Points de vues du Gers Carnets

"Les vacances de Monsieur Haydn"

Le bouche à oreille a parfois du bon. C’est ainsi que pendant l’été, j’ai entendu parler pour la première fois d’un Festival de musique de chambre qui se tient chaque année durant le mois de septembre à La Roche Posay, drôlement appelé « Les vacances de Monsieur Haydn ».

Mû par la curiosité, je me rendis sur le site de ce Festival (ici ), et fus séduit par l’offre proposée, au point de décider presque séance tenante de m’ y rendre avec mon épouse,  le temps de la 13ème édition, soit les 15,16 et 17 septembre.

Au terme de près de 500 kms, nous découvrîmes cette charmante petite ville touristique  de La Roche Posay  (1.500 habitants), nichée dans l‘arc oriental du Poitou, qui jouxte la Touraine et le Berry, à 50 kms de Poitiers.

Elle surplombe les vallées de la Creuse et de la Gartempe, valorisant au mieux son patrimoine médiéval et son environnement naturel propice à de belles randonnées -eau, bois, vallées, collines.

J’appris aussi que La Roche Posay  était par ailleurs une des stations thermales les plus courues en Europe pour ses soins en dermatologie, ses eaux bienfaitrices et cicatrisantes  profitant aux curistes depuis le XVIème siècle, et peut-être même depuis les Romains. En appui, une marque de produits éponyme (Le laboratoire dermatologique La Roche Posay ) , recommandée aujourd’hui par 25.000 dermatologues du monde entier. Une coïncidence étonnante a voulu qu’une  de nos amies soit venue à La Roche Posay  un peu après notre départ, pour traiter le temps d’une cure de trois semaines  un lourd  eczéma. La bonne nouvelle, c’est qu’elle en revint guérie.

Nous avions d’ailleurs loué un pied-à-terre dans l’enceinte de la station, et nous n’avons pas eu à le regretter  car le lieu s’est avéré tranquille et fort confortable.

La présence de ce centre thermal explique par ailleurs le niveau élevé des services proposé par la commune : balnéothérapie, hippodrome, casino, golf, tennis, équitation, cinéma, médecins, pharmaciens, et commerces de toute nature, sans oublier un marché typique de terroir bien achalandé. 

Alors, pourquoi « Les Vacances de Monsieur Haydn » ? Parce que dans la fiction de ce festival, le grand musicien autrichien Joseph Haydn (1732-1809), qui a fait la jonction entre la fin du baroque et les débuts du romantisme, passe ses vacances en septembre chaque année à La Roche Posay, et en profite pour faire partager pendant son séjour  les expériences musicales qu’il a pu engranger au gré de  ses nombreux voyages à l’étranger.

Cette fois, il proposait de redécouvrir le « nouveau monde » musical des Nord-Américains, mais aussi celui des Indiens et des Latino-Américains.

Au programme donc des compositeurs américains incontournables mais aussi d’autres pour lesquels l’Amérique a été source d’inspiration, avec  quelques détours du coté de l’Argentine et du Brésil.

La communication du Festival est bien faite, mettant notamment en avant un visage de Haydn assez ressemblant à l’original, sauf qu’il est chaussé d’une paire de lunettes à verre teinté et montures orange, couleur dominante de ladite communication. Une manière sans doute de ne pas se prendre trop au sérieux, ce qui se vérifie tout au long de l’évènement, qui mélange à parts égales une atmosphère bon enfant avec  un professionnalisme irréprochable. Il ya même un individu, un double en quelque sorte de Haydn, probablement de La Roche Posay, qui va et vient durant ces journées, avec une coiffure "perruquée", et portant ces fameuses lunettes, d’ailleurs proposées à la vente  en  produits dérivés.

Le Festival  comporte un « in », le programme officiel et payant (pour  certains concerts, c’est le public qui donne ce qu’il veut, d’où la formule « CommeVoulVoul »),  et un « off » gratuit, et même un « off du off » sous le kiosque de la grand’place. Soit un foisonnement d’offres musicales en divers lieux de la cité : cinéma, gymnase, église pour le premier, donjon, école, hôtel, maison de la culture et des loisirs,  kiosque pour le second.

 Au cœur du dispositif, un violoncelliste de 45 ans (à droite, debout, sur la photo), né à Nantes, Directeur Artistique du Festival, Jérôme Pernoo (qui est aussi le co-fondateur du Festival musical de Pâques de Deauville). Avec autour de lui, une équipe technique et administrative efficace  (cela se voit par la qualité de l’organisation), et bien entendu de très nombreux bénévoles, la ville entière vibrant à l’unisson, chaleureusement et convivialement ,  avec tous les acteurs de l’évènement.

Jérôme Pernoo a fait ses études au Conservatoire de Paris et obtint de nombreuses récompenses lors de concours internationaux. Il se produit avec la plupart des grands orchestres symphoniques français et fréquente quelques-unes des scènes musicales les plus prestigieuses. Après avoir enseigné sept ans au Royal College of Music de Londres, il est nommé en 2005 professeur de violoncelle au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.  

Il a fondé en 2015 le Centre de Musique de Chambre de Paris , dont il est le Directeur artistique, en vue de promouvoir ce genre musical et les jeunes interprètes professionnels. Il va ouvrir officiellement le 23 novembre prochain, et étant dans la capitale à cette période, nous irons le découvrir le temps d’un concert donné en soirée à l’occasion de cette inauguration.

Le Centre s’est installé dans un lieu prestigieux du 11ème arrondissement, la  salle Alfred Cortot, du nom d’un des plus grands pianistes français de la première moitié du XXème siècle (1877-1962). Le musicien, aux grandes qualités pédagogiques, fut le créateur en 1919 de l’Ecole Normale de Musique de Paris, pour laquelle fut construite une salle de concerts en 1929, la salle appelée plus tard donc Cortot, qu’on doit à l’architecte Auguste Perret (1874-1954), typique de l’esthétique Arts Déco, et dotée d’ une acoustique formidable grâce au béton armé que Perret fut un des premiers hommes de l’art  à utiliser comme matériau.

 A la fois patron du Festival et partie prenante  aux concerts donnés, Jérôme Pernoo  dégage une juvénilité,  une gentillesse, une douceur  et un dynamisme  qui expliquent  l’effet d’entraînement formidable au plan humain qu’il a su créer ici. A l’évidence, le public l’aime et lui en retour l’aime aussi.

Et quel programme proposé au cours de cette 13ème édition (devant des salles pleines, composées par des gens de tous âges, d’ici ou d’ailleurs, dont pas mal de parisiens et curistes) ! Qu’on en juge  (je l’ai extrait directement du site du Festival) :

Vendredi 15 SEPTEMBRE

 

19h Cinéma

Concert d'ouverture

Monsieur Haydn découvre l’Amérique… Dans son souvenir lors de ses précédentes vacancesà LaRoche-Posay, il revoit la terre depuis l’espace, comme le décrit l’argentin Golijov dans« Tenebrae », puis il imagine une île déserte, et y découvre l’auteur de West Side Story !

Osvaldo Golijov (1960)

Tenebrae pour quatuor à cordes

Quatuor Hanson

Joseph Haydn (1732-1809)

L'isola disabitata (extrait)

Yedam Kim, Quatuor Hanson

Leonard Bernstein (1918-1990)

Trio avec piano (extrait)

Alexandra Soumm, Jérôme Pernoo, Yedam Kim

Joseph Haydn (1732-1809)

Quatuor op. 76 n° 2 "les quintes"

Quatuor Hanson

21h Gymnase

Pendant que Dvorak est à New-York, Brahms prend soin des affaires de son ami tchèque auprès de son éditeur. De l’autre côté de l’Atlantique, John Williams multiplie les succès en écrivant la musique de Star Wars, Indiana Jones, Superman, E.T., Harry Potter…

Johannes Brahms (1833 -1897)

Quintette avec clarinette op. 115

Paul Meyer, Alexandra Soumm, Ryo Kojima, Marie Chilemme, Jérôme Pernoo

John Williams (1932)

Schindler list

Devil danse

Alexandra Soumm, Tanguy De Williencourt

Antonin Dvorak (1841-1904)

Quatuor avec piano n° 2 op. 87

Alexandra Soumm, Marie Chilemme, Bruno Philippe, Guillaume Vincent

SAMEDI 16 SEPTEMBRE

 

15h Église

(ComVoulVoul)

Au cours de ces vacances outre-Atlantique, Monsieur Haydn se recueille en écoutant le célèbre Adagio de Barber et découvre l’influence des gospels et des chants amérindiens sur son éminent collègue

Antonin Dvořák.

Joseph Haydn (1732-1809)

Trio à cordes Hob. V:8

Ryo Kojima, Marie Chilemme, Jérôme Pernoo

 

Samuel Barber (1910-1981)

Quatuor op. 11 (Adagio)

Alexandra Soumm, Ryo Kojima, Marie Chilemme, Bruno Philippe

 

Antonin Dvorak (1841-1904)

Quatuor "américain" op. 96

Quatuor Hanson

19h Cinéma

(ComVoulVoul)

Et ces immigrés ! Qu’apportent-ils à l’Amérique ? En écoutant bien le quintette de Martinů, réfugié tchèque, on découvrira les prémisses d’un nouveau courant

aux Etats-Unis : les minimalistes (John Adams,

Steve Reich, Philip Glass…)

Antonin Dvorak (1841-1904)

Sonatine op. 100 pour violon et piano

Ryo Kojima, Yedam Kim

 

John Adams (1947)

John's Book of Alleged Dances pour quatuor à cordes (extraits)

Quatuor Hanson

Bohuslav Martinu (1890-1957)

Quintette pour cordes et piano n° 2

Alexandra Soumm, Ryo Kojima, Marie Chilemme, Bruno Philippe, Guillaume Vincent

 

21h Gymnase

Ici, c’est Mozart qui réunit trois visages des Amériques : le jeune brésilien au sang chaud Villa-Lobos, le romantique argentin Guastavino et l’inventeur du jazz symphonique, Georges Gershwin.

 

Heitor Villa-Lobos (1887-1959)

Trio avec piano n° 1

Alexandra Soumm, Jérôme Pernoo, Yedam Kim

Carlos Guastavino (1912-2000)

Romance à 4 mains

Guillaume Vincent, Tanguy De Williencourt

George Gershwin (1898-1937)

Trois préludes pour piano

Guillaume Vincent

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Quintette avec clarinette K. 581

Paul Meyer, Quatuor Hanson

 
DIMANCHE 17 SEPTEMBRE

 

12h Gymnase 

(ComVoulVoul)

Entre l’hypnotique Philip Glass tout droit issu du pop art et les célèbres tangos de Stravinsky et de Piazzolla, Monsieur Haydn nous montre que la musique d’auteur peut être populaire…

Joseph Haydn (1732-1809)        

Trio avec piano Hob. XV:18 

Alexandra Soumm, Bruno Philippe, Guillaume Vincent

Philip Glass (1937)

Études pour piano

Guillaume Vincent

Igor Stravinsky (1882-1971)

L'histoire du soldat

Paul Meyer, Ryo Kojima, Tanguy De Williencourt

Astor Piazzolla (1875-1937)

Grand Tango

Jérôme Pernoo, Jérôme Ducros

14h30 Cinéma

(ComVoulVoul)

Les diaboliques danses argentines, les expériences avant-gardistes new-yorkaises et le romantisme d’un jeune russe mort à Beverly Hills… Quel XXème siècle !

Steve Reich (1936)

Clapping Music

Jérôme Pernoo

 

Sergueï Rachmaninov (1873-1943)

Trio Elégiaque n° 1

Ryo Kojima, Bruno Philippe, Yedam Kim

 

John Cage (1912-1992)

4'33''

Tanguy De Williencourt

 

Alberto Ginastera (1916-1983)

Danzas argentinas op. 2

Guillaume Vincent

 

18h30 Gymnase

Pour finir cette découverte de l’Amérique, vous entendrez celui qui a inventé le style hollywoodien : il y a dans la musique de Korngold tout ce qui deviendra la musique des films américains, dont celle du fameux compositeur d’Hitchcock, Bernard Hermann, un des grands inspirateurs de Connesson !

 

Guillaume Connesson (1970)

Adams Variations

Paul Meyer, Ryo Kojima, Jérôme Pernoo

Bernard Herrmann (1911-1975)

Quintette avec clarinette "Souvenir de voyage"
Paul Meyer, Ryo Kojima, Alexandra Soumm, Marie Chilemme, Bruno Phlippe

Erick Wolfgang Korngold (1897-1957)

Quintette op. 15

Alexandra Soumm, Ryo Kojima, Marie Chilemme, Jérôme Pernoo, Yedam Kim

Jérôme Ducros, pianiste et compositeur talentueux de 43 ans, ami et complice de jeu depuis toujours de Jérôme Pernoo (ils ont enregistré en duo plusieurs CD), vint, hors programme, et à peine descendu d’un avion qui le ramenait d’un concert à l’international, s’ajouter à la soirée. Il s’intégra aussi au moment final, qui fut d’une convivialité extrême, en se joignant aux trois autres pianistes pour jouer, à huit mains donc (!!!), une œuvre de George Gershwin (1898-1937), célèbre compositeur américain, auteur notamment de maints standards de jazz, de chansons populaires et de comédies musicales. On s’est bien amusé ! C’était pétillant et presque loufoque.

 Le off de son côté a battu son plein en proposant une vingtaine de moments musicaux (Schubert, Ravel, Berlioz, Duparc, Fauré, Schumann, Chopin…), chaque concert étant présenté dans le programme avec en accompagnement un propos plutôt énigmatique et burlesque. Quelques exemples : « Dans la douleur des solos, les violoncellistes jouissent d’un si à vide », « Les esprits font un violon plein de saveur », à propos d’un quatuor exclusivement féminin : « Venues de leur belle Bordeaux, elles ont gardé des bouts de paille dans l’écouvillon », « Si vous demandez qui a le plus joli si du festival, sachez que c’est l’un des vents », et encore : « Ils se sont enivrés des chants de Ravel qui donna quelques pas avant la sonnette », etc….

 Sur la scène, des artistes qu’on sentait ravis d’être là, jeunes pour la plupart, au talent déjà confirmé, qui nous ont fait partager non seulement leur musique mais aussi leur entrain et leur joie communicative.

 Citons-les tous, ils le méritent :

-     Le Quatuor à cordes Hanson, du nom d’un de ses membres, Anton Hanson, violon, avec à ses côtés Jules Dussap, autre violon, Gabrielle Lafait, Alto, et le violoncelliste Simon Dechambre (un nom vraiment de circonstance !). Un ensemble excellent, une valeur sûre de la nouvelle génération de chambristes français

-     Ryo Kojiwa, violoniste, 24 ans. A obtenu en 2016 à l’unanimité et avec les félicitations du jury les deux diplômes supérieurs de violon et de musique de chambre de l’Ecole Normale de Musique de Paris

-     Marie Chilemme, 29 ans, alto, qui en 2012 a fondé avec son frère le quatuor Cavatine

-     Bruno Philippe, 24 ans, violoncelliste, un élève de Jérôme Pernoo

-     Yedam Kim, 29 ans, pianiste, qui a obtenu en 2015 le Diplôme supérieur de concertiste à l’unanimité du jury de l’Ecole Normale de Musique de Paris Alfred Cortot

-     Guillaume Vincent, 26 ans, pianiste, qui a consacré son premier CD aux Préludes de Rachmaninov, et qui obtint le Disque d’Or pour un CD de 2015, enregistré avec les sœurs  Berthollet, Camille (violon et violoncelle) et Julie (violon)

-     Tanguy de Williencourt, 27 ans, pianiste à la fois soliste remarqué et recherché en musique de chambre. Premier CD paru en 2015,  où il joue avec Bruno Philippe (voir plus haut) du Brahms et du Schumann

-     Paul Meyer, l’aîné de la bande, 52 ans, un des clarinettistes français les plus réputés. Quarante CD à son actif. Depuis 2009, chef principal de l’Orchestre Kosei de Tokyo

-     et enfin, Jérôme Pernoo, le chef de bande, un violoncelliste remarquable. Il dispose d’un site très riche, qu’il appelle un « weblabel » ( ici ), qui affiche la page Facebook du musicien et  où il consigne par ailleurs de belles impressions musicales mais aussi personnelles.

 Je n’ai jamais vu sur un site de musicien une telle offre d’informations : dans une rubrique « Son atelier », des chroniques audio du violoncelliste, de 5 minutes chacune en moyenne, tenues pendant quatre ans (à partir de 2009) mais malheureusement interrompues en 2013 ; des enregistrements ; des émissions de radio, dont toute une série sur France Musique en avril 2008 où Jérôme Pernoo commente le souvenir de Mstislav Rostropovitch (1927-2007), immense violoncelliste, à l’occasion du premier anniversaire de sa mort ; des articles ; des recommandations de sites à voir (« Beautés de site ») ; et la présentation de son livre, « L’Amateur » :

«  Violoncelliste, Arsène vit de ses concerts, mais ne peut s’empêcher de consacrer une partie de son temps à l’enseignement : tous les mois, à Châtellerault, dans une étonnante propriété en bord de Vienne, il réunit une dizaine d’élèves d’âges et de niveaux extrêmement variés, certains même pratiquant un autre instrument que le violoncelle.

 Davantage qu’à l’étude particulière propre à chaque instrument, c’est au sens même de la musique qu’Arsène tâche d’intéresser ceux qu’il appelle ses apprentis, usant d’expériences très diverses, parfois déroutantes, pour y parvenir. Prenant souvent appui sur les techniques théâtrales, puisant chez Stanislavski mais aussi chez Diderot, il dévoile l’importance du monde intérieur chez le musicien, et refuse de dissocier technique et musique, considérant l’art d’interpréter comme un tout.

 Dans ce cadre idyllique et propice à l’épanouissement personnel, l’apprentissage n’est pas circonscrit aux leçons proprement dites, mais se prolonge et se développe bien au-delà, à la faveur des nombreuses discussions qui animent les repas, les promenades, ou les rencontres impromptues dans le grand jardin. Si l’inlassable exigence d’Arsène trouve toujours un écho, y compris chez les plus jeunes, c’est qu’elle est servie par un perpétuel enthousiasme, parfois débridé, toujours communicatif. En se disant professeur amateur, il réhabilite le sens premier de ce mot à ce point dévoyé qu’on en a oublié la racine, amare : aimer. 

 Très largement inspiré d’expériences personnelles de Jérôme Pernoo, cet ouvrage les rassemble et les organise de telle sorte qu’il puisse être aussi bien lu comme un roman que consulté comme un guide. »

 Dans une autre rubrique, « Le musicien », plus classique celle-là, tout ce qu’il faut savoir sur l’homme et sa musique : biographie, dates de concert, discographie, photos, revue de presse. Et un portrait dressé à partir d’une interview parue dans « Le Monde de la Musique » (magazine aujourd’hui disparu), que je reproduis ci-dessous in extenso car il permet de bien cerner la personnalité de Jérôme Pernoo :

 « Un modèle ?

Il n’existe pas en chair et en os ! Il est le fruit de l’imagination et des connaissances, de la liberté et du conditionnement (ou, disons, de notre culture). Le modèle n’est pas pour autant un « idéal » qu’il faudrait atteindre pour réussir, il est une inspiration, une aspiration. Mon modèle est un chant intérieur rempli de couleurs, de parfums, de lumière, de gestes, mais aussi de réflexions, d’analyse, de références… En tout état de cause, même s’il est en moi, il est plus grand que moi.

Un défi ?

Prouver à ceux qui disent que « la musique classique n’est pas pour eux » qu’ils se trompent ! Très souvent mes futurs mélomanes croient qu’il faut savoir beaucoup de choses pour apprécier la musique. Lorsque j’arrive à les convaincre qu’il n’est pas besoin de grandes connaissances pour percevoir la beauté, comme la beauté d’un lac ou d’une montagne, je jubile et passe au défi suivant : leur donner envie de connaître d’autres œuvres pour apprécier davantage la première.

Votre dernière découverte ?

Technoparade : C’est un disque des œuvres de chambre de Guillaume Connesson. Lorsque je l’ai découvert, c’est tout d’abord l’enthousiasme qui m’a envahi : à la fois je découvrais un univers onirique, fantastique et personnel, à la fois je constatais que nous sommes en train de vivre un tournant dans la création, comme ce fut le cas au début du XXe siècle. Comme d’habitude, ce changement suscite beaucoup de polémique dans le milieu musical, mais le moment est historique et passionnant !

Votre complice préféré ?

Jérôme Ducros. Depuis une douzaine d’années, j’apprends tous les jours de lui, de sa vision limpide de la musique, de sa clarté d’expression et de son humilité d’artisan. Ducros joue, compose, improvise tous les jours… Il parle musique. En répétition nous n’échangeons pas un mot.

Une interprétation parfaite ?

C’est celle où l’interprète disparaît absolument. Bien sûr, l’œuvre le traverse et s’imprègne de toute sa sensibilité, sa compréhension, etc. Mais l’interprète n’existe plus « en soi », en tant qu’homme. Il incarne l’œuvre qu’il représente. Il devient, comme l’observe Proust sur la Berma, une fenêtre qui s’ouvre sur un paysage. L’interprétation « parfaite », même si elle est le résultat de la connaissance et de l’imagination, même si elle est préméditée, se crée dans l’instant. Elle sera différente chaque fois et nous échappera entièrement dès qu’on cherchera à la définir.

Un livre ?

Le mien ! L’Amateur, aux éditions Symétrie. Au Moulin du Bien-Nourri à Châtellerault, Arsène, professeur-amateur, recherche avec ses élèves la manière dont l’idée musicale prend vie et se traduit en sons au travers de l’interprète. Ce roman s’adresse tant aux étudiants qu’aux amateurs et aux mélomanes qui voudraient se faire « petite souris » dans un stage de musique.

Un projet ?

Mourir heureux. D’ici-là s’occuper joyeusement, s’émerveiller du monde et de ses étoiles, s’émerveiller des talents qui s’expriment avec justesse. Vivre pleinement, avec légèreté et profondeur.

Une passion ?

Transmettre est ma passion par-dessus tout. Transmettre la beauté, le savoir, le rire, le doute, l’expérience. Par le concert, par le cours ou le discours, peu importe. Ma seule préoccupation lorsque je découvre ou que j’aime est de savoir comment je vais en faire profiter l’entourage, qu’il soit proche ou inconnu.

Votre première émotion musicale ?

Voilà une question difficile. Je ne sais pas. Je ne me souviens pas de « la première ». Au juste, comment l’émotion musicale naît-elle ? La première est purement instinctive, réactive, primaire. Ensuite plus l’art nous habite, plus nous éprouvons une émotion profonde, une émotion qui touche le cœur de l’être. Cette émotion, nous ne la connaîtrions pas sans le génie de certains hommes. Merci à eux. »

 En périphérie du Festival des « Vacances de Monsieur Haydn », mais parties intégrantes néanmoins de celui-ci :

-      une exposition de dessins d’un humoriste français, Mose (1917-2003), qui vécut quarante ans près de la Roche Posay. Il excellait dans le burlesque et l’incongru, ce qui lui valut le Gand Prix de l’Humour noir en 1972. Les œuvres présentées, très drôles, ont bien sûr un rapport étroit avec la musique

-     un bar sympathique, aménagé dans le gymnase, un des lieux de production des musiciens, au demeurant si bien transformé qu’on en oubliait aussitôt sa vocation habituelle de salle de sports. Et dans ce bar, on pouvait, à l’entracte, ou avant, ou après la représentation, se désaltérer en goûtant un excellent vin pétillant de la région, servi dans des coupes en plastique et au socle de couleur …orange. Pardi !

 Dernière rubrique, étonnante par son titre, « Son Jardin », que je n’ai pas réussi malheureusement à ouvrir. Est-il à ce point secret que son accès en soit cadenassé ?

 La fibre pédagogique et le désir profond de transmettre, ont conduit par ailleurs le Directeur artistique du Festival à créer tout au long de l'année et de façon plus intense dans les semaines qui précèdent le festival, un travail d'éveil à l'écoute de la musique,  entrepris par Jérôme Pernoo lui-même et des musiciens du festival dans les classes maternelles,  primaires et de collèges

Le nombre des « spectateurs non avertis » qui ont découvert le plaisir de la musique de chambre, voire de la musique classique, grâce aux « Vacances de Monsieur Haydn » grandit ; ils sont de plus en plus curieux de découvrir les clefs d’une écoute approfondie et posent de nombreuses questions aux musiciens, révélant ainsi la nécessité d’étendre l’école des mélomanes aux adolescents et aux adultes. C'est donc en 2010 qu'a débuté cette nouvelle phase de développement de l’école des mélomanes, où une centaine de personnes est venue échanger avec Jérôme Pernoo.

 Sur le modèle des "cafés-philo", ces rencontres informelles se tiennent plusieurs fois dans l'année dans des bistrots de la Communauté de communes des Vals de Gartempe et Creuse. Ainsi, Jérôme Pernoo est présent "au comptoir" pour répondre à toutes les questions sur la musique, les œuvres et le langage des compositeurs...

 Dès notre premier jour à La Roche Posay, je me suis demandé comment une cité de si peu d’âmes avait pu développer en son sein, et dans la durée, un évènement musical de cette ampleur et de cette qualité.

Je n’avais pas la réponse. Mais la question me taraudait tant que je décidais d’appeler le Festival pour en savoir plus. J’eus la chance d’avoir en ligne la Présidente, Marie-José Monnot.

Elle  me raconta  l’histoire : « Il était une fois »…

Le Festival est d’abord né d’une frustration de Jérôme Pernoo : le musicien voyageait beaucoup au gré de ses concerts, et faisait de belles rencontres avec d’autres artistes. Belles mais éphémères, puisque chacun repartait vers un autre coin de la planète pour une autre représentation. L’idée d’un rassemblement musical a alors germé comme moyen d’y associer des artistes que le violoncelliste n’avait fait que croiser, le temps d’un « coup de foudre » musical. Oui, mais où ? Le choix de La Roche Posay s’est vite imposé. Jérôme Pernoo  a  vécu son adolescence à Lésigny. Et La Roche Posay, qui n’était  qu’à 10 kms de son domicile, où vit toujours d’ailleurs sa maman (une amie au demeurant de la Présidente),  faisait partie de son terrain de jeu. Un inventaire comparatif des structures des communes du coin fut alors établi, et La Roche Posay sortit gagnant, fort notamment de l’avantage  que lui conférait son  statut de ville thermale.

C’est ainsi que la petite histoire fit la grande, sachant cependant que sans les qualités intrinsèques de Jérôme Pernoo et de sa bande, et sans l’accueil favorable et la confiance des élus locaux (le discours d’accueil de Mme le Maire en a été un nouveau témoignage), l’aventure se serait peut-être arrêtée au bout du chemin.

Pour notre part, nul doute que nous reviendrons l’an prochain, pour la 14ème édition. Nous avons vécu la 13ème comme autant d’instants de partage exceptionnels, faits de joie, d’enthousiasme, et de pur bonheur musical et humain.  

 NB Ceci est le seul billet du mois d’octobre. Pour diverses raisons, j’ai été fort occupé durant ce mois à d’autres besognes. D’où mon envie de me « racheter »  en rédigeant en compensation cette très longue chronique, probablement la plus longue de mes 238 écrites à ce jour. Elle est à la mesure du vif intérêt que j’ai pris à partir en vacances chez Monsieur Haydn et chez son double,  Jérôme Pernoo.

 Fait le 29 octobre

 

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Commentaires

Aujourd'hui | 11:39

Que d'émotion en lisant ton message d'amour! nous ne l'oublions pas; elle me manque aussi...

...
20.05 | 03:49

J'ai très apprécié ! Deux monuments qui sont partis et qui n'ont pas été remplacés.

...
13.04 | 12:31

Je ne suis donc pas tout seul dans les rangs des "antistatiniens" !

...
10.04 | 12:53

Je viens de vous lire et partage votre avis négatif sur les statines , moi aussi suis en train de tester le cholestegem. à voir dans quelques mois!courage à vou

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