Points de vues du Gers Carnets

"PRAF"

Brice Teinturier, Directeur Général délégué d’IPSOS, politologue, vient de publier chez Robert Laffont un ouvrage qui porte pour  titre : « Plus rien à faire, Plus rien à foutre », apostrophe qui en initiales s’écrit « PRAF ».

Cette « PRAF-Attitude », objet de ce livre, se rapporte en fait au grave malaise de la démocratie, et au profond dégoût  des citoyens pour leur classe politique. L’effondrement de la morale, la crise de l'exemplarité, la confusion de la politique et de la téléréalité, les mutations de l'information et l’influence des réseaux sociaux, tout concourt à s’alarmer sur le degré de déconsidération des élus et la  démonétisation de leur parole publique.

Rappelons nous la volonté de « Changer la vie » de François Mitterrand ou celle de réduire la «fracture sociale » de Jacques Chirac, des promesses qui ont valu à chacun d’entre eux d’entrer à l’Elysée. Mais il est connu que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, selon la célèbre formule d’Henri Queuille, homme politique chevronné en ce domaine des Troisième et Quatrième République.

Mais il y a aussi au nombre de ces dérives,  les « affaires » surgissant à notre grand dam les unes après les autres.

Certes, elles ne sont le fait que de quelques uns, mais pas des moindres. Et dans la mesure où elles concernent des « ténors » de la vie politique, l’exigence d’exemplarité devrait être encore plus élevée que la moyenne, surtout quand ils se sont présentés devant nous avec  des mots jurés, promis,  comme irréprochable, honnêteté, probité.

Les dérives émanent de tous les bords politiques : emplois fictifs à la Mairie de Paris sous Jacques Chirac, avec aux manettes Alain Juppé l’homme de confiance,  évasion fiscale (Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret, Jérôme Cahuzac, Ministre délégué au Budget dans le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault), non déclaration des revenus au fisc  et consécutivement non-paiement des impôts , loyers et factures impayés  (Thomas Thévenoud, député de Saône-et-Loire,  Secrétaire d’Etat au Commerce Extérieur en 2014, mais 9 jours seulement, jusqu’à la révélation de ses manquements ), soupçons de fraude fiscale et de conflit d’intérêts avec enquête à la clef vis-à-vis de Thierry Solère, Député des Hauts-de-Seine, porte-parole de François Fillon pour la campagne présidentielle…

Le Front National est aussi dans la tourmente, suspecté d'avoir utilisé pour le parti des attachés parlementaires de députés FN au Parlement européen, payés donc par la Communauté européenne. 

Il y a aussi des comportements qui sans être illégaux n’en sont pas moins blâmables : le recrutement par un sénateur ou un député en tant qu’attaché parlementaire de son épouse, de sa fille, de son fils, de sa sœur, de son frère, (et pourquoi pas du père, de  la mère, de l’oncle, du cousin, que sais-je encore ?), un emploi qui peut être de surcroît fictif (suivez mon regard…).Cette pratique relève à tout le moins du népotisme, un arrangement qui régnait au Vatican, en particulier au XVIème siècle, et qui consistait pour un pape à attribuer des titres, des donations ou des faveurs à ses parents, et notamment à ses neveux (« nepote » en italien). Pourquoi se priver de pratiques aussi  anciennes qui ont de surcroît l’avantage d’avoir été bénies et accomplies par les Saints Pères eux-mêmes ! On dénombre ainsi aujourd’hui  15 à 20 % de députés et de sénateurs qui usent sans vergogne de ce favoritisme.

Il s’est même trouvé au plus fort de la tempête du Penelope Gate un ancien Ministre, député des Républicains, Dominique Bussereau, pour dire sans complexe sur un plateau de télévision que si on devait interdire à l’avenir le recours à un membre de la famille sur un poste d’Attaché parlementaire, il faudrait aussi interdire à  la femme d’un boucher ou d’un épicier de travailler aux côtés de son époux ! Quelle énorme niaiserie, qui devrait se voir récompenser d’un oscar de la mauvaise foi absolue ! Car enfin,  que je sache, il n’est pas question d’argent public dans l’hypothèse d’une épouse qui apporte son concours, celui-là non fictif,  à son mari pour aider à la bonne  marche du commerce familial. Si elle est rémunérée, tant mieux, et elle le sera alors sur les fonds de l’affaire, sachant que la plupart du temps elle ne l’est pas car les finances du commerce en question ne le supporteraient pas.

Il n’est pas rare non plus que des Ministres ou des Présidents d’exécutif (région, département, ville) aient dans l’équipe de leur cabinet ou dans leurs services  leur compagne ou même leur maîtresse du moment.

Et que dire des scandales récurrents, notamment à Paris, liés à l’occupation par des hommes politiques de logements à caractère social, moyennant des loyers modérés, bien en dessous des prix du marché, et peu en rapport avec leurs réelles capacités contributives. Jaques Chirac, Alain Juppé, en avaient profité  il ya une vingtaine d’années, ainsi que le fils de ce dernier. De même les époux Tibéri avaient ainsi logé à peu de frais deux de leurs enfants. Et tant d’autres encore et encore, de tous bords politiques. L’un d’entre eux, Jean-Pierre Chevènement,  est un des derniers à s’accrocher encore à son logement parisien de 190 m2, dans le 5ème arrondissement. On comprend pourquoi il refuse de le restituer : il paie un loyer mensuel de 1.900 € quand il devrait être loué autour de 3.500 €…

Et pendant ce temps là, les dossiers des demandeurs légitimes de logements sociaux s’accumulent, et à Paris seuls 10 %  de ceux-ci voient leurs requêtes aboutir, après des mois et des mois d’attente….

Et qui se souvient d’Hervé Gaymard (photo ci-dessus), Ministre de l’Economie fin 2004-début 2005, qui s’arrogea pour y  loger avec son épouse et ses huit enfants un duplex de 600 m2 dans le chic 7ème arrondissement, l’Etat prenant en charge le loyer de 14.400 € par mois et  de coûteux travaux d’aménagement ?  L’affaire fit grand bruit et on apprit à cette occasion que le Ministre avait refusé son logement de fonction à Bercy et qu’il possédait par ailleurs un 200 m2 boulevard Saint-Michel. Il dut renoncer bien sûr à ce privilège et rembourser à l’Etat les sommes en question, avant de démissionner de ses fonctions ministérielles qu’il n’aura donc exercé que trois petits  mois. Ce qui ne l’empêcha pas, après s’être fait oublier deux années durant, de poursuivre tranquillement sa  carrière politique sur ses terres savoyardes (député de la Savoie depuis 1993, Président du département de 1999 à 2002, et à nouveau depuis 2008), devenant même pour les primaires de la droite un proche de la garde rapprochée d’Alain Juppé. Les électeurs sont parfois bien indulgents.

François Mitterrand a été critiqué, lui aussi, dans les dernières années de son mandat, pour avoir logé sa fille Mazarine quai Branly, dans l'un des appartements de fonction réservés normalement aux collaborateurs du chef de l'Etat.  

Dans un autre ordre d’idées, j’ai appris récemment que le Maire de Mâcon, ville chef lieu de la Saône-et-Loire, Jean-Patrick Courtois, avait été investi pour être le candidat des Républicains aux prochaines élections législatives. C’est pourtant le même qui en 2015 avait été démissionné d’office par le Conseil Constitutionnel de son mandat de Sénateur (il l’était depuis 1995) et déclaré inéligible pendant un an pour mauvaise tenue de ses comptes de campagne résultant de sa réélection  en 2014. Est-ce dans ces conditions décent que se présente à la députation un homme politique qui fit l’objet dans un passé récent d’un tel désaveu juridique pour une gestion « délicate » de sa campagne électorale ? Je connais le sire pour l’avoir côtoyé de près à un certain moment de ma vie, et je sais, en politicard qu’il est  jusqu’à la caricature, qu’il n’a rien à faire de ces considérations de morale et d’éthique qui n’ont jamais appartenu à sa doxa personnelle. Les électeurs jugeront. On le dit proche de Gérard Larcher, le Président du Sénat, lui  proche de François Fillon, et lui serait promis de par cette « amitié » politique un poste de Ministre en cas de victoire du candidat des Républicains à la présidentielle…Et dans ce cas, peu importe l’aptitude ou pas à exercer de telles responsabilités, puisqu’il s’agit encore de favoritisme, non plus au sein de la famille cette fois, mais entre « potes » du même clan.

C’est dans cet esprit d’ailleurs que chaque Gouvernement est formé : on case d’abord les compagnons de route, puis on fait attention à bien représenter les différents courants politiques de la majorité au pouvoir, bien que parfois, pour « amuser la galerie », on attribue aussi des ministères à des personnalités de la société civile ou même à des opposants – cf le bel exemple de Bernard Kouchner recruté à l’époque par le Président Sarkozy  ;  on dose aussi pour que chaque région ou presque ait un membre du gouvernement issu de ses rangs ; on respecte bien sûr la parité homme-femme puisque la loi l’impose ; et enfin,  on ajoute un zeste de diversité. Quant à l’emploi du critère de l’intelligence et de la capacité pour filtrer les prétendants, il intervient, hélas !, de manière marginale, en tout cas après tous les autres.A titre d'exemple, Christian Estrosi, homme politique de Nice et des Alpes-Maritimes, plusieurs fois MInistre, était surnommé "le motodidacte" (il fut quatre fois champion de France de moto), ou de "Bac - 5"...

Au fil des décennies, les politiciens se sont par ailleurs dotés de privilèges exorbitants du droit commun. C’était aisé à faire puisqu’en tant que sénateurs et députés, il leur appartient de voter les lois, et donc celles, entre autres,  qui  leur assurent des rentes de situation hors du commun. Et comment serait-il possible qu’ils scient l’arbre qui leur donne de si beaux fruits ?

J’aborderai la question dans un tout prochain billet, convaincu qu’il faut bouleverser les règles du jeu pour que cessent les abus et que la classe politique en revienne à des comportements plus honorables et plus respectueux de la mission d’intérêt général qu’elle a en charge de conduire. Elle l’oublie d’ailleurs trop souvent.

Fait le 20 février

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decrock | Réponse 23.02.2017 02.22

Nous avons également ces problèmes en Indonésie. Mais ici on ne craint guère la justice car bien souvent elle se montre magnanime en matière de sentences.

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Commentaires

08.09 | 02:24

notre génération a toujours ressenti un fort penchant pour Denise Glaser n'est-ce pas Thierry ?

...
11.08 | 03:28

Tu nous donnes l'eau à la bouche

...
08.05 | 11:12

Belles descriptions des villes de notre Bretagne qui est si belle mais tant décriée à cause du temps très changeant dans une seule journée!

...
04.03 | 02:39

et dans un autre domaine tournons nous vers une élection à la proportionnelle

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