Points de vues du Gers Carnets

Spectateur d'un chantier TIGF exemplaire

Depuis juillet dernier, j’assiste en direct, en contrebas de la propriété, au déroulement d’un chantier hors du commun, fort performant  au plan technologique.

En l’occurrence, une nouvelle canalisation de gaz naturel est en cours d’enfouissement (photo ci-dessus). Elle va se positionner à partir de Barran (à 2/3 kms de notre domicile), où se trouve un poste de sectionnement qui fait office de noeud  gazier chargé d’orienter le gaz et aussi d’instrument de surveillance de la circulation du produit dans les canalisations.

Il y a à ce jour trois canalisations qui partent de Lussagnet, lieu de stockage dans les Landes, et arrivent au poste de Barran. La plus ancienne date de 1961.Et trois autres canalisations partent, elles, de Barran vers Toulouse.

Le nouveau réseau s’étendra sur  près de 62 kms de longueur, traversant le territoire de deux départements et d’une vingtaine de communes. Point d’arrivée : Lussagnet.

L’opération, dont l’investissement global s’élève à 152 millions €, est conduite par la société TIGF (Transport et Infrastructures Gaz France), acteur majeur du monde de l’énergie depuis plus de soixante-dix ans dans le grand sud-ouest, dont le siège est à Pau.

TIGF propose son expertise autour de deux métiers : le transport et le stockage de gaz.

Son  réseau de gazoducs achemine d’importants volumes de gaz d’un point à un autre du réseau. Ce gaz est directement consommé sur la zone par les clients raccordés au réseau ou transite vers d’autres zones de consommation.

Outre Lussagnet, TIGF dispose d’un autre site de stockage à Izaute dans le Gers, de quoi avoir de côté une énergie suffisante pour répondre à la variation saisonnière de la demande, et ainsi de sécuriser les approvisionnements.

TIGF, qui compte 582 collaborateurs, gère plus de 5.000 kms de canalisations, soit 14 % du réseau français de transport de gaz naturel pour un volume transporté de 16 %, et 24 % des capacités françaises de stockage de gaz.

En suivant ce chantier, je me suis d’abord demandé comment s’organisait le transport du gaz depuis les lieux de production. Il y a  en l’espèce deux manières de le faire :

-  soit par gazoducs (mode de transport majoritaire), qui sont parfois sous-marins (par exemple comme ceux qui relient les gisements norvégiens aux terminaux européens, ou l’Afrique du nord à la Sicile, ou encore l’Algérie à l’Espagne)  ou terrestres, tels le réseau russe, le pays de Poutine étant au nombre des plus grands producteurs gaziers. Lors du transit du gaz naturel dans les canalisations, la pression diminue du fait des pertes de charge induites par les frottements du gaz sur les parois. Afin de pallier cette baisse de pression, il est nécessaire de positionner des stations de compression pour maintenir une pression maxi à 85 bar (le réseau TIGF compte pour sa part  six stations de cette nature)

 -  soit par bateaux (13 % du transport), le gaz naturel étant alors liquéfié (GNL), c'est-à-dire transformé en gaz liquide (c’est ainsi que se fait l’acheminement du gaz produit au Qatar, de même pour le gaz qui arrivant d’Espagne « poursuit sa route » dans le sud-ouest)). On parvient à cette liquéfaction en refroidissant le produit à – 161 ° C, ce qui réduit son volume d’un facteur de près de 600 pour un même pouvoir calorifique. A l’arrivée dans un port méthanier (pour la France, il y en a deux à Fos-sur-Mer, et un à Dunkerque), le gaz est alors regazéifié.

Pour le chantier en question,  une quinzaine de salariés de TIGF sont présents avec en opérationnel  les entreprises spécialisées retenues par appel d’offres et leurs 170 salariés (100 de plus  en période de pointe).

A ce jour, et au-delà des études de départ, des consultations et du constat préalable d’état des lieux, plusieurs  phases successives des travaux ont été menées à bien, en tout cas pour la partie qui  se déroule sous mes yeux :

-  l’aménagement de la piste qui permet la circulation des engins et le stockage des déblais de la tranchée

-  le transport, le déchargement et l’alignement des tubes d’acier de fabrication allemande  le long de la piste  (les tuyaux font 900 mm de diamètre)

-  le cintrage de certaines canalisations (l’acier utilisé est fort heureusement doté d’une plasticité appropriée) pour qu’elles épousent parfaitement le profil du terrain et les changements de direction du tracé

-  le soudage bout à bout des tubes avec contrôle de chaque soudure par radiographie  ultrasons, les joints de soudure étant par ailleurs enrobés avec de la bande anti-corrosion. L’intérêt est de souder le plus de tubes entre eux car cela facilite les opérations ultérieures, mais à condition que les possibilités du tracé le permettent.

A venir :

-  le terrassement qui est effectué en deux passes de façon à séparer la terre végétale des terres de fond de tranchée

- le contrôle de la qualité du revêtement anti-corrosion

-  la mise en fouille de la canalisation au fond de la tranchée avec de puissants tracteurs à chenilles et à flèche latérale (des side-boom), l'opération étant "facilitée" par les propriétés élastiques de l’acier des tubes (1, 20 mètre de profondeur minimum, précaution supplémentaire prise par TIGF,  la norme règlementaire n’imposant qu’un mètre d’enfouissement). Ici, la mise en fouille devrait intervenir en octobre, et le chantier s’achever début novembre.

- le relevé topographique

- le remblai en deux passes de manière à rétablir en surface la couverture de terre végétale (si les tranchées sont faites le plus tard possible et le remblai effectué rapidement, c’est pour éviter d’exposer trop longtemps la fouille et les tuyaux qui s’y trouvent aux risques de désordres météorologiques importants, comme par exemple des pluies diluviennes)

-  la mise en eau de la conduite qui est éprouvée par une pression supérieure à 100 bar pour s’assurer de son étanchéité avant  la mise en gaz

-  les constats d’états des  lieux après travaux menés contradictoirement entre les propriétaires concernés et/ou l’exploitant et TIGF

- la remise en état des lieux (envisagée sur ce chantier au printemps prochain) : le profil initial de terrain est intégralement reconstitué, les fosses et talus reprofilés , et les clôtures reconstruites à neuf. Les sols tassés par le passage des engins seront décompactés par sous-solage.

TIGF veille ainsi tout au long du chantier à un respect scrupuleux de l’usage des sols et de l’environnement.

Le gaz est par ailleurs une énergie propre, renouvelable, abondante et compétitive, de surcroît ayant l’impact carbone le plus faible, émettant peu de CO2 et de particules  lors de sa combustion,  et on ne peut que s’en féliciter.

Certains peuvent trouver inquiétant de voir passer près de chez eux ou dans le sous-sol du terrain d’une maison qu’ils voudraient acquérir  une ou plusieurs canalisations de gaz naturel, eu égard au danger potentiel qu’elles peuvent représenter (fuites notamment).

Mais des règles très strictes de sécurité et de contrôle sont édictées à tous les stades de la conception, de la construction et de l’exploitation d’un gazoduc. Des surveillances et essais périodiques s’exercent à tous niveaux, y compris auprès des particuliers qui envisageraient d’entreprendre des travaux sur leurs propriétés traversées par des réseaux de gaz naturel.

L’efficacité des dispositifs est  telle que le nombre d’accidents est particulièrement faible : 0,02 % par million de tonnes transportées contre 0,13 pour le fluvial, 0,19 par mer, 0,41 par fer et 0,70 par route.

Et je n’ai pas entendu dire qu’ici, dans notre secteur, où passent déjà depuis  de nombreuses années plusieurs  canalisations TIGF, il y ait eu un seul incident notoire qui se soit produit.

Fait le 28 septembre

 

 

 

"La vie des morts se trouve dans la mémoire des vivants"

Lecteur assidu du quotidien « Le Monde » depuis plus de cinquante ans, je parcours de temps en temps les avis nécrologiques du journal pour y débusquer des citations, des commentaires, des poésies,  qui accompagnent parfois les textes annonçant les décès et qui donnent un relief particulier à ces  tristes évènements.

Dans l’édition des 17/18 septembre dernier, mon attention a été retenue par l’avis suivant :

« Arrêter les pendules, couper le téléphone,
Empêcher le chien d’aboyer pour l’os que je lui donne,
Faire taire les pianos et les roulements de tambour,

 Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent  ces trois mots : Il Est Mort,
Nouer des voiles noirs aux colonnes des édifices,
Ganter de noir les mains des agents de police.
 
Il était mon Nord, mon Sud, mon Est, mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson,
Je croyais que l’Amour jamais ne finirait : j’avais tort.

Que les étoiles se retirent ; qu’on les balaye ;
Démonter la lune et le soleil,
Vider l’océan, arracher les forêts

Car rien de bon ne peut advenir désormais.»

Et le texte se poursuivait ainsi :

« Le corps nu, allongé sur une table d’hôpital jusqu’à mi-épaules. La tête enrubannée, un pansement blanc sur la tempe gauche, les yeux fermés. Mèche de cheveux coupés et volés dans la pièce mortuaire, des larmes, des vertiges, et partout de la buée.

A ce garçon beau et brillant que j’aime, loin de qui je grandis, au

Docteur Jean-Louis Frasca

6 février 1960

Tué à trente six ans, le samedi 14 septembre 1996 au matin.

 Remerciements à celles et ceux, connus ou inconnus, qui font vivre le nom de Jean-Louis depuis vingt et un ans.

 Jean-Jacques Baudouin- Gautier, ton ami. »

 Je fus bouleversé par ce message d’amour d’un homme pour un autre, message qui  au-delà de la mort perpétue le lien profond qui les unissait.

 J’ai voulu en savoir plus, et j’ai ainsi appris que c’est périodiquement que Jean-Jacques Baudouin-Gautier, directeur d’éditions de métier, (photo ci-dessus),  évoque son compagnon dans les pages dédiées du « Monde ».

 Sur un blog, il écrivait en 2011 :

 «Le Dr Jean-Louis Frasca était, en effet, un garçon brillant.

Après avoir obtenu son diplôme de docteur en médecine, il sortit major d’HEC.

Il travaillait sans compter pour le grand cabinet de conseils Ernst & Young.
C’est par une belle matinée de septembre que tout a basculé : nous faisions notre jogging très tôt ce matin là sur les quais de Seine à la hauteur de la Gare d’Austerlitz quand une voiture a quitté la route pour venir le percuter et le plonger dans le coma jusqu’au soir.
L’homme au volant de la camionnette était ivre mort. Il prit la fuite et fut retrouvé et arrêté quelques heures plus tard.
Jean-Louis décéda de ses blessures à 18 heures à l’hôpital Goujon, seul hôpital capable de l’accueillir aux urgences…
Jean-Louis portait notre relation, il décidait de tout, des repas du soir jusqu’à nos voyages qu’il organisait.
Je fus très perturbé par sa disparition, me posant toutes les questions existentielles : pourquoi un garçon beau, jeune et brillant, devait-il du jour au lendemain cesser de vivre, quel sens donner à l’existence? Pourquoi continuer le chemin ?
Souvent me revient l’image du plateau de notre dernier petit-déjeuner laissé sur le lit que je retrouvais au retour de l’accident.
Ces hommages rendus à dates régulières dans le Carnet du journal « Le Monde » sont autant de rendez-vous qui le font exister et qui m’aident à poursuivre la route et à grandir.
Le grand nombre de témoignages et de messages de sympathie me confortent dans l’idée de pérenniser ce souvenir.
A la question : « mais pourquoi continuer ces hommages, à quoi bon? », je réponds : « quelle raison et quel sens donner à la mort d’un être jeune beau et brillant ? ».
Il ne sert à rien de chercher à trouver des explications, des raisons là ou il n’y en a pas.
C’est vrai, ce Jean-Louis Frasca était un être remarquable. »

 Le poème qui ouvrait ce dernier message du genre ne m’était pas inconnu. Il émane d’un poète anglais, Wystan Hugh Auden (1907-1973), l’un des plus importants et des plus influents du XXème siècle. Il produisit aussi beaucoup d’ouvrages de critique et d’essais, ainsi que des pièces de théâtre.

 Il me revint alors que le poème en question (« Funeral Blues » en anglais) avait été lu lors des obsèques de Gareth (joué par Simon Callow)  par son compagnon Matthew  (John Hannah)  dans le film « Quatre mariages et un enterrement » (1994), mis en scène par Mike Newell.  Cette comédie, portée par Hugh Grant, Andie MacDowell, Kristin Scott Thomas, connut un énorme succès, et l’enterrement de Gareth fut un moment de forte émotion pour les spectateurs sensibles dont je suis.

 Pensant en concluant à Jean-Jacques Baudouin-Gautier, je me remémorais cette sentence de Cicéron : « La vie des morts se trouve dans la mémoire des vivants. » C’est tellement vrai !

J'avis signalé à Jean-Jacques Baudouin-Gautier la mise en ligne de mon billet. Il m'a aussitôt adressé en réponse un email où il me remerciait pour ma chronique qui l'avait touchée.Il m'avait joint une photo de lui qu'il préférait à celle que j'avais choisie, car plus souriante.J'ai fait bien sûr le changement dans les minutes qui ont suivi.

N.B. Ce mois de septembre 2017 consacre le cinquième anniversaire de l'ouverture de mon blog.J'ai ainsi rédigé en soixante mois 236 billets, soit en moyenne quatre billets par mois.Mes sources d'inspiration ne sont donc pas encore taries !

 Fait le 23 septembre

Baudelaire, Serge Reggiani, Denise Glaser...

Je lis et relis Baudelaire (1821-1867) depuis mon adolescence : « Les Fleurs du Mal » bien sûr, mais aussi « Petits poèmes en prose -Le Spleen de Paris », « L’Art Romantique »…

L’autre jour, par le hasard de mes pérégrinations sur le net, je me trouve à entendre réciter le texte « Enivrez-vous », le XXXIIIème poème en prose du « Spleen de Paris », que j’ai dû lire pour ma part des dizaines de fois.

C’est une invitation à une vie « enivrante », au sens où il faut savoir donner du sel à son existence, la rendre sans répit grisante, vivante, exaltante, fantaisiste, peu important les moyens. C’est à l’envers une recommandation à ne pas se satisfaire d’une vie trop tranquille, médiocre, morne, engoncée dans la routine, et sans heureuse perspective.

« Il faut être toujours ivre. Tout est là ! C’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre. Il faut vous enivrer dans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Et si quelquefois sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit , à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Le texte entendu sur Google était dit en l’occurrence par Serge Reggiani à l’occasion d’une émission de « Discorama », animée par Denise Glaser.

Mon trouble était non seulement à la mesure du poème et de son auteur, mais également en rapport avec ces deux belles personnes, que j’ai tant appréciées.

Serge Reggiani (1922-2004) eut tellement de talents ! Servis  notamment par une voix grave et chaude, donc séduisante, qui captait aussitôt l’attention. Italien d’origine, il avait par ailleurs le verbe et le geste faciles.

Au cinéma et au théâtre, il fut une figure marquante. On se souvient tous de nombreux films où il crevait l’écran, même si c’était souvent pour jouer des mauvais garçons, des traîtres, des fourbes, bref des personnages  troubles : « Les Portes de la nuit » (1946), de Marcel Carné ; « Casque d’Or » (1952), de Jean Becker, avec Simone Signoret ; « Marie Octobre » (1958) de Julien Duvivier, avec Danièlle Darrieux, Paul Meurisse, Bernard Blier, Lino Ventura, Noël Roquevert ; « L’Armée des Ombres » (1969) de Jean-Pierre Melville, avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Simone Signoret ; « Vincent, François, Paul et les autres » (1974), de Claude Sautet. C’est d’ailleurs avec ce metteur en scène et aussi avec Claude  Lelouch que l’acteur a trouvé ses meilleurs rôles.

Ce n’est que vers la quarantaine  que Serge Reggiani se tourna vers la chanson avec le même succès qu’au cinéma. Il se mit aussi, encore plus tard, à la peinture avec un certain talent.

Que d’airs célèbres dotés de textes sensibles : « Il suffirait de presque rien », « Ma liberté », « Madame Nostalgie », « Votre fille a vingt ans », « Le Monsieur qui passe », « Ma solitude », « L’italien »,Les loups sont entrés dans Paris »,  « Sarah », « Petite fille aux yeux si grands », « Au numéro 103 », « La vie, Madame »….

Il  chanta aussi les poètes : Apollinaire avec « Le pont Mirabeau », Boris Vian : « Le déserteur », « Arthur, où t’as mis le corps ? », « Quand j’aurais du vent dans mon crâne », et bien  sûr Baudelaire, avec une chanson intitulée « Monsieur Baudelaire » composée par Didier Barbelivien :

« …Il y a dans les cerveaux

Des cellules en vacances

 C’est à croire que les veaux

Ont pris deux tours d’avance

Moi qui reste sur place

Je me plais à penser

Que quelque chose se passe

 Avant qu’on soit passé

 

S’il vous plaît, Monsieur Baudelaire

Un’ petit’ poésie

Pour deux mots, pour la frime

S’il vous plaît, Monsieur Baudelaire

Un peu de fantaisie

Entre nous, pour la rime…

S’il vous plaît, Monsieur Baudelaire. »

 Dans ce répertoire si varié, j’avoue avoir un faible pour « Maxim’s », une courte et cruelle chanson sur la condition humaine ( https://www.youtube.com/watch?v=vckNJShB4qg ) :

 « Ah! baiser la main d'une femme du monde

Et m'écorcher les lèvres à ses diamants
Et puis dans la jaguar
Brûler son léopard
Avec une cigarette anglaise
Et s'envoyer des dry au Gordon
Et des Pims Number one
Avant que de filer chez Maxim's
Grand seigneur
Dix sacs au chasseur

Enfin
Poser
Ma pelle
Et chauffer
Ma gamelle. »

 J’ai aimé l’homme Reggiani pour cette sensibilité à fleur de peau qui émanait de lui, pour ce visage torturé très significatif du mal-être qu’il a porté toute sa vie, et qui le conduisait à se réfugier dans l’alcool pour « soigner » sa dépression. Une instabilité encore aggravée par le suicide de son fils, Stéphan, à 35 ans, victime sans doute de la trop grande notoriété de son père. Il  aurait tant voulu, puisqu’il chantait aussi, disposer du  même talent et de la même réussite que lui…

 Denise Glaser (1920-1983) avait elle aussi une profonde sensibilité qu’elle mettait au service des autres. Car l’esprit de l’émission télévisée « Discorama » qu’elle avait produite dans les années 50 avant de la présenter elle-même, était conçue sous forme de confidence et d’intimité avec l’invité.

Il s’agissait de mettre en confiance celui-ci pour obtenir de lui le meilleur, d’où également les  longs et célèbres  silences  de Denise Glaser pour  laisser le temps à son interlocuteur d’affûter sa réflexion.

Il faut être de ma génération pour se souvenir de « Discorama », une émission intelligente, élégante, au ton feutré et tranquille. Son animatrice veillait à s’ouvrir sur la création musicale, sur les nouvelles musiques et les musiques du monde, donnant la priorité aux auteurs-compositeurs, même s’il lui fallait, à son grand regret, sous la pression de sa hiérarchie et des maisons de disque, recevoir les chanteurs yéyé. Denise Glaser ne cachait pas d’ailleurs son aversion pour des chanteurs comme Franck Alamo, Hallyday, Sheila, Claude François et quelques autres.

 L’émission s’intéressait également à la peinture (Denise Glaser reçut notamment Salvador Dali), à la mode, à l’architecture, à la littérature.

Léo Ferré lui dira un jour qu’elle avait le talent de mettre les gens non pas en valeur mais en situation. Ce à quoi elle répondait que ses invités n’apparaissaient intelligents que s’ils étaient intelligents…

Femme engagée à gauche, elle fut menacée de licenciement lorsque recevant en 1963  Jean Ferrat elle passa à l’antenne la chanson « Nuit et brouillard », car il n’était pas de mise à l’époque de réveiller de si mauvais souvenirs, l’heure étant à la réconciliation avec l’Allemagne. Et circonstance aggravante, le chanteur était communiste…

Mais l’industrie du disque finit par obtenir sa tête. Elle donnait trop dans la culture et la conversation « oisive », alors que le « peuple » réclamait, pour le bien de cette industrie, ses idoles et ses chansons préférées.

La dernière de « Discorama » eut lieu le 5 janvier 1975 avec pour invité Gilles Vigneault, poète québécois, auteur-compositeur-interprète, et Denise Glaser eut alors beaucoup de difficultés pour retrouver à s’employer. Elle disposa en 1982 (un an avant sa mort) d’une chronique dans le « Soir 3 » d’Henry Chapier, mais rien de plus. Atteinte d’un cancer, réduite à la solitude et au dénuement, elle vécut ses dernières années recluse et affectée d’une grande souffrance psychologique.

Elle disparut dans l’indifférence quasi-générale, et seules Barbara et Catherine Lara se rendirent à Valenciennes aux obsèques de cette femme d’exception qui  avait tant apporté à la jeune génération à laquelle j’appartenais. Côté télévision, Pierre Bellemare avait fait le déplacement, mais ni Michel Drucker, ni Guy Lux, ne vinrent.

Dans l’émission où il était reçu par Denise Glaser, Léo Ferré, encore lui, avait salué son courage (il est vrai que c’était une femme libre, qui bravait les ukases), considérant qu’elle s’était « cassée la vie » en exerçant ce métier. Le chanteur revint à cette occasion sur une précédente fois où il se mit à pleurer devant elle, tant sans doute l’animatrice savait toucher au cœur.

Elle lui confia qu’on ne pleure jamais que sur soi. Léo, lui, cita La Rochefoucauld : « On pleure pour être pleuré ».

 Fait le 6 septembre

 

 

 

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Devinez ! | Réponse 08.09.2017 02.24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

...
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