Points de vues du Gers Carnets

VOEUX

En 2017, disons-nous chaque jour, chaque heure, chaque minute, combien la vie est un précieux cadeau, dont il faut profiter avec allégresse. C’est si bref…

Faisons donc provision tout au long de ces douze nouveaux mois, d’optimisme, de curiosité –culturelle notamment  - ,de gaieté, de liberté, d’attention aux autres. Nous serons ainsi d’autant mieux armés pour surmonter nos  peurs et nos doutes, et  vaincre les vents contraires quand il s’en présentera.

« Connaître, au réveil, l'insouciante ivresse de seulement respirer, de seulement vivre...", Pierre LOTI, écrivain français, grand voyageur,(1850-1923). 

Que l’année nouvelle vous soit tendre et fraternelle !

 

Fait le 31 décembre

 Photo : une sculpture en papier mâché de l’artiste Robert Aupetit vue lors d'une exposition qui lui a été consacrée par le Musée Sabourdy, à Vicq-sur-Breuilh, en Haute-Vienne, au cours du premier semestre 2016.

"Le Guépard"

J’ai revu une énième fois sur la chaîne ARTE, au cours de ce mois de décembre, le chef d’œuvre de Luchino Visconti, « Le Guépard », réalisé en 1963, Palme d’Or du Festival de Cannes la même année. Un cadeau de Noël avant l’heure !

Il est tiré de l’unique roman de l’écrivain et aristocrate italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa (1896-1957), publié à titre posthume en 1958, livre qui s’inspire de la vie des aïeux de l’auteur.

C’est en l’espèce le récit de la chute d’un monde et de son remplacement par un autre. Le film décrit en 170 minutes ces évolutions par petites touches et de manière suggérée.

On est en 1860. L’Italie est en plein « Risorgimento » (« renaissance »), qui mènera à l’unification du pays, moyennant quelques révolutions en cours de route pour en hâter le processus, sous la houlette notamment de Giuseppe Garibaldi (1807-1882).

Au centre du décor, le prince sicilien Fabrizzio Salina (Burt Lancaster a l’allure aristocratique qu’il faut), qui assiste, en spectateur lucide, clairvoyant et désabusé, au déclin irréversible de sa classe sociale, et au triomphe des petits bourgeois et des parvenus qui ont su sauter à temps dans le train de l’histoire.

Parmi eux, son neveu Tancredi, jeune, joyeux, séduisant, opportuniste, cynique, dévoré par l’ambition, qui s’engagera d’abord dans les troupes de Garibaldi puis dans l’armée régulière, et parachèvera sa mue en épousant Angelica, la fille de Don Calogero Sedara, un riche propriétaire terrien, maire du village où le prince Salina possède sa résidence d’été (Claudia Cardinale - photo ci-dessus -, est dans ce rôle d’une beauté remarquable, que Visconti ternira d’un peu de grâce « vulgaire » pour  bien singulariser ses origines). Une alliance de raison entre la noblesse et la « roture » pour préparer les temps nouveaux, et s’emparer des leviers du pouvoir.  

Pour s’excuser de sa « traîtrise », Tancredi dira à son tuteur et oncle : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change », car une révolution çà n’est après tout qu’une rotation qui revient toujours à son point de départ…

A un envoyé de Rome venu proposer au prince Salina un poste de Sénateur, qu’il refusera bien sûr parce qu’il se sait trop lié au vieux monde sicilien, l’aristocrate dira : « J’appartiens à une génération malheureuse, à cheval entre deux mondes, et mal à l’aise dans l’un et dans l’autre.»  

Il dira aussi, avec un sens inné de l’anticipation historique : « Nous fûmes les guépards, les lions ; ceux qui nous remplaceront seront les chacals et les hyènes ». La phrase offre  de surcroît de fortes résonances encore aujourd’hui…

Cette impassibilité du prince Salina face aux évènements contraires heurte même le brave Ciccio Tumeo (Serge Reggiani), qui l’accompagne à la chasse et gère les chiens. Il ose d’ailleurs lui laisser entendre, lui qui est d’origine très modeste, mais qui doit tout à l’ancienne noblesse (c'est la générosité des Bourbons de Parme qui a permis à sa mère de lui donner une éducation), qu’il ne comprend pas l’indifférence de son maître devant la perte de ses intérêts de classe. Il ne voit pas d'un bon oeil non plus le mariage contre nature de Tancredi et d' Angelica. Cette audace d'opinion lui vaut en retour un sévère rappel à l’ordre du Prince, avec interdiction de revenir sur le sujet.

Le bal prestigieux donné à Palerme (en l'occurrence dans le Palazzo Gangi)  par le Prince Ponteleone n’est pas qu’une scène du film parmi d’autres.

D’abord parce que la séquence dure au total 45 minutes, et qu’il aura fallu 8 nuits et 300 figurants pour la tourner !

Ensuite, parce qu’on est au cœur de la leçon d’histoire du « Guépard ». Le bal, c’est l’évènement noble par excellence (plus tard, on parlera par contraste du bal populaire, le bal des « prolos ») : l’aristocratie est en représentation solennelle, et elle « met le paquet » : luxe, splendeur, magnificence à l’ordre du jour. Tout y concourt : le lieu (volumes, hauteurs de plafond et parquets à volonté, lustres comme il faut, tables fort bien fournies…),  les élégantes et riches tenues de ces dames et de ces messieurs…

Bref du mondain à perte de vue !

Mais ce que Visconti nous donne en fait à voir, c’est un modèle d’art de vivre en train de se perdre, un faste décadent, un chant du cygne d’une aristocratie qui jette ses derniers feux en renvoyant une image crépusculaire d’elle-même.

Le premier à ne plus y croire est le prince Salina. Certes, il va se lancer sur la piste, comme par le passé, fort d’une réputation d’excellent danseur. Ce sera cette fois à l’occasion d’une valse avec Angelica,  qui le lui a demandé avec insistance, mais il en sortira fatigué et vieilli.

Au point de se réfugier dans la bibliothèque du palais, pour se remettre de ses efforts. Il sera confronté alors à un tableau de Jean-Baptiste Greuze (1725-1808),« La mort du Juste », qui représente un vieillard à l’agonie, entouré de sa famille…Le metteur en scène ne  pouvait annoncer plus concrètement, plus brutalement, la fin imminente d’une époque à travers la mort prochaine de l’un de ses éminents représentants.   

Cette page qui se tourne, le prince Salina en prit aussi conscience lors de ce bal en observant ses hôtes petits bourgeois, aux propos si déplacés et aux manières si grossières.

Et pour se résigner définitivement, comme si c’était vraiment nécessaire, notre aristocrate en vint à considérer que les jeunes filles de la bonne société qui s’agitaient à qui mieux mieux sur leurs sièges pour attirer l’attention des « mâles » de leur rang ressemblaient à de « jeunes guenons », tant les mariages consanguins entre cousins avaient fini par dégénérer cette race du sang bleu. Valait mieux donc s’arrêter là !

Moment de caméra furtif  de Visconti lorsque le prince Salina quitte le bal : la salle des pots de chambre utilisés par les invités. Une image forte,  symbolique et  dégradante, une de plus, de cette société en voie de décomposition…  

Visconti s’est amusé à rappeler en diverses séquences  du film les liens très forts qui unissaient clergé et aristocratie. Le prince Salina disposait de son propre chapelain, le père Pirrone, jésuite d’origine populaire, un peu conseiller, un peu confesseur. Régnait au sein de la famille princière une dévotion extrême, et on voit sur l’écran père, mère, enfants, gouvernantes et domestiques, genoux à terre, chapelets en action.

Cette piété touchait les affaires de sexe, au point que l’épouse du prince se signait avant que son mari ne commette l’acte ! Et lui de se plaindre auprès de son confesseur de n’avoir jamais pu voir le nombril de sa femme ! Et pour satisfaire ses appétits, il lui fallait donc fréquenter en rasant les murs les bouges les plus infâmes…Une entorse aux lois du mariage facile à comprendre, mais réprouvée par le padre Pirrone au nom de l'Eglise.

Véritable fresque romantique, mythique, tragique, ce film est riche d’images somptueuses, voluptueuses, « viscontiennes » pour tout dire. La musique de Verdi et celle du compositeur italien Nino Rota (1911-1979) cadencent admirablement le récit. Burt Lancaster domine le casting avec aisance, incarnant si bien son personnage, dans une attitude hiératique et une majesté remarquables. Claudia Cardinale et Alain Delon ont pour eux leur jeunesse et leur beauté, mais leur jeu, à l’un comme à l’autre, manque réellement de densité.

Fait le 28 décembre

ADMD Gers, en marche

Voilà déjà  six mois et demi que j’ai été nommé Délégué pour le Gers de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD),  soit un peu plus de quatre mois opérationnels si on veut bien neutraliser juillet et août qui par nature ne prêtent pas à l’action, mais plutôt au repos.

J’ai déjà évoqué l’ADMD sur mon blog  à trois reprises : en octobre 2015 (« L’ADMD et le reste… »), en mai de cette année (« Ma nomination de Délégué du Gers de l’ADMD »), et en septembre (« Choisir sa mort »).

Sur la fin du mois d’octobre et en novembre, nous avons eu quelques rencontres et échanges fort intéressants.

A Toulouse le 26 octobre

Avec une partie de ma petite équipe, nous nous sommes rendus le mercredi 26 octobre à Toulouse, sur l’invitation de ma collègue de la Haute-Garonne, pour participer à une conférence placée sous le thème « Fin de vie, où est la liberté ? »

J’ai surtout apprécié en cette occasion les interventions d’un oncologue fort connu sur la place, en raison certes de ses compétences médicales, mais aussi pour avoir été à l’origine des soins palliatifs en Midi-Pyrénées,  de la création du Pôle Oncologie de Toulouse et d’un Espace éthique à l’IUT d’Oncologie. Il s’est également beaucoup investi  dans le développement dans la région de la formation continue des médecins et des soignants. 

Bref, un vrai mandarin, mais atypique quand même, en raison des propos qu’il a tenus et qui parfois ne sont pas très éloignés de la philosophie de notre association. Qu’on en juge : « Nous ne sommes pas des prophètes, des guérisseurs, nous sommes des médecins », une affirmation empreinte d’humilité, qui fait plaisir à entendre, car il y a tant de Professeurs qui pensent incarner la « science infuse » et qui imposent encore trop souvent leurs analyses et leurs décisions à leurs équipes et bien sûr aussi aux malades et à leurs proches. De lui également : « La première dimension de l’éthique, c’est l’écoute », « Oui, le temps manque pour l’écoute », « La surévaluation de la technique médicale dénature l’écoute », « La médecine contemporaine est-elle humaniste ? » Un langage de lucidité et de vérité ! Encore lui : « Dans le face-à-face médecin-malade, le débat c’est liberté contre liberté, volonté contre volonté, conscience contre conscience. Etre épaule contre épaule, et non front contre front ». Enfin : « Il est nécessaire de requalifier la relation humaine entre soignant et soigné », «Combien d’examens et de soins inutiles dans des maladies irréversibles ! », « C’est un abus de confiance causé aux malades que de leur administrer des thérapeutiques qui précèdent de peu la mort », manière de dénoncer clairement l’acharnement thérapeutique qui a toujours cours, alors que la loi en interdit la pratique.

On a réaffirmé par ailleurs l’extrême importance de rédiger ses directives anticipées, car elles sont opposables  au médecin pour toute décision d’investigation, d’intervention ou de traitement. Mais cependant le législateur reconnaît à celui-ci un pouvoir discrétionnaire invraisemblable. Il peut en effet s’opposer aux dites directives, d’abord en cas d’urgence vitale pendant le temps nécessaire à l’évaluation de l’état de santé de la personne concernée, et dans cette hypothèse rien de plus normal  que de surseoir à la mise en oeuvre de la volonté du malade. Mais deux autres circonstances reconnues par la loi sont davantage contestables, puisqu’il est admis que les directives anticipées puissent être écartées si  le praticien considère que c’est « inapproprié » ou « non-conforme » à la situation médicale constatée. Quid en l’espèce des concepts pour le moins évasifs  d’ « inappropriation » et de « non-conformité » ? Et même si la décision du médecin doit être alors  motivée et prise collégialement, que pèseront ces garde-fous quand il s’agira d’un praticien à forte notoriété et autorité,  auquel  l’entourage n’osera pas dans ce cas s’opposer ? Seul sujet de satisfaction : les directives anticipées sont désormais devenues essentielles et doivent conduire à un dialogue constant entre le médecin, l’équipe soignante, le malade, les proches et  les personnes de confiance qu’il aura désignées dans ses directives (ces relais du patient sont d’autant plus importants  dans le cas où le malade n’est plus en capacité de  s’exprimer).

On a aussi évoqué la nécessité d’aborder la  fin de vie dans les écoles, ce qui se fait déjà un peu ici et là, notamment dans les lycées. Il est vrai que les jeunes sont pleinement concernés par ces enjeux, ne serait-ce qu’au sein de leurs familles respectives, et parce qu’eux-mêmes peuvent être victimes d’accidents ou de maladies graves. Ils sont d’ailleurs bien conscients de ces risques, et dans les conférences qui  leur sont données  sur l’aide active à mourir et sur l’éventualité d’une nouvelle loi qui reconnaîtrait l’euthanasie en France, il n’est pas rare qu’ils réclament  l’application de la future réforme aux mineurs, comme cela l’a été en Belgique en 2014 (la loi d’origine remontant, elle, à 2003).

A été abordée également la problématique de la sédation profonde et continue, seul moyen légal à ce jour de fin de vie, qui est l’altération de la conscience maintenue jusqu’au décès, associée à une analgésie et à l’arrêt des traitements, y compris l’hydratation et l’alimentation. Elle peut être envisagée dans deux cas précis : lorsque le patient, atteint d’une affection grave et incurable et dont le pronostic vital est engagé à court terme, présente une souffrance réfractaire aux traitements, ou lorsque la décision du patient atteint d’une affection grave  et incurable d’arrêter un traitement engage son pronostic vital à court terme et est susceptible d’entraîner une souffrance insupportable.

Certains  médecins se demandent parfois si, dans tel ou tel cas de figure,  les conditions pour pratiquer une sédation profonde et continue sont bien remplies et conformes à la loi. Dans le doute, ils préfèrent quelquefois s’abstenir, de crainte de se retrouver  pénalement répréhensible, privant par là même un malade d’une fin de vie légitime. Se trouve ainsi  soulevé le problème de la dépénalisation systématique de ce geste médical pour soulager la conscience des praticiens. Mais se battre pour l’obtenir, n’est-ce pas  retarder d’autant l’aboutissement d’une loi  reconnaissant l’euthanasie, qui réglerait, elle,  une fois pour toutes ces tergiversations ?  C’est en tout cas ce que je pense.

Journée Mondiale du Droit de Mourir dans la Dignité, le 2 novembre

Le 2 novembre, fête des Défunts, c’était la Journée Mondiale du Droit de Mourir dans la Dignité, organisée par notre Fédération internationale qui regroupe dans 22 pays  du monde entier une cinquantaine d’associations  qui, comme l’ADMD,  se bat pour permettre à  chacun de  choisir librement le moment et les conditions de son départ.

Dans chacun de nos départements, nous étions invités à mener une action de terrain et de proximité. Nous avons investi pour notre part  le marché de Condom (photo ci-dessus) où, tract à l’appui, nous nous sommes évertués à diffuser notre message. Les contacts ont été souvent  positifs, parfois moins,  car  nos thèses  ne sont pas toujours les bienvenues auprès  de ceux qui ont des  convictions religieuses, ce qui au demeurant est tout à fait respectable, ou qui  refusent  de côtoyer la mort, ne serait-ce que le temps d’un échange. La camarde  fait peur, alors qu’il conviendrait tant de s’y préparer et de l’apprivoiser. Après le marché, j’avais invité nos adhérents du secteur à venir partager dans un hôtel-restaurant de la ville le verre de l’amitié. Le moment fut sympathique et convivial, et j’ai eu la chance d’avoir un bon écho de notre manifestation dans la presse locale.   

Le Café Philo d’Auch  le 25 novembre

Le vendredi 25 novembre, je fus invité par le Café Philo d’Auch à une séance consacrée à la question « Ma mort m’appartient-elle ? ». Cette institution a déjà  17 ans d’existence (elle  a fait des émules, à Lectoure depuis quatre ans,  et à l’Isle-Jourdain depuis près de trois ans), et fut  créée  par un  gersois qui vivait à Paris et fréquentait à La Bastille le Café Philo des Phares, le plus célèbre  de France. On se  réunit de 18h30 à 20h30, tous les vendredis sans exception, au bar-restaurant « La Bodega » autour d’un thème de réflexion choisi par les participants eux-mêmes,  thème qui appelle le débat d’idées, et la discussion peut  au-delà se poursuivre à table (on mange espagnol ou gascon). Vient qui veut, quel que soit son niveau de culture. Son animateur, Claude Pietre, dit volontiers qu’on n’a pas besoin d’être pourvu d’un diplôme de philosophie pour pousser la porte du Café Philo.

Nous étions une bonne quinzaine  à  notre rendez-vous du 25 novembre. L’assemblée s’est beaucoup intéressée au pourquoi et au comment de l’ADMD dans la mesure où à l’interrogation « Ma mort m’appartient-elle ? », notre association répond sans hésitation « oui » car il s’agit là d’une ultime liberté que nous revendiquons haut et fort (le titre du dernier ouvrage de notre Président national sur le sujet s’intitule d’ailleurs « Ma mort m’appartient »). Je fus l’objet de beaucoup de questions pertinentes auxquelles je me suis évertué à répondre du mieux possible.

Je fus enchanté de cette rencontre, et me suis promis de revenir siéger au Café Philo, au gré de mes disponibilités. L’ambiance y est excellente, et la diversité des profils ajoute à l’intérêt des échanges. J’ajoute que le soir de ma venue, deux adhérentes de l’ADMD Gers étaient là, et je n’exclus pas qu’une participante à nos débats de ce soir là ne rejoigne nos rangs.

Parmi les thèmes abordés depuis, ou à venir : « Qu’est-ce qu’une belle vie ? » (9 décembre), « En démocratie, ne pas voter est-ce vraiment s’abstenir ? » (16 décembre), « La pitié, une vertu dépassée ? » (23 décembre), « Que veut dire s’émanciper ? » (13 janvier), « L’utopie existe-t-elle ? » (20 janvier).

Réunion avec les adhérents AMD d’Auch le 29 novembre

Mardi 29 novembre, réunion des adhérents et sympathisants  d’Auch et des environs .Quelques 25 personnes présentes. De quoi alimenter des discussions fort utiles, après que j’ai fait le point de l’actualité et des projets  de l’association tant au plan national qu’au niveau du Gers. En conclusion, un témoignage bouleversant et tellement révélateur des conditions scandaleuses dans lesquelles des malades peuvent continuer à  être traitées en milieu hospitalier. L’homme qui s’est confié à nous a raconté le calvaire de son épouse, atteinte d’un cancer irréversible du duodénum. Plutôt que de lui administrer en temps et en heure une sédation justifiée par la situation sans issue dans laquelle elle se trouvait, l’oncologue s’est employé à retarder l’échéance au motif qu’il comptait appliquer un nouveau protocole susceptible de guérir la malade, à l’évidence en phase terminale aigue, comme le confirmait le chirurgien qui avait pu constater lors d’une intervention qu’il n’y avait plus du tout d’espoir. Durant tout ce temps d’une obstination déraisonnable, pourtant condamnée par la loi, le mari fut confronté à la déchéance physique et morale insupportable de son épouse, qui n’aspirait plus qu’à  sa délivrance. Elle mourut dans la souffrance et le désespoir absolus, ne comprenant pas, et son époux non plus, qu’elle ait pu ainsi, telle une souris de laboratoire, être à la merci d’un oncologue jusqu’au-boutiste ! Cela se passait à l’hôpital de Mont-de-Marsan, dans les Landes. Un triste et révoltant exemple de ce contre quoi se bat l’ADMD en réclamant que soient définies clairement les limites à la dégradation du corps et de l’esprit des malades. Ne faudrait-il pas non plus, au nom de la dignité humaine, poursuivre devant les tribunaux l’auteur d’un pareil acharnement thérapeutique ?

L’histoire de ces dernières années est d’ailleurs déjà lourde  de tragédies humaines de ce genre. Rappelons- nous les affaires suivantes :

-          Chantal  Sébire en 2008, une femme atteinte d’une tumeur des sinus et de la cloison nasale, qui lui défigure le visage et la fait vivre  dans d’extrêmes souffrances. Elle se  suicide à coup de barbituriques, la justice lui ayant refusé l’aide active à mourir

-           Jean Mercier, un vieil homme de plus de 88 ans, atteint d’un cancer, poursuivi, pour ne pas dire harcelé,  par les tribunaux depuis 2011 pour avoir aidé son épouse de 83 ans à mettre fin à ses jours en raison d’une ostéoporose lui procurant des douleurs intolérables et  inapaisables

-           Vincent Lambert, victime en 2008, il avait 32 ans, d’un accident de la route qui fait de lui un être tétraplégique, en état végétatif. Fort de ce qu’il avait toujours dit à son épouse à propos de la fin de vie, celle-ci tente depuis d’obtenir pour lui un arrêt des soins. Les parents du patient  s’y opposent avec énergie, multipliant les procédures pour faire prévaloir leur vive opposition. La  justice vient toutefois de  confirmer en appel le choix de Mme Lambert comme tutrice de son mari. Ce qui laisse entrevoir un nouvel espoir pour elle de pouvoir mettre fin à l’acharnement thérapeutique dont fait l’objet son époux depuis huit ans

-          François, un isérois de 56 ans,  atteint de la maladie de Charcot, une maladie qui  le paralyse peu à peu (il ne communique plus que par clignement d’yeux), et va le conduire à mourir étouffé mais en pleine conscience car le cerveau  n’est pas touché. Soutenu par son épouse, il demande à s’en aller mais les médecins considèrent qu’il n’est pas au bout de sa vie !!!!

Pas étonnant que le taux de suicide en France des personnes de plus de 70 ans soit si élevé (28,9%), puisque la loi ne leur ’offre pas cette aide active à mourir que l’ADMD appelle de tous ses vœux.

Autres réunions ADMD à venir

Pour les mois à venir, et après Condom et Auch, je poursuivrai  dans le Gers mes réunions par zones géographiques afin de rencontrer les adhérents concernés. Puis nous recevrons le samedi 4 mars le Dr François Damas, Président du Comité d’Ethique du Centre Hospitalier de Liège en Belgique, après avoir été dans cet établissement le Chef du Service des Soins Intensifs. Il a écrit il y a deux ans un excellent ouvrage, « La mort choisie – Comprendre l’euthanasie et ses enjeux », un état des lieux documenté, enrichi de cas concrets, sur la mise en œuvre de cette « bonne mort », autorisée par la loi belge  depuis 2003. C’est son précieux témoignage professionnel  qu’il viendra nous livrer, en nous donnant en même temps l’occasion de nous dire, une fois de plus : « Si la Belgique l’a fait, pourquoi pas nous ? »  

 Objectif  Elections présidentielle et législatives

Nous allons entrer ensuite dans la phase active de l’élection présidentielle (scrutin des 23 avril et 7 mai), puis des élections législatives (scrutin des 11 et 18 juin).Notre association va  se mobiliser autour de  ces échéances, tant au plan national, que dans nos régions et nos départements, et bien entendu dans le Gers.

Point fort de l’ouverture de cette opération ADMD Elections  : les 17 et 18 mars, avec, comme chaque année en pareille période  la réunion à Paris des Délégués départementaux, puis en début d’après-midi du 18 mars une marche citoyenne à partir de la place de la République pour nous rendre au Cirque d’Hiver, dans le 11ème arrondissement,  où se tiendra un rassemblement au cours duquel  les candidats à la Présidence de la République, invités par l’ADMD, s’exprimeront  sur les enjeux de fin de vie (en tout cas ceux qui auront bien voulu  répondre à l’invitation).

Puis, chaque délégation départementale se chargera d’interpeller dans leurs réunions de campagne les différents candidats aux législatives. Le Gers ne comptant que deux circonscriptions,  il sera plus facile donc que dans des départements plus peuplés de couvrir les meetings des uns et des autres.

A noter que le siège de notre association ouvrira début janvier un site d’interpellation des candidats. Sans  aucune considération partisane, ce site informera en temps réel les adhérents et sympathisants de l’association  de la position des différents candidats à la députation concernant la question de la fin de vie. Ce site, d’un abord ludique, pourra aussi être utilisé par eux pour contacter, une ou plusieurs fois, leurs candidats. C’est cette mobilisation qui renforcera la légitimité de notre association et nos chances de nous  faire entendre.

 En ce qui concerne les députés sortants, le site d’interpellation indiquera  pour chacun son vote lors de l’examen en première lecture de la proposition de loi Claeys/ Leonetti, le 17 mars 2015, puis son vote lors de l’examen de l’amendement de Jean-Louis Touraine, député socialiste du Rhône, relatif à la légalisation de l’euthanasie, le 5 octobre 2015, puis, enfin, son vote lors de l’examen de l’amendement de Véronique Massonneau, députée  socialiste de la Vienne, relatif à la légalisation du suicide assisté, le même  5 octobre 2015. A tous les candidats à un siège de député, les internautes auront également la possibilité de demander par un simple mail leur avis (pour/contre/ sans opinion) sur la légalisation, d’une part, de l’euthanasie, et, d’autre part, du suicide assisté. Ces réponses seront évidemment publiées sur ce site au fur et à mesure où elles arriveront. A tout moment, les candidats aux élections législatives pourront signaler si une erreur a été commise sur le site concernant leur position. Cette fois encore, il n’y aura ni parti pris, ni consigne de vote.

 Pour la présidentielle, dès que tous les candidats se seront déclarés  le site reproduira  la lettre qui leur aura été adressée au nom de l’ADMD par son Président, Jean-Luc Romero,  ainsi que la réponse qui, éventuellement, y aura été apportée par le candidat ou son représentant. Un modèle de lettre à reprendre sera aussi à la disposition des Délégations qui voudront relayer à leur tour auprès des candidats dans leur département la revendication de l’ADMD.

 Nous voilà donc dans les starting-blocks, prêts  pour une nouvelle et belle aventure collective.

 Fait le 13 décembre

Culture et loisirs

Novembre fut un mois creux, très creux,  pour ce qui concerne la tenue de mon blog. Je n’ai pour ce mois rien fait d’autre en effet que de reproduire un éditorial fort bien troussé sur le règne à la télévision, par bouffons interposés, du divertissement abêtissant et de la médiocre gaudriole.

Pour autant, je n’ai pas manqué de centres d’intérêt durant la période considérée.

A commencer, par ma fréquentation à trois reprises du Ciné 32 d’Auch.

« Moi, Daniel Blake »

Pour voir d’abord « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach, Palme d’Or cette année du Festival de Cannes, la seconde pour ce metteur en scène après « Le vent se lève » en 2006. Outre ces deux consécrations majeures, il obtint aussi à Cannes sept autres Prix, dont trois Prix du Jury et un Prix d’interprétation masculine (Peter Mullan dans « My name is Joe »).

Ken Loach, auteur au total de vingt-cinq longs métrages, est un cinéaste militant dénonçant, avec une profonde humanité, le sort fait aux plus faibles  par les ravages du néolibéralisme avec, hélas !,  la complicité des politiques publiques. Il est souvent question dans son cinéma de conflits sociaux, de lutte pour le droit des travailleurs, du sort détestable fait aux immigrés clandestins, et aussi des heures sombres de l’histoire de la Grande-Bretagne.

Bien entendu, « Moi, Daniel Blake » n’échappe pas à la règle, et c’est peut-être l’un des plus beaux films qu’il m’a été donné de voir de ce cinéaste engagé.

Daniel Blake,  le « héros » du film, se bat contre les moulins à vent des administrations de Newcastle (une ville sinistrée) en charge des affaires sociales, du chômage et de l’emploi. Il est broyé par un monstre institutionnel froid, ubuesque et impitoyable, censé pourtant  représenter un Etat providence qui, en fait, ne l’est plus. Au point que ses services ont été pour partie délégués à un prestataire privé dont le mot d’ordre est de soupçonner chacun des usagers de se comporter comme un fraudeur et  comme un menteur  qu’il s’agit coûte que coûte de démasquer.

Victime d’un accident cardiaque, cet homme de 59 ans a dû renoncer à son emploi de charpentier, et ses médecins lui recommandent de ne pas reprendre tout de suite une activité. L’administration concernée veut néanmoins  l’inscrire sur la liste des demandeurs d’emploi, ce qui l’oblige à en rechercher un sous peine de sanction, l’empêchant ainsi de prétendre à une allocation d’invalidité. Bref, il ne peut ni travailler, ni se reposer !

Lors de ses pérégrinations pour défendre ses droits  face à des interlocuteurs hermétiques et presque hostiles (à une exception près, celle d’une employée de l’agence pour l’emploi, très touchante par son attention aux déclassés, ce qui lui vaut d’ailleurs d’être rabrouée par sa hiérarchie !), Daniel Blake va faire la connaissance de Katy, une jeune mère célibataire, qui a quitté   Londres pour le nord de l’Angleterre, où la vie est économiquement  plus abordable, en termes de loyer notamment.

Lui, résiste aux humiliations qu’il subit (il doit entre autres s’enregistrer sur un ordinateur, un outil qu’il n’a jamais utilisé), il ne se résigne pas, elle, qui n’a même pas les moyens de nourrir ses deux enfants, est plus vulnérable et prête à tout (elle se prostitue) pour tenter de s’en sortir. Pris tous les deux dans les filets des aberrations administratives, ils vont s’accrocher l’un à l’autre comme des naufragés, mais la fin du film n’est pas à leur avantage, loin s’en faut.

Une scène m’a beaucoup marqué :   celle où Daniel Blake tague le mur de l’agence pour l’emploi pour exprimer son ras-le-bol et sa détresse, sous les acclamations des passants. Mais individualisme et égoïsme obligent, cette solidarité n’ira pas plus loin, et personne ne viendra s’opposer à l’arrestation du « délinquant » par la maréchaussée…

Ce film est bouleversant, grâce aux  deux excellents acteurs principaux, pourtant inconnus ou presque,  (Dave Johns-Daniel Blake est un fantaisiste qui n’avait jamais jusqu’alors fait de cinéma –photo ci-dessus - , et Hayley Squires-Katie  est quasiment une débutante),  à la sobriété de la mise en scène, et au réquisitoire rigoureux qui en est la trame. Le magazine « Télérama » écrivait : « Ce n’est pas Daniel Blake qui est anachronique, c’est la violence sociale ».

« Réparer les vivants »

Vu aussi, plus par désoeuvrement que par envie pure, « Réparer les vivants », tiré du livre éponyme de Maylis de Kerangal , paru en 2014 (Editions Verticales). Mis en scène par Katell Quilléveré, une jeune réalisatrice, ce film évoque le sujet du don d’organe, en l’occurrence un cœur, à prendre à un jeune surfeur de 17 ans, Simon, mort des suites d’un accident de la route, et à donner à une femme d’âge mûr (Anne Dorval, l’actrice fétiche de Xavier Dolan,joue ce rôle avec délicatesse),qui  avec cette greffe providentielle va  sauver sa vie. Les parents, accablés de douleur et  dans un désarroi total (la mère, Emmanuelle Seigner, est formidable)  hésitent beaucoup à envisager cette transplantation, mais finissent par accepter, encadrés avec tact dans leur réflexion et leur décision par un jeune praticien de l’hôpital (Tahar Rahim, excellent). Il y a parfois un peu trop de pathos (difficile cependant de faire autrement, vu le sujet raconté), mais les acteurs mettent dans leur jeu une sensibilité de bon aloi, et le symbole porté par le récit, le sacrifice d’un fils pour que vive une mère, donne un sens fort émouvant à l’histoire. A noter, le côté documentaire médical du film, plein d’intérêt, qui décrit le trajet d’un organe d’un corps à un autre, avec une précision clinique impressionnante.

« Sully »

Plus récemment, j’ai vu le dernier film réalisé par Clint Eastwood, « Sully », plutôt complimenté par la critique française. On se  souvient tous de ce fait divers américain de janvier 2009 qui aurait pu virer à la tragédie : deux minutes après son décollage de l’aéroport de LaGuardia de New-York, un Airbus A320 est percuté par une formation de palmipèdes qui s’engouffrent dans les deux réacteurs, mettant hors d’usage les deux moteurs de l’aéronef.

Aux commandes de l’appareil, le commandant Chesley  Burnett  Sullenberg, dit Sully, (Tom Hanks),  pilote chevronné de 59 ans, doit, avec son copilote, Jeffrey Skiles (Aaron Eckhart), réagir dans l’urgence absolue. L’avion perdant de la vitesse et volant très bas, il renonce, craignant le crash, à se diriger vers un des aéroports de proximité pour préférer tenter l’amerrissage sur le fleuve Hudson, une opération à grand risque. Grâce au sang-froid, à l’instinct et à l’expérience du Captain et de son second, les 150 passagers et les cinq membres de l’équipage sortent sains et saufs de cet exploit qui a sans doute permis par ailleurs d’éviter la mort de centaines d’autres dans l’hypothèse où l’Airbus  serait tombé sur la ville en voulant rejoindre une proche plate-forme. Dans la réalité, les témoins qui ont assisté à la descente miraculeuse de l’avion entre les tours de Manhattan, ont d’ailleurs tout de suite pensé à un nouvel attentat terroriste, après celui du 11 septembre 2001.

La reconstitution sur l’écran de la catastrophe est techniquement très réussie (les images où les passagers attendent les secours debout  sur les ailes encore émergées de l’avion sont l’exacte reproduction de celles qui ont été montrées à l’époque à la télévision). Mais ce n’est pas pour moi l’essentiel, car ce que Clint Eastwood privilégie est l’illustration de la capacité du peuple américain à se conduire en héros lorsque les circonstances l’exigent, un thème cher au cinéaste. Le héros, fût-il modeste, c’est bien entendu Sully,  adulé par les médias et ses congénères, et son acolyte, mais aussi le personnel de bord, ainsi que tous les policiers et sauveteurs de New-York qui accourent de toutes parts, en ferry, en hélicoptère, pour éviter à certains la noyade ou une grave hypothermie dans les eaux glacées de la baie d’Hudson. Le grand rêve américain, ce mythe national qu’affectionne tant Clint Eastwood, est ici mis en valeur avec éloquence : l’Amérique, quand elle s’unit, est grande et généreuse, et peut à peu près tout. 

Face à cette épopée heureuse, il y a l’attitude bureaucratique de la Commission d’enquête du Conseil national de la Sécurité des Transports qui mit en cause Sully pour n’avoir pas appliqué en la matière le protocole prévu, en l’espèce le demi-tour, et d’avoir ainsi mis en péril la vie des passagers, sans oublier le dommage matériel considérable résultant de la perte de l’avion et du coût élevé de l’intervention des secours !

Les enquêteurs étaient en l’occurrence convaincus par ordinateurs et simulateurs de vol interposés que le retour à la base était encore possible, une argumentation que Sully mettra en pièces, faisant ainsi la preuve que l’humain est encore capable de faire plus et mieux que la machine. On retrouve là aussi en filigrane l’ode « eastwoodienne » à l’individu contre l’institution, à l’instinct contre la règle, à l’espoir contre le doute.

Tom Hanks est dans un rôle qui lui va à merveille. Il  incarne parfaitement  cette Amérique sobrement  héroïque, comme le firent avant  lui de grands acteurs comme Gary Cooper ou James Stewart. L’acteur a aujourd’hui 60 ans, et déjà une cinquantaine de films à son actif, dont les inoubliables « Le bûcher des vanités » (1990), « Nuits blanches à Seattle »(1993), « Philadelphia » (1993 aussi), « Forrest Gump » (1994), « Il faut sauver le soldat Ryan » (1998), « Le pont des espions » (2015).

L’Orchestre de Chambre de Toulouse

Pour ce qui concerne la musique, nous nous sommes réabonnés à la saison 2016/2017 de l’Orchestre de Chambre de Toulouse dirigé depuis douze ans par Gilles Colliard (il dirige aussi l’Orchestre de Chambre de Barcelone), un musicien que nous avons connu et fort apprécié lorsqu’il était à Limoges (nous vivions là alors) le Premier violon de l’Ensemble Baroque de Limoges, une formation conduite par le fameux violoncelliste et gambiste Christophe Coin. L’avantage de l’offre proposée est que chaque concert est doublé, étant exécuté une fois à l’auditorium de Saint-Pierre- des-Cuisines de Toulouse (une salle prestigieuse aménagée dans une ancienne église désaffectée), et une seconde fois à L’Escale de Tournefeuille, et c’est cette seconde option que nous choisissons car elle a l’avantage de nous éviter de rentrer dans la ville rose.

Nos derniers rendez-vous : le mardi 18 octobre  autour de Brahms. Sur la scène, l’Orchestre de Chambre de Toulouse dirigé pour l’occasion par Joël Suhubiette, et le chœur Archipels. Du répertoire a cappella à l’oratorio, de la musique de la renaissance à la création contemporaine, en passant par l’opéra, travaillant en relation avec des musicologues, allant à la rencontre des compositeurs d’aujourd’hui,  Joël Suhubiette consacre l’essentiel de son activité à la direction de ses ensembles, le chœur de chambre toulousain « Les Eléments », qu’il a fondé en 1997, et la formation « Jacques Moderne » de Tours, dont il est le directeur musical depuis 1993. Avec cet ensemble, le musicien interprète  la polyphonie française, italienne, espagnole et anglaise a capella du XVI° siècle,  mais aussi plus récemment  la musique du XVII° siècle, en particulier les répertoires allemand et italien. Joël Suhubiette avait ce soir là fait appel au chœur Archipels, l’atelier vocal des « Eléments », qui regroupe étudiants, professeurs de musique et amateurs confirmés, désireux  avec lui de découvrir ou de perfectionner une pratique de chant choral exigeante.

Au programme : différentes œuvres de Brahms (1833-1897), et l’Arlésienne, Suite n°1, de Georges Bizet (1838-1875). Nous n’avons pas tout aimé, mais les trois premières pièces jouées  du compositeur allemand,  pianiste et chef d’orchestre, un des plus importants musiciens de la période romantique, furent magnifiques. Il faut dire que deux d’entre elles avaient fait l’objet d’une excellente transcription de Joël  Suhubiette (« Geisliches Lied », opus 30, et le sombre « Im Herbst », opus 104-5, les deux pour chœur et orchestre à cordes). Le troisième morceau, « Verlorene Jugend », pour chœur a cappella, appartient, comme « Im Herbst », à une série de cinq chants (« Fünf Gesänge »), composés en 1888 par un Brahms mû dans son écriture musicale par une  intense nostalgie.

Le rendez-vous du vendredi  11 novembre fut encore plus réjouissant. Au pupitre, Gilles Colliard pour diriger l’Orchestre de Chambre de Toulouse, et au piano Jonas Vitaud. Il n’a que 36 ans, mais il est déjà prodigieux, ce que laissaient annoncer ses quatre premiers prix obtenus au Conservatoire national Supérieur de Paris (piano, musique de chambre, accompagnement au piano, harmonie), et le titre de lauréat en soliste et chambriste qui lui a été attribué par plusieurs concours internationaux .Dans son répertoire, Jonas Vitaud réserve une place privilégiée à la musique de chambre, mais il est aussi passionné par les musiques actuelles, ayant travaillé à cet égard avec des maîtres de la création, tel Henri Dutilleux (1916-2013), auquel son deuxième CD , sorti en janvier 2016, est consacré.

Nous avons entendu successivement :

-          Adagio et Fugue de Mozart (1756-1791), un petit bijou musical ! L’adagio est puissant et ténébreux tout à la fois, et il y règne du drame en concentré. La fugue, elle, est empreinte de l’influence de Bach. S’en dégage une impression de grandeur mêlée d’un sentiment de vertige, tant le compositeur joue au funambule avec sa musique.

-          Symphonie n° 38 en do majeur de Joseph Haydn (1732-1809), dite « L’Echo ». Ce n’est pas ce que j’ai préféré dans ce programme car Haydn ne fait pas partie de mon « Panthéon » musical. Elle est dite « L’Echo » car dans le deuxième mouvement, un effet d’écho émane de la ligne des premiers violons dont les motifs sont ensuite répétés en effet de sourdine par les deuxièmes violons. L’œuvre est néanmoins festive et brillante, atteignant son point culminant dans le Final.

-          Concerto pour piano n° 4 de Ludwig van Beethoven (1770-1827). C’est l’avant-dernier concerto pour piano du Maître. Je l’apprécie beaucoup car il y a dans le premier mouvement, qui commence inhabituellement par le piano seul, un échange constant et complice entre celui-ci et l‘orchestre, comme si le premier se confiait au second, qui lui répondait. C’est tendre, colérique, intelligent, inventif, audacieux, et la montée en puissance de cet Allegro Moderato nous fait chavirer d’émotions diverses. Le deuxième mouvement, court et profond, est plus dramatique, tandis que dans le dernier, un Rondo-Vivace-Presto, Beethoven déploie toute sa virtuosité dans les pages pour violon, y ajoutant des passages orchestraux tonitruants. Un chef d’oeuvre !

A l’issue du concert, nous avons pu saluer Gilles Colliard, revenu sur scène quelques instants plus tard, nous rappelant ainsi à son bon souvenir, et nous promettant d’aller le voir un jour ou l’autre diriger à Barcelone.

Nous avons par contre raté notre rendez-vous du vendredi 2 décembre, où Gilles proposait un feu d’artifice baroque (Bach, Haendel, Corelli, Torelli et Biber). Nous n’avions pas l’envie ce soir là  de faire les quelques 170 kms aller-retour nécessaires pour nous y rendre. Il est vrai que c’est un des inconvénients majeurs du Gers de se trouver ainsi éloigné des grandes villes, qu’il s’agisse de Toulouse (à 94 kms de notre domicile) ou de Bordeaux (à 188 kms), nous freinant d’autant d’aller y consommer régulièrement  des offres culturelles  et artistiques qu’on ne peut pas trouver sur notre petit territoire.

Steve Reich, au Théâtre de l’Archipel, à Perpignan

A  Perpignan, où nous avons passé quelques jours à la mi-novembre, s’ouvrait à ce moment là au Théâtre de l’Archipel, une scène nationale qui propose chaque année une programmation de grand intérêt,  la  quinzième édition du  Festival de création sonore et visuelle « Aujourd’hui Musiques ». Au programme, l’exécution d’œuvres de Steve Reich, un compositeur américain connu pour sa musique contemporaine très spécifique. J’avoue que je n’ai pas une forte attirance pour celle-ci car je n’y fais pas mon plein d’émotions. C’est sur les conseils d’un couple d’amis de Perpignan que j’ai  sauté le pas. Je ne saurai expliquer le pourquoi et le comment de la musique de ce Steve Reich, universellement connue, sinon à dire qu’elle est fondée sur le principe de la répétition, avec, comme il est écrit dans le quatre pages du programme,  « …un matériau mélodique limité à quelques notes jouées sur un rythme simple reposant sur une pulsation constante, un cycle de déphasage de ce matériau par rapport à lui-même, et une prédilection pour les sonorités percussives et l’emploi de mêmes timbres », sachant que les influences du compositeur se trouvent dans les musiques  africaine, indonésienne (balinaise en fait) et indienne.

Deux de ses œuvres ont donc été jouées au cours de cette soirée : « The Four Sections » pour orchestre (1987), une commande au départ du San Francisco Symphony, et « Desert Music » pour chœur et orchestre (1984), une commande aussi, de la radio de Cologne.

Et pour les interpréter : l’Orchestre Perpignan Méditerranée, et le Collegium Vocal du Conservatoire à  Rayonnement  Régional, les deux ensembles étant dirigés par Daniel Tosi. Ce pur et fougueux catalan, formé à Toulouse puis à Paris, est également Directeur artistique de l'association qui gère la saison musicale de la ville, le festival et les manifestations artistiques du Conservatoire.

Beaucoup de monde donc sur scène, et une musique haletante (quel rythme !), ébouriffante, fulgurante, ample, puissante, captivante, qui ne vous lâche pas du début à la fin. Fort impressionnant ! Mes a priori se sont dissipés face à une telle audace créative, et la salle, debout, a applaudi à tout rompre cette production tellement hors du commun.

"Building"

Un mot encore pour évoquer une  pièce de théâtre donnée par une troupe de dix comédiens amateur, qui compte dans ses rangs un de nos amis. C’était à Lectoure le samedi 29 octobre. On y jouait « Building », une œuvre de 2010 de Léonore Confino, remarquée à un festival off d’Avignon, et qui reçut le Grand Prix du Théâtre pour cette réalisation. Jeune comédienne et auteure, Léonore Confino connaît un succès croissant grâce à une écriture nerveuse et corrosive, virant parfois à l’absurde, qui rencontre son public. Sa deuxième pièce, « Ring » (2013), fut consacrée au couple, et la troisième, « Les uns sur les autres » (2014) à la famille, avec Agnès Jaoui dans le rôle de  la mère. Son dernier texte, « Le Poisson belge », avec Marc Lavoine, lui a valu une nomination aux Molière 2016 dans la catégorie Meilleur Espoir. Léonore Confino confie toujours la mise en scène de ses pièces à sa complice Catherine Schaub, avec laquelle elle dirige une Compagnie théâtrale, en résidence à Poissy, dans les Yvelines. Avec cette Compagnie, Léonore Confino anime aussi des ateliers d’écriture pour un public  scolaire, un travail qu’elle fait également en direction de personnes en situation difficile avec le soutien d’assistantes sociales.

Ce n’est pas bien entendu Catherine Schaub qui était à la manœuvre à Lectoure. Pour autant, nous avons pris plaisir à cette représentation de « Building ». Soit un immeuble de treize étages. Nous sommes chez Consulting Conseil, une entreprise qui a pour mission surréaliste de coacher les coachs, de conseiller les conseillers. Le Président Directeur Général (joué en l’occurrence par notre ami) amorce la pièce en motivant ses employés avec un discours démagogique, superposant avec éloquence banalités et techniques de communication. Plus on grimpe les étages, plus on monte vers la déshumanisation des individus, au rythme des pigeons qui s’écrasent contre les baies vitrées, abusés par le reflet mortel du ciel. Plus les scènes s’enchaînent avec une dynamique qui va crescendo, du parking à la salle de réception, plus on observe tous les dysfonctionnements et les dérives, qui, loin de faire du travail un moyen de réalisation et d’épanouissement, en font une cause d’enfermement névrotique. Sur fond de comédie, c’est une critique particulièrement sévère mais plutôt réaliste du monde de l’entreprise qui pose la question de savoir jusqu’où nous irons dans cette dégradation insupportable des conditions de travail, qui génère abrutissement et désenchantement.

Une belle fête avec des amis

Sur mon agenda, une belle fête chez un ami le dimanche 30 octobre. Une trentaine de personnes présentes invitées par l’ancienne professeur de chant lyrique de mon épouse pour partager avec elle sa « renaissance » suite à une maladie douloureuse. Ambiance conviviale et bon enfant autour d’un déjeuner festif, avec dans l’assistance des auteurs qui ont lu, entre les plats, quelques extraits de leur dernier ouvrage. On a aussi chanté car il y avait là quelques élèves de cette soprano, avant que nous nous retrouvions  autour d’un piano pour écouter des musiciens de la bande interpréter diverses musiques et chansons, de leur composition ou pas. Il y avait dans l’air de la fraternité et du plaisir d’être ensemble, ce qui consuma la fin d’après-midi sans que nous nous en apercevions. 

ADMD, à suivre

A noter enfin que durant ces dernières semaines, j’ai poursuivi activement mes activités de Délégué pour le Gers de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), et j’en parlerai  dans mon prochain billet.

Fait le 6 décembre

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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