Points de vues du Gers Carnets

Le Cirque Trottola et le Petit Théâtre Baraque à Pau, avec Marc

Dans mon précédent billet (voir ci-dessous « Amuse-Bouches à Pau »), je précisais en conclusion que nous n’étions pas venus à Pau en ce début de février pour nous contenter de la vue des Pyrénées, et des visites du château et du Musée Bernadotte.

 Nous avions rendez-vous en fait avec l’art circassien, au travers d’un spectacle, « Matamore », donné en soirée sous chapiteau, par le Cirque « Trottola » et le « Petit Théâtre Baraque ». C’était aussi l’occasion de revoir Marc, qui est au sein de l’équipe le Chargé de production et de diffusion, et que j’ai connu lorsque ma vie professionnelle m’a conduit en Limousin.

Guiloui et Marc

Marc a fondé et dirigé à Nexon, au sud de Limoges, avec son compagnon Guiloui , un lieu de cirque contemporain qu’ils ont porté haut grâce à une exigence artistique admirable, au point d’obtenir de l’Etat en 2011  le label de Pôle National des Arts du Cirque. Ils m’ont appris à découvrir et à aimer le cirque actuel, et j’ai développé avec eux une relation fort cordiale, avant que mes éloignements géographiques successifs rendent plus rares nos rencontres, à mon grand regret.

Le cirque contemporain

Le cirque dit actuel ou contemporain est apparu dans les années 70 dans un contexte de déclin du cirque traditionnel. Ce dernier juxtapose les numéros sans lien logique (les dompteurs, les acrobates, les jongleurs, les prestidigitateurs, les clowns…), qui provoquent chez le public des émotions liées à la prouesse, à l’exploit, au danger, et qui se traduisent par de l’émerveillement, de la peur, du rire. Le cirque d’aujourd’hui, lui, se déroule comme un scénario qui du début jusqu’à la fin de la représentation cherche à faire sens, faisant rarement intervenir des animaux, s’appuyant sur un échange fécond entre des activités pluridisciplinaires (danse, théâtre, musique, sans exclure pour autant les performances physiques), créant une atmosphère et des émotions plus subtiles, plus poétiques que le cirque traditionnel, en usant de registres artistiques variés : le merveilleux, la provocation, la drôlerie, la parodie, l’absurde…

Fort de l’engouement rencontré, des écoles et des sites de cirque actuel se sont développées ici et là (je pense ainsi à Auch qui est depuis longtemps un lieu circassien exemplaire, où se déroule chaque année un Festival très fréquenté), pour être peu à peu mis en cohérence par l’Etat et les Collectivités locales, avec création du Centre National des Arts du Cirque de Châlons- en-Champagne (CNAC), qui,  après plus de trente ans d’existence, est devenu une référence nationale mais aussi internationale de la formation professionnelle aux arts du cirque. Il est présidé depuis 2013 par Martine Tridde Mazloum, une référence elle aussi, qui fut auparavant Déléguée générale de la Fondation BNP-Paribas, et qui  en tant que mécène s’était intéressée de près au Sirque de Nexon et à ses Directeurs, ce qui m’avait valu d’ailleurs à l’époque de la rencontrer.

Guiloui et Marc avant le cirque

Guiloui et Marc ont mené, et continuent à mener d’ailleurs, une belle aventure circassienne. Dans les années 80-90, Marc était comédien et co-fondateur de la Coopérative du Court-Métrage (actuelle Maison du Film Court), puis Chargé de production, de casting, programmateur de courts-métrages (Cinémathèque Française, Festival de Cannes, de Montréal, de Leipzig…).

Guiloui, lui, fut journaliste spécialisé en danse, une discipline à laquelle il vouait une passion sans borne. Ce qui lui vaudra d’occuper des postes d’administrateur, de chargé de production, d’attaché de presse auprès de diverses structures, dont la Maison de la Danse et la Biennale de la Danse de Lyon.

Leur point de convergence professionnelle sera Nexon, une petite commune de Haute-Vienne (2.500 habitants), lieu de naissance de Marc.

L'aventure de Nexon

Leur destinée professionnelle commune prend forme en 1986-1987, lorsque Annie Fratellini se laissa séduire par Nexon pour que soient accueillis là l’été son Ecole nationale du cirque (qu’elle a créée en 1974 avec son mari, Pierre Etaix, lui aussi amoureux fou du cirque) et ses stages d’initiation des arts du cirque ouverts aux enfants et adolescents. Le château du XVIIème, son parc (Marc enfant y joua souvent), son histoire l’enchantèrent, d’autant que le lieu, propriété du baron de Nexon, avant d’être acheté par la commune, fut un haras de renom, berceau de la race anglo-arabe, avec des chevaux qui remportèrent à l’époque de grands prix sur les champs de course.

L’année suivante, la ville confie au syndicat d’initiative de Nexon la gestion et la diffusion des stages d’été. En 1990, Marc lance la première manifestation culturelle organisée autour de ces stages : les Rencontres cinématographiques des films du cirque.

Deux ans plus tard,  Guiloui etMarc créent ensemble Les Arts à la Rencontre du Cirque afin de mettre en place une programmation artistique liée au thème du cirque pendant la période des stages (cinéma, expositions, spectacles, animations…).Un chapiteau de 420 places (24 mètres de diamètre intérieur, piste de 13,5 mètres) est  installé en 2001 de façon permanente dans le parc du château. La même année,  l’association Les Arts à la Rencontre du Cirque   est retenue  parmi les onze  lieux labellisés Arts de la piste par le Ministère de la Culture et de la Communication, et devient Pôle régional des Arts du Cirque de Nexon en Limousin.

En 2007, Les Arts à la Rencontre du Cirque prennent pour nom « Le Sirque », manière de souligner le symbole acrobatique du « S »et la pluralité du cirque contemporain. A l’occasion du dixième anniversaire du chapiteau permanent, le « Sirque » se voit attribuer en 2011, suprême consécration pour Guiloui et Marc, le label de Pôle National des Arts du Cirque (PNC), avec dix autres lieux, Nexon étant cependant le seul à être implanté dans une ville de moins de 8.000 habitants.

Cet historique un peu brut ne rend pas compte du foisonnant parcours de Guiloui et Marc tout au long de ces années, et de cette passion, de cette opiniâtreté, qu’ils ont mises au service du cirque contemporain, faisant de Nexon un haut lieu de cette discipline, tant dans le soutien à la création par l’accueil en résidence d’artistes et de compagnies de cirque, que dans la diffusion et la sensibilisation des publics, notamment scolaires et associatifs. J’en ai été le témoin admiratif, et nous avons même habité un moment dans la même commune à un petit kilomètre les uns des autres, et à 8 kms de Nexon. Je n’oublierai pas non plus les excellents moments passés sous chapiteau, au pied du château, à suivre au gré des saisons des spectacles de cirque exceptionnels, éblouissants de créativité, de magie et de féérie. Je me souviens aussi des splendides affiches de Nathalie Novi, graphiste de grand talent, qui jalonnaient chaque saison, et dont l’une couvre toujours un mur de notre maison.

"A' Tout Cirque"

J’ai créé par ailleurs  avec eux un club d’entreprises mécènes, « A’Tout Cirque », qui se voulait être un trait d’union entre le milieu économique local et ce Pôle d’excellence de la culture circassienne. J’avais pu pénétrer ainsi de plus près leur univers de travail et mieux me rendre compte de leur grande valeur professionnelle et personnelle, et je leur porte à ce titre  beaucoup de considération et d’estime.

Guiloui et Marc après Nexon

Je me suis éloigné d’eux en 2007 pour m’en aller vers d’autres horizons géographiques, tandis que Guiloui quittait en 2009 le « Sirque », suivi par Marc en 2013, tous deux rejoignant alors (le premier en qualité de Chargé de la Communication, le second de la Production) le Cirque « Trottola », dont le premier spectacle éponyme a été créé à Nexon après plus de cinq mois de résidence sur place en 2002. Mes deux amis sont désormais dans une itinérance de ville en ville (Pau en ce début de février, Clermont-L’Hérault en mars, Dijon, Vesoul en avril, Amiens en mai…), de pays en pays (Suisse, Autriche, Tchéquie), avec véhicule-bureau et caravane, qui les rend heureux de se retrouver ainsi  dans leur « famille artistique de cœur». Et si Marc était à Pau le temps des quatre représentations de « Matamore », Guiloui n’avait pu, lui, à mon regret, faire ce déplacement.

Le cirque "Trottola"

« Trottola » (mot italien qui veut dire toupie) a vu le jour en 2002 sous l’ancien chapiteau du Cirque « Convoi exceptionnel » sous l’impulsion de trois compères, Laurent Cabrol, et le duo Titoune  et Bonaventure, elle voltigeuse, lui son porteur, un colosse roux capable de tenir bien d’autres rôles sur la piste car doté d’un immense talent qui lui a d’ailleurs valu l’attribution en 2011 du Prix des Arts du Cirque par la Société des Auteurs Compositeurs Dramatiques (SACD). Il joue par ailleurs en solo depuis 2001 un monologue de clown-ogre, « Par le Boudu » (référence et hommage au personnage joué par Michel Simon dans le film de Jean Renoir « Boudu, sauvé des eaux » réalisé en 1932). Soit un clochard bourru, barbu, crasseux, un méchant, un tendre refoulé, un pauvre type qui s’en prend à tout le monde…Je n’ai pas vu le spectacle mais j’ai hâte qu’une opportunité de lieu et de date me le permette… 

. « Trottola » est à la fois le nom de la Compagnie et du premier spectacle donné qui fera l’objet de 300 représentations en quatre ans. Puis ce fut en 2007 « Volchok » (encore toupie, mais en russe cette fois), qui connaîtra les mêmes succès de fréquentation, sous un chapiteau tout neuf, la compagnie s’enrichissant à cette occasion de la venue du jongleur danois, Mads Rosenbeck, tandis que Laurent Cabrol partait vers d’autres horizons circassiens (la marionnette notamment).

"Matamore", avec le cirque "Trottola" et le "Petit Théâtre Baraque"

Troisième création : « Matamore», qui « tourne » depuis 2013, et qui associe pour la circonstance, et pour la première fois, le Cirque « Trottola » et le « Petit Théâtre Baraque » de Nigloo, une femme, et Branlotin, un homme. Ayant commencé leur parcours artistique dans la rue en 1977, ils ont derrière eux un vécu exaltant de pionniers dans le cirque, attachés à la tradition, mais curieux des évolutions apportées par le cirque contemporain. Nigloo et Branlotin ont créé notamment le Cirque « Aligre », qui deviendra le théâtre équestre et musical « Zingaro », où Bartabas les rejoindra, avant de récupérer la mise à son seul profit. Puis, ils construiront un petit théâtre ambulant de 32 places, « Le Tonneau » (eux au fond, le public au-dessus), qui deviendra le lieu de prédilection de leur travail, y produisant au fil des années quatre spectacles imprégnés de manière impressionniste par l’univers forain.

Dans une interview croisée que j’ai trouvée sur le net, Nigloo et Bonaventure disent leur plaisir réciproque avec « Matamore » de travailler ensemble, fort d’une amitié ancienne et du partage d’une même conception du cirque où il s’agit de privilégier dans le jeu fougue et spontanéité plutôt qu’une écriture trop léchée de premier de la classe. Il y a selon eux du grand guignol dans ce spectacle, du fantasque et du tragique tout à la fois, du drôle et du ridicule, car après tout les gens sur la piste c’est l’humanité tout entière qui joue à croire, tel le matamore, ce personnage de la commedia dell’arte vantard et fanfaron. Matamore comme m’as-tu-vu, le fier à bras qui se prend souvent les pieds dans le tapis.

Le spectacle

Une fois entré sous le chapiteau plein à craquer (330 places), avec beaucoup de jeunes, on est pris par l’atmosphère chaleureuse qui y règne, et on est prêt à s’émerveiller. Et on ne sera pas déçu ! La soirée fut en effet d‘une beauté et d’une poésie renversantes.

Au centre, une petite piste en contrebas d’un cylindre haut de 1,50 m., comme une arène, comme une fosse à fantasmes, où vont s’agiter pendant  1h40 cinq curieux personnages, impuissants comme nous à changer le monde mais qui ne s’en formalisent pas pour autant. Les scènes, où se mêlent dans une atmosphère étrange, inquiétante, et parfois même « surréalisante », prouesses techniques du cirque traditionnel et inventivité du cirque actuel,  sont tout à la fois hilarantes, tendres, absurdes, décapantes, insolites et fascinantes. Et bravo à ceux qui ont accompagné nos cinq artistes : les créateurs son et lumière, les techniciens de la régie générale et lumière, de la régie son, la costumière et bien entendu nos amis Guiloui et Marc.

Vu un main à main très acrobatique entre la fluette voltigeuse Titoune, les cheveux rouges coiffés mode pétard, l’air perdu, dont les saltos nous enthousiasment, et qui forme avec Bonaventure, qui la porte, un duo dans lequel elle est le diablotin lunaire et ailé, et lui une sorte d’hercule de foire, un géant brisant ses chaînes. A un autre moment, ce Bonaventure, largement tête d’affiche et clou de la soirée, soliloquera presque comme un dément, bavassant des mots incompréhensibles, faisant montre en cette occasion d’un jeu d’une puissance hallucinante.   

Vu un monstre-épouvantail  recouvert de papier-journal qui se fait déshabiller et « amputer » des mains par le fouet habile de Nigloo, dompteuse à moustaches. Laquelle s’en prendra aussi  à des bouquets de fleurs en papier posés sur le rebord du haut de la fosse (les premiers rangs n’en menaient pas large !).

Vu Mads, jonglant avec des pistolets, les faisant tournoyer avec dextérité, jeu d’enfant d’une extrême sophistication auquel on reprochera juste d’être un peu trop long.

Vu  un chien qui exécute des galipettes commandées par la voix ou un geste de son maître, étant entendu qu’à cette représentation il n’avait pas tout voulu mimer. C’est ainsi que lorsque son dresseur brandit avec les doigts un pistolet fictif et « tire » tout aussi fictivement sur l’animal, le gentil toutou refuse de s’allonger pour simuler sa mort, et il a fallu toute l’insistance de l’homme pour qu’il finisse par s’exécuter ! C’était tellement bien joué qu’on se demandait si l’indiscipline du chien ne faisait pas partie du numéro !

Vu grandeur nature un pantin disloqué à la tête macabre qui multiplie les contorsions à la barre fixe, manière peut-être de dire que l’acrobate humain est lui-même une sorte de pantin manipulable à l’infini, telle la marionnette  Polichinelle.

Vu un face à face de deux clowns, Branlotin et Bonaventure encore, qui au travers de déclarations grandiloquentes et fanfaronnes, s’invectivent et s’affrontent à qui mieux mieux, en cherchant désespérément de vraies raisons de se disputer et de se fâcher définitivement !

Je savourais vraiment ces instants en me disant que nous devrions fréquenter davantage ce genre de spectacle, tant il nous faisait du bien, et je crois n’avoir pas ri aussi fort et aussi souvent depuis bien longtemps, partageant cette hilarité avec tout le public, mais plus particulièrement avec un jeune garçon et une jeune fille handicapés, installés dans leur fauteuil roulant pas loin de moi, et qui montraient malgré leurs infirmités respectives leur bonheur d’être là. Je les ai regardés souvent, et  leur ravissement me rendait encore plus heureux ! 

Il y avait bien sûr beaucoup de messages, subliminaux ou pas, dans ce « Matamore », mais c’est à chaque spectateur de donner sa vision, son interprétation, et de dire les sensations qu’il a ressenties. Pour ma part, j’ai vu beaucoup d’humilité dans les gesticulations des uns et des autres sans que pour autant l’âme humaine ne s’en trouve découragée car l’espoir demeure assurément. C’est Titoune, qui ne parle guère sur la piste, qui a le mieux résumé la  situation : « Quoi qu’a dit ? –A dit rin ; Quoi qu’a fait ? – A fait rin ; A quoi qu’a pensé ? – A pensé à rin ; A’ xiste pas. »

Et j’emprunterai ma conclusion à un beau paragraphe contenu dans la présentation du spectacle dans le programme de la saison 2015-2016 d’Espaces Pluriels, la Scène conventionnée de Pau, à l’origine de la venue du cirque « Trottola » et du « Petit Théâtre Baraque » :

« Ces « matamores » déploient un cirque à cru, artisanal et brinquebalant, baigné de fanfares sans âge et de compositions insolites. Une galerie de figures fragiles et burlesques qui font trembler de peur, multiplient les jongleries, s’envolent dans les airs et défient la pesanteur. Et l’on s’empoigne méchamment du côté des clowns, bien teigneux et emplâtrés comme Fellini les aimait. Le cirque est là, familier et reconnaissable, tordu et magnifié dans son fondement. »

Fin de soirée

Notre soirée se poursuivit à la brasserie « Le Berry », une institution ici, pleine de monde ce jeudi 3 février à 22h lorsque nous sommes arrivés, preuve que Pau vit tard le soir. Avec Marc et notre couple d’amis du Gers, nous avons passé là un moment fort sympathique, autour d’une excellente assiette et d’un bon vin.

En rentrant à l’hôtel vers minuit, je me remémorais par bribes un texte poétique d’Annie Fratellini, extrait de l’Avant-Propos qu’elle avait écrit pour une réédition du livre « Le Cirque » (1) de Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947), écrivain et poète suisse :

« Les dernières paroles de mon père :

« Ferme la toile ».

Elle ne s’est pas fermée.

Il a pu ainsi s’envoler

Comme je voudrais le faire le moment venu.

Mais à chaque fois que je rentre dans ce rond de terre et de sciure

N’est-ce pas ce que je fais ?

Si un jour, je n’avais plus la sensation du mystère, du « sacré »,

Alors, oui, je m’envolerai. »

 

(1)    Le livre de Charles-Ferdinand Ramuz, « Le Cirque », est en fait une brève nouvelle, sous forme de récit populaire et de conte philosophique sur le rôle de l’artiste, porteur de sens et d’idéal. Dans une petite ville, toute une population s’ennuie. Pour tromper cet ennui, l’usage est de  faire un tour, le soir, dans la rue principale avant d’aller se coucher. Mais un jour surviennent la musique et les couleurs d’un cirque. Avec ses rythmes, ses images exotiques et sa vedette, Miss Anabella, la danseuse de corde… Chacun est alors emporté dans un autre monde, celui du rêve, de l’union, du partage, et de la joie.

Fait le 24 février

 

 

 

 

 

 

 

 

Amuse-bouches à Pau

Pau en général

Nous étions à Pau mercredi 3 et jeudi 4 février dernier, avec un couple d’amis. C’est une ville que j’apprécie. Ce chef-lieu des Pyrénées- Atlantiques, qui compte 80.000 habitants (150.000 pour la Communauté de communes) est tranquille, avec un charme un peu désuet, et offre depuis son balcon, le boulevard des Pyrénées, une vue exceptionnelle sur la chaîne éponyme. Et le soleil étant de la partie durant notre séjour, la montagne qui nous faisait face était resplendissante, d’autant que je l’ai eue dans mon viseur un bon moment en prenant mon café à l'Aragon, bar-restaurant panoramique de la ville situé sur ce fameux boulevard des Pyrénées.Au sujet de cette brasserie emblématique de Pau , refaite à neuf en 2014, un excellent ami d'origine béarnaise, qui vit dans le Gers depuis lontemps, me confiait qu'il y avait passé dans sa jeunesse d'excellents moments, à l'époque où l'établissement proposait des après-midis dansants...

Pau fut dirigée pendant 35 ans, de 1971 à 2006 par André Labarrère (1928-2006), homme politique proche de François Mitterrand, qui donna à cette cité ses lettres de noblesse et de modernité. Depuis 2014, c’est François Bayrou, autre figure de la vie politique française,  qui administre la Ville, et on le dit très présent dans la gestion des affaires municipales, d’autant qu’il n’a pour l’heure aucune responsabilité élective nationale (à l’exception de la Présidence de son parti, le MODEM), lui qui a pourtant bien occupé dans le passé la scène française des affaires publiques.  

Le château

Dans la journée, nous avons visité le château (photo ci-dessus), qui est Musée national depuis 1929. C’est là qu’est né le futur Henri IV, roi de France et de Navarre (1553-1610), avec pour mère Jeanne III d’Albret et pour père, Antoine de Bourbon, chef de la maison de Bourbon, descendant du roi Louis IX et premier prince du sang. C’est cette filiation qui fera d’Henri le successeur du roi de France Henri III en 1589, du fait de la mort de François d’Anjou, frère du roi, qui devait normalement accéder au trône.

Henri IV fut confronté aux guerres de religion qui durèrent  plusieurs décennies, jusqu’à la signature en 1598 de l’Edit de Nantes qui instaura progressivement la paix entre catholiques et protestants. Dans cette affaire, le rôle de pacificateur d’Henri IV ne fut pas toujours facile car il changea souvent de religion au gré des nécessités politiques, décidant lors de son accession au trône de se reconvertir définitivement  au catholicisme, sa religion de naissance, car la condition était  indispensable pour être reconnu comme le nouveau souverain. Henri IV fut aimé de son peuple mais mourut à 57 ans, assassiné par François Ravaillac, un catholique fanatique.

Le château fut d’abord une forteresse médiévale, rénovée au XIVème siècle par Gaston III de Foix-Béarn (1331-1391), seigneur féodal de la Gascogne et du Languedoc, poète et écrivain, dit Fébus, une déformation de Phoebus, nom latin qui veut dire « le brillant », et qui était donné à Apollon, roi du Soleil, de la Musique et des Arts dans la mythologie grecque. On dit que ce gascon s’était choisi ce surnom en raison de sa belle chevelure blonde, la couleur du soleil…

La bâtisse fut ensuite maintes fois remaniée par les successeurs de Fébus, avant d’être radicalement transformée dans l’esprit Renaissance par le roi Louis-Philippe (1773-1850), puis par Napoléon III (1808-1873).

Une visite sans grand intérêt

La visite du lieu n’offre pas un grand intérêt d’autant qu’elle a été conduite, le jour où nous l’avons faite,  par un guide qui n’a pas l’air de prendre au sérieux sa mission et qui se répandait à nos dépens en plaisanteries et jeux de mots du plus mauvais effet. Retenons les vastes proportions des pièces, notamment celles de la grande salle d’apparat, les beaux caissons des plafonds, les lustres de style hollandais, les bras de lumière en bronze doré, les tapisseries des XVII et XVIIIèmes siècles, la plupart provenant de la Manufacture des Gobelins, de magnifiques vases étrusques en porcelaine de Sèvres…Mais diable que les décors et les mobiliers XIXème sont tristes, sombres et trop chargés ! Une bonne initiative : l’ouverture du lieu à la création contemporaine et des visites-conférences de grand intérêt en partenariat avec la Société des Amis du Château.

Le musée Jean-Baptiste Bernadotte

Après le château de Pau, direction le Musée Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844), du nom de ce Maréchal d’Empire devenu Roi de Suède. Ses parents, de modeste condition, louaient un étage d’une maison du XVIIIème siècle, la maison Balagué, de construction typiquement béarnaise, en galets, briques et pierres de taille, avec galerie de bois sur cour.

Cette maison natale de Bernadotte devint donc à partir des années 35-40 un Musée dédié à sa vie et à son parcours exceptionnel. Après la guerre et pour le sauver des vicissitudes financières, le lieu et les collections devinrent la propriété pour moitié de la Ville de Pau et pour l’autre moitié de la couronne de Suède, et le classement en Monument Historique fut obtenu en 1953.

Je n’ai jamais vu un Musée aussi archaïque et vieillot ! La famille royale de Suède, qui vient ici régulièrement saluer la mémoire de son ancêtre, s’en est d’ailleurs émue. Et la décision a été prise d’entreprendre une réhabilitation d’envergure du Musée, le gros œuvre pour la Ville, l’aménagement, la scénographie, pour le royaume suédois.

Bernadotte mérite en effet un Musée plus digne, en rapport avec son prestige et sa place dans l’histoire.

A 17 ans, le béarnais s’engage dans l’armée et obtient le grade de sergent à la Révolution, puis en 1791 celui de général de division pour s’être distingué à plusieurs reprises. En 1797, il conduit en Italie 20.000 hommes pour y renforcer les positions de Bonaparte. En 1798, il est un éphémère Ambassadeur à Vienne, le temps quand même de faire la connaissance de Ludwig Van Beethoven, et de convoler en justes noces avec Désirée Clary, la première fiancée de Napoléon. Il devient ainsi le beau-frère de Joseph Bonaparte, l’aîné du petit corse, qui a épousé, lui,  la sœur de Désirée.

Ministre de la Guerre pendant quelques mois en 1799, il refuse néanmoins de participer au coup d’Etat du 18 Brumaire (9 novembre 1799), qui porte au pouvoir Napoléon Bonaparte. Il se ralliera à l’Empire en 1804 et obtiendra ainsi son bâton de Maréchal et le gouvernorat du Hanovre. Ses relations avec l’Empereur seront compliquées : il participera à certaines batailles, pas à d’autres, et sera parfois privé de son commandement par un Napoléon pas toujours content de ses faits militaires.

Vainqueur des prussiens en 1806, à Halle puis à Lübeck, Bernadotte prend soin de ses prisonniers suédois, une courtoisie qui s’avèrera fort opportune pour la suite de sa carrière. En effet, en 1810, alors qu’il est en semi-disgrâce, sa candidature, soutenue par Napoléon qui y voit un moyen de récupérer la Finlande annexée par la Russie, est pressentie pour être présentée à l’élection du nouveau prince héritier de Suède.

Bernadotte, roi de Suède

A la surprise générale, Bernadotte est élu à ce titre par la Diète (le Parlement) de Suède, là aussi avec l’assentiment de Napoléon, qui espère ainsi pouvoir compter avec son ancien Maréchal sur un solide allié dans le nord de l’Europe. Adopté par le roi en fonction, Charles XIII, Bernadotte devient régent du royaume et en réalité « roi-bis » en raison de la sénilité de son père adoptif.

Il renonce à la Finlande pour être en paix avec les Russes, mais veut récupérer la Norvège, danoise depuis trois siècles. Devant le refus de Napoléon de le soutenir dans cette entreprise, Bernadotte rompt avec lui, et refuse de l’accompagner dans la désastreuse campagne de Russie. En 1813, il participe à la coalition contre la France, remporte plusieurs batailles décisives, entre au Danemark, allié de la France, et l’oblige par le Traité de Kiel (1814) à céder la Norvège à la Suède. Lors des Cent Jours de Napoléon (1815), il engage son pays dans la voie de la  neutralité, et ne prend donc  aucune part dans la défaite et l’exil à Sainte-Hélène de l’Aigle français. 

A la mort de Charles XIII en 1818, Bernadotte devient le Roi des Royaumes Unis de Suède et de Norvège sous le nom de Charles XIV Jean, adoptant pour devise : « Que l’amour du peuple soit ma récompense ». Pendant vingt-six ans, il se consacrera activement au développement dans ses deux Etats de l’instruction publique, de l’agriculture, de l’industrie et du commerce.

La dynastie

C’est son fils Oscar, le seul enfant qu’il ait eu de Désirée Clary, qui lui succèdera en 1844. Et l’actuel souverain, Charles XVI Gustave (70 ans cette année) est le septième héritier de la dynastie des Bernadotte. Sa fille, Victoria Ingrid Alice Désirée, lui succèdera le moment venu. Elle sera la première reine de Suède, grâce à l’inscription en 1980 dans la Constitution suédoise du principe de l’égalité des sexes dans la succession, et à l’abandon en conséquence de la loi salique qui prévalait jusqu’alors en Suède, et qui réservait le trône aux héritiers mâles.

Une belle histoire qui mérite en effet qu’elle soit mieux racontée dans ce Musée de Pau. Et on peut faire confiance aux suédois, pétris de reconnaissance pour leur aïeul (ils sont paraît-il nombreux à venir ici), pour soutenir la volonté de la famille royale de leur pays de rendre à Jean-Baptiste Bernadotte dans sa maison natale  un hommage plus éclatant, plus vibrant, car l’homme eut un parcours vraiment hors du commun qui force le respect et l’admiration.

Mais nous n’étions pas venus à Pau pour contempler les Pyrénées, visiter le château et le musée Bernadotte, même si j’ai  pris goût à ces amuse-bouches, car de passage dans une ville je suis toujours gourmand de son identité, de son patrimoine, de son histoire et de la vie de ses illustres citoyens.

C’est un rendez-vous d’une toute autre nature qui nous attendait, et je dirai lequel dans mon prochain billet.

Fait le 16 février

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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