Points de vues du Gers Carnet

Mécontentements

Je suis assez contrarié depuis une semaine ou deux face à une actualité médiatico-politique pour le moins navrante.

Il y a d’abord cette sortie de François Hollande le 15 janvier dernier pour assister à la dernière du spectacle de Michel Drucker, « Seul…avec vous », aux Bouffes Parisiens, Ministre de la Culture à ses côtés.

Les journalistes ont commenté l’évènement uniquement pour souligner  cette bizarrerie présidentielle d’être ailleurs que devant sa télé le soir où était retransmis  le second débat des primaires de la gauche.

C’est en l’occurrence de la part de François Hollande du petit calcul politique qui m’indiffère.

Par contre, aucune télé, aucune radio, aucune presse écrite, n’a soulevé une question de fond qui m’est apparue pourtant beaucoup plus sérieuse.

Quitte à aller au théâtre, n’aurait-il pas été plus avisé, plus raccord avec les hautes fonctions que sont celles  du Président de la République et de sa Ministre de la Culture, de choisir une pièce plus enrichissante, plus emblématique, que celle, d’un intérêt insignifiant, où l’animateur de télé met en scène ses cinquante ans de vie professionnelle ?

Il est vrai qu’aujourd’hui, hélas !, on a pour veau d’or des peoples de tous genres, nivellement par le bas oblige…

C’était pourtant également une belle occasion pour le pensionnaire de l’Elysée de privilégier et de mettre en valeur un de nos prestigieux théâtres nationaux ou  établissements publics, dont les programmations ont une toute autre qualité et profondeur que le one man show « druckerien ».

Et le Président n’avait que l’embarras du choix : Comédie Française,  Théâtre de l’Odéon,  Théâtre de la Colline,  Théâtre Chaillot, Opéra Bastille, Palais Garnier…

Côté médias, la récente séquence de froidure sur notre pays a donné lieu à une surenchère ridicule de qualificatifs de la part des commentateurs, du genre « froid sibérien », « froid polaire » ! Il est vrai que l’audience est au prix des outrances dans les mots . J’aurais eu quand même envie d’interpeller les auteurs de ces emportements langagiers, en leur rappelant simplement qu’en Sibérie les températures l’hiver s’échelonnent entre -10 et – 45 °, pendant qu’en Antarctique le thermomètre affiche de - 40 à - 60 ° !   

Même les responsables du Parti Socialiste, organisateurs de la primaire de la gauche, ont prétexté un froid « polaire » pour justifier une faible participation des électeurs le matin du premier tour !

Les uns et les autres feraient bien de  séjourner quelque temps dans ces coins reculés du monde pour se rendre compte de ce qu’est vraiment un froid sibérien ou polaire. Halte, s’il vous plaît, à ces dévoiements de sens !

Dans ce genre d’excès d’expression, je viens de lire sur le site français du « Huffington Post », dirigé par Anne Sinclair,  un billet de Gérard Leclerc, ancien Rédacteur en Chef politique de France 2 et France 3, et ancien Président de La Chaîne Parlementaire (LCP), où il met en perspective l’idée d’un  second tour Macron-Le Pen à l’élection présidentielle des 23 avril et 7 mai prochain. Pourquoi pas ? Mais voilà ce qu’il écrit dans un de ses paragraphes : «Au-delà de  l’escroquerie des tenants de l’anti-système dont ils sont tous les deux des dignes représentants –une héritière et un énarque  -… ». Macron et Le Pen, des escrocs ? L’accusation est violente et inique, quasi-infamante, car en politique vouloir faire oublier d’où on vient, qui on est, c’est de la stratégie politique et rien d’autre. Aux citoyens de trier et de faire un choix.

J’ai pour ma part un attachement profond au devoir d’objectivité et d’impartialité qui s’impose aux journalistes. J’ai  voulu moi-même embrassé ce métier, un objectif que mes conditions sociales ne m’ont malheureusement pas permis d’atteindre, et sais donc toute la portée de cet engagement, fondement de la crédibilité de la presse.

Or, je ne supporte plus ce qui se passe souvent sur les ondes et les antennes liées au service public et donc financées par les contribuables. Je ne m’attarde pas sur France Culture, une radio certes intelligente, mais complètement acquise à un camp politique au point que la violation du devoir d’objectivité est de tous instants. On en viendrait à considérer que « Répliques », l’émission hebdomadaire, le samedi matin, d’Alain Finkielkraut, philosophe plutôt proche de l’autre camp, n’est plus qu’un alibi et une parenthèse dans un flot continu de commentaires et de prises de position manifestement orientés.

Je ne suis pourtant pas un homme de droite, loin s’en faut (je suis un progressiste et un « séguiniste »), mais il me semblerait que le service public s’honorerait démocratiquement parlant de mieux partager les opinions et les points de vue. Il y va du respect de son statut, car après tout derrière les contribuables qui le financent il y a  des électeurs de toutes tendances. Alors, place au débat et à la confrontation des idées !

La radio France Inter (que d'aucuns surnomment "Radiobolcho") est du même acabit, et parfois aussi la chaîne Arte, qui, par ailleurs, propose des programmes d’excellent qualité. Je pense surtout à l’émission quotidienne d’Elizabeth Quin, « 28 minutes », qui fait la part belle aux chroniqueurs d’un bord et pas de l’autre. Le déséquilibre en est choquant !

Je me suis beaucoup amusé d’une intervention « hackée » d’Edouard Baer, acteur, producteur, animateur tv et radio (la Matinale de Radio Nova, c’est lui) dans le 7/9 du 25 janvierde Patrick Cohen sur France Inter. Et même si on a su plus tard que ce piratage était le produit d’une connivence entre les deux hommes, il n’en demeure pas moins que les sous-entendus  du faux hackeur à l’adresse de l’animateur de la radio publique ne manquaient pas de sel : « …pourquoi on n’ouvre pas plus ? Vous vous laissez enfermer dans un système cloisonné, Patrick. Arrêtez ces radios qui ne parlent qu’à leurs propres auditeurs. Il faut qu’on parle aux deux oreilles à la fois… »

Manière de souligner l’esprit partisan de certains médias, dont d’ailleurs Patrick Cohen est une figure de proue.

Adepte du prêt à penser médiatique, son intolérance journalistique n’est plus à démontrer. Il se serait constitué une « liste noire »  de personnalités qu’il se refuse de recevoir en raison de leurs convictions.

Ce qui fait dire à Daniel Schneidermann, observateur attentif de la vie des médias au travers de son site web "Arrêt sur Images"(qui fut d’abord une émission télé, créée et présentée par ses soins) : « Se priver d’invités intéressants parce qu’on n’est pas d’accord avec eux  est, pour un journaliste payé par le contribuable, une faute professionnelle. Et non seulement c’est indéfendable, mais c’est contre-productif ».

 Patrick Mandon, qui écrit dans le journal en ligne « Causeur », note pour sa part que « le second métier de M. Cohen serait plutôt censeur des ondes officielles d’État ».

Lecteur du quotidien "Le Monde" depuis plus de cinquante ans,j'ai apprécié de trouver dans son édition de ce jour,sous la signature de son Directeur, Jérôme Fenoglio, à l'occasion de la présentation du bilan 2016 du journal, les considérations suivantes, que je partage tellement : "L'indépendance, c'est aussi, dans une époque et une société clivées, où l'on ne s'exprime plus que d'un seul point de vue ou d'un seul camp, l'ambition de demeurer le lieu du débat -celui qui fait vivre la pluralité des positions -, en nous gardant de l'esprit de système et de toute connivence."

Il y a aussi ce parti pris systématique anti-Trump qui alimente tous les éditoriaux d'une presse partiale. Qu’on laisse donc le nouveau Président des Etats-Unis commencer à agir, et on jugera sur pièces, ce qui sera mieux que de tirer des plans sur la comète. On ne va quand même pas lui reprocher d’appliquer le programme qui lui a valu de devenir le 45ème Président américain ! Et que je sache, l’homme a été élu selon les règles démocratiques de son pays, même si le système électoral américain fait qu’on peut avoir moins de voix que son concurrent et être néanmoins élu. Cela a déjà été le cas lors d’élections présidentielles antérieures, comme en 2000 où George W. Bush l’avait emporté contre Al Gore avec moins de voix que son adversaire. Que n’ai-je entendu de la part des commentateurs qui considéraient que Trump avait ainsi volé à Hillary Clinton la victoire ! Et pourtant les mêmes ne se sont jamais étonnés du régime électoral français qui fait que le Front National n’a pas le nombre d’élus qu’ils « mériteraient » au regard de son « poids » dans les urnes.

Qu’on ne pense pas pour autant que je suis pro-Trump ou pro- Front National .Ce serait insultant que de m’en accuser. Je défends seulement cette exigence démocratique qui veut que les acteurs politiques élus dans les règles constitutionnelles et légales de leur pays sont tout à fait légitimes. Et si on les estime dangereux pour le pays et ses valeurs, il conviendrait alors d'interdire le parti dont ils sont issus. Je veux dire aussi que si un Trump a été élu, si Marine Le Pen est si haut dans les intentions de vote, si le Brexit anglais s’est produit, si la droite dure et l’extrême droite montent en puissance en Europe, c’est en grande partie  de la responsabilité des partis traditionnels eux-mêmes, qui n’écoutent plus leurs concitoyens et ne savent pas apporter les bonnes réponses à leurs inquiétudes grandissantes.

Dans le domaine de la vie publique, je suis par ailleurs effaré des dernières actualités : les résultats de participation au premier tour de la primaire de la gauche qui auraient été manipulés pour atteindre un niveau plus décent, et maintenant l’affaire Pénélope Fillon ! Rien de tel pour éloigner encore plus les français de la classe politique et de renforcer les tendances populistes, y compris à gauche ! Faut-il crier encore plus fort pour clamer « Cela suffit ! » Et comment faire davantage entendre  notre exaspération ? 

Voilà donc bien des raisons d’être de mauvaise humeur. Il est vrai que ma passion depuis toujours pour l’information et la vie publique  ne peut me laisser indifférent  aux dérives constatées ici et là dans ces domaines. Elles sont pour moi autant de motifs de mécontentement, quand ce n’est pas de colère. Mais qu’on ne se méprenne pas sur mes emportements : c’est justement parce qu’il y a beaucoup de journalistes au professionnalisme irréprochable, et d’hommes politiques  sérieux, intègres et dévoués, que je ne souffre pas les exceptions. De ce point de vue, Philippe Seguin (1943-2010),  aura été, malgré son caractère de cochon, ma référence pour son attachement profond à la République, pour la noblesse de son action politique faite d’un sens élevé et rigoureux de l’Etat, une exigence qu’il ramassait dans une belle sentence : « …ce sentiment de plénitude, de défendre fidèlement des convictions au-delà de tout arrangement, concession ou combinaison, ce sentiment –est-il si excessif ? – de communier avec le peuple et de le servir. »Dans ces temps incertains, iI manque à la France (photo ci-dessus).

NB Je n'ai pas abordé dans ce billet tous ces sujets traités à la va-vite à la télé, qui s'avèrent notamment incomplets et oublieux d'informations essentielles.Je ne résiste pas néanmoins à évoquer dans le genre un reportage présenté le 28 janvier au journal du soir de France 2 sur les quarante ans du Centre Pompidou-Beaubourg.

Il était fait état notamment de l'audace architecturale pour l'époque du bâtiment, longtemps comparé de ce fait à une raffinerie de pétrole, tout en taisant les noms des architectes du projet ! Et dire que ceux-ci, Renzo Piano et Richard Rogers, obtinrent chacun le Prix Pulitzer, la plus haute distinction internationale dans le domaine architectural. Quel oubli impardonnable !

 

Fait le 28 janvier

Corruption et émigration roumaines

Deux occasions récentes m’ont été données de constater combien la Roumanie connaît toujours bien des vicissitudes.

Je ne me suis jamais rendu dans ce pays. Mon frère aîné, qui vit à Jakarta, en Indonésie, m’en parle parfois, avec une certaine nostalgie, car  il y passa six ans, dans le cadre de ses activités professionnelles, et il y a gardé de bons amis.

Histoire de dictatures

La Roumanie a mis un demi-siècle pour se débarrasser des dictatures qui ont privé les populations de liberté.

Dictature royale d’abord (1938-1940), puis fasciste (1940-1944), et enfin communiste (1945-1989).

La chute du régime totalitaire de mode soviétique a résulté du renversement par le peuple du tyran Nicolae Ceausescu il y a près de trente ans, exécuté avec son épouse au terme d’un procès expéditif, comme du temps de ce dictateur, qui gouvernait à l’aide d’une police politique secrète à la réputation effroyable, la Securitate, en s’appuyant par ailleurs sur un culte extrême de la personnalité, s’arrogeant ainsi des titres ridicules comme  « Conducator »,  « Génie des Carpates », et pire encore  « Danube de la pensée » !!!

De soubresaut en soubresaut, la Roumanie a rétabli  peu à peu la démocratie et l’économie de marché.

Mais il y a encore beaucoup à faire.

La corruption gangrène toujours tous les étages de la société.

Le film « Baccalauréat »

C’est le thème central du film « Baccalauréat », quatrième long métrage du cinéaste roumain Cristian Mungiu, que j’ai vu récemment au Ciné 32 d’Auch.

Le film a obtenu le Prix de la Mise en Scène à Cannes l’an dernier, dix ans après la Palme d’Or reçue pour « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », un récit impressionnant autour d’un avortement clandestin en Roumanie communiste.

« Baccalauréat », lui, raconte l’histoire d’un père médecin à Cluj, en Transylvanie,  qui se compromet pour assurer à sa fille les conditions d’un avenir prometteur (photo ci-dessus).

En l’occurrence, ce médecin hospitalier, Roméo (joué par Adrian Titieni), s’est promis de ne jamais tremper dans le système de la corruption, au nom d’une intégrité et d’une honnêteté à toute épreuve.

Malheureusement, il va renoncer à ce noble comportement moral lorsque sa fille unique, Eliza (interprétée par Maria Dragus), subit une agression sexuelle la veille de passer son baccalauréat, rendant hypothétique sa réussite à l’examen.

Le papa va alors « acheter » l’indulgence des correcteurs, moyennant un échange de service, pour garantir de bonnes notes à sa fille, ce contournement des règles du jeu étant un sport national dans les pays corrompus. Cela se fait dans le film de manière insidieuse, presque anodine, comme allant de soi, sachant que c’est ainsi que la corruption naît, comme un doigt dans l’engrenage.

Le père d’Eliza rejoint ainsi la cohorte de ceux qui font fi de l’idéal des valeurs communes, dans la mesure où il s’agit en priorité de satisfaire ses intérêts propres.

Roméo a élevé sa fille  avec la ferme intention de lui permettre de poursuivre des études en Angleterre et de fuir ainsi la triste réalité de la  Roumanie qui semble ne pas offrir aux jeunes générations des perspectives satisfaisantes.

L’atmosphère sombre du film, les images ternes et tristes des lieux montrés – un hôpital vétuste et gris de gris à tous points de vue,  des logements dignes de nos barres HLM des années cinquante -, la lenteur du rythme de l’histoire racontée, le caractère « inanimé » et résigné des personnages, un jeu d’acteurs profil bas,  aident à mieux saisir le pourquoi et le comment de cet univers maussade qui n’offre aucun espoir aux uns et aux autres.

Dans une interview au quotidien « Le Monde », Cristian Mungiu dit : « La société roumaine inspire de la défiance à ses citoyens. La corruption y empoisonne tout le système…Les gens n’ont plus confiance en leurs dirigeants, ils ont peur de l’avenir. Ils considèrent celui de leurs propres enfants avec angoisse et désespoir. Nous avons perdu près de trois millions de citoyens, parmi les plus éduqués, qui sont partis vivre à l’étranger pour cette raison. Quel futur voulez-vous envisager pour un tel pays, quand c’est la génération qui devrait le porter qui le déserte ? »

Il dit encore : « …toute la question est de savoir quel compromis on est prêt à faire avec un tel système pour y survivre ? Jusqu’où le fossé entre notre discours et nos actes nous est supportable ? J’aimerais d’ailleurs préciser, pour rester dans la complexité des choses, que ce comportement en Roumanie remonte en fait à la dictature. Les gens y ont appris à contourner la loi, qui était inique, sans problème de conscience, et à manifester par ce système une sorte de résistance solidaire à l’oppression. »

Au-delà du thème central illustré par ce film – la ligne de partage convenable, souhaitable, indispensable, entre l’individuel et le collectif dans une société -, il est aussi question d’une belle et forte relation entre un père et sa fille, le premier ne sachant toutefois pas exprimer autrement son affection à son enfant qu’en l’éloignant paradoxalement de lui, de son pays, de ses  compromissions, et pour tout dire de son propre échec, celui de n’avoir pas réussi à contribuer à changer le pays, comme ils étaient nombreux à se l’être promis aux lendemains de la révolution de 1989.     

Comme on s’y attendait, le récit ne se termine pas bien, les ambitions du père vis-à-vis de sa fille se trouvant anéanties par les circonstances.

Dans « Le Monde » du 7 janvier, à propos de l’émigration

Peu de temps après avoir vu le film, je prends connaissance dans l’édition du « Monde » du 7 janvier dernier d’un long papier de Jean-Baptiste Chastand, « La Roumanie se vide, les autorités se réveillent. »

Il y est question de cette émigration des forces vives du pays  (3 millions de roumains selon les statistiques, soit presque 15 % de la population du pays),  vers l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre  et l’Allemagne principalement, les parents concernés laissant derrière eux, durablement, leurs enfants (on parle de 80.OOO enfants confiés à l’entourage familial, et suivis par l’Etat, ou des ONG  qui leur proposent des activités périscolaires). Obligation est par ailleurs désormais faite aux partants de désigner avant de s’en aller un tuteur légal pour leurs enfants.    

Ces émigrés ont envoyé en retour jusqu’à 10 milliards d’euros par an, un chiffre divisé par trois après la crise économique de 2008 qui a touché la plupart des pays d’accueil.

Le phénomène concerne  les classes sociales les moins favorisées (celles justement qui laissent leurs progénitures au pays), les Roms bien sûr, mais aussi les Roumains qui « vont faire le ménage en Italie, bâtir en Espagne, ramasser les framboises en Angleterre, ou soigner les malades en France. »

Pendant longtemps, et pour diverses raisons, les politiques roumains ont laissé faire : chômage moins élevé qui en résultait, électorat qui s’en trouvait plus vieux, plus rural, plus inactif, et donc plus favorable au PSD, parti dominant depuis la révolution de 1989,  héritier du parti communiste d’antan.

Il semble que les pouvoirs publics veuillent maintenant combattre ce « fléau » qui touche aussi les roumains les plus formés.    

Il y va notamment de l’avenir des hôpitaux qui ont à connaître des pénuries sérieuses de médecins dans de nombreuses spécialités, ainsi que dans les services d’urgence.

Le Directeur de l’hôpital de Targoviste, une ville moyenne typique de la Roumanie, doit faire avec huit médecins urgentistes pour 500.000 habitants, alors qu’il en faudrait au moins quinze. D’où le maintien en activité de 74 médecins qui dépassent l’âge de la retraite !

A peine affectés, les jeunes internes ne pensent qu’à partir pour l’Ouest. Ici, un chirurgien en fin de carrière plafonne à 2.000 € par mois (hors backchichs cependant…).

L’émigration vide également les villes, conduisant le pays vers un désastre urbanistique annoncé. Les communes manquent par ailleurs d’employés, mais pour les jeunes « les salaires ne sont pas compétitifs avec le privé », constate le Maire de Targoviste.

Il s’est rendu l’été dernier en Espagne, à Castellon de la Plana, près de Valence, principale destination de ses concitoyens. Il en revient avec un sentiment désabusé : « Les Roumains ne vont jamais revenir. Ils sont là-bas depuis dix ans, ils ont des familles, des entreprises, des maisons, et ils sont très bien intégrés. »

Mais faute d’études fiables (on n’a pas l’argent pour les faire), on ne peut pas apprécier précisément la situation, et donc réagir en conséquence. Le chiffre de 3 millions d’émigrés est-il pertinent ? Et quelles sont les qualifications et les attentes des expatriés ?

Ou encore : combien de roumains sont revenus pour profiter d’une croissance retrouvée, désormais la plus forte de l’Union Européenne ?

Pour favoriser en tout cas ces retours au pays, l’Etat a conçu le programme « Diaspora Start Up » qui aide à lancer une activité ici. Et les premiers résultats sont encourageants.

Et l’avenir ?

L’avenir dira si la Roumanie est en capacité d’obtenir des améliorations notables sur ces enjeux de  corruption et d’émigration

La présence à la tête de l’Etat depuis 2014 d’un Président fermement partisan de la lutte contre la corruption est un bon signe. N’a-t-il pas déclaré l’an dernier, à l’occasion du Congrès de la Direction nationale anticorruption : « Je suis convaincu que nous réussirons à être de plus en plus puissants dans l’application du principe constitutionnel selon lequel personne n’est au-dessus de la  loi, et à nous aligner sur les pratiques en vigueur dans les démocraties consolidées, qui mettent le citoyen au centre de toute politique publique. »

De son côté,  le nouveau Premier Ministre roumain, installé dans ses fonctions il y a une dizaine de jours, donne un gage aussi de volonté nouvelle au plan économique pour au moins réduire l’ampleur de l’émigration. A condition cependant qu’il sache insuffler auprès de ses concitoyens la confiance et l’espoir nécessaires, disposant comme atouts majeurs de sa jeunesse (43 ans) et d’une expérience professionnelle partagée entre le secteur public et le secteur privé.  

 Addendum

 Au début de ce billet, j’ai signalé l’attachement de mon frère aîné à ce pays où il passa six ans pour raisons professionnelles. Il y a conservé de bons amis et ne manque pas d’y retourner de temps en temps.

 En fidèle lecteur de mon blog qu’il est, il a pris connaissance de ce que j’ai écrit sur la Roumanie, partageant notamment le point de vue du journaliste du « Monde » à propos des conditions déplorables et déficientes du fonctionnement des hôpitaux roumains, citant à cet égard son propre exemple et celui d’une de ses anciennes employées, et reconnaissant qu’il faut avoir de l’argent, hélas !, pour pouvoir accéder à l’excellence en matière d’équipements et de compétences médicales. Sinon, vous êtes par avance condamnés à un sort aléatoire.

 Voilà ce qu’il ajoutait dans son courriel à mon attention :

 « Effectivement, j'ai aimé ce pays de Dracula qui souffre toujours de la période Ceausescu et qui a été longtemps une terre livrée à l'occupant : les turcs, les allemands, les hongrois et les russes. D'où leur nationalisme exacerbé et le rejet des pays voisins. La France par contre est aimée. Ce n'est pas pour rien que sa capitale, Bucarest, est surnommée le petit Paris et qu'on y trouve une réplique modèle réduit de l'Arc de Triomphe. Et rappelle-toi de la place majeure tenue en France par des artistes roumains, tel le grand dramaturge Eugène Ionesco (1909-1994).

 La Roumanie a un réservoir de jeunes talents très anglophones et très professionnels. Ils ne partiront pas du pays et ma réussite de carrière fut la leur ! Bien souvent, les départs à l'étranger concernent des milieux défavorisés notamment dans l'agriculture. Ils s'expatrient pour faire des cueillettes de fruits, notamment les fraises en Espagne. Les plus diplômés restent car ils aiment leur pays et ne veulent pas le quitter ! Cette génération des 40 ans réussira !

La corruption et les " tracasseries administratives " sont certes toujours à l’ordre du jour,  mais la Roumanie est désormais dans l'Europe et connaît  peu à peu un développement économique prometteur grâce au soutien de  la Communauté. »

 

Fait le 14 janvier

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decrock jp | Réponse 15.01.2017 02.02

Très bon article.Du temps où j'étais en Roumanie ces problèmes d'émigration et de corruption étaient latents.Mais la jeunesse roumaine vaincra.

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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