Points de vues du Gers Carnets

Philosophie par-ci, musique par-là

J’ai eu l’occasion dans un billet ancien d’évoquer les activités de l’Atelier Barrannais, une association sise à Barran, une commune de quelques 700 habitants, qui se trouve à cinq minutes de mon domicile.

L’Atelier Barrannais

Créé en 2008, l’Atelier, qui a depuis l’origine la même Présidente, qui fait montre de beaucoup de dynamisme et de dévouement,  propose de nombreuses occupations à ses 180 adhérents, majoritairement des femmes.

Au programme des ateliers gratuits : rencontres autour d’un livre, cours d’espagnol et d’anglais, conversations en gascon, atelier informatique (au demeurant très couru, et j’y ai participé un moment), dessin, patchwork, couture. Et à titre payant des stages d’aquarelle, de scrapbooking, de broderie blanche, de peinture acrylique, de peinture décorative sur objets en bois, et un atelier de sculpture sur pierre.

Une chorale s’est aussi constituée récemment qui compte une trentaine de chanteurs placée sous la direction d’un professeur de musique.

Un  blog accompagne les projets de cette association, et on y trouve notamment des conseils fort utiles pour mieux appréhender certaines ressources informatiques : comment mettre du son à son diaporama, comment utiliser un forum, comment recadrer une photo avec Picasa…

La vitalité de l’association n’est plus à prouver car la fréquentation des différentes activités est tout à fait satisfaisante. Et la journée Portes ouvertes qui s’est déroulée en septembre 2015 est également là pour en témoigner.

Je suis le premier à applaudir à de telles initiatives en milieu rural, au sein de ces petits villages où il est si difficile de maintenir une vie locale, les commerces, les écoles, les services publics, fermant les uns après les autres.

Alors bravo à l’Atelier Barrannais pour avoir fédéré autour de son pôle d’animations jeunes et moins jeunes, retraités et actifs, hommes et femmes. De quoi recréer du lien et de la solidarité entre les uns et les autres à un moment où le repliement sur soi, l’égoïsme, l’indifférence, mettent à mal l’esprit d’entraide et l’appartenance à une communauté.

Découverte de la philosophie

Nouvelle corde ajoutée à l’arc de l’association : un atelier de « Découverte de la philosophie ». J’ai assisté aux deux premières séances qui ont accueilli à chaque fois une bonne vingtaine de participants, dont beaucoup n’avaient jamais jusqu’alors approché de près les questionnements philosophiques. Voilà que l’occasion leur est donc offerte de se défaire de leurs préjugés qui voudraient que la philosophie, comme la littérature ou la musique classique, ne soient pas pour eux, considérant à tort que ces disciplines sont réservées aux « sachants ».L’encyclopédiste Diderot disait déjà au XVIIIème siècle, celui des Lumières : « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire.»

La Présidente a su dénicher pour la conduite de cet Atelier (une session par mois) un jeune enseignant en philosophie,qui a fort bien animé les deux premières rencontres et a su d'ores et déjà passionné son auditoire, qui en redemande ! Il fut l'élève d’André Comte-Sponville, un philosophe disciple d’Epicure, des stoïciens, de Montaigne et de Spinoza, et eut pour Directeur de mémoire Jean Toussaint Desanti (1914-2002). Ce dernier était un philosophe des mathématiques, proche du psychanalyste Claude Lacan (1901-1981), et qui eut pour élèves, entre autres, de grands philosophes comme Michel Foucault (1926-1984) et Louis Althusser (1918-1990). Desanti a donc aussi formé à la philosophie notre intervenant , notamment à travers l'étude d'Edmund Husserl (1859-1938), philosophe autrichien puis prussien, fondateur de la phénoménologie (une méthode d'analyse qui "retourne aux choses elles-mêmes", et qui cherche comment les phénomènes apparaissent à la conscience.)

Le bonheur selon Rousseau, une thèse contestable

A l’ordre du jour pour ces deux premières fois : un texte de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), extrait de « Emile ou de l’éducation», où le philosophe autodidacte (il s’est élevé à la philosophie par ses lectures) affirme haut et fort que l’homme est né bon, et que c’est la société qui l’a corrompu. Il faut donc selon lui que l’éducation « colle » au mieux avec les mouvements de la nature. Dans cet esprit, l’éducation doit être « négative », au sens où elle ne donne pas les vertus mais prévient des vices.

C’est au contact de la nature donc, dans cet état primitif, et dans nul autre, que l’individu peut trouver un équilibre entre ses désirs et ses capacités à les assouvir, la condition étant de savoir définir les uns et les autres. Trop de désirs nous rendraient  « misérables » dans la mesure où ils ne pourraient être satisfaits si nous n’avons pas de facultés suffisantes. Manquer de désirs au regard de notre puissance disponible, nous empêcherait a contrario de jouir pleinement de tout notre être. La sagesse, le bonheur, c’est donc de parvenir à l’égalité parfaite de la puissance et de la volonté. « C’est alors seulement que, toutes les forces étant en action, l’âme cependant restera paisible, et que l’homme se trouvera bien ordonné ».

Je ne partage pas les considérants de ce traité d’éducation, qui exerça néanmoins une forte influence sur son temps. A mes yeux, l’homme ne doit pas se satisfaire de cette sagesse rousseauiste qui semble vouloir lui dire : « résigne-toi », « contente- toi de ce que tu as », « ne cherche pas à sortir de ta condition ».Le philosophe donne le sentiment de vouloir étouffer l’esprit d’initiative. Les grandes et belles choses ne peuvent pourtant s’accomplir que lorsque l’homme se surpasse, se transcende, avec ce que cela suppose de rêves, d’audace, d’ambition, de folie parfois. Et peu importent les échecs. Il faut recommencer et recommencer encore. C’est dire que dans de telles situations, il ne s’agit pas de se montrer étriqué, frileux, prudent, au motif que l’équilibre puissance-volonté nous le commande ! Si les pionniers de l’aviation s’étaient ralliés aux thèses de Jean-Jacques Rousseau, ils n’auraient jamais pris le risque fou de chercher à imiter le vol des oiseaux, soit un désir tellement supérieur à leurs facultés, et de faire décoller, et décoller encore et toujours, quelques mètres durant, et pour de toutes petites hauteurs, les premières machines volantes, annonciatrices des avions d’aujourd’hui.

Résonnent dans ma tête en cet instant quelques belles sentences de Jacques Brel à qui on n’aurait pu demander de rester «près de sa condition naturelle », lui qui a tant osé : « Le talent, c’est de réaliser un rêve. Tout le reste n’est que sueur et discipline. », ou : « Les hommes sont souvent malheureux parce qu’ils n’assument pas leurs rêves », ou encore : «Je hais la précaution, je hais la prudence », « Les infirmes, ce sont les hommes prudents ». 

Prochain rendez-vous de l’Atelier Philo le 13 mai autour d’un texte du philosophe Henri Bergson (1859-1941), extrait de son livre « L’énergie spirituelle »,  qui sera l’occasion de réfléchir au sens de la vie, et au rôle de la joie dans l’épanouissement de l’individu.

« Apprendre à philosopher », une collection du journal « Le Monde »

Concordance de temps : le quotidien « Le Monde » édite actuellement, semaine par semaine ,une collection « Apprendre à philosopher » qui, ouvrage après ouvrage, passera en revue les idées des grands philosophes pour nous aider à mieux comprendre le monde d’aujourd’hui. L’intérêt de cette édition n’est pas de nous livrer le texte brut de ces penseurs mais de commenter leurs réponses aux interrogations qu’ils ont soulevées sur les grands enjeux de l’humanité. Les premiers numéros : Platon (déjà en ma possession), Nietzsche, Descartes, Aristote, Voltaire, Kant, Socrate…

Soirée musicale, Cécile Fornerod, formation, parcours, Alain Paul Gaillot

Côté musique, une belle soirée ce 2 avril dernier en l’église Sainte-Marie de Mirande (affiche ci-dessus), ville sous-préfecture du Gers, à vingt minutes de la maison.

Se produisait là à la tête d’un chœur la professeure de chant classique de mon épouse, Cécile Fornerod, une jeune chanteuse soprano lyrique. En fait, ce chœur est au nombre des initiatives impulsées par l’Association Intercommunale de Développement culturel de Mirande et des environs, créée en 1998 sous le joli nom de "Campagn'art". Ainsi, comme à Barran, on se préoccupe ici de faciliter l’accès à la culture des populations rurales au travers de la musique, du chant donc, mais aussi du théâtre, et de la pratique des arts plastiques.

Cécile Fornerod est née à Auch et vit du côté de Bassoues, une petite commune charmante du Gers connue pour son caractère typiquement médiéval (fortifications, donjon du XIVème, halle…).Elle eut de qui tenir puisque son grand-père suisse fut artiste lyrique et Premier Prix de chant à l’Opéra de Paris. Et sa grand-mère, elle, fut petit rat, chanteuse, et travailla avec la grande Maria Callas.

Après avoir réussi les auditions d’entrée au Conservatoire de Toulouse et de Montauban, elle choisit de travailler durant trois années dans le chef-lieu du Tarn-et-Garonne avec Jean-Marc Andrieu, un amoureux de musique ancienne, chef de chœur et d’orchestre qui joue de la flûte à bec. Depuis 25 ans, il est à la tête  des « Passions », une formation baroque qu’il a créée, et en prolongement de laquelle il a initié depuis peu le Festival des Passions baroques de Montauban, en même temps qu’il dirige le Conservatoire de la ville.

Elle suit alors des Masters Class pour se perfectionner en musique baroque et en bel canto, ainsi qu’une classe de direction. Encouragée par ses professeurs, Cécile Fornerod rentre major de sa promotion à Paris au Conservatoire Mozart, où elle développe ses talents pour la musique sacrée et la mélodie française du XIXème siècle. Dès la première année, la voilà engagée comme soliste pour interpréter les Vêpres solennelles de Mozart sous la baguette de Jérôme Kaltenbach, un homme que nous avons connu en Limousin dans les années 2000. Outre une brillante carrière de chef d’orchestre, il a transformé près de Limoges, à Villefavard, un village de 150 habitants, une ferme familiale en un lieu musical prestigieux, le dotant d’une salle de concert de 300 places pourvue d’une acoustique exceptionnelle, fruit du travail d’un acousticien chinois considéré comme l’un des meilleurs au monde. Nous avons régulièrement fréquenté cet endroit lorsque nous étions installés dans cette région, et notre dernier domicile en Haute-Vienne n’était d’ailleurs qu’à une douzaine de kms de la Ferme de Villefavard.

Après cette prestation mozartienne avec Jérôme Kaltenbach, Cécile Fornerod enchaîne de nombreux concerts de musique sacrée avec orgue, piano, ou encore accompagnée par l’Orchestre de Chambre de Toulouse. En 2006, elle est premier rôle dans un opéra-bouffe de Charles Lecocq (1832-1918), présenté au théâtre de Castres. Pour mémoire, le plus grand succès de ce compositeur fut « La fille de Mme Angot », qui est encore aujourd’hui une œuvre souvent jouée. La même année, elle fonde avec Alain-Paul Gaillot, son compagnon, pianiste (il a commencé à apprendre le piano à partir de l’âge de 7 ans) et compositeur, le chœur de chambre « Excelsis » qui interprète des créations originales de celui-ci, messes, Stabat Mater, Requiem, motets sacrés, ou encore pièces a cappella créées par exemple  à partir de poèmes de Baudelaire ou Verlaine. Le couple travaille donc en synergie, soucieux de tendre à l’excellence avec les huit chanteurs d’ « Excelsis ». De 2006 à 2014, la soprano va aussi créer et diriger le chœur des Petits Chanteurs de Saint-Fris qui a regroupé des jeunes de 7 à 15 ans de la commune de Bassoues et des environs.

En 2009, Cécile Fornerod obtient le Diplôme d’Etudes Musicales (DEM) Chant, délivré par le Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, avec mention Très Bien et félicitations du jury pour l’interprétation qu’elle a donnée devant lui de l’air de la comtesse dans « Les Noces de Figaro » de Mozart. Elle crée « dans la foulée » sa classe de chant dans le Gers (ce sont huit de ses élèves qui constituent le chœur « Excelsis »), tout en poursuivant sa carrière de soliste. L’occasion nous avait d’ailleurs été donnée de l’entendre il y a quelques années à la cathédrale de Lectoure où elle interpréta avec grand brio plusieurs airs célèbres d’opéra.

De 2011 à 2015, la chanteuse accepte la « sous-direction » du chœur des élèves du lycée Saint-Jean de Lectoure, qui dispose ici dans le Gers d’une excellente réputation, liée notamment à son ancienneté (plus de quarante ans d’existence) et à la qualité de ses chefs de chœur successifs.

Le concert de Mirande

C’est en 2010 que l’aventure chorale « Campagn’art » démarre. Ce soir de concert à Mirande, l’église est pleine (280 entrées payantes auxquels il faut ajouter tous les jeunes accueillis gratuitement), et le programme concocté par Cécile Fornerot fort séduisant. En ouverture, par des cuivres solo (trompettes, trombone, tubas) le « Canon de Pachelbel », en ré majeur, une pièce de musique de chambre baroque écrite par le compositeur allemand Johann Pachelbel (1653-1706). Puis, quelques brefs morceaux interprétés par le chœur et son énergique directrice : du Anton Bruckner, musicien autrichien (1824-1896), du Georg Friedrich Haendel (1685-1759), compositeur allemand devenu ensuite anglais, dont j’aime beaucoup les musiques royales, les concertos  et son « Messie », et une création de Alain Paul Gaillot, « En sourdine » que j’ai aussi très appréciée. Le compagnon de Cécile Fornerot sera d’ailleurs souvent à l’honneur lors de cette représentation, avec une improvisation à l’orgue à partir d’une autre de ses œuvres, un chant choral appelé « C’est un grand heur », et « La marche du roi Olaf » interprétée par les cuivres et timbales. En clôture, dans une parfaite communion chœur-cuivres-timbales-orgue, « Les funérailles de la reine Mary» (il s’agit de la reine d’Angleterre et d’Irlande Mary II, qui régna de 1689 jusqu’à sa mort en 1694). L’oeuvre a été composée par Henry Purcell (1659-1695), qui compte parmi les plus grands compositeurs anglais, et elle a servi de générique au film « Orange mécanique » de Stanley Kubrick (1972).

Cécile Fornerod est une personnalité attachante qui fonctionne beaucoup à l’affect, tant elle est sensible. Elle n’aime pas la compétition et apprécie de travailler dans la bonne humeur avec des gens qu’elle aime. Ce qui ne l’empêche pas d’être exigeante, dégageant une force d’entraînement puissante qui conduit les choristes qu’elle dirige à donner le meilleur d’eux-mêmes, et on l’a vérifié au cours de cette soirée. Ce qui lui a valu d’ailleurs les applaudissements prolongés de ce public venu nombreux. Une grande satisfaction aussi pour la Fondation du Patrimoine, la recette du concert devant aider au financement de la restauration de l’église de Mirande (principalement des travaux de confortement, notamment du clocher), un bel édifice gothique méridional du XVème siècle classé Monument historique en 1921.

Le goût et la passion de chanter sont venus naturellement à Cécile Fornerod. Adolescente, elle poussait la chansonnette dans les bars. Un jour, elle fut remarquée pour la qualité de son chant par celui qui deviendra plus tard son compagnon. Alain Paul Gaillot, qui avait créé son premier concerto à 13 ans, lui proposa aussitôt de chanter ses propres compositions. La route de la future soprano était tracée. Ne lui restait plus qu’à se former (voir plus haut), et c’est au Conservatoire de Montauban qu’elle retrouva l’homme qui l’avait repérée et qu’elle ne quitte plus depuis. Une rencontre qui fut un autre signe fort de sa destinée !

Et lorsqu’on l’interroge sur ses goûts musicaux, c’est lui qu’elle cite en premier (notamment pour son « Requiem » et son « Adoramus-te »), et seulement après les grands baroqueux et les compositeurs de mélodies du XIXème, tels Ernest Chausson (1855-1899) et Reynaldo Hahn (1874-1947). C’est dire la symbiose musicale du couple !   

Fait le 8 avril

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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