Points de vues du Gers Carnets

Ma nomination de Délégué du Gers de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité

Dans un billet de septembre 2015 (« Choisir sa mort »), j’avais longuement évoqué les enjeux de fin de vie et l’action menée par l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) pour obtenir que chacun, en conscience, et pour lui seul, puisse choisir les conditions de sa propre mort, dont une aide active à mourir quand la vie n’est plus que de la survie.

Aujourd’hui, la législation de notre pays n’offre pas cette liberté, qui est pourtant réclamée par 90 % des français, et s’avère très en retard, ne serait-ce que par rapport aux exemples de nos voisins belges, néerlandais, luxembourgeois et suisses.

Mon billet de septembre faisait suite à la venue à Auch du Président de l’ADMD, Jean-Luc Romero, qui présenta notamment  son dernier ouvrage, « Ma mort m’appartient ». J’avais été séduit par son discours et avais aussitôt adhéré à l’association.

Et quand le  poste de Délégué du Gers de l’ADMD s’est trouvé vacant peu après, j’ai posé ma candidature. Ce qui m’a valu début mars dernier de passer à Paris une journée entière de formation , rencontrant successivement les principaux collaborateurs de l’association (dont j’ai pu vérifier depuis leur excellent niveau de compétences), et je fus nommé par les administrateurs de l’association lors de leur Conseil du 21 mai dernier. Je suis ravi de cette désignation, d’autant que je partage depuis longtemps la philosophie de l’ADMD, étant le premier à souhaiter « éteindre la lumière » moi-même, avant que la déchéance ne s’empare de mon esprit et/ou de mon corps (Montaigne : «La mort la plus volontaire est la plus belle»).

Et la valeur humaine et éthique de cet engagement me motive tout particulièrement. J’ai conscience en même temps que cette mission est délicate et qu’il me faut l’aborder avec toute la diplomatie nécessaire et dans le respect des convictions de chacune et de chacun. Il arrive d’ailleurs que les militants de l’ADMD soient traités, abusivement, d’ « ayatollahs » de l’euthanasie (mot qui d’ailleurs vient du grec ancien qui voulait dire « bonne mort »), et accusés de vouloir accélérer la mort de tout le monde. Nous  demandons une IVV (interruption volontaire de vie), qui soit scrupuleusement définie par la loi, cela va de soi, un combat qui s’inspire du même principe que celui qui a prévalu dans la lutte des femmes pour faire reconnaître l’IVG, l’interruption volontaire de grossesse : disposer de son corps comme on l’entend, car on en est propriétaire. Nous devons donc mettre la même détermination dans notre revendication que celle de ces femmes qui furent à la pointe de l’enjeu IVG et qui n’ont pas manqué d’être insultées copieusement. Il aura fallu le Manifeste de 343 grandes figures féminines en 1971, qui fit grand bruit, pour parvenir fin 1974-début 1975 à la loi Veil qui dépénalisa l’avortement pour les grossesses des dix premières semaines (14 depuis 2001).

Mon rôle sera de relayer et d’appliquer ici la stratégie voulue par les instances nationales de l’ADMD. Et aussi d’accroître la représentativité de l’ADMD dans le Gers, via le développement du nombre de nos adhérents, et sa notoriété. Il m’appartiendra également de mieux informer les gersois de ce que la loi autorise en matière de fin de vie et de mener les actions de lobbying nécessaires auprès des élus locaux (parlementaires principalement) afin de faire évoluer celle-ci dans le sens voulu par notre association, c'est-à-dire par la reconnaissance de l’euthanasie et du suicide assisté. L’espérance pour beaucoup est d’obtenir, grâce aux directives anticipées déposées, une fin digne et apaisée dès lors que  les souffrances endurées sont insupportables et réfractaires aux traitements, qu’elles sont dues à une maladie grave et incurable avec un pronostic vital engagé à court terme et qui a pour conséquence un état décérébré et/ou végétatif.

L’ADMD a publié une brochure d’une dizaine de pages, « Témoignages », où 35 amis ou membres de l’association font part de leurs engagements, tous aussi touchants les uns que les autres, en faveur du droit de mourir dans la dignité. Au hasard, les mots de l’une d’entre elles : « Ma mère est morte à 67 ans, après six mois de descente aux enfers, désolée de me laisser à moi sa fille unique, le souvenir d’une femme portant des couches, tétraplégique, perdant la boule par moments, état dû à des tumeurs cérébrales inopérables. Je me suis promis de ne jamais imposer à quiconque ce type de dégradation humiliante. De ne pas vivre pareil cauchemar. »

Voilà donc une mission bénévole (sauf remboursement des frais par le siège) qui va beaucoup m’occuper et ralentir sans doute mes autres activités, dont le suivi de mon blog, lequel comptera quatre ans d’existence dans trois mois et demi, avec déjà 200 billets rédigés, celui-ci compris (je n’en reviens pas moi-même !), et  145.500 pages consultées depuis sa mise en ligne (soit en moyenne un peu plus d’une centaine de pages ouvertes chaque jour depuis la création du blog) ).

 Pour être efficace dans ma nouvelle responsabilité, il va me falloir d’abord me montrer beaucoup plus performant dans le maniement des outils de communication, et apprendre ainsi à tweeter (gazouiller en français), à « facebooker », que sais-je encore… Je m’évertuerai par ailleurs à entretenir avec la presse locale des relations suivies, condition sine qua non pour disposer d’une couverture médiatique satisfaisante. Je vais m’employer par ailleurs à réunir par zones géographiques les adhérents afin de faire leur connaissance et de les entendre. Je structurerai une équipe, de manière à être bien épaulé et à partager les responsabilités. Je rencontrerai aussi les interlocuteurs politiques, institutionnels ou associatifs qui ont à voir avec les enjeux de fin de vie et avec lesquels nous cultiverons une coopération de bonne intelligence.

Selon un programme qui sera discuté et arrêté chaque année avec les adhérents, nous ferons en sorte d’être présents sur des forums ou des salons en rapport avec notre objet (par exemple forum des associations, salon des seniors…), et nous essaierons de tester l’idée d’une permanence périodique (une fois par mois ?) pour recevoir des personnes en recherche de contacts et d’échanges  sur la fin de vie. Nous organiserons des réunions d’information en direction de publics concernés, avec parfois des invités ayant des expertises ou des éclairages utiles à notre réflexion. Les jeunes feront partie de ces publics (l’ADMD possède d’ailleurs une Section Jeunes, qui est déjà déclinée dans un certain nombre de départements), et certains lycées ouvrent leurs portes ici et là  à l’ADMD. Il n’y a pas que les anciens à être sensibles à ces questions. Les jeunes générations ont aussi à s’en préoccuper car ils connaissent souvent autour d’eux des cas de parents, de grands parents, ou d’autres membres de leurs familles, victimes de handicaps  très profonds. Ils peuvent eux-mêmes se retrouver dans cette situation à la suite d’un accident. Le débat pourra  aussi se faire à l’occasion d’un film ou d’un livre qui aborde le sujet de la fin de vie, et il n’en manque pas, comme j’ai pu le constater depuis que je m’informe davantage et un peu partout sur cette belle cause (je parcours par exemple depuis quelques jours les 211 pages ( !) du blog de l'ADMD ou le blog du Président Romero , sources l’un comme l’autre  d’ inestimables informations, notamment sur la vie des délégations).

J’ai aimé un film récent (2015), « La dernière leçon », de Pascale Pouzadoux, inspiré du livre éponyme de Noëlle Chatelet, Présidente du Comité d’Honneur de l’ADMD, femme de lettres et universitaire, sœur de Lionel Jospin, dont la mère, Mireille, une femme militante, avait décidé à l’âge de 92 ans de mettre fin à sa vie avant que n’apparaissent des signes avancés de sa « décrépitude ». Le livre (Prix Renaudot des Lycéens en 2004), comme le film, (on trouve le premier dans la collection de poche « Points » du Seuil -6,70 €-  et le second en DVD – autour de 10 €) racontent cette histoire émouvante, grave et drôle à la fois. On rit et on pleure à volonté, et on est sous le charme de la merveilleuse et fusionnelle complicité qui unit mère et fille, jouées si bien à l’écran par Marthe Villalonga et Sandrine Bonnaire (dans le livre, la narratrice écrit : « Les jours passaient et j’apprenais. J’apprenais combien la mort est vivante »). « La dernière leçon » : celle qui manquait à la fille et que lui inculque sa mère : comment apprivoiser la mort. Je n’ai cessé de penser durant la projection à ma mère, partie à 31 ans, en 1956, emportée par une leucémie, en me disant qu’elle aura eu une fin de vie terriblement  injuste au regard de la brièveté de son existence, et qu’elle n’aura donc pas eu la « chance » de se trouver dans la même situation d’âge et de vieillesse que la mère de Noëlle Chatelet et Lionel Jospin.

La semaine écoulée a été l’occasion d’une mobilisation nationale de l’ADMD par une présence des adhérents des délégations départementales sur plus de 130 marchés de France, manière d’aller à la rencontre des uns et des autres et d’échanger avec eux sur ces questions de fin de vie.

Nous étions pour notre part samedi 28 mai sur le marché d’Auch, en haute ville, parvis de la cathédrale, de 9 à 12h30 (photo ci-dessus, où je suis l'homme tout de bleu vêtu). Ce fut pour moi un « baptême du feu ». J’avais à mes côtés une équipe d’adhérents motivée et nos contacts avec la population ont été dans l’ensemble de fort bonne qualité.

Je me rendis l’après-midi à une réunion organisée par ma collègue ADMD du Lot-et-Garonne à Nérac, ville  de 7.000 habitants, proche de Condom, connue pour son château Renaissance où vécut avec sa Cour Jeanne d’Albret (1528-1572), la mère du roi Henri IV (1553-1610), reine de Navarre de 1555 à sa mort.

C’est d’ailleurs dans la cave du château, la salle des Ecuyers, qu’eut lieu cette rencontre qui réunissait une cinquantaine de personnes. En ouverture, un film documentaire de vingt-huit minutes, « Vivre avec l’euthanasie », réalisé par Quentin Van de Velde,  qui évoque la situation en Belgique, Etat qui a légalisé ce mode de fin de vie depuis 2002 pour les patients majeurs comme mineurs, sous réserve que ces derniers soient dotés de la capacité de discernement, conscients au moment de la demande et se trouvant dans une situation médicale sans issue (à noter que la loi belge ne vise pas expressément le droit à l'aide au suicide. Mais lorsque les conditions du droit à l'euthanasie sont remplies, l'assistance à l'auto-délivrance procurée par un médecin selon la procédure prévue par l'euthanasie est légale).

Dans ce film, des médecins hospitaliers ou généralistes, des personnels de santé, témoignent de leurs expériences, sachant que là-bas une clause de conscience leur est reconnue  s’ils ne souhaitent pas appliquer la loi. Un médecin traitant parle de partage à propos de la préparation du patient à son départ. Un prêtre-écrivain considère, lui, qu’il s’agit d’une préparation de la « mise au monde de la mort ». C’est le malade lui-même qui choisit les modalités de sa fin de vie : injection dans la veine ou boisson à base de barbituriques. L’euthanasie peut se pratiquer au domicile, et c’est alors le médecin du patient qui s’occupe de la procédure et de la fourniture en pharmacie du produit. Des cycles de formation, auxquels participent des représentants des courants philosophiques et religieux, sont proposés aux médecins et aux infirmiers pour les aider à gérer les relations avec les personnes qui ont demandé le recours à l’euthanasie.

Du côté des familles, les témoignages se recoupent pour dire combien le départ de l’un de leurs proches, père, mère, conjoint,  s’est fait rapidement, sereinement et paisiblement. L’un d’entre eux en profite pour dire que lui-même ne veut pas assister à sa propre déchéance, et qu’il entend bien user de l’euthanasie avant de se retrouver dans cet état.

Ce film permet d’approcher l’euthanasie sous un angle différent qu’un acte de mort,  permettant notamment aux personnes atteintes de maladies graves et incurables d’envisager une nouvelle approche de l’existence et du temps qui leur reste à vivre. Ce sont eux qui prendront la décision finale au moment où ils l’auront décidé (ils ont été 1.800 à le faire en Belgique en 2013), restant acteurs de leur vie jusqu’au bout. Un bel hommage est par ailleurs rendu aux équipes médicales qui par un geste d’une humanité profonde assument jusqu'au bout leurs responsabilités. Après cette projection, les questions fusèrent et un riche débat s’installa. Des échanges qui m’ont beaucoup appris.

NB Mon email dédié à ma fonction de Délégué ADMD du Gers : admd32@admd.net 

Fait le 29 mai

Musique, cinéma

Deux belles soirées récentes :

Piano : Liszt, Beethoven, à Lectoure

Le lundi 9 mai à la cathédrale Saint-Gervais-Saint Protais de Lectoure : un récital de piano donné par un artiste d’origine bulgare, Ventzislav Dimitrov Davenci (photo ci-contre), un rendez-vous que m’avait signalé la Présidente de l’Atelier Barrannais (il se trouve que le jeune professeur de philosophie qui intervient dans le cadre des activités de cet Atelier –voir mon billet d’avril dernier, « Philosophie par-ci, musique par-là » - est un ami de ce musicien).

Je ne connaissais pas ce pianiste, et n’avais jamais eu l’occasion de l’entendre bien qu’il se soit installé dans le Gers il y a longtemps, et depuis peu à Lectoure. Il a achevé ses études de piano au Conservatoire Rimski- Korsakov de Saint-Pétersbourg auprès de Vladimir Nielsen (1910-1998), l’un des plus grands pédagogues de l’école russe et lui-même brillant pianiste. Pendant 60 ans, iI formera ainsi dans ce Conservatoire plusieurs centaines de pianistes, et quelques géants, comme Tchaïkovsky (1840-1893), Prokofiev (1891-1933), Chostakovitch (1906-1975)…

J’ai pu apprendre dans mes lectures sur le net que  Dimitrov Davenci  s’est pourtant produit tout au long de ces dernières années dans le Gers,  ici à Pavie (novembre 2009), là à Marciac (avril 2013), ou encore à Mirande (juillet 2014), qu’il  aime d’ailleurs concourir à la diffusion de la musique classique dans nos petits villages, qu’il donne des cours de piano et de chant (j’ai lu quelque part qu’il avait le projet de créer une chorale), et qu’il aime Bach et les compositeurs romantiques, à commencer par le premier d’entre eux, Beethoven.

Quelle déception pour ce qui concerne le public venu  l’écouter ce 9 mai au soir dans cette immense cathédrale (21 mètres de largeur et de hauteur de voûtes, pour une longueur de nef de 74 mètres de la porte d’entrée au chevet) : très, très, très peu de monde !! Une quinzaine d’adultes présents en tout et pour tout. Heureusement, il y avait là aussi des collégiens de Saint-Joseph de Lectoure, où le chant choral est une discipline à part entière.La ville a d'ailleurs une vraie tradition dans ce domaine puisque de son côté le lycée Saint-Jean de Lectoure compte dans ses rangs depuis plus de quarante ans une chorale fort appréciée dans notre région. Il  eut par ailleurs dans les années 80 une élève prestigieuse en la personne de Béatrice Uria Monzon, célèbre cantatrice, qui n’a jamais oublié son passage sur les bancs de cet établissement scolaire puisque c’est là qu’elle  fut initiée au chant et révéla ses dons de mezzo-soprano.

D’entrée, avec une assistance aussi clairsemée, et un froid humide qui nous saisissait progressivement, on pouvait craindre le pire…Et la première partie du concert confirmait cette appréhension. Non pas en raison de la production du pianiste, qui fut excellente, mais parce que l’acoustique de la cathédrale était déplorable et contrariait les notes du Yamaha blanc de Dimitrov Davenci. L’œuvre choisie n’était pas non plus facile en la circonstance car il s’agissait d’une transcription pour piano seul du poème symphonique des « Préludes » de Franz Liszt (1811-1886), compositeur et pianiste virtuose hongrois, et il est vrai que les conditions environnantes en cette enceinte religieuse ont desservi le jeu et le talent de l’interprète.

J’en étais désolé pour lui car j’avais le sentiment néanmoins d’être en présence d’un musicien de très grande envergure, ce qu’allait confirmer le deuxième temps de la soirée avec l’éblouissante exécution dans une transcription de Liszt pour piano seul de la Neuvième Symphonie de Beethoven (1770-1887), une œuvre monumentale en quatre mouvements, dont le si fameux Hymne à la joie.

Un moment de grâce qui nous faisait oublier les contraintes du lieu et où plus rien ne comptait que la musique de ce pianiste virtuose (et sans partition s’il vous plaît, en première comme en seconde partie !)

Le public ne s’y était pas trompé qui à la fin du concert se leva aussitôt pour saluer avec des applaudissements nourris et répétés la magnifique performance de Dimitrov Davenci. J’allais pour ma part remercier le Maestro en lui serrant la main, et je l’entendis me dire que le mérite de la prestation revenait au premier chef à Beethoven et Liszt. Une humilité qui l’honore, comme la générosité dont il fit preuve à l'égard des scolaires en leur accordant la gratuité d'entrée.

Dommage encore que nous fussions si peu nombreux. Il est évident que l’annonce de ce concert n’avait pas fait l’objet d’une communication appropriée, à la hauteur du talent du pianiste. Certes, un lundi n’est jamais un bon choix pour de tels rendez-vous (on se « remet » du week-end et on reprend le travail), mais Dimitrov Davenci tenait à ce lundi-là 9 mai 2016, un anniversaire historique,  car le 9 mai 1945 correspond côté soviétique et alliés centre-orientaux  à la date officielle de la capitulation allemande et de la fin de la Seconde guerre mondiale.

Je vais en tout cas guetter la prochaine occasion de réentendre cet artiste, un lundi ou pas, tant il m’a enchanté.

Cinéma : "Dalton Trumbo"

Autre  belle soirée, celle-là au Ciné 32 à Auch, pour voir « Dalton Trumbo », un film américain sorti en 2015 de Jay Roach, avec Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren, John Goodman.

Le contexte du film est celui de la « guerre froide », qui opposa au lendemain de la Seconde guerre mondiale et jusqu’à la chute de l’Union soviétique en 1991, les Etats-Unis et ses alliés d’Europe de l’Ouest, à l’URSS et aux autres régimes communistes. Une guerre qui heureusement n’en fut pas une à proprement parler en raison du chantage nucléaire, mais qui n’en engendra pas moins des conflits meurtriers, notamment en Asie (Corée, Vietnam, Cambodge…), et qui usa de l’espionnage, de la concurrence technologique, par exemple dans le domaine de la conquête spatiale, des compétitions sportives ou encore des médias, et plus spécifiquement aux Etats-Unis du cinéma, pour imposer dans chaque camp un modèle politique et de société.

Aux Etats-Unis, la peur de la menace communiste aboutit à une aveugle et paranoïaque  « chasse aux sorcières », pilotée entre autres par le sénateur Joseph McCarthy (on qualifiait cette période de « Peur rouge » ou de maccarthysme), qui vise à identifier et à poursuivre les espions potentiels de l’URSS sur le territoire américain, les membres actifs du Parti communiste, les activistes de gauche, dont les syndicalistes, mais également toute personne sympathisante, réelle ou supposée, de l’idéologie communiste. C’est ainsi qu’en 1947, une loi oblige les responsables syndicaux à faire une déclaration sous serment de non-appartenance au Parti communiste américain.

Un an avant, une forte contestation sociale se manifeste à Hollywood du fait des conditions de travail dans l’industrie cinématographique, contestation qui touche d’ailleurs tout le pays puisque 1946 est l’année de la plus grand vague de grève de toute l’histoire américaine.

Le cinéma est considéré à cette époque comme un outil politique très puissant, et les forces conservatrices américaines voient donc dans ces mouvements syndicaux hollywoodiens, non seulement une remise en cause du monopole des studios, mais aussi une menace d’infiltration idéologique sur le contenu des films, notamment via les scénaristes.

Un pamphlet circulait à l’époque qui s’adressant aux producteurs, scénaristes et réalisateurs, appelait à un nouveau code de conduite dans le cinéma : « Ne souillez pas le système de la libre entreprise, ne glorifiez pas l’homme de la rue, ne glorifiez pas le collectif, ne souillez pas le succès, ne souillez pas l’industrie. »

La Commission des activités américaines (HUAC, House Un-American Activities Committee), créée en 1934, au départ pour débusquer les groupes pro-nazis, va devenir le bras armé de la lutte contre les activités et la propagande communistes. Composée de neuf membres, dont beaucoup affichent des sympathies pour l’extrême droite, quand ce n’est pas pour le Ku Klux Klan, elle va s’intéresser de près à Hollywood et auditionner en séance publique de nombreux acteurs, metteurs en scène, producteurs et scénaristes.  

Craignant de perdre leur travail, nombreux sont ceux qui témoignent contre leurs amis et confrères. Parmi eux, le cinéaste Elia Kazan (« Un tramway nommé désir », « A l’Est d’Eden », « La fièvre dans le sang »), qui renia ses sympathies communistes passées, et fit amende honorable en dénonçant ses anciens camarades, donnant seize noms à la Commission, quand d’autres en donneront parfois plus d’une centaine.

Après une première série d’auditions décevante pour la HUAC, une seconde fut organisée en  octobre 1947, qui entendit 24 témoins « amicaux » et les 19 de Hollywood considérés comme des témoins « inamicaux ». Ces derniers  (à l’exception du dramaturge Berthold  Brecht, qui avait déjà décidé de quitter les États-Unis) adoptèrent une défense commune, en invoquant le 1er Amendement de la Constitution américaine, considérant que les enquêtes concernant leurs opinions politiques, ainsi que les associations auxquelles ils appartenaient  représentaient une violation de leurs libertés fondamentales.

Un comité de soutien se forma, le Committee for the First Amendement, comprenant notamment John Huston, William Wyler, Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Groucho Marx et Frank Sinatra. Onze de ces 19  de Hollywood furent finalement entendus par la commission. Aucun  n'accepta de répondre à la question récurrente posée par la commission : « Êtes-vous ou avez-vous été membre du Parti communiste américain ? » Inculpés « d’outrage au Congrès », les dix scénaristes (Berthold Brecht, lui, avait quitté à jamais les Etats-Unis) furent condamnés à des peines de prison ferme.

Le jour même de cette inculpation,  cinquante-huit hauts dirigeants des studios de Hollywood se réunirent à l’hôtel Waldorf-Astoria de New York pour adopter une position commune à l’égard des Dix. Ils se mirent d’accord sur un texte connu aujourd’hui comme le Waldorf Statement. Cet accord, considéré comme l’acte de naissance des listes noires, stipulait que les Dix seraient congédiés ou suspendus sans solde et que désormais, plus aucun communiste ne serait employé « sciemment » par les studios : « Les membres de l'Association of Motion Picture Producersdéplorent l’action des dix de Hollywood qui ont été cités à comparaitre par la Chambre des Représentants. Nous ne souhaitons pas préjuger de leurs droits légaux, mais leurs actions ont desservi leurs employeurs et ont réduit leur utilité pour l’industrie. Nous congédions ou nous suspendons sur-le-champ sans aucune compensation ceux d’entre eux que nous employons, et nous ne réemploierons aucun des dix tant qu’ils n’auront pas été acquittés, ou qu’ils ne se seront pas disculpés et auront déclaré sous serment qu’ils ne sont pas communistes (…) Nous n’emploierons sciemment aucun communiste ou membre d’un parti ou d’un groupe qui préconise le renversement du gouvernement des États-Unis par la force ou par des méthodes illégales ou inconstitutionnelles. »

Une fois leurs peines de prison purgées, les Dix d’Hollywood sont inscrits donc sur une liste noire et interdits de travail. Des centaines d’autres, artistes, techniciens, se trouvent aussi du jour au lendemain au chômage, parfois sur le seul soupçon qu’ils ont des amis communistes. Les studios poussent même leurs employés à se blanchir auprès de la HUAC en dénonçant d’autres personnes, les recours étant d’autant plus difficiles que la fameuse liste noire n’avait pas d’existence juridique officielle.

C’est l’histoire de l’un des Dix d’Hollywood, le scénariste Donal Trumbo (1905-1976), que raconte le film. Il fut l’un des scénaristes les plus talentueux, les plus courus et les mieux payés du cinéma américain.

Il sera pour sa part condamné à onze mois de prison ferme et bien sûr interdit de reprendre son métier à sa libération. Il contournera l’empêchement en usant de prête-noms et de pseudonymes.

Il écrit ainsi dix-huit scénarios dont deux qui remportent l’Oscar du meilleur scénario original : en 1953, il reçoit le trophée sous le patronyme de Ian Mc Lellan Hunter pour « Vacances romaines », de William Wyler, et en 1957, sous le nom de Robert Rich, pour « Les clameurs se sont tues », film d’Irving Rapper.

Il faudra attendre 1960 pour que son identité réelle soit rétablie, et ceci grâce à l’acteur Kirk Douglas qui exerça la pression nécessaire sur le studio Universal Pictures Company afin que Donald Trumbo puisse écrire le scénario de « Spartacus », film mis en scène par Stanley Kubrick, et que son nom apparaisse au générique. Dans le même temps, Otto Preminger, réalisateur d’ « Exodus », exige les mêmes conditions de reconnaissance du scénariste auprès de United Artists. Donald Trumbo retrouve alors la considération de ses pairs et du public, qu’il n’aurait jamais dû perdre, et renoue avec le succès.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Trumbo s’intéressa à « Spartacus », car c’est là l’histoire d’un gladiateur qui affronte ses maîtres et prend la tête de la révolte des esclaves.

En 1971, il réalise un vieux rêve : adapter et mettre en scène son seul roman, « Johnny s’en va-t-en-guerre », écrit en 1939, une œuvre radicalement antimilitariste dénonçant l’absurdité de la guerre, qui lui valut le Grand Prix du Jury à Cannes.

Jay Roach, le metteur en scène de « Dalton Trumbo » dira : « L’une des questions que soulève le film est de savoir comment cet homme profondément patriote, cet artiste qui aimait son pays, a pu être considéré comme un traître qui méritait d’être jeté en prison. »

Le film est passionnant. On est autant dans le drame que dans la comédie et si le récit est traité avec sérieux, il y a aussi de l’humour et de la fluidité, et les dialogues sont parfaitement ciselés. Le moustachu Bryan Cranston tient bien le rôle d’un Trumbo infatigable travailleur, mettant dans son jeu beaucoup d’élégance, d’énergie et de charisme. On croise des personnages hauts en couleurs : du côté des ennemis de Trumbo, un John Wayne ultraconservateur, acquis à la chasse aux sorcières, Hedda Hopper – 1890-1966 (jouée magistralement par Helen Mirren), chroniqueuse des potins hollywoodiens et  pasionaria de l’anticommunisme, et du côté des amis, Edward G. Robinson (qui sera toutefois poussé à la trahison) et Kirk Douglas (le vrai a aujourd’hui 99 ans révolus), qui imposa à ses risques la réhabilitation du scénariste « chassé ».

Le récit renvoie par ailleurs l’image dans ces années là d’une Amérique peu recommandable, obsédée par l’idéologie communiste, au point de porter atteinte aux valeurs démocratiques qui ont fondé et nourri le rêve américain.  Il est vrai que le sort fait aux indiens ou aux noirs à d’autres moments de l’histoire du pays ne plaide pas non plus en sa faveur…

Fait le 16 mai

Vicq-sur-Breuilh:non au dépérissement des villages !

Durant notre escale limougeaude d’avril dernier, nous avions pris un pied-à-terre à Vicq-sur-Breuilh, une petite commune de près de 1.500 habitants,  située à une vingtaine de minutes de Limoges.

Le gîte loué par nos soins est partie prenante du Vieux Château, un édifice médiéval que restaure peu à peu Jean-Louis Durand-Drouhin, le propriétaire du lieu depuis plus de 20 ans. Nous connaissons bien l’endroit et l’homme, car nous fréquentions  dans le passé « Les Saisons » du Vieux Château, qui, chaque année, d’avril à juin, et en septembre-octobre, proposent d’excellents rendez-vous culturels (poésie, danse, théâtre, lecture, exposition), avec à la clef des résidences d’artistes. Au programme cette année, entre autres, une Nuit de la poésie le 24 juin. Avis aux amateurs de beaux textes ! 

Pendant notre séjour, Jean-Louis avait accueilli pour plusieurs semaines un peintre iranien, Esmaeil Bahrani, issu du street art, qui venait d’exposer à l’Institut du Monde Arabe à Paris. Nous avons pu ainsi découvrir dans la belle et vaste galerie du premier étage du château quelques œuvres de cet artiste, à défaut de rencontrer celui-ci qui était alors absent.

Semblables à des cris, ses créations puissantes, fortement  influencées par le travail du peintre d’origine haïtienne et portoricaine  Jean-Michel Basquiat, trop tôt disparu, (1960-1988), dénoncent l’oppression des mollahs et le manque de liberté de la jeunesse en Iran. Des œuvres crues, hautes en couleur, où s’opposent Orient et Occident, mythes ancestraux et rébellion punk, art brut et art urbain.

Jean-Louis a connu une carrière bien remplie de grand serviteur de l’Etat. Il garde, entre autres, une passion inextinguible pour la Chine, pour son histoire, pour sa culture, passion née lorsqu’il occupa à Pékin le poste de Conseiller culturel de l’Ambassade de France.

Sa compagne, Christine, fait aussi partie de notre cercle de relations. Elle est Maire du village (en 2014, elle a été réélue à la tête de sa liste avec 71 % des voix dès le premier tour), et fait preuve dans la conduite des affaires municipales d’une énergie et d’un dynamisme formidables.

Elle est de la race de ces élus locaux qui entendent résister coûte que coûte au dépérissement des villages français, une tendance qui va s’aggravant, hélas !, avec la fermeture des commerces, des écoles, des services publics (poste, centre des impôts…), et la disparition progressive des médecins de campagne et des petites unités hospitalières. Une situation de plus en plus alarmante pour nos territoires ruraux, due à une urbanisation galopante (« le mirage pavillonnaire »), et à l’hyper concentration en zones périphériques des villes,  où la laideur des lieux et des bâtiments règne en maître, de toutes ces grandes surfaces qui ont asphyxié à leur profit aussi bien l’activité des centres-villes que celle des petites communes.

Une faillite de plus des politiques qui, malgré leurs jérémiades de façade, n’ont pas su définir et mettre en œuvre des stratégies appropriées pour empêcher ce phénomène et maintenir un tissu vivant de services et de commerces dans nos campagnes.

Déjà en 1947, Jean-François Gravier, géographe,  écrivait  « Le désert français », ouvrage qui eut un certain retentissement et qui dénonçait l’hypertrophie de la capitale au détriment des provinces, mettant en garde contre les risques de voir s’amplifier ces néfastes évolutions avec les conséquences qui en résulteraient  pour nos équilibres territoriaux. 

Le magazine « Télérama », dans son numéro du 16-22 avril dernier, publiait un dossier « SOS Villages » qui faisait état des initiatives prises ici et là (« Debout les bourgs ! ») pour sauver de la léthargie les petits villages.

Et le premier exemple évoqué en ouverture de ces quelques pages était justement celui de Vicq-sur Breuilh et de sa Mairesse, avec en accompagnement la photo de l’épicerie ressuscitée (voir ci-dessus) !

Je reproduis intégralement entre guillemets, car il en vaut la peine, le propos du journaliste, Luc Le Chatelier :

« « Je suis devenue maire par exaspération. » Christine de Neuville en avait assez de voir son village natal crever à petit feu. En 2001, à 41 ans, cette spécialiste de la filière caprine, également diplômée d'histoire médiévale, a défié l'immobilisme de l'ancien maire et a été élue. Et réélue deux fois depuis. Il n'y avait alors plus aucun commerce au bourg de Vicq-sur-Breuilh, une commune qui comptait à l'époque à peine mille habitants sur 5 000 hectares de bocage et soixante-treize hameaux, au sud de la Haute-Vienne. Aujourd'hui, autour de la place de l'église, on trouve une boulangerie, une épicerie-buvette-marchand de journaux, un restaurant, et même, dans l'ancien presbytère joliment rénové, le petit musée Cécile Sabourdy d’art brut et d’art naïf.

 Inauguré en 2014, il a accueilli dix mille visiteurs dès la première année ! En face, ouverte depuis l'automne, l'épicerie Au Petit Breuilh, qui fait aussi boutique du musée, assure évidemment le petit dépannage : pâtes, biscuits, lessive... Mais Pascal, le gérant venu de la grande distribution, mise surtout sur les produits régionaux, plutôt bio, en lien direct avec les producteurs : œufs fermiers, fromages de chèvre, viande de race limousine et de porc cul-noir, pommes de Vicq, carottes et choux itou. Et ça marche ! Quant au restaurant Lo Vinataud – menu unique le midi à 12,50  –, il sort ses vingt à trente couverts par jour. « On n'est pas mécontents », sourit Aude, la patronne, ancienne vendeuse en grande surface. Et la commune, en quinze ans, a gagné trois cents habitants. La mort des bourgs et villages de nos campagnes ne serait-elle donc pas une fatalité ?

 A Vicq, l’impulsion de départ repose sur une personnalité qui a su s’entourer, prendre conseil, chercher des aides, fédérer les énergies, susciter des envies et rebondir sur ses propres faiblesses. Un profil que l’on retrouve souvent (je ne pense pas pour ma part que ce genre d'élu soit si fréquent que cela) dans les bourgs menacés par le vieillissement et la déshérence, hélas nombreux en France. « Au départ, je voulais juste le restaurant et l’épicerie. Et le presbytère m’est tombé dessus ! », explique Christine de Neuville. Au sens propre : la vieille bâtisse, dotée d’une élégante tourelle, propriété communale depuis la loi de 1905 menaçait ruine. La démolir pour en faire un jardin aurait coûté 300.000 euros ; la réparer à peine plus, mais pourquoi faire ? C’est alors que le Maire apprend, par un de ses administrés amateur d’art, l’existence d’une collection de paysages limousins naïfs peints au fil du XXème siècle par une certaine Cécile Sabourdy (1893-1970), native de Saint-Priest-Ligoure, le village voisin. Une artiste singulière du genre de Séraphine de Senlis, qui toute sa vie refusa de vendre la moindre toile. Une farouche qui se pensait « meilleure que Picasso », mais serait morte de froid et de faim sans l’aide du mécène et collectionneur Henri de La Celle, un ami de Niki de Saint Phalle et de Calder. Après son décès, ses héritiers, un peu encombrés par ces tableaux, pensaient les donner au musée d’Art naïf de Nice . « Avec l’accord, et surtout l’aide précieuse de la conservatrice du musée de Nice, ils sont restés au pays », se félicite l’élue de Vicq.

Mais pour les accueillir, il fallut faire du presbytère un vrai lieu d’exposition aux normes PMR (personnes à mobilité réduite), avec rampe d’accès et ascenseur jusque sous les combles, superbement aménagés pour des accrochages temporaires. Un joli travail mené par les architectes niortais Beaudouin-Engel, qui a coûté, voierie, jardins et réseaux compris, 1,4 millions d’euros. Pas cher pour un musée, mais à l’échelle de la commune, l’équivalent de son budget d’investissement pendant sept ans ! Christine de Neuville est donc allée frapper à toutes les portes : le Département, la Région, l’Etat, l’Europe…Elle a fait aussi le siège des entreprises du coin. Les gros du BTP ou de la banque, ainsi que les TPE et PME, dont plus d’une a joué le jeu du mécénat en nature : des charpentiers ont redressé le toit, un imprimeur de Limoges a tiré les flyers, une jardinerie offert des Plantes…Enfin, pour faire de cet établissement un véritable équipement de proximité fréquenté par tous ses administrés, la mairie y a installé l’agence postale et une annexe de la médiathèque intercommunale. Derrière, en accès libre, on trouve encore un grand jardin avec un théâtre de verdure pour des concerts d’été et un potager pédagogique cultivé en biodynamie… »

Nous avons visité à nouveau le musée Sabourdy (que j’ai évoqué assez longuement dans un billet d’octobre 2015, « Escapade à Limoges »), après avoir assisté à une « causerie » donnée sur place par la jeune et brillante conservatrice pour présenter la nouvelle exposition temporaire installée dans les murs du 28 janvier au 19 juin. En l’occurrence, il s’agissait d’oeuvres de Robert Aupetit (1946-2009), un artiste limousin qui utilisait le papier mâché pour donner corps à une multitude de figures délicates et aériennes, minimales ou monumentales, qui ne sont pas sans rappeler Alberto Giacometti (1901-1966). Frappé dans sa jeunesse par une maladie invalidante qui le paralysait peu à peu, Robert Aupetit trouva un exutoire dans la sculpture et le modelage, façonnant un monde de créatures tour à tour abattues, méditatives, curieuses, mais qui finissent par s’envoler enfin, émancipées de tous leurs maux.

Pendant notre séjour à Vicq, nous avons aussi fréquenté deux, trois fois, « Le Petit Breuilh Epicerie-Comptoir », un commerce ouvert depuis peu, aux  lieu et place de l’ancienne épicerie du village, ouverte au XIXème siècle et fermée depuis une dizaine d’années. Qualifié « d’Accueil du Musée », le lieu est salon de thé (même un  peu plus puisqu’on peut se faire servir une planche de charcuterie ou une part de tarte), et propose des produits  frais et régionaux, une gamme intéressante de vins, de journaux, de magazines, ainsi que de la documentation touristique sur la région.

Le mérite de Christine de Neuville et de son équipe est aussi d’avoir su privilégier tant pour le Musée que pour l’épicerie des projets architecturaux de qualité, qui rendent ces lieux agréables, modernes et conviviaux. Au point d’en étonner plus d’un quand il les visite tant il est vrai qu’on ne s’attend pas à découvrir dans un petit village comme Vicq-sur-Breuilh des endroits qui ont aussi bien épousé leur temps, et qui n’ont pas à rougir de la comparaison avec des réalisations urbaines.

Ah !, s’il y avait beaucoup de Christine de Neuville à la tête de nos villages, nos campagnes s’en trouveraient sans nul doute galvanisées ! A défaut de quoi, nous avons affaire trop souvent à des élus résignés, frileux, sans projet ambitieux, qui ont peur de leur ombre, et qui participent ainsi, consciemment ou non, de la dévitalisation du milieu rural, de son isolement et de son dépérissement.

Fait le 12 mai

Crottes de chien bis

Dans mon précédent billet (voir ci-dessous) j’ai évoqué une action de communication de la Ville d’Auch sur une sucette Decaux, que j’avais qualifiée d’ «excrémentielle ».

En fait, cette opération d’information s’inspirait du principe du « teasing » : le premier message envoyé au récepteur est de l’ordre de l’aguichage ou de l’énigme, tandis que le second, qui vient un peu plus tard sur le même support, vise à expliciter l’interpellation de départ.

Premier exemple en France de mise œuvre du « teasing » : une fameuse campagne publicitaire d’août 1981 lancée dans différentes villes au cours de laquelle des panneaux sont recouverts d'une affiche avec la photo d'une jeune femme en bikini, les poings sur les hanches dos à la mer. L'affiche annonce : « le 2 septembre, j'enlève le haut », sans autre précision.

Le 2 septembre est collée, par dessus le premier placard, une seconde affiche identique, à ceci près que la jeune femme a effectivement ôté le haut de son maillot de bain, dévoilant sa belle poitrine. Le texte de l'affiche annonce : « le 4 septembre, j'enlève le bas ». Et nous les hommes (j’avais à l’époque 33 ans) étions ainsi tous « alléchés » par la promesse

Le 4 septembre, la troisième et dernière affiche montre le modèle ayant bien retiré le bas de son maillot de bain…, mais cette fois, le mannequin pose de dos, face à la mer, révélant son postérieur dénudé. La dernière affiche donne alors  à lire le slogan final : « Avenir, l'afficheur qui tient ses promesses ».

La seconde affiche de la ville d’Auch (voir photo ci-dessus) précise elle aussi le thème de la précédente,que pour autant j’avais déjà appréhendé avec la première salve : citoyens auscitains propriétaires de chiens, prenez soin de ramasser sur les trottoirs les «crottes » de vos chiens, sinon il pourrait vous en coûter 68 € d’amende. En signature : « J’aime mon chien, j’aime ma ville ».

Un site internet, "mon chien, ma ville", est dédié, entre autres, à ces enjeux, et j’y ai appris notamment que le ramassage des crottes de chiens est obligatoire depuis 2002, la difficulté étant pour les agents municipaux de prendre en flagrant délit les maîtres et les chiens auteurs des méfaits !

Il faut savoir qu’à Paris  il y aurait 16 tonnes quotidiennes de crottes (!!) rejetées sur les trottoirs (qui deviennent trop souvent donc des « crottoirs »), mais on ne sait pas quelle part de ces 16 tonnes est ramassée par les propriétaires scrupuleux.

Les initiatives municipales ne manquent pas pour combattre ce fléau d’autant plus redoutable que notre pays compte 7,5 millions de chiens (heureusement, ils ne fréquentent pas tous, loin s'en faut, les trottoirs urbains) : caméras de surveillance, distributeurs de sacs, « canisettes »."canipots". Des villes se montrent plus originales, plus imaginatives, dans ce « sus à la crotte » : concours photographique de la plus belle crotte avec exposition des clichés, manière de confondre les délinquants ; prime financière aux délateurs ; et au sommet de l’insolite : le maire d’une petite ville espagnole qui renvoie par la poste aux propriétaires fautifs identifiés les crottes de leurs chiens !!!

 

Fait le 8 mai

Odeur contre odeur...

J’ai peu écrit sur mon blog ces dernières semaines, au point que le mois d’avril écoulé n’a comporté qu’un billet, « Philosophie par ci, musique par là », qui avait toutefois le mérite d’être assez long.

Il y a d’abord eu une escapade d’une dizaine de jours à Limoges et dans les environs. Nous y avons beaucoup de bons amis et nous prenons toujours plaisir à les revoir. J’évoquerai une autre fois cette visite à une région qui m’est chère, d’autant que j’ai pu « déguster » à cette occasion quelques moments culturels et artistiques de fort bonne tenue.

Et j’ai eu à connaître par ailleurs quelques ennuis de santé qui m’ont tenu momentanément éloigné de mon ordinateur.

Pour ce court billet de reprise, je voulais m’attarder sur la « sucette » Decaux (du nom de l’affichiste qui a inventé ce support publicitaire) vue à la sortie d’Auch, avenue Victor Hugo (voir photo ci-dessus).

Elle m’a bigrement interpellé par son esprit pour le moins « nauséabond ».

Le texte vise à n’en pas douter les propriétaires de chiens qui laissent leurs animaux souiller les trottoirs de la ville. Lutter contre ce fléau est pour moi une nécessité absolue et je suis favorable à la multiplication des contrôles et à l’application  de sanctions pécuniaires appropriées.

Mais de là à lancer cette campagne sous forme de devinette ! C’est plutôt malsain, « malodorant », et désagréablement suggestif…

Et dire que nous venons de célébrer à l’occasion du 1er mai la fête  du muguet, cette herbacée porteuse de douces clochettes au parfum si agréable. Il était très apprécié dès le XVIème siècle, notamment des hommes, le terme muguet désignant d’ailleurs jusqu’au XIXème un homme élégant. Grâce à sa fragrance florale romantique, il a fait par ailleurs la célébrité du parfum « Diorissimo » créé en 1956, et toujours commercialisé par la maison de couture qui a de surcroît pour emblème cette plante légendaire.

La collision dans un même temps de l’odeur allusive dégagée par le panneau Decaux avec celle tout en fraîcheur du muguet, honorée tous ces jours derniers, n’a pas, c’est sûr, « arrangé » mon point de vue sur cette initiative de communication "excrémentielle" de la ville d’Auch.

Un point commun cependant : on offre du muguet le 1er mai car cela porte bonheur. Marcher dedans  aussi paraît-il…

Fait le 4 mai

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Cabon Pascale | Réponse 31.05.2016 09.49

Quel bel espoir! Choisir de partirle moment venu...c'est tout ce que je souhaite

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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