Points de vues du Gers Carnets

Instants à Toulouse

Il y a une quinzaine de jours, je me rendais à Toulouse pour un déjeuner de travail avec ma collègue Déléguée de la Haute-Garonne de notre Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).

Disposant avant et après d’un peu de temps, j’ai revu quelques  endroits que j’apprécie autour de la place du Capitole.

La place elle-même est prestigieuse (son nom fait référence aux capitouls, capitol en occitan, qui désignaient  les élus de la ville de 1147 à 1789). Sa majesté tient  à sa surface, 12.000 m2, mais surtout à  son hôtel de ville, et à sa façade de briques et de pierre, chef d’œuvre néoclassique imposant et élégant.

Sur celle-ci, une bâche géante était suspendue (photo ci-dessus),  invitant la population à pétitionner en faveur de l’obtention pour 2024 (ce n’est pas pour demain matin !) d’une ligne à grande vitesse (LGV) Toulouse-Paris, qui mettrait le chef-lieu de la région Occitanie à 3 heures de la capitale (voir www.TGV-Toulouse.fr ).

17.000 signatures ont déjà été recueillies, la mienne comprise, puisque j’ai moi-même profité de ma présence ici pour apposer  mon paraphe sur le registre ad hoc.

En même temps, je me disais que la ville rose a un train de retard, c’est le cas de le dire, sur sa rivale, Bordeaux, qui mettra en service un  TGV sur Paris le 2 juillet prochain à raison d’un voyage en 2 heures contre 3h15- 3h30 aujourd’hui ! Dans ce domaine ferroviaire, comme dans bien d’autres, il semble que  Juppé ait  vraiment  creusé l’écart en sa faveur…

Avant d’emprunter une des  rues adjacentes , je me disais que c’était bien dommage que sur l’un des  côtés de cette place du Capitole ne s’alignaient plus que des commerces de  grands groupes, comme  Séphora , Pandora , Desigual, Nespresso (ces deux dernières marques ont pris la place d’une librairie chère aux toulousains,  Castela , qui n’avait plus les moyens  d’honorer un loyer annuel que la presse locale situait à un montant de 800.000 €). On y trouve aussi un  McDonald’s. Comment a-t-on pu autoriser ce temple de la malbouffe à s’installer dans un lieu aussi préservé pour son histoire et son architecture ? N’est-ce pas faire injure par ailleurs à la bonne cuisine du sud-ouest, heureusement fort bien représentée dans les alentours ?

Il a été avisé  en tout cas d’avoir imposé  à ces boutiques l’obligation de décliner leurs enseignes dans un même type de  lettrine en laiton doré, histoire de bien les marier avec la brique rose des bâtisses. On a ainsi échappé  dans ce décor  multiséculaire au déploiement de l’effigie McDo dans ses couleurs rouge et jaune si criardes !

J’ai rejoint ensuite la rue des Lois pour me rendre au 23,  à La Mucca, fabricant de papier depuis 1999, qui propose dans son commerce, entre autres,  des agendas, des carnets, des cahiers de tous formats, frappés du sceau de la créativité et  de l’élégance. Je n’en sors jamais les mains vides, car les supports où je consigne par écrit mes observations et mes pensées, genre journal intime, proviennent de cette boutique. 

Depuis juillet 2016, La Mucca a ouvert une seconde enseigne, rue Pargaminières. L’occasion ne s’est pas encore présentée pour moi de  la découvrir. Pour ce que j’en sais, elle décline là des articles de papeterie 100 % fabriqués à Toulouse. Objectif : valoriser la ville et le savoir-faire de jeunes créateurs. On y trouve par exemple des carnets qui reprennent les traits  pleins d’humour et de fantaisie de Plonk et Replonk, duo de frangins suisses facétieux. Et aussi des cartes postales de Toulouse réalisées par Mathieu Krueger et Florian Calas, où les vues deviennent de vraies peintures. Ou encore des plans de Toulouse, du Moyen- Âge à l'époque napoléonienne, selon  une sélection faite en collaboration avec  les Archives Municipales. Egalement  des sacs de voyage aux logos de l'Aéropostale, réalisés en lien avec l’entreprise Latécoère. Certains  articles sont créés par la Mucca en relation avec l'imprimerie Escourbiac, de Graulhet , dans le Tarn, connue pour la qualité de sa production, notamment en matière de livres d’art.  Un partenariat  étroit a été également  établi avec les musées de Toulouse pour concevoir magnets, cartes postales, calendriers, mugs et albums de photos.

Cap ensuite sur la Cinémathèque de Toulouse, 69 rue du Taur. Je remarque en chemin une boutique de cycles au nom pour le moins insolite et original (c’est si rare dans le monde du commerce) : « Monsieur Pignon, Madame Guidon » ! La vitrine  attire le regard car elle ne manque pas d’attractivité. On y voit en arrière-plan un atelier récemment agrandi et rénové voué à repeindre, à réparer, et à vendre de beaux vélos. Le site fait défiler d’ailleurs, avec fierté,   les images de magnifiques deux-roues  reliftés. Fort du succès rencontré, Monsieur Pignon et Madame Guidon ont ouvert depuis peu  une seconde boutique à Bordeaux.

La Cinémathèque était fermée  (elle n’ouvre que l’après-midi). J’ai pu néanmoins prendre dans la belle cour intérieure le programme d’avril et mai. Il est comme à l’habitude dense et alléchant. Voilà 20 ans que cette institution toulousaine est implantée à cette adresse. Le bâtiment, qui fut un ancien collège, puis une caserne sous la Révolution et enfin un petit séminaire diocésain, est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Mais la Cinémathèque  a une histoire bien plus ancienne : elle fit ses premiers pas en 1958 et fut officialisée en 1964.

A l’origine de la saga, un homme passionné par le septième art : Raymond Borde (1920-2004), qui fut aussi  critique de cinéma  pour différentes revues,  et écrivain-essayiste.

La Cinémathèque est aujourd’hui présidée par un grand monsieur du cinéma : Robert Guédiguian, auteur de tant de beaux films : « Marius et Jeannette », prix Louis-Delluc (1997), « Marie-Jo et ses deux amours » (2002), « Le Promeneur du Champ-de-Mars » (2005), « Les neiges du Kilimandjaro » (2011)…Parmi ses prédécesseurs, Daniel Toscan du Plantier, célèbre et flamboyant producteur de cinéma, mort trop tôt (1941-2003).

La Cinémathèque a compté 89.000 spectateurs l’an dernier, venus ici pour assister à des projections qui entretiennent la mémoire et  le prestige du cinéma. Les offres mettent en valeur  une  période,  un metteur en scène, un acteur ou encore un  thème - la justice en ce moment, avec à  la programmation des chefs d’œuvre, comme « Nous sommes tous des assassins » d’André Cayatte (1952), « Douze hommes en colère » de Sidney Lumet (1957), « Autopsie d’un meurtre » d’Otto Preminger (1959)... Rencontres, concerts, expositions, complètent  l’offre de la Cinémathèque.

Le lieu conserve à ce jour 47.000 films (!!), et outre des salles de cinéma, il dispose d’une bibliothèque ouverte au public, avec en consultation  15.000 ouvrages, 72.000 dossiers presse, 15.000 titres de revues et 6.500 films en DVD.

Petite visite ensuite à la librairie « Les Ombres Blanches » 50, rue Gambetta, elle aussi une institution toulousaine dans le domaine culturel. Créée en 1975 autour de deux pôles, littérature et sciences humaines et sociales, elle compte  120.000 titres en stock et  600.000 en catalogue. Avec  45 personnes pour le fonctionnement de ce lieu, dont pas moins de 30 libraires. Nombreuses animations tout au long de l’année : blog, rencontres, notes de lecture, et un café côté cour pour prendre le temps de feuilleter un livre, avant ou pas de partir avec…

Hélas, comme souvent dans ce genre de librairie « géante », quoique indépendante, il n’y a plus guère de libraire qui s’intéresse à vous. J’apprécie quand passant d’un rayon à un autre, revenant en arrière, saisissant un livre ici, un autre là, je sois rejoint par l’un d’entre eux qui m’interroge sur l’ objet de ma recherche, et  m’aide par ses conseils dans mes choix. Ce service n’a plus très souvent cours (je l’ai vécu également chez Mollat, à Bordeaux , pourtant librairie de référence également), et c’est plutôt le client qui désormais hèle le libraire, en ayant l’impression d’ailleurs de le déranger…

C’est d’ailleurs ce que j’ai fait pour savoir où  trouver le dernier roman de Javier Marias, publié en ce début d’année,  « Si rude soit le début ». C’est un écrivain espagnol dont j’apprécie l’écriture, et je dispose de quelques-uns de  ses livres dans ma bibliothèque. Mon journal « Le Monde » écrivait le 3 février à son sujet : « …On pourrait presque situer tous les romans de Marias sur un même graphique. En abscisse, l’histoire, le temps, la guerre, la trahison, le soupçon…En ordonnée, les destinées individuelles, l’amour la confiance, le mariage, le secret…Chacun de ses récits se situe à l’intersection de deux points. Ou en relie plusieurs… » Soit une vision du monde toute de retenue tragique, un monde hanté par la guerre civile espagnole et ses conséquences, même  longtemps après.

« Si rude soit le début » est dans cette veine : une éblouissante  fable moderne sur les frontières souvent incertaines entre la passion et la haine, entre la justice et le désir de vengeance, entre l’oubli et l’impossibilité du pardon.

Le libraire qui m’accompagna pour m’indiquer où était localisée la pile de cet ouvrage ne me fit aucun commentaire sur mes intentions. J’aurais tellement voulu qu’il m’entretienne de Javier Marias, qu’il me dise ce qu’il l pensait de cet auteur, et ce qu’il avait lu de lui. Las !

Il y eut à mi-temps de mon passage éclair à Toulouse  ce déjeuner comme trait d’union entre mes différentes visites. Ce fut au Florida , l’une des brasseries située place du Capitole, sous les arcades (dont les plafonds peints par Raymond Moretti retracent en 29 fresques  des moments forts et des hommes-clés de l’histoire de Toulouse), avec en extérieur une terrasse de 300 places  fort plaisante.

D'abord tenu par un chocolatier avant de devenir le Café Durand, Le Florida fut très politisé au XXe siècle. Il était alors fréquenté par des réfugiés espagnols avant de devenir le repère privilégié des étudiants. Il  attire aujourd'hui une clientèle hétéroclite métissant tous styles et toutes générations.

Un succès qui réside en partie dans l’atmosphère «Belle époque» que le Florida a su conserver : escalier balancé et encadrements d'époque, avec des  miroirs peints au plomb  qui permettent de dater avec précision les premiers pas du café : 1874 !

Le restaurant offre une cuisine traditionnelle et de qualité, mais si on vient  pour l’assiette, on y  vient  également  pour  le cadre exceptionnel, et probablement aussi pour y être vu…

Jeudi dernier, je me suis rendu à Cornebarrieu, une commune limitrophe de Toulouse, pour quelques examens médicaux à la clinique des Cèdres. A l’heure du déjeuner, plutôt que de  choisir le classique  sandwich industriel, j’ai opté pour le petit restaurant de l’établissement sans toutefois me faire trop d’illusion. J’avais cependant besoin d’un entracte de cet ordre pour prendre du bon temps entre mes différents rendez-vous. Et quelle ne fut pas ma surprise de trouver là une cuisine et un service de qualité. Mes aiguillettes de canard trempées dans une salade fraîche et fort bien assaisonnée, puis mon saumon –carottes en papillote enrubannée  furent excellents. Beaucoup de saveurs dans ce duo de plats, que j’ai accompagné d’une petite bouteille (33 cl) d’un Bordeaux 2014, les Hauts de Goléane (« La Part des Anges »), élevé en fut de chêne. Remarquable !

Chacun sait que la nourriture servi aux malades dans les cliniques et les hôpitaux est la plupart du temps immangeable. J’en sais moi-même quelque chose car lors d’un court séjour  j’avais refusé, après l’avoir goûté, le repas qui m’était proposé. Ce qui rend encore plus paradoxale, mais aussi salutaire,  la présence d’une adresse de bon niveau dans une telle enceinte !

A une table voisine, une dame en cours d’hospitalisation disait à son amie la même chose sur ce qui lui était servi dans sa chambre. Elle se réjouissait d’autant plus de cette échappée culinaire, et précisait que l’équipe soignante avait fini par donner son accord pour qu’elle fasse cette entorse au règlement, mais en lui indiquant que cette « incartade » relevait de sa seule responsabilité. Mal manger serait donc meilleur pour la santé ?

 Fait le 26 avril

Une incivilité parmi tant d'autres...

A l’entrée du bois d’Auch, se trouve un relais déchets constitué de containers, les uns dédiés au papier-carton-plastique, les autres aux déchets ménagers,  et un dernier au  verre et aux bouteilles.

J’avais remarqué combien les usagers ne respectaient guère en cet endroit le tri des déchets, allant  jusqu’à déposer  là, à même le sol, des vieux téléviseurs, des ordinateurs hors d’usage et toute une série d’objets encombrants qui n’avaient pas leur place sur cette zone. Et pourtant, des panneaux d’information disent bien ce qui est de l’ordre du possible et ce qui ne l’est pas.

Le désordre avait atteint un tel niveau que la ville d’Auch avait entrepris quelques  travaux d’aménagement pour mieux encadrer le fonctionnement de cette plate-forme, dont l’implantation de clôtures hautes à l’arrière et sur les côtés du lieu  (car les plus indisciplinés n’hésitaient pas, lorsque les containers étaient à ras-bord,  à jeter leurs ordures dans le bois, derrière les containers !).

Hélas, les mauvais comportements persistèrent, et je me dis depuis longtemps  que le mieux serait de supprimer purement et simplement ce service.

Mais je n’avais pas encore tout vu. Le « pompon » de l’incivilité et de l’incivisme vient en effet d’être atteint !!!

Quelqu’un est venu en effet déposer une cuvette de w.c. (voir l'objet du délit sur la photo ci-dessus), avec en prime du papier hygiénique peu ragoûtant pour boucher l’orifice d’arrivée de l’eau de la chasse.

Au point où nous en étions, je me demandais si le délinquant (oui, c’est pour moi un délinquant) n’avait pas non plus laissé dans la cuvette sa dernière livrée d’excréments (je n’ai pas tenu pour autant à soulever le battant…).

Quel  manque de respect  de l’intérêt collectif et de notre environnement ! Du même ordre que celui qui consiste à occuper les places de parking réservées  aux personnes handicapées. Je n’hésite pas d’ailleurs chaque fois que je suis témoin d’une appropriation pareille à « pourchasser » le contrevenant, l’ interpellant d’une formule assassine mais méritée   : « Si vous prenez sa place, prenez aussi son handicap ! ».

Autour d’Auch, nous disposons de deux déchetteries gratuites , l’une au sud, l’autre au nord, qui offrent non seulement des possibilités de stockage  des déchets courants,  comme en de nombreux endroits dans notre campagne, mais également des containers dévolus au bois, aux gravats, à la ferraille, aux encombrants, et à tout ce qui est appareillage électrique et électronique.

Le propriétaire de la cuvette w.c. incriminée  n’a pu acheminer son « cadeau merdeux » qu’avec  son véhicule, car il paraîtrait étonnant qu’il l’ait transporté dans ses bras jusqu’à l’orée du bois d’Auch…

Il aurait donc pu  se rendre directement en une quinzaine de minutes à la déchetterie principale. Et cela vaut pour tous les « jeanfoutistes » qui  par facilité, par désinvolture, déposent sauvagement leurs saletés sur des zones de déchets pas faites pour les accueillir, alors qu’ils ont à portée de voiture des solutions appropriées.     

Je suis toujours en colère face à ces attitudes  si indisciplinées et si peu citoyennes, et je voulais témoigner par ce court billet d’un exemple concret de ce laxisme insupportable, qui est certes le fait d’une minorité, mais qui fâche tous ceux, et j’en suis, qui observent  les règles du jeu en matière de gestion des déchets, parce qu’ils en approuvent le sens. Et dire que de telles dérives et inconséquences trouvent à s’appliquer dans bien d’autres domaines de la vie en société, et souvent de manière bien plus grave !  

Autant de coups de canifs dans le contrat du vivre ensemble, d’ailleurs de plus en plus bafoué…

Fait le 22 avril

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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