Points de vues du Gers Carnets

Méli-mélo estival - 3

Il aura fallu un troisième billet, celui-ci, pour achever ce méli-mélo estival  relatant quelques unes de  mes occupations  en juillet et août.

Jazz in Marciac

Un rendez-vous incontournable dans le Gers : le Festival  Jazz in Marciac, l’un des plus courus au monde,  qui, pour sa quarantième édition, proposait une programmation d’une grande richesse. Nous y étions le 9 août. Sur la place de ce petit village, noir de monde, nous avons pris un verre   en écoutant  une des nombreuses formations  de jazz qui se succèdent sur le podium, en off, à longueur de journée. Moment de détente et de partage, dans une atmosphère chaleureuse de vacances et de musique.

Bart Heijlen à la galerie « L’Ane Bleu »

Visite ensuite de la galerie  « L’Ane bleu », qui présente toujours des artistes à la création étonnante. Cette fois, nous avons découvert Bart Heijlen, jeune peintre flamand contemporain, dont le  matériau de prédilection est  l’être humain dans toute sa splendeur, sa  laideur aussi.  Dans son travail, il cherche à saisir, dans une veine fellinienne, l'absurdité de notre existence, à coup d’humour, de grotesque, de surréalisme et de fantastique. Pour tout dire, c’est impressionnant !

Dans ses dessins (quel trait précis et délicat !) et ses tableaux, l’artiste dissèque et dépeint avec une lucidité parfois féroce un interminable cortège de personnages qui s’agitent et se démènent dans la gigantesque comédie de la vie : les humbles, les bouffons, les rois, les ouvriers, les ministres, les religieux, les amoureux éperdus, les réfugiés, les cabossés, soulignant nos travers, nos errances, nos égoïsmes, nos raisonnements étriqués, notre indifférence, nos petites lâchetés, nos désespoirs, nos souffrances….

En dénonçant la solitude et la fragilité de l’existence, il souligne d’autant notre incapacité à profiter de l’instant présent, malgré l’urgence qu’il y a à le faire. Car au-delà de ce message assez pessimiste, l’art de Bart Heijlen se veut malgré tout  un hymne à la vie car dans toute chose on peut trouver le réconfort et la paix. 

Le peintre Michel Campistron

Exposait à quelques mètres de la galerie, chez son ami Rémi Trotereau (peintre et sculpteur écorché vif), Michel Campistron, qui vit dans le Gers, et  que nous croisons de temps en temps au gré de nos escapades. C’est un homme et un artiste que nous apprécions.

Reconnu dans les années 80 comme photographe notamment dans la photographie taurine (publication aux Editions Milan de l'ouvrage "Un Sanglant Crépuscule"), il menait parallèlement une activité de peintre mais ne se décida à montrer son travail de plasticien qu'au bout de vingt ans ! Suivent alors plusieurs expositions tant en France qu'à l'étranger (Florence, Madrid, Barcelone). Sa recherche se tourne vers les métamorphoses des choses et des êtres face aux blessures du temps. Il traite dans son approche "matiériste" de l'inerte et du vivant. Ses grands formats baignés d'une atmosphère ténébreuse non exempte de force et de spiritualité confortent son appartenance, ou du moins un voisinage revendiqué, avec l'Ecole Espagnole et Catalane des Antoni Tapies (1923-2012), Manolo Millares (1926-1972), Miquel Barcelo (né en 1957), Manolo Valdes (né en 1942) ou Antoni Clavé  (1913-2005).

Sur le site de Michel Campistron ( ici ), on trouve un beau texte le concernant, signé F. Hodde, dont j’extrais cette belle sentence : « Entre la vie qui prend forme et celle qui se décompose, entre la vision fulgurante d’une révélation d’intemporalité et le pathétique de l’éphémère, ses œuvres imposent leur fascinante gravité ».

Campistron-Millet/ « Angélus aux Cactus » / « L’Angélus »

Nous n’avons pas résisté à l’acquisition de l’une des toiles exposées à Marciac, un projet que nous avions d’ailleurs en tête depuis un moment.

En l’occurrence, il s’agit de « Angélus aux cactus » (voir ci-dessus photo), inspiré de « L’Angélus » de Jean-François  Millet (1814-1875), un tableau qui montre en plein travail des champs un couple de paysans ayant posé leurs outils, interrompant leur récolte de pommes de terre, pour se mettre en prière au moment où sonne au clocher lointain l’angélus (il s’agit en l’occurrence du clocher de l’église Saint-Paul de Chailly-en-Brière, près de Barbizon, commune où le peintre s’était installé).

Isolé au premier plan, au milieu d'une plaine immense et déserte, le couple de paysans prend des allures monumentales, malgré les dimensions réduites de la toile. Leurs visages sont laissés dans l'ombre, tandis que la lumière souligne les gestes et les attitudes. La toile exprime ainsi un profond sentiment de recueillement et Millet dépasse l'anecdote pour tendre vers l'archétype.

Beaucoup de piété rendue  dans cette œuvre (elle est au Musée d’Orsay), qui représente avec réalisme et délicatesse un aspect de la vie quotidienne à la campagne. L’artiste disait à ce sujet : «L'Angélus est un tableau que j'ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma grand-mère ne manquait pas, en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne pour dire l'angélus pour ces pauvres morts ». Ce moment religieux, rappelons-le, est celui où l’Ange du seigneur Dieu apporte l’annonce à Marie de l’incarnation de Jésus. Millet ne cherche pas néanmoins à représenter la religiosité  du monde rural, mais seulement à  fixer à partir des ses souvenirs d’enfant  les rythmes immuables de la vie des paysans. Le peinte réalisera à la même époque d’autres tableaux glorifiant l’esthétique de la paysannerie : « Les Botteleurs », « Des Glaneuses », « La Tondeuse de moutons », « La Bergère ».

Chez Campistron, la peinture est bien plus abstraite et moins délicate que celle de Millet. Interrogé par mes soins, l'artiste me dira qu'il avait voulu au départ recycler sur une toile des cactus gelés, un matériau parmi d'autres qu'il utilise dans son activité de plasticien.La forme de l'un de ces cactus a dégagé alors une silhouette qui par association d'idées lui a fait penser à "L'Angélus" de Millet. "J'aime, dit-il, dans mon travail cette intrusion du hasard, ou de l'inconscient. On se surprend soi-même ! Comme disent les écrivains, en parlant de leurs livres, le roman à un moment donné s'écrit lui-même, les personnages échappent à l'auteur ! C'est un peu ce qui se passe aussi pour moi."

A noter par ailleurs que dans cet "Angélus aux cactus", les pommes de terre sont à même  le sol, alors que chez Millet les tubercules ramassées sont dans un panier.

"L'Angélus" et Salvador Dali

Le détail peut paraître insignifiant. Mais ce panier a beaucoup impressionné l’artiste catalan Salvador Dali. Il a en effet consacré un livre entier à l’œuvre de Millet : « Le Mythe tragique de l'Angélus de Millet ». Dali considère que les paysans figurant sur le tableau n'étaient pas simplement en prière suite à l'Angélus, mais qu'ils se recueillaient devant un petit cercueil. En 1963, sur son insistance, le Louvre fait radiographier le tableau, ce qui révèle, à la place du panier, un caisson noir, que le peintre  interprète comme le cercueil d'un enfant de six ans.« L’Angélus » de Millet  lui a en outre inspiré ses tableaux « L’Angélus architectonique de Millet » et « Réminiscence archéologique de l’Angélus de Millet », deux œuvres réalisées selon un mode résolument surréaliste propre à Dali.

Youn Sun Nah sous le chapiteau

Dernière halte à Marciac : sous le chapiteau géant de « Jazz in Marciac » (6.000 places), afin d’écouter en soirée Youn Sun Nah, une chanteuse sud coréenne que nous avions déjà  entendu  ici même  il ya deux ans. Elle a d’ailleurs laissé entendre qu’elle espérait bien être à nouveau là dans quarante ans pour fêter le quatre-vingtième anniversaire du Festival…Un trait  d’humour et un pari sur l’avenir audacieux !

 Le charme opère toujours, tant on est subjugué par cette voix remarquable qui puise son répertoire dans sa culture originelle, dans le jazz, dans  le rock et le blues…Ce joli petit bout de femme dispose d’une tessiture qui monte haut et qui descend très bas, ce qui lui permet de passer en une chanson d’un extrême à l’autre dans le rythme et le son. Et pour amuser son public, usant de cette impression de fragilité et de timidité qu’elle renvoie, elle nous demande en susurrant d’une voix douce et fluette, à peine audible : « Est-ce que vous allez bien ? », et un peu plus tard : « Est-ce que vous allez toujours bien ? » (rires garantis), tout en enchaînant avec  des airs puissants et tonitruants. Il y a du Björk en elle, même  si j’aime moins lorsqu’elle verse dans le « sirupeux » et le « bonbon acidulé ».Elle veut sans doute satisfaire les différents goûts du public, mais je persiste à dire que c’est dans la musique « jazzy » qu’elle est au sommet de son art. N’empêche : en achevant son concert par la chanson de Léo Ferré, « Avec le temps », elle ne pouvait pas mieux me séduire…

L’Eté photographique à Lectoure

Un passage à Lectoure le 29 août pour « L’Eté Photographique », un rendez-vous axé sur la photographie et les arts visuels au sens large, qui se déploie dans des lieux patrimoniaux historiques et emblématiques de la ville : une grande maison transformée en centre d’art et de photographie, un ancien tribunal, un ancien hôpital, une halle aux grains, une petite bâtisse et son charmant jardin attenant appelée La Cerisaie.

J’avais beaucoup pesté sur les dernières éditions de ce Festival tant il donnait dans l’abstraction à l’état brut et dans le non-sens  extrême, ce qui  m’avait conduit d’ailleurs à ne plus le fréquenter. La rumeur laissant entendre qu’un bon virage avait été pris, j’y suis donc revenu, et je dois dire que les expositions présentées étaient plus supportables.

Le thème cette année : « Cette réalité qu’ils ont pourchassée ».Soit une recherche artistique contemporaine par photographies, vidéos, films, installations sculpturales et sonores, pour stimuler nos émotions intimes et profondes à travers  la diversité des mondes traversés. Les artistes conviés (artistes confirmés, en début ou en milieu de carrière) ont été invités à aborder la création sous l’angle du rapport à l’affect, au sensible, à l’émotion, à la mélancolie.

Je n’ai pas trouvé en tous lieux beaucoup d’intérêt à ce qui était présenté. Il y avait parfois un côté cabinet de curiosités ne suscitant guère en fait ma curiosité. J’ai par ailleurs ressenti un certain malaise lorsque j’ai  déambulé dans les chambres des malades de l’ancien hôpital, livrées à des expositions, alors que plane  encore ici une atmosphère de  souffrances humaines et de fin de vie…Difficile dans ces conditions de s’intéresser à autre chose que ce que ce lieu révèle, d’autant qu’on trouve encore sur place des repères de ce passé récent et douloureux  (éclairage bien spécifique, têtes de lit encore visibles, prises à oxygène…). Il  m’est arrivé aussi en regardant certaines photographies de me dire que n’importe quel amateur aurait pu faire les mêmes, ce qui soulève la question de leur pertinence artistique. Et puis ce mélange des genres qui consiste désormais à coupler (à « accoupler » ?) installations et photographies me paraît vicier l’objet de départ de cette manifestation.

Quand on entre par exemple dans la Halle aux grains, on est face  à une cabane en bois, construite à l’échelle, transpercée de toutes parts par une pluie incessante, ce qui la rend impraticable, inaccessible au visiteur. La référence au monde des bois est claire ainsi qu’à la mythologie enfantine de la cabane, renvoyant à l’imaginaire collectif, à l’état de nature où l’homme pourrait vivre en harmonie avec son environnement. Mais ainsi submergée par la pluie, rongée de l’intérieur par l’eau  qui ruisselle, cette cabane, ce « Refuge » (c’est le titre de cette œuvre, que j’avais déjà vue au Musée des Abattoirs de Toulouse), remet en question cet état d’harmonie. Car le spectacle proposé est celui d’une maison qui essaie de lutter contre sa propre destruction.

Pourquoi pas ce type d’installations , mais on n’est plus alors dans « L’Eté photographique » proprement dit !!!

La seule exposition qui a accroché vraiment mon attention est celle de Nicholas Miles Kahn  et de Richard Selesnick, des artistes qui depuis leur rencontre à l’Université de Chicago, travaillent en duo. Leurs photographies créent des mondes imaginaires très curieux, qui mêlent une certaine forme de fantastique et de fausse anthropologie.

Est présentée  au Centre d’art et de photographie, la maison-mère du Festival, leur œuvre « Eisbergfreistadt ». Lors de l’hyperinflation de 1923 en Allemagne, un iceberg aurait dérivé dans la mer Baltique et se serait échoué sur le port de Lübeck. L’exposition prend pour point de départ cet incident et réinvente l’histoire de cet iceberg à  travers l’utilisation d’une variété de médiums : photographies, cartes postales, billets de banques, vêtements, mobiliers et objets d’époque, mettant en scène des personnages costumés dans les vrais lieux de l’incident, et utilisant des accessoires et des modèles panoramiques miniatures. Cette exposition  explore en quelque sorte  la relation entre  économie et environnement dans une période d’hyperinflation et de réchauffement climatique, et commente la durabilité d’un système dans un climat social, économique et écologique inadéquat. Et c’est très réussi.

Fait le 31 août

Méli-mélo estival - 2

Chez Eve Ruggieri

Début août, le 4 en l’occurrence, nous nous rendions au château que possède dans le Gers Eve Ruggieri (photo ci-contre), la « papesse » française de l’opéra, afin d’assister à la première soirée, il y en avait une seconde le lendemain, de la 2ème édition de son Festival « Un été en Gascogne ».

J’ai assez parlé d’elle, de sa demeure et de la 1ère édition de son Festival  dans un billet de juin 2016 intitulé tout simplement « Juin », puis dans un autre de septembre de la même année (« Chez Eve Ruggieri »).Je ne reviendrai donc pas sur les considérations développées dans ces textes.

La Traviata

Aux quelques 250-300 personnes présentes dans la belle galerie du château,  étaient proposés cette fois  des extraits du célèbre opéra de Verdi, « La Traviata », reliés les uns aux autres par le récit de la maîtresse de maison, excellente conteuse au demeurant.

Cet opéra est assurément l’une des œuvres les plus populaires du compositeur italien et peut-être de tout le théâtre lyrique. A cause d’abord de son livret, mélodramatique à souhait. A cause d’une musique simple et efficace, admirablement construite dans ses effets, théâtrale au meilleur sens du terme. A cause enfin de ce thème très en vogue au XIXème siècle, celui de la rédemption par l’amour, autant que celui de la fatalité, liées ici à l’image de la courtisane, de la femme perdue, dévoyée…

Giuseppe Verdi aborde ici le sujet du tragique féminin, inspiré de la vie de Marie Duplessis, d’après « La Dame aux Camélias » d’Alexandre Dumas Fils (Eve Ruggieri rapporte que l’écrivain distinguait deux types de femmes : celles qui sont comme il faut, et celles qu’il nous faut, c'est-à-dire les demi-mondaines). Déchirée entre l’amour et le devoir moral, Violetta succombe à la maladie gangrenant le corps et l’âme rompue au sacrifice. Un drame où, sous couvert de débauche, la société autorise les sentiments extrêmes et contrarie la pudeur des plus fragiles émotions par son voyeurisme malsain. 


C’est cette concentration sur un personnage qui porte toute la douleur du monde, c’est la nudité de son chant, de sa présence obsédante, c’est cette mort d’amour, cette agonie, qui se lisent dans la musique.

Une anecdote savoureuse narrée par Eve Ruggieri : dans le Premier Acte de « La Traviata », il  se trouve un moment où Alfredo chante depuis la rue, donc en coulisse, son amour pour Violetta, en reprenant le refrain « Di quell’amor ». Or, lors d’une représentation à laquelle Eve Ruggieri assistait, le ténor incarnant Alfredo  oublia totalement cette séquence, laissant Violetta, elle sur la scène, pour le moins décontenancée. Se trouvait là, parmi le public, le célèbre Placido Domingo, qui n’hésita pas à  donner  depuis la salle la réplique  en question ! Ouf, la fin de l’Acte I était sauf !

Sabine Revault d’Allonnes, la soprano

Les grands airs de cet opéra ont été interprétés en la circonstance par deux jeunes chanteurs prometteurs : la talentueuse soprano Sabine Revault d’Allonnes dans le rôle de Violetta, le vibrant ténor Jean-François Marras dans le rôle d’Alfredo,  accompagnés au piano par l’excellente Anna Hetmanova .

Sabine Revault d’Allonnes (son cousin, David, fut grand reporter au quotidien « Le Monde », avant de rejoindre fin 2016 « Le Journal du Dimanche ») a d’abord étudié le violon en France et en Angleterre, obtenant son Diplôme d’Etudes Musicales (DEM), ainsi qu’un premier Prix en musique de chambre au CNR de Boulogne Billancourt. Etudiante en Sorbonne, elle est titulaire d’une licence de musicologie.

Mais elle est très tôt attirée par le chant et décide finalement de s’y consacrer. Elle obtient là aussi le DEM de la discipline. Elle chanta régulièrement  les grands rôles du répertoire sous la baguette de Jean-Yves Ossonce, Directeur du Grand Théâtre lyrique de Tours et Chef de l’Orchestre Région Centre-Val-de-Loire-Tours, fonctions que le musicien cessa en septembre 2015.

Elle se produit en divers lieux prestigieux de Festivals et aborde également en soliste des oratorios de Bach, Mozart, Haydn, Pergolèse.

En 2012, elle enregistre, sous le label Timpani, son premier disque, salué par la critique, consacré aux mélodies de Jules Massenet avec le pianiste, chef d’orchestre et compositeur Samuel Jean. 

La soprano a été magnifique dans ce rôle de Violetta, avec un jeu d’expression déjà fort au point et une voix parfaite en ce sens où dans ce rôle si difficile elle a déployé comme il convenait la très large tessiture requise.

Jean-François Marras, le ténor

Le  ténor Jean-François Marras, auditionné par Eve Ruggieri elle-même pour cette soirée, a  lui aussi séduit le public, tant sa voix porte admirablement bien, même si sa carrière est moins avancée que celle de sa partenaire.

D’origine corse, il a débuté dès l’âge de quatorze ans, en interprétant les chants traditionnels de son île, et à l’âge de seize ans, il se tourne vers le chant lyrique et entreprend alors les études nécessaires.

Sa carrière prend un tournant en 2008, lorsqu’il intègre le Conservatoire du 12e Arrondissement de Paris. C’est durant ces premières années que Jean-François Marras interprète, au Conservatoire, mais aussi sur des scènes extérieures, les rôles de Bénédict dans « Béatrice et Bénédict »  (1862) d’Hector Berlioz, de Nadir dans « Les Pêcheurs de perles » de Georges Bizet (1863), du chevalier de la Force dans « Dialogues des Carmélites » de Francis Poulenc (1953)… Face au succès de ses interprétations, il est reçu en 2013 au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMDP). Il chante alors dans des registres techniques exigeants, réservés aux grands interprètes.

Depuis octobre 2014, il poursuit sa licence en chant lyrique, et entre en septembre 2016 dans la très élitiste résidence  de l’Académie de l’Opéra National de Paris.

Anna Hetmanova, la pianiste

La jolie pianiste Anna Hetmanova nous a, elle aussi, impressionné, en interprétant avec brio la transcription pour piano seul des airs les plus fameux de cet opéra au programme de la soirée.

Née à Minsk en Biélorussie, elle commence à cinq ans ses études de piano au Lycée Musical de Minsk, ensuite à l’Académie Supérieure de Musique de Biélorussie qu’elle achève avec un diplôme d’excellence de piano en solo, de pédagogie, de musique de chambre et d’accompagnement.

La pianiste a obtenu de nombreux prix aux concours les plus prestigieux d’Europe : Concours International Franz Schubert en Tchécoslovaquie, Concours International de Musique de Chambre à Caltanissetta en Italie, Concours International de San Sebastian en Espagne, Tournoi International de Musique dans la catégorie « Duo de pianos » en France, Concours de piano de Brest…

Parallèlement à ses activités de soliste, Anna Hetmanova travaille en collaboration avec des artistes de renommée internationale. Et depuis 2015, elle a rejoint l’ensemble vocal féminin Calypso avec lequel en 2016 elle a enregistré le disque intitulé « Aux Etoiles! »

Son vaste répertoire lui permet de donner des récitals aussi bien en solo et en duo, qu’avec orchestre, se produisant dans les meilleures salles tant en France qu’à l’étranger. Elle est également régulièrement invitée comme Présidente de jury du Concours Européen de piano à quatre mains en Alsace.

Le cocktail dînatoire

Repus avec contentement de musique et de chant, restait à nous restaurer autour d’un cocktail dînatoire  servi sur les terrasses du château, en surplomb des jardins à la française, illuminés de mille chandelles.

Les mets, les vins, étaient de très grande qualité, comme l’an dernier. Une différence de taille cependant : il m’a semblé que les convives, peut-être moins bien élevés que ceux de 2016,  se ruaient davantage sur les buffets, comme s’ils mouraient de faim et de soif. J’ai trop vu ce genre de comportement  à Paris durant ma vie professionnelle, et en des lieux pourtant huppés, pour m’en montrer  surpris. Mais ici, chez Eve Ruggieri, quand même !!

Il y eut un moment charmant lorsque la maîtresse des lieux vint s’asseoir quelques courts instants à nos côtés. Le temps d’apprendre qu’elle avait dû voir une cinquantaine de représentations différentes de « La Traviata » (ce à quoi je lui répondis que cela ne me paraissait pas beaucoup au regard de sa longue et belle carrière), et que son interprète préférée dans le rôle de Violetta était, parmi toutes celles qu’elle a pu entendre, la roumaine Angela Gheorghiu. Je ne fus pas surpris par cette réponse,  tant cette cantatrice s’impose dans le monde entier, à la fois pour ses qualités vocales exceptionnelles que pour ses talents dans le jeu scénique. Nous n’avions pas pu aller plus loin malheureusement dans la conversation, Eve Ruggieri étant rappelée à ses obligations auprès d’autres invités.

Une rencontre intéressante par ailleurs avec un couple dont nous avons identifié la femme a posteriori au travers de la description qu’elle nous a faite de sa vie d’interprète, au côté le plus souvent de sa fille,  de chants archaïques et sacrés des peuples occitans. Elle semble d’ailleurs avoir de multiples autres activités, liées notamment au journalisme gastronomique. Sur son site, nous avons pu en savoir plus, et espérons bien d’ailleurs trouver une occasion d’écouter la mère et la fille ici ou là en concert, car ce que nous avons entendu sur le net est fort engageant. 

Autre échange agréable dans le parc avec une femme qui fut au nombre des créateurs  du Festival  "Piano aux Jacobins", l’un des grands moments musicaux de la rentrée à Toulouse, programmé  en septembre (38ème édition cette année) en différents lieux de la ville, mais principalement dans le cloître du couvent des Jacobins, joyau de l’art médiéval.

Outre le château d’Eve Ruggieri, nous aurons « fréquenté » cet été cinq autres châteaux.

Pour trois  d’entre eux, la raison en était la tenue en leurs murs de soirées musicales.

Un château « anonyme »

S’agissant du premier en terme chronologique, je ne peux le citer nommément et encore moins le propriétaire des lieux. Discrétion absolue demandée par celui-ci. Je peux seulement dire que l’édifice est superbe avec un corps central et une tour du XVème siècle. Le rendez-vous musical est proposé chaque année en extérieur à la même période. Il  s’avère être gratuit, comme le cocktail qui suit (on y vient sur recommandation d’amis).Le châtelain invite aussi à cette occasion les gens du village, une attention fort appréciée au vu du nombre d'habitants qui s'est déplacé. Le genre musical est fort différent d’une année à l’autre, et c’est toujours un ravissement de découvrir de nouveaux modes d’expression musicale. Je me souviens par exemple qu’il y a deux-trois  ans nous avions entendu des chants mongols .Inimaginable! Les chanteurs de ce pays d’Asie disposent d’une tessiture extrêmement large : du plus aigu  au plus grave, et ils sont capables d’être sur les deux modes en même temps ou presque. Cette fois, nous avions affaire à une formation africaine qui, avec sa chanteuse camerounaise, nous régala de rythmes épatants et endiablés,  issus notamment du blues et du reggae jamaïcain et de sa figure de proue, Bob Marley, mort trop jeune à 36 ans. Je ne peux pas là non plus citer le nom de ce groupe basé à Paris (« pour vivre heureux…), et c’est dommage, car j’aurais volontiers contribué, à ma modeste échelle, à leur notoriété car il le mérite bien.

Le château d’Esbérous

Autre rendez-vous, le 17 août, : le château d’Esbérous, près d’Eauze, un château médiéval  à taille humaine, où était organisée par la Délégation du Gers de l’Ordre de Malte une soirée au profit du Centre pédiatrique de Médecine Physique et de Réadaptation de Saint-Jacques- Roquetaillade, sis à Montegut (près d’Auch), et géré depuis 1989 par l’Ordre. Celui-ci est une  institution caritative et humanitaire de l’Eglise catholique, créée en 1927, qui compte 12 prieurés et 47 associations nationales, 2.000 salariés en France, plus de 1.000 à l’international. Elle est dirigée à Rome par un Grand Maître entouré d’un Conseil souverain.

En « hors d’oeuvre », un duo de violoncelles tchèque,   Brickcius, où Frantisek et Anna, frère et sœur, ont interprété, entre autres,  du Vivaldi (1678-1741), du Couperin (1668-1733) et du Irena Kosikova, organiste et compositrice,  également tchèque. Ce duo s’est produit dans plusieurs grandes salles européennes et a été invité cet été dans le Gers pour une série de concerts. Pour tout dire, beaucoup de monotonie et même parfois  d’ennui à écouter ces œuvres.

Dîner ensuite dans le parc dans une atmosphère un peu fête de patronage, même si l’assistance se voulait mondaine. Il ne manquait même pas l’intervention du prêtre de service pour prononcer  au début du repas une oraison de circonstance (à la vierge Marie, je crois) et inviter ses fidèles à faire le signe de croix…De quoi me donner envie de m’en aller sur le champ…

Le message de la Directrice de la Maison de Roquetaillade, remerciant l’assemblée pour son soutien, fut, lui, beaucoup plus à sa place.

Le château de Sainte-Mère

Le 19 août, nous étions au château de Sainte-Mère, classé Monument Historique depuis 1977. L’édifice, de type gascon, fut construit dans la deuxième moitié du XIIIème siècle pour être en premier lieu la résidence des évêques de Lectoure, commune dont il est éloigné d’une dizaine de kms.

Un concert y  était donné  dans la tour-donjon  de 26 mètres de haut (sans toit) par l’Albion Quartet, quatuor à cordes  qui réunit quatre artistes exceptionnels de la jeune génération britannique (deux violons, un violon alto et un violoncelle), très désireux d’explorer le répertoire des  quatuors, et notamment ceux de Dvorak qu’il commencera  à enregistrer bientôt.

Cette soirée s’inscrivait dans le cadre du Festival Musique de Chambre qui se déroule  depuis dix ans en ce lieu, avec  à chaque fois une belle fréquentation, faite notamment d’un public d’anglais vivant dans le Gers ou y passant des vacances.

Après avoir partagé une coupe de champagne dans le parc, nous entendîmes en cette occasion :

-           le Quatuor opus 76 n°3, L’Empereur, en ut majeur de Joseph Haydn (1732-1809) – on y entend dans le deuxième mouvement l’hymne national de l’Allemagne, qui fut  composé à l’origine par Haydn à la demande de l’empereur François Ier pour être l’hymne national de l’Autriche

-          puis le Quatuor n° 3 d’Elizabeth Maconchy (1907-1994), une compositrice anglaise de descendance irlandaise. Après Londres, elle poursuit sa formation à Prague où elle découvre la musique de Bela Bartok (1881-1945), d’Alban Berg (1885-1935) et de Léos Janacek (1854-1928), qui influencera ses propres compositions. La pièce jouée était d’une belle modernité, harmonieuse et structurée

-          et enfin, le Quatuor Rosamunde opus 29 n° 1 en la mineur de Franz Schubert (1797-1828). Hymne nocturne  à la nostalgie, joué dans le murmure, avec ses trémolos, ses unissons de mélodies, ses modulations, il est profondément touchant par ses confidences sans véhémence ni dramatisme. Ce beau quatuor est conduit comme il faut, ni désolé, ni trop léger, toujours dans l'ambiguïté entre rosée et larmes.

Le château-forteresse  appartient à un couple franco-anglais que nous apprécions, Piers et Sylvie, tous deux frottés de culture et d’art. Le père de Piers, Bruce Killeen (1926-2014), poète et peintre,  a fait l’objet d’une rétrospective, « Lumière sur terre, Lumière sur mer » (32 tableaux et des dessins), à la galerie Va Bene de La Romieu, un lieu qui est présenté sur huit pages dans le dernier numéro de « Plaisirs du Gers » (voir précédent billet). Dans cette exposition, que nous avons visitée le 11 août, on s’aperçoit que cet artiste talentueux a fait des allers et retours incessants entre abstraction et figuration, représentant sur ses toiles les impressions qu’il a collectées  dans les nombreux ateliers qu’il a occupés au cours de son existence , en Angleterre, en Espagne, dans l’île de Mull en Ecosse ou en Gascogne à la fin de sa vie…Tel père, tel fils…le géniteur ayant investi , lui, dans la peinture et la poésie, son descendant  dans la pierre, l’histoire  et la musique.

Le château de Terraube

Le 25 août, autre château fréquenté : celui de Terraube, une commune qui est à une dizaine de kms de Lectoure et de Fleurance. Comme à Sainte-Mère, s’y tient un festival, « Terr’opéra », qui, lui, cependant n’en est qu’à sa troisième édition.

Les ressemblances avec Sainte-Mère ne s’arrêtent pas là puisque le château de Terraube est aussi de type gascon et fut construit également au  XIIIème siècle, mais fortement remanié au fil du temps. Il appartient depuis l’origine à la même famille noble des De Galard, et l’occupant actuel a le titre de marquis.

Ce Festival fait de spectacles musicaux et lyriques  a pour Directeur artistique David Lévi, chef d’orchestre et pianiste américain de talent, qui vit à Terraube, une commune dont il est tombé amoureux.

Au programme de la représentation, baptisée « De l’intimisme à l’exotisme », onze airs chantés par la jeune soprano dramatique Soumaya Hallak , avec David Lévi au piano (il interprétera magnifiquement en solo un  Notturno Opus 6 n° 2,  de Clara Schuman - 1819-1896 -, un pur moment de grâce). La chanteuse lyrique cumule un visage  expressif, une vraie  présence scénique, et une belle voix, qui est passée sans coup férir d’un auteur à l’autre : Ravel, Fauré, Bizet, Assi Rahbani, Strauss, Haendel, et même Kurt Weill, un compositeur germano-américain du XXème siècle,  très proche de l’homme de théâtre Bertolt Brecht,  qui fut connu  pour la diversité de sa musique associant très naturellement avant-gardisme et assimilation de la tradition.

Le château de Caumale

Cap le 28 août  sur le château de Caumale , inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques, qui se trouve à Escalans, dans les Landes, à quelques encablures du Gers.  C’est parce que nous étions voisins de table des propriétaires de ce domaine à la soirée Ordre de Malte (voir plus haut) que sur leur invitation nous nous y sommes rendus. Se sont retrouvés là  le temps du Congrès de la Fédération des Académies de Gascogne des historiens, des chercheurs, des professeurs, universitaires ou pas, des écrivains, que sais-je encore…Même le Consul des Etats-Unis à Bordeaux s’était déplacé. Au programme de l’après-midi, des conférences savantes données par des gens importants. Et le matin, visite du château qui fut fort intéressante.

La silhouette du  bâtiment évoque les châteaux gascons du Moyen-Age, avec un corps de logis carré, qui fut entouré  de murs d’enceinte, transformés et ouverts en chais.  Il subsiste deux tours basses du XIIème siècle, les cinq autres tours étant du XVème et du XVIème (quatre tours d’angle, la tour de la poterne, la tour aux grains, la tour de l’oratoire,  la tour de guet, et la grande tour d’escalier qui mène à la chambre du gouverneur Rochambeau, un général français   qui se distingua durant la guerre d’indépendance des Etats-Unis menée contre les britanniques de 1775 à 1783)

Le  vicomté de Gabardan (qui comprenait Escalans et Gabarret), fief de Gaston Phoebus, faisait partie au XVIème siècle du duché d’Albret, et entra dans le domaine royal en 1589, lors de l’accession de Henri IV au trône de France. Jeanne III d’Albret (1528-1572), mère d’Henri IV, ardente propagatrice via la Réforme  de la foi protestante, fut reine de Navarre, et avait son château et sa cour à Nérac, une ville du Lot-et-Garonne, située à une vingtaine de kms de Condom. Gabardan était une terre de chasse, et Caumale, château de défense pendant  les guerres de cent ans (1337-1453, avec des périodes de rémission) et de religion (XVIème, XVIIème  et XVIIIème)  a toujours été lieu de refuge pour la commune voisine de Gabarret et son monastère. Habité par de grands voyageurs, le château  eut une histoire coloniale entre Saint-Domingue, Cuba, notamment avec  les Delisle, qui restaurèrent la bâtisse au XIXème siècle.

Les pièces visitées sont fort bien mises en scène (dignes d’un musée), richement meublées, pleines d’objets de collection singuliers. Y circule une histoire liée au commerce des  siècles écoulés (café, cacao, canne à sucre), et au si malheureux temps de l’esclavage, car des noirs asservis ont fait partie de la domesticité du lieu (de toutes petites cellules leur étaient affectées en guise de chambres, sans aucune ouverture sur l’extérieur). Une  histoire  qui nous fut contée avec  talent par le maître des lieux, Pierre Fabre, au demeurant Secrétaire Perpétuel de la Fédération des  Académies  de Gascogne, pendant que son épouse, Geneviève, en  est  la Vice-Présidente. Tous deux tiennent bien leur rang de « seigneurs » des lieux, manifestant même un peu de condescendance à l’égard des « manants » que nous étions,mon épouse et moi…

Nous ne nous sommes d’ailleurs  pas du tout sentis au diapason des autres invités.  Aussi, avons-nous plié bagages dès la visite achevée, et sans y revenir l’après-midi, non sans avoir fait auparavant  la connaissance d’Henri Portes, pur gascon et sympathique correspondant pour l’Armagnac Ténarèze du journal du gers numérique, dont j’apprécie le contenu, et que je lis d’ailleurs régulièrement. Il fut dans le passé en poste à Auch au titre du quotidien « Sud-Ouest », un journal bien fait, bien écrit, qui malheureusement s’est retiré du Gers pour aller chercher ailleurs de futurs développements (il est fortement implanté en Nouvelle Aquitaine et lorgne vers les départements de Charente). Pas lassé de l’écriture, Henri Portes  tient par ailleurs lui aussi un blog, et nous avons donc échangé avant de nous quitter nos adresses respectives de blogueur – lui ici

Fait le 31 août

Méli-mélo estival - 1

L’été est l’occasion de flâner, de déambuler, au gré notamment des offres culturelles et artistiques que le Gers propose, et elles ne manquent pas.

Marche ou…

Encore fallait-il que je recouvre une mobilité suffisante pour arpenter les terres du Gers, suite à l’opération dont je fis l’objet le 9 mai pour pose d’une prothèse à la hanche droite.

C’est le 23 juin que je repris la marche avec une première sortie, prudente, de 40 minutes. Le 25, je passais à 50 minutes, soit près de 4 kms effectués. Puis le 2 juillet, un peu plus d’une heure, comme le 9 et le 16. Le 6 août, 1h15, ainsi que le 13. Ensuite, sur les conseils de mon angiologue, je changeais de rythme pour m’évertuer à marcher tous les jours à raison d’une demi-heure. Ainsi fut fait le 15 août, le 16, le 17. N’ayant pu faire de même le 18, je doublais la mise le 19 en marchant près d’une heure. Le 20, pas de marche non plus, et donc compensation  le 21 avec  5 kms à la clef effectués  en une heure (j’en parcourais 6 sur la même durée en des temps anciens).

J’ai suffisamment relaté dans mon blog mes randonnées d’avant et  le plaisir que j’y prenais. J’aspire bien sûr à retrouver mes bonnes sensations d’alors, mais je suis conscient néanmoins que le retour à une parfaite mobilité se fera progressivement, et que je dois me garder d’accélérer l’échéance. Pour autant, de retrouver d’ores et déjà mes repères, mes lieux de randonnée préférés, mes paysages favoris, me procure une joie sans pareille, et une profonde sérénité, à la mesure de la quiétude  qui règne en ces instants tout autour de moi.

« Plaisirs du Gers », n° 13

Début juillet, paraît le n° 13 de « Plaisirs du Gers », un magazine qui n’est édité qu’une fois par an, au début de chaque été. Nous étions nombreux à attendre impatiemment cette livraison.

Il s’agit d’une publication de grande qualité tant dans son graphisme, ses photos,  que dans sa rédaction, et j’ai souvent évoqué dans mon blog le contenu  des différents  numéros parus, en soulignant à chaque fois le caractère prestigieux du produit .

Comme son titre l’indique, il montre à voir, d’une édition à l’autre, des lieux et des acteurs du département, acteurs liés au vignoble, à la gastronomie, au patrimoine, à l’agriculture, à l’élevage, aux jardins et parcs, aux arts, à la culture…

Ce petit dernier, qui fait plus de 250 pages, est dans la même veine que ses prédécesseurs : d’une richesse inouïe, d’une élégance rare, d’un graphisme raffiné. Bref, un vrai plaisir de lecture au gré des rencontres proposées, car là est le parti pris de ce magazine : s’intéresser en priorité aux femmes et  aux hommes qui font le Gers, et aller à leur rencontre pour qu’ils racontent…

Au sommaire notamment :

-          un chef de cuisine qui a réussi brillamment  aux Etats-Unis mais qui n’oublie pas sa Gascogne natale ; un autre, qui a fini sa carrière en Corse au domaine très haut de gamme de Murtoli ,et qui s’est installé avec son épouse à Lupiac (commune où est né le vrai d’Artagnan) pour y ouvrir dans sa maison même un restaurant d’une douzaine de couverts, en proposant  des mets à base principalement de poissons et de crustacés, comme un pied-de-nez au canard gascon omniprésent dans les assiettes gersoises (en prime, plusieurs recettes de son cru) 

-           la truffe qu’on trouve ici aussi, malgré un sol argilo-calcaire handicapant, le reportage se concluant sur  des propositions de plats faites par des cuisiniers locaux, qui marient avantageusement  le sublime champignon avec ici un pavé de bar, là avec un pied de cochon ou une palombe, ou avec un « tastou » (sandwich), ou enfin avec des profiteroles vanille chocolat

-          la visite de trois fameux domaines viticoles : à Panjas, le domaine de Joÿ (mot gascon qui signifie « bijou »), aux mains d’une famille d’origine suisse depuis plusieurs générations ; le domaine Laguille, à Eauze, et la maison Dartigalongue, au cœur de Nogaro, producteur depuis 180 ans d’un Armagnac de haut rang

-          la passion d’un homme pour les abeilles. Il en a fait son métier à Marciac, possédant sous le nom des « Ruchers du Méou Gascon » (méou signifiant miel) une centaine de ruches, qui accueillent deux cents colonies, sachant qu’une colonie compte entre 40 et 50.000 mille individus de l’Apis mellifera  carnica, l’espèce élevée par cet apiculteur. En 2016, il a ainsi recueilli  trois tonnes de miel ( !), miel de colza, d’acacia, de tournesol, de bourdaine…

-          un dessinateur, illustrateur, auteur, chanteur, qui il  y a  vingt ans a fui définitivement la ville pour se réfugier, avide de sérénité,  à Simorre, au cœur de l’Astarac, vivant comme un homme des bois, dans une habitation qui tient à la fois de l’igloo et de la yourte (voir son blog  ici )

-          un tour de sept jardins magnifiques,  et plusieurs portraits de pépiniéristes, dont "La Pivoine bleue" , à Montegut, un océan végétal de 2,5 ha de fleurs aux formes, aux couleurs et aux parfums infinis

-          les peintures murales et fresques de sept petites églises rurales : de toute beauté !

-          le musée des Jacobins  à Auch : en son sein, une collection impressionnante de 55.000 objets et œuvres d’art  précolombiens, prêtés dans le monde entier

-          la galerie d’art "Va Bene",  à La Romieu,  un lieu d’histoire car elle pourrait avoir appartenu, avec la maison des propriétaires qui en est l’autre aile, aux chanoines de la collégiale Saint-Pierre, un édifice du XIVème situé en face. Chaque été, sont exposées des œuvres (peintures, dessins, céramique, sculpture…) et des artistes de talent sur 120 m2 d’espaces conservés dans leur jus de pierre

-          "Memento", à Auch, ancien couvent des Carmélites puis site des Archives départementales, qui, après avoir été désaffecté pendant dix ans, accueille désormais une exposition collective d’art contemporain pendant quatre mois (juin à septembre). Pour y être allé l’an dernier (c’était la première édition), je n’ai  trouvé d’intéressant que le lieu lui-même (et notamment la chapelle), chargé d’histoire, et heureusement respecté comme tel…

-          un portrait de Jacques Duffilho (1914-2005), comédien très talentueux, homme généreux et humble, qui avant de faire une  brillante carrière au cinéma et au théâtre, a voulu être agriculteur. Il exercera ainsi un an du côté de Marciac, avant  de réaliser son rêve des années plus tard en achetant une propriété de dix-sept hectares à  Ponsampère, un village au sud de Mirande (il fut un temps Conseiller municipal, et il  repose dans le cimetière de la commune). Il venait dès qu’il pouvait, entre deux obligations professionnelles, passant  son temps à travailler, ramassant les œufs de ses poules noires, dressant ses vaches gasconnes aux travaux à l’ancienne, surveillant son blé et ses vignes, fabriquant des portes ou des lampes en bois tourné. On l’appelait volontiers le « paysan gascon » ou le « comédien paysan »

-          une maison perdue du côté de Lussan déclinée sur douze pages,  un véritable cabinet de curiosités, un capharnaüm, chaque pièce mêlant de façon harmonieuse œuvres d’art et  objets hétéroclites (dénichés par exemple chez Emmaüs), plus insolites les uns que les autres.  

Il est à noter que la couverture du magazine et le premier article se rapportent à Michèle Laroque, comédienne humoriste, au motif qu’elle vient séjourner dans le Gers chaque été, avec des amis, et bien sûr son compagnon, le sénateur-maire de Troyes, François Baroin (un couple au demeurant fort dissemblable, elle toute en joie et légèreté, lui semblant porter constamment sur ses épaules toute la tristesse du monde…mais ne dit-on pas que les contraires s’attirent ?). Je n’approuve pas cette concession faite aux « people »,  à la mode  « Voici » ou  « Gala » (on eut droit dans des numéros précédents à Michel Legrand et Macha Méril, à Jean-Pierre Marielle, à Pierre Arditi, à Ariane Massenet, à Claire Chazal…), car ils ne sont en rien représentatifs du Gers, où le plus souvent ils ne font que passer, dans l’indifférence générale que leur portent d’ailleurs  les gascons. C’est probablement un argument de vente et rien d’autre.

Le Festival  « Musique en Madiran »

Le 19 juillet, j’étais à Madiran, la « capitale » du vin éponyme (on y trouve d’ailleurs la Maison des vins, vitrine du vignoble local).

Le village de près de 500 habitants est à l’ouest du Gers, dans les Hautes-Pyrénées, à quelques 10 kms de la frontière administrative  avec notre département.

Le madiran est un vin rouge couleur rubis, très puissant et charpenté, d’appellation d’origine contrôlée (AOC)  depuis 1948, qui est cultivé sur 1.300 hectares de terres sédimentaires (avec pour cépage principal le fameux tannat), réparties sur les Hautes-Pyrénées, les Pyrénées-Atlantiques et un peu le Gers, à raison de 60.000 hectolitres produits par an.

C’est un vin de garde, parfait pour accompagner le canard, et les viandes en sauce et  grillées. Il se bonifie avantageusement pendant une dizaine d’années, et sa  qualité va croissante en raison d’une expertise de plus en plus avisée des vignerons.

Parmi les figures emblématiques de l’appellation : Alain Brumont, reconnu comme le roi du Madiran, qui possède les domaines de Bouscassé et de Montus, et qui a hissé la notoriété de ses vins à hauteur de celle des grands crus bordelais.

L’histoire de ce vin  démarre au XIème siècle avec la construction à Madiran d’un prieuré de moines bénédictins qui vont planter des vignes, et utiliser le madiran en vin de messe, avant que sa réputation ne soit relayée par les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.

Reste aujourd’hui de l’ensemble conventuel, l’église Sainte-Marie, qui compte notamment une superbe chapelle, la chapelle Saint-Benoît, de l’époque romane, comme les chapiteaux,  et une crypte, elle préromane, pourvue d’un autel et de voûtes en pierre magnifiques, qui  font du lieu un espace de recueillement et de mystère tout particulier.

Nous avions rendez-vous dans cette église pour un concert donné par le pianiste italien Maurizio Baglini, concert s’inscrivant dans la cadre du Festival "Musique en Madiran", qui a lieu depuis 2006 chaque été, au mois de juillet.

Cette manifestation culturelle associe en l’occurrence le prestige des artistes invités et la convivialité des dégustations de vin, dans le but de mettre en valeur les atouts du territoire : le vignoble, bien sûr, son histoire, ses acteurs et son économie ; et le patrimoine culturel et architectural, en choisissant des lieux de concert chargés d’histoire. Dans cet esprit, chaque soirée proposée commence  par le concert, et se poursuit par une dégustation des vins de la région, ouverte à tous, artistes et public.

Enfin, point d'orgue de la manifestation, symbolisant cette alliance de l'air - la musique - et de la terre - la vigne : à la fin du festival, un des artistes présents est intronisé dans la Confrérie des Vins de Madiran.

C’est la septième fois que Mauricio Baglini vient jouer ici, tant il est amoureux du village. Venu de Toscane avec son propre piano, un Fazioli, il avait décidé de profiter de ce concert pour enregistrer en direct dans l’église  les œuvres de Robert Schumann qu’il allait jouer, ayant déjà derrière lui, dans son pays,  plusieurs sessions d’enregistrement, dans la perspective de graver en CD , chez Decca/Universal , l’intégrale de l’œuvre du compositeur allemand (1810-1856).

Pendant cette soirée, nous avons eu affaire à  des pluies orageuses, avec quelques infiltrations d’eau ici et là en provenance du toit de l’église, dont il a fallu amortir le bruit des gouttes par la pose de tissus et autres couvertures, et à des coups de tonnerre intermittents. A se demander s’il sera possible d’expurger de cet enregistrement toutes ces nuisances sonores…

Ces  intempéries n’ont en tout cas pas nui au brio exceptionnel du pianiste, né à Pise en  1975, avec une  carrière, déjà prolifique, qui l’a mené dans toute l’Europe, l’Amérique et l’Asie.

Au programme donc du Schumann, un musicien qui s’inscrit dans le mouvement romantique passionné. Les œuvres jouées ont été composées alors que le musicien avait 27/28 ans, une période tourmentée pour lui, car liée à l’amour fou  qu’il portait à Clara, amour un moment contrarié car le prétendant se heurtait  au refus du père de lui accorder  la main de sa fille.

Et d’abord les treize  courtes pièces « Kinderszenen » (« Scènes d’enfants »), qui, malgré son titre, ne s’adressent pas aux enfants. C’est un clin d’œil délibéré du compositeur à Clara, à qui il  écrira à ce sujet : "Est-ce une réponse inconsciente au sens des mots que tu m’écrivais un jour : tu me fais parfois l’effet d’un enfant ! S’il en est ainsi, tu verras que les ailes ont poussé à cet enfant... Tu prendras sans doute plaisir à jouer ces petites pièces, mais il te faudra oublier que tu es une virtuose. (...) Il faudra te garder des effets, mais te laisser aller à leur grâce toute simple, naturelle et sans apprêt. »

Deuxième partie du récital Schumann de  Maurizio Baglini : les « Davidsbündlertänze » (Danses des membres de la Confrérie de David). Ces pièces ne sont pas de vraies danses, mais se trouvent plutôt au croisement des ambitions musicales et poétiques de Schumann, mais aussi de ses luttes personnelles pour parvenir à épouser Clara Wieck. Ainsi, la première édition de 1838 porte la seule mention « Pièces caractéristiques composées par Florestan et Eusébius ». Tous deux sont des personnages imaginaires créés par Robert Schumann, qui signent parfois des articles à ses  lieu et place dans sa revue musicale. Ce sont en fait  les deux faces de l'individualité de Schumann, les deux côtés extrêmes de sa personnalité: d'une part Florestan, le conquérant, le passionné, d'autre part Eusebius,le contemplatif mélancolique.

Enfin, en troisième partie, les « Kreisleriana », huit pièces qui traduisent les conflits intérieurs d’un homme et d’une femme épris l’un de l’autre, et sont le reflet de la passion de Schumann pour le romantisme littéraire. Il confiera à Clara qu’il s’agit d’ « …une musique bizarre, musique folle, voire solennelle… », ajoutant : « …dans certaines parties, il y a un amour vraiment sauvage, et ta vie et la mienne, et beaucoup de tes regards. » Ces œuvres ont été considérées comme l’un des chefs d’œuvre pour piano solo du compositeur allemand,  et plus largement de la musique romantique.

Applaudissements nourris et unanimes pour Maurizio Baglini au jeu talentueux et d’une profonde sensibilité, à la mesure de celle exprimée par Robert Schumann dans les pièces exécutées au cours de cette soirée.

A noter qu’outre l’église de Madiran, le Festival s’est déplacé cette année  au château de Crouseilles (haut lieu de production viticole), en l’église de Soublecause, et au château Montus d’Alain Brumont (voir plus haut).

 Festival des mille photos à Lussan

J’ai évoqué plus haut le contenu du n° 13 du « Plaisirs du Gers ». Je n’ai pas cependant mentionné dans l’inventaire fait en cette occasion des reportages proposés dans ses pages, le portrait d’un collectionneur passionné par les photos de famille anonymes, des clichés anciens,  qui sont autant de trésors de vie liés au quotidien des gens, à des mariages, des pique-niques, des fêtes foraines, des scènes de bord de mer, des visites touristiques…

L’homme est historien, iconographe, et vit à Labastide , une commune de 350 habitants, au sud d’Auch, où il exploite des vergers de pommiers.

Il enrichit sans cesse sa collection, qui compte plusieurs milliers de photos, en draguant les brocantes et vide-greniers, et en fréquentant les deux boutiques parisiennes spécialisées.

C’est en lisant cet article que j’ai appris qu’il avait été à l’origine de la création d’un Festival « Mille Photos » à Lussan, près d’Auch (le seul Festival du genre en France),  dont la deuxième édition se déroulait les 22 et 23 juillet.

Nous y sommes donc allés, découvrant à cette occasion quelques exposants partageant ce hobby. Certains venaient là pour acheter, d’autres pour vendre. J’ai  fouillé les bacs, en ressentant parfois  un peu de nostalgie, car dans ma « cueillette » je remontais  de temps en temps des vues en rapport avec l’époque de mes grands-parents et  parents. J’ai même « exhumé » la photo d’une jeune femme qui ressemblait étrangement à ma mère. Emotion garantie…

J’ai pu échanger en cette circonstance avec le fondateur de l’évènement, un homme sympathique, qui répondit avec plaisir à mes questions de néophyte du sujet. Il faut dire que la photographie ne fait pas partie de mes centres d’intérêt, même si je fréquente volontiers de  grands rendez-vous comme « Les Rencontres » d’Arles, « Visa » à Perpignan, ou à une moindre échelle « L’Eté Photographique » à Lectoure (à noter que dans le cadre de cet évènement, le Festival des Mille Photos de Lussan a été invité le week-end des 12 et 13 août à créer un déballage et des présentations autour de la photographie vernaculaire, celle qui est propre à un pays et à ses habitants).

Mon relatif désintérêt pour la photo est  peut-être  dû au fait que mon cerveau s’encombre peu du passé, se montrant plus disponible pour gérer mon présent et mon futur. Je n’ai donc pas une mémoire très performante, contrairement à d’autres, comme cet ami capable par exemple de se souvenir de ce que nous faisions ensemble tel jour de telle année . A contrario, l’ami en question est anormalement lent et presque « handicapé » dans sa vie de tous les jours.

Nous nous sommes rendus ensuite  à Cap de Bosc, près de Lussan  visiter une exposition d’une artiste parisienne , sur les conseils d’ailleurs du collectionneur mis en vedette par « Plaisirs du Gers ». Il se trouve qu’elle se tenait  dans cette propriété  que le magazine avait mis à son sommaire pour sa singularité (voir plus haut). Lui-même avait exposé là à deux reprises, la dernière fois, c’était en 1995, sur le thème du voyeurisme photographique des années 30 à 70. 

Anniversaire

Il y eut aussi  en  juillet la célébration de  mon anniversaire, qui fut le prétexte d’une belle soirée à la maison en présence de nos enfants, et d’une trentaine d’amis.

Je fus gâté par eux, puisqu’avec la complicité de mon épouse, me furent offertes dans la collection de "La Pléiade" les œuvres complètes de Fiodor Dostoïevsky et de Jean Giono, deux de mes auteurs préférés (à ajouter à celles-ci trois autres livres, objets de cadeaux individuels : Apollinaire, dans une édition ancienne de La Pléiade (encore !), « Figures Mouvantes », offert par son auteur, un ami qui était au nombre de nos invités,  et « Le Papillon », premier roman d’Andrus Kivirähk, un écrivain estonien . De belles lectures en perspective. Et j’avoue que  parcourir Dostoïevsky et Giono dans une édition élégante, de petit format, avec une reliure en pleine  peau dorée à l’or fin,  une couverture de cuir souple,  et un papier bible raffiné, va m’assurer un plaisir inouï de lecture . Et n’est-ce pas rendre un hommage tout particulier aux  écrivains que de traiter leurs œuvres avec autant d’égards ? Je peste si souvent quand je vois leurs livres bradés  un ou deux euros dans les brocantes et autres vide-greniers. Quel manque de respect pour leur talent d’écriture !

 « La Pléiade » fut créée en 1931, et fit paraître cette année là en premier titre le poète Charles Baudelaire. Aujourd’hui, la collection, qui appartient à la maison Gallimard, compte près de 800 volumes dans la série « La Bibliothèque » (j’en ai personnellement une trentaine), plus de 50 dans la série « Encyclopédie », et une petite centaine dans la série « Album », chaque Album retraçant en quelques 200-300 pages le parcours d’un écrivain. Avec l’achat de trois « Pléiade », l’éditeur vous offre d’ailleurs un Album. 

Autre cadeau reçu, celui-là d’ordre sentimental : l’amitié et la gentillesse chaleureuses  de nos invités. Sur notre suggestion, certains sont venus avec un objet qui  a symbolisé un moment fort de leur vie personnelle ou professionnelle, qu’ils ont raconté devant l’assistance. Beaucoup d’émotion en la circonstance !

Des intermèdes musicaux aux rythmes endiablés (blues, jazz, rock), ont aussi accompagné la soirée, procédant d’un couple d’amis : Christine Fort, une chanteuse à la voix rauque et chaude, qui est également plasticienne, avec à la basse son compagnon Akim, un musicien reconnu, qui accompagne notamment dans ses tournées Art Mengo , chanteur, auteur et compositeur, qui vit à Toulouse.

Fait le 23 août

"La Falène bleue" à Lannepax

Dans le passé, nous avions fréquenté à Lannepax, un petit village gersois de 500 habitants, un restaurant qui portait un nom qui était à lui tout seul une invitation prometteuse : « Les Caprices d’antan ».

Il était tenu par deux femmes, l’une aux fourneaux, l’autre en salle, qui avaient créé là un lieu chaleureux et une cuisine de qualité.

On s’y sentait fort bien, grâce à leur généreuse hospitalité qu’on retrouvait tant dans la décoration rustique de l’établissement que dans la relation avec la clientèle et dans l’assiette.

Lorsque ces femmes décidèrent en 2014  de donner une autre orientation à leur existence, le restaurant fut repris par deux hommes qui ne connurent pas la même réussite.

Fermé un moment, le lieu renaît désormais depuis mai dernier grâce à  un jeune couple, Fabien et Hélène (sa mère est un agent immobilier qui exerce dans les environs et qui nous avait vendu notre première maison dans le Gers).

La demeure a évolué, changeant de nom pour s’appeler "La Falène bleue". Ce nom de baptême fait allusion d’une part à la phalène, un papillon de nuit (en italien, le papillon s’écrit « falene »), et d’autre part à la couleur préférée des hôtes, qu’on retrouve un peu partout, et notamment sur les volets de la façade. Ultime clin d’œil dans cette dénomination : fa pour fabien, d’une part,  et lène pour Hélène, d’autre part. C’est un de nos amis artiste qui a créé cette appellation, accompagnée d’un dessin stylisé de l’insecte, œuvre d’une graphiste.

 Cette fois, cette ancienne maison de notaire, située sur la place centrale de la cité, a pris une allure intérieure élégante et moderne, et décline dans un cadre soigné une restauration bistronomique autour de 20-25 couverts.

 Il est plaisant de voir ces deux trentenaires se lancer dans cette  aventure entrepreneuriale, car il y faut de l’audace, du courage, de la créativité, de la confiance en soi, du talent et un indispensable esprit de gestion, toutes qualités que Fabien et Hélène paraissent posséder, et qui devraient leur permettre d’acquérir peu à peu une belle réputation.

 Hélène, qui avait depuis toujours la vocation, a décroché un BEP d’Hôtellerie à Lille, puis un Bac Technologique dans la même discipline à Toulouse, ainsi qu’une mention de Chef de Rang.

 Elle fit ses armes dans la ville rose puis en Suisse, avant de rejoindre le Gers et de travailler successivement dans deux  restaurants prestigieux : "La Table des Cordeliers",  à Condom (une étoile), puis "Le Florida",  à Castera-Verduzan.

C’est au « Florida » qu’elle rencontrera Fabien (il y a déjà six ans environ).

 Avec lui, elle fait des saisons à Chamonix, en Corse, à Rocamadour, avant de s’envoler pour l’Australie où durant un an les « tourtereaux » découvrent le pays, la cuisine (copieuse, à base de viande très fréquemment, et assez coûteuse en moyenne gamme) et les vins australiens.

 Après une ultime saison en Corse (2016), ils ouvrent alors « La Falène bleue ».

 Fabien, lui, a obtenu un CAP-BEP de cuisinier par une formation en alternance  sur deux ans, passant de contrat en contrat  par Bagnères-de-Luchon, Castera-Verduzan (déjà « Le Florida »), et Saint-Gaudens (en deux périodes d’un  an et demi chacune), où il officiera d’abord comme second puis comme chef.

 Il retourne ensuite au « Florida » où il fera donc  la rencontre de sa vie.

 Hélène attache beaucoup de soin à l’accueil de ses clients qu’elle veut chaleureux et distingué, avec à l’appui un service fluide et agréable. Lui aime travailler une cuisine de bistrot sans trop de « chichis », qui s’inspire des produits locaux frais mais aussi des expériences culinaires vécues ici et là.

 Ouvert du mardi soir au dimanche midi (le mardi midi aussi de mi-juillet au 29 août, mais uniquement sur réservation 24 heures à l’avance), le restaurant propose un menu-déjeuner à 15 € (du mardi au vendredi, hors jours fériés) qui comporte actuellement : en entrée, Terrine de campagne ou Rouleaux de printemps aux crevettes ; en plat, Risotto cabillaud chorizo ou Rôti de veau roulé au jambon et à la sauge ; en dessert, Crème brulée vanille tonka (une fève d’Amérique latine) ou Abricots pochés à la menthe. A noter que pour les moins de 10 ans, il est prévu un menu plat-dessert à 12 €.

 Pour ma part, j’avais choisi avec mon épouse le Menu carte à 32 € avec en entrée le Bœuf tataki (technique japonaise de préparation de la viande), mousse coco, cacahuètes concassées, huile infusée au curry : succulent ! En plat, la trilogie de cochon (filet mignon, joue de 48 heures – quelle finesse ! -, croustillant de pieds, mousseline de pomme de terre, sauce au vin). En dessert, la Sphère chocolat, banane, choux, chocolat dulcey (chocolat et confiture de lait).

 Un repas excellent, arrosé d’un Domaine de Guillaman rouge, sachant qu’à la carte, on trouve d’autres vins de Gascogne, comme le Pellehaut blanc Ampelomerix, le Saint-Mont rosé Nature secrète bio, le blanc sec du Domaine Horgelus, ou encore le Betoulin bio rouge du Domaine de Pajot.

Je ne résiste pas par ailleurs  au plaisir de citer les autres plats qui sont inscrits au menu de 32 € : en entrée, Foie gras de canard du Gers, mi-cuit à l’armagnac, chutney pomme gingembre, rhubarbe et pain au noix maison, ou Variation de tomates anciennes, buratta, vinaigrette au pesto, eau de tomates ; en plat : thon mi-cuit, piperade, émulsion citronnelle et tuile au sésame, ou Grenadin de veau, panisse, mini-fenouil, coulis de poivrons et crème d’ail confit. Et pour finir en beauté : Poire tonka, crème double, caramel beurre salé, sablé, citron, ou Pêche safran, pêche pochée, mousse, sorbet, langue de chat.

Une adresse à fréquenter avec assiduité !

 Fait le 7 août

   

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Un gars de Jakarta | Réponse 11.08.2017 03.28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

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11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

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08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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