Points de vues du Gers Carnets

Occupations Gourmandes

Ces  dernières semaines, je n’ai pas  manqué d’occupations gourmandes, peut-être un peu trop au regard des règles de bonne hygiène de vie que je me dois d'observer, comme tout un chacun.

A commencer par celles liées à  la venue à  la maison fin septembre pour quelques jours d’un couple d’amis parisiens.

Nous leur avons fait découvrir le Gers que nous aimons, et je crois qu’ils ont apprécié non seulement les paysages à couper le souffle de notre Gascogne, mais  aussi  les visites effectuées ici et là : Auch, sa cathédrale, son escalier monumental, ses pousterles, des petites ruelles en escaliers descendant de la ville  haute à la ville basse, l’abbaye de Flaran, la bastide de Fleurance, pour moi l’une des plus belles du Gers,  la charmante bastide ronde  de Fourcès, où se trouve  la boutique du vigneron Ladevèze, tenue par sa charmante épouse Marisela (j’ai déjà évoqué dans un billet récent son travail  de peintre), d’où nous sommes repartis avec quelques bonnes bouteilles de l’apéritif gascon maison, un vin de liqueur à l’armagnac élaboré avec les jus de raisins de cinq cépages surmaturés. Un délice !

Bien sûr, nous fîmes quelques haltes nutritives, ô combien bienfaitrices : le « Toto Loco » (la maison du fou en français), à Preignan, près d’Auch, une institution locale connue pour son accueil extrêmement sympathique et son assortiment de tapas en buffet à volonté. C’était une première pour nous, et même si le lieu  ne paie pas de mine, on y mange très bien, dans une excellente ambiance,  autour d’un menu déjeuner en trois  plats à  13 €.  A noter  qu’à quelques centaines de mètres de là, se trouve un autre restaurant, "Le Papillon", plus gastronomique que le « Toto Loco », que nous  n’avons à ce jour fréquenté qu’une seule fois, conservant néanmoins  de cette étape  un souvenir  heureux. Nous nous sommes promis d’ailleurs d’y revenir, d’autant que des échos récents confirment que  l’excellente réputation de cet établissement gourmand se maintient parfaitement (menus de 15 à 50 €).

Autre table avec nos amis parisiens, après la visite de l’abbaye de Flaran :  la Ferme du même nom, installée juste à côté de l’édifice cistercien. C’est un Logis de France, dont la déclinaison est sans surprise, puisqu’on y déguste une cuisine de terroir conjuguée au fil des saisons avec les produits du terroir. Peut-être justement  trop traditionnel, ne laissant guère de place à l’inventivité et à la créativité. Ce qui n’a pas empêché que nous nous sommes régalés.

Et pour passer par la case Armagnac, nous nous sommes rendus à  Mansencôme, près de Condom, au château du Busca-Maniban  (XVIIème), un haut lieu de la production de cet élixir. Les vignes s’étendent sur 200 ha, et c’est dans le Gers  le seul domaine de propriétaire récoltant qui soit classé Monument Historique. Je l’ai choisi aussi parce qu’il est situé sur une hauteur et offre une vue incomparable sur les environs. Reçus par la maîtresse des lieux, nous fûmes éduqués au pourquoi  et comment de la fabrication de cette eau-de-vie, dégustations à l’appui. J’emportais pour ma part, un « Château du Busca », un armagnac de 1978 (42°), un 38 ans d’âge donc,  qui reçut la Médaille d’Or du San Fransisco World Spirit Collection et celle du Concours des Grandes Eaux-de-Vie d’Eauze, la capitale gersoise de l’Armagnac. Issu du terroir de la Ténarèze, il est plus corsé et a davantage de bouquet que ses deux voisins du Bas-Armagnac et du Haut-Armagnac.

Il est d’autres restaurants que nous avons fréquentés au cours de la période écoulée :  l'Auberge des Bouviers  à Lectoure, avec des amis belges qui en ont fait un peu leur cantine, jusqu’à ce qu’ils déménagent pour habiter un Gers plus à l’est. Nous connaissons cette table pour l’avoir fréquentée quelques fois. C’est toujours très bien, mais la carte ne se renouvelle pas beaucoup. Attention de ne pas décevoir à terme une clientèle de fidèles qui peut se lasser du manque d’innovation.

Avec d’autres amis,  belges aussi, nous avons pris l’habitude de nous retrouver périodiquement dans un restaurant choisi à tour de rôle par eux et par nous. Cette fois, c’était "Le Florida" qui avait été retenu. Il se trouve à Castera-Verduzan, une commune d’un  millier d’habitants qui peut se targuer de compter un casino et un centre thermal, des pôles bien fréquentés, parfois par desclients quipassent de l’un à l’autre, et de l’autre à l’un….  Cette table a une belle histoire familiale, qu’on retrouve d’ailleurs retracée par de belles photographies en noir et blanc apposées sur les murs de l’établissement.

Ouvert par « Mémé » Angèle,en 1935, le lieu est repris en 1984 par son petit-fils, Bernard Ramounéda, qui rejoint sa grand-mère en 1968, après avoir fait ses classes à l'école hôtelière de Tarbes, puis chez Sandrini , aux Cordeliers, à Condom, où il fût commis de cuisine pendant 2 ans. Baptiste, son fils, a, quant à lui, d'abord travaillé à Paris douze ans dans le milieu de la Mode. Les deux se rejoignent en 2013 où ils décident de partager l'héritage familial créé par Angèle, « fiston »  apportant au lieu une forte touche de modernité, tant dans les plats servis que dans l’hébergement en chambres d’hôtes proposé sur place.

 Il est aidé en cela par l’arrivée d’un chef franco-espagnol  Marc Abramovici, nouvelle star décontractée de la cuisine au Florida, qui élabore, avec humilité et brio, une gastronomie spontanée, inventive et malicieuse. Vingt ans après avoir fait ses classes auprès de Bernard Ramounéda et enchaîné les plus grandes tables étoilées d’Europe, il revient ainsi dans son Sud-Ouest natal pour collaborer avec panache auprès de Baptiste, proposant ensemble leur vision du bien-vivre.(voir photo ci-dessus de la « trinité » du Florida).

 Notre déjeuner fut fait de plats finement élaborés, dans un esprit nouvelle cuisine, à laquelle on peut toutefois reprocher qu’elle fait un peu « chiche » dans l’assiette, et ce jour là « Le Florida » n’a pas tout à fait échappé  à ce constat.

 Mais qu’on se le dise : l’établissement est dans le Gers en haut de l’affiche. Et qu’on en juge avec le repas à la carte qui fut le mien : en entrée, Rafraîchissant carpaccio de trois tomates, mozzarella et Saint-Jacques snackés ; en plat, les célèbres ris de veau, comme les faisait justement « Mémé » Angèle ; en dessert, une préparation d’inspiration japonaise : « Finger » (parce que ce dessert a la forme d’un doigt) saveur du Japon, joconde Matcha (poudre très fine de thé vert moulu), mousse Yuzu (agrume au goût particulier, qui se situe entre le citron vert, le pamplemousse jaune et la mandarine).

 En accompagnement, un vin du Domaine Dubosc, Monplaisir 2014, que j’avais suggéré car je le connais en bien. Il fut  malheureusement présenté trop frais (comment est-ce possible dans un restaurant de ce niveau ?), ce qui a bien sûr nui à sa saveur. A noter le service discret mais efficace d’un  jeune  irlandais, cheveux en chignon,  qui  s’est installé dans le Gers avec sa petite famille, et s’en félicite tous les jours.

 Une déconvenue en matière de restaurant que j’ai éprouvé cet été, qui m’a d’autant plus affecté qu’elle  concerne un établissement que j’avais jusqu’alors porté aux nues (voir mon billet en Juillet-Août 2015, « Occupations estivales »). Il s’agit de L'Auberge du Prieuré de Moirax, un charmant petit village du Lot-et-Garonne à quelques kms d’Agen. Victime de son succès, l’auberge croûle sous les clients quand arrive la belle saison. Et nous qui nous nous gardons en général de fréquenter les bonnes tables en cette période, pour des raisons de forte affluence, conjuguée avec la présence majoritaire de convives parisiens, une peuplade que je n’apprécie guère, nous avons voulu faire exception en nous invitant là, sur la terrasse ombragée du restaurant. Résultat : trois heures de repas avant même que le dessert ne nous soit servi ! Une durée anormale et peu supportable, due sans doute à un sous-effectif en service (service manquant au demeurant de professionnalisme) et peut-être en cuisine aussi. Nous sommes partis sans plus attendre, apostrophés de surcroît de manière peu aimable par le chef de la maison, qui considérait qu’étant en vacances nous avions le temps et guère de raison de nous plaindre de la lenteur des opérations !!! Nul doute que nous y retournerons car nous apprécions la gastronomie paisible et lumineuse proposée par cette auberge, tenue par deux ch’tis, mes compatriotes, Agathe, en salle, et Benjamin aux fourneaux. Mais surtout plus l’été !

 

Fait le 31 octobre

L'ADMD et le reste...

Mon activité de blogueur

Je n’écris plus beaucoup sur mon blog, faute de temps.

Et pourtant, j’ai toujours des lecteurs. Ils sont d’ailleurs plus faciles à quantifier désormais puisque depuis peu mon site hébergeur ne décompte plus que leur nombre sur mon compteur, alors qu’auparavant il enregistrait le chiffre correspondant  aux pages ouvertes.

Certes, les nombres qui apparaissent sont, du fait de ce changement de comptage, moindres que dans le passé, mais peut-être sont-ils dorénavant plus justes. Pour autant, je ne sais donc plus combien de rubriques sont ouvertes chaque semaine par les  visiteurs. En tout cas, ancien système et nouveau système additionnés me permettent d’afficher un score de plus de 153.000 fréquentations.

J’ai par ailleurs tant écrit en quatre ans de blog (207 billets rédigés, soit l’équivalent de 5/6 livres), que celui qui vient  me lire a de quoi s’approvisionner, même si les «mangeoires » étaient moins fournies en foin ces derniers mois !

Le ralentissement de mon activité d’écriture ne tient d’ailleurs pas à un intérêt moindre que je prendrai à tenir ce blog, ni à une inspiration qui viendrait à s’essouffler.

Mission ADMD toute

Je suis en réalité de plus en plus accaparé par l’exercice de ma nouvelle mission de Délégué pour le Gers de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).

J’ai longuement évoqué dans un billet de mai dernier le pourquoi et le comment de mon engagement et du combat que l’ADMD mène pour obtenir en France une loi permettant à chacun d’entre nous de choisir les conditions et le moment de sa fin de vie, dans le respect bien entendu des convictions des uns et des autres, comme c’est le cas depuis longtemps aux Pays-Bas, en Belgique, et aussi au Luxembourg, en Suisse, dans certains Etats des Etats-Unis d’Amérique, et plus récemment au Canada.

En effet, pourquoi persévérer quand la vie n’est plus au rendez-vous, et qu’on se retrouve dans une impasse absolue, avec un corps en état végétatif et/ou un cerveau  dégénéré ? 90 % des français sont favorables à cette mort choisie (sondage IFOP 2015) ainsi que 60 % de nos médecins. Je pense à l’instant à ce que disait l’écrivaine Benoîte Groult (1920-2016), soutien inconditionnel de l’ADMD : « C’est par amour pour la vie que je voudrais la quitter à temps ».

J’ai pour objectif de mieux faire connaître l’ADMD dans mon département (en étant notamment présent sur les marchés, et en médiatisant nos actions), d’aller à la rencontre des adhérents, d’en accroître le nombre (auprès des jeunes aussi), de nouer des partenariats solides avec les milieux institutionnels et associatifs, et de provoquer des débats utiles autour des enjeux de la fin de vie, en faisant venir ici par exemple des experts du sujet : dirigeants de l’ADMD, professionnels de la santé sensibles à notre philosophie, les locaux bien sûr, mais aussi ceux qui pratiquent dans des pays européens voisins où l’euthanasie ou le suicide assisté sont autorisés.

Accueil du Président national, Jean-Luc ROMERO

J’ai ainsi reçu à Auch le 16 septembre dernier, Jean-Luc ROMERO, le Président de notre association (ci-dessus photo où il se prête à une signature de son dernier livre, "Ma mort m'appartient"). C’était un peu pour moi le baptême du feu, et j’ai consacré beaucoup d’énergie, avec la petite équipe qui m’entoure, à préparer ce rendez-vous du mieux possible.

Ce fut une réussite puisque nous avons accueilli 130 personnes (un vendredi soir, au sortir de l’été, nous ne pensions pas mobiliser si bien), avec un Jean-Luc ROMERO en grande forme, tonique et convaincant. Le public fut conquis, au point que  sur les deux tables de documentation que nous avions dressées, tous les bulletins d’adhésion ont été emportés…

Calendrier

Pour la Journée Mondiale du Droit de Mourir dans la Dignité, le mercredi 2 novembre prochain, nous serons en matinée sur le marché de Condom (ville Sous-Préfecture du Gers), avant d’offrir le verre de l’amitié à nos adhérents du coin.

Puis fin novembre, nous réunirons nos adhérents d’Auch et des environs, avant de faire de même d’ici la fin de l’année et début de l’autre dans les quatre autres zones que j’ai créées pour quadriller le département.

La mort est par ailleurs un thème philosophique majeur, et, selon les penseurs, la manière d’appréhender la fin de vie peut être très différente. Je m’intéresse ainsi peu à peu aux philosophes qui ont traité du sujet, me sentant proche des stoïciens qui nous recommandent de penser à la mort tous les jours pour mieux l’apprivoiser.

Le  Café Philo d’Auch m’a invité le 25 novembre à participer à une séance d’échanges d’idées où sera posée la question « Ma mort m’appartient-elle ? », ce à quoi je réponds pour ma part d’emblée « Oui ! ».

ADMD oui, mais pas seulement

Depuis mon dernier billet en septembre, et bien que fort pris par mes responsabilités ADMD, j’ai quand même trouvé le temps de me prêter à d’autres occupations.

Jacques Villeret

Parmi celles-ci, le suivi le 18 septembre dernier sur la chaîne Ciné+ Club, tout à fait par hasard, d’un documentaire émouvant, « L’angoissé qui voulait nous faire rire », consacré à Jacques Villeret (1951-2005), un comédien exceptionnel, parti trop tôt, à 54 ans, victime d’un alcoolisme chronique (il dira à son épouse : « Je ne suis pas programmé pour vivre », tout en ajoutant : « Un jour, tout ira bien »).

 Sa maladie cachait une grave fêlure, liée à un père algérien dont on lui a caché longtemps l’existence, et qui le décevra profondément lorsqu’il le rencontrera.

 Quel plaisir de le voir jouer dans des films qui en valaient la peine (il a quand même tourné dans pas mal de navets aussi !), promenant une sensibilité à fleur de peau, un air de chien battu, ce qui n’empêchait pas qu’il nous faisait souvent rire à gorge déployée. Bref, un talent éclaboussant.

Il a commencé sa carrière au cinéma à 22 ans, avec Yves Boisset, dans « RAS » (il jouera aussi avec lui le fameux « Dupont Lajoie »). Il comptera à son actif quelques 75 films, dont une petite dizaine avec Claude Lelouch. Je retiens surtout « Garçon » de Claude Sautet (1983) avec Yves Montand, « Les Enfants du Marais » (magnifique !), et « Les Effroyables Jardins », deux films réalisés par Jean Becker (respectivement en 1999 et 2002), et bien sûr « Le dîner de cons » de Francis Veber (1998), où, aux côtés de Thierry Lhermitte, Francis Huster et Daniel Prevost, le François Pignon qu’il interprétait crevait l’écran (Jacques Villeret se verra d’ailleurs attribuer l’Oscar du Meilleur Acteur pour ce rôle). Avant de devenir film, ce dîner fut donné au théâtre avec à la clef un immense succès, qui n’atteignit pas cependant celui obtenu dans les salles de cinéma avec  9 millions d’entrées totalisées.

Journées du Patrimoine

Concert au château de Nux

Les 17 et 18 septembre, nous avons participé, un peu, aux Journées du Patrimoine. D’abord en assistant en soirée au château de Nux, à 5 minutes de chez nous, à un concert donné par la formation « Le Quatrio » dans l’orangerie XVIIIème de la propriété. Nous avions d’ailleurs visité ce château lors d’une précédente édition des Journées du Patrimoine. C’est une bâtisse plutôt baroque, du fait qu’au fil des siècles (du XIIIème au XIXème), elle fut régulièrement transformée, avec un parc  aménagé sous le Second Empire.

Je n’étais pas à priori très enthousiaste à l’idée d’assister à cette soirée musicale car dans ce quatuor de femmes, trois d’entre elles jouaient de la flûte, un instrument que je n’apprécie guère quand il tient un rôle majeur dans un programme.

Et cela fut le cas dans la plupart des pièces interprétées : concerto en ré mineur d’Antonio Vivaldi (1678-1741), une mélodie de Reynaldo Hahn (1874-1947), un quatuor en ré mineur de Georg Philippe Telemann (1681-1767), des extraits de Peer Gynt, une œuvre célèbre d’Edvard Grieg (1843-1907),  et une suite espagnole d’Isaac Albeniz (1860-1909).

Mais  il y avait Marie-Madeleine Mille au violoncelle ! Quel bonheur de l’entendre en solo dans un Prélude de Jean-Sébastien Bach (1685-1750), et dans une vocalise de Serguei Rachmaninov (1873-1943) ! Une grâce exceptionnelle dans le jeu de cette musicienne qui a découvert le violoncelle baroque depuis quatre ans seulement, qui joue dans divers ensembles de la région toulousaine et enseigne parallèlement au Conservatoire à Rayonnement Régional de la ville rose, puis à Perpignan, et enfin à Montauban. Le public, fort nombreux, ne s’y est pas trompé qui lui a réservé les plus fournis de ses applaudissements.

On doit à l’Association Arts et Musique en Barranais l’organisation de ce concert, et bravo pour son inlassable travail de promotion d’évènements artistiques mettant en valeur le patrimoine architectural de Barran (une commune située à 5 minutes de notre domicile) et du Pays d’Auch, en facilitant en même temps l’accès de tous les publics à la culture.

Au château de Manlèche

Le lendemain 18 septembre, nous nous rendions à Pergain-Taillac, une petite commune de 300 habitants environ, située près de Condom. A l’ordre du jour, la visite du château de Manlèche (construction au XIIIème siècle et aménagements successifs jusqu’au XVIème siècle).Cette grande bâtisse-forteresse est dotée d’une lourde tour carrée à son extrémité sud-est, et  d’une tour hexagonale et d’une galerie ouverte au niveau de la cour, de l’époque Renaissance. Elle  aurait appartenu à la fin du XIVème à la famille de Bertrand de Goth, qui compta dans ses rangs des vicomtes de Lomagne et d’Auvillars, ainsi qu’un pape, Clément V. La tradition locale fait remonter à ce souverain pontifical le nom gascon du château, Manlèche voulant dire baise-main.

Aujourd’hui la propriété appartient à une famille qui vit à Cannes, et qui n’a même pas jugé nécessaire d’être là pour faire visiter le domaine, alors que les Journées du Patrimoine permettent à ceux qui ouvrent leurs portes en cette occasion de bénéficier d’avantages fiscaux non négligeables.

Pire : c’est leur femme de ménage qui nous guida tout au long de ce parcours (nous avons su sa qualité lorsque qu’elle précisa le nombre d’heures d’aspirateur qui lui était nécessaire pour chasser la poussière dans tant d’espaces). Un parcours, au demeurant très décevant car nous ne vîmes pas grand’ chose (comme au château de Nux d’ailleurs) : une salle des gardes au rez-de-chaussée devenue le  lieu de vie de la maisonnée, une chambre sans intérêt, et la galerie du château qui n’est rien d’autre que la partie commune de l’étage qui distribue un certain nombre de pièces privées. Et en extérieur une immense piscine abandonnée, des années 30, témoignage d’une période faste révolue. 

Les commentaires furent vraiment de peu d’intérêt, sauf à noter que notre accompagnatrice parlait du « Maître » quand elle évoquait, avec une tendre nostalgie, le propriétaire d’avant les cannois, qui n’était pour autant ni notaire, ni avocat. Ce titre, pourtant d’une autre époque, traduisait bien le lien respectueux et obligé qui rattachait encore récemment  la domesticité au châtelain.

Olivia Moore

Vendredi 23 septembre, nous étions à Auch dans le petit et charmant théâtre à l’italienne de l’hôtel de ville. Il est  partie prenante de la nouvelle mairie construite en 1759, un peu dans l’esprit d’un bel hôtel particulier,  par l’intendant royal Antoine Megret d’Etigny. On remarque les panneaux à rinceaux des premières loges qui comportent en leur centre des médaillons représentant des auteurs dramatiques (Voltaire, Shakespeare, Molière, Sophocle…), et  le  plafond peint représentant la Poésie, l’Eloquence, la Musique et la Peinture. 

Nous étions invités par l’Union Départementale des Associations Familiales du Gers (UDAF),  à une soirée qui achevait la journée de commémoration des 75 ans d’existence de cette association.

Sur scène, une diable d’humoriste, la jeune Olivia Moore, qui nous a fait beaucoup, beaucoup rire, autour d’une série de sketches tous aussi désopilants les uns que les autres. Sur le site de cette excellente one woman show, ce spectacle, qui a été baptisé à juste titre « Mère Indigne » (de quoi faire tordre le nez au départ  des représentants des associations familiales qui remplissaient les rangs du théâtre), était ainsi présenté :

« On a tous quelque chose en nous d’Olivia Moore ! Une vie qui déborde comme un panier de linge sale, des enfants qui se roulent par terre chez Carrefour, des ados moulés dans le canapé et un mari qui plane. Ou l’inverse. Ah oui et aussi un boulot qui… enfin qui… un boulot quoi. Et si on n’a pas tout ça, au minimum on a une mère et Olivia en est une : elle est pire que la tienne et elle assume. Elle gère tout : sa famille recomposée, son job, et l’ex de son mari. Elle a toutes les qualités pour faire une mère parfaite : elle est cash, caustique, égoïste et décomplexée. »

Les enfants en prennent pour leur grade, et la « mère indigne » va jusqu’à souhaiter la disparition (c’est pour rire !) de ces petits vauriens quand ils  la poussent à bout et lui font perdre son sang-froid.

Cela décoiffe, et derrière l’humour, les messages sont fortement inspirés des combats menés par les féministes ( Olivia Moore en est assurément), pour être traités à égal avec les hommes, un combat qui n’est pas encore gagné, tant il y dans le genre masculin de fortes résistances à ces évolutions pourtant si légitimes

Plaisante soirée qui s’est achevée par la montée sur scène du Président de l’UDAF pour saluer Olivia Moore et la remercier de sa remarquable prestation. L’humoriste l’a gratifié alors, et à plusieurs reprises, de « Mon chaton », ce qui a déclenché à nouveau les fous rires de la salle. Voilà un sobriquet qui risque de lui coller à la peau un bon moment…

Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault à Marciac

Le dimanche 9 octobre, nous étions à Marciac, à l’Astrada, pour assister à la représentation du spectacle chorégraphique de Marie-Claude Pietragalla et de son compagnon Julien Derouault.

Cette dernière création du couple raconte la rencontre amoureuse entre deux êtres, l’état de grâce qui en résulte, l’évolution de leur relation, leurs sentiments l’un pour l’autre, sans cacher les moments critiques qui peuvent tout emporter, car le temps, s’il nourrit cette relation, peut aussi l’endommager et la faire disparaître.

Dans la belle brochure de présentation de cette pièce, les deux danseurs écrivent : « L’amour est un mystère, il s’adresse à notre part d’inconnu. C’est peut-être l’épreuve la plus difficile, le plus haut témoignage de soi ».

Marie-Claude Pietragalla a mené une belle carrière depuis son entrée en 1973 à l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris. En 1990, elle devient Danseuse Etoile sous la direction de Patrick Dupont, et elle dansera tous les grands rôles du répertoire classique et contemporain.

En 1998, elle est nommée Directrice Générale du Ballet National de Marseille et de son Ecole Nationale de Danse. C’est là qu’elle rencontrera Julien Derouault, alors danseur soliste, avec qui elle fondera en 2004 Le Théâtre du Corps . Leur Compagnie propose depuis douze ans, selon un rythme presque annuel, des créations à la fois théâtrales et chorégraphiques, qui questionnent l’inconscient à travers le corps. L’humain est au centre de leur inspiration et de leur recherche. Que ce soit à travers l’histoire, la mémoire collective ou le rapport à l’intime, leur écriture exprime ce qui constitue et définit notre humanité.

Les  corps des deux danseurs sont gracieux, légers, élégants, et ils enchaînent sous nos yeux, avec une recherche plastique élaborée, des tableaux techniquement très réussis, qui sont autant de performances suscitant l’admiration du public, et la mienne en particulier. Peut-être parce que c’est trop parfait, on regrette un peu que l’émotion, la sensibilité, ne soient pas plus palpables dans cette relation d’un homme et d’une femme, car il y va après tout dans cette affaire de l’expression des sentiments et d’une passion amoureuse.

Il y a en accompagnement des musiques inspirantes, de Malher (1860-1911), Vivaldi (1678-1741), Gorecki (compositeur polonais, 1933-2010), Arvo Pärt (compositeur estonien, né en 1935), Yann Tiersen (auteur-compositeur-interprète français, né en 1970) , Portishead (groupe anglais de musique alternative), et quelques textes bien choisis des grands classiques, comme cette belle manière chez Racine de traduire le sentiment amoureux : « Je le vis, je rougis, je palis à sa vue ; un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ; je sentis tout mon corps et transir et brûler. »

J’ai apprécié que le spectacle ait pour titre « Je t’ai rencontré par hasard », car c’est là la phrase d’entrée d’une des plus belles chansons de Léo Ferré, « La vie d’artiste » :

« Je t ai rencontré par hasard,

Ici, ailleurs, ou autre part,

Il se peut que tu t’en souviennes,

Sans se connaître on s’est aimés

Et même si ce n’est pas vrai

Il faut croire à l’histoire ancienne

Je t’ai donné ce que j’avais

De quoi chanter, de quoi rêver

Et tu croyais en ma bohême

Mais, si tu pensais à vingt ans

Qu’on peut vivre de l’air du temps,

Ton point de vue n’est plus le même… »

 L’Echappée Brel

 Le dimanche suivant, 16 octobre, nous étions à la salle des fêtes du petit village gersois de Bonas (120 habitants), à quinze minutes de la maison, pour participer à "L'Echappée Brel", un récital de chansons du grand Jacques (1929-1978), dont c’était, une semaine plus tôt (le 9 octobre) le 38ème anniversaire de sa disparition.

 Pour les interpréter, Jonatan Saissi le chanteur, un petit bonhomme qui a des airs de ressemblance avec Jean Dujardin , la carrure en moins, accompagné par Christian Laborde aux guitares, et Fabienne Argiro, au piano, ou à l’accordéon, ou à l’accordina (instrument de musique à vent, entre accordéon et harmonica),  tous trois étant issus du sud-ouest.

 Un régal que de réécouter les paroles (que je connais quasiment par cœur) si ciselées, si travaillées,  des différentes chansons programmée cette après-midi là, comme par exemple « Ces gens là », « Amsterdam », « Les vieux », « Les bonbons », « Mathilde », « Ne me quitte pas », « Quand on n’a que l’amour », « La chanson de Jacky », « La valse à mille temps », « Vesoul », « Les bourgeois » , « La quête » (extraite de la comédie musicale « L’homme de la Mancha »), ou encore « Sur la place », une chanson de 1953, les débuts de Brel, et qui figure sur le premier disque qu’il a enregistré, et « Sans exigences », un inédit publié en 1981, après la mort du chanteur.

 Mais n’est pas Jacques Brel qui veut, car l’homme fut un géant de la chanson française. C’était non seulement une voix, un parolier, un mélodiste, mais aussi et surtout un interprète. Un interprète sur scène hors du commun, qui donnait tout, et qui refusait les bis parce que justement il n’avait plus rien à donner à la fin d’un spectacle.

 Jonatan Saissi s’attaquait donc à gros, comme on dit familièrement. Au niveau de la voix, rien à dire. Elle était bien posée, tonitruante quand il le fallait (même si parfois elle était un peu étouffée par le côté trop bastringue du piano), et d’ailleurs le chanteur se produit dans des comédies musicales et des opéras. Il excellait ainsi dans les airs « galopants » et virevoltants,  tels « La valse à mille temps », « La chanson de Jacky », « Madeleine », ou encore « Mathilde ».

 Mais lorsqu’il s’est agi d’interpréter des chansons plus à « chair » (« Ne me quitte pas »,  « Amsterdam », « La quête », « Les vieux », « Sans exigences » …), il lui manquait presque tout, car il n’a pas su alors transmettre l’émotion, la sensibilité, la force, le rêve, la tristesse, le désamour des messages qu’elles contenaient, faute d’un jeu adapté dans lequel seul Jacques Brel excellait.

 Je suis intraitable à ce sujet car je suis depuis mes 14/15 ans (une passion qui a donc plus de cinquante ans d’âge) un « brélien » acharné (j’ai même fait le voyage des Marquises, pour aller m’incliner sur sa tombe dans l’île d’Hiva Oa), et je ne crois pas possible de copier un tant soi peu le maître, sauf à se casser les dents. C’est vrai également de Georges Brassens, ou de Léo Ferré (je  fais une exception pour Catherine Ribeiro qui a donné une interprétation magistrale de « La Mémoire et la Mer », et pour la chanteuse coréenne Youn Sun Nah dans "Avec le temps").

 J'ai par ailleurs regretté que certaines chansons n'aient pas figuré dans le programme, comme "Jojo", un incontournable texte sur l'amitié. Il faisait partie au demeurant du disque dit des "Marquises", sorti un an avant la mort de Brel, dont on n'entendit d'ailleurs aucun des douze titres. Et puis j’ai déploré que Jonatan Saissi n’ait pas eu un mot pour saluer l’artiste, et qu’aucune photo de celui-ci n’ait trouvé sa place en fond de scène. Car après tout, sans lui, il n’y aurait pas eu d’ « Echappée Brel »…Et c’est quand même lui que le public de Bonas était venu rencontrer, par le truchement du souvenir, et c’était lui encore qu’il a longuement et chaleureusement applaudi, debout, à la fin de la représentation.

 

Fait le 20 octobre

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

...
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