail

Deuxième musée visité : le musée des Beaux Arts, situé au pied de la cathédrale, au cœur du quartier historique de Limoges. Installé depuis 1912 dans l’ancien Palais épiscopal édifié à la fin du XVIIIème siècle et classé Monument Historique, le musé a fait l’objet d’une complète restructuration entre 2006 et 2010, avec rénovation des bâtiments anciens et construction d’extensions dans un esprit résolument moderne.

Comme pour Adrien Dubouché, j’ai été ravi de ces changements architecturaux et de cette nouvelle jeunesse donnée à ce musée qui a été plaisant à parcourir.

Le sous-sol est consacré à l’histoire de Limoges, depuis sa création à l’époque gallo-romaine jusqu’au début du XXème siècle, illustrée notamment par des maquettes, du mobilier archéologique, des sculptures romanes et gothiques, et des peintures. S’y trouve aussi une belle collection d’antiquités égyptiennes, riche de plus de 2.000 pièces, fruit de la donation d’un riche industriel originaire du Limousin qui fit carrière en Moyenne Egypte dans les années  1900-1915.

Au rez-de-chaussée, une collection de peintures qui vont de la Renaissance aux grands maîtres du XXème, tels Auguste Renoir (né à Limoges en 1841), Suzanne Valadon, née en 1865 à Bessines-sur-Gartempes , une commune sise près de Limoges, ou encore Berthe Morisot, née en 1841, comme Renoir,  membre fondateur et doyenne du mouvement d’avant-garde que fut l’impressionnisme.

Enfin, au premier niveau, et c’est bien sûr là la spécificité du musée  : l’émail sous toutes ses formes, un itinéraire de visite qui nous offre un large panorama de la production des ateliers limousins du XIIème siècle à nos jours.

C’est depuis près  d’un millénaire, avec toutefois quelques éclipses,  que l’art de l’émail contribue à la renommée de Limoges. Je ne m’attarderai pas ici sur les aspects techniques du travail de l’émail, trop complexes pour moi. Ce que je retiens de ma visite est la singularité de l’histoire de l’émail de Limoges qui met en évidence l’existence à diverses époques d’artistes qui ont été capables de renouveler les pratiques et de réaliser des œuvres novatrices en phase avec leur temps. C’est ainsi qu’aujourd’hui  l’émail est devenu une matière comme une autre au service d’une expression  artistique contemporaine fort talentueuse, y compris au plan international (à noter qu’une Maison de l’Email, créée par la profession, que nous n’avons pas eu le temps, hélas !,  de visiter, offre à Limoges une belle vitrine au travail des émailleurs).

Ici aussi, en sortant du musée, un gardien nous a confié sa déception quant au nombre peu élevé de visiteurs, avec de surcroît une forte chute  de fréquentation l’an dernier. Gratuit, le musée va devenir payant, et notre interlocuteur craint que cette  saignée ne se poursuive…

Figures de Vicq-sur-Breuilh, une commune entreprenante

Sur les conseils d’une amie, nous avons aussi visité, avec elle d’ailleurs, un charmant petit musée à Vicq-sur-Breuilh, commune de 1.300 âmes environ , située à 20 minutes de Limoges.

Beaucoup de souvenirs nous rattachent  à Vic-sur-Breuilh.

C’est là, au château de Combas, domaine agricole et forestier, que  nous avons séjourné en gîte lorsque mon épouse est venue me rejoindre en Limousin en 1998 où j’avais pris de nouvelles responsabilités professionnelles, le temps de trouver la maison qui abriterait notre couple.

Louis de Neuville

Il appartient  à feu Louis de Neuville (décédé en 2013) et à son épouse. Lui, a beaucoup compté en tant que promoteur infatigable de la race bovine  limousine, qu’il a contribué à sauver lorsqu’elle était menacée d’extinction (285.000 têtes en 1965 contre plus d’un million aujourd’hui, avec une présence dans 80 départements français et autant de pays)).Il fut aussi à l’origine de la création en 1991 du Pôle de Lanaud, à Boisseuil, près de Limoges, un ensemble architectural original tout en bois Douglas du Limousin, oeuvre de Jean Nouvel (classé Bâtiment Remarquable du XXème siècle par le MInistère de la Culture). Quartier général de la race bovine limousine, il loge notamment la station de qualification de ladite race, les prestigieuses ventes aux enchères des taureaux limousins, et également les dirigeants de la filière.

La viande bovine limousine est d’une qualité rare, et reconnue comme telle par deux  Labels Rouge, l’un pour le veau fermier et l’autre pour la vache de boucherie. Que de fois ai-je pu déguster cette dernière avec gourmandise durant mon séjour dans cette région, et en l’évoquant je sens déjà  la salive me monter  à la bouche…

Ces dernières années, Louis de Neuville faisait des allers-retours fréquents entre la France et la Chine en qualité d’expert d’un élevage de vaches limousines  auprès d’une université de Pékin.

Je l’ai connu en tant qu’homme de culture, sa deuxième passion. C’était un bon vivant, généreux, chaleureux, captivant. Il fut l’un des pères fondateurs de La Borie en Limousin, un haut lieu de musique et de rencontres culturelles, structuré en fondation reconnue d’utilité publique. La Borie vient malheureusement d’être liquidée par les médiocres et les jaloux, au nom du principe, que j’ai rappelé plus haut, qu’il faut en Limousin couper la tête, et le reste, à tout projet qui « en fait trop », comme l’a dit à propos de La Borie l’ancien Président du Conseil régional du Limousin, un incompétent notoire (dans le même registre, l’ancien Maire de Limoges disait, en faisant référence aux habitants du quartier le plus populaire de Limoges, « Allez donc parler de La Borie aux Ponticauds », manière de dire que ce seraient  eux les marqueurs de la culture. Quel esprit régressif…).

Jean-Louis Durand-Drouhin

Vic-sur-Breuilh compte dans ses rangs un autre individu entreprenant, que nous avons également côtoyé lors de notre vie limousine : Jean-Louis Durand- Drouhin, un grand connaisseur et amoureux de la Chine, qui fut notamment Conseiller pour les Affaires sociales à l’ambassade de France à Pékin, et Directeur de l’Agence Hospitalière Régionale du Limousin. A la suite d’un coup de foudre, il acquiert à Vicq le Vieux-Château dans les années 90. Construite en 1515, la bâtisse était alors en mauvais état. Jean-Louis Durand- Drouhin  entreprit alors des travaux d’importance pour stopper sa dégradation et le consolider. Féru  d’art contemporain, il crée dès 1999 une association des  Saisons du Vieux-Château afin de proposer sur le site lectures, spectacles, concerts, expositions. Et nous avions à l’époque toujours plaisir à participer à l’un ou l’autre des moments culturels proposés, et à échanger avec le propriétaire.

Madame le Maire

Vicq-sur-Breuillh, qui n’est pas avare de citoyens dynamiques, a pour Maire depuis 2008 une femme plein d’allant et de projets, Christine de Neuville, la fille donc de Louis, le roi de la vache limousine.

Elle aussi, nous l’avons croisée régulièrement. C’est à elle, et à son équipe,  qu’on doit le Musée et les Jardins Cécile Sabourdy, où nous nous sommes rendus.Un projet qui valut à la commune et à son Maire une Marianne d'Or 2012,distinction qui récompense des élus novateurs qui donnent du sens à leur mandat.

On sent bien le volontarisme, le professionnalisme et le talent  de Christine derrière ce lieu fort réussi. Sans ces qualités, il aurait d’ailleurs été impensable de sortir de terre dans une aussi petite commune un tel  équipement.

Le musée et les jardins Cécile Sabourdy

Ouvert  en juin 2014,  le musée est installé dans l’ancien presbytère (XVIIIème) de la commune. Il contient notamment une collection de tableaux d’Art Naïf peints par Cécile Sabourdy (qui a donné son nom au musée), et  racontent avec tendresse la ruralité limousine. L’artiste a vécu à Saint- Priest- Ligoure, un village qui se trouve à quelques kms de Vicq-sur-Breuilh. Cette collection a été donnée à la commune par les héritiers de son propriétaire, un mécène originaire de la région. Sont exposées également des œuvres d’autres peintres naïfs du Limousin : Germaine Coupet, dite « Existence », Robert Masduraud et Clarisse Roudaud. 

Sont présentés aussi dans une vitrine dix-huit bergers qui appartiennent à la crèche du village, un véritable chef d’œuvre d’Art populaire, protégé au titre des Monuments Historiques. Les personnages de celle-ci  auraient été sculptés dans la première moitié du XVIIIème par le sabotier de Vicq. La tradition rapporte qu’il  aurait représenté dans ces grandes figurines certains habitants de la commune. S’agissant des bergers,  on dit que chaque famille était responsable du sien, avec obligation de le ramener à l’église pour sa présentation dans la crèche au moment  de l’Avent.

Ces bergers auraient ainsi traversé trois siècles, survécu à la révolution française et à la désaffection progressive de l’église. Heureuse sauvegarde et belle transmission !

Autour du musée, trois espaces de jardins : le Grand jardin, organisé à partir d’un amphithéâtre de verdure, le jardin des Simples, qui accueille l’herboristerie, et un jardin de curé.

Ainsi, est-il établi une passerelle inédite entre  les Arts et le savoir-faire du monde rural.

Doté d’une équipe de 5 personnes, le lieu est vivant toute l’année, car il s’accompagne d’une gamme de prestations très complète : pour les jardins, une programmation d’animations  pédagogiques tant en direction des enfants que des adultes ; pour le musée, des causeries (mini-conférences), des concerts, une invitation au tourisme sur une journée ou une demie journée, qui intègre les autres curiosités de Vicq-sur-Breuilh et celles des alentours ; la location d’espaces pour les entreprises, avec  un « apéro culturel » lorsque les réunions se tiennent en après-midi ; des activités, des ateliers, des parcours  pour les scolaires du 1er comme du second degré. Sur le site internet, on peut d’ailleurs télécharger une brochure au graphisme élégant par type de proposition ! C’est dire la richesse inouïe de l’offre.

Le musée dispose par ailleurs à l’entrée d’un espace multiservices, dit le « Petit Breuilh », avec  des informations sur les différents sites touristiques de la région, une librairie et  une « épicerie », qui fait la part belle aux produits du terroir.

Un club des Amis, constitué en fonds de dotation, accueille les mécènes, particuliers et entreprises locales ou nationales, qui veulent soutenir le musée et ses projets. Ont été ainsi réunis  500.000 € d’engagements de dons.

Exposition Sanfourche

Enfin, des  expositions temporaires seront proposées régulièrement. Actuellement, et jusqu’au 31 mai, la première du genre est consacrée à l’artiste limousin Jean-Joseph Sanfourche (1929-2010).

J’aime ce créateur, un personnage à la Tati, ses drôles de bonshommes aux yeux ronds, des yeux globuleux qui reviennent dans son œuvre comme une obsession, en référence à sa maladie ophtalmique, devenus avec le temps ses doubles artistiques (voir ci-dessus photo d’une toile acrylique des années 90). Sanfourche fut un inlassable touche-à-tout compulsif, peintre, sculpteur, bricoleur, barbouilleur. Il redonne vie à des objets de toutes sortes qui lui parlent et l’inspirent. Ses matériaux de prédilection, bruts et naturels, souvent humbles, regroupent indifféremment cailloux et pierres « antiques », morceaux de troncs ou planches abîmées, fourches et autres vieux outils, auxquels il prête une vie intérieure discrète.

 A côté de totems et d’assemblages dont la figure humaine est l’objet central, les masques tiennent aussi une place importante dans l’oeuvre de Sanfourche. Inspiré des Arts Premiers, le masque est un autre double derrière lequel se cache l’artiste.

Mais quel que soit le mode d’expression, je ressens dans le rendu de l’artiste  beaucoup d’humanité, de gaieté, du rêve, de la magie, de la tendresse, de l’humour, de la férocité aussi…

Jean Dubuffet, qui entretint une correspondance suivie avec  Sanfourche , classait celui-ci dans le courant de l’Art Brut,  où les formes spontanées et radicales, la variation d’échelles, le schématisme, les matériaux récupérés, le bricolage et le gribouillage en constituaient les signes distinctifs, avec une volonté de transgression, le refus de plaire, et  l’intention affirmée avec force de rejeter un art occidental  sclérosé par les mouvements artistiques « homologués » et le conformisme.

L’exposition Sanfourche présentée  ici  me renvoyait à celle, plus conséquente, que j’avais vue en 2003 à Limoges, dans la Galerie des Hospices, qui m’avait beaucoup séduite. J’ai d’ailleurs ressorti de ma bibliothèque pour le parcourir à nouveau le superbe catalogue qui avait été édité pour l’occasion. Le commissaire de cette exposition , Hubert de Blomac, est lui aussi, un citoyen de Vic-sur-Breuilh, un autre passionné d’art et de culture, qui eut une galerie à Paris, puis à Limoges, et qui n’a pas été pour rien non plus dans le projet de musée Cécile Sabourdy.

Musique au Moulin

Vicq-sur-Breuilh  est décidément un carrefour culturel de premier ordre puisque c’est sur ce territoire également, qu’un de nos amis chirurgiens  a rénové un moulin il y a une dizaine d’années pour y organiser l’été, avec son épouse, des concerts très courus de musique classique,sous la houlette de Gilles Colliard, ancien Premier violon de l’Ensemble Baroque de Limoges, Directeur de l’Orchestre de Chambre de Toulouse depuis 2004, dont nous sommes devenus de fidèles abonnés. Avec lui, nous bouclons la boucle en quelque sorte entre  le Limousin, région avec laquelle nous eûmes une belle histoire dix ans durant, remontée à la surface grâce à ce séjour-pèlerinage, et le Gers, notre terre d’élection depuis bientôt  six ans.

Nous pouvions alors reprendre la route pour regagner nos pénates gasconnes, avec dans nos valises un plein d’émotions et de belles rencontres.

Excès de vitesse

Seul bémol à cette semaine idyllique : un excès de vitesse constaté par des jumelles-radar de la maréchaussée, et qui me coûta la perte de trois points sur mon permis de conduire. Il faut dire que menant avec mon épouse une conversation à bâtons rompus, je n’ai plus fait attention à ma conduite au moment où je traversais une petite commune régie par  le 50 km à l’heure.  Pris en flagrant délit de dépassement de 33 kilomètres/heure de la vitesse autorisée, je fus accueilli par le gendarme de faction, genre adjudant-chef, qui ne put s’empêcher d’adopter à mon égard une attitude et un ton martiaux, comme si  à ses yeux je représentais un délinquant du plus bel acabit. Je le lui fis remarquer, au grand dam de ma passagère, en lui rappelant que j’étais un honnête citoyen qui ne méritait pas un traitement aussi hostile, menton en avant. Inutile de dire que notre relation fut tendue, et nul doute qu’il alla chercher dans mes papiers, vu le temps qu’il mit à les ausculter dans sa camionnette, de quoi m’embarrasser davantage. A défaut d’y parvenir, il m’indiqua qu’ici même à cause d’une vitesse excessive, un conducteur avait écrasé une vieille dame de 88 ans, manière de me faire comprendre qu’il m’assimilait à ce chauffard criminel. Je lui répondis que je reconnaissais  bien volontiers mon infraction, mais que je n’admettais pas cette comparaison, fort , d’une part, de mes 46 ans de permis qui m’autorisait à me prévaloir d’une réelle expérience de la conduite, et , d’autre part, de l’absence à ce jour de tout accident avec un tiers tout au long de ma carrière d’automobiliste. Mon seul  carambolage fut en  solo sur une plaque de verglas qui eut raison de ma voiture, mais dont je sortis indemne. Je pus noter au passage que notre Gendarmerie nationale est de en mieux en mieux équipée puisque le constat fut dressé et ma signature donnée  sur un terminal informatique mobile, sans avoir  à quitter mon véhicule.

Et je fais fi de ces trois points perdus, qui sont  si peu de choses au regard des points d’amitiés retrouvées engrangés durant cette semaine en Dordogne et en Haute-Vienne.

Fait le 6 avril

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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