Points de vues du Gers Carnets

Le Café Philo de Lectoure

Mode d’organisation, de fonctionnement, de communication

Le Café Philo de Lectoure n’est pas aussi capé en termes d’ancienneté que celui d’Auch (voir mon précédent billet consacré à ce dernier). Créé et animé avec talent par Claude Litzler, un homme actif dans la cité au plan culturel, il a bientôt six ans d’âge.

Par contre, il enregistre une fréquentation plus élevée que son aîné, avec une moyenne de participants  en 2017 de 20,5 personnes  contre 18,7 en 2016, étant entendu qu’il compte dans son fichier 151 inscrits. On note dans ce mouvement de progression l’arrivée régulière de nouveaux membres, notamment  en provenance de départements voisins, Lot, Lot-et-Garonne…Parmi  les fidèles, Claude Piètre, l’animateur du Café Philo d’Auch.

Les réunions se tiennent un dimanche matin sur deux, de 10h15 à 12h30, dans l’arrière-salle du Café des Sports, une institution incontournable  à Lectoure. Pour avoir assisté là à plusieurs rendez-vous, j’ai pu voir combien le lieu est  très fréquenté et fort convivial. A l’issue de la rencontre, les participants du Café Philo partagent très souvent, dans une ambiance joyeuse et fraternelle,  les vivres qu’ils ont apportés, mode auberge espagnole, en y ajoutant de temps en temps quelques douzaines  d’huîtres vendues par le bistrot.

D’autres lieux accueillent parfois  le Café Philo, lorsque d’aventure le Café des Sports n’est pas  disponible. A commencer par les maisons de certains participants, mais aussi  le village des brocanteurs, installé dans l’ancien hôpital de la ville( qui lui-même avait été construit au XVIIIème en démolissant une grande partie du château des Comtes d’Armagnac, dont il ne reste donc que quelques vestiges) , l’auberge « Le Petit Feuillant » à Gramont, près de Lectoure,  l’été étant par ailleurs particulièrement  propice au nomadisme et à des réunions en plein air (le Centre d’Art et de Photographie s’est également proposé).

Un autre endroit qui s’est ouvert au Café Philo : l’ Espace Fontélie, où s’est déjà tenue une rencontre (photo ci-dessus), Nouveau dans le paysage lectourois, son cadre est très chaleureux, et comprend  une boutique collective dédiée aux artisans et artistes locaux, un bar associatif, et une scène, susceptible d’accueillir des évènements culturels. Cet hiver, l’Espace Fontélie est ouvert chaque semaine du vendredi matin au dimanche soir.

Les principes d’organisation et de déroulement du Café Philo de Lectoure sont quasiment les mêmes que pour celui d’Auch, gratuité incluse. Je n’y reviendrai donc pas.

Venir au Café Philo, c’est s’inscrire, selon notre animateur, dans une démarche philosophique, c'est-à-dire avoir  envie de se déplacer en un lieu, pour  voir ce que font les autres et partager des initiatives et des réflexions avec eux. Avec un principe de base : personne ne coupe la parole à personne, condition première pour mener un débat citoyen serein et courtois. Ce qu’illustre Claude , en faisant référence à un propos de Goethe : « Parler est un besoin, écouter est un art »

A noter que le Café Philo a sa page Facebook, et on trouve sur YouTube  plusieurs  reportages le concernant. A été créé par ailleurs une revue philosophique, «@zimut », dont deux numéros sont parus à ce jour.

Pour ma part, je ne me  suis rendu au Café Philo de Lectoure  qu’à deux reprises, mais je m’y sens déjà bien, et nul doute que j’en deviendrai un membre assidu.

Le parcours de Claude, notre  animateur,

Notre animateur est un homme attachant, très attentif à chacune et chacun. Pour lui, le bonheur réside dans la relation avec l’autre. Tout son parcours témoigne de cette  volonté de tisser des liens grâce à une culture populaire et accessible à tous.

Dans les années 80, Claude a développé une radio libre qui a réjoui à l’époque les oreilles des cherbourgeois. Il y a créé deux émissions : « Sac à dos » où il recevait des invités qui relataient leurs voyages au long cours, et « Chanter dans son bain », une revue de presse satirique, dans l’esprit de « L’Echo des Savanes », magazine d’humour et de bande dessinée qui a plus de 46 ans d’existence.

Ont suivi sept années de découverte du monde, à travers des périples qui lui permirent d’aiguiser encore son « goût » des autres, et de développer  une sensibilité écologique, qui ensuite ne l’a plus quitté. Ses impressions de voyage lui ont permis par ailleurs de constituer une riche bibliothèque de souvenirs et d’envoyer « à chaud » des reportages de terrain à sa radio du Cotentin.

De retour sur le sol français,  Claude anima plusieurs troupes de théâtre, dont le Théâtre des Halles à Fleurance, où il monta la pièce « L’atelier » de Jean-Claude Grumberg.

A Fleurance, il s’est impliqué aussi dans le milieu scolaire, y tenant des ateliers théâtre, et depuis quatre ans des ateliers Philo pour encourager des collégiens à penser par eux-mêmes (manière de « lutter contre l’embrigadement mental », dit-il) , à structurer leurs réflexions, et à les partager avec les autres dans la bienveillance et le respect.

Sa passion pour la radio ne l’a pas quitté, un média qu’il apprécie tout particulièrement car il permet de  créer une intimité avec le public, tout en laissant libre cous à son imagination.

Ainsi, a-t-il créé une émission, « Sur la même longueur d’ondes »,   au sein de  la radio "Fil de l'eau" (fréquence 100.9 sur le secteur de Fleurance, et 106.6 sur la région de l’Isle-Jourdain, étant entendu qu’on peut écouter l’émission sur internet, ou en la « podcastant »).

Dans ce programme, et à partir d’une région du monde qu’il a parcouru et qui l’a inspiré, Claude entraîne les auditeurs à la rencontre d’un pays, d’un artiste ou d’une personnalité. Quelques exemples de sujets abordés : Voyage en voix de femme (Claude fait entendre  de belles voix féminines : Barbara, Cesaria Evora,  Rokia Traoré, Billie Holiday, Amy Winehouse, Emilie Loizeau, Diana Krall…),  l’Islam des lumières, la Colombie, le Pérou, Jack Kerouac (écrivain et poète américain -1922-1969 -, auteur notamment du célèbre « Sur la route »), Jack London  (1876-1916), le romancier américain de l’aventure et des grands espaces.

En direct, et dans cet esprit d’ouverture, de curiosité et de sens du partage qui caractérise l’émission, vous pouvez écouter Claude le lundi et le mardi à 14 h., le jeudi à 16 h. et 21 h., le samedi à 11 h. et le dimanche à 16 h.

Ce « portrait » de Claude est à compléter avec son fort engagement depuis cinq ans à Lectoure  dans le domaine associatif et philosophique, et ce billet va en rendre compte largement.

Pour se résumer, Claude dit se « nourrir l’âme de la relation avec l’autre : elle est mon moteur. A  mon modeste niveau, je considère que je participe à une certaine émancipation des consciences, une petite goutte d’eau dans l’océan des conditionnements, mais comme aime à nous le rappeler ce cher Pierre Rabhi, si un seul colibri ne peut suffire à éteindre un incendie, il fait sa part… ».

Pierre Rahhi et les colibris

Précisons à ce stade que Pierre Rabhi , essayiste, romancier, poète, agriculteur bio, n’a de cesse d’appeler  à  "l'insurrection des consciences" , afin de fédérer ce que l'humanité a de meilleur et de mettre un terme aux souffrances et aux destructions que nous faisons subir à notre planète terre.

Il a créé le mouvement Colibris, du nom de cet oiseau dont parle Claude (voir plus haut), qui est à l’origine d’une légende amérindienne qui raconte qu’un jour il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! " Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part."

Thèmes du Café Philo

Revenons  au  Café Philo pour préciser que ses  thèmes de débat sont variés et passionnants, de quoi « réjouir nos neurones avides de réflexions philosophiques et de pensées partagées », écrit  notre animateur.

Voici  un aperçu de la programmation écoulée et future : « Le bonheur, est-ce d’être libéré de la peur ? » (5 novembre 2017) ; « L’obéissance a-t-elle des limites ? » (19 novembre) ; « Sciences et religions » (3 décembre) ; « Qu’est-ce donc que l’humanité ? » (17 décembre) ; « La philosophie du silence » (7 janvier 2018) ; « Justice : Utopie ou réalité ? » (21 janvier). Et à venir : « Le regard d’autrui nous emprisonne t’il ? » (4 février) ; « Sommes-nous bien informés ? » (18 février) ; « A propos de l’indifférence «  (4 mars) ; « La majorité a-t-elle forcément raison ? » (18 mars) ; « Qu’est-ce que l’anarchisme ? » (1er avril).

« PH’ARTS »

Le Café Philo relève d’une association, « PH’ARTS », créée, elle, en mars 2017, et animée également par Claude Litzler. Elle a pour objectif de marier avec pertinence la pensée philosophique,  les autres sciences humaines et  les arts vivants dans leur diversité.

Le Festival Philo

Dans cet esprit, elle organise chaque année à Lectoure, sur une journée, le Festival de Philo et des Arts Vivants, dont la quatrième édition est prévue le dimanche 20 mai prochain. Pour la circonstance, le thème retenu  sera « L’art d’être libre », thème inspiré par le livre « L’art d’être libre dans un monde absurde », paru en 2006, de Tom Hodgkinson, un auteur cher à Claude.

Tom Hodgkinson

Né en 1968, cet écrivain anglais, philosophe, grand maître en développement personnel, connaît un succès considérable (chacun de ses livres est un best-seller international). Il prône l’allégresse et l’oisiveté. Nous sommes libres, mais nous l’ignorons, observe t’il. Il nous faut briser nos chaînes, pour revenir  à nos  vrais besoins : l’échange avec les autres, l’amour, la beauté…

Tom Hodgkinson  dit aussi, à propos  de l’oisif : « … c’est quelqu’un qui déteste le travail en tant que tel, mais qui loue la création manuelle. Les oisifs aiment lire, parler, s’asseoir dans les cafés, regarder le monde. Il ya un terme français qui décrit un oisif : « flâneur ». L’écrivain cite à cet égard Montaigne, bel exemple, selon lui, d’oisiveté, Baudelaire, qui avait lancé un mouvement de flâneurs, sans oublier Sartre, pour  sa conception radicale de la liberté.

Ne faîtes que ce dont vous avez envie, et prenez le risque de vivre chichement pour vivre pleinement, conseille t’il.

On est forcément séduit par le discours. Reste cependant à le mettre en œuvre…

Edition 2018 du Festival Philo

 La journée du Festival 2018 s’ouvrira  sur un café Philo consacré fort opportunément à cet « art d’être libre ». Quatre conférences seront ensuite proposées : « Choisir librement sa fin de vie », qu’il me reviendra d’animer ; « Autonomie, liberté du monde du travail » ; « « Liberté d’expression », et la quatrième consacrée à l’écrivain Romain Gary, homme libre s’il en est, sous le thème « Gary, sa vie est un roman », qui sera accompagnée par une exposition, encore à l’état de réflexion, et par un point de vente des œuvres de l’auteur. 

L’écrivain est d’ailleurs en pleine actualité, un film venant de lui être consacré, qui reprend le titre d’un de ses plus célèbres ouvrages,  « La promesse de  l’aube », film réalisé par Eric Barbier, avec Pierre Niney dans le rôle de l’écrivain, et Charlotte Gainsbourg , dans celui de la mère de Gary (le premier du genre avait été mis en scène en 1971 par Jules Dassin). Le livre, comme le film, fait le récit de l’enfance et de la jeunesse de Romain Gary auprès de sa mère, ancienne actrice russe portée par un amour et une ambition sans limites pour son fils.

Après la conférence sur Romain Gary, place à un  concert, bouquet final de la journée, qui s’avère être, au fil des éditions, de plus en plus  populaire et joyeuse.

A ce jour, deux réunions préparatoires du Festival se sont tenues sous l’égide de l’association « PH’ARTS » (à laquelle nous avons adhéré), les dimanches  14 et 28 janvier, et mon épouse et moi avons donné notre accord pour contribuer à l’organisation et au déroulement de  l’évènement, et nous en sommes par avance ravis.

Autres projets

L’association a  par ailleurs bien d’autres projets  pour les temps à venir. Pendant ce qui reste d’hiver, veillées chez l’un ou chez l’autre autour d’un programme de contes, de poésies, de chansons. Cet été : une randonnée nocturne sous la lune, avec lectures, écritures, musique ; le 8 juillet, une balade,  perlée en chemin  de petits messages philosophiques, avec découverte de plantes, et pique-nique dans une grotte, histoire de se sentir en communion avec  l’allégorie de la caverne de Platon, allégorie qui sera bien sûr au menu… ; observation du ciel en mode philosophique dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’astronomie de Fleurance ; présence le 21 juin à la Fête de la Musique, sous forme de « Scènes Ouvertes », avec la participation d’artistes locaux, et des « Expressions libres » accessibles  à tous .

L’imagination est au pouvoir pour compléter encore les animations, comme par exemple, l’idée  d’une  autre balade, qui mettrait à l’honneur en mai, au moment de leur éclosion, les orchidées sauvages, instant propice aussi pour débattre de la vertu philosophique des fleurs en général ; ou un grand rendez-vous pour « Repenser notre relation avec notre environnement », qui aborderait, dans le respect des différentes opinions en présence, les problématiques agriculture, consommation, démographie, habitat, écologie politique, et les relations entre les uns et les autres (coopération ? compétition ?...).La survie de l’espèce humaine est en jeu, et à tous les niveaux, y compris à celui de « PH’ARTS », il faut s’en préoccuper.

Lectoure malgré sa modeste taille (pas tout à fait 4.000 habitants, avec  un nombre significatif d’artistes, et  un apport supplémentaire de résidents durant l’été) est une cité où la culture et les arts rayonnent. A côté de « PH’ARTS », de son café Philo, de son Festival, (sans compter ses nombreuses autres activités), de nombreux autres acteurs, concourent aussi à la vie intellectuelle et artistique  locale. Et parmi ceux-ci, deux sont des partenaires à part entière.

Des partenaires de « PH’ARTS »

Le "122"

Ainsi,  « Le 122 », un nom chiffré en rapport avec l’ancienne adresse de l’association, installée désormais  dans la Maison des Ecrivains, 15, rue Jules Sardac. Elle est présidée par Pierre Léoutre, figure de la vie lectouroise, passionné de littérature, de poésie, correspondant local de « La Dépêche du Midi »,  et écrivain. Il a à son actif plusieurs ouvrages, des policiers, des livres consacrés à l’histoire et au patrimoine, notamment du Gers, comme celui qui retrace la vie du Maréchal d’Empire  Jean Lannes, né à Lectoure en 1769 (sa maison familiale est devenue  la mairie de la ville).

Le « 122 »a pour objet, selon ses statuts,  de favoriser l’expression artistique dans le Gers, en proposant notamment  des évènements culturels en complémentarité de ceux qui existent. Elle s’emploie aussi à apporter une aide littéraire aux auteurs, pour la recherche par exemple d’un éditeur, et organise régulièrement des ateliers d’écriture.

Cette association héberge par ailleurs « Dialoguer en poésie », un département autonome du « 122 », présidé également par Pierre Léoutre, et avant par Andrée Ricau-Hernandez , une infatigable et ardente promotrice à Lectoure des arts en général et de la poésie en particulier, malheureusement décédée au cours de l’été 2016.

Le « 122 » porte aussi deux Festivals : le Festival "Polars et Histoires de police" (Pierre Léoutre en est issu), qui a connu sa 4ème édition en 2017, du 30 novembre au 3 décembre, avec au programme présence d’auteurs, dédicaces, conférences, diners-débats, projection de films policiers…,toutes initiatives réparties entre  Auch, Lectoure, Riscle et Montaut-les-Créneaux.

Le  second  Festival, "Bizarre, vous avez dit bizarre ?" , se tient, lui, à la fin du mois d’octobre.

Comme son nom l’indique, cet évènement se veut pour partie insolite, décalé et drôle, alternant salon d’auteurs, expositions, concerts, contes, conférences, sketches, théâtre…A  elle seule, l’inauguration de son édition de l’an dernier, la quatrième,  fut  bien dans le ton du bizarre, puisque fut proposé un apéritif accompagné d’insectes grillés…

Baudelaire a été à l’honneur avec une exposition qui lui fut dédiée à la Maison des Ecrivains. Nous étions à la soirée du 27 octobre 2017 consacrée à ce poète. Après une présentation de l’exposition, des lectures se sont succédées les unes aux autres. Claude Litzler évoqua pour sa part la vie et les écrits d’Edgar Allan Poe, poète, romancier, nouvelliste, dramaturge américain (1809-1849), dont Baudelaire fut en France l’un des premiers traducteurs. Pierre Léoutre lut de son côté quelques extraits d’un ouvrage écrit par son propre père sur Baudelaire et le symbolisme, courant littéraire et artistique qui avait trouvé ses origines dans « Les Fleurs du Mal », œuvre majeure du poète. Et la soirée s’acheva par un concert de piano donné par le jeune et talentueux Alexandre Dupouy.

Pour l’édition 2018, l’association « PH’ARTS » prêtera sa collaboration au « 122 », en organisant des joutes philosophiques, sous forme de saynètes de quelques minutes, où chacun  pourra s’exprimer au gré de ses envies et de ses goûts pour la poésie, la lecture, la musique, le chant, avec peut-être en soutien la Boîte à Jouer de Condom, qui forme notamment à l’improvisation.

"Lectoure à voix haute"

"Lectoure à voix haute" est proche également de « PH’ARTS ». Cette association, présidée par Jacqueline Marro-Foulquié (son époux est le Secrétaire du Bureau), veut faire en sorte que par le partage, l’écoute et la circulation des émotions, les portes de la littérature soient ouvertes à tout le monde. Dans cet esprit, des actions de fond sont conduites à longueur d’année  (ateliers de formation, moments de rencontres, lectures publiques) afin de fédérer des amateurs de tous âges autour de la lecture à voix haute.

Depuis trois ans, « Lectoure à voix haute » organise pendant l’été un Festival  « Rencontres en Lecture », autour de lectures à voix haute portées par des comédiens professionnels, des auteurs et des amateurs. Un thème est retenu chaque année : en 2015, « Goût d’enfance », en 2016 « Partir », en 2017 « A table » (nourriture, gastronomie, faim).

En 2018, du 24 au 29 juillet, ce sera « SOLEIL ,ombres et lumières », décliné en plusieurs axes : « L’invention du bronzage », avec la participation de Pierre Ory, auteur d’un livre au titre éponyme ; « Récits de voyage »  (vers des contrées ensoleillées), avec deux séries de lectures musicales en rapport avec les écrits présentés ;  « Les pays chauds » (lecture par un comédien d’extraits de « L’Etranger », d’Albert Camus) ;  « Trop chaud » (le réchauffement climatique, vu au travers du livre « La fonte des glaces » de l’écrivain Joël Baqué) ; « Soleil et mythologie » (lecture d’extraits de textes de la mythologie grecque et latine, en empruntant dans Lectoure un itinéraire passant par des lieux évoquant l’Antiquité) ;  et « Le soleil, tout un système », en présence d’un astrophysicien, avec projection de films documentaires au cinéma de la ville, et philo et lectures sur la relation de l’homme au soleil.

Comme avec  « Bizarre, vous avez dit bizarre ? », « PH’ARTS » sera présent auprès de « Lectoure à voix haute », et proposera, sous réserve de l’accord des organisateurs du Festival,  une randonnée philosophique autour des trois thèmes du Festival : le soleil, occasion de parler des philosophies en rapport avec cet astre ; les ombres, qui invitent à philosopher sur la part d’ombre qui habite chacun d’entre nous;  et les lumières, examinées comme étant celles de la vie, de la philosophie.

Fait le 29 janvier

 

Le Café Philo d'Auch

Age et sagesse

2018 me verra devenir septuagénaire, un âge avancé qui me rapproche peu à peu du terme de la vie.  Une échéance qui trouvera à se produire, peut-être,  dans les dix-quinze ans qui viennent, sous réserve que la maladie ou une  circonstance accidentelle  ne la raccourcisse.

Je suis désormais en quête de méditation  et  de sagesse, une sagesse éclairée,  pour vivre cette dernière étape de l’existence aussi sereinement  que possible.

Je  pense que la philosophie est une des voies à emprunter pour essayer d’atteindre par la réflexion, la clairvoyance et le discernement à une juste connaissance du vrai et du bien, et à l’harmonie de son être.

Cafés philo gersois

D’où ma fréquentation de deux Cafés Philo gersois : l’un à Auch, l’autre à Lectoure. Le premier depuis plus longtemps que le second, où je ne me suis rendu à ce jour qu’à trois reprises (le département compte un troisième Café Philo, sis à L’Isle-Jourdain).

Le Café Philo d’Auch a déjà une belle ancienneté : 20 ans cette année, ce qui donnera lieu en septembre à  un rendez-vous  anniversaire festif et amical. Le Café Philo de Lectoure, lui, a six ans de fonctionnement, et celui de l’Isle-Jourdain bientôt quatre.

Le besoin de Cafés Philo

Ces Cafés  sont nés du besoin ressenti par  les citoyens de s’enrichir par l’échange autour  de thèmes  philosophiques ou sociétaux,  choisis par eux-mêmes, et  discutés dans un esprit de tolérance, d’ouverture, de pluralisme, supposant donc courtoisie et respect de chaque opinion – on n’est surtout pas là pour donner des leçons. Ces rencontres visent ainsi à renforcer l’aptitude de chacun à réfléchir par lui-même, de manière structurée et argumentée.

On apprend à écouter, à se rendre disponible pour entendre  la parole d’autrui, et on ressort en principe de chaque séance en se posant plus de questions qu’à l’arrivée, signe que les échanges ont été  fructueux.

Il ne faut pas cacher que l’élite philosophique, en tout cas certains de ses membres, a souvent considéré cette initiative avec ironie et mépris, la traitant volontiers de « philosophie de comptoir », et même de « philosophie de la rue ». C’est rester sourd à l’évidence à  cette aspiration, qui va croissante, de gens de toutes conditions et de tous âges, à chercher dans les Cafés Philo des règles de vie et d’action pour évoluer au mieux dans un monde de plus en plus déboussolé. La philosophie appartient à tout le monde.

A titre personnel, et en réponse à ces philosophes de métier, je tiens à dire que me plais à dérouiller mes méninges à coup de Cafés Philo,  avec le désir  de faire progresser ma pensée philosophique à travers les échanges que procurent ces rencontres. J’ai certes eu ma curiosité excitée pour cette discipline grâce à un excellent prof de philo en Terminale. Mais je me suis consacré ensuite à des études et des métiers éloignés de toutes considérations philosophiques. Et mes centres d’intérêt culturels (littérature, arts, musique…) n’avaient que  de lointaines interférences avec la philosophie, et j’ai  envie donc de me rattraper…Les rendez-vous du Café Philo servent à cela, mais aussi les temps de préparation en amont des sujets, qui sont autant d’occasions de lectures et de recherches diverses, comme les « débriefings » que je fais personnellement à l’issue des rendez-vous.

Historique des Cafés Philo

Le fondateur en France des Cafés Philo fut  Marc Sautet (1947-1998), philosophe, spécialiste de Nietzche, enseignant, écrivain, qui ouvrit le premier du genre à Paris en 1992 au  Café des Phares, Place de la Bastille (ce lieu existe toujours et chaque réunion rassemble entre 80 à 100 personnes). Marc  Sautet  aidera, par ses conseils, à la création d’autres Cafés Philo, Poitiers notamment, et publiera  en 1995, chez Robert Laffont,  « Un café pour Socrate – Comment le philosophe peut nous aider à comprendre le monde aujourd’hui ? », un livre où il relate son parcours. Il s’éteindra malheureusement  trop tôt,  à l’âge de 51 ans, des suites d’une tumeur au cerveau.

Les Cafés Philo ont ensuite essaimé dans toute la France, mais aussi en Europe et dans le monde entier, tandis que parallèlement s’ouvraient des Cafés Ciné Philo (comme au cinéma L’Entrepôt, à Paris, dans le XIV ème) des Cafés Psy, des Cafés Socio, des Cafés Théologiques...

Le Café Philo d’Auch

Le Café Philo d’Auch se réunit chaque semaine, toute l’année, le vendredi, de 18h30 à 20h30, avec un dîner sur place pour celles et ceux qui veulent prolonger agréablement la soirée.

Il se tient depuis l’origine  à « La Bodega », un café-restaurant situé à l’entrée de la rue piétonne Dessoles, en haute ville, à deux pas de la cathédrale. Ouverte en 1995, « La Bodega », aux murs, tables et chaises peints de couleurs chaudes,  sert des plats à base de produits espagnols (tapas, charcuterie, seiches grillées…) ou locaux (confit ou magret de canard par exemple).Le midi, l’’entrecôte de 230 grammes, accompagnée de frites maison, le tout pour 11 €, est très courue.

Le Café Philo s’est d’abord tenu dans une salle à part, à l’étage de l’établissement, puis s’est installé en bas, dans le café même, un emplacement correspondant mieux à  sa vocation citoyenne et populaire. Il m’est arrivé de constater d’ailleurs que des clients attablés à proximité de notre groupe s’attardaient volontiers pour écouter nos conversations.

C’est un certain Michel Hébert-Rebardy, natif d’Auch, qui a créé  en 1998 le Café Philo d’Auch, et parallèlement celui de Dax. Il enseignait la philosophie orientale à la Maison des Lettres de Paris, et il rejoignit  la capitale pour raisons professionnelles en 1999. Après son départ, un intérim fut institué qui assura peu ou prou  la continuité du Café, avant que Claude n’en prenne la conduite en 2002 (il fit partie d’ailleurs des intérimaires), l’assurant toujours aujourd’hui. Une constance et un dévouement que je salue comme il se doit.

Le Café Philo d’Auch a tenu à ce jour environ un millier de réunions (certaines au domicile de membres du Café), et développé de bonnes relations avec la presse locale, avec quelques établissements scolaires et d’autres Cafés Philo.

Vient qui veut, quand il peut, en fonction notamment de sa disponibilité. C’est gratuit et ouvert à tous ceux qui veulent bénéficier de cette « éducabilité philosophique ».

Dans un récent message, notre  animateur nous a écrit : « Notre Café Philo, qui est avant tout une réunion amicale et conviviale, joue aussi pleinement son rôle culturel au sein de la cité. Il est aujourd'hui un "incontournable" à Auch, quand il s'agit de désigner ou de trouver un lieu où l'on peut réfléchir, penser ou discuter librement sur tous les sujets de la vie, sans arrière-pensée de bénéfice, de pouvoir, d'intérêt personnel ou d'image. C'est suffisamment rare aujourd'hui, dans notre société, pour ne pas le souligner avec force. »

A Auch, la moyenne annuelle de participation fut en 2017 de 12 personnes, contre 10, 7 en 2016, soit une progression très satisfaisante, à la mesure d’une attente de sens qui va croissante.

Parmi les participants, beaucoup de cheveux blancs, de retraités, mais aussi des gens toujours dans la vie active, et, hélas !, très peu de jeunes. Les femmes sont majoritaires, et mon épouse et moi sommes le seul couple autour de la table.  

Charte et « Règles de fonctionnement »

Autour d’une charte et de son Annexe « Règles de fonctionnement » , quelques principes d’organisation et de déroulement des séances ont été établis : présentation en ouverture du sujet prévu ; prise de parole sollicitée en levant la main ; celui ou celle qui n’a pas encore parlé a la priorité par rapport à celui ou celle qui  veut s’exprimer à nouveau ; chacun, chacune,  dispose d’un joker pour répondre au précédent intervenant ; en fin de réunion, tour de table pour la conclusion, avant que ne soit présenté le thème de la semaine prochaine. C’est Claude, notre animateur,  qui veille au respect de ces règles ainsi qu’à la bonne tenue et à la relance des débats, et il agit avec beaucoup de tact et d’à propos, fort notamment de l’expérience qu’il a acquise au fil des ans. Depuis que je suis membre de ce Café, je n’ai  d’ailleurs jamais connu de débordement de quelque ordre que ce soit, les discussions demeurant toujours courtoises et respectueuses.

La fraternité  et la bienveillance règnent dans cette assemblée, au point que l’un des membres me confiait récemment que le Café Philo d’Auch était pour elle sa famille de substitution.

Absence et visite

Une absence qui crée un réel manque dans nos rangs ("L'absence prend de la place", disait un romancier) : celle d’un  psychiatre de profession, membre depuis longtemps du Café Philo d’Auch, victime d’un accident mortel dans les Pyrénées l’été dernier. Doté d’une grande intelligence, d’une vaste culture, il avait une force d’expression et d’argumentation exceptionnelle, et même parfois fulgurante. Homme engagé, sa contribution à nos débats était majeure, même si  je n’ai pour ma part pas eu beaucoup d’occasions de le côtoyer. Nous fûmes nombreux, aux côtés de sa famille et de ses proches, à assister le 10 août 2017 à ses obsèques, à Cornebarrieu, près de Toulouse.

Une visite récente (c’était le vendredi 29 décembre 2017) et impromptue : celle de l’animateur d’un Café Philo à Auterive, commune de la banlieue toulousaine qui compte 9.500 habitants. Il était  de passage à Auch, et  ayant vu de la lumière, selon l’expression consacrée, s’est assis parmi nous pour échanger autour du thème de ce soir là : « L’homme est tout entier et toujours libre, ou il n’est pas », selon la conception sartrienne de la liberté qui veut que l’homme soit condamné à être libre. Nous passâmes un moment en fin de réunion à comparer les modes d’emploi de nos Cafés Philo respectifs, et ce fut très instructif de part et d’autre. On a toujours beaucoup à apprendre de ce genre de confrontation.

 Derniers sujets traités

Les derniers sujets inscrits à l’ordre du jour de nos rencontres ont été : «Rôle de la philosophie avec l’arrivée de l’intelligence artificielle » (1er décembre 2017) ; « Le langage sert-il à parler ou bien à penser ? » (8 décembre) ; »Quoi mettre dans la hotte du Père Noël ? » (15 décembre) ; « Le féminisme » (22 décembre) ; « L’homme est tout entier et toujours libre ou il n’est pas – « L’Etre et le Néant, de Jean-Paul Sartre (29 décembre) ; « Peut-on exister sans s’opposer ? » (5 janvier 2018).

« Le marché a-t-il démocratisé le droit de cuissage ? »

 Ce fut le thème de la réunion du vendredi 12 janvier.  Cette question est le titre d’une Tribune de Nancy Huston, écrivaine canadienne vivant à Paris, publiée dans  « Le Monde » du  29 octobre 2017.

Il a trait au débat public actuel autour des agressions sexuelles faites aux femmes. Nancy Huston estime que « L’érection est le principal problème de l’humanité depuis la nuit des temps. »D’où la réflexion  de l’auteure : « Le harcèlement soulève en somme le dilemme central de l’humanité : concilier l’état animal et l’aspiration aux droits et aux libertés individuels.

Cela passe, écrit-elle, par l’éducation des enfants qui doit s’appuyer sur la reconnaissance des différences de sexe alors qu’aujourd’hui on a tendance à « …rechigner à reconnaître ce qui les distingue. »

Enfin, Nancy Huston dénonce une société devenue « allumeuse », le cinéma, la publicité, les jeux vidéo, les armes à feu, les canons de la beauté, la pornographie, les régimes, que sais-je encore, manipulant nos désirs, enjoignant aux femmes d’être belles, et aux hommes d’être forts  et virils. Il en résulte un quiproquo pour les femmes : on les encourage, d’une part, à être sujets, et, d’autre part, on les pousse à être objets ; quiproquo qui vaut également pour les hommes : on  les  incite d’un côté  à satisfaire leurs désirs nés de la vision de jeunes  femmes super sexy, en petite tenue affriolante, et de l’autre, on leur intime l’ordre de contenir leurs élans de mâle.

En conclusion, l’écrivaine constate qu’ « …en ôtant les freins posés au désir masculin par les structures religieuses pour les remplacer par le laisser-faire économique… », on a « démocratisé » le droit de cuissage. Il faut noter que ce  droit de cuissage de l’époque féodale semble au demeurant plus relever du mythe que de la réalité, mais les historiens ne tranchent pas totalement cette question. Et il y a des exemples plus récents de l’existence de cette pratique odieuse, comme au Congo,  à l’époque d’Omar Bongo, tyran qui a régné sur son pays de 1967 à sa mort en 2009, qui se faisait « livrer » de jeunes vierges à chaque déplacement sur son territoire. Dans un Etat princier d’Indonésie, où  j’ai visité  la partie musée du  Palais du sultan, j’ai pu apprendre qu’un souverain d’un  temps révolu, mais pas si ancien, surveillait  par une petite fenêtre discrète les jeunes filles qui  lui étaient proposées pour sa « consommation » personnelle, et qui se baignaient dans sa piscine en attendant que se manifeste le choix du seigneur.

Une autre tribune en débat : « Des femmes libèrent une autre parole »

Les échanges  autour de la table furent riches, d’autant que fut soumise à notre réflexion  une autre « pièce à conviction » : un texte collectif (« Des femmes libèrent une autre parole »), publié par le journal « Le Monde » dans son édition du 10 janvier dernier, et présenté comme ayant été à l’initiative de Catherine Deneuve, alors qu’elle n’en est que signataire, parmi bien d’autres femmes. Les  rédactrices en étaient Sarah Chiche, écrivaine, psychologue clinicienne, psychanalyste , Catherine Millet, critique d’art, écrivaine, Catherine Robbe-Grillet, comédienne, écrivaine, Peggy Sastre , auteure, journaliste, traductrice, et Abnousse Shalmani, écrivaine, journaliste.

Pour ces femmes, il faut faire attention aux « dérives » qui naissent de  cette libération de la parole à propos des violences sexuelles.

Selon les signataires, on a assisté en l’occurrence à une campagne de délations, de mises en accusation publiques d’individus, sans qu’on leur laisse parfois la possibilité ni de répondre ni de se défendre. Soit une forme de justice populaire et expéditive, de lynchage médiatique,  qui a contraint par exemple certains hommes, couverts de honte,  à démissionner de leur travail, à quitter  par force leur foyer, ou même à se suicider (il ya un cas d’espèce), alors que leurs agissements n’étaient pas de l’ordre de l’agression sexuelle, mais ressortissaient plutôt d’une drague  déplacée et indigne.

Où se trouve la « ligne rouge » ?

Une amie  me disait récemment que dans  son pays d’origine, l’Espagne, il arrivait parfois que les hommes qui croisaient des femmes élégantes, comme elle, les apostrophaient en passant  d’un « piropos », compliments en français. Une remarque  agréable,  appréciée à sa juste mesure par la gent féminine, selon cette amie.

Jusqu’où va t‘on aller dans cette « guerre » des sexes et dans la haine des hommes et de la sexualité, se demandent les auteures de la chronique, faisant référence à la censure qui , ici, s’est appliquée sur un nu du peintre Egon Schiele (1890-1918) reproduit sur une affiche, pendant qu’ailleurs on exigeait  le retrait dans un musée d’un tableau de Balthus (1908-2001), au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie. Un universitaire a même jugé le film « Blow Up », de Michelangelo  Antonioni (1912-2007) « misogyne », et « inacceptable » à ce titre.

J’ai moi-même été sidéré d’apprendre récemment qu’un directeur de théâtre à Florence avait demandé et obtenu qu’on change la fin de l’opéra « Carmen » (c’est la gitane qui tue Don José, et pas l’inverse) par respect pour  la dignité de la femme ! Comment peut-on aussi aisément trahir une œuvre, son époque et son auteur ? Va-t-on selon ce principe s’en prendre à toutes les peintures, toutes les sculptures, tous les films, tous les opéras, toutes les pièces de théâtre, tous les livres, qui manqueraient de respect à la femme ? Que ceux qui soutiennent cette évolution invraisemblable, tel Olivier Py, notre « Pape » en Avignon,  encouragent plutôt des écritures  artistiques contemporaines qui incorporeraient leurs messages en faveur des femmes.

Les « femmes qui libèrent une autre parole » dans « Le Monde » soulignent aussi ceci : « Au bord du ridicule, un projet de loi en Suède veut imposer un consentement explicitement notifié à tout candidat à un rapport sexuel !  Encore un effort, et deux adultes qui auront envie de coucher ensemble devront au préalable cocher via une « appli » de leur téléphone un document dans lequel les pratiques qu’ils acceptent et celles qu’ils refusent seront dûment listées. »…

Et elles appellent en réaction à la « liberté d’importuner », c'est-à-dire à une liberté de draguer, qui éviterait aux femmes de s’enfermer dans le rôle de proies et de victimes perpétuelles.

Une troisième chronique : « Nous serons libres quand nous pourrons exprimer notre désir »

Comme en écho à la tribune commentée ci-dessus, et sur la même page du quotidien, Belinda Cannone, romancière et essayiste, affirme, elle, parlant bien sûr des femmes, que « Nous serons libres quand nous pourrons exprimer notre désir ».

Après avoir estimé  que « L’extraordinaire mouvement de protestation contre le harcèlement et les violences faites aux femmes…représente un bond en avant décisif », et « …qu’aucun  homme ne peut plus feindre d’ignorer la violence contenue dans des attitudes qui passaient jusqu’ici comme acceptables, sinon normales… », l’auteure  émet un message d’espoir : « Le jour où les femmes  se sentiront parfaitement autorisées à exprimer leur désir, où l’entreprise de la séduction sera réellement partagée, elles ne seront plus des proies et ne se percevront plus comme telles. Encore faut-il qu’elles aient la possibilité de devenir aussi entreprenantes que les hommes, aussi actives, aussi sûres de leurs désirs. »

Et de citer Simone de Beauvoir, qui prédisait que de l’émancipation des femmes naîtrait, entre les deux sexes, non pas l’indifférence, mais « des relations charnelles et affectives dont nous n’avons pas idée »…

Les conclusions du débat

Le Café Philo était assez unanime pour considérer que la violence et l’oppression exercées sur la femme  devaient conduire à un renforcement  de la répression, ce qui n’exclut pas bien entendu d’améliorer encore les voies de l’éducation et de la prévention. Le viol, les agressions et les exhibitions sexuelles font certes déjà l’objet de peines d’emprisonnement et de lourdes amendes, mais il faut aller plus loin au nom du principe que tout acte sexuel  (attouchements, caresses, pénétrations) commis avec violence, contrainte, menace ou surprise, est interdit par la loi et sanctionné pénalement.

La question est en l’occurrence de positionner intelligemment le curseur, de telle manière que le respect et  la dignité de la femme soient une exigence sans  concession et de tous instants, sans pour autant dériver vers de stupides interdictions ou obligations (voir les quelques exemples évoqués dans ce billet), qui relèveraient plus du ridicule, de l’excès, et desserviraient en conséquence la légitimité et la noblesse de la cause.

Dans ces conditions, il importe que la femme puisse assumer pleinement, et en toute égalité avec l’homme,  sa sexualité, son désir, (non, la femme n’est aucunement un « sexe faible »),  ce qui passe dans le jeu de la drague et de la séduction par une prise d’initiative et de risque, chacun étant tour à tour l’invitant ou le destinataire d’une proposition. 

Simone de Beauvoir écrivait à ce sujet : « Le jour où il sera possible à la femme d’aimer dans sa force, non dans sa faiblesse, non pour se fuir, mais pour se trouver, non pour se démettre mais pour s’affirmer, alors l’amour deviendra pour elle, comme pour l’homme,  source de vie et non mortel danger. »

Le rendez-vous du 19 janvier

Dernier rendez-vous à ce jour du Café Philo d’Auch : le vendredi 19 janvier, pour débattre de la question « Peut-on changer les autres ? », mais je n’y suis pas allé, me rendant ce soir là avec mon épouse à un concert donné à « L’Escale » de Tournefeuille, à l’entrée de Toulouse. On a entendu  des  musiques américaines de la fin du XIXème siècle, parmi elles des œuvres de Scott Joplin (1868-1917), pionnier du ragtime, sous la direction d’orchestre de Frédéric Lodéon, une figure médiatique bien connue des amateurs de musique classique. Une bien belle soirée. J’y reviendrai.

Dans le prochain billet, une présentation du Café Philo de Lectoure.

N.B. En image : "Le Penseur", d'Auguste Rodin.

Fait le 22 janvier

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cabon Pascale | Réponse 23.01.2018 12.33

Quelle vie riche! j'apprécie de lire tes billets chaque mois!

thierry decrock 23.01.2018 15.40

Merci, Pascale, pour ton gentil commentaire.

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Commentaires

Aujourd'hui | 11:39

Que d'émotion en lisant ton message d'amour! nous ne l'oublions pas; elle me manque aussi...

...
20.05 | 03:49

J'ai très apprécié ! Deux monuments qui sont partis et qui n'ont pas été remplacés.

...
13.04 | 12:31

Je ne suis donc pas tout seul dans les rangs des "antistatiniens" !

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10.04 | 12:53

Je viens de vous lire et partage votre avis négatif sur les statines , moi aussi suis en train de tester le cholestegem. à voir dans quelques mois!courage à vou

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