Points de vues du Gers Carnets

Visite en Haute-Vienne et à Limoges

Pour rendre visite à un ami dont les problèmes de santé se sont récemment aggravés, nous avons fin avril-début mai, séjourné une petite semaine en Haute-Vienne, et plus particulièrement à Limoges.

Nonobstant ces circonstances, nous avons pu, comme à chaque fois que nous allons en Limousin, consacrer  du temps à des rencontres amicales et culturelles. J’ai  passé suffisamment  d’années sur cette terre dans le cadre de ma vie active, pour  y  avoir semé  beaucoup d’attaches  et de centres d’intérêt, qu’il ne me reste plus alors qu’à réactiver à chaque retour.

Amitiés

Rien de tel au demeurant que quelques déjeuners pour raviver des amitiés assoupies par de  grands écarts géographiques. Il faut se soucier de cette « réanimation » car dans nos existences, il  arrive parfois que les distances au long cours éteignent à tout jamais certaines de ces amitiés. Mais je m’en console en pensant que celles-là n’avaient peut-être pas assez de force affective réciproque  pour résister dans la durée à l’épreuve kilométrique.

Alain

Premier repas de retrouvailles  avec Alain,  un ami de plus de vingt-cinq ans : un journaliste, qui fit notamment partie dans les années 90 de la petite équipe de communication que je dirigeais au sein d’une institution socio-économique, dont l’une des principales missions était de publier chaque mois un magazine ma foi fort pertinent, promouvant l’économie du département et ses acteurs.

Il avait la plume alerte et concise, écrivant court comme tout journaliste qui se respecte, alors que pour ma part j’étale sans complexe une prose qui déborde de trop-plein.

Bien qu’à la retraite (depuis peu), il continue à « pondre » ici et là des papiers, notamment dans la revue bimestrielle « Pays du Limousin », dédiée par l’image et le texte à la mise en valeur de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

L’homme a suscité d’emblée ma sympathie. Bien que réservé, limite timide (à son âge !), il  dégage une vraie gentillesse, une forme de « zénitude »,  que j’apprécie à sa juste mesure. Face à lui, je me sens apaisé, alors que je suis plutôt un personnage expansif, extraverti, quelquefois dans la démesure.

Nous nous revoyons lui et moi régulièrement, c'est-à-dire à chaque fois que mes pas me conduisent dans son pays. Il n’est certes pas du genre à provoquer nos rendez-vous, ni à me téléphoner de temps  en temps, ni à me rendre visite dans le Gers, malgré mes invitations renouvelées. C’est moi qui mets en œuvre les initiatives nécessaires, mais je sais d’instinct que nous prenons tous deux  toujours plaisir à nos échanges… en vouvoiement s’il vous plaît.

Christian

Autre repas partagé : celui-là avec Christian, un homme perdu de vue depuis longtemps, mais pour qui j’ai conservé une grande estime, née il y a plus de vingt-cinq ans aussi. Il travaillait dans une agence de communication en qualité de graphiste, et je l’ai souvent sollicité professionnellement pour mes campagnes de promotion et mes éditions. Il avait du talent, mais surtout  nous nous comprenions bien et vite sur les finalités à définir. Une entente cordiale très satisfaisante,  qui nous a rapprochés, et qui fut  bénéfique aux  intérêts que je servais alors.

Ce déjeuner fut réussi au sens où  nous  étions heureux de renouer avec notre passé, de nous retrouver comme si c’était hier, nous posant sans l’exprimer la question de savoir pourquoi nous nous étions autant éloignés l’un de l’autre. Nous nous sommes dit que nous n’avions pas changé malgré les ans. Nous nous sommes racontés nos parcours depuis le temps où…Au-delà du graphiste qu’il a été, dont je connaissais peu alors la vie personnelle, c’est  un homme altruiste que j’ai découvert ce jour là, engagé dans de dignes causes, rayonnant de sérénité, de bonté et d’attention aux autres.

Promesse réciproque a été faite de nous revoir de temps en temps. Nous en avions l’envie, car nous nous sentions bien ensemble. Ultime affinité : les origines familiales gasconnes de mon invité (son nom en témoigne d’ailleurs), au point que l’un de ses grand-père est enterré à Fleurance, une ville du Gers que nous avons habitée durant plus de quatre ans. Nul doute d’ailleurs que j’irai m’incliner un jour ou l’autre sur sa tombe.

Guiloui et Marc

Encore à table. Cette fois avec un charmant couple d’amis qui nous est cher, Guiloui et Marc. Ces deux garçons  sont parfaitement complémentaires, l’un plus dans l’expressivité et la gentille taquinerie, l’autre plus dans la mesure, et tous deux animés par une soif insatiable de culture et de curiosité. Nous les aimons beaucoup.

Ils nous reçurent chez eux, dans une maison ancienne,  au décor et aux équipements raffinés. Chaleureuses conversations  pendant quelques heures, autour d’une assiette et d’un vin chargés d’hospitalité. Regret de les quitter trop tôt, trop vite, pour cause de concert. Impatient de les retrouver.

Ils ont dirigé pendant plus de vingt ans un Cirque contemporain, en un lieu situé au sud de Limoges, qu’ils ont porté au pinacle grâce à leur talents conjugués, et à la filiation qui les rattachait à Annie Fratellini (1932-1997), clown, multi-instrumentiste, actrice, chanteuse, et  à Pierre Etaix, (1928-2016), réalisateur, acteur, clown, dessinateur, affichiste, magicien et dramaturge (on lui doit, entre autres, le fameux « Yoyo », tourné en 1975) . Mariés un moment, Annie Fratellini et Pierre Etaix créèrent un tendre duo de clowns (elle en auguste, lui en clown blanc), ainsi qu’une Ecole Nationale de Cirque dont les stages d’été se déroulèrent  là où fut fondé ensuite, fort de ce merveilleux héritage, et en continuité,  un Pôle d’abord régional, puis national, des Arts du Cirque, dont la notoriété et l’excellence doivent tout à nos amis Guiloui et Marc.

J’ai vécu en périphérie, mais non sans passion,  cette belle aventure (narrée par moi dans un billet de février 2016, « Le Cirque Trottola et le Petit Théâtre Baraque à Pau, avec Marc »). J’ai ainsi contribué à la constitution d’un club de mécènes,  A’Tout Cirque, qui apporta le soutien de plusieurs entreprises à ce formidable projet. Et je fus aussi, un temps, membre du Conseil d’Administration de la structure.

Gérard, Xavier, Alain, Jean-Paul, et leurs épouses

Autres tables, autres amis fréquentés pendant ce séjour : ceux-là du monde médical, l’un généraliste, Gérard, deux autres chirurgiens, Xavier et Alain, un quatrième ophtalmologue, Jean-Paul, tous ayant excellente renommée dans leurs spécialités respectives. Dans le passé, nous nous recevions régulièrement chez les uns et les autres, et partagions parfois des sorties culturelles. A leurs côtés, Isabelle, Brigitte, Joëlle, Marie-Anne, des épouses tournées vers l’art, la musique, le théâtre, ou encore la solidarité. Toujours heureux de les revoir. L’une d’entre elles  organise en son moulin chaque année, avec son époux, un Festival de Musique (17ème édition cet été prochain), avec la collaboration artistique de Gilles Colliard, Directeur musical de l’Orchestre de Chambre de Toulouse, et  ancien Premier violon de l’Ensemble Baroque de Limoges.

Pierre et Natalia

Un nouvel entrant dans ce noyau d’amis : Pierre. Il travaille à l’export, sur le marché africain, pour un grand groupe installé à Limoges. Sa femme, Natalia, ukrainienne d’origine, est l’une des vingt-deux artistes du chœur de l’Opéra de la ville, et fut le professeur de chant de mon épouse. Le couple est fort sympathique, lui tout en placidité (un « good guy »), elle tout en vivacité et énergie.

Christine et Jean-Louis

Enfin, dans ce recensement des amis revus en cette période limousine,  je ne veux pas oublier les occupants du Vieux-Château de Vicq-sur-Breuilh, un domaine d’histoire et de pierres, où nous avions loué un gîte, comme nous l’avions fait aussi la fois précédente. Elle,  Christine, maire du village, impressionnante par son esprit entreprenant et sa volonté de fer, ayant à son actif de belles réalisations communales (dont le Musée et les Jardins Cécile Sabourdy), lui, Jean-Louis,  ancien haut fonctionnaire, notamment Directeur de l’Agence Régionale d’Hospitalisation du Limousin, Conseiller culturel, scientifique et de coopération à l’Ambassade de France, à Pékin, créateur des Saisons culturelles en son château (un copieux programme pour la présente saison : lectures, exposition, poésie ,concerts, théâtre...,), parallèlement fort investi au plan national dans l’humanitaire.

Nous les avons reçus le temps d’un apéritif dînatoire, et le moment fut riche en échanges et impressions. Dommage que nous ne nous fréquentions pas davantage. La distance nuit à la fidélité en amitié, assurément…

Vicq-sur-Breuilh, musée et jardins Cécile Sabourdy, exposition « L’éloge de l’étrange »

C’est d’ailleurs à Vicq-sur-Breuilh que nous avons commencé notre « tournée des popotes » culturelles. Se tenait en effet au Musée et Jardins Cécile Sabourdy une exposition temporaire (de décembre 2017 à juin 2018) sous l’intitulé « L’éloge de l’étrange ».

Installé dans l’ancien presbytère XVIIème de la commune, intégralement restauré, ce musée d’Art naïf, brut et singulier a trouvé sa raison d’être à partir du don fait à Vicq-sur-Breuilh par les héritiers d’œuvres de Cécile Sabourdy (1893-1970), qui a surtout peint les paysages et le quotidien rural du Limousin, une région qu’elle n’a jamais quittée. Les collections de cinq autres Naïfs ont rejoint peu à peu le musée : Robert Masduraud, Existence, Clarisse Roudaud, le sculpteur apparenté à l’art brut, Robert Aupetit, puis un Naïf nantais de renommée nationale, Maurice Loirand .Soit autant d’expressions artistiques libres et inclassables, qui faisaient dire à Jean Dubuffet : « L’art est partout, et surtout là où on ne l’attend pas ».

J’ai souvent évoqué dans mes billets le dynamisme de ce village et le Musée Sabourdy (voir en  avril 2015 : « Dordogne, Haute-Vienne, Limoges, souvenirs, souvenirs » ;  en octobre de la même année « Escapade à limoges » ; et en mai 2016 : « Vicq-sur-Breuilh, non au dépérissement des villages ! »).

En face du Musée, trois jardins en un : le Jardin du Curé, qui se perd au milieu des plantes grimpantes et parfumées ; le Jardin des Simples, qui met à l’honneur les plantes médicinales et aromatiques ; et le Grand Jardin qui promeut la biodiversité du Limousin et le mode de culture biodynamique.

Et pas très loin, un café-comptoir confortable et chaleureux, « Le Petit Breuilh » qui a remplacé l’ancienne épicerie-bar. Le lieu propose des encas sucrés ou salés, des produits régionaux, un espace épicerie « classique », et un coin presse étoffé. Le tout dans un cadre soigneusement rénové.

L’expo « L’éloge de l’étrange »  m’a conquis. Il y avait là les « créatures » carnavalesques de Roland Vincent (né en Creuse en 1946), maçon, tailleur de pierre. Elles sont autant de corps triturés ou chimériques, mi-homme mi-animal, souvent sculptés dans le granit. Leurs  figures familières nous renvoient autant à  un passé lointain, primitif, voire mythique, qu’à notre imaginaire contemporain.  L’artiste a inventé par ailleurs les « Baboias » : des formes menues, aux silhouettes alambiquées, nées d’une poudre de roche modelée. La foule grimaçante, désarticulée,  de ces personnages, installe un défilé burlesque, où  se jouent simultanément une grande farce et toute la tragédie du monde.

Autre créateur présenté : Jean Pous  (1875-1973), originaire des Pyrénées, qui vient à l’art une fois le grand âge arrivé, à 87 ans. Il se met à sculpter des galets ramassés le long d’un fleuve voisin. Visages de face ou de profil, figures féminines ou masculines, animaux et fleurs, les formes qu’il donne à ses galets lui sont suggérées par les pierres elles-mêmes.

Troisième partenaire de cette expo : une femme, Hélène Duclos, peintre contemporaine, dont  les œuvres décrivent des paysages insolites, alliant démons et merveilles, douceurs et monstruosités, où nuages, collines, îles et oasis, mers et montagnes sont le théâtre de scènes troublantes, faites de surgissements et de disparitions. Des créatures minuscules et méticuleusement tracées évoluent selon des lois physiques étranges. Et leurs interactions nous parlent d’un monde parallèle, d’un autre monde possible.

L’irruption de l’extra-ordinaire qu’incarne cet « Eloge de l’étrange » nous fait du bien car elle jette joyeusement le trouble sur notre perception si rationnelle de la réalité. Elle nous oblige à nous affranchir quelques instants de notre univers connu, rassurant, pour nous proposer de surprendre notre esprit et nos sens par des situations et des personnages bizarres, excentriques, invraisemblables. N’est-ce pas justement la fonction de l’art que de nous inviter à l’étrangeté, comme un antidote aux codes imposés ?

« Les Pêcheurs de perles »

Place ensuite à l’opéra avec une représentation au Théâtre de Limoges des « Pêcheurs de perles », de Georges Bizet, pièce créée en 1863.

Ce conte oriental se déroule sur l’île de Ceylan, et raconte l’amitié entre deux hommes, Nadir et Zurga, mise en péril par la beauté de la prêtresse Leïla, que l’un et l’autre aiment passionnément. Pour préserver leur  amitié, ils jurent cependant de renoncer à cet ancien amour commun. Mais Nadir ne respecte pas cet engagement, rendant furieux Zurga, chef des villageois, qui exige alors la mort des deux parjures.

Dirigés par Robert Tuohy, chef d’orchestre irlando-américain, Directeur musical de l’Opéra de Limoges, « Les Pêcheurs de perles » ont été mis en scène pour la circonstance par Bernard Pisani, qui est aussi comédien. Une réalisation très réussie, d’autant que le dégradé ocre orangé des costumes, et le camaïeu bleuté du décor étaient du plus bel effet.  A l’inverse, les solistes (soprano, ténor, baryton, basse) ne m’ont pas enchanté, alors que le chœur de l’Opéra de Limoges, mené par Jacques Maresch, fut vocalement magnifique. En son sein donc, Natalia, ancienne professeur de chant de mon épouse (évoquée plus haut), que nous avons attendue devant  la sortie des artistes pour la féliciter.

Il n’empêche que j’ai à nouveau frissonné d’émotion en entendant la  si fameuse romance de Nadir (ici la formidable interprétation de Robert Alagna).

« Je crois entendre encore,

Caché sous les palmiers,

Sa voix tendre et sonore

Comme un chant de ramiers.

Ô, nuit enchanteresse,

Divin ravissement,

Ô, souvenir charmant,

Folle ivresse, doux rêve!

Aux clartés des étoiles,

Je crois encore la voir

Entrouvrir ses longs voiles

Aux vents tièdes du soir.

Ô, nuit enchanteresse,

Divin ravissement,

Ô, souvenir charmant,

Folle ivresse, doux rêve!

Charmant souvenir! »

Le salon « Lire à Limoges »

Les dates de notre présence en Haute-Vienne  coïncidaient avec la tenue sous chapiteau du salon « Lire à Limoges » (27-29 avril), que nous avons parcouru avec curiosité, même s’il ne comptait pas  de nombreuses têtes d’affiches de l’écriture. C’est néanmoins une manifestation qui attire beaucoup de monde, fort aussi  des offres de rencontres, de forums, de masterclass  et autres ateliers qu’il  propose aux visiteurs.

De  belles rencontres : ici avec un historien, ancien Adjoint à la Culture de la Mairie de Limoges, là avec une libraire de la place que nous connaissons bien, et quelques mots échangés avec l’écrivain Gilles Teulé, compagnon de Miou-Miou, qui a dédicacé, pour mon ami Pierre, à qui je l’ai offert, son livre « Comme une respiration » (2016), quarante nouvelles qui parlent des gens, des gens incroyables, capables de tout, tour à tour meurtris et joyeux. L’homme est sympathique, très à l’aise dans ses baskets, un genre grand gosse débordant  d’appétit de vivre.

Je lui ai rappelé qu’habitant le Gers je n’avais pas manque de lire l’ouvrage qu’il avait consacré au Marquis de Montespan, « Le Montespan » (2008), Grand Prix Palatine du roman historique, prix Maison de la Presse, prix de l'Académie Rabelais. Il se trouve que cet aristocrate avait entre autres un château à Beaumont-sur-L’Osse, près de Condom,  où il résida à l’époque où  Louis XIV l’y avait assigné, pour s’occuper en toute tranquillité de son épouse, Madame de Montespan, devenue pour un moment  la favorite du Roi.

C’est la célèbre Eve Ruggieri qui racheta le château alors en ruine. Et je savais par elle (j’avais pu lui parler quelques instants lors d’une soirée  en son château) que Jean Teulé lui rendit visite sur ses terres lorsqu’il préparait son livre sur ce célèbre cocu. Car elle-même avait publié seize ans plus tôt (1992) « L’honneur retrouvé du marquis de Montespan », et elle me confia que son contenu était bien moins polisson que celui de Jean Teulé…Ce qui fit sourire celui-ci.

Autre écrivain  abordé : Serge Joncour, peu disert, un brin taciturne. Mon épouse lui demanda une dédicace à son nom pour son livre « Repose-toi sur moi », Prix Interallié 2016, un récit d’amour et de désordre autour d’une rencontre improbable de deux solitudes, porté par la grâce et une sensibilité rare. Elle le lira à vitesse accélérée, malgré les 500 pages, le qualifiant de « page turner », comme on le dit d’un roman qu’on ne lâche plus tant il nous tient en haleine.

La galerie ARSET, Marc Petit

Après « Lire à Limoges », visite d’une galerie d’art moderne et contemporain, Artset , qui présentait des œuvres de Marc Petit , un sculpteur dont nous apprécions beaucoup le travail. La chance a voulu qu’il se trouvât là, et nous pûmes obtenir de lui un rendez-vous pour le rencontrer le surlendemain chez lui, à Bosmie-l’Aiguille (7 kms au nord de Limoges).En attendant, nous avons bien sûr regardé les sculptures exposées là. Il y en avait de toutes les tailles, aussi impactantes les unes que les autres. Les prix affichés sur le catalogue étaient significatifs de la notoriété, désormais acquise par  l’artiste, et tant mieux pour lui. Nous avons pu échanger également avec le galeriste, Jean-Claude Hyvernaud, qui dispose d’une grande expérience de son métier, fort d’une ancienneté trentenaire.

Marc Petit dit de lui qu’il a l’œil, qu’il sait faire des choix et a l’intelligence de ne pas travailler au coup par coup. Ce qui l’intéresse en effet, c’est le long terme. Prendre un artiste et le défendre, ça peut prendre du temps, le galeriste l’aidant à avancer, mais ça finit par payer. Ainsi, le partenariat entre les deux hommes a déjà vingt ans, à raison d’une exposition à la galerie tous les deux ans.  Et Jean-Claude Hyvernaud d’ajouter qu’un galeriste doit  savoir reconnaître les bonnes pièces des  médiocres, et cela aussi ça demande du temps.

Il  dira encore que Limoges compte une salle des ventes qui marche bien, grâce à un excellent commissaire-priseur, qui a fait découvrir la peinture contemporaine aux gens d’ici, lesquels ne sont pas en retard en connaissance de l’art, comparés aux amateurs éclairés d’autres régions, et même de Paris.

Quel bonheur éprouvé à échanger le jour dit avec Marc Petit,  et à découvrir son atelier !

Après un échange fort riche en sa cuisine autour d’un café, nous  avons fait le tour de son jardin où est  exposée une bonne vingtaine d’œuvres de l’artiste.

Puis, nous avons découvert son atelier, installé en fait dans une vaste grange. Quelle caverne d’Ali Baba ! Un bric-à-brac foisonnant, avec des pièces en train d’être  sculptées, d’autres abandonnées, provisoirement ou non. C’est impressionnant toutes ces œuvres en gestation, qui n’attendent (impatientes ?) que l’envie du maître pour surgir définitivement du néant.

C’est là donc que  l’homme crée, et crée encore. Il dit qu’en réalité il détruit, il casse, plus qu’il ne fabrique, étant sans cesse dans le questionnement et l’interrogation. Marc Petit : « Quel ennui ce serait de conceptualiser une oeuvre et de la fabriquer ! » Car le projet n’est jamais définitif dans sa tête, il évolue au fur et à mesure de l’avancement de son travail. L’artiste sculpte à l’émotion, avec cette espèce de sentiment de ne pas savoir à l’avance ce qu’il va advenir de sa sculpture en train de se faire. Pour autant, fait-il observer, la sculpture a des règles, une grammaire, et elle doit donc être conjuguée avec des codes précis.

J’ai tout dit de Marc Petit dans un billet de septembre 2015, « Marc Petit, sculpteur du paradoxe », dont je reproduis ci-après un passage significatif car il rend bien compte du message transmis par le sculpteur à travers ses oeuvres :

« Marc Petit incarne une sorte de sculpture figurative, une expression artistique qui avait disparu au profit de l’abstraction, à quelques exceptions près (en témoigne par exemple  le succès considérable des  rétrospectives Giacometti). Ses réalisations en  bronze sont monumentales, même si l’artiste ne délaisse pas les moyens et petits formats (il dessine aussi, et dit se mettre plus en danger dans le dessin, qui demande du mouvement, qui est physique, que dans la sculpture. Preuve en est que pour une commande de 30 dessins, Marc Petit en avait réalisé 456 avant d’être satisfait ! Ses figures sculptées sont la plupart du temps verticales, avec souvent des corps nus ou presque, sans cependant de grands détails anatomiques. Même les visages, de forme sphérique ou ovoïde, sont sommaires, sans chevelure, les yeux et la bouche prenant la forme de trous, ce qui n’empêche pas le tout de dégager une forte expressivité (« Je travaille sur l’humain car j’ai besoin du sentiment. »).

De prime abord, celle en l’occurrence du vieillissement, de la déchéance des corps, au point que lorsque je regarde ces hommes ou ces femmes, j’ai le sentiment d’avoir affaire à des cadavres (pourquoi pas sortant de leurs tombes comme dans les films d’horreur), à des momies, à des martyrs (je ne peux pas m’empêcher de penser aussi aux victimes des camps de concentration nazis), qui manifestent intensément  leur douleur et leur peur, et traduisent le poids des épreuves et des souffrances qu’ils ont endurées. Les corps sont squelettiques, décharnés, en déshérence, et leur spectacle de dépouilles d’écorchés (ou de figures christiques) est macabre.

Ces bronzes sont en tout cas  féroces  et la pulsion de mort qui s’en dégage exprime peut-être l’image du monde actuel, dont l’actualité récente démontre d’ailleurs de quelles barbaries  il est toujours capable.

Au sujet de ces personnages de Marc Petit, Lydia Harambourg , Historienne et Critique d’art, écrit : « Anonymes, ces hommes et ces femmes regardent le monde, surpris, ou indifférents, à l’écoulement du temps, qui les conduit inexorablement dans l’abîme.»

L’artiste donne une toute autre  explication à  l’œuvre qui est la sienne, fort différente de celle que je retire personnellement de son travail. Il veut en fait montrer la beauté éternelle qu’i l oppose à cette esthétique lisse et jeune vantée par notre société, à cette « érotisation » publicitaire de la femme, qui l’une et l’autre sont de l’ordre de l’artifice et n’ont qu’un temps. Marc Petit  dit vouloir traquer les aspérités, les rides, les plis, les creux, tout ce qui va dire ce que cet homme ou cette femme a vécu, soit l’usure d’un corps tout au long d’une existence dédiée à la vie. « Les gens ne veulent pas voir, ne souhaitent pas devenir comme ça, et moi je leur dis que s’ils y arrivent ils seront beaux », dit-il, sans craindre de tomber dans le paradoxe. Car, ajoute t’il,  jusqu’au dernier moment, nous sommes effectivement beaux dans nos souffrances, dans nos désespoirs, comme dans nos rires. Il faut savoir conserver un peu de place pour pleurer. « Savoure quand tu pleures ! », conclut t’il.

Derrière des corps révoltés qui n’en finissent pas de mourir, ses sculptures se veulent donc un hymne  à la vie. Les êtres humains qu’il met en scène et en bronze sont terriblement vivants, empreints d’une profonde humanité. Et même s’ils dérangent, notre regard vers eux est plein de compassion et de tendresse.

Et l’artiste de dire aussi : l’expression de mes personnages  est  torturée comme pour mieux trouver l’essentiel. Leur souffrance voile quelque chose de plus important : le bonheur de vivre, l’envie de vivre. Et pour que le message soit plus fort, je préfère dire cela  avec  une image un peu plus sombre que nécessaire (et ça m’embête de le dire avec un sourire, fait-il remarquer). Je  veux éliminer le maquillage et un peu de peau pour rentrer dans la sculpture, dans ce que nous sommes.

Il précise encore : « Je sais, pour l’avoir entendu parfois, que certains trouvent ma sculpture très sombre. Elle l’est sans doute à la première vision, mais si l’on prend le temps de regarder encore, un nouveau sentiment peut naître. J’espère que mon travail invite à nous accepter tels que nous sommes et nous garde du désir trop grand de nous masquer à nous-mêmes. Il souligne la beauté des traces du temps. Chacun peut s’y reconnaître comme dans un  miroir s’il le désire, s’il est prêt à s’y voir. »

Parlant de son inspiration, Marc Petit estime quelle vient pour partie de son enfance, comme son amour des personnes âgées, dont  celui qu’il portait  à sa grand-mère. Pour lui, le détachement qui arrive avec le grand âge donne une certitude, une puissance, une force. Le besoin de plaire disparaît, il n’y a plus le temps de jouir. L’immortalité comme la mortalité sont deux absurdités. Et la vérité, celle qu’il cherche, est plus issue de son ventre, de ses tripes. C’est donc selon lui une forme de bêtise que cette manière de chercher la vérité, mais il y voit là une façon d’atteindre une certaine beauté. »

Nul doute qu’un jour ou l’autre nous casserons notre tirelire pour acquérir une sculpture de Marc Petit, mais à la mesure de ce qu’on trouvera dans  notre bourse.

La Villa Art Déco La Texonnière

Autre découverte, d’un genre tout différent : la magnifique villa Art Déco La Texonnière (photo ci-dessus), de veine moderniste,  sise à Saint-Martin Terressus, à 20 kms au nord de Limoges. Nous y avons accompagné un couple  d’amis qui y avaient été invités par les maîtres des lieux pour une fin d’après-midi musicale. Voici pour les curieux d’architecture ce que le site du Ministère de la Culture écrit à propos de cette propriété :

« Témoignage de l’époque Art déco en Limousin, cette  villa a été construite dans les années 1932-1934, comme résidence secondaire, pour l’industriel limougeaud Maurice Monteux. Les plans sont attribués à Pierre Chabrol, architecte décorateur. Cette réalisation est vraisemblablement inspirée de luxueux programmes contemporains, et particulièrement des villas conçues par l’architecte décorateur Louis Süe (1875-1968), une des figures majeures du mouvement Art déco en France, pour des personnalités du monde de la mode et du spectacle dans les années 1920.

Ce dernier a, en effet, eu l’occasion de travailler régulièrement pour la famille Monteux depuis 1919 et notamment pour Gaston, père de Maurice et créateur d’une des plus importantes entreprises françaises de confection de chaussures, puis Marcel, frère de Maurice (décoration intérieure, boutiques, hôtel particulier). Il est d’ailleurs vraisemblable que Maurice Monteux a commandé sa maison à Pierre Chabrol en ayant à l’esprit, par exemple, la villa de l’actrice Jane Renouardt à SaintCloud, construite entre 1924 et 1926.  On distingue cependant une inspiration du courant moderniste (Le Corbusier) dans la sobriété de la facture.

Située en arrière de la vallée du Thaurion et dominant un large panorama qui s’étend jusqu’aux Monts d’Ambazac, la villa de la Texonnière est une ample demeure construite en béton, à deux ailes en V largement ouvert, articulées sur une petite rotonde centrale à l’ouest. Chaque angle est évidé en loggia surmontée d’une terrasse couverte en pergola s’appuyant sur une colonne d’angle. Les deux niveaux d’élévation sont couverts d’un terrasson en surplomb sous le garde-corps de la terrasse.

La façade d’entrée à l’est présente un dessin vertical dont l’axe de symétrie est formé par une baie centrale à découpe tripartite, dans toute la hauteur du mur. Elle est précédée d’un petit porche semi-circulaire sur un emmarchement carrelé dont la couverture en terrasse est soutenue par quatre colonnettes couvertes d’un carrelage brun. De part et d’autre, s’ouvrent deux étroites travées de baies en renfoncement dans le mur et une troisième à l’extrémité, composée d’un oculus à l’étage et d’une fenêtre de rez-de-chaussée. Les façades latérales sont percées de deux fenêtres à l’étage.

La façade ouest présente un dessin horizontal marqué par la division de l’élévation en deux étages au moyen d’un balcon continu avec garde-corps en rambardes métalliques se prolongeant sur les terrasses latérales. Ce balcon est supporté par une série de colonnettes couvertes d’un carrelage rouge-brique. De larges baies s’ouvrent sur le parc. La distribution intérieure est commandée par un grand hall central à l’italienne à l’est, dont le plafond est porté par deux paires d’arcs jumelés en béton de part et d’autre de la porte d’entrée.

 A l’ouest, le hall est divisé en hauteur par une coursière sur colonnes en béton, accessible par un escalier d’angle, qui dessert les pièces et chambres de l’étage.

Autour de la villa, le parc attribué à Robert Lepeu (horticulteur à Limoges et auteur en 1927 du nouveau jardin du Champ de Juillet de cette ville ), est accessible par deux escaliers implantés sur l’axe de symétrie générale. Il semble avoir été dessiné sur un principe plutôt géométrique et minéral autour de la villa et traité ailleurs en parc à l’anglaise avec rivière. Au sud, une allée de tilleuls mène à un court de tennis limité par une pergola et bordé d’une petite terrasse.

Au-dessus de la villa à l’est, au point le plus élevé du parc, un point de vue délimité par des boules de buis offre un large panorama sur les Monts d’Ambazac. En bas du parc, près de l’allée d’accès, un petit étang que franchit une passerelle en béton à trois arches, sert de réceptacle à une rivière anglaise.

Un pavillon d’entrée de plan rectangulaire terminé à l’ouest par une sorte de proue semi-circulaire servait autrefois de logement aux domestiques et au chauffeur. » Il a été converti par les nouveaux propriétaires en meublé de tourisme avec beaucoup de goût (voir ici ).

La propriété de la Texonnière est restée dans la famille Monteux jusqu’à sa vente en 2000. Mais avant de changer de main, elle connut des années de déshérence, situation liée au déclin des affaires industrielles des propriétaires. Je me rappelle que nous avions visité une maison à proximité de cette villa lorsque nous cherchions à nous établir en Haute-Vienne, et avions remarqué de loin avec intérêt cette bâtisse qui semblait abandonnée. Mais elle n’était pas alors à vendre. Et sa remise en état aurait supposé sans nul doute un montant d’investissement auquel nous n’aurions pas pu faire face. Villa et parc ont été inscrits au titre des Monuments historique en 1998, et classés Patrimoine du XXème siècle.

Moment musical à la Villa

Les acquéreurs de la Villa ont redonné à cette propriété tout son lustre d’antan, en respectant fidèlement le bâti d’origine et sa sobriété. C’est somptueux, et ils ont de surcroît le mérite d’ouvrir leurs portes à des moments de partage. Ce jour là donc, un concert autour du compositeur César Franck (1822-1890), grande figure de la vie musicale française de la seconde moitié du XIXème.

Au piano, Simon Adda Reyss , né en 1978, Premier Prix de piano au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Il se produit régulièrement dans la capitale, en province et aussi à l’étranger. Passionné par l’enseignement et la transmission du savoir, il chaperonnait en la circonstance Anna Kubanova, une très jeune pianiste d’origine russe. Je me rappelle avoir lu dans le carton de présentation du concert que dans une interview d’il y a quelques années,  elle avait répondu à une question sur l’âge auquel elle avait commencé  le piano : « Assez tard, j’avais 6 ans » !!! Et sa première apparition en public, c’était à 8 ans.

Les deux interprètes ont été excellents, aussi bien dans l’interprétation de pièces de César Franck, (Prélude en mi, Mouvement lent de la Symphonie en ré, Prélude, choral et Fugue, Fantaisie –Idylle, Troisième Choral), que dans les Variations en sol majeur à quatre mains de Mozart.

Les applaudissements furent nourris, le  grand talent des deux musiciens, conjugué à la beauté du lieu, ne pouvant qu’émerveiller la centaine de personnes présentes.  

La Ferme de Villefavard

Ultime « popote » culturelle : la Ferme musicale de Villefavard (à 50 kms de Limoges), que nous avons régulièrement fréquentée  lorsque nous résidions à Roussac, un village situé à 15 mn de ce magnifique lieu.

Créée en 2002, la Ferme de Villefavard en Limousin – Centre de Rencontres Artistiques est  ouverte toute l’année aux professionnels de la culture et au public.

Elle propose des résidences d’artistes de haut niveau qui donnent lieu à des concerts, spectacles, enregistrements, master class. Dans la continuité de l’existant, la Ferme a été reconfigurée et rénovée par Gilles Ebersolt, architecte et  cousin de Jérôme Kaltenbach, le fondateur du lieu. Elle abrite une salle de concert d’une capacité de 300 places, dotée d’une acoustique exceptionnelle signée Albert Yaying XU (il a signé aussi l’acoustique de la Philharmonie de Luxembourg, de celle de Copenhague, de l’Opéra de Pékin…).

 Véritable fabrique à spectacles, la Ferme de Villefavard reçoit des troupes et des ensembles se produisant  sur le territoire national et au-delà. Attenants à la salle de concert, se trouvent de nombreux espaces de travail, de répétition, de restauration et d’hébergement (Ferme, Villa et « Petite Solitude »).L’ancienne étable abrite pour sa part une salle d’exposition et de réception.

Propriétaire du lieu, Jérôme Kaltenbach, chef d’orchestre, a inscrit son parcours dans les pas de l’histoire de ce village et de ses aïeux. Son épouse, Annie, malheureusement décédée en 2010, eut à ses côtés un rôle essentiel. Je les ai bien sûr connu tous deux, et nous avions même eu l’honneur de partager un repas chez eux, à l’aube d’une amitié qui, hélas !, n’a pas eu le temps de se consolider en raison de notre départ du Limousin en 2007.

Villefavard fut converti par son abbé au protestantisme vers la fin de la première moitié du XIXème, et il accueillera un peu plus tard Edouard Maury  (1858-1914), nommé là pasteur, arrivant avec sa femme Sophie, d’origine suisse.

Affecté par la suite ailleurs, le couple restera néanmoins très attaché au village et y fera construire d’abord une résidence d’été, au lieu dit « La Solitude », ensuite une ferme-modèle et un temple protestant.

Dans cette région pauvre du Limousin, la Ferme est alors une exploitation d’avant-garde, destinée à donner l’exemple d’une rationalisation de l’exploitation agricole. Dans sa nouvelle résidence, la villa « La Solitude », le pasteur accueillera artistes peintres, graveurs et musiciens. Il y installera  un orgue Cavaillé-Coll, classé Monument Historique, transféré en 1947  dans le Temple.

Les deux filles d’Edouard continueront la tradition de ce mécénat social et artistique :

-          Geneviève (1886-1956), amie de Romain Rolland, et germaniste. A ce titre,  elle contribuera à faire connaître au public français par ses traductions de leurs œuvres les écrivains allemands Hermann Hess (1877-1962) et Thomas Mann (1875-1955), Prix Nobel de Littérature en 1929. Elle épousera  le chef d’orchestre Charles Münch.

-          Juliette Ebersolt (1889-1982), la grand-mère de Jérôme Kaltenbach, excellente violoniste, poursuivra cette œuvre culturelle en initiant à la musique nombre d’enfants du village, et en les réunissant au sein d’une chorale qui se produira chaque année avec d’autres musiciens invités. A partir de 1947, date des cent ans de la paroisse protestante, elle inaugure la série des ‘‘Concerts de Villefavard’’, qu’elle organisera pendant vingt ans, prenant à sa charge la venue de jeunes musiciens primés et de professionnels confirmés.

C’est ainsi que depuis le XIXème siècle, Villefavard est marqué par une continuité singulière qui s’enracine à travers les arts.

La Ferme musicale d’aujourd’hui, qui abrite aussi le Festival du Haut-Limousin, et les Amis de Villefavard,  est régie par une association qui a pour Président Jean-Claude Hanesse, un ami très cher de Jérôme, passionné d’aviation et de piano. Ils se sont connus à Nancy, à l’époque où le chef d’orchestre dirigeait la formation symphonique et lyrique de la Ville.

A 18 heures ce lundi 30 avril, nous nous retrouvions dans la grange pour écouter le Quatuor Leonis , (deux violons, un alto et un violoncelle).Mais nous ne nous attendions pas du tout à ce qui allait suivre.

Nous avions certes bien noté l’éclectisme du programme proposé par ces quatre garçons : Haydn, Beethoven, Tchaïkovsky, Ravel au menu, mais aussi de la musique de  film, du Piaf (« La vie en rose », « La foule »), du James Brown (« I feel good »), du Michael Jackson (« Thriller »), du Gainsbourg (« Le poinçonneur des lilas »), et du Hallyday (« Que je t’aime »).

Le tout brillamment interprété, mais entrecoupé, et c’était là la surprise, de moments de folie douce : pitreries, gags, grimaces, contorsions diverses…C’était hilarant ! Le public présent a adoré ce pas de côté, une heureuse manière, et avec beaucoup de talent, de « désacraliser » la musique, sans pour autant manquer de respect à celle-ci.

Fondé en 2004, cet ensemble s’est ainsi engagé dans une démarche artistique innovante, transportant le riche héritage du quatuor à cordes dans le monde du théâtre, de la danse, de la littérature, de la musique électronique, du jazz et de la chanson avec des projets audacieux. Fidèles à la tradition, il interprète les plus belles pages des compositeurs de leur époque, mais désireux d’élargir leur champ artistique, il ne cesse de repousser ses frontières pour enrichir son art et toucher de nouveaux publics. Il pose un autre regard sur la partition pour créer un nouveau matériau sonore avec le metteur en scène, le danseur ou le conteur. Il collabore par exemple avec le dramaturge Olivier Py, pour la création de spectacles et de concerts-lectures.

Roussac, la dernière demeure limousine

Une autre surprise nous attendait encore, car en quittant Villefavard, l’une de nos amies nous suggéra de revoir la propriété de Roussac, « La Cour du Verger », notre dernière demeure en Limousin, avant notre « exil » en Bourgogne. Après un quart d’heure de voiture, nous nous retrouvions ainsi devant cette gentilhommière du XVIIème. Nous l’avions cédée à un couple britannique, et savions que celui-ci l’avait depuis revendue pour cause de retour obligé dans son pays natal.

A l’entrée de la propriété, nous nous aperçûmes qu’était proposée ici une activité de chambres d’hôtes, comme nous la pratiquions nous-mêmes en son  temps. Il suffisait alors de se présenter en expliquant aux nouveaux résidents que l’une d’entre nous était parfois à la recherche d’hébergement de qualité pour loger des amis de passage.

Ainsi fut fait, et les hôtes, un couple gay anglo-australien, nous firent spontanément l’amitié d’une visite guidée de l’habitation. Quelle émotion pour mon épouse et moi ! Que de souvenirs ressurgis ! Bien sûr, le lieu est devenu beaucoup plus cossu (voir ici ), enrichi par des aménagements et des équipements  haut-de-gamme (il le fallait pour justifier des prix de nuitée pour un couple de 155 à 175 €, quand les nôtres étaient à l’époque beaucoup plus bas, car nous ne visions pas le même type de clientèle). Une place importante a été accordée notamment à l’offre de repas gastronomique, une véritable cuisine de chef ayant été réalisée à cet effet, suite à des travaux d’envergure. Seule ombre au tableau : de laides clôtures érigées sur le côté de la façade entrée pour abriter un poulailler. Une petite « injure » faite à ce si beau patrimoine.

Pour notre part, nous pûmes acquérir ce bien à un prix raisonnable car il était alors dans un mauvais état général, presque « à ramasser à la petite cuillère », inhabité depuis quelques années. Il a fallu investir significativement, et donc s’endetter, pour le remettre à un bon niveau (huisseries, sanitaires, électricité, chauffage, assainissement..), ce qui a pu se faire grâce aux produits des quatre chambres d’hôtes que gérait mon épouse.

L’histoire de cette propriété fut singulière. Dans les années 30, on y menait  grande vie. Y étaient organisées des fêtes « galantes » auxquelles la jeunesse dorée et dépravée de Limoges accourait. Notre voisin, un sympathique paysan, m’avait confié avoir vu lors de ces soirées des femmes nues montant à cru les chevaux du domaine. L'assassinat d’un chauffeur de taxi en 1927, commis localement, conduisit  la justice à s’intéresser à une piste qui conduisait jusqu’au maître des lieux, mais elle ne put rien prouver. C’est la célèbre affaire Barataud, du nom de l’homme condamné pour ce meurtre, et racontée notamment dans un livre d’André Salmon, « Le secret de Barataud » (1934), que je possède dans ma bibliothèque.

Remontant encore davantage le temps, la légende raconte que ce manoir hébergeait autrefois les religieuses de la paroisse de Roussac.Un célèbre apothicaire y résida aussi, et on venait des quatre coins du pays pour se procurer ses fameux remèdes.

Fait le 17 juin

 

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Commentaires

16.06 | 12:58

Qu'ils sont beaux tous les deux, je ne connaissais pas cette photo.

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09.06 | 08:22

"bonne fête, ma mère, un texte d'émotion, de tendresse et de beaucoup d'amour. De l'amour et encore de l'amour.Merci Thierry pour ce témoignage et pour ces mots

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27.05 | 11:39

Que d'émotion en lisant ton message d'amour! nous ne l'oublions pas; elle me manque aussi...

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20.05 | 03:49

J'ai très apprécié ! Deux monuments qui sont partis et qui n'ont pas été remplacés.

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